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Bonaparte. Celui^i, flatté du dévouêmeiit de ce r«jeton d*une dei plus illustres ftimUles dîtalie, rappela à Paris en 180S; Camille Borffbèse y vint et épousa, le 6 novembre de la même année, la sceur cadette de Napoléon, Pauline, veuve du général Leclerc (iM](r** Bonafarts). En 180411 fut nommé prince français et grand*croix de la Légion d'honneur ; lors de la guerre contre TAutriche, en 1805, il fut promu au grade de chef d*escadron de la garde impériale; bientôt après il fut nommé colonel, et quelques années plus tard général de division. Après la Bn de cette guerre, il fut tait duc de Guastalla dont sa femme obtint la principauté. Après avoir pris part, en 1806, à la campagne contre la Prusse et la Russie, et avoir été envoyé à Varsovie pour préparer les Polonais à une insurrection, Tempereur le nomma (1810) gouverneur général des provinces transalpines. Depuis ce temps il tint sa cour à Turin et se fit aimer des Piémontais. Après Tabdication de Napoléon il cessa toute relation avec la famille Bonaparte et se sépara de sa fèmme« dont il avait à se plaindre. Lorsqu*en 1816 le roi de Sardaigne revendiqua les biens nationaux piémontais, avec lesquels le gouvernement français avait payé les 8 millions qui avaient servi à Tacquisition des objets d*art de la villa Borghèse, on rendit au duc la plus grande partie de ces objets d*art qu'on reprit à la France. Le prince Borghèse vendit sa terre de Luoedio en Savoie , et alla résider à Florence. Pendant son s^our à Rome, en 1836, le pape Léon Xil le traita avec beaucoup de distinction, comptant de sa part sur des legs en faveur des institutions pieuses. Le prince mourut à Florence en 1853, et eut pour héritier François BoafiHÈsa-ALDO- BRAifDHfi (né à Rome en 1777), qui, ayant partagé les sympathies de son frère pour Napoléon, avait aussi reçu de celui -ci le titre de prince français et d'autres distinctions. U épousa Ui fille de la comtesse Alexandre de la Rochefoucault, dame d'honneur de Joséphine, devint colonel, général et grand écuyer de l'empereur. Il est mort il y a peu d'années. C'est son fils, le prince romain Aldohrandini^ qui, en 1841, a épousé la princesse belge Marie d'Aremberg, fille du duc Prosper d'Aremberg. Comr. Lxx.
BORfiHiSE (villa). Cette maison de plaisance, située à l'entrée de Rome, entre la porte Pinciana et celle du Peuple, est plus célèbre par la magnificence de ses Jardins et surtout par le choix et l'innombrable quanlilé de monuments antiques qu'elle renfermait dans son enceinte, et qui en avaient fait un véritable musée, que par le mérite de son architecture. Les ducs Altemps qui
Toccupèrent dans l'origine firent élever par Honoré Lunghi la porte d'entrée près la porte du Peuple. Scipion Cafiterelli, qui prit le nom de Borghèse, y fit de grandes augmentations vers 1605. Paul V bAtit le palais principal sur les dessins de Jean Yasanzio. Dominique Savino de Honte Pulciano fut chargé de la plantation des Jardins, Jérôme Rainaldi de leurs embellissements, et Jean Fontana de la conduite des eaux. Tous les princes de la famille Borghèse ajoutèrent à cette demeure des embellissements de tout^ nature et l'enrichirent des monuments les plus précieux de l'art antique, Jusqu'au jour où Camille Borghèse, par un marché qui n'a reçu qu'une partie de son exécution, céda à Napoléon, moyennant 8 millions, cette riche collection. Parmi les 195 morceaux de sculpture de premier ordre restés au musée du Louvre en vertu de la transaction faite entre le prince Borghèse et Louis XYUI) après la chute de Napoléon, il faut citer comme des chefk-d'cBuvre d'un prix inestimable le Gladiateur combattant, V Hermaphrodite, le Centaure dompté par le génie deBacchus, le Faune tenant le petit Bacchus dans ses bras, le Marsyae, le Silène, le Faune aux castagnettes, le Cupidon essayant son are, et les bas-reliefb représentant la mort de Méléagre , les enfants de Niobé poursuivis par Apollon et Diane, les funérailles d'Hector, le triomphe de Bacchus, la chute de Pbaètôn, le dieu Mithras, Antiope et ses fils, la vengeance de Médée, les forges de Yulcain, la naissance de Yénus, enfin, le célèbre vase dit de Borghèse. L. C Sotie.
BOROIA, famille romaine originaire d'Espagne, dont un membre, Alphouss, monta en 1455 sur le siège de saint Pierre (voy. Calixtb lll). Ce pape permit à son beau-frère Godefroi Lenziolo ou Lenxuoli', <ie prendre le nom de Borgia, et c'est le fils de ce dernier qui fut le pape Alexan* dre Yl {coy»), Celui-ciavait eu, dans sa jeunesse, de hi Romaine Yanozza (Giulia Faniese), cinq enftints; l'aîné, GiovAiiifi, qui devint duc deBénévent, comte de Terracine et de Pontecorvo» fut assassiné en 1497 par ordre de son frère César, jaloux de sa fortune; deux autres, Cés^ et Lucrèce Borgia, méritent des notices particulières. Alexandre Yl éleva plusieurs de ses parents à la dignité de cardinal, et toute la famille Borgia fut par lui appelée aux honneurs et à la puissance. Scbnitzler.
César Borgia, le second des enfants que Rodrigue Lenzuoli d'Aragon, depuis Alexandre Yl, eut de Rosa Yanozza ou Yenozzia, avait à peine fini ses humanités, qu'il obtint l'archevêché de Pampelune. Doué d'esprit et de goût, il fit de ces
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dispositions un brillant usage dans ses thèses de théologie; mais, après les avoir soutenues, il ne ,s*occupa plus ni dé religion, ni de science. Son père affecta d*abord , tout en rappelant à Tarcheyécbé de Valence, une sorte d'impartialité et même de rigueur à son égard ; mais bientôt il le nomma cardinal. César, emporté vers d*autres grandeurs, appréciait peu cette dignité. Son frère aîné, Jean, duc de Gandie (royaume de Valence), destiné au monde, lui semblait plus heureux. Il eut cependant occasion de se produire à son tour et de rendre à son père de plus éclatants senrices que le duc. Charles VIII ayant résolu de recommencer les expéditions de ses prédécesseurs en Italie, de reconquérir le royaume de Naples et d^en foire un arsenal pour ses guerres en Orient, Alexandre VI, pour le repousser, s!allia avec le roi Alphonse II, en stipulant des avantages pécuniaires, soit pour lui, soit pour ses enfants. Cependant quand Charles VIII fût devant les murs de Rome, le pontife, alarmé de ses' progrès, se hftta, pour préserver sa capitale d'une invasion, de traiter avec ce prince. Il en obtint la paix sans peine et la jura*; mais Charles VIII exigea que le cardinal César raccompagnât dans son .expédition à titre d*otage. Cependant Tarmée française avait à peine quitté Rome que César trouva moyen de s'échapper. Les négociations auxquelles il venait de prendre part l'avaient convaincu de sa capacité pour les affaires , et les exploits du roi de France achevèrent d'irriter son ambition. Le duc de Gandie mourut assassiné, et, quoique l'opinion générale attribuât au cardinal le meurtre de ce prince généralement aimé, rien ne l'empêcha de recueillir sa riche succession. C'est alors que César déposa la pourpre. Son père, qui avait besoin du bras d'un guerrier aussi dévoué que devail^ l'être un tel fils, se hâta d'approuver ce changement. Gratifié des duchés de Gandie et de Bénévent, des comtés de Terracineet de Pontecorvo, César, pour s'assurer un royaume, aspira à la main d'une des filles du roi de Naples. Mais ce prince s'opposa à cette alliance à cette époque. Le nouveau roi de France, Louis XII, pour pouvoir épouser Anne de Bretagne, demandait à se séparer de sa femme, Jeanne de France, sœur de Charles VIII. César fut chargé de porter la dispense pontificale au roi, qui, comme témoignage de sa gratitude, lui donna le duché de Valentinois avec une pension de 90,000 écus et la paye d'une compagnie de 100 hommes, ainsi que la promesse des secours les plus efilcaces pour les conquêtes qu'il méditait en Italie. Louis XII poussa plus loin sa faveur , et lui fit donner en
mariage la fille de Jean d'Albret, roi de Navarre. La carrière des conquêtes était désormais ouverte à César Borgia. L'an 1499 il entra en Italie avec Louis XII, fut nommé général et gonfalonier des États de l'Église, et commença peu après l'attaque de la Romagne dont il avait résolu de faire un royaume. Louis XII lui ayant donné un corps de 8,000 hommes, le jeune conquérant enleva successivement aux feudataires du saintsiége les villes d'Imola, de Forii, de Césène, de Pesaro, de Rimini, de Faenza ; obtint en 1501 l'investiture de la Romagne, et y joignit bientôt la principauté de Piombino.
Pour s'emparer de Camerino il demanda des secours au duc dlJrbino ; les ayant obtenus, il prend d'abord Urblno, puis Camerino. Le roi de France alors retire ses troupes à César Borgia; mais il les lui rend sur la demande d'Alexandre VI. César, aussitôt qu'il en a le pouvoir, étend ses spoliations sur les capitaines qui Pont secondé. Une ligue générale se forme contre hii; mais 3,000 Suisses et d'engageantes promesses ramènent à lui les déserteurs. Les imprudents comptent sur sa parole et se flattent de lui avoir montré qu'il ne peut se passer d'eux; Il achève ses conquêtes, puis les fait mettre à mort et s'empare de leurs possessions. On assure qu'Alexandre allait le proclamer roi de la Bomagne, de la Marche et de l'Ombrie; mais cela est plus que douteux, la papauté ne comportant pas de royauté dans ses États. Cette considération était la seule qui s'opposât au projet de César; cependant le poison qui, à ce qu'on a lieu de croire, trancha les jours d'Alexandre VI et affecta son fils d'une maladie si grave qu'à peine il lui resta la f6rce de s'emparer des trésors du Vatican, mit aussi fin à sa carrière politique. Abandonné de la plupart de ses capitaines, de ses troupes et du roi de France; obligé par le pape Jules II, dont il était le prisonnier, d'ordonner aux chefs qui lui étaient demeurés fidèles la remise des places qu'il avait confiées â leur garde; livré an roi d'Espagne par Gonzalve de Cordoue, qui lui avait fait à Naples un accueil trompeur, et successivement privé du fruit de ses conquêtes, de ses biens et de ses honneurs, par les princes d'Italie, par Jules II, par le roi de France, Il ftit enfermé dans le château de Médina del Campo. Au bout de deux ans il parvint à s'en échapper et à gagner les États de son beau-frère, le roi de Navarre. Il combattait les Castillans avec ce dernier, lorsqu'on 1507 il fut tué d'un coup de lance et transporté à Pampelune, siège de son premier diocèse.
César fit souvent preuve de sobriété et sacri-
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fia quelquefois les plaisirs vulgaires à ceux de Tambition. Ainsi que sa sœur, il protégeâtes lettres et trouva des panégyristes qui célébrèrent son génie comme son goût. Son nom se prétait trop aisément aux plus flatteuses allusions, pour que les orateurs du temps les eussent manquées. Ils ont feit de ce nouveau César nonseulement un conquérant, mis encore un homme d^Élat. Machiavel a pu puiser dans la vie de Borgia les principaux traits de son livre du prince. Maltib mod.
LucRici BoBGiA, sœur du précédent, est Tune des femmes les plus'renommées pour leur beauté et pour leurs désordres. Jeune encore et distinguée par son esprit autant que par ses grâces, elle fut fiancée à un seigneur aragonais, compatriote de son père; mais aussitôt que le cardinal Lenzuoli fut élevé au pontificat suprême, il rompit ce mariage (1493), et unit Lucrèce à un seigneur italien, Jean Sfôrza, qui h*appartenait toutefois à la puissante famille de ce nom que par une origine illégitime, étant petit- fils naturel d^Alex^ndre Sfôrzà,en^nt naturel lui-même. Le second époux de Lucrèce lui convint aussi peu que le premier avait convenu à son père, et, en 1497, Alexandre YI prononça la dissolution , de ce mariage, pour donner Lucrèce à Alphonse d*Aragon, duc de Biseglia, fils naturel du roi de Naples, Alphonse II. Quand ce pontife s*allia avec Charles YIII pour la conquête du royaume de Naples, le duc de Biseglia quitta sa femme pour mieux appuyer le chef de sa maison ; mais Lucrèce, nommée gouvernante de Spolette, à force de flatteries, ramena bientôt le fugitif, qui paya de sa vie Tabandon de sa femme. Assailli et laissé pour mort par des assassins, il fut étranglé dans son lit, quand on eut à craindre sa guérison. Une alliance plus brillante pour sa fille et plus avantageuse pour lui-même se présenta au génie d*Alexandre et à Tamour passionné qu*il avait pour ses enfents. Grâce aux progrès de sa puissance et de celle de César Borgia, il put marier Lucrèce à Alphonse d*£$te, fils d*Hercule, duc dci Ferrare. Bans la joie que lui donna une union si haute, Alexandre YI, plus que dans toute autre circonstance, prodigua &es trésors pour ordonner des fêtes à Rome et annoncer au monde chrétien Télévation de son enfant le plus chéri. Lucrèce Borgia se montra presque dijj^ne de sa haute fortune. Depuis longtemps initiée aux secrets de la politique italienne, par la part que son père lui laissait prendre dans les affaires, Lucrèce, sans renoncer aux plaisirs, s^occupa désormais d*intérêts plus graves, vécut plus honnêtement, accorda aux lettres renais-
santes une protection éclairée, et distingua, peut-être avec trop peu de réserve, de tous ceux qui les cultivaient, Pierre Bembo, dont la renommée fut si générale et dont Tascendant sur ses contemporains parait avoir valu à Lucrèce des éloges si peu mérités. Ces vaines flatteries ont pu atténuer ses fautes, elles n*ont pu pallier entièrement Tinfàmie de sa conduite. La postérité cependant ne va pas, dans ses Jugements, aussi loin que sont allés, dans leurs accusations, les contemporains de Lucrèce. Plus la famille des Borgia prêtait aux soupçons et justifiait les haines , moins Tbistoire doit souscrire aveuglément aux uns ou aux autres. Le poète qui, il y peu d^années, a choisi Lucrèce Borgia pour le sujet de Tun de ses drames (M. Victor Hugo) j^ait avoir compris ces convenances. Haltbr mod. BORGIA ou BoRJA (François), Tun des derniers classiques de TEspagne au xvii* siècle. Borgia , arrière-petit-fils du pape Alexandre YI, descendant, par sa mère, de Ferdinand le Catholique, prince de Squillace, vice-roi du Pérou, fut non-seulement Témule, mais le protecteur des gens de lettres de son temps, au moins de ceux qui respectaient les sages traditions du siècle précédent. Ils n'hésitèrent point à le proclamer le prince des poètes d*Espagne, mais ce titre ne lui a pas été conservé par la postérité : elle lui a seulement reconnu de Télégance, un goût pur et de la facilité; c'était encore beaucoup à répoque où le faux bel esprit de Gengora et de 6e8 sectateurs, les cuUoriêtea, gâtait et défigurait la littérature espagnole. Borgia cultiva surtout les lettres depuis son retour du Pérou (1691) Jusqu'à sa mort (1658). Voici les ouvrages qu'il a laissés : î» Obras en verso, Madrid, 1630. C'est ce qu'il a fait de mieux; les chants de Rachel et de Jacob surtout ont beaucoup de charme; 9o Napoles recuperada par el rey D, Jlonso, Saragosse, 1651, poème épique qui est, il faut le dire, un des plus médiocres entre les 38 que possède l'Espagne. 3* Oraciones y meditaciones de la Fida de JesU'ChrisiOj con dos otrostraiados, Bruxelles, 1661. Mii'OuHRE.
BORGIA (le cardinal Énsiiivi ou Stevano), né à Veiletri en 1731, annonça, Jeune encore, de beaux talents et reçut sa première éducation auprès de son oncle, archevêque de Fermo. Le goût qui domina dans les études de Slefano fut celui des antiquités, auquel il se livra avec tant de succès qu'à l'âge de 19 ans il put se faire recevoir à l'Académie de Cortone. La passion générale des antiquaires, celle de recueillir des monuments, surtout des médailles et des ma-
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nuscriU, itienne Borgia Tfiut à an haut degré, et bientôt il posséda un musée d'une grande richesse. Sa nomination, par Benoît XIV, aux fonctions de gouTcmeur de Bénéyent, prit beaucoup de temps sur ses goûts les plus chers, mais, elie lui permit de déployer un talent remarquable pour Tadministration ; et bientôt un autre poste, celui de secrétaire de la congrégation de la propagande ou des missions étrangères, lui procura, par une correspondance étendue, le moyen de satisfaire son besoin de savoir et le désir d'augmenter ses belles collections. Rien ne put paralyser le zèle qu'il mettait à les enrichir. Quand Pie VI le nomma cardinal et inspecteur général des enfants trouvés, il Introduisit dans cette administration des changements importants. Lorsque, dans les circonstances difficiles où se trouva Rome en 1797, en présence de la conquête française , le même pape lui confia la dictature en lui adjoignant deux cardinaux, Stefano Borgia se dévoua pleinement à cette mission périlleuse et sut longtemps comprimer, d'une main f^rme, la fermentation qui régnait généralement dans les États de l'Église; mais il ne perdit Jamais de vue ses occupations favorites. Le pape ayant quitté Rome en février 1 798, aux approches d'une révolution devenue inévitable, et le partt populaire, appuyé sur la France, ayant proclamé la république, Borgia, chef du gouvernement, fut un instant arrêté; mais bientôt on lui rendit la liberté et il en profita aussitôt pour suivre ses travaux d'affection. Il alla d'abord à Venise voir les gens de lettres, ensuite à Padoue fonder une sorte d'académie, enfin organiser à Valence, auprès de Pie VI, une espèce de propagande, et envoyer en Afrique et en Asie de nouveaux missionnaires chargés d'y porter les principes de la religion et d'y recueillir des monuments. Le gouvernement pontificalayant été rétabli à Rome en 1800, par suite de la retraite des Français, le nouveau pontife, Pie VII, qui trouva toute Tadministration dans le désordre, mit Etienne Borgia à la tète d^un conseil économique dont les travaux embrassaient presque tous les intérêts matériels de l'État. La science perdait de nouveau à ces honneurs du cardinal; mais elle reprit des droits ik son dévouement lorsqu'en 1801 il fiJt nommé recteur du collège romain. Fatigué par d'immenses travaux et dans un âge avancé, Etienne Borgia suivit son maître allant en France couronner le grand capitaine du siède; mais, surpris à Lyon par une maladie grave, il mourut en cette lOle •n 1804. Son musée de Velletri, riche surtout en aonumenU égyptiens et indiens, était sa plus
grande fortune. II avait venda les byoux ponr acheter des monuments et sa vaisselle pour en faire imprimer la description. G*était pourtant à peihe sa propriété : c'était, pour ainsi dire, celle des savants de tous les pays. Adier, Zoéga, Georgi, Paulin de Saint-Barthélemi, Heeren, et plusieurs autres en ont profité, en ont décrit les diverses parties.— Les mœurs du cardinal étaient aussi douces que son esprit orné.
Voici les titres de ses principaux ouvrages : Monutnenlo di papa Giovanni Xf^I, Rome, 1750, Brève i$ioria deW antica cUià di Tadino nêW Umbria, 1751; Jêioria delta cUtà di Benevenio, 3 vol. in-4«, 1763-1769; Faticana eon^ feuiù B, Pétri, chronologicis tesHmoniis il" tuêtrata, 1776; Jstoria del dominio temporale delta sede apoêtotica nette Due-^ioite^ 1788.— Le P. Paulin de Saint-Barthélemi a écrit la vie du cardinal Borgia et donné une notice de ses ouvrages et de son musée : Vitœ ^nopeiê Stepkani Borgiœ, Rome, 1805. Une ancienne mappemonde de ce musée, gravée par les soins de Camille- Jean-Paul Borgia, neveu du^ cardinal, est connue dans l'histoire de la géographie sous le nom de JUappemonde du cardinal Borgia. Mattu.
BORGOU (aoTAQHB db), situé sur le Niger, au nord du royaume de Tarriba, dont il est séparé par une chahie de montagnes. Nous ne connaissons encore ce royaume que par le voyage des frères Lander qui Font traversé (Journal d'une espédition entrepriee dans le but d'esplorer le coure du Niger, par Rich. et ^ohn Laoder, trad. de l'angl. par M«« L. Sw.-Beiloc, Paris, 1833, 3 vol. in-8o). c'est, suivant eux, un pays très-étendu, qui comprend les États de NikÛ, Bouoi, Kiama et plusieurs autres. C'est dans le premier que réside le sultan, ou plutôt c'est le chef de Niky qui est le plus puissant des chefs du pays : aussi se fàit-il livrer par les gouverneurs des 70 villes de cet État autant déjeunes filles pour son harem; c'est U le tribut qu'il leur impose et il lui est dû aussi par les gouverneurs des villes de la province de Bouoi, qui sont, diton, pareillement au nombre de 70. Dans les autres provinces, à l'exception de Lougou, qui est commerçante et bien pourvue de vivres, il y a peu de ressources et la misère y accable les habitants. La province de Pundi s'est rendue indépendante et ses habitants se livrent au brigandage. Nimj est une ville considérable, dans laquelle le roi ou sultan entretient une forte garnison; il a un millier de chevaux dans ses écuries. Tout le long du Niger les courses de chevaux sont un amusement habituel des cheDk
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tl est d*u8age que le roi ait un ami qui le se^ conde et le remplace en cas de besoin. On dit les Borgouni ou habitants du Borgou orgueilleux, rusés et hardis , mais en même temps Tife et pleins d'activité. Il se trouve aussi dans le pays beaucoup de Foulahs qui ont oublié leur origine. Les femmes sont chargées, là comme ailleurs, de tous les soins du ménage. Le matin on les voit moudre le grain sous de petites meules, en accompagnant cette opération de leur chant. Depuis quelque temps Kiama, une des meilleures provinces du Borgou, a été mise sous Tobéissance des fellatahs qui ont feit, comme on sait, des progrès dans toute cette partie de TAfrique. Bmiiio.
BORNE, BoBiTAOB. On entend en général par borne toute marque, soit naturelle, soit artificielle, indiquant la ligne de séparation de deux héritages contigus; mais ce mot désigne plus spécialement des pierres placées debout et enfoncées en terre, aux confins de deux héritages. Le bornage est le placement de ces pierres.
Le Code civil, conforme en ce point à Tandenne législation française, reconnaît k tout propriétaire le droit d'obliger son voisin au bornage de leurs propriétés contigues (art. 646). Le bornage peut s*e£F(ecluer de deux manières : à Tamiable, si les parties sont majeures et jouissant de leurs droits, et par autorité de justice. Bans le premier cas, il doit être constaté, soit par un acte notarié, soit par un acte sous seing privé fait en autant d'originaux qu'il y a de parties ayant un intérêt distinct. S'il y a dissentiment entre les propriétaires voisins, ou s*il se . trouve parmi eux un mineur ou un interdit, la demande en bornage est portée, comme celle, en partage d'immeubles indivis, devant le tribunal de la situation des biens, et le bornage s'opère conformément au jugement qui Intervient.
La loi ne détermine pas le signe caractéristique d'une borne, et l'on suit, à cet égard, l'usage des lieux. Ordinairement on place à chaque extrémité des confins une pierre qui çert de borne, et pour ne pas la confondre avec toute autre pierre, on brise une brique en deux morceaux nommés lémoinê, puis on les réunit et on les pose au^ dessous de la borne. Quelquefois, au lieu de brique, on fait usage dé tuile, de charbon pilé, etc. Le bornage doit être fait d'après les titres des parties, à moins que, par une possession de 50 années, l'un des voisins n'ait prescrit au delà de la contenance indiquée dans ses litres. A défaut de titres il faut consulter la seule possession. Le bornage se fait k frais communs; mais cette opération peut donn^ naissance à des Incidents
dont les frais sont à la charge de la partie qui succombe.
La demande en bornage peut être formée, non-seulement par le, propriétaire, mais par quiconque possède pro suo. Elle peut l'être par l'usufruitier, l'usager et l'empbytéote (oo^. £h- PHTTtosB), et réciproquement, elle peut être dirigée contre cette classe de possesseurs temporaires. Toutefois, quand la demande est formée par un usufhiitier, un usager, un emphytéote, ou contre eux, il convient de mettre en cause le propriétaire : sans cette précaution, le jugement qui statue sur le différend ne peut avoir, à son égard, l'autorité de la chose jugée. Le fermier, qui ne possède pas pour lui, mais pour le propriétaire, n'a pas le droit d'intenter une action en bornage ; mais il a celui d'agir contre le bailleur pour qu'il fasse borner l'héritage tenu à ferme.
Le Code pénal punit le déplacement ou la suppression des bornes d'un emprisonnement d'un mois à un an, et d'une amende égale au quart des restitutions et des dommages- intérêts, qui, dans aucun cas, ne peut être au-dessous de 50 francs. E. Beisiiard.
L'origine des bornes remonte aux Égyptiens. Le pays qu'ils habitaient étant soumis aux inondations du Nil , les limites naturelles des propriétés disparaissaient souvent au milieu des ravages du fleuve; de là pour eux la nécessité d'établir des limites factices. Les anciens eurent recours à la Divinité pour protéger les droits de propriété de chacun, et les dieux défenseurs de ce droit jouent un grand rôle dans la mythologie. De nos jours les dieux Termes (Termini) ont cédé la place aux gardes champêtres.
Sur les routes, on indique les distances par des bornes en pierre ou par des poteaux. 11 n'y a pas malheureusement de méthode fixe adoptée pour cela ; elle varie suivant les provinces. On voit des routes où les bornes sont placées à { lieue de distanee, dans d'autres à ^ de lieue, sur d'autres à ^ de lieue. En Allemagne, surtout dans la partie du Nord, on rencontre le long des chaussées de belles pierres miiiaires avec Tindication des distances. En Russie des poteaux aux couleurs de l'empire sont placés, dans le même but, à chaque verste.
Dans les rues des villes on établit encore des bornes pour éviter le choc des voitures contre les maisons. Ces bornes sont ordinairement en pierre ; on en construit aussi en fonte.
Enfin il existe aussi oe qu'on appelle des bor* nes-fontainee. Ces bornes, de différente forme et de différente nature, pouvant varier par leurs
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embellissements, sont cependant toutes fondées sur le même principe. Elles sont creusées à leur intérieur et traversées par un tuyau en fonte ou en plomb, dont la forme est celle d*un syphon. Ce tuyau, aboutissant d*un côté à un réservoir, de Tautre à la borne, apporte toujours de Teau et est fondé sur un principe qui sera expliqué à Tarticle Stphon . La grande quantité des bornesfontaines est de la plus haute importance pour Tassainissement des grandes villes, dans, lesquelles il se trouve souvent des rues étroites et malsaines. Catlus.
BORNÉO, grande île d'environ 40,000 lieues carrées de surface, dans le grand Océan, sous réquateur, au sud de TAsie. On n*en connaît pas toutes les parties. Les montagnes dont elle est hérissée tempèrent la chaleur du climat. Parmi ces montagi^es plusieurs paraissent avoir été des volcans. Sur les côtes basses les marécages rendent Pair très-malsain , surtout pour les Européens. Les forêts de TUe produisent de Tébène, du sandal et autres arbres précieux, ainsi que des bois de teinture. On cultive à Bornéo du riz, des patates, du sagou, du coton. Il y a des plantations de muscadiers, de poivriers, de girofliers et de camphriers. Les mines de Tlle donnent de Tor, du fer, de Tétain, du cuivre, de Tantimoine. C'est surtout des fameuses montagnes de ce pays qu'on tire le cristal de roche. Bornéo nourrit des éléphants, diverses espèces de singes, entre autres l'orang-outang, des tigres, des panthères, beaucoup de bufiSes, etc. Sur les côtes les habitants vivent en partie de la pêche. L'île contient, à ce que l'on croit, 5 millions d'habitants, en partie sauvages et divisés dans une centaine d'États, dont plusieurs consistent seulement en quelques villages. Ces habitants appartiennent à diverses races. Les plus nombreux sont les Malais : ils habitent particulièrement les contrées maritimes et passent pour plus civilisés que les Dayaks qu'on trouve dans l'intérieur et qui ont des habitudes féroces, comme celle de couper des têtes d'esclaves ou d'ennemis pour célébrer des traités de paix, des funérailles, ou pour se préparer à une noce. La race des Dayaks est au reste bien feite et leurs femmes sont même jolies. Environ 5^00,000 Chinois sont répandus dans l'ile; ce sont eux surtout qui exploitent les mines. Enfin les Hollandais ont formé des établissements dans l'Ile, particulièrement sur les rivières de Banjer-Massing et de Pontiana ; mais . la possession en est quelquefois troublée par les incursions des tribus indigènes.
Le pays appelé proprement Bornéo est un royaume considérable dont le chef-lieu, portant
le même nom, est situé sur une belle rade, à l'embouchure d'un fleuve navigable. Les Chinois y construisent de grandes jonques ; la ville contient à peu près 15,000 habitants; ils commercent avec la Chine et avec la presqu^e de Malacca. Les autres États les plus considérables sont: Tirun ou Tedong , dans l'est de l'île; Banjer-Massing, arrosé par la rivière de ce nom, et dont le territoire donne de la poudre d'or; Pontiana, gouverné par un sultan et flréquenté paries marchands chinois qui viennent échanger leurs marchandises contre de la cire, du bois noir, des nids d'oiseaux mangeables, du camphre et de l'étain. Il faut remarquer encore l'État de Q)iU avec la ville de ce nom, et celui de MaUan. Les contrées les moins accessibles de l'Ile sont habitées par la race des Papous, qui ne font aucun commerce avec les autres habitants de Bornéo. En 18^ un commissaire hollandais, Tobias, ayant exploré la côte* occidenUle, peu fréquentée par les Européens, a trouvé généralement un excellent sol, des forêts de bois précieux et des rivières navigables venant de l'intérieur. L'expédition hollandaise remonta la rivière de Kapana jusqu.'à Sintang, à 120 milles anglais de la côte. Dmiii^.
BORNHOLM, à 40 lieues de Copenhague et à 9 lieues des côtes de Suède, entre les 50» l' et 50o 30' de lat. K., et les 30o 21' et 12o 48' de long.; île du Danemark située dans la Baltique et dépendante de l'évéché de Seelande; sa superficie est de 56 lieues carrées, et sa population de 20,000 habitants. Elle est très-montueuse et environnée de rochers qui avancent dans la mer et que signalent plusieurs fanaux. Elle renferme des mines de houille et des carrières de marbre, de chaux, de pierres meulières, de grès, etc.
BORNOU (botaiihs ob), en Afrique, situé entre le 10«et le 15« degré de la latitude septentrionale, et entre le !«' et le 18« degré de longitude orientale. Il touche, du côté de l'est, an grand lac Tchad, et du côté du nord au désert de Sahara et au pays Kanem; la rivière de Cbary ou Tchadda, qui se jette dans le lac Tchad, sépare au sud-est le Bornou du royaume de Begharmi ; vers l'ouest le Bornou est contigu an Soudan et vers le sud il se prolonge Jusqu'au Mandara, pays qui s'étend au bas d'une chaîne de montagnes. Le Bornou est sous un climat excessivement chaud, et les vents brûlants du sud et du sud-est augmentent encore la chaleur naturelle, qui s'élève quelquefois jusqu'il plus de 100* du thermomètre de Fahrenheit. S'il y a 12 ou 16 degrés de moins, on regarde cela comme une sorte de fraîcheur* G*est surtout la nuit que la
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chaleur derient étouffante. Au milieu de notre printemps, des orages accompagnés de violents coups de tonnerre tempèrent instantanément Tardeur du soleil, et, en amollissant la terre, qui le reste du temps est d^une sécheresse extrême, la rendent susceptible de culture. Les averses continuent pendant quelques mois et font déborder les .fleuves et les lacs dans les iitamenses plaines du pays, sans que le climat en devienne moins chaud. Les moissons mûrissent pendant ces mois de pluies. On foit la récolte à la fin de la saison orageuse; en octobre Tair se rafraîchit, grâce aui brises du nord et du nord-ouest, et rhiver est même froid, du moins relativement à la température de Tété. Cet abaissement de la température a Pavantage de faire cesser les lièvres qui naissent à la suite des fortes évaporations pendant la saison pluvieuse. On cultive mal le sol, et la plus grande partie de la surface du royaume présente Taspect d*un désert. Avec une houe les femmes remuent un peu la terre et y sèment du millet, la nourriture ordinaire des habitants. Le coton et Tindigo croissent spontanément sur le sol mieux arrosé qui avoisine le lac Tchad et ses afiBuents. On teint avec Tindigo le tissu de coton qui sert à faire lattobe ou le vêtement des Bomouans. On entretient beaucoup de volaille dont la chair est excellente; on tue aussi beaucoup de gibier, tels que lièvres,' gazelles, antilopes, bufiBes, perdrix, oies et canards sauvages, coqs de Guinée, qui abondent dans les bois, etc. Il y a des autruches, des pélicans et des grues. Les lions, les panthères, les léopards, les hyènes, les chacals, les chats-tigres infestent les déserts. Des troupes innombrables de singes habitent les forêts, et auprès du lac Tchad on rencontre des girafes et des troupeaux 'd*éléphants;des crocodiles et des hippopotames habitent les fleuves, comme dans les autres parties de TAfrique. Dans la saison pluvieuse ce sont les serpents, les scorpions, de gros crapauds et autres reptiles qui pullulent. Des essaims nombreux d*abeilles déposent leur miel sur les arbres des forêts. La race indigène des Bomouans est d'un caractère paisible et timide; c*est celle des Kanouris , que l*on reconnaît à leur large visage, à leur front élevé, à leur forte mâchoire inférieure, â leur large bouche et à leur nez épaté. Cette race si douce, quoique ayant aussi ses vices, surtout le penchant au vol, a eu beaucoup â souffrir des incursions des Fellatahs, des tribus du royaume de Begharrai, qui habitent Test du lac de Tchad et des hordes de Bedoumas, espèce de brigands qui infestent les îles de ce lac. Une autre race du Bomou est celle des
Chaouas, d'origine arabe; peuple entreprenarit et rusé, qui élève beaucoup de bestiaux et fournit des soldats au cheik de Bomou.
Ce royaume sans industrie, et presque sans culture, est privé de commerce; on dit que ce sont les marchands mores qui y entretiennent la traite des esclaves. Les Bomouans traitent avec douceur ceux qui sont dans leur servitude, et les regardent comme faisant partie de leurs familles. Les hostilités des peuples voisins ont fait abandonner le vieux Birni, ancienne capitale du pays, sur le Teou, et les Fellatahs ont subjugué une partie du royaume. Cependant le cheik El-Kameny, plus puissant que le sultan de Bornou, hii respecter actuellement, grâce à ses troupes, le territoire sur lequel il règne. Les voyageurs anglais^Denham et Clapperton furent surpris de trouver le cheik à la têle d'une armée de 30,000 hommes, et de voir sa cavalerie couverte d'armes en fer, comme la chevalerie du moyen âge. Les casques ressemblaient à ceux des Parthes sur la colonne trajane ; on présume que ce sont les Arabes qui, depuis le temps des Romains, ont conservé ce costume et l'ont porté dans l'intérieur de l'Afrique. Dans tous les cas cette cavalerie bornouane, bardée de fer, offre un singulier specUcle. Une grande partie de cette armée se compose de Chaouas. On tire le fer du Soudan et des mines de Mandara. Le cheik ou sultan a un pouvoir arbitraire; les crimes sont punis avec rigueur; du reste il parait que le gouvernement de Bornou est assez doux. Ce sont les Arabes qui dans ce pays ont répandu le mahométisme et quelques institutions judiciaires, entre autres celle des cadi. Leur langue se parle à côté de celle des Kanouris qui a une dizaine de dialectes. Depuis la décadence de Birni, la principale ville du royaume est Angornou, auprès du lac Tchad, peuplée de plus de 30,000 âmes. Tandis que le sultan habite le nouveau Birni, auprès du même lac, le cheik réside à Rouka, nouvelle ville également voisine de ce lac; la première a 10,000 habitants. Katagum, chef-lieu d'une province située sous là» 17' de latitude, a 7,000 à 8,000 âmes, mais elle obéit maintenant aux Fellatahs. On compte 10 à 12'autres villes dans le royaume, qui du reste n'a que des villages misérables. On ne connaissait guère le Bornou et les royaumes adjacents avant le voyage de découvertes de Clapperton et Denbam : c'est à eux que la géojraphie est redevable des renseignements que l'on possède actuellement sur ce pa^^s. Voyez les y oxages et découvertes dans le nord et dans les parties centrales de l'Afrique au travers du grand désert, par le major Deuhain, le ca-
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pitaine Clapperton, et le docteur Oudney; traduit de Tauglais par MM. de Larenaudière et Eyriôs, Paris, 1816, 3 vol. in-8% avec ud atlas c^and iii-4o. Depuis 1834, terme de leur voyage, le cheik de Bornou , aidé du roi de Haoussa, a repris sur les Fellatahs quelques districts, et a joint à son royaume ou empire le pays fertile, mais peu étendu, de Zaria, qui touche à Tétat de Haoussa et a pour capitale la ville de Zegzeg; mais Rano, ville très-commerçante et le plus grand marché de TAflrique centrale, est restée tributaire des Fellatahs qui Tout détachée du Bornou. DErPUfo.
BOBODINO. Foy. Moskowa.
BOERAGINÉES. Borragineœ. Cette famille foit partie des plantes dicotylédones monopétales, dont la corolle est hypogyne ; elle présente dans son ensemble les caractères suivants : fleurs formant ordinairement des épis simples ou rameux, roulés en crosses à leur partie supérieure; calice monosépale ; corolle toujours monopétale, le plus souvent régulière ; son tube est plus ou moins allongé, et donne attache aux étamines ; son limbe ofi^re cinq lobes ; rentrée du tube est tantôt nue , tantôt garnie de cinq appendices saillants ; cinq étamines; ovaire quadriloculaire , appliqué sur un disque hypogyne, qui forme un bourrelet circulaire. Chaque loge contient constamment un seul ovule qui est attaché vers son angle rentrant. — Le fruit parait au premier abord présenter les difiFérences les plus frappantes. Mais si Ton remonte à Torganisation primitive de Tovaire pour connaître Torganisation du fruit, ces différences tranchées disparaîtront, et la structure du fruit offrira une régularité et presque une parfaite conformité dans tous les genres de borraginées. Jussieu a, dans son Gênera pjantarum^ partagé en cinq sections les genres de la famille des borraginées, et réuni, danschacune d'elles, les genres suivants : 1» fruitcharnu : patagonula^ cordia, ehretia , menaiêy varr<h nia et toumeforiia ; 3o fruit capsulaire simple : hydrophyllum^ phaceiia^ eilisia, dichondra, qui doit être placé parmi les convolvulacées, messerchtnidia et cerinthe; 5o fruit formé de quatre graines nues {gjrfnnotetraspermus), tube de la corolle sans appendices : coldenia, heliolropium^ echium, lithospermum ^ pulmonaria^ onosma; 4o tube de la corroUe garni de cinq appendices : symphylnm^ (jrcopais^ myesotis^ anchusa^ borrago^ asperugOy cynoglosBum; 5o enfin, dans la dernière section se trouvent les genres nolana, qui est une solanée, siphonan- /ti«,qui appartient aux verveines, eifalkia^ qui est un liseron. Dr..z.
BORROMÉE (8UNT Charlis), naquit sous le règne de Cbarles*Quint, au château d*Aroiie, sur les bords du lac Majeur, dans le Milanais, le 2 octobre 1556. Cet homme, célèbre par ses vertus, eut plus d'un genre d'illustration : fils de Gilbert Borromée, comte d'Arone, son oncle maternel fut le pape Pie ÎY. Arone, en 1697, lui éleva une statue gigantesque, toute de bronze et haute de 66 pieds, admirable colosse, dont jusque-là Rhodes antique et païenne avait seule donné l'exemple ; enfin, son nom à jamais vénérable fut consacré dans la légende. Pourvu dès l'Age de 12 ans d'une abbaye considérable, puis ensuite d'une autre abbaye et d'un prieuré que lui résigna le souverain pontife son oncle, il ftit élu cardinal à l'âge de 33 ans* Pie IV, vieux et infirme, en revêtant de la pourpre son neveu, jeune et plein de zèle, avait donné une colonne à l'Église et une âme au concile de Trente; car ce fut i la sollicitation de Charles que cette assemblée fut convoquée de nouveau.— Son étude favorite parmi les anciens était celle d'Épiclète et de Cicéron. La nature lui avait refusé le talent de la parole; il en triompha par des exercices fréquents dans cet art, qu'il eut occasion de mettre en œuvre dans une académie d'ecctèsiastiques et de laïques, fondée par ses soins au Vatican. L'Église dut à cette académie des cardinaux, des évèques, une foule de savants, et par-dessus tout le pape Grégoire XIII. Ardie* véqué de Milan, Borromée entra dans un diocèse parvenu ail comble du scandale. Pour réparer ces désordres, il convoqua six conciles provinciaux et onze synodes diocésains, où les règlements du concile de Trente furent remis en vigueur et imposés au clergé et à l'Église. II créa ^n outre la congrégation des oblais, mot qui signifie ofpsrts, dévouée, parce qu'ils s'engageaient par vœu à porter aide et secours à l'Église. Quant à son zèle, il n'y avait point dans les Alpes de précipices, de roches, d'avalanches, qu'il n'affrontât pour visiter son diocèse, qui s'étendait fort loin. Ce prélat fonda des écoles, des séminaires, des couvents,des hôpitaux, bâtit ou répara un grand nombre d'églises, parmi lesquelles celle de Saint-Fidèle à Milan, par sa magnificence et son étendue, peut être mise au rang des plus grandes et des plus belles églises qui ornent Tltalie. Depuis plus d'un siècle les archevêques de Milan ne résidaient point dans leur diocèse : aussi cette église était-elle dans un état absolu de dégradation, et en proie aux caprices du clergé. Saint Charles la tira de cette anarchie, malgré les efforts de l'ordre des humiliés et du chapitre de la Scala, Un jour, et au
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moment où le pieux archevêque était à genoux au pied de Tautel, lorsque s'élevait le doux chant de cette antienne : Non turbetur cor vesirum neque formidei (Que votre cœur soit sans trouble et sans crainte ) I un frère Farina , que les forcenés avait aposté, tira sur lui, à six pas, un coup d'arquebuse : le coup mal assuré ne fit qu'endommager la soutane et le rechet de ce sage de TÉglise, qui, sans détourner les regards, continua sa prière. Malgré Tintercession de Texcellent archevêque, Farina et ses complices furent mis à mort. — Si Ton veut avoir une idée de la naïveté du cœur et de la simplicité des mœurs de ce bon prélat, on saura que dans une maladie grave qu'il fit^ il se guérit par le moyen de la musique, qu'il aimait beaucoup, mais qu'il n'usa qu'avec modération de ce spécifique, dont la mollesse et l'attrait lui eussent semblé dangereux; qu'il abandonna ses biens à sa famille, et fit trois parts des revenus de son archevêché, une pour les pauvres, une pour l'église et une pour lui ; qu'il rejeta la soie de ses vêtements, bannit du palais épiscopal tous les objets d'art mondains ou profanes, et qu'enfin il soumit son corps à des jeûnes et son esprit à des méditations. Jusque-là son zèle religieux ne passait pas les bornes ; mais coucher sur des planches, mais organiser des processions, qu'il suivait les pieds nus et la corde au cou, dans les rues de Milan, que ravageait la peste, et cela pour apaiser la colère de Dieu, c'était être saintement homicide de soi-même ! Sa présence pendant six mois au milieu des pestiférés, ses consolations, ses dons •ans mesure, son lit qu'il vendit pour les pau- Tres, lui, élevé dans le faste et la pompe, voilà ce qui éternisera son nom, voilà ce qui en fait à jamais la vénération de l'Italie et de toute Ui chrétienté. Ce fut à 46 ans, le 8 novembre 1584, qu'usé de jeûnes, de veilles et de fatigues, il termina sa carrière. En 1610, Paul Y canonisa ce modèle des archevêques. Nous laissons aux biographes rénumération détaillée de ses ouvrages, parmi lesquels on remarque 31 volumes de lettrée, des homélieê, les Nuits du f^atican, la collection de ses Conciles^ et les Actes de l'Église de Milan* Son style n'a rien de Ui sublimité ni de la force de celui des Pères de l'i- (^ise, mais il a de l'onction et de la douceur. La châsse de ce saint passe pour une merveille d'orfèvrerie. Diniii-BAaofi.
BOEROMÉES (uis). Situées dans une baie du lac Majeur, où débouche la Tocia, et dépendant de Ui province de Novare, dans le Piémont, ces lies, qui oflPrent aujourd'hui toutes les beautés de l'art et de la nature réunies, n'étaient encore
au xvn« siècle que des rochers arides, lorsque le comte YitalianoBorromée, de Milan, auquel elles doivent leur nom, entreprit de les embellir. Elles sont au nombre de trois, et ont chacune leur nom particulier.— /«oto-Be//a, qui est la plus méridionale, n'offrait autrefois qu'un rocher schisteux et quartzeux, d'environ cent toises de tour. En 1670, le comte Borromée commença à la métamorphoser en bosquets et en jardins ; il y fit bâtir un palais vaste et magnifique, que ses successeurs ont achevé de décorer avec tout le luxe des arls, et qui renferme une superbe galerie de tableaux. On y admire aussi les jardins élevés en amphithéâtre, ornés de belles statues de marbre et plantés d'orangers, de citronniers, de lauriers et de plantes odoriférantes. La terrasse la plus élevée, qui a 130 pieds au-dessus de la surface du lac, est surmontée d'un Pégase; on y jouit de la plus belle perspective. On récolte annuellement dans cette tie de 30,000 à 36,000 oranges et citrons.— L'/soto-i^Mperiorei qui est au nord de la précédente, n'ofi^ qu'un petit village, habité par des familles de pêcheurs et contenant une église paroissiale. — L'/«o/a-Afa</re, située au nord des deux autres, a une lieue de tour. Composée de sept terrasses, au haut desquelles s'élève un palais, peuplée de faisans et de pintades, elle est couverte d'épais bocages de lauriers, d'orangers et de citronniers. Ses beautés naturelles l'emportent encore sur toutes celles que l'aK s'est plu à y prodiguer. On y recueille en abondance des oranges, des cédrats et une espèce de citron d'une grosseur extraordinaire et d'une odeur exquise. On trouve aussi dans cette lie une jolie maison de plaisance et un petit théâtre d'une construction agréable. Dict. dx ll Corv.
BORSTELL (Locis-GBOBOI-Ltopou» di), général de cavalerie et commandant du 8<ne corps d'armée prussien, naquit en 1773 et commença sa carrière militaire en 1788, en qualité d'adjudant de son père, alors lieutenant général. La faveur que ses premiers faits d'armes dans la campagne de 1793 lui firent obtenir auprès du duc de Brunswick le fit avancer rapidement dans sa carrière. En 1806 il se trouva à la baUille de léna, en qualité de major d'un régiment des gardes. Lorsqu'en 1807 Kœnigsberg, résidence momentanée de la famille royale, se trouva sans défense à l'approche de deux corps ennemis, M. de Borstell fut envoyé au-devant de ces corps avec 800 hommes. Avec ce petit nombre de soldats, il parvint à faire accroire au maréchal Ney que c'était l'avant-garde de l'armée prussienne et à négocier un armistice avec le général français. Après la paix de Tilsitt, Borstell devint
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loetnbi'e de Id commission chargée de la réort^anisation de Tarmée, fut nommé major général, et quand la guerre éclata, en 1815, il commanda le corps d^armée de la Poméranie où s*ouvrit une carrière brillante à son activité. Après avoir conduit une desbrigadeà qui bloquèrent Magdebourg, il commanda, sous les ordres de Bulow, dans plusieurs batailles, et se trouva à tous les combats que livra Parmée du Nord. Il se distingua particulièrement à la bataille de Gross-Beeren et à celle de Dennewitz; à celte dernière, désobéissant aux ordres du prince royal et connaissant mieux que lui la tactique d.es Français, il s'empara de la principale position de leur armée. A Leipzig, le général Borstell commanda Tassant sur Tun des faubourgs, et ses soldats furent les premiers qui pénétrèrent dans la ville. Chargé ensuite de diriger le blocus de Wesel, il se réunit, au commencement de 1814, au 3« corps d'armée, contribua au succès de la bataille de Uoogstraten, couvrit le blocus d'Anvers, resta à Tournai avec les autres troupes allemandes réunies en Belgique sous le commandement du duc de WeJmar, et finit par se joindre au corps de Bulow qui bloqua Soissons. II était alors lieutenant général. Chargé en 1815 du commandement du 2* corps d'armée, il fut chargé de sévir contre les bataillons saxons qui s'étaient révoltés dans le camp de BlUcher. Il devait les désarmer, faire brûler leurs drapeaux et fusiller les plus mutins. Borstell, douloureusement afiFecté de la rigueur de cette mesure, sachant combien la perte des drapeaux est humiliante pour le soldat, et ne pouvant parvenir à faire révoquer cet ordre catégorique, prit le parti d'en ajourner l'exécution. Révoqué de son commandement pour cet acte d'insubordination, il fut condamné à plusieurs années de séjour dans une forteresse. Ce fut à Magdebourg qu'il fut envoyé; mais dès la fin de 1815 il fut gracié par le roi et ensuite successivement chargé de la brigade de Magdebourg et du commandement en chef de la province de Kœnigsberg, jusqu'en 1825, où il obtint le commandement des provinces rhénanes. Il est mort à Berlin le 9 mai 1844. Cou v. Lex.
BORYSTHÈNE. Foy. DmfiPER.
BOSG (LoDis-AuGUSTiif-GciLLAUMi), naquit en 1759 à Paris, où son père, Paul Bosc d'Autic, exerçait les fonctions de médecin du roi. Le eu ne Bosc ne savait encore ni lire ni écrire que léjà il sentait se développer en lui ce goût ou olutôt cette passion de l'histoire naturelle qui de- ' ait avoir une si grande influence sur sa destinée.
Bosc fit ses classes au collège de Dijon. Il n'en était pas encore sorti lorsqu'il obtint, à sa grande
Joie, la permission de suivre le cours de botani-^ que de Durande. Dès lors celte élude devint l'objet presque unique de ses pensées : il travaillait jour et nuit ; et lorsque son père put le conduire à Paris, il suivit avec empressement les cours nombreux ouverts dans cette capitale à la jeunesse studieuse, notamment ceux du jardin du roi.
A 18 ans Bosc entra dans les bureaux du con« trôle général ; il devint plus tard l'un des trois administrateurs des postes; mais quoique ces nouvelles fondions prissent nécessairement une grande partie» de ses instants, il trouvait encore des loisirs pour ses éludes favorites. Il publia divers mémoires dans les recueils des Sociétés philomatique et d'histoire naturelle et dans le Journal de physique.
Sous le ministère de Roland, avec qui il était intimement lié, il accepta les fonctions pénibles et gratuites d'administrateur des prisons. Dans ces temps de douloureuse mémoire, un pareil emploi convenait également à la rigidité des principes et à la générosité de cœur de Bosc. Il le remplissait encore lorsque les événements du 31 mai 1793 furent, pour lui comme pour la plupart de ses amis, le prélude des sanglantes proscriptions auxquelles il fut assez heureux pour échapper. Caché pendant plusieurs mois dans la forêt de Motatmorency, ce n'était point assez pour lui d'avoir évité la mort; au risque de la rencontrer mille fois pour une, il osait, sous divers déguisements, braver la surveillance des gardes des barrières, pénétrer dans Paris, jusque dans les prisons, pour s'y entendre avec des proscrits comme lui, et plus d'une fois il eut la joie de faire évader et de cacher quelques-uns d'entre eux dans sa chétive masure de Sainte-Radegonde. Durant trois longues semaines d'anxiété, il y partagea avec la Réveillère-Lépaux, malade, le peu de pain, les pommes de terre, les limaçons, parfois les seuls lichens qui lui servaient de nourriture habituelle.
Après la mort.de Robespierre, Bosc était rentré dans Paris. Tuteur de W^ Roland, il avait pu la remettre en possession des biens de son père et publier les Mémoires de sa courageuse mère, documents précieux dont l'histoire lui doit la conservation. Quelque temps après il s'embarqua pour l'Amérique. Ce voyage, qui ofirait alors tant d'attraits aux naturalistes européens, ne contribua pas peu aux progrès des sciences naturelles. Pendant deux ans Bosc rassembla d'immenses matériaux, et quoique à son retour il n'ait publié dans le Buffon de Détef" ville que les vers, les coquillages et les crusta-
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cées, il enrichit les ouvrages de Laeépède, de LaCreille, de Daudin, de Fabricius, d*01i?ier et de Midiauz, d*un grand noml^re d*espèces nouyelles et de documents précieux sur les poissons, qu*il avait étudiés pendant sa double traversée, et de détails sur les reptiles, les oiseaux, les insectes et les végétaux du nouveau monde.
Sous le Directoire il reprit ses fonctions d*administrateur des prisons et joignit à ce titre celui d^administrateur des hospices et du mont-depiété; mais après le 18 brumaire (1799) il fut destitué. Forcé de chercher en lui les moyens d*exlstence qui lui manquaient, il commença cette série de travaux littéraires dont une faible partie aurait suffi à la réputation d'un homme. Il concourut d*abord à la publication du Supplément au Dictionnaire de Bozier; à cell.e d*un Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle; il rédigea le Dictionnaire raisonné et universel d'agriculture qui parut en 1809 sous le nom de la section d/agriculture de Tlnstltut ; il enrichit de notes priêcieuses Tédition d'Olivier de Serres, imprimée sous les auspices de la Société centrale d'agriculture. 11 refit ou retrancha presque tous les articles de la dernière et excellente édition du Cours complet d'agriculture théorique et pratique, il fut un des directeurs des Annales de l'agriculture française, et un des principaux collaborateurs des derniers volumes de V Encyclopédie méthodique. Il lut enfin à l'Académie, il adressa aux différents ministres qui les lui demandaient et à toutes les sociétés savants de l'Europe et de l'Amérique, qui s'étaient empressées de l'inscrire au nombre de leurs membres, des mémoires et des rapports dont la multiplicité ne pouvait effrayer sa prodigieuse activité. Des travaux aussi considérables ne prenaient même pas tout son temps-, envoyé successivement dans les départements et en Italie pour diverses missions scientifiques; nommé d'abord inspecteur des jardins et pépinières de Versailles, du jury de l'école vétérinaire d'Alf6rt, puis inspecteur des pépinières dépendantes du ministère de l'intérieur, membre de l'Académie des sciences, de la Société centrale d'agriculture ; chargé d'un immense travail sur les vignes de la France entière, dont il avait déjà décrit 450 espèces et variétés après les avoir étudiées (de 1820 à 1835) en cinq voyages successifs, le premier et le second dans la Champagne et la Lorraine, le troisième dans la Bourgogne, le quatrième dans l'Auvergne, et le cinquième dans toutes les parties du sud et du sud -est; appelé au conseil d'agriculture fondé par M. le cointe Decaxes; nommé enfin inspec-
teur général des pépinières, et bientôt après professeur de culture au jardin du roi, comme successeur de André Tbouin, Bosc, tant que sa santé ne fut pas altérée, trouva le moyen de suffire à tout. Peu d'hommes, à des connaissances aussi diverses, ont joint un tel amour du travail et une plus grande facilité.
Cependant il emporta en mourant le double regret de ne pas avoir fait de cours au Muséum et de laisser inachevé son important travail sur la vigne. Il avait commencé à analyser ses premiers voyages œnologiques. Les notes qu'il possédait sur cette matière existent encore ; malheureusement ce sont des mémento qu'il pouvait seul coordonner dans sa mémoire.
Bosc n'était étranger à aucune branche des sciences naturelles. Il aimait sa patrie avec toute la ferveur d'une âme ardente et désintéressée. Dans tous seé écrits percent à chaque page les vœux du patriote éclairé, de l'excellent citoyen. A côté de l'intérêt général, il oublia toujours le sien ; jamais la moindre jalousie ne put voiler à ses yeux le mérite des autres. Son dévouement à ses amis était pour lui un besoin plutôt qu'une vertu, et si parfois la brusque franchise de ses paroles avait pu offenser un instant la susceptibilité de ceux qui ne savaient point encore l'apprécier, il gagnait tous les cqeurs en se faisant mieux connaître.
Bosc mourut en 1 898 au milieu de sa nombreuse famille. Il voulut reposer à Sainte-Radegonde, près de l'ancienne retraite qu'il s'était choisie aux jours de la terreur. C'est là qu'entouré du souvenir du bien qu'il avait fait, du regret général et dès pleurs sans cesse renaissants de ses proches, il descendit dans la tombe, léguant à la France un beau nom de plus. Lbclibc-Tbocin .
BOSCAN ALMOGAYER (Joiuv). Ce premier auteur de la révolution qui s'opéra dans la littérature espagnole, sous le règne de Charles-Quint, naquit vers 1500, à Barcelone, de parents patriciens ; sa vie ne fut pas seulement consacrée aux lettres : il servit, il voyagea, il fréquenta la cour où il était aimé. Ce fut un Vénitien, tout à la fois aussi homme d'État et homme de lettres, André Navagero, qui, se rencontrant avec Boscan à Grenade, lui fit naître l'idée de revêtir la poésie espagnole des formes italiennes. Boscan, à cette époque, avait déjà publié un volume qui ne contenait que des pièces de vers dans l'ancien goût castillan. C'était la mesure brève des redondillas, l'assonance à la place de la rime; et, sous ces formes, tous les brillants défauts, les hyperboles outrées, Les images gigantesques, pour lesquelles ses compatriotes eurent toujours
tant de penchant. Le second volume, écrit sous rinfluenoe d*idées bien différentes, ne renfer* malt que des sonnets et des cliansons à limita^ tion de Pétrarque ; une grande partie de I*Es* pagne lettrée applaudit à cette innovation. Et, en effet, plus d*un noble génie puisa depuis ses inspirations aux nouvelles sources poétiques ouvertes par Boscan. Cependant, dans le même temps, plusieurs poètes, et Castellejo à leur tête, lui reprochaient d^asservir la langue des vainqueurs à des règles empruntées aux vaincus; d'autres voulaient lui ravir la gloire d'avoir le premier introduit Thendécasyllabe dans la poésie espagnole. Il est vrai qu'on le rencontre quelquefois dans des auteurs plus anciens; m^ls il faut ajouter que ces rares tentatives avaient toujours passé inaperçues. Boscan a publié un troisième volume de poésies, qui contient la traduction du poème de Héro et Léandre, attribué à Ifusœus : cette traduction, toute en hendécasyllabes, est admirable d'élégance et de pureté; une élégie, deux épitres, dont une est adressée au célèbre Mendoza, enfin une description ingénieuse du royaume de l'amour. Boscan ne fut point l'imitateur servile de ceux qu'il avait pris pour modèle. Ses qualités et ses défauts sont k lui, et l'Sspagnol s'y fait bien souvent reconnaître. Malgré ses succès à la cour, 11 s'était de bonne heure choisi une retraite où il passait d'heureux Jours, entouré de sa famille et de ses amis; il y mourut dès 1544. Ses œuvres, recueillies par lui-même, furent publiées d'abord sous ce titre : Las Obras deBoêcanxo^^^^* de Garoiioêêode ia Fega, Lisbonne, 1543; mais l'édition la plus estimée est celle de Léon (1549, in-12), quoique la première soit plus rare. M"* Oxbhni.
BOSCH (Jébôhi bi), l'un des meilleurs poètes latins modernes, naquit à Amsterdam, en 1740. 11 suivit à l'athénée de sa ville natale les leçons de Pierre Burmann II, et continua ses éludes classiques, principalement sous la direction de Wyttenbach, même après que, pour obéir à la volonté de son grand-père, il eut embrassé l'état d'apothicaire. Sn 1775 il devint secrétaire de la ville d'Amsterdam; en 1778 curateur de l'université de Leyden, et, sous le roi Louis- Napoléon, l'un des fondateurs et des premiers membres de l'Institut royal des sciences et des arts à Amsterdam. Ruhnkenius, Wyttenbach , van Heusde, furent en même temps ses maîtres et w% amis. La collection des poésies latines qu'il publia à Leyde, en 1803, et plus tard en 1808, avec un appendix, obtint, en Hollande surtout, un succès général. Plusieurs de ses compositions latii^ee et hoUaudaises» couronnées dans des con-
cours, se firent également remarquer parla pro* fondeur et par l'édat du style. Son ouvrage le plus important est son édition de l'Anthologie grecque avec la traduction latine de Hugo 6rotius,'qu'il publia en 4 volumes (Utrecht, 1794- 1810), avec ses propres notes et celles d'Huet} van Lennep y ajouta le 6« volume en 1899. Le roi faisait grand cas de Bosch : éloigné de tous les partis politiques qui agitaient alors M patrie, tout en s'intéressent à sa prospérité, et malgré son enthousiasme pour la liberté, l'étude feisalt les seuls délices de sa vie. Sa superbe bibllothè* que, l'une des premières de l'Europe pour la rareté et la beauté des éditions, fut vendue pu^ bliquement après sa mort, qui survint en 181! | et cette rare collection fut malheureusement dis* séminée. On en a jun catalogue raisonné : Brevis descHpHo hihliothêcm Uwr. Boêch gmate^ nus in eà grœci et iaiini seripiores assêrvan^ imr (Utrecht, 1809). Coiiv. Ln.
BOSCH (Jân Ykïf Bm), lieutenant général et gouverneur hollandais de Batavia, naquit à Bemmel, dans-la province de Gueldre, en 1780. Entré au service en 1797, il partit peu de temps après avec le brevet de lieutenant pour les Indes. Il s*y distingua avec éclat dans plusieurs occasions, obtint bientôt le grade de colonel, mais fut obligé de donner sa démission, en 1810, à la suite d'une affaire qu'il eut avec le général Dendels, gouverneur général de Batavia, et revint en Hollande en 1813. Tous ses efforts tendirent alors à l'affranchissement de sa patrie, et il fut Tun des premiers à se coaliser à l'effet de réintégrer la maison d'Orange. Il reprit du service à Amsterdam, avec son ancien grade. Après le retour de Napoléon de l'Ile d'Elbe, il fut chargé de l'approvisionnement et de la défense de Maastricht et bientôt après il devint général. Après la paix 11 rendit les plus grands services à son pays parla fondation de U société pour* l'établissement des colonies agricoles d'indigents qui se forma en 1818. Il organisa lui-même la colonie de Frédériksoord, et y resta même pendant longtempa pour veiller au succès de l'établissement.
En 1887, il fut de nouveau envoyé aox Indes, comme commissaire général, et il a été nommé, en 1830, gouverneur de Batavia, levenu à la Haye vers 1880, il y est mort récemment ( 1 844 ) . Coifv. Lkl.
BOSCOWICH (RoftBB-Josiri), naquit à Ragose en 171 1, entra en 17i5chez les Jésuites à loflae, se distingua, et devint en 1740 professeur de mathématiques au coUegio rommuo. Le pape et plusieurs gouvernements italiens tirèrent parti de ses vastes coanalasancesy tAiitôlpour trouver
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le moyen de soutenir le dôme de 6aint>Pierre qoi menaçait de crouler, tantôt pour dessécher des marais, puis pour mesurer un degré du méridien. La république de Lucques remploya plusieurs fois dans ses négociations au sujet de sa délimitation. Après la suppression de Tordre des Jésuites, il devint professeur de mathématiques à Pavie ; invité ensuite de venir à Milan pour y enseigner Tastronomie, il fonda Tobservatoire de cette ville. Sn 1773 Boscowich fut appelé à Paris pour occuper la place de directeur de Toptique de la marine; il y alla, mais des désagréments qu*il y essuya le décidèrent à retourner à Milan où il mourut en 1787, environné d*une grande considération. Il avait parcouru presque toute TEurope, avait publié le Journal d'un fx^ogeà Consianiinople (traduit en français par Hennin, 1772), s*était mêlé de la politique, avait fait des vers latins, s*était formé un système de philosophie à lui qu*il a développé dans sa Philoêophiœ naiuralis theoria redacia ad unicam legem virium in nature êâtigienHum (Vienne, 1759), et avait composé un grand nombre d*ouvrages d'astronomie et de physique. Ces derniers ont été réunis en collection : Opéra ad oplicam et asironomiatn per^ tinenitOy Bassano, 1785, 5 vol. in-4o. M. le baron Walckenaër, qui a donné la liste complète des œuvres de Boscowich, Juge ainsi son poème De êoiiê ae lunœ defectibus, en 6 chants (traduit en français par Barruel, 1779, in-4^ : « On admire dans cet ouvrage le style élégant du poète, et le talent peu commun avec lequel il avait su rendre des détails appartenant aux sciences exactes et au calcul. » D'autres morceaux de poésie latine, d*une moindre étendue, mais pleins de grâce et de facilité, contribuèrent à placer Boscowich au rang des meilleurs poètes modernes. II avait tout Tenthousiasme des poètes, sans se livrer à Texagération. Sa conversation était aimable, et d'autant plus instructive qu'il avait voyagé dans une grande partie de r£urope. t Schnitzlir.
BOSIO (FK41IÇ0I8- Joseph), né à Monaco, en 1769, vint fbrt Jeune en France, où Pajou, sculpteur célèbre, dirigea ses premières études ; mais Boslo le quitta bientôt et ne suivit plus que Tinspiration de son génie. A 19 ans il retourna en Italie, où il exerça tour à tour la peinture et la sculpture. Il visita lome, Florence, Sienne, Parme, Venise, Gènes, la Romagne, laissant partout des témoignages de son mérite. On pourrait citer plus de vingt statues, tant en marbre qu'en stuc et en bois, et au moins six plafonds peints à fresque qu'il exécuta dans ces divers lieux. Plus de Yingt modèles en plâtre de sa compo-
sition furent envoyés de Ferrare à Vérone, par le marquis de Bevilaqua, pour être exécutés en pierre sous la direction de l'ancien maître de Canova. Après dix-sept aos de séjour dans sa patrie il vint se fixer à Paris. Sa statue de l'jimaur lançant ses traits et s'envolant, exposée en plâtre au salon de 1808, et en marbre en 1819, est son premier ouvrage offert, en France, au public. En 1810 parut son gracieux groupe de l'Amour êiduisani l'Innocence, auquel il ne manque qu'un peu plus d'élévation de style pour être un ouvrage parfait; cette même année lee bustes de Napoléon, de l'impératrice, de Ui reine Hortense, de Denon, lui acquirent une réputation pour le portrait que 40 autres bustes des personnages les plus célèbres de l'époque, exécutés ensuite, n'ont fait que confirmer. Ils ont été généralement regardés comme des modèles achevés de ressemblance, d'expression et d'exécution. Depuis cette époque Bosio n'a cessé de marcher de succès en succès. Son Hercule cornballant AcheUme métamorphosé en serpent, dont ie bronze est placé dans le Jardin des Tuileries; son Ariêtée, dieu des Jardins, rival de l'antique, placé aujourd'hui dans l'escalier du Louvre, côté de la colonnade ; son Hyacinthe, demi-couché, regardant Jouer au palet, modèle achevé de grâce, de finesse, de naïveté ; sa sto/MO de Louis XIF, sur la place des Victoires, mélange bizarre de costumes incohérents ; celle du duc d'Enghien â Vincennes; cellede Monthyon, au péristyle de l'Hôtel -Dieu; son Henri ly enfant, qiie Louis XVIII a fait fondre en argent pour son cabinet, avant d'envoyer l'original au château de Pau; les Hgures de la France et de la Fidélité du monument élevé â Malesherbes au palais de Justice de Paris; le groupe de Louie Xf^I et de l'Ange qui dit au roi martyr : « Fils de saint Louis, montez au ciel ! » dans Ui chapelle expiatoire de la rue d'Anjou ; enfin le quadrige qui a remplacé les chevaux de Venise sur l'arc de Triomphe du Carrousel, tels sont les ouvrages qui successivement ont mérité â Bosio les su^ frages des hommes de goùl et l'ont placé eu première ligne parmi les artistes qui font la glohre de l'école moderne en France. Comme tous les sculpteurs recommandables de l'époque, M. Bosio a eu part aux travaux de la colonne de la place Vendôme. ^ x.
BOSNIE (Boena ou ^oscAfia), province turque ayant le titre de royaume, et qui, outre l'ancienne Bosnie, renferme encore la partie de la Croatie appelée sandyiakat de Biélogrod, entre les fleuves Unna et Berbas, et une partie de la Dalmalie et de l'aerzégovine. SUe est bornée au
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nord par I^EscIavonie, à Touest par la Croatie, au sud par la Dalmatie et la mer Adriatique, et à Test par la Servie. Sa surface est de 1,063 milles carrés géographiques , avec 850,000 habitants, pour la plupart d^origine slavonue, Bosniaks, Morlaks, etc.; 50,000 hommes de milice turque sont compris dans ce nombre. Il y a deux tiers d*indigènes professant le culte grec de TÉglise orientale et un tiers de Turcs mahométans ; ces derniers, peuple dominant dans ces contrées, sont en possession de presque toutes les terres quUIs tiennent à titre de fief; cependant dans leur nombre sont compris beaucoup de Bosniaks dont les ancêtres ont abjuré leur religion, un grand nombre de Bohémiens et de juifs. La partie septenlrionale de la Bosnie est unie, et plate; vers le midi cette province est montagneuse et couverte de bois; ses rivières principales sont la Save, le Berbas, la Bosna, la Nama et la Drina. C*est la Bosna qui a fait prendre au pays le nom de Bosnie. Généralement il n*est pas d^une grande fertilité, mais les champs sont bien tenus : on cultive beaucoup la vigne et les arbres fruitiers; les pâturages sont abondants; on y nourrit beaucoup de bestiaux et les montagnes fournissent du fer de bonne qualité, dont une grande partie est employée dans les manufactures de lames et d'armes. Les autres produits de Tindustrie consistent en cuirs, maroquin et gros tissus de laine.
La Bosnie appartenait dans les xii« et xiii« siècles à la Hongrie. En 1359 elle fut soumise par Etienne, roi de Servie, après la mort duquel elle forma un État indépendant; le ban Tvarko prit en 1370 le titre de roi. Mais ce nouveau royaume ne tarda pas à devenir (1401) tributaire des Turcs,qui,en 1463,leréduisirenten une province de leur empire. Cependant les Hongrois leur arrachèrent bientôt cette possession et y établirent des bans sous leur autorité. En 1528 la Bosnie fut définitivement conquise par les Turcs et elle leur fut régulièrement cédée par la paix de Carlo witz en 1 690. Depuis ce temps elle forme Fun des quatre eyaleths de la Turquie d'Europe, gouverné par un pacha à trois queues, dont le siège esta Travnick. Elle est divisée en Bosnie méridionale, et septentrionale en haute et basseBosnie. La première est appelée aussi HerMegovifUiou duché de Saba, parce que Teropereur Frédéric III accorda, en 1440, le titrede duc au clief de cette province. Soulevée en 1832, le grand ^zir Rechid- Pacha y comprima parla ruse et la force la révolte des gouverneurs et de la milice. La capitale du pays, Bosna Seraïou Saratevo, eiSoragtio en italien, située au confluent de la Migliazza et de la
Bosna, renferme 15,000 maisons, la plupart paovres, et une population de 60,000 âmes, y compris 10,000 hommes de garnison turque. La ciUdçlle est à quelque distance de la ville qui est ouverte. Les revenus de Saraïevo appartiennent à la mère du Grand Seigneur. Nous citerons encore les villes de Zvornik, Travnik, résidence du begler-bey de Bosnie, Banjaluka et Gradiska. CONV. Lix. ao».
BOSPHORE ou BosPHORi M Thragi {fiéOç', bœuf ou vache, et nàpoi^ passage)^ détroit ainsi nommé parce qu^il fut traversé à la nage, dit la fable, par la vache lo. Il est nommé plus communément aujourd'hui canal de Canêtantinopie; son nom en grec moderne est ya<^s, et en turc bogaain. Le Bosphore fait communiquer la mer Noire oii Pont-Euxin avec la mer de Marmara ou Propontide,qui communique avec l*Archipel grec ou la mer Egée, par les DardaneUes. Il est bon de remarquer ayec Gyllius que plusieurs auteurs anciens ont donné quelquefois le nom de Bosphore à ce dernier détroit, dont le nom ordinaire, dans Tantiquité, est THellesponl. Ces trois parties de mer séparent TEurope de TAsie. Il est peu de lieux où les voies qu*a dû suivre la nature pour arriver à la disposition actueUe paraissent plus clairement indiquées. Tous les savants qui ont examiné cette question intéressante s'accordent à regarder la mer Noire comme ayant été dans l'origine un lac immense fermé par les eaux de' tous les grands fleuves dont l'embouchure est dans ce vaste bassin, qui était fermé aussi au sud-ouest par des montagnes élevées. Par conséquent l'Europe était alors jointe à l'Asie sur ce point là. Mais ce bassin une fois comblé par les eaux, comme la plupart des fleuves qu'il reçoit coulent du nord au sud, la plus forte impulsion des eaux dut porter sur ces montagne, derrière lesquelles s'étendaient de vastes plaines. Les violents déchirements qui résultèrent de ces terribles efi^orts creusèrent le Bosphore , par lequel le trop plein du Pont-Euxin se répandit dans les vallées qui devinrent la Propontide. Quand ce second bassin vint à être comblé à son tour, les eaux s'ouvrirent de même un passage à travers les montagnes qui le séparaient de la mer Egée. Alors le Pont-Euxin , la Méditerranée et l'Océan ne formèrent plus qu'une mer, et l'Asie fut séparée dbtinctement de l'Europe ; ce qui tait dire avec une élégante précision à Gylliùs : Boeparus una clave duos orbes, duo maria aperii et claudit. Ces grandes opérations naturelles sont indiquées par les escarpements en ilg-gas des rives du Bosphore, la direction du courant et son extrême rapidité, hc^ eaux du Boqihore
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coulent du Pont-Euxin dans la Propontide, et celles de THellespont de la Propontide dans la mer Egée.
Le Bosphore a deux fois par an, au printemps et à Tautomne, un passage de poissons qui descendent de la mer Noire dans la mer de Marmara en si grande quantité , que la pèche qui se fait alors peut approvisionner abondamment toute la Turquie. La direction de ce détroit e»t du nord au sud. Il a 7 lieues de long; sa moindre larleur, entre les deux châteaux des Génois, est de moins d*un quart de lieue. « Il serpente, dit Chevalier, comme un beau fleuve, entre deux chaînes de montagnes dont les sommets sont ornés de groupes d'arbres , la pente entrecoupée de jardins, et le pied couvert d'agréables villages qui se succèdent presque sans interruption depuis Constantinople jusqu'à l'entrée de la mer Noire.» C'est là qu'est le commencement du détroit, par rapport à son courant. Avant son entrée sont de chaque côté de petites lies que la haute antiquité crut flottantes et qui sont les roches cxanèeê. A son embouchure dans la mer de Marmara, du c6té de r£urope, à droite, est Conslantinoplequi s'avance comme un beau promontoire entre son vaste port et la mer ; du côté de l'Asie, à gauche, est la petite ville de Sculari, l'ancienne Chrysopolis, qui regarde Conslantinople et dans les alentours de laquelle les Turcs aiment à placer leurs tombeaux, parce qu'ils regardent l'Asie comme la véritable patrie des mahométans. Une foule de barques, qui vont et viennent sans cesse de la côte d'Asie à ceUe d'Europe, animent cette partie du détroit; et la vue dont on Jouit sur les deux rives est une des plus belles de la terre.
Le promontoire correspondant sur la -rive asiatique est le cap Ancyreum, au sommet duquel est bâti le fenal d'Asie. Parmi les Cyauées qui sont au pied, lesanciensdistinguaient la tour de Médée. Puis, en redescendant cette rive vers Scutari, on trouve près du château d'Asie un lieu appelé par les Grecs Hieron et indiquant l'ancien emplacementdu temple de Jupiter Urius; ensuite la montagne du Géant, le point le plus élevé des deux rives. Entre cette montagne et Scutari le Bosphore reçoit plusieurs rivières, dont la plus considérable est l'ancien fleuve Arété, que les Turcs appellent Jok-Sou. Au delà de ScuUri, tout à fait à l'extrémité du détroit, éUit dans l'antiquité la ville de Cbalcédoine. î.
BOSPHORE CIMMÉRIEN, détroit qui sépare la Crimée ou l'ancienne Tauride de la presqu'île ou plutôt de nie de Taman, autrement nommée Tmoutarakhân. Les Grecs l'ont appelé Bosphore (170/-. rarlicle précédent), soit parce qu'un bcsuf
pouvait passer le détroit à la nage, soit parce que lo, fille d'Inachus, changée en génisse, passa, d'après leurs traditions, de là dans le Bosphore de Thrace. Pour le distinguer de celui-ci, le nom de Cimmérien hii a été donné, sans doute parle peuple de ce nom qui, avant d'être chassé par les Scythes, possédait la presqu'île Taurique. Sous les Génois qui, à peu de distance de là, avaient leur colonie de Caffa, ce Bosphore s'appellait détroit de Vospro et d'Aspromonte , ce qui était le nom de la ville de Kertch, l'ancienne Panticapée qui fut appelée ensuite Bosporus, située sur le détroit. Aujourd'hui les Russes l'appellent détroit de Rertch ou de lénikalé, et y attachent, comme clef de la mer d'Asof, beaucoup d'importance. X.
* BOSSAGE, opération industrielle appartenant à l'orfèvrerie et même à la chaudronnerie, et qui consiste à faire au moyen du marteau des enfoncements et des saillies formant des dessins. Les espèces de sculptures saillantes quidécorent les aiguières, les gobelets, les flambeaux, etc., on les obtient, soit au marteau, soit par le procédé plus expéditif de l'estampage {toy,) ; on distingue la ronde bosse et la demibosse, suivant que les dessins sont plus ou moins saillants.
En architecture, le bossage est la saillie qu'on laisse à une pierre pour la saisir et la mettre en place. Ordinairement on abat cette saillie ; mais dans quelques monuments on l'a conser- Tée. F. Ratisr.
BOSSE. (Anthropologie.) Les saillies fermées par diverses parties du crâne et indiquant, d'après les phrénologistes, les diverses dispositions de l'âme et de l'esprit , seront signalées à l'article CiAiioLOGii. Les déformations de la taille et les moyens d'y remédier doivent être traités aux mots Gibbosité et Oktbopédib ; enfin c'est aux mots Cortosior qu'il sera question des tumeurs sanguines connues sous le nom vulgaire de bosses, F. Ratixr.
BOSSE. (Beaus-arts,) Demi -bosse, ronde bosse, sont des modèles en plâtre, en terre, en pierre, en bronze, en marbre , d'après lesquels les artistes s'exercent à dessiner, pour mieux imiter le relief des corps. Selon que la bosse est une figure isolée et complète, ou demi-relief, ou aplatie sur un fond, elle est ronde, demi-ronde ou méplate, La plupartMes bosses sont en plâtre et moulées sur les plus beaux monuments de l'antiquité qu'elles popularisent, si on peut le dire, en les multipliant à l'infini et les rendant accessibles à toutes les fortunes, principalement à celles des artistes, pour les études desquels
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elles font, comme lesgniTuresd^prèe lei grands maîtres, d*un«fiUlité première. Les bosses prises sur la nature par parties, telles que sur le mas> que humain, le torse, les bras, les jambes, les mains, les pieds , sont d*un très-grand secours pour les artistes qui trouvent en elles ce que le modèle vivant, toujours très -coûteux, ne leur offre presque Jamais réuni ou d'un choix également beau. C*est principalement pour le seul* pteur, qui veut fixer le Jeu des muscles de son modèle dahs un mouvement instantané ^ que le moulage sur nature devient d*une nécessité absolue. Sans doute, la vérité des raccourcis et la musculature si vraie du lutteur Borghèse ont été obtenus par ce moyen. L. C. Sotib.
BOSSOIRS ou BossiuRS. Ce sont, en termes de marine, deux pièces de bois placées en saillie* à Pavant d'un vaisseau, qui servent à la ma^ nœuvre des ancres, et principalement à les soutenir quand celles-ci sont levées.
BOSSUET ( JikCQVES-BtinGif I ), une des premières gloires des lettres françaises; évèque de Condom (1669), précepteur du dauphin , fils de Louis XIY (1670) ; membre de TAcadémie française (1679) ; évèque de Heaux (1681) ; premier aumônier de la dauphine et de la duchesse de Bourgogne ; conservateur des privilèges de Tuniversité, supérieur du collège de Navarre (1605) et conseiller d*É(at (1607), naquit à Dijon, le 97 septembre 1637, d'une famille qui occupait les premières places dans les parlements de Dijon et de Metz. Son père était avocat et conseil des états de Bourgogne. Il fil à Dijon ses pre- , mières études sous les Jésuites, et, à l'âge de 15 ans, il vint faire à Paris ses cours de philosophie et de théologie au collège de Navarre. Bossuel mêla à l'étude de la philosophie celle du grec, et à la lecture de l'Écriture sainte et des Pères celles des classiques de la Grèce et de Rome. A l'âge de 16 ans il soutint sa première thèse avec un tel éclat que, dans les salons de Paris, on parla du Jeune abbé comme d'un prodige. Les beaux-esprits de l'hôtel de Rambouillet voulurent le voir et l'entendre. Un soir Peuquières l'amena ; on le pressa d'improviser un sermon : il se recueillit un moment, et son éloquence parut si nouvelle et ses illuminations se montrèrent si vives, si soudaines, que l'étonnement fut égal à l'admiration. C'est après avoir écouté ce sermon, prononcé dans la nuit, que Voiture disait n'avoir jamais entendu prêcher ni sitôt ni si tard, Bossuet fut reçu, à 90 ans, dans Ui corporation du collège de Navarre. Kn 1648 il soutint une thèse qu'il dédia au prince de Condé. Le vainqueur de Aocroi vint reaten-
dre; le Jemit docteur ne craignit pas do oonpirer devant lui les gloires de la terra avec c^et du ciel, et d'abaisser les périssables vanités da monde devant les splendeun éternelles d'une autre vie. 11 ne pensait pas alors que, 40 ans plut tard, il aurait à reproduira la même pensée et les mêmes images devant le cercueil du héros. Le grand Condé, fortement ému, accorda, dès ce jour, au jeune orateur son amitié et son estime. Bossuet s'était mis sous la direction spirituelle du saint instituteur des prêtres de la mission. Vincent de Paule, qui l'avait admis à set conférances, devint son maltra, son modèle et son ami. Le 16 mai 1669 Bossuet fut reçu dooteur et ordonné prêtra. Péréfixe, archevêque de Paris et historien de Henri IV, voulut lui donner les deux premières cures de la capitale; le dooteur Cornet, affaiué par Fâge, le pressa d'accepter la grande maîtrise de Navarra ; mais attaché dès sa tendra jeunesse au chapitre de Metz, d'abord par un canonicat, ensuite.par les dignités d'archidiacra et de doyen, il résolut de s'établir dans celte ville. Ce fut là qu'en 1655 il publia son premier ouvrage : c'était la jRé/Wlotiondu CtUéchistnede Paul Ferry, célébra ministre protestant , également ranommé par son savoir et par ses vertus, estimé des catholiques et consulté par les magistrats \ le procuraur général Joly, qui était son ami , avait désiré Joindre l'avis de ce ministra au sien sur un exemplaire du livre de Hariana, où ce jésuite expose sa doctrine détestable sur le régicide. Le bruit que faisait la Réfutation de Bossuet fit naîtra l'idée d'une mission pour convertir les protestants du diocèse de Metz. Saint Vincent de Paule la demanda ; la reine régente, Anne d'Autriche, l'ordonna; Bossuet la dirigea. Mais le suooès qu'elle eut, quoique assez remarquable, n'égala point celui que Féuelon obtint un peu plus tant dans sa miuion du Poitou. On peut expliquer peut-être cette différence par celle qui existe entre l'art de toucher et celui de convaincra.
Quelques sermons prêches dans les églises de Paris ouvrirent â Bossuet la carrière où son génie l'appelait. Deux reines , Anne et Thérèse d'Autriche, allaient s'asseoir parmi ses auditeurs. On voulut bientôt l'entendra â la cour. Louis venait de prendre les rênes de l'État, et, pendant plusieurs années, il choisit Bossuel pour prédicateur des avents et des carêmes. 11 fit écrira à Mets au père de l'orateur, pour le féliciter des succès de son fils , et vouhit ainsi mêler sa voix à celle de la renommée. 11 ne nous reste que des fhigments de ces discours; ils étaient presque toi^oun improYiséSf et, comme le dit le pèra
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Belarue, méd{téi plutôt qu'étudièi et pâli: Ce qu*oo a recueillis des sermons de Bossuet(6 vol. ln-19) ne se compose en général que de morceaux rapidement écrits , mais où brillent souyent les éclairs du génie.
Le grand maître de Navarre, qui avait été le premier guide de Bossuet, mourut en 1665, et rélève fit Toraison funèbre du docteur. Ce fut la première qu*il prononça : elle n*est pas indigne de celles qui portèrent si baut son nom , et on peut regretter qu^elle ne se trouve pas jointe ft leur recueil, qui a eu un si grand nombre d*éditions.
un jour Bossuet allait monter en cbaire lorsqu*il apprit que son père touchait à la fin de ses jours. Il quitta précipitamment Téglise et partit pour aller recueillir son dernier soupir. A son retour il entreprit de convertir Turenne à la religion romaine. Il' composa dans ce but, qui fut atteint, VEwpositùm de la doctrine oathoUque, livre célèbre qui ramena aussi le marquis de Dangeau à la religion du monarque.
Bossuet avait fait, en 1666, Toraison funèbre de la reine Anne d*Autricbe, qu*il n*a pas jointe au recueil publié par lui en 1689. L'oraison funèbre de Henriette-Marie de France, reine d'Angleterre, prononcée en 1669, est la première dans toutes les éditions ; les autres oraisons sont celles de Henriette-Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans (1670); de Marie-Thérèse d'Autriche, reine de France (1685) ; d'Anne de Gonsague de Clèves, princesse palatine ( 1685); de Michel le Tellier, chancelier de France (1686), et de Louis de Bourbon, prince de Condé (1687). On trouve à la fin du recueil, le sermon prononcé par Bossuet, le 4 juin 1675, pour la profession de M"« de la Yallière : mais ce discours est comme l'oraison funèbre de cette illustre et tendre victime de l'amour : car ce fut en ce jour qu'elle mourut au monde. « Ces oraisons, dit hi Harpe, sont des chef^'œuvre d'une éloquence qui ne pouvait pas avoir de modèledans l'antiquité, et que personne n'a égalé depuis. Bossuet ne s'y sert pas de la langue des autres hommes; il fait la sienne. Il la fait telle qu'il la lui faut pour sa manière de penser et de sentirqui estàlui; expressions, tournures, mou« vements, construction , harmonie , tout lui appartient, a
La réputation de Bossuet s'élevait sans cesse ' par de nouveaux succès. Amauld et Nicole, auteurs de la Perpétuité de la Foi et des Préjugés légitimes contre les Calvinistes^ soumirent ces livres à son approbation, et il la donna avec éloge. Les protestants écrivirent pour réfuter son E»*poêitiom de (m diooêrimê okrétinmo, qui était
traduite dans toutes les langues ; il leur répondit et eut le rare avantage de convertir un de ses adversaires, Brueys, qui se mit alors à combattre contre Jurieu, la Roque, Lenfant, et qui, mêlant aux controverses les jeux de la scène, publia le Grondeur, le Muet, l'Histoire du Fanatisme ou des Cétennes j et fit jouer l'ancienne comédie restaurée de Vjivocat patelin.
En 1670 Bossuet fut nommé précepteur du dauphin , place qui avait été d'abord destinée, dtt-on , à Chapelain. Bossuet et le duc de Montausier, nommé gouverneur, unirent leurs vertus , leur zèle et leurs talents pour former au grand art de régner un prince que le long âge de son père empêcha d'arriver au trône. Ce fut pour l'instruction du dauphin que Bossuet écrivit son admirable Discours sur l'Histoire universelle, son jtbrégé de l'Histoire de France, sa Politique tirée des propres paroles de l'É" criture sainte, livre fait pour les rois , digne « de leur étude et de la curiosité de l'univers. » ( DiL^aui. ) Il composa aussi , dans le même desseta , une Logique , des Réflexions sur la morale d'Jristote, un Traité dé la connais^ sance de Dieu et de soi-même, les Traités du libre arbitre de la concupiscence et plusieurs autres ouvrages. Aucune partie de l'instruction ne fut négligée. La grammaire, les langues, la rhétorique, la poésie, devinrent pour Bossuet une occupation sérieuse dans l'étendue de ses devoirs.
Mil* de Duras, élevée dans la religion de Calvin , voulut entendre Bossuet conférer avec le ministre Claude, et le lendemain de cette conférence elle fit son abjuration. Dans la relation de cet événement, qui fit grand bruit à la cour, Bossuet rend pleine justice au savoir et aux vertus de son adversaire; et, en général, on remarque, dans ses longues controverses avec les protestants, une dignité calme et une modération qu'il ne sut pas garder plus tard avec Fénelon.
Une grande partie de sa vie ne fUt qu'un combat pour l'Église catholique. Pendant près d'un demi-siècle (de 1655 à 1709), il publia dans l'intérêt de cette cause plus de 30 ouvrages, dont le plus célèbre est V Histoire des variations des Églises protestantes (1688, 9 vol. ln-4*, et 1601 , 4 vol. in-12) ; nous citerons encore les Sis Avertissements aux protestants, qui parurent de 1689 à 1691 , et le Projet de réunion entre les catholiques et les protestants, ou Recueil de dissertations et lettres composées dans la vue de réunir les protestants d'Allemagne de la confession d'Augsbourg à la religion catho* lique.
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Déjà plusieurs fois età diyerses époques d*iDutiles lenlatives avaient été faites pour amener cette grande et difficile réconciliation. Bossuet avait publié, en 1682, son Traité de la communion sous les deux espèces, et 11 ne croyait point celte communion contraire à la foi catholique. Un philosophe célèbre, placé à la tête des savants de son siècle, Leibnitz, eut la grande pensée de s'entendre avec Bossuet, comme il le fitaussi avec Pélisson , historien et secrétaire de TAcadémie française, pour amener la fusion des Églises catholique et luthérienne. Médiateurs puissants par leur renommée , Bossuet et Leibnitz étaient dignes d'attacher leur nom à ce qui eût été Tévénement le plus mémorable de leur époque. L%% propositions de la réunion furent examinées et débattues avec une modération remarquable, avec un désirréciproquede toute concession possible. Des difficultés Jusque-là insurmontables paraissaient devoir être a^ilanies; les princes d'Allemagne suivirent avec intérêt cette négociation ; comme Louis XIV, Tempereur Léopold désirait la réunion des Églises chrétiennes. Un savant docteur protestant, Molanus, était parvenu à concilier 50 articles controversés entre les catholiques et les luthériens ; et Bossuet écrivait à Leibnitz (10 janv. 1602) : « Je regarde les « articles de Tabbé Molanus comme un *grand « acheminement à la paix du christianisme. » Les concessions devaient être faites de part et d'autre ; Bossuet alla dans les siennes aussi loin qu'il crut pouvoir le faire. Non-seulement il promettait, au nom du pape, l'usage de la communion sous les deux espèces, il annonçait aussi que les ministres luthériens qui, après leur profession de foi, seraient élevés à Tordre de prêtrise ou à l'épiscopat, pourraient conserver leurs femmes (sua conjugia relinquanêur ). Mais cette négociation , commencée et poursuivie sous de si heureux auspices, échoua par la persistance de Leibnitz dans ses attaques contre l'autorité du concile de Trente. Il avait fini par montrer une inflexibilité si peu en harmonie avec l'esprit de conciliation empreint dans se$ premiers écrits, qu'on supposa un motif politique à ce changement '.
L'année 1683 avait signalé Bossuet comme l'oracle de l'Église gallicane, le défenseur de ses droits, et en même temps le régulateur de l'autorité des papes dans ses rapports avec l'autorité des rois. Pendant les différends qui s'étaient élevés, au sujet de la régale, entre Inuocent XI et
* On trooTC daiu les OBuvrêt àt Botsiêêt tout Im acte» de cette négociation dont le cardinal dr BauMrt a donné une loogne «t MTaate analjfe.
Louis XIY , une assemblée générale du clergé tat convoquée. Soumis aux deux puissances, et après avoir prpnoncé devant les évêques son sermon sur Vunité de l'Église, Bossuet rédigea et fil adopter les quatre célèbres propositions sur les immunités de l'Église gallicane (voT- ce mot) : le pape Inuocent les fit brûler à Rome; Louis XIT les promulgua par un édit que tous les parlements enregistrèrent. L'enseignement en fut prescrit dans les universités et dans les séminaires, et depuis elles ont été regardées comme loi de l'Eut.
Les deux hommes les plus célèbres de l'Église de France, Bossuet etFénelon, s'étaient profondément divisés dans l'affaire du quiétisme qui, selon le chancelier d'Aguesseau , n'élaii pas moins une intrigue de cour qu'une g uereiie de religion. M»»* de Maintenon était entrée vivement, avec le cardinal de Noailles et Tévêque de Chartres , dans l'affligeante querelle de l'évèque de Meaux contre l'archevêque de Cambrai. Tandis que ce dernier , exilé dans son diocèse, qe pouvait obtenir la permission d'aller défendre son livre des Maximes des saints à Rome, Bossuet y avait envoyé son neveu et l'abbé Philippeaux, avec mission de poursuivre la condamnation des Maximes. On trouve dans les œuvres de Bossuet la volumineuse correspondance de ses deux agents. L'abbé Bossuet, qui fut depuis évéque do Troyes, écrivait à son oncle , en parlant de Fénelon : « C'est une bête féroce qu'il faut « poursuivre jusqu'à ce qu'on l'ait terrassée. » Et le cardinal de Bausset, qui a été aussi l'historien de Fénelon, après avoir cité ces mots odieux, s'écrie : « Fénelon ! une bête féroce ! »
Bossuet avait publié 20 écrits , la plupart en français, quelques-uns en latin, dans l'aÂûre du quiétisme (1604-1690). Parmi ses ouvrages imprimés , dont le nombre étonne l'imagination, car il s'élève à plus de 100, il en est 8 sur l'Écriture sainte , 20 contre les calvinistes , 9 contre les mauvais critiques, 10 pour la défense du clergé de France, 14 pour le diocèse de Meaux : 4, dont les Élévations à Dieu, sur des si^ets de piété et de morale; 11 pour l'éducation do dauphin ; 7 sous la forme de lettres et 9 sous les litres d'oraison funèbre ou de discours. Il existe trois grandes éditions des œuvres de Bossuet : la première, donnée par les abbés Péreau et Leroy (1743-1753), 20 vol. in-4o ; la 2«, par dom Deforis (1773-1788), 19 vol. in-4o. La révolution empêcha de terminer cette édition qui devait avoir 36 vol. ; la 3«, U seule qui soit complète, dirigée par les abbés Hémey-d'Auberive et Caron (Versailles, }8154819),47 vol. w-8<»,y compris les
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4 vol. de V Histoire de Bossuet, par le cardinal de Bausset. On peut regretter que Tévéque de Xeaux et le grand Arnauld (dont les œuvres forment 48 vol. in-4o), aient usé leur puissant génie sur des matières de controverse.
Bossuet mourut des douleurs de la pierre, danssa 76* année, à Paris, le 19 avril 1704 ; et la même année la France fut veuve de ses deux plus grands orateurs, car elle perdit aussi Bourdaloue.
Dans le xvn« siècle on aimait à comparer Bossuet avec Bourdaloue, Flécbier et Mascaron : aujourd'hui ces comparaisons seraient peu goûtées; le temps a tracé la démarcation de ces renommées. L'éloquence de Bossuet ne ressemble à aucune autre; elle est soudaine, impétueuse, irrégulière. C'est un torrent qui entraîne plutôt qu'un fleuve réglé dans son cours. Il ne cherche ni ne dédaigne les ornements de la pensée. Simple et rapide dans sa marche , il plane au-dessus de l'art et des règles. Sa parole est une inspiration ; son sublime est de toutes les langues et de tous les temps. Théologien dont les livres sont devenus une autorité en matière de foi ; controversiste net et précis, réduisant tout à l'objet dont U parle ; orateur qui n'a suivi aucun modèle et qui n'a pu être suivi, être égalé lui-même ; historien qui lance dans la nuit des âges les éclairs de son génie ; politique qui semble né pour instruire les rois : on voit son élé- Tation sans pouvoir la mesurer. U saisit, il étonne , on admire. Youlail-on peindre Bossuet et Fénelon, on disait : l'aigle de Meaux, le cygne de Cambrai. Lorsque la Bruyère fut reçu à l'Académie française (1693), il termina son discours par ce magnifique éloge de Bossuet : « Que dirai-
je de ce personnage qu'on admire malgré
soi, qui accable par le grand nombre et par l'éminence de ses talents ; orateur, historien, théologien , philosophe d'une rare érudition , d'une plus rare éloquence, soit dans ses entretiens, soit dans ses écrits, soit dans la chaire ? un défenseur de la religion, une lumière de l'Église; parlons d'avance le langage de la postérité, un Père de l'Église!»
Le célèbre jésuite Delarue prononça son oraison funèbre ; mais il se montra comine écrasé sous la hauteur de son sujet. L'éloge de Bossuet, par d'AIembert, écrit avec plus d'esprit que de force, avec plus de justesise que d'élévation, plait par un choix d'anecdotes facilement contées et rapprochées avec art : c'est une esquisse et non un portrait. L'éloge de Bossuet, par l'abbé Tal^ bert, couronné par l'académie de Dijon, en 1773, est sagement composé et laborieusement écrit, sans éloquence et.sans hautes pensées. La vie de
Bossuet, par de Burigny (1761, in-i9), est un livre estimable plutôt qu'un bon ouvrage. Dom Deforis , le cardinal Maury, beaucoup d'autres encore, ont essayé la biographie, ou l'éloge ou l'appréciation de Bossuet. Le cardinal de Bausset est jusqu'à ce jour son meilleur historien. YlIXIllÂVB.
BOSSUET (FRiiivçois-AifTOiifi-JosEPB) est né le 22 août 1798, à Ypres (Flandre occidentale). Après bien des services rendus à la patrie, la révolution de 1830 le vit entrer au ministère &qs relations étrangères, où il fut employé aux affaires de la marine jusqu'en 1854, époque à laquelle il quitta le ministère pour s'adonner entièrement à la peinture dont il n'avait cessé de s'occuper pendant sa carrière administrative. Il avait pendant son séjour à Ostende, pris part à l'organisation de l'Académie de cette ville. Il y avait eu la direction des classes supérieures. En 1828, étant venu se fixer à Bruxelles, il se fit connaître des peintres, qui lui confiaient leurs productions pour en rectifier la perspective. U fut plus tard nommé professeur à l'Académie de Bruxelles, et publia en 1833 un Traité de perspective pratique.
Son premier tableau, représentant l'église des SS. Michel et Gudule, fut exposé en 1830 au salon de Bruxelles. Son second tableau, le Marché au poisson d' Ostende, parut à Gand à l'exposition de 1833. Peu de temps après, il exécuta, pour la galerie de S. M. le roi, une vue de la cathédrale d'Anvers. Depuis lors, on vit de ses productions dans les principales expositions en Belgique, en Hollande, en Allemagne, etc.
Après avoir étudié les monuments du moyen âge et autres, en France, en Allemagne et en Angleterre, il fut, en 1840, chargé par le gouvernement d'une mission en Espagne et dans le nord de l'Afrique, où il alla étudier l'architecture moresque.
Voir lo son rapport au ministre et 2» soa portefeuille attestant le succès de sa mission.
Ses tableaux, qui figurèrent à l'exposition nationale de 1842, lui valurent la décoration de l'prdre de Léopold.
On voit de ses tableaux dans les principaux cabinets de l'Europe.
Il vient d'organiser une école normale de dessin où il met en pratique une méthode que l'on appréciera plus tard. î.
BOSTANDJI, jardinier, ou, à proprement parler, celui qui cultive les melons ( en turc et en servien boslan, melon). C'est sous ce nom que Ton désigne les gardes du sérail, qui sont en outre les jardiniers et les rameurs du Grand Sei-
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gneur; lon^^il se promène sur le détroit, c^est à leur chef, le bostatufji bachi, à tenir le gouyernail. Celui-ci a de plus sous sa surveillance les jardins du sérail, les maisons de plaisance du Grand Seigneur, et les châteaux situés sur le canal. Ces bostandji, que Ton a regardés, mais à tort, comme formant un corps militaire, étaient autrefois an nombre de 3,000; ils ne sont plus qu^environ 600. Leur solde est semblable à celle que recevaient autrefois les janissaires; 30 d*entre eux, appelés les khasséfU ou intimes, remplissent les fonctions d*exécuteurs des hautes œuvres et accompagnent toujours le sultan.
Les bostandji se partagent en 9 classes que Ton peut facilement reconnaître, car les membres de chacune d*elles ont une ceinture différente. Outre les 600 bostandji de Constanlinople, il y en a encore quelques autres à Andrinople, sous les ordres d'un bostandji nommé par le Grand Seigneur. Dl Lk NODK/LIS.
BOSTON (long, occld. 71o 4', lat. N. 4â« 22'), la plus grande Tille de la Nouvelle-Angleterre et le chef-lieu de FÉtat de Massachusets, est le centre d*un commerce très- considérable et qui s'étend à toutes les parties du globe. On en exporte principalement du bœuf, du mouton et du poisson salés , des bois de charpente et de construction, du rhum américain, de la potasse, de la perlasse, de la graine de Hn, de Thuile et des fanons de baleine , de la clouterie , de la sellerie , de la chapellerie, du tabac en feuilles et fabriqué, des articles des manufactures des autres États de ruoion et des pays étrangers, qui y sont importés pour être exportés en d'autres contrées, etc. En 1821 les importations s'élevèrent à près de 100,000,000 de francs.
Boston, qu'on apprend à connaître d'une manière détaillée par le roman de F. Cooper Lionel Lincoln, et dont on trouve une bonne description dans l'Encxdopœdia americana,iomt n, a une population de plus de 60,000 âmes; en 1765 on n'y comptait encore que 15,520 habitants. Elle est située sur la baie du même nom ou de Massachusets, dans une presqu'île à l'embouchure du fleuve Charles, et se divise en trois quartiers. Le port fortifié peut recevoir plus de 500 grands bâtiments. On y voit de beaux édifices, surtout dans West-Boston, et l'on distingue particulièrement l'hôtel des états, la bourse, l'Athénée avec la bibliothèque et une galerie de tableaux. Il y a une faculté de médecine qui appartient à l'université, dite de Harvard, de Cambridge. C'est â Boston qu'éclata en 1773 la révolution américaine, par un acte insurrectionnel du peuple qui jeta à la mer une cargaison de
thé envoyée d'Angleterre. Les batailles de Lexin^ton et de BunkershiU, dans la proximité de la ville, ouvrirent la lutte deux ans après. X.
BOSTRICHINS. Ce nom a été donné par Latreille à une famille d'insectes de l'ordre des coléoptères et de la section des tétramères. Les caractères suivants lui sont assignés : articles des tarses presque toujours sans divisions; corps cylindrique ; tète globuleuse ; antennes de huit à dix articles distincts, dont le premier allongé, et les deux ou trois derniers fermant une grande massue le plus souvent solide; palpes trèscourts, coniques dans la plupart; jambes ordinairement comprimées; les antérieures dentelées. — Cette famille comprend plusieurs genres qui se classent de cette manière :
f. Palpes très-petits, coniques; antennes en massue solide, plus courtes on guère plus longues que la tète.
1. Massue des antennes commençant plus bas que le neuvièmearticle. Genres : bylurge, tonique, platype.
2. Massue des antennes comnsnçMl au neuvième article; pénultième article des tarses bifide. Genres : scolyte, hylésine*
tt Palpes très-petits, coniques; massue des antennes formée de trois feuillets très-allongés; pénultième article des tarses bilobé. Genre : phloïotribe.
ttt Palpes filiformes; massue des antennes perfoliée ou en scie, quelquefois pectinée ; corps allongé ; articles des tarses entiers. Genres : bostriche, psoa.
BOT, en marine, est une embarcation hollandaise ou flamande, tort pleine, carrée de l'avant et pontée : voici la description détaillée que nous en donne un auteur. « Le 6ol est ponté, ei au lieu de dunette ou chambre un peu élevée, il y a une chambre retranchée à l'arrière qui ne s'élève pas plus que le pont. On fait jouer le goavernail, ou avec une barre ou sans barre, parce que celui qui gouverne le peut faire tourner aisément de dessus le pont. A l'avant du bot, il y a une poulie qui sert â lever l'ancre, et au milieu du bâtiment on pose un cabestan lorsqu'U en est besoin, et on l'affermit par deux courbatons, qui de l'un à l'autre vont se terminer contre le bord. Les membrures du tond sont vaigrées ou couvertes de planches, hormis â l'endroit où l'on puise l'eau qui y entre. De ^ est venu le moi paquebot, vaisseau qui apporte les lettres. • Dans l'ancienne Flandre et dans la Hollande, les chaloupes et tous les autres bâtiments à rames prennent le nom de boi, Saiht-Psospu.
BOTANIQUE. Pendant longtemps on avait
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borné le sens habituel de ce terme à Tart de nommer et de classer les yégétaux; mais à mesure que rétude générale de lliistoire naturelle a fait des progrés, on a senti que toutes les parties de Thistoire des plantes étaient intimement liées les unes avec les autres. On a donc agrandi le sens du mot, et on a, avec raison, considéré la botanique comme Thistolre entière du règne végétal. Dans ce cas, elle se divise en un grand nombre de branches distinctes que nous énuméreronsd^abord pour foire comprendre Tensemble de la science, et que nous reprendrons ensuite successivement pour exposer les bases essentielles de chacune d'elles.
Les parties dont la botanique générale se compose sont, les unes, fondamentales, les autres accessoires ou d'application.
A la première série appartiennent : l» Vorganographie oi| la description des organes tant extérieurs qu'intérieurs des végétaux ; 2o la phjrêiologie qui cherche à déduire de l'élude des organes et de celle des milieux où les plantes se trouvent, tout ce qui est relatif à la vie végétale ; 3« la méthodologie qui s'occupe de la comparaison des végétaux, et par conséquent de l'art de les classer, de les distinguer, de les nommer et de les décrire de manière à faire saillir leurs ressemblances et leurs di£Férences.
On peut rappeler aux parties accessoires : 1» La botanique géographique qui recherche les f^its relatif à la distribution des végétaux sur le globe actuel et les lois qui peuvent donner une idée générale de ces faits; S« la botanique ùryctologique qui a pour but d'étudier la structure et l'histoire des végétaux fossiles, considérés dans leurs rapports, soit avec les forme» des végétaux actuels, soit avec les couches du globe \ 3o la botanique historique qui recherche par quelles voies la science est arrivée à son terme, et qui en foit connaître les différentes époques.
Je considère, en troisième lieu, comme simples parties d'application : l» la botanique agricole qui devrait être bornée aux choix qui président à Ui culture des végétaux, mais où l'on mêle quelquefois des recherches relatives à l'emploi des plantes; 3» la botanique médicale, où l'on réunit tout ce qui tient à la connaissance des plan- ^ tes, considérées comme médicaments ; S» enfin la botanique appliquée qui comprend l'étude de tous les autres genres d'applications aux besoins des hommes, et qui se subdivise selon qifil s'agit des plantes employées comme matières aUmentaires, tinctoriales, combuetibles, etc.
Indépendamment de ces divisions méthodiques, l'usage a établi encore des termes propres
à désigner l'étude spéciale de certains Yégétaux; ainsi, on appelle dendrologie l'étude des arbres ; mycologie celle des champignons; muscologie celle des mousses, etc. On pourrait ainsi, si la chose en valait la peine, créer un nom pour l'étude de chaque grande division des végétaux; mais ces divisions sont peu rationnelles comme sciences distinctes, et chacune pourrait présenter les neuf divisions méthodiques que nous venons d'indiquer et dont nous allons rapidement passer en revue l'histoire et les bases fondamentales.
I. L'organograpliie ' est la base de la science tout entière. En effet, sans la connaissance, et même sans une connaissance bien raisonnée des organes des plantes, il est impossible de se rendre compte des phénomènes de la vie végétale, ni de comparer entre elles les diverses plantes de manière à concevoir leurs différences et leurs ressemblances. Or il est remarquable que cette étude, qui aigourd'hui nous semble la plus élémentaire de toute la botanique, soit loin d'être celle par laquelle on en a commencé l'étude. Théophraste, qui peut être considéré comme le premier naturaliste qui se soit occupé des phénomènes de la vie des pUintes, méconnaissait presque entièrement leur structure. Dioscoride, qui a joué un rdie analogue, relativement aux descriptions et aux classifications, ne parait avoir eu que des idées très- vagues sur leur organisation. Cette négligence de l'étude directe des organes s'est prolongée après la renaissance des éludés ; et si l'on excepte Césalpin qui, dans son admirable ouvrage de Plantis, a le premier donné l'exemple de l'analyse directe et soignée de certains organes, on peut dire que ce n'est que vers la fin du xvii« siècle que cette branche de la science a été étudiée avec le degré d'importance qu'elle mérite. A cette époque, deux observateurs du premier ordre, Grew en Angleterre, et Malpighi en Italie, se servirent avec habileté du microscope qui .venait d'être notablement perfectionné, et l'appliquèrent à l'étude des organes internes desL végétaux. Ils le firent avec une telle supériorité que pendant plus d'un siècle on n'ajputa rien à leurs travaux. Si même dès lors des hommes habiles, tels que Hedwig, et, de nos jours, MM. Rieser, Tréviranus, Mirbel, etc., ont porté de nouveau leurs recherches sur ce sujet, on peut dire, sans être taxé de méconnaître des services très-réels, qu'ils ont moins découvert des faits complètement inconnus à
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Grew et à M alpighi quMls n'ont donné les moyens de les coordonner de manière à en comprendre toute la signification. L*étude de Tanatomie ou de la structure interne des végétaux reconnaît aujourd'hui la singulière similitude de tous leurs organes élémenlaires ; elle prouve que le tissu interne de toutes les plantes se compose d^un nombre immense de petites vésicules (qu*on nomme cellules, eu égard à ce qu'elles composent le tissu cellulaire), et que ces vésicules, plus ou moins agglomérées et de forme ou arrondie ou diversement allongée, donnent naissance à toutes les principales différences des organes; elle montre que , dans une partie seulement du règne végétal, on trouve, en outre, des vaisseaux remplis d'air, diversement conformés, et des orifices appelés stomates, auxquels ces vaisseaux paraissent aboutir, et que tout cet appareil est enveloppé, au moins dans sa jeunesse, dans une pellicule ou cuticule qui lui sert de tégument commun. Ainsi la structure interne des végétaux étonne autant par son homogénéité que leur aspect extérieur surprend par sa variété.
L'étude des organes externes, ou, comme on dit, rautopsie, n'a été que plus Urd réduite à des lois simples et générales. Pendant longtemps on a dû se contenter de donner successivement des noms à tous les organes qui semblaient différents, sans trop chercher leurs rapports entre eux. Mais, dans ces derniers temps, on a vu que des organes en apparence très -disparates se liaient entre eux par de nombreux intermédiaires , et se transformaient souvent les uns dans les autres. On a été ainsi conduit à reconnaître que tous ces organes se réduisaient intrinsèquement à trois principaux : la racine, qui tend à descendre vers le centre de la terre ; la tige, qui s*élève avec plus ou moins d'énergie; et les feuilles, qui naissent autour de la tige, disposées en spires ou en anneaux. Les deux premiers forment Taxe des végétaux, et les feuilles sont comme des sorties d'appendices latéraux; Aussi M. Turpin at-il désigné les premiers sous le nom d'asiles, et les feuilles sous celui d*organes appendiculaires. Ces feuilles revêtent des formes très-diverses et servent à des usages très-variés, selon la place qu'elles occupent et le mode de leur développement; tantôt elles sont de simples organes nourriciers, et tantôt, graduellement mais prodigieusement modifiées, elles forment les diverses rangées d'organes qui composent la fleur et le fruit des végétaux. Cette grande simplification dans l'essence des organes ne dispense pas sans doute d'étudier les formes détaillées de
chacun d*eux, mai» elle donne une marche régit* lière à tous les travaux et en a beaucoup étenda et développé l'ensemble. Elle domine aujourd'hui toute l'étude des plantes les plus parfaites par leur organisation. C'est encore de nos jours seulement que la structure interne de la tige dans les deux plus grandes classes des végétaux a été débrouillée avec quelque précision par M. Desfbntaines : ce savant a montré que les uns (dicotylédones ou exogènes) croissent par l'addition de couches nouvelles situées sous l'écorce et en dehors du corps ligneux, tandis que les autres (monocotylédones ou endogènes) paraissent dépourvus d'une vraie écorce et grossissent par l'addition de fibres nouvelles au centre du corps ligneux. Ainsi presque toutes les bases et surtout toutes les lois générales de l'organogniphie sont des connaissances modernes, et l'on comprend sans peine combien toutes les autres branches de la science ont dO se former avec difficulté et hésitation , tant que les éléments eux-mêmes n'étaient guère connus que d'une manière empirique et irrationnelle.
II. La physiologie ' est la science qui dans les deux règnes organiques cherche à démêler les lois et les phénomènes de la vie. Ceux-ci sont, dans le règne végétal, à quelques égards, moins frappants que dans les animaux, principalement en ce que le mouvement locomotif n'y existe pas ; mais ils sont cependant dignes de toute l'attention des amis de la nature et ont fixé les regards de Théophraste dès les premières époques de la science. Ce n'a pu être cependant que bien des siècles après lui qu'on a pu mettre Quelque précision dans cette étude. Elle se compose de deux branches principales, savoir : la nutrition et la reproduction des végétaux, ou, si l'on veut, la vie de l'individu et la vie de l'espèce. Il semble que ces deux classes d'idées se suivent si naturellement dans l'ordre que je viens d'indiquer que c'est aussi dans cet ordre qu'on a dO les étudier; mais la marche historique des sciences ne suit pas toujours une logique rigoureuse, et ici encore les premiers efforis dignes de louanges ont été dirigés vers les moyens de la reproduction des végétaux et la découverte de leurs sexes. Ceux-ci, entrevus par les anciens dans les plantes où ils sont séparés sur deux individus, comme • dans les animaux, n'ont été reconnus dans pr^esque tous les végétaux que dans le commencement du siècle dernier, par les observations successives de Zaluzianski, de Camerarius, de Burckhart, de Vaillant, et plus tard de Linné.
* Voyes Phjtiolop* végitêU, 3 td. in^*; PtrU, 1833.
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Là siogularité de ce rapprochement entre le« deux règnes a TiTement piqué la curiosité des sayants et d uublic, e tparait avoir beaucoup contribué à porter les recherches des premiers sur la manière dont les végétaux pourvoient à leur nourriture. Ici encore, bien loin d^étudier d*abord les phénomènes élémentaires, on a doramencé par les plus compliqués. La Statique des végétaux de Haies (f^egetablê siaticks, Londres, 1737 ), ouvrage qui montre au plus haut degré le génie des expériences physiologiques, est cependant aussi un exemple remarquable de cette marche bizarre de la science. Haies étudie avec sagacité des faits extraordinaires et parait peu 8*inquléter de la marche habituelle des sucs nourriciers. Ce n*e8t encore que presque de nos jours qu*on s*est assuré que Teau du sol pénètre dans les plantes par Textrémilé des racines, s*é1ève, dans le corps ligneux seulement, probablement parles petits interstices situés entre les cellules et par Teffet des contractions vitales de celle-ci ; qu*arrivée dans les parties foliacées, elle est exhalée en grande quantité, et que de plus, par Teffét des rayons directs du soleil, Tacide carbonique qu'elle renferme ou qu'elle tire de Pair se décompose et produit le dégagement du gaz oxygène qui purifie sans cesse Patmospbère, et le carbone dont la fixation accroît le poids solide des végétaux. Ce poids est encore accru par le dépôts des molécules terreuses qui étaient contenuesdans Teau pompée du sol, et parce qu'une partie de cette eau elle-même se fixe dans le végétal. Le suc formé dans les feuilles par ces diverses modifications redescend surtout dans les parties corticales ; il est pompé çà et là par les vésicules qui s'en nourrissent ou le réservent en dépôt pour le développement des organes futurs, ou en fabriquent des sucs spéciaux analogues aux sécrétions animales. On volt que cette coordination si simple repose tout entière sur l'action individuelle des cellules et qu'elle ne pouvait par conséquent être conçue que depuis que leur structure est connue. Les progrès de la chimie ont aussi beaucoup et heureusement influé sur la physiologie : c'est à eux qu'elle doit tout ce qui tient aux combinaisons des matières d'où résultent la nutrition, la coloration et la composition des végétaux ; mais la physiologie seule s'est chargée d'examiner par quelles forces, par quelles routes et par quels moyens ces combinaisons s'exécutent.
Indépendamment de ces phénomènes d'un ordre très-général, la physiologie végétale s'est occupée avec succès d'une foule de phénomènes d'un ordre un peu secondaire, mais qui n'en for-
ment pas moins l*une des parties les plus piquan** tes de la science, savoir : des mouvements variés que les feuilles et les fleurs exécutent dans des circonstances déterminées ; des précautions vraiment merveilleuses dans lesquelles la nature semble s'être complue pour assurer la fécondation,la dissémination et la germination des graines; des principes et des procédés divers par lesquels s'exécute la greffé naturelle ou artificielle des végétaux; la direction, si variée dans le règne et si fixef dans chaque cas particulier, qu'affectent les divçrs organes des pUintes ; des phénomènes curieux de la température végétale, et surtout de ceux qui se rattachent à la durée des végétaux qui nous la montrent comme indéfinie dans un grand nombre de cas, et nous autorisent à croire qu'il existe aujourd'hui des arbres peutêtre contemporains des dernières révolutions du globe.
Mais la physiologie ne se borne pas à ces questions théoriques : elle éclaire d'un jour très-nouveau toute l'étude de la végétation et de la culture. L'appréciation de l'influence que les éléments extérieurs ou les milieux ambiant» exercent sur les êtres organisés est une branche de cette science qui a reçu le nom d^épirrèologie. Considérée dans ce qui est relatif au règne végétal, elle trouve dans l'appréciation de l'action de la lumière, de la chaleur, de l'air, de l'eau et du sol, toutes les bases théoriques de la bonne agriculture, tous les principes qui peuvent servir à juger le mérite réel de» diverses méthodes de culture, Pexplication et l'histoire de la plupart des maladies des plantes et de l'action réciproque que les végétaux exercent les uns sur les autres. C'est en particulier ce genre d'examen qui a révélé depuis peu la théorie des assolements, et qui a conduit k penser que si des plantes de la même espèce ne peuvent pas se succéder dans le même sol, cela tient à ce que ce sol est vicié pour elle par les excrétions d'individus semblables à ces plantes, et qu'aucune espèce vivante ne peut se nourrir des matières excrémentielles rejetées par des individus de la même espèce qu'elle.
m. Ces considérations, quelque nombreuses et variées qu'elles puissent être, sont loin d'épuiser celles qu'on peut déduire de l'étude des organes des végétaux. Jusqu'ici on aurait pu, pour ainsi dire, déduire tout ce dont nous avons parlé de l'étude d'une seule plante ; mais il s'agit maintenant de comparer entre elles, pour les classer et pour les distinguer, les 70,000 espèces de végétaux qui ont déjà été observés sur la surface du globe et qui probablement forment une portion de la végétation réelle qui n'en dépasse pas
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beaucoup la moitié. La branche de la botanique qui 8*occupe de cette comparaison est celle qui prend le nom de méthodologie végétale '.
La nécesMté de savoir les noms des plantes, pour être ep rapport avec les autres bommes, a fait croire longtemps que |e but essentiel et direct de la science était de faire connaître ces noms, et cette opinion peut avoir 'encore quelque vérité quaiid on considère la science sous des rapports purement pratiques. G*est ce désir de trouver les noms qui a dopné naissance aux méthodes dites artificUUfiê, lesquelles conduisent à la nomenclature comme des sortes de diction^ naires. La méthode de Tournefort, le système de Linné et la méthode analytique de Lamarck (vo^. tous ces noms) ont ]oui sous ce rapport d*une juste réputation, Hais à mesure que la science s*est étendre, que les organes des plantes ont été connus d*une manière plus intime et plus comparative, op a aspiré à uu ordre plus logique et on s*est voué aux méthodes dites naturelles. Bans ces méthodes les êtres sont rangés d*après la masse de leurs rapports les plus intimes, de telle sorte que la place attribuée à chacun d'eux est le résultat, et par conséquent Tindice, de toute son organisation, et que la nomenclature, au lieu d*étre le but direct, est la conséquence de la méthode. C*est à Bernard de Jussieu (vosf,) que toutes les sciences naturelles ont dû cette importante révolution qui a été la cause essentielle des immenses développements qu'elles ont acquis de nos jours.
Les méthodes naturelles reposent toutes sur ce principe que les caractères qui distinguent les êtres entre eux ne sont pas d*égale valeur et quMl faut toujours subordonner les plus légers aux plus importants. Or, Timportance d*un caractère se compose de Timportance de l*organe pour la vie de Têtre et de celle du point de vue sous lequel on le considère. Plus ce point de vue sera intimement lié avec la symétrie générale des êtres et de chacune de leurs classes, plus il aura d'importance réelle. Four éviter les erreurs faciles en ce genre de recherche^, ou part de ridée que da^s chaque classe il y a une symétrie normale, mais que cette symétrie peut être dérangée ou manquée par trois causes, savoir : les avortements ou non-développements de certains organes, les adhérences ou soudures qu'ils peuvent contracter entre eux, et les dégénérescences ou changements d*aspect que des causes spéciales peuvent leur foire subir. Ce triple genre
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d*aberratioD se lie soit à Torganographiei toit à la physiologie, et o£Fre, outre son utilité dans les méthodes , cet immense intérêt qu^on y trouve la solution d*un grand nombre de laits qui, flétris sous le nom commun de monstruosité, semblaient échapper h toutes les lois de la nature et y rentrent aujourd'hui avec une merveilleuse clarté. Lorsqu'une fois on est arrivé k reoon^ naitre les h)is de la symétrie et par eonséquent de la cUissifioation dans un système général d'organes, celui de la reproduction, par exam^ pie, on en conclut un certain ordre dans les plantes; puis on répète le même travail sur un autre système , celui de la nutrition. Si par eos deux routes on arrive ^ un ordre identique, on eu cpnclut que cet ordre est celui que nous pouvons considérer comme avoué par la pâture, et c'est ce que nous nommons l'onlre naturel. 1} y a des parties de la science sur lesquelles pops l'avons atteint et d'autres où nous le cherchons encore. Bans les deux règpes on donne le nom de grandes classes ou d'embranchements aux divisions primaires qui sont au nombre de quatre dans chacun d'eux; pour le règne végétiU on peut les indiquer comme suit :