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continué pour les temps modernes qui ont bien plus que les précédents contribué à Fafancement de la science '.
Une seconde classe d'ouvrages analogues aux précédents, et qui se confondent même à quelques égards avec eux, est celle des bibliographies botaniques. Haller a publié un ouvrage [Biblioiheca botanica, 2 vol. in-4o, Tigur., 1771 et 1772), qui, par. sa forme, remplit le double but de présenter Thistoire de la science et de faire connaître, sous le rapport bibliographique, les divers ouvrages qui ont été publiés Jusqu'à cette époque. Il n*a pas été surpassé dans le cadre qu'il s'était tracé; mais, depuis, Bryander publia un autre genre d'ouvrage, moins botanique peut-être, mais d'une utilité plus pratique. Il a rangé dans sa Bibliotheca banksiana (5 vol. in-8«, Londini, 1798-1800) tous les ouvrages et toutes les dissertations, dans un ordre méthodique tel que, étant donné un sujet quelconque, on peut savoir assez facilement tout ce qui a été imprimé sur ce sujet jusqu'à l'époque de la publication de son livre. On conçoit combien un pareil répertoire est précieux pour faciliter les recherches : aussi a-t-il été dès lors souvent imité.
Enfin une dernière classe de travaux qui doivent figurer ici, quoiqu'on ait l'habitude de les voir réunis dans les ouvrages généraux au diagnostic des végétaux, est la sxnonxtnie. On désigne sous ce nom la réunion de tous les noms divers que chaque plante a reçus aux diverses époques de la science. On place cette série (avec l'indication exacte des ouvrages où chaque nom est établi) à la suite des phrases spécifiques. Cette énumération contient réellement l'historique détaillé des travaux faits sur chaque plante et donne le moyen de retrouver à volonté tout ce qui en a été dit. Les botanistes superficiels font souvent peu de cas de ce genre d'érudition; mais les véritables amis de la science en apprécient toute l'utilité. C'est parla synonymie qu'on évite de laisser perdre une foule de connaissances de détails consignés dans les anciens; c'est par elle qu'on évite de répéter plusieurs fois la même espèce sous des noms divers dans les tableaux généraux ou particuliers du règne végétal; c'est par elle qu'on reconnaît quel est l'auteur qui a le premier décrit chaque plante, et par conséquent quel est, entre plusieurs noms
a Cctt« coBtloiutlon ezl«u en lugoe «UtnaBilf , oali «lU ê*trkt k Ywnèt 1S16 : Gtsckiehtê dtr BoUnik, mta» l'tarit tmmg hi» 0tfdith9utig$ Ztit forigtfûkrt, Alicnb. et Ldpc, 1817.1818, f vol. aaxqaelt II faut joindre : Nnê EHtittkungtm in gamttm U$tfamg$ iêT P/Un]^tnhmnAt. Ulpt., 1819-1622, 3 vol. In.So.
conformes aux règles, celui qui doit mériter la préférence. En e£Fet, la garantie de la stabilité de la nomenclature consiste dans ce principe aujourd'hui sanctionné par le concours de tous les botanistes, savoir : que le nom le plus ancien doit être conservé, à moins qu'il ne pèche évidemment contre les lois de la nomenclature, ou qu'il n'exprime une idée contradictoire avec la nature de l'objet, ou qu'il n'ait déjà été donné à un autre végétal. Ainsi l'étude de la synonymie est à la fois une source de connaissances utiles et la sanction de la nomenclature.
Les six branches de la science que nous venons de passer en revue composent véritablement l'ensemble de toutes les connaissances botaniques considérées dans la théorie générale de la science; mais il nous reste à parcourir encore, sous un point de vue analogue, les principales applications de la' botanique aux besoins des hommes.
VII. La boianique agricole comprend toutes les connaissances de la science botanique qui sont applicables à la culture des végétaux. EUe se compose de deux catégories dont l'une est la conséquence de la physiologie et dont la seconde se lie, soit à l'ensemble, soit aux détails de la méthodologie.
La première, dont j'ai déjà dit quelques mots dans le § II, a pour objet spécial d'étudier les méthodes de culture qui sont toutes fondées ou théoriquement ou pratiquement sur la connaissance de la manière dont les plantes se nourrissent et se reproduisent. La pratique a sans doute, ici comme ailleurs, précédé la théorie; mais lorsque celle-ci commence à se perfectionner, elle réagit utilement sur les procédés empiriques en donnant le moyen de les apprécier, de les varier et de les généraliser. Tout l'art de la culture détaillée des jardins, et, à un moindre degré, celui de la grande agriculture, fournissent à chaque instant des preuves de l'utilité de cette liaison des connaissances théoriques et pratiques. Les écueils qu'on doit signaler ici aux praticiens sont V de se garder d'une double exagération qui atteint facilement les uns ou les autres, savoir : de croire tantôt que la théorie n'est bonne à rien, tantôt qu'elle est bonne à tout. C'est un instrument logique qui a ses bornes et qu'il ne faut ni mépriser parce qu'il est des cas où on ne sait pas encore l'appliquer, ni vanter au delà des bornes réelles de la science; 2o pour éviter ce double genre d'exagération il faut se défier de la manie de plusieurs praticiens qui ne veulent apprendre de chaque science que ce qui leur semble immédiatement applicable, et qu négligent ainsi les bases réelles des connais-
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lincei et des raisonnement! . 0*esl le moyen le plus eertdin de n'obtenir que des documents superfleiels, empiriques et incertains. Cette tendance des praticiens amateurs est Journellement accrue par la publication d*une foule de litres et de Journaux faits sur ce principe, et qui, Je le crains^ finiront par discréditer la science aui yeux de ceux qui pourraient en tirer un parti Utile s'ils dataient étudiée d'une manière plus rationnelle.
La seconde branche de la botanique agricole est la connaissance régulière des végétaux cultivés. Ici, il ne suffit pas de connaître les espèces de plantes qui ftint l'objet des soins des cultivateurs, de savoir leurs noms botaniques pour être en rapport avec les écrits publiés et les cultivateurs ie divers pays, de connaître leur plade dans l'ordre naturel qui indique le plus souvent une partie notable de leur histoire : quelque variée que sôit cette connaissance des espèces, elle ne suffit pas encore, car le cultivateur a presque au même degré besoin de connaître les variétés que ces plantes ont reçues ou peuvent recevoir par Taction combinée de Thybridité et de la culture. C'est là une étude Immense qui-n'a commencé que de nos jours à être examinée avec quelque attention et qui pourrait utilement occuper la vie de plusieurs observateurs. MM* Duchesne pour les courges, Gallasio pour les arbres du genre des citronniers, ont donné des modèles de la méthode à suivre dans ces recherches. J*al tenté, dans mon mémoire sur les choux ', de montrer par quelle vole on peut mettre de l'ordre dans hi classification et la nomenclature des variétés; mais if resterait à appliquer ces principes à cette foule sans cesse renaissante de races et de variétés cultivées dans les champs et dans les jardins. Ce travail est d'autant plus, nécessaire que la plupart des cultivateurs qui font un commerce de leurs produits tendent sans cesse à accroître l'embarras de cette étude en créant de nouveaux noms pour des objets déjà fbrt connus, en distinguant une foule de nuances qui ne le méritent guère, et en cachant trop souvent Tori* gine réelle de celles qui ont quelque valeur. Le publie ne saurait donc trop encourager Jes ouvrages où, au moyen de planches et de descriptions soignées « on cherche à mettre quelque clarté dans ce chaoSi
Une autre partie de la botanique, qui pour^ rait éclairer Tagrieulture, mais qui est aussi dans une grande confusion, c'est la concordance
• Trmnêmiimu iê Im S0ciM fImnimhmM iê lmén*,^.Y, f«i§^ U jtmmêtm Jt fêpicttltm^ /rm»fm$0t ^ Êkt»t vol. XIX.
des noms populaires des plante! aveo les liOM botaniques. Lorsqu'on sait le nom local dHme plante, il importe de connaître le nom botani* que, pour pouvoir se ftdre comprendre hors de son canton; et lorsqu'on sait le nom botanique, il importe souveht dans la pratique de savoir la nom populaire pour pouvoir demander la plante aux paysans. Cette double connaissance a été fort négligée et réclamerait des dietionhairei plus soignés que ceuK qui existent* Nemnicb {Po^yglotien^Lesikon dêt Naurgêtitkickte , Hambourg, iy06-1795, 4 vol.) a tenté de rendre ce service, pour l'universalité des êtres, dans son dictionnaire polyglottei Targionl Ta exécuté aveo plus de précision pour les plantes et les noms populaires de l'Italie; mais on est loin encore d*avoir exécuté ce genre d^uvrages de manière à les rendre véritablement utiles. Remarquons qu'il y a ici deux écueils à éviter : Vun d'employer les noms locaux lorsqu'on est sûr du nom botanique, comme par exemple lorsqu'on a voulu récemment introduire dans les pépi« nières le nom local de MeUcaua pour un arbre parfSiitement connu aous celui de plan^rm; Vkê* tre c'est d'employer des mots botaniques douteux à la place de mots populaires certains : ainsi 11 vaut mieux, au point où en est la science, désigner les variétés des fruits et des légumes par les noms populaires que par les noms soientifiqaea qui sont encore trop incertains,
VIII. Sous le nom de botanique médùMk oa pharmacêuttque on réunit toutes les parties de l'étude des plantes qui traitent de leur emploi comme médicaments. Cette branche de la sdeace est celle peut-être qui présente le plus grand nombre d'ouvrages. Dans l'origine de l'étude des végétaux, on ne semblait presque les considérer que sous cet unique rapport : c'était pour guérir les maux qui affligent l'humanité qu'on observait les plantes; c'était pour ne pas se trompa dans le choix des simples qu'on essayait de les décrire, de les figurer, de les classer; c'était pour les introduire dans les formules qu'on leur donnait des noms latins; en un met, c'est de la bo* tanique médicale que toute la sdènee a pria naissance. Quoique cette partie de l'étude des plantes soit loin d'être aujourd'hui au degré dimpor» tance qu'on lui a Jadis attribuée, elle ne lalaae pas que d'avoir Un Ihtérêt réel^ et eela sous deux rapports.
Il importe, en premier lieu, de reconnaître avec précision les espèces de plantes dont ou tire les médicaments; car il est peu de cas où les erreurs de nomenclature puissent être plus dangereuses i aussi a-t-on mis, dès IV>rigiiit dt
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la science^ oo soin spécial à foire connaître les plantes dites officinales. Un grand nombre de livres ont pour but de les figurer et de les décrire, et cbaque année, pour' ainsi dire, on recommence ce genre d*entreprise. DaiTs ces derniers temps on a publié des ouvrages distingués sous ces rapports : tels sont en français la Flore médicale de Chaumeton, en allemand les grands ouvrages de Hayne {Getreue Dareiellung und Beichreibung der in der Ar^n^ykundB ge»
brœuchliehen Gewœchêe, 10 vol. in-4o, avec planches eoloriées, Berlin, 1805-1825) et de Nées d*Esenbeck (Beechreibung offlcineUer Pflann Men, in-4o, DusseMorf, J8â9); en anglais ceux de Woodville (Médical botanx, 5 vol. in-4o, London) et de Bigelow (American médical botanx^ in^**, Boston). La connaissance des végétaux médicaux offre, au moins pour ceux de rétranger, des difficultés d*une nature particulière. Il est souvent très-difficile de dérouler Torigine réelle des produits médicamenteux exotiques, soit parce que les habitants des pays d*où ils sont indigènes croient avoir intérêt à cacher les lieux où ila les trouvent, soit parce que les marchands cherchent souvent à %^en conserver le monopole en ne faisant pas connaître leur patrie et leur nature originelle. Sous ces rapports, ces travaux spéciaux méritent plus de soins qu*on ne leur en avait donné jusqu'à nos Jours.
Une autre partie de la botanique médicale consiste à comparer entre eux les végétaux des diverses femilles et à en déduire les analogies intimes. Je crois avoir porté à un grand degré d'évidence, dans mon Eeeai êur lee propriélée des plantée comparées avec leur classification naturelle (\ vol., \^ édiUon 1804, 2« éd. 1818), que les parties simihiires des plantes de même famille ont des propriétés analogues, et avoir montré que presque toutes les exceptions apparentes à cette loi tiennent, ou à ce que Ton comparait des parties différentes des végétaux, ou à ce que certaines plantes étaient encore mal classées dans leurs familles, ou à ce qu'on n'avait pas suffisamment étudié leur nature chimique, ou. réfléchi sur les vraies limites des propriétés comparéees entre elles. Depuis lors les botanistes el les médecins ont reconnu la vérité de ce principe et ils ont fait peu à peu rentrer dans la loi générale les faits qui semblaient s'en écarter. Il reste bien encore quelques cas exceptionnels, mais qui probablement cesseront de l'être lorsqu'ils seront mieux étudiés. Cette théorie de l'analogie des propriétés avec les formes est la base d'une étude importante, celle de l'art de
remplacer dans chaque pays les médicaments exotiques par ceux qui sont indigènes. Cette substitution, lorsqu'elle est feite avec discernement et impartialité, donne des résultats précieux, surtoutpour la médecine populaire, et est un des points où l'application de la botanique à la pharmacologie présente l'utilité la plus directe.
IX. Bnfin , nous réunissons sous le nom de botanique appliquée la connaissance de l'enn ploi des végétaux à tous les autres genres de besoins de l'homme. Ce terme comprend sans doute des objets très-hétérogènes, tels que hi botanique alimentaire qu*on a souvent confondue dans les ouvrages consacrés à l'étude des médicaments et qui rentre, à beaucoup d'égards, dans la botanique agricole | la botanique tinctoriale que Dambourner a jadis traitée es professe, mais qui rentre, sous bien des rapports, dans la chimie ; la botanique industrielle qu'on pourrait elle-même subdiviser selon la dasse d'objets dont elle s'occupe. Ces diverses applications de la connaissance des végétaux ont sans doute de l'intérêt et de l'utilité, mais leur hétérogénéité elle-même a empêché qu'on ne les traitât avec autant de soin que les parties précédentes.
En traçant ce tableau rapide, mais assez complet, des parties dont la botanique se compose, j'ai eu pour but de montrer aux gens du monde combien cette science est plus vaste, plus compliquée et plus variée qu'on ne le croit généralement. Cet art de nommer les plantes, que tant de gens croient constituer la botanique, ne nous a plus apparu que comme une conséquence de la méthodologie, comme un point particulier au milieu de celte foule de recherches dont se^ fdrme la science, considérée dans son ensemble. Cette nomenclature est le lien commun qui unit toutes les branches de la science entre elles, comme il unit les naturalistes de toutes les nations ; et il n'y a plus que quelques esprits irréfléchis qui cherchent à tourner en ridicule le soin qu'on apporte à y mettre de la précision. On a pu voir que l'étude de la botanique, par sa variété même, se prête à tous les genres de caractères, à tous les goûts, à toutes les positions. Tantôt elle appelle ses adeptes à parcourir le globe, à gravir les montagnes, à scruter les mers, les ruisseaux, les forêts, pour y découvrir de nouvelles plantes ; tantôt eue les invite à se concentrer dans les bornes étroites d'un jardin (vcX' l*art. suivant) pour y réunir les végétaux des divers pays, étudier leurs formes, leurs mœurs, leur reproduction; tantôt enfin, plus
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casanière encore, elle les attache au milieu d*un herbier où sont réunis les végétaux les plus dispiarates, et où Tinconvénient de les voir dans un état de dessiccation est amplement compensé par l'avantage d*une comparaison uniforme et permanente. A ceux qui aiment les expériences elle offre une foule de problèmes piquants où les ressources de la physique et de la chimie, mises en action avec sagacité, promettent d*heureux résultats; à ceux qui préfèrent Tobservation elle présente une foule inouïe de végétaux mal connus qu*il faut étudier de nouveau, d*organes non encore analysés qu*il faut soumettre à cet instrument magique du microscope, qui, lorsqu'il est employé avec adresse, découvre les mystères les plus cachés de leur structure; à ceux enfin qui préfèrent aux recherches théoriques les applications directement utiles, elle propose et Tintroduction de végétaux nouveaux et la découverte de propriétés peu connues, et la popularisation d^ine foule de connaissances utiles. Et si j*énumérais encore etTérudit qui au moyen de la botanique démêle le vrai sens des écrits des anciens; et le dessinateur qui s*aide des connaissances précises de Torganographie pour représenter les fleurs avec fidélité ; et Tami de son pays natal qui se plalt à en étudier, à en classer toutes les productions ; et le génie accoutumé aux plus hautes conceptions, qui trouve un vaste sujet d'étude et de réflexions dans les rapports des végétaux entre eux avec le globe qui les porte, on comprendrait le charme puissant de cette étude qui se prête à toutes les intelligences, qui commence à plaire dès qu'on se mêle d'observer les faits les plus communs et qui présente toujours de nouveaux attraits à mesure qu'on y pénètre plus avant; qui occupe fortement l'esprit, tout en le détachant pour le moment des querelles des hommes et des injustices des partis ; qui, en un mot, a su captiver les caractères les plus disparates et a réuni sous sa bannière J. J. Rousseau et Linné. C'était à juste titre que ce dernier appelait la botanique amabilis scientia; elle n'a pas cessé d'avoir ce caractère en devenant, de nos jours, une étude immense parla variété des sujets qu'elle observe et la profondeur des combinaisons qu'elle réclame. f^Qjr, Ubrbieb, Herborisation, Plantbs, VÉGtTACX, etc. Bb Candollb.
BOTANIQUES (jardins). 11 ne faut pas confondre les jardins d'ornement avec ceux proprement appelés botaniques. Les premiers ont été créés pour rendre le séjour des villes moins monotones et pour rapprocher les jouissances de la campagne des personnes que leurs travaux
sédentaires retiennent dans ces enceintes, théâtre des grandes passions. On s'y est occupé de la culture des plantes d'agrément, qui demandent plus de soins 'que nos plantes rustiques, et si l'on y a pris plaisir à marier ensemble la modeste violette, le muguet aux grelots odorants, la marguerite élégante, Torchis si bizarre dans les formes de sa fleur, la tulipe et l'anémone si variées , l'aubépine virginale et le chèvrefeuille au parfum si suave, la place de choix a, chez les anciens comme chez les modernes, toujours été réservée pour la plante la plus belle ou trèSHrare, simplement curieuse ou utile.
[Quant aux jardins botaniques, ce sont des établissements dans lesquels on rassemble des plantes des diverses parties du monde, dans le but de servir à l'enseignement ou aux progrès de la science, ou seulement comme objet de fantaisie et de luxe. Le but scientifique de ces jardins, en élevant le plus grand nombre possible des plantes des familles les plus différentes, est de les rapprocher d'après les analogies qui existent nécessairement entre elles. En effet, rinstroction serait toujours très-bornée si Ton ne pouvait faire des études comparatives, et, par ce moyen, prendre une idée du règne végétal considéré dans son ensemble. Le directeur d'un pareil jardin doit avoir une correspondance active et faire des échanges avec les principaux jardiniers de l'Europe et surtout avec les botanistes étrangers; ou, ce qui est encore plus avantageux, le gouvernement doit entretenir des voyageurs qui, parcourant les pays lointains, vont y recueillir des plantes inconnues ou rares. La connaissance du climat et de la nature du sol du pays d'où viennent des plantes et des graines lui est également nécessaire ; il doit savoir aussi quels végétaux croissent dans l'eau, dans les marais, dans les prairies, sur les rochers, ou sur d'autres plantes; et, d'après ces données, il en dirigera la culture et l'éducation. Dans un Jardin botanique il faut avoir des bâtiments propres à donner aux plantes le degré de température qui leur est nécessaire. Dans nos climats oo a besoin principalement de serres chaudes dans lesquelles on entretient constamment en hiver 15 à 16» R. , au moyen de conduits qui répandent la chaleur d'une manière uuiforme. Afin que les racines mêmes des plantes puissent profiter de cette chaleur, on place les pots qui les contiennent dans de grandes caisses larges et profondes, remplies de tan entassé, et arrosé d'eau de manière à y entretenir une fermentation lente qui peut conserver le calorique produit pendant cinq ou six mois. On peut employer
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des tuyaux remplis de vapeur d*eau et circulant dans la terre des caisses. Pour procurer aux plantes Tinfluence salutaire de la lumière et de la chaleur solaire, on laisse au midi une fenêtre oblique ouvrant ordinairement sous un angle de 50»; il est complètement superflu d*en pratiquer dans d'autres directions. Comme Tair frais n^est pas moins nécessaire à la végétation que la lumière et la chaleur, il faut avoir soin d'ouvrir les fenêtres ou de placer des ventilateurs auprès des conduits calorifères; d'un autre côté, pour s'opposer à l'introduction du froid , on met de doubles croisées, ou bien on couvre les fenêtres avec des volets, des nattes de jonc ou des couvertures de laine. Outre les serres chaudes, une des constructions les plus nécessaires dans un jardin botanique, est une serre dans laquelle on place durant l'hiver les plantes de l'Europe méridionale, du Cap, de la Nouvelle Hollande et de la NouTelle-Zélande. Dans ce bâtiment on entretient la température au-dessus de zéro et ce n'est que quand le thermomètre descend à 80 R. qu'on l'échaufiFé, soit avec un poêle, soit au moyen de tuyaux calorifères. Il doit y avoir également une fenêtre au sud, et d'abord de l'air frais doit y être encore plus facile que dans les serres chaudes. Près de là seront placées les plantes qui croissent en plein air et qui doivent être traitées suivant leurs habitudes. Ainsi il y aura des bassins et des marais artificiels pour les végétaux qui appartiennent à ces localités ; les plantes alpestres seront placées sur des monceaux de pierres ou dans des pots qu'on exposera au nord; les autres plantes qui ne réclament pas un terrain spécial seront mises en pleine terre, dans un sol léger et fertile» qui sera fumé de temps en temps; elles seront disposées dans un ordre méthodique suivant qu'elles sont annuelles, bisannuelles ou vivaces. Quant aux arbres et aux arbrisseaux, on a coutume d'en faire, suivant les règles du dessin des jardins , des bosquets et des charmilles. Le classement par ftimilles, autant que le terrain le permet, est de beaucoup préférable pour les plantes qui ne demandent aucun abri. On utilise les grands arbres en les plantant du côté où le jardin a le plus besoin d'être garanti. La culture, l'arrosage, la transplantation, la cueillette des fruits et des graines regardent le jardinier et ses aides, sous les ordres du directeur qui doit veiller surtout à la bonne disposition des plantes. Au moyen de ces précautions on peut, dans le cours d'une année, observer et connaître parfaitement plus de végétaux qu'on ne le pourrait faire dans des voyages lointains et dispendiçux. A cela se
joint la découverte des plantes nouvelles que des relations étendues ne peuvent manquer d'amener. Les recherches sur la culture des plantes, en exerçant une grande influence sur le commerce et l'agriculture, font des jardins botaniques des établissements féconds en résultats avantageux pour les États qui les ont créés.]
Chez les anciens, nous ne voyons qu'un seul jardin botanique : c'est celui qui fut établi à Rome par Antonius Castor, l'un des plus savants hommes du premier siècle de l'ère vulgaire. Pline le naturaliste en parle (xxv, 2) comme d'une merveille, quoiqu'il ne s'y trouvât que des plantes à l'usage de l'art pharmaceutique ; les unes y étaient cultivées en pleine terre, les autres conservées sur couches recouvertes de pierres spéculaires et dans des serres (vcjr, ce mot). Pour les modernes les véritables collections botaniques ne sont point antérieures au commencement du xni« siècle; elles furent longtemps confinées dans le silçnce des cloîtres. Bans le siècle suivant l'amour de la botanique en fit établir chez de riches particuliers ; elles avaient pris une telle extension dans les premières années du xvi« siècle que, en 15d0, Gessner en comptait plus de cinquante en Italie, et que, en Allemagne, en Suisse et en France, il y en avait un certain nombre où Ton enseignait publiquement à démêler les propriétés vraies ou imaginaires des plantes. Les démonstrateurs, sous le titre de êinipUcistes , expliquaient ces vertus d'après Dioscoride et les anciens médecins; le seul bien dont on puisse leur savoir gré c'est d'avoir sollicité l'attention de ceux qui les écoutaient sur toutes les plantes indistinctement; tout en leur cherchant des vertus médicinales, ils préparèrent la voie aux études botaniques. Les Flamands furent les premiers à quitter les routes pharmaceutiques pour s'attacher aux végétaux les plus brillants, les plus rares. Ils recherchaient les plantes exotiques avec ardeur; et pour se les procurer et pour les conserver, malgré la rigueur des hivers propres à la zone qu'ils habitent, ils n'épargnèrent ni soins, ni dépenses, ni voyages lointains, ni recherches de tout genre. Leur exemple eut de nombreux imitateurs.
Les plus ancien jardin consacré à l'enseignedient de la science est celui qui 'fut fondé par Luc Gheini, à Pise en Toscane, dans l'année 1543. 11 y rassembla non-seulement les espèces étrangères, mais encore presque les plantes indigènes au sol de l'Italie. Il y joignit le semis des graines qu'il tirait des autres pays, particulièrement de l'Ile de Candie, de l'Egypte, de la
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Grèce et de Tlnde^ Belon Tisitt cet établissemeDt en 1555) alors que sa direction était con^ fiée au célèbre Gesalpini; il fut étonné de la beauté du site , du nombre et de la rariété des plantes, de leur distribution iHétfaodique et de la bonne culture qu*eHes recevaient.
Padoue eut le second jardin botanique, en 1546. Yingt-deux ans plus tard Aldrovandi Jeta les fondements de celui de Bologne. Rome et Florence eurent le leur à la même époque. Ces dates ne sont pas les mêmes que celles qu^a données Tournefort et qui ont été adoptées par Haller et Linné, ainsi que par le^ écrivains qui les ont servilement copiés; mais ce sont les seules^ véritables : nous les avons puisées aui livres des établissements mêmes, et constatées par les actes authentiques de leur fondation.
G*est en Hollande que Teiemple de Tltalie fut d*abord suivi et qu'il reçut même de plus grands développements^ La France aurait pu prendre rinitlattve : elle 7 était sollicitée par Charles, de Saint-Omer, par TÉcluse d*Arras, plus connu sous le nom de Clu$iuSf et par quelques autres savants que n*ont point Illustrés au même degré les richesses qu'ils cultivaient et les descriptions qu'ils publiaient; mais le gouvernement était plus occupé des guerres et des troubles de Tintérieur. La ville et Tuniversité de Lefde remirent aux mains de Ciuyt le soin de leur créer un jardin botanique; ils en eurent un en 1577, qui fut bientôt le plus riche de l'Europe. Celui de Leipzig date de 1580, celui de Montpellier de
Bientôt après on en vit fonder partout où la science comptait des cultivateurs habiles et dévoués. Les plus renommés de cette époque sont les suivants : tiiessen, 1605; Altorff, 1695; Ratisbonne, Rintlen, Uim, 1637; léna, 1629; école de médecine de Paris, mai 1630 ; Messine et Copenhague, 1638; Oxford, 1640; Groningue, 1641 ; Upsal, 1657; Amsterdam, 1684. Dans le xviii« siècle, Cavanilies fonda celui de Madrid, en 1753; 30 ans après on cita celui deCoïmbre, et presque dans le même temps celui que Wallis organisait à Calcutta.
Jetons un coup d'œil rapide sur ceux de l'épotfue actuelle, afin de donner la mesure des progrès réels que la science a faits depuis que Linné, du haut de la chaire dIJpsal, eut dicté les véritables lois de la botanique, dirigé les recherches de ses nombreux élèves sur tous les points du globe, et préparé l'établissement des famille^, naturelles par ses sages doctrines, par le précieux spécimen qu'il publia, en 1750, dans sa PhUoêophia botanica. L'on s'attend bien à ne
trouver ici que des sommités t le détail noui entraînerait trop loin et demanderait trop àê place, puisque aiy ourd'hui la France seule compte un aussi grand nombre de jardins botadiques qu'il y a de villes un peu considérables, et que parmi eux il en est plus d'un dont les richesses sont supérieures à celles des jardins les plus eélèbres des xv« et xvi« siècles.
La création du jardin des plantes de Paris est due à Guy de la Brosse : il en dressa le plan en 16i6; mais ce plan ne fut adopté qu*en 1655^ à la suite de longues sollicitations. Quand^ l'année suivante, il fut ouvert au public, on j ooraptalt 1,800 plantes, et en 1640, époque à laquelle commencèrent les démonstrations, ce nombre s'élevait déjà à i,360. Il fut enrichi en 1680 1 mais sa véritable gloire date de 169S, alors que sa direction était confiée à Tournetort. Buffbn l'agrandit; par les soins des deux Jussieu, par ceux de Desfontaines et des botanistes voyageurs, par les travaux d'André thouln, comme horticulteur, le jardin des plantes s'est placé à la tête de tous les établissements de ce genre. La pleine terre et les serres si vastes, si nombreuses, si bien calculées, présentent aujourd'hui près de 40,000 plantes vivantes^ Il s'est enrichi des plantes rares cultivées par Cels, de celles qui brillèrent si peu de temps à la Malmaison et à Navarre.— Le jardin de Montpellier soutient sa vieille gloire ; mais il est loin de ce qu'il promettait d'être lorsque Broussonnet y introduisit les végétaux qu'il rapportait des Canaries , de la côte de Mogador et des jardins particuliers de l'Angleterre.
En ce dernier pays les jardins botaniques proprement dits ne sont pas nombreux ; mais en revanche les établissements particuliers y sent d'une grande somptuosité. Depuis celui que Jean Tradescant cultivait à Lambeih, et où, sur une vaste étendue, on trouvait un grand nombre de plantes, d'arbres et d'arbustes de diverses contrées, en 1656, jusques à ceux des frères Loddiges,'à Hackney, et de James Lee, à Hammersmith, l'intervalle est rempli par les jardins de Chelsea et de Kew. Celui de Glaseow, fondé en 1817, mérite aussi une citation particulière.
L'Allemagne nomme avec orgueil le jardin de Berlin, si longtemps dirigé par Willdenow ; celui de Schœnbrunn, si riche en plantes des régions les plus éloignées et qui est confié à la garde de Jacquin ; celui de Halle à la tête duquel est placé le savant Kurl Sprengel; enfin ceux de Schwetzingen, de Gcettingen et de Hambourg.
Les Pays-Bas virent longtemps fleurir le jardin de Ciiffert, d'où Linné data plus d'un de ses I immortels ouvrages, et la Belgique peut se vanter
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atiJduMliyi dei Jârdlni de 6ànd^ de Liège ^ de Bruxelles. Cedertiler est lè plus important) il peut même être compté au nombre des plus re* marqudbles. Il à été fondé en 1896, par une société eoiisistânt en quatre cents actiotas< Il se présente eta amphithéâtre à la vue des promeneurs du boulevard , sur une étendue immenseï Les serres, dont le développement est de 150", cotironnent la perspective : le centre est occupé par une vaste rotonde où croissent des palmiers de 15 à Id*" de hauteur, et les ailes par des orangeries en harmonie avec le reste de Tédificei B^autres serres moins élevées mais également fort élégantes sont disposées en banquettes, et sur deux étages formant la base du monument dont elles sont séparées par de larges plate-formes rendues imperméables aux eaux pluviales par une couche de bitume.
Au nord de TEurope, TUpsal soutient sa haute réputation ; Copenhague montre son jardin si considérablement augmenté par Hornemann; Pétersbourg enrichi des dépouilles du jardin de Gorenki, possède les plus belles serres connues; on estime leur étendue à plus de 150 mètres de longueur; Moscou rivalise avec Pétersbourg par les soids donnés aux nombreux végétaux que Ton y entretient à grands frais.
Le jardlh botanique de Naples s*agrandit chaque jour par le lèle, la correspondance étendue et le dévouement de Tenore. L*université de Turin en possède un qui mérite aussi de axer Tattention. Madrid et le Portugal, que les événements politiques ont privés de leurs plus illustres botanistes^ se ressentent de plus en plus de leur élolgnement, de la marche forcément rétrograde de la science dans des pays où la botanique trouverait tantd*avantages.
Un jardin de naturalisation avait été établi à nie de France, par de Céré; un autre fut tracé dans les îles Canaries, à TOratava, par Sabin Berthelot : ridée était des plus heureuses ; c*était une mine féconde qu*il aurait exploitée au profit de i*£urope savante ; le sort en a décidé autrement.
Quant aux jardins botaniques derune et Pautre Amérique, ils sont encore trop jeunes de fondatloh pour mériter de axer Tintérét. X.
BOTANT-BAT. Dans la Nouvelle - Galles méridionale (Australie) est située la fameuse Boiai^'B^r» baie de botanique ou de$ herbage$^ à 7 ou 8 milles au sud du port Jackson. Elle fiit ainsi nommée à cause de la prodigieuse variété de plantes que sir Joseph Banks trouva dans les environs en 1770, époque où cette baie fut découverte par le capitaine Gook. Dès que TAngie* terre eut perdu ses colonies d*Afflérique« elle fut
chercher sur celte côte dn lieu fisvonkble pour y coloniser dés déportés {ooHtict$) . Par les oonseils de Bànks on fit choix de Botany-Bay : aussitôt ooxe navires y amenèrent 760 déportés, quelques colons libres , ainsi que les troupes confiées au commandement de Arthur Philippe les membres du gouvernement chargés de présider à Torganisation de la colonie , des provisions considérables, un hôpital ainsi que plusieurs plantes alimentaires et des animaux domestiques. La traversée fut de huit mois. Les premiers naturalistes qui abordèrent cette contrée furent émer* veillés à la vue des nombreux végétaux dont les formes sont opposées à celles des plantes des autres climats, mais dont le luxe diminue en s*avançant vers Touest. La plupart des plantes ont un caractère unique , celui de poss^er un feuillage sec, rude, gréle^ aromatique, à feuilles presque toujours simples j et les forêts de cette région ont quelque chose de triste et de brumeux qui fatigue hi vue. Botany-Bay donna longtemps son nom à toutes les colonies de la Nouvelle- Galles du Sud ) mais n*ayant pas o£Fert tous les avantages qu*on en attendait, cet établissement futbientôtabandonné,etai]yourd*huiiIn*y existe plus qu*un village où le baron de Bougainville, fils du célèbre navigateur de ce nom, a élevé une colonne à la mémoire de Lapeyrouse qui quitta ces lieux pour aller chercher la mort sur les récifs de Vantkoro. En 1784 on fit choix de ParamakU: MUT les bords de la rivière Hawkesbury s'élevèrent des maisons et de belles cultures dues aux déportés qui vinrent cultiver ces lieux. Les environs du port Jackson, le plus beau de TAustralie, après celui de Dalrymple (ile de Diémen), furent également occupés. Enfin la ville de Sid' negr, capitale de la Nouvelle-Galles du Sud et de toute TAustralie, fut bâtie comme par enchantement sur le bord méridional du port Jackson, à 4 lieues nord de Botany-Bay. Cette ville comprend aujourd'hui près de 1,700 maisons et environ 16,000 habitants, et rien n*est plus ravissant que sa position. On l'a surnommée le Montpellier de l'Océanie, à cause de son beau climat et de la fécondité de ses environs. Sa distance de Londres est de 5,400 lieues. Les déportés sont condamnés au travail de la terre et à celui de la construction des navires ; ils sont traités avec sévérité, mais avec des égards peu communs.
Les colons sont partagés en deux grandes classes: celle U«s émfgranls volontaires et celle des déportés rendus à la liberté ou émancipés. Les premiers sont connus sous la singulière dénomination iVillégùiméê} les autres, au contraire,sont légitimée, parce que c'est par l'auto*
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rite des lois qu*ils soDtarriyés à cet état, sans examiner comment fut exercée sur eux cet autorité. Les déportés libérés paraissent être la classe la plus industrieuse et la plus active. Us possèdent toutes les distilleries, presque toutes les brasseries et une grande partie des moulins; la presque universalité des affaires commerciales est dans leurs mains. La colonie prend le nom de comté de Cumberland. Le désir de s*avancer dans les archipels de Test fit expédier en 1788 un navire ayant neuf convicU mâles et six femmes, pour former une autre colonie dans la petite île de Norfolk, découverte par le capitaine Cook, en 1774, et située au nord-ouest de la Nouvelle-Hollande, à 300 lieues de Botany-Bay.
La première récolte du comté de Cumberland eut lieu au mois de septembre 1788. En 1 790 s'ouvrirent les premières relations avec Batavia et le Bengale. Deux ans après il s*en établit avec TAmérique du Nord, et, en 1703, avec TEspagne et la côte nord-ouest de TAmérique. L'introduction de Pimprimerie date de 1796. En 1797 on découvrit des mines de charbon de terre. En 1804 on occupa la terre de Van-Diémen, et Ton fonda les villes de Hobarttown et d'Yorktown. L'année suivante on organisa une garde nationale dans le pays, et en 1810 on fit le premier dénombrement général des habitants, des troupeaux et des propriétés, et Ton établit des écoles d'après la méthode lancastérienne. En 1813, un passage fut découvert à travers les montagnes bleues, et le 7 mai 1815 fut fondée la ville de Bathurst. En 1816 Van-Diémen envoya le premier bâtiment à l'Ile-de-France. X.
BOTHNIE ou BoTTXN, ancienne province suédoise, divisée en Westbothnie et en Ostrobothnie, et dont une partie est devenue possession russe en même temps que la Finlande. Sgbiutzlir.
BOTHNIE (golfe db), poriion septentrionale de la mer Baltique. Le golfe de Bothnie commence au sud et non loin des Iles d'Aland, à peu près par la même latitude que la côte Nord du golfe de Finlande, et s'étend ainsi du 60 au 66« parallèle. Sa longueur totale. Jusqu'à Tornéo, qui occupe le fond de l'arc de cercle décrit par la partie extrême du golfe, est de près de 150 lieues de France; sa largeur varie : de 40 audessus de l'archipel d'Aland, elle atteint 50 entre Soverham et Biœrneborg, se maintient quelque temps, puis diminue graduellement, se réduit à 18 entre Ouméa et Vasa, et ensuite reprend quelque accroissement. L'espèce de détroit entre la mer et le golfe Bothoique s'appelle Guarken* On a reconnu avec soin le fond autour des lies Aland; plus loin la navigation est peu sûre. En
général les eaux libres présentent de 20 à 50 brasses; près des lies la profondeur reste souvent au-dessous de 4 brasses.
La côte suédoise (car le golfe de Bothnie a d'un côté le Norriand, c'est-à-dire la Suède et de l'autre la Finlande, c'est-à-dire la Russie), la côte suédoise est quelquefois très-élevée; eUe reçoit un nombre considérable de fortes rivières (Tornéa, Louléa, Skelefléa, Ouméa). Du reste les deux côtes sont très-découpées et offrent un aspect sauvage. Les phoques y abondent, et les glaces qui bordent la grève presque toute Tannée forment très-souvent un ensemble continu pendant rhiver. Val. Parisot.
BOTHWEL (Jahss HEPHURN, comte db). F^.
Makis Stuakt.
BOTRTOGÈNE. Depuis longtemps Berxelius a décrit un sulfate rouge de fér, qui doit être introduit dans le système minéralogique comme espèce nouvelle. Sa forme dépend du prisme oblique rhombotdal et elle se modifie sur les angles latéraux des bases et sur les arêtes longitudinales qui appartiennent à ces bases; il est transparent et possède l'éclat vitreux; la couleur est dans les cristaux, le rouge hyacinthe foncé ; mais dans les variétés grenues ou compactes elle passe ad jaune d'ocre, qui est aussi la couleur de la poussière. Cette substance est tendre; sa pesanteur spécifique est 2,039; elle se dissout lentementdans l'eau. Sa saveur est astringente, plus faible que celle du sulfate de fer. Le botryogène a été trouvé dans la grande mine de cuivre de Falun où il recouvre le gypse et le fer pyriteux; il est associé au sulfate de Qiagnésle, au soussulfate de fér et au sulfate ordinaire. Il s'altère à l'air humide; il se boursoufle au chalumeau, et donne un verre rouge avec les fondants. Analyse : sous-sulfate de fer 48; sulfate de magnésie 31; eau 31. Di..s.
BOTRTOLITE. Nom donné par Leonhard à la variété de chaux boratée siliceuse, en concrétions mamelonnées, que Ton trouve à Arendal en Norwége. Di..s.
BOTTA (CHARLES-JosEPH-GoiLLAuai) cst né en 1768, à Saint-George, en Piémont; il fit ses études à Turin, s'attacha particulièrement à l'anatomie et à la botanique, et fut reçu docteur en médecine à l'époque où la révolution fkançaise commençait. Des idées hardies et nouvelles agitaient les esprits; Botta les adopta et ne s'en cacha pas : aussi fut-il arrêté en 1793 par ordre du roi de Sardaigne. Rendu à la liberté.en 1794, il vint en France pour retourner bientôt dans son pays avec l'armée d'Italie, à laquelle il fut attaché en qualité de médecin. Auteur d'un pro-
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Jet de eouvernement pour la Lombardie, désigné par le général Bonaparte pour faire partie de la division envoyée, en l*an vi, dans les Iles du Levant, il fut nommé ensuite par le général Joubertrun des membres du gouvernement provisoire du Piémont. Quand les Russes envahirent ritalie en 1790, il chercha de nouveau un refuge en France; après la bataille de Marengo il fut membre de la consulta du Piémont, et lors de la Réunion de ce pays à la France, en 1803, le département de la Doire le nomma député au corps législatif. Le régime impérial ne trouva pas en lui un approbateur aveugle : il lui arriva de blâmer quelques mesures despotiques; aussi, ayant été proposé pour la questure, son nom fut effacé par Tempereur. En 1814 il cessa de faire partie du corps législatif; il avait voté pour la déchéance.
Là 8*arréte sa carrière politique. Nommé dans les cent-jours recteur de TAcadémie de Nancy, il eut pendant les premières années de la restauration le même titre à PAcadémie de Rouen. Comme littérateur, sa place est marquée parmi les plus célèbres Italiens de Tépoque. Il s^est distingué, parmi ceux qui ont voulu rajeunir et raviver la langue italienne en la retrempant aux sources d*où elle est sortie, en lui redonnant ces tours énergiques et naïfs qu*on admire dans les prosateurs du xvi« siècle. Cette réaction contre le système qui depuis deux siècles tendait k franciser ridiome du Dante et de Machiavel se manifesta hardie et complète dans THisloire d*Amérique, publiée en 1809. L*Histoire d Italie depuis 1789 jusqu*en 1814,publiée en 18S6,offre le même caractère de style. L*auteur y traite un peu sévèrement Tinvasion et Tlnfluence françaises; on voit qu*il ne leur pardonne pas de n^avoir pas réalisé pour Tltalie toutes les espérances qu^elles avaient fait naître. Botta nourrissait depuis longtemps le désir de continuer Cruicciardini : ce travail si important a été publié en 1834. On y retrouve toutes les qualités dont récrivain avait déjà fait preuve : une grande clarté dans la narration, une manière sage et juste d'apprécier les faits, et ce beau style auquel pn ne pourrait reprocher que d*être trop exactement copié sur celui de Guicciardini. L*Histoire de ce dernier a été réimprimée en même temps, que cette continuation, qui comprend aussi l*Histoire de 1789 à 1814, précédemment publiée.
Outre ces ouvrages capitaux. Botta en a composé beaucoup d*autres : une description de Hle de Gorfbu, 9 vol. in-8o, 1799; une traduction italienne du baron de Bom, 1801 ; des mémoires
sur la doctrine de Brown, 1800; Souvenirs d*un Voyage en Balmatie, 180â; Mémoire sur la na* ture des tons et des sons, 1803; Précis historique de la maison de Savoie, 1803; Il Camillo, o f^ejo conquisiala, poème en 12 chants (181G), où i*on trouve une versification noble et d*énergiques beautés. Botta est mort à Paris le 7 août 1857. M"« OzBififB.
BOTZARIS, famille depuis longtemps célèbre dans la Grèce et surtout parmi les Souliotes {vox» ce mot).
Gborgb Botzaris commandait en chef ces belliqueuses tribus dans leurs premières guerres contre Ali-Pacha ; mais ayant aspiré à perpétuer son autorité il devint Toccasion de dissensions funestes. Cependanton rendittoujourshommagé à ses talents, ainsi qu*à la bravoure de ses fils, NoTis et Chkistos.
Marc, fils de ce dernier, né vers 1790, grandit au bruit des combats terminés seulement en 1803 par la destruction de Souli. Parvenu, à travers mille périls, sur le territoire ionien, il y vit bientôt arriver les principaux chef^ d*Armatoles, refoulés par les cruautés d*Ali. Ces réfugiés méditaient déjà Taffranchissement de la Grèce, et le jeune Soullote prit (1806) les armes avec eux, pour une tentative d*insurrection que favorisait la Russie, alors en guerre contre la Porte. Le traité de Tilsitt et le retour des Français dans les Sept- Iles ajournèrent pour les Grecs Tespoir de la délivrance. Alors Marc entra au service de la France, comme sous-officier au régiment albanais, où son père et son oncle obtinrent le rang de majors. Depuis 1815 Marc était retiré dans les lies Ioniennes, sans que les douceurs d*une heureuse union lui fissent oublier son pays natal; mais en 1820 une double commotion vint ébranler Tempire ottoman et commencer une ère nouvelle pour les Grecs ; Hypsilantis les appelait à Pindépendance , tandis qu*Ali- Pacha résistait dans Janina aux firmans et aux armées du Grand Seigneur. A cette nouvelle 700 à 800 Souliotes étaient accourus en Épire se grouper autour de Marc Botzaris et de son oncle, dans Tespoir de reconquérir leurs montagnes où Ali possédait encore une forteresse importante. Celui-ci, qui cherchait alors à rattacher sa cause à celle des Grecs, leur proposa de les remettre en possession de leurs fùyers, s*ils voulaient opérer une diversion en sa faveur. Notis, chargé de la négociation, obtint qu^un petit-fils du pacha fût confié aux Souliotes. Du côté de ceux-ci Marc s*était o£FSert en otage, mais on avait besoin de son bras; soajeune frère Constantin, sa sœur et son épouse, la jeune et belle Chrysée, avec ses
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deux enfents, se vouèrent à g» place au succès du traité qui rouvrait aux proscrits les défilés de Souli. Notis Y prit le commandement, tandis que son neveu, avec 900 paltcares, fut chargé dMnquiéter les Turcs. Son début fut de leur enlever un convoi de munitions^ escorté de 500 hommes; etprofilanlde la terreurrépandue par les fuyards, il s^eropara du poste important des Ginq-Puits, où, peu de jours après, il mit en déroute deux pachas et 5,000 hommes.
Les Turcs, auxquels il ne laissait aucun repos, et qui ne pouvaient se garantir de ses attaques soudaines ni Tatteindre dans ses retraites rapides, mirent sa tète à prix et même eurent recours aux ana thèmes de r&glise. Vainement aussi, pour le surprendre, ils rompirent un armistice; leur perfidie tourna contre eux. Le bruit de ces premiers succès retentit dans la Qrèce; Tinsurreption y devint généraleau printemps de 1831 . Botjcaris ouvrit la campagne par la prise de Réniassa, petite place maritime qui assurait les communications de ripire avec les autres provinces insurgées. Voltigeant sans cesse autour de l'armée turque, tantôt il oblige un pacha et 1,500 hommes à mettre bas les armes; tantôt il met en fuite Ismaei et 9,000 janissaires, occupe Plaça et s'y maintient par une victoire. Blessé dans celte action, il prend peu de jours de repos et tente une plus grande entreprise. Arta était occupée par une fbrte garnison turque, avec un parc d'artillerie : Bot^ris, comptant sur ralliance des Albanais, s'y rendit avec peu de monde. Il avait^ franchi le pont sous le feu des batteries et pressait la citadelle, quand l'arrivée de 6,000 Turcs et la défection des Albanais compromirent sa faible troupe; mais avec sa présence d'esprit habituelle il assura par un stratagème le salut des blessés et se fit jour à travers l'ennemi (déc. 1821), Cependant, au commencement de 1833, les Turcs triomphèrent de la résistance d'Ali, et les otages des Souliotes tombèrent entre les mains du séraskier Khorchid, dont le harem était au pouvoir des Grecs. Le président de la Grèce, Maurocordatos, fit aussitôt stipuler leur échange, heureux de pouvoir o£Frir au héros le seul prix digne de ses services, en lui rendant Chrysée et ses enfaqts. Ces deux hommes, liés désormais d'une étroite amitié, tournèrent leurs efforts vers la Grèce occidentale, où l'armée ottomane s'était rejetée tout entière sur les Grecs.
Une tentative de Botzaris pour secourir Souli fut sans succès; en même temps la Grèce perdait^ dans le funeste combat de Peta (juillet 1832), l'élite de ses soldats et des Philhellènes. La défection dç quelques çjtkeH achevait de compromettre
les débris de cette armée, et avec elle le sort de la Grèce occidentale. Marc, avec 600 braves, arrêta tout un jour l'armée turque , au dé^lé de Crionéros, et vint, avec le faible reste de sa troupe, s'enfermer ^ Missolonghl, où son héroïque résistance avait permis de réunir quelques provisions et de faire embarquer les femmes et les vieillards* L'épouse de Marc s'éloigna à regret pour conduire ses enfants en Italie. Par 4'heureux stratagèmes Botzaris évita un assaut. Combattant et négociant tour à tour, semaut la crainte et la défiance parmi les chefs des inconstants Albanais, renouant des intelligences avec les montagnards, il paralysa les efforts des Turcs jusqu^à la fin de la campagne; et, nommé sUratarque de la Grèce occidentale, il mit l'hiver à profit pour fortifier MissoU>nghi.
Au printemps de 1823 une armée de près de 30,000 hommes descendit du nord de l'Épire sous les ordres de MoustaX, pacha de Scodra. Toute résistance semblait impossible, même dans Missolonghi; Botzaris veut aller au-devant de l'ennemi et par un coup d'audace le frapper d'impuissance, Suivi de 240 paliqareb qui s'attachent à son sort, il se porte vers Garpenitzé, où Moustaï venait d'établir un camp de 10,000 hommes. C'est du milieu même de ce camp que Botzaris donnera le signal de l'attaque aux divers chefs qui, par ses conseils, occupent les défilés d'alentour. A la veille d'exécuter ce hardi projet, Marc écrivait à sa famille et à lord Byron des lettres où respire son héroïque simplicité. Dans la nuit du 20 août les Grecs, préparés au combat par la prière, fondent sur les avant-postes des musulmans; les diverses tribus qui les composent se battent entre elles en s'accusant de trahison, tandis que Botzaris pénètre plus avant. De sa main il délivre la Grèce de plus 4*un chef redouté, et, quoique blessé déjà, il force la tente dupacha;alorsilsefàitconnaitre,donnelesignal de l'attaque générale et tombe atteint mortellement d'vne balle. Son frère accourait avec un renfort : il reçut son derqier soupir et le vengea en complétant la victoire. Les Turcs, pressés de tous côtés, abandonnent le camp, leurs étendards et un matériel immense. Le corps de Marc Botzaris fut rapporté au milieu de ces brillants trophées. Un tel exemple exalta au plus haut degré le courage des Grecs. Missolonghi trouva d'héroïques défenseurs, parmi lesquels se distinguèrent Notis et Constantin Botzaris, qui est mort aussi les armes à la main,
Marc Botzaris, éloigné dQ toute espèce d^aiBibition et d'intrigue, prodigue pour sa patria de ses biens comme (te son Sdug, u% Ws9é d'futrt
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liéritage à ses entants qn*un nom chéri des Grecs et célèbre dans toute rsurope. ' Brunit.
WW. yay, Crèvri.
BOUC ÉMISSAIRE, en hébreu hasùMel, de ha 9, bouc, et d*<ise/, qui s*en va. Ce mot fait partie des rites judaïques expliqués et décrits dans le LévUique, A la fête de Texpiation solennelle, qui avait lieu le 10 du mois de iUri (notre mois de septembre) où commençait Tannée civile des Juif^, le grand prélre sans ephod, sans rationnai, remplaçant par une simple robe de lin sa robe magnifique couleur d*hyacinthe, re* cevait des mains des princes du peuple deux boucs p»itr la péché. L*un de ces boucs devait être immolé, Pautre mis en liberté ;'c*était le sert qui en décidait : HaMOMel, le bouc libre, le bouc imiêsaire, chargé d'imprécations et des péchés d*Isra^l, à la porte du tabernacle, était traîné dans le désert par un homme qui Taban* donnait au milieu des précipices, ou qui, selon d'autres, l'y jetait avec violence, A son retour, comme souillé du contact de l'animal , cet homme se purifiait. Les païens aussi, dans lés calamités, détournaient la colère de leurs dieux sur des animaux et même sur des hommes. Les Marseillais, au rapport de Pétrone, précipitaient du haut des roches des créatures humaines ; et les Égyptiens, selon Hérodote ayant chargé d'à* nathèmes et de malédictions la tète de certains animaux, après l'avoir coupée, la jetaient avec horreur dans la mer. <— Dans le Nouveau Testament , Jésus-Christ emploie le met houe pour désigner les réprouvés ( Matlh. xxv, 5â, 95 ) : « Toutes les nations, est-il dit, se rassembleront devant lui, et il séparera les uns d'avec les autres, comme un berger sépare les brebis d'avec les boucêi il placera les brebis à sa droite et les boue$ à sa gauche. > C'est ce que Boileau a rendu dans ces vers t
Quand DIm vl«idr* jttg«r les Tf^nti «1 les nort», El àm kuiblca i^mcms, oàjeu d« m iMdrcuf ,
Chei nos peuples civilisés on appelle, au àguré.^ûMc émissaire un malheureux, le plus souvent homme vertueux, mais simple, que des sycophantes accusent de tous les torts et sacrifient. La Fontaine, plus réellement érudit sans le savoir que ceux qui prennent avec pompe oette qualité, donne une meilleure définition de ce sens figuré que tous les lexicographes, dans sa Mie intitulée : hs Anmaum tnmû^dsê de to peste, Vànfli le véritable àoi»e émiuairefj parle ainsi :
Je toatllf de ce pré le largeur de ne langue,
Je n'en avale nnl droit, puiequ'll faut parier net.
•— /L ctf qK>*e, on evU haro eur le bendet }
Uo loqp, cpiclqoe pcn clerc, prouva par M baraifgae
Qu'il fallait détfoutr rf maudit animal,
Ce pelë, ce galeux, d'oh venait tout le mal.
BlRlII-BAIOlf.
BOUCANNIER. Ft^, FuBCSTiia.
BOUCHARDON (Bdm), l'un des statuaires de cette école française du xviii* siècle dont les œuvres ne sont ni sans mérite ni sans grâce, naquit en 160S à Gbaumont en Bassigni d*un père qui y exerçait la profession d'architecte, et avait commencé par être sculpteur. De bonne heure le jeune Bouchardon s'appliqua, sous la direction de son père, à l'élude du dessin. Il peignit et modela tout d'abord d'après nature, ce qui est une excellente manière pour sHnitier profondément aux secrets de l'art, et pour apprendre à en surmonter expérimentalement les difficultés. Aussi ne tarda-til pas à s'en rendre les procédés familiers. Ses progrès en sculpture furent rapides et tels que sa famille en conçut les plus grandes espérances, et renvoya se perfectionner à Paris. 1} y étudia d'abord sous Goustou jeune, qui tenait une école de sculpture en grand honneur à cette époque. Bn peu de temps, il se mit en état de remporter le grand prix, qui valait aux vainqueurs, alors comme aujourd'hui, d'être envoyés à lome aux frais du gouvernement. Ce fut, selon toute apparence, Ters 1737 qu'il s*y rendit. Lft, ses premières études portèrent principalement sur les précieux restes d'art et sur les chefs-d'œuvre qui abondent dans oette métropole de la chrétienté. Il se fortifia de la soKe, et se mûrit pour la sculpture, sur laquelle il fondait avec raison tout l'espoir de sa gloire et de sa fortune. B^i plusieurs œuvres remarquables témoignaient avec éclat de son talent, notamment les bustes du pape Clément XII, et celui de la f^mme de Vleughels, directeur de l'Académie de France k Rome, d'une expression gracieuse et franche. Un ouvrage de plus d'importance allait lui être confié, lorsqu'il fût rappelé à Paris dans le courant de 1753. — Dès son arrivée, il fut chargé, pour Tersailles, Gros-Bois et autres résidences, de nombreux ouvrages qui tous lui firent honneur, malgré la hâte qu'il mettait à les exécuter. Bouchardon peupla ainsi les jardins publics et plusieurs parcs privilégiés d'innombrables statues mythologiques ou allégoriques d'un goût un peu bâtard , mais fort recommandables par les détails et le modelé, et, sous ce rapport, dignes encore de l'attention et de l'étude des artistes. Bn 1786, Chau£Fournier, dessi*-
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Dateur de 1* Académie des beUes^letlres, mourut; Bouchardon fut appelé à lui succéder, n était très-versé dans la connaissance des pierres antiques, et il fit en 1750 les dessins d*an traité des pierres gravées, publié cette même année. Il avait été reçu membre de Tacadémie de peinture dès 1744. — Bouchardon exagérait Texpression et la grâce dans le marbre , ce qui le faisait souvent tomber dans la roideur et Tafféterie. En général, ses sculptures ne sont pas exemptes de manière. Son dessin est pur, agréable , correct , mais il manque de naïveté ; il n*est pas assez nature, pour nous servir d^une expression fbrt usitée dans les ateliers. Ses formes d*ordinaire sont rondes et grasses, et trahissent un air de famille trop prononcé dans tout ce qui est sorti de ses mains.— La fontaine de la rue de Grenelle-Saint- Germain, due tout entière à Bouchardon, qui en traça le plan et eu exécuta lui-même toutes les parties, est son chef-d'œuvre. Elle est d*un goût un peu lourd peut-être, mais les marbres principaux en sont bons , et les détails travaillés avec le plus grand soin. Ge sculpteur est mort à Paris en 1762. Dict. db la Cowv.
BOUCHE. Ce mot , dans une acception rigoureuse, signifie seulement orifice ; mais il est ordinairement employé, en histoire naturelle, pour désigner Touverture du conduit intérieur destiné à rélaboration et à Tabsorption des substances alimentaires, solides , liquides ou gazeuses, et Tespèce de vestibule plus ou moins compliqué qui se trouve souvent annexé à cet orifice. Tous les animaux ont un sac ou canal digestif, et par conséquent une bouche , différents en cela des végétaux qui absorbent les éléments de leur nutrition par de simples pores; mais la forme, la disposition et les fonctions de la bouche sont singulièrement modifiées dans la série des animaux.
Chez les uns la bouche est un orifice circulaire, simple, à peine contractile, recevant d'une manière presque passive les substances qui le traversent, les retenant quelque temps et les laissant s'échapper ensuite sans beaucoup de résistance : c'est le cas des polypes , etc. ; chez les animaux rayonnes la bouche diffère peu de la disposition précédente, mais cependant elle est soumise à l'influence d'une volonté plus prononcée, et Porifice d'entrée des matières alimentaires est distinct de l'orifice de sortie, l'organe digestif n'étant plus un sac, mais un véritable canal; toutefois l'orifice de sortie se trouve encore assez rapproché de celui d'entrée, comme on le voit chez les oursins, les astéries, plusieurs mollusques, etc. Chez les annélides et d'autres
mollusques l'on aperçoit un appareil de préhea* sion et de broiement garnissant le bord interne d'une lèvre circulaire, molle, flexible, fortement contractile; des cils mobiles, des pointes cartilagineuses aident la bouche dans ses fonctions d'appréhension et de fausse succion chez les sangsues, etc. ; dans les mollusques céphalopodes, les crustacés, une grande partie des insectes, on voit les pièces de l'appareil buccal augmenter de nombre et leurs fonctions s'isoler en même temps. Des tenailles coriaces sont destinées à couper latéralement les substances alimentaires, assez fortes quelquefois pour servir d'armes défensives contre des animaux plus robustes; d^autres pièces, mobiles de bas en haut, contiennent les substances que mâche l'animal et que délaye un liquide sécrété par les parois membraneuses de la bouche; la sapidité des corps devient dès lors possible ; des palpes plus ou moins allongés, flexibles, placés sur les bords de la bouche, permettent aussi à ces animaux d'analyser d'autres propriétés des substances assimilables, telles que leur forme, leur volume, leur densité, leur température, et peut-être leur odeur particulière. Chez d'autres insectes destinés â se nourrir de substances liquides, la bouche se modifie autrement; elle se prolonge en syphonprotractile, susceptible d'un mouvement de succion plus ou moins énergique, tantôt simple, tantôt aidée dans son action par des tarières. La bouche des diptères et des lépidoptères nous offre cela de particulier que, dans une des premières périodes de leur existence, ils présentent l'une de ces dispositions , tandis que , dans leur état parfait , ils revêtent l'autre. Chez certains poissons on retrouve encore des lèvres- molles disposées à la succion , comme dans les lamproies , etc.; mais dans leur intérieur on remarque une conformation qui se rapproche de la disposition générale de la bouche chez ces animaux. Ils présentent ordinairement une bouche comprimée de haut en bas, composée de deux battants solides, osseux, paraboliques, diductibles, garnis à leurs bords internes de tubercules crétacés, pointus, destinés à retenir et broyer la proie. Tantôt cette bouche est placée sous la tête de l'animal, comme dans les raies, les squales; tantôt à sa partie la plus avancée ; quelquefois dans un sens différent de celui du reste de la face, ce qui fait donner à ces poissons le nom de contournés. L'intervalle de la parabole que décrivent les parties qui circonscrivent l'ouverture de la bouche est rempli en haut par une voûte osseuse tapissée d'une membrane molle, en bas par un repli musculomembraneux, soutenu par des pièces osseuses.
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douédèffloUTèmentspârtieullerâ, une iatigue €11 un mot; ce repli est déjà chargé, d*une manière spéciale, d^apprécier les qualités physiques et chimiques des substances assimilables et de réunir leurs fragments divisés, de les diriger vers la partie suivante du canal digestif; elle parait suppléer ici au défaut de lèvres flexibles, à la disparition des palpes, etc., des animaux précédents.
Quelquefois les parois supérieure et inférieure de la bouche sont aussi parsemées de tubercules solides ou dents; mais dans la bouche des poissons intervient Tadjonction d*une nouvelle fonction. Les organes chargés de Tabsorptionde Tair pour rhématose, disséminés sur divers points intérieurs ou extérieurs du corps chez les animaux inférieurs, commencent à se concentrer et à se placer à la partie antérieure de ranimai; ici ils viennent communiquer avec les parties latérales et postérieures de la bouche, et l*eau aérée qui doit les traverser est prise par la bouche et ensuite dirigée et poussée en arrière par la langue et les opercules, avec une f<)rce plus ou moins considérable, selon que ranimai veut ou ne veut pas faire servir ce mouvement à sa progression en avant. Parmi les reptiles il en est quelques-uns qui, dans tout ou partie de leur vie, offrent des branchies ; mais jamais chez eux elles n*ont de rapport avec Tnitérieur de la bouche, et cette cavité ne présente plus d*ouverture sur ses côtes postérieures. Les parties qui la constituent dans ces animaux offrent à peu près les mêmes dispositions que chez les poissons; mais ici les dents se localisent davantage ; chez quelques individus la langue se développe, de- Tien t extensible, et constitue un moyen de préhension qui s*étend à des distances assez remarquables; on présume qu*elle est pour quelquesuns un organe d*équilibration de température, parce qu'ils la dardent de temps à autre à Textérieur, sans autre nécessité apparente. La modification rentrée à Tintéricur des organes respiratoires et accommodée pour la respiration de Falr à Tétat élastique foit que la bouche concourt à de nouvelles fonctions : d*une part, Tair chassé ou expiré peut, en sortant, produire des sons, et la bouche peut les modifier pour sa part comme le tuyau d'évent de nos instruments de musique; d'un autre côté, les organes chargés d'analyser une des qualités de Pair inspiré, les organes de Todoratf se concentrent près de la bouche et viennent communiquer plus ou moins souvent dans sa cavité, très-près de son orifice extérieur dans les batraciens, plus loin dans les bipenniens, et presque au delà de son ouverture pha-
ryngienne dans les crocodiles; cela fait que ces derniers peuvent respirer, la bouche pleine d V liments, et que tous peuvent à leur gré respirer sans flairer ou réunir ces deux fonctions, la langue pouvant, chez les uns, fermer ou laisser libre l'ouverture de communication de la bouche et des fosses nasales , et, chez les autres, une soupape membraneuse suspendue dans l'arrière-bouche suppléant à l'insuflBsance de la langue.
La membrane qui revêt l'intérieur de la bouche n'est plus, chez les reptiles, seule chargée de la sécrétion d'un fluide lubréfiant; des glandes placées au voisinage versent dans la cavité buccalele produit de leur travail, et ce liquide a chez quelques-uns des qualités tellement délétères que son introduction dans l'intérieur des tissus éteint promptement la vie. Chez un grand nombre les mâchoires sont repliées de telle sorte sur elles-mêmes que les pièces qui les composent, en se développant, peuvent donner à la bouche une grandeur triple de celle qu'elle a dans l'état de repos. Bans les animaux supérieurs, la mâchoire inférieure est seule mobile. Les reptiles nous offrent encore cette particularité qu'un certain nombre d'entre eux, ceux qui sont doués d'une salive venimeuse, ont la partie antérieure de la mâchoire supérieure susceptible de mouvement, afin de faciliter le redressement des crochets canaliculés au moyen desquels ils inoculent la mort.
Chez tous les oiseaux, on retrouve encore les mêmes dispositions générales : des lèvrescornées quelquefois développées en instrumenls d'agression, mais point de dents, à moins qu'on ne regarde comme telles les dentelures du bec des toucans, des cygnes, des canards, etc.; la langue ne sert à saisir les objets que dans un petit nombre d'oiseaux ; du reste à peu près les mêmes rapports que chez la plupart des reptiles, et, de plus, l'intervention d'un autre organe, celui de l'audition ; la trompe d'Eustachi venant chez eux s'ouvrir à la partie supérieure de la bouche.
Bans les cétacés, la bouche offre de nouveau des lèvres assez souples pour pouvoir s'appliquer sur les corps, dont elles apprécient certaines circonstances, et permettre, dans le jeune âge, un mouvement de succion vraie ou par aspiration en rapport avec le mode de nutrition maternelle qui leur est encore nécessaire, pendant quelque temps; car ici commencent les mammifères. Chez quelques-uns la bouche communique assez librement avec les fosses nasales, pour chasser à des distances assez fortes par
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leurs orifices modifiés et désignés sous le nom à*évenis, l*eau que ces animaux aquatiques engloutissent dans la bouche avec leur proie.
Chez les mammifères la bouche et les parties qui la constituent se modifient selon lé mode de vivre auquel ils sont appelés; mais en général on retrouve au fond les mêmes rapports. Chez quelques-uns cette partie prend quelques relations avec la génération et sert à Tezcitation des organes génitaux, ou a la reconnaissance du sexe et des circonstances favorables pour Taccouplement. Chez plusieurs, et ce sont précisément ceux dont il vient d'être question, la bouche devient, mais accideptellement et d'une manière maladive seulement, le siège d'une sécrétion dont Tinoculation est aussi délétère (voiy. Ra€iK){ les joues se développent- plus ou moins et forment quelquefois des sacs désignés d'abord sous le nom de basses joues d'où l'on a fait abajoues- Mais c'est chez l'homme que les diverses parties de la bouche présentent une tout autre complication : presque toutes ses parois mobiles sont douées d'un grand nombre de muscles dont l'action est isolée, indépendante, et quinrarie à l'infini la forme de cette cavité et celle des parties qui la constituent; tous ses mouvements donnent à la voix des nuances plus précises, plus variées, et impriment à la physionomie un caractère propre qui s'adapte aux nombreuses modifications des sensations auxquelles l'homme est sujet plus qu'aucun autre animal. Les différentes parties de la bouche n'ont pas de prime abord, chez tous les animaux et surtout chez l'homme, tout le perfectionnement et la complication d^action dont elles sont susceptibles : ce n'est qu^avec l'âge et à force d'exercice, qu'elles acquièrent leur plus haut point de précision ; tous les individus ne sont même pas capables d'atteindre au degré où certaines personnes arrivent ; car outre la perfection dans l'organisation des parties de la bouche elle-même, il faut encore celle des organes chargés de diriger et de transmettre les mouvements, et sous ces divers rapports Ton ne peut méconnaître l'inégalité dans la répartition des conditions. Mais quels qu'aient été les caractères des organes de la bouche, on voit, à un certain âge, leur perfection décroître successivement en raison ordinairement directe de l'importance de leurs relations avec l'existence.
Une partie dont les rapports avec le reste de l'économie sont si nombreux et qui est chargée de présider, pour ainsi dire, à des fbnctions si importantes, a dû être l'objet de l'étude toute spéciale des naturalistes : aussi, par suite de
leurs observations, l'examen de la bouche peut seul quelquefois les éclairer sur l'état physiologique des Individus et faire reconnaître l'âge et les habitudes des animauXé Le médecin trouve dans sa considération de l'état de la bouche un puissant moyen de diagnostiquer les lésions des organes intérieurs* f^oy. Langui, Lèviis, Ma- GHOiHXS, DiNTS ctBiiiTAiEB (appareil)^ Sauvb, Palais. T. Cottbâo.
BOUCHER, BovQHBRii. On appelle boucher celui qui s'occupe de tuer les animaux destinés à la nourriture de l'homme, de les dépecer et de les vendre en détail, et boucherie le lieu où s'exerce son commerce. Dans les petites agglo^ mérations d'hommes chacun mettait à mort les pièces de bétail dont il avait besoin ; mais dans les grandes villes plusieurs professions spéciales ont dû prendre naissance. A Paris, par exemple, les bouchers se bornent à vendre le bœuf, le veau et le mouton ; et les porcs, la volaille, le gibier et même certaines parties des autres animaux sont devenus l'objet d'autant de commerces particuliers exercés par le charcutier, le marchand de volailles et le tripier. Les bouchers abattaient le bétail dans un local particulier près de leurs boucheries, au milieu des villes; mais les graves inconvénients qui résultaient de cette disposition ont amené, au moins dans les villes principales, rétablissement des abattoirs (vox* ce mot); et maintenant les boucheries ne sont plus <iue des boutiques tantôt réunies dans un grand bâtiment, tantôt isolées et où l'on vend la viande crue. Des règlements de police prescrivent la forme de ces établissements, qui doivent être complètement aérés : ceux de Paris sont à cet effet garnis de grilles donnant sur la rue. Une surveillance exacte est exercée, ou du moins prescrite, pour éviter qu'il ne soit exposé en vente de la viande gâtée ou provenant d'animaux morts de maladies et surtout de maladies contagieuses. Cela n'empêche pas que les animaux morts de maladie ne soient trop souvent débités comme les autres, et que même 11 ne se vende une quantité fort considérable de chair de cheval. Heureusement que cette fraude n'a pas d'inconvénient réel pour la santé publique. y<jx- Viande.
A Bruxelles, où la construction d*un vaste abattoir a permis tout Récemment l'assainissement de plusieurs quartiers et a procuré un revenu considérable à l'administration communale, on ne permet pas le détail de la viande dans les boutiques. Les bouchers la transportent dans des marchés spéciaux ouverts et fermés à des heures fixes.
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Les boucherf formaient autrefois, surtout en Belgique, une corporation ayant ses lois et ses priTiléges. En France^ ils furent inyestis sous Tempire d*un monopole détruit sous la restauration, et maintenant leur commerce est, comme presque tous les autres, livré à la concurrence qui n*a pu faire justice encore d*une foule d'abus contre lesquels on n*a pas trouvé de moyen répressif. Les bouchers de Paris ont uiie caisse commune sous le nom de caisse de Poissy, ayant pour objet de faciliter leurs payements aux divers marchés de bestiaux et de leur épargner la peine de transporter les fonds nécessaires à leurs acquisitions ) d'ailleurs il n'existe entre eux aucune solidarité.
La profèuion de boucher parait favorable à la santé. On remarque que toutes les personnes employées au commerce de la chair crue ont une carnation et un embonpoint qui deviennent quelquefois excessif^, et qui conlrastent notablement avec Taspeet extérieur des diarcutiers. D'ailleurs ils sont exposés à des accidents graves^ lorsqu'à leur arrive d'abattre ou de dépouiller des bétes mortes du charbon, surtout s*ils viennent à se blesser avec les instruments qui ont servi à ces opérations* -
L'opinion vulgaire est que les bouchers accoutumés à la vue du sang sont crueto et san« guinaires, et la littérature et les arts se sont plu, en quelque sorte, à propager cette erreur. Il est pourtant prouvé que les bouchefs ne figu* rent qu'à peine dans la statistique des tribunaux. F. Katieb.
BOUCHIR (PiANçois ), naquit à Paris en 1704. Il eut Lemoyne pour maître. A 10 ans il remporta le premier prix de peinture et fit le voyage de Eome, comme pensionnaire. A son retour, en 1731, il fut reçu académicien sur son tableau de Renaud au» pfeds d*Armidê* Il mourut à Paris, en 1768, premier peintre du roi. François Boucher offre, comme homme et comme peintre, l'image de son siècle. La dépravation de ses mœurs, la décadence de son goût, le factice de sa couleur, le prétentieux de ses compositions, la mignardise de ses caractères de tête, son dessin, ses expressions, ont suivi pas à pas la marche licencieuse et dévergondée de la société sous la régence et le règne de Louis XY. Il est en peinture ce que Crébillon fils est en littérature : encore ce dernier prenait -Il quelquefois ses scènes dans la nature que Boucher ne consultait jamais. Il est le peintre le plus faux, le plus maniéré qui ait peut-être existé. Absolument étranger au grand, au beau, au vrai, à l'expressif, ses figures de femmes sont des grisettes, des
prostituées bien mignardes, bien fardées, bien boursouflées, n'exprimant rien que l'indécence, ou la nullité du peintre qui n'a su les animer d'aucun sentiment; ses enfants gros et joufflus ressemblent à des bâtards de Bacchus ou à de jeunes satyres ; §%% bergers sont des espèces de monstres incapables d'exécuter aucune action humaine. S'il a quelque part un mérite réel, c'est dans ses pastorales : généralement ses sujets champêtres sont disposés avec goût; Qn y remarque une grande facilité d'idées, mais le plus souvent ces idées ne sont qu'indiquées ; les tableaux de Boucher ressemblent bien plutôt à des esquisses, à des croquis, qu'à une peinlure achevée. J:t néanmoins, par un charme indicible, une manière spirituelle de grouper, de disposer les figures, de les entourer d'accessoires heureux de choix et de disposition, et de leur donner des mouvements gracieux, par des tons de chairs séduisants, enfin par un ragoût, un fàuUU pittoresque^ comme disent ses contemporains, il séduit, il captive. On a comparé Boucher à un enfant dont les spirituelles inconséquences excitent le rire bienveillant de l'homme grave. Boucher est en effet un grand enf&nt auquel 11 faut beaucoup pardonner en faveur de ses brillantes qualités. Aucun peintre n'a plus que lui occupé le burin des graveurs ; il a gravé lui-même d'une pointe spirituelle, une vingtaine de morceaux de sa composition. L. C. Sotke.
B0UCHB8 A FED* C'est une expression générique sous laquelle sont réellement comprises toutes les armes ft fèu, quelles que soient leur forme et leurs dimensions. Mais on distingue particulièrement sous le nom d'armes à feu les fusils, les mousquetons, les carabines, les pistolets (wy, AiMBs); et on désigne plus spécialement sous le nom de bouches à feu les canons, les obusiers, les mortiers et les pierriers.
Les unes et les autres se confondent dans une même origine, qui remonte à l'époque de l'invention de la poudre (rc(r*)* Ce fut vers le milieu du xrv* siècle que cette découverte, après avoir subi les modifioitlons les plus variées dans les monastères et dans les laboratoires, parvint jusque dans les armées : alors il follait encore imaginer les armes avec lesquelles on devait faire usage de la poudre; et ce n'est qu'après une longue série de tâtonnements que la poudre et les armes que son emploi nécessitait parvinrent ft être usitées sous les diverses formes et compositions qu'elles ont successivement reçues jusqu'à nos jours. ^
Cette double invention ne pouvait manquer de produire une immense révolution dans l'art
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de la guecre; mais elle fut lente, itialgré lâ con« stance des efforts de Tesprit humain.
Dans Torigine, on chercha d*abord à déployer tout le ressort de la poudre, et, pour en au£^menter Tintensilé, on variait les doses du salpêtre, du soufre et du charbon qui la composent. Sous les noms de canons, de bombardes ou de coutevrines , les mêmes machines reçurent des dimensions très-différentes. D'abord énormes et presque immuables, elles devinrent ensuite portatives et passèrent enfin dans les mains du soldat, et dans celles du chasseur sons la forme du fusil, du mousqueton, de la carabine et du pistolet.
Ces premières armes à feu étaient de simples tubes en fer battu; on les établissait sur des chevalets. Leur forme, leur manœuvre, leur dénomination étaient les mêmes que celles des bouches à feu. On eut primitivement des coulevrines à main, dont il est fait mention dans les guerres de 1380 à 1467, décrites par Juvénal des Ursins et par Monstrelet ; on eut ensuite des bombardes à main, ou portatives, dont les Flamands se servaient en 1382, à la bataille de Rosebecq; puis des canons à main, avec lesquels les assiégés lançaient, en 1414, au siège d*Arras, de grosses balles de plomb. Ces diverses armes, établies sur des chevalets, lançaient d'abord ^"^ leurs projectiles dans une direction constante. Pour rendre variable Tangle du tir, on ajouta au tube des tourillons qui tournaient dans les fourches d*un croc porté sur un trépied. Cette espèce d'affût fit donner aux canons à main le nom • d'arquebuses à croc. Bientôt après on encastra des canons plus légers dans des fûts de bois terminés par une crosse. Le canon conservait d'abord trop de longueur; et dans le tir, en appliquant la crosse contre l'épaule, il fallait appuyer le bout de l'arme sur une fourchette ou béquille. On allégea, on accourcit le canon, et la fourchette disparut dans les manoeuvres des armées. Elle n'est conservée aujourd'hui que dans l'attaque et la défense des places, pour le fusil de rempart, La lumière était percée sur le côté, et un bassinet recevait l'amorce à laquelle la main portait le feu. Mais il était fort difficile de viser en mettant ainsi le feu avec la main ; il fallait lever celte difficulté.
On imagina divers mécanismes dont les anciennes arquebuses nous offrent encore des modèles; et c'est après deux siècles d'essais et de recherches qu'on trouva enfin la platine, qui est restée adaptée jusqu'à ces derniers temps aux armes de chasse, et l'est encore même aux armes de guerre, telles que le flisil, la carabine, le
mousqueton et le pistolet. Mais depuis peu d^an* nées on a proposé de substituer à la platine une armature nouvelle , avec des capsules d'argent fulminant, que Ton employa d'abord avec succès pour les armes de chasse; le gouvertaement français introduisit par la suite cette innovation dans l'armée, les expériences que* le ministre delà guerre a fait faire, ayant donné, ainsi qu'on devait s'y attendre, un résultat satisfaisant.
Tous les essais ingénieux ou biiarres tentés pendant trois siècles, en perfectionnant les armes à feu, s'appliquent naturellement aux bouches à feu. Ces nouvelles espèces de foudres de guerre nécessitent de nouveaux projectiles, produisent de nouvelles trajectoires, et donnent lieu à des combinaisons nombreuses, qui forment le domaine particulier d'une science nouvelle, la ballistique, dont les principes viennent enfin fixer tout ce que l'art avait encore d'incertain.
Dès les années de 1376 à 1378, c'est avec le canon qu*on ouvre la brèche à Thouars, Ardres et Saint-Malo. Après le siège de Naples on reconnaît l'impuissance des anciennes machines ballistiques : on les abandonne; le canon seul est employé dans les batailles et dans les sièges.
On en fait d'assez forts pour lancer de trèslourds projectiles. En 1495, un boulet énorme s'élève au-dessus des remparts de Maples, tombe, et crève la voûte de l'église des Minimes. Le mortier et la bombe , quoique inventés , à ce qu'on croit, en 1467, par Pandolphe Halatesta, prince de Rimini, ont été employés pour la première fois par les Turcs, en 1523, au siège de Rhodes.
La fabrication des projectiles, nécessairement subordonnée à celle des bouches à feu, dut subir aussi quelques modifications. On essaya tour à tour les boulets de pierre, de plomb, de fér, de bronze.
La légèreté, la mobilité, dont on reconnaît tous les avantages pour les canons, paraissent des défauts dans les mortiers. On les établit d'abord avec des tourillons tournant dans des madriers qui tiennent à un massif métallique. Puis, de nos jours, nous en avons vus coulés avec leurs semelles, qui ne forment avec elles qu'une seule et même masse. Le mortier, mobile sur ses tourillons, se manœuvre avec des leviers ou un cric, et se pointe à l'aide d'un quart de cercle. Dans les autres, c'est en variant les charges que l'on fait varier les portées.
En donnant plus d'épaisseur , .et par conséquent plus de résistance, au métal, on a fait dernièrement le mortier monstre qui a été em-
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ployé deux ou trois fois, en 1832, au siège d* Anvers. 11 lance des bombes du poids de 500 kll.9 la cbute de ces bombes crève les voûtes de casemates qui avaient été construites à répreuve des bombes ordinaires, dont le poids n'est que de 130 à 150 livres (60 à 75 kiL).
Cet exposé sommaire fait voir combien d'essais et de tâtonnements il a fallu traverser pour amener les bouches à feu au point où elles en sont aujourd'hui; et il est aisé de prévoir, d'après les progrès que font chaque Jour les sciences et les arts, que les bouches à feu recevront encore de nouveaux perfectionnements. Foy. Artillerie, Canon, Mortier , Obcsibr. Carette.
BOUGHESBU-RHONE (oiPARTEiiENT Lu).rqy.
France.
BOUCHON, BoucHONNiER. Le bouchonnier est celui qui fabrique et vend non-seulement des bouchons de toute forme et grandeur, mais encore une fbule d*objets en liège, tels que semelles de souliers , appareils pour nager , écritoires et même modèles d'architecture. Il reçoit cette matière en larges planches qu'il débite ensuite en morceaux plus ou moins volumineux. Au moyen d'un couteau bien aflSIé dont il appuie le dos sur rétabli , l'ouvrier , présentant le liège au tranchant et le faisant rouler entre ses doigts, donne au bouchon la forme de cône tronqué. C'est là toute la fabrication ; vient ensuite le triage. Le liège destiné à faire les bouchons doit être souple, peu poreux et exempt de piqûres de vers.
On a essayé, sans beaucoup de succès, de remplacer le liège dans la fabrication des bouchons par le papier ; mais on a dû revenir à cette substance qui joint à l'élasticité la consistance nécessaire.
Pour employer les bouchons il convient de les mouiller, sans quoi la dilitation occasionnée par l'absorption du liquide ferait éclater les bouteilles. On a imaginé, dans ces derniers temps, pour obtenir un bouchage exacte et expéditif, une machine consistant dans une filière en fonte où le bouchon s'amincit pour entrer dans le goulot et reprend ensuite son volume. F. Ratier.
BOUCICAUT (Jean le MEINGRE de). La famille de Boucicaut n'était pas fort ancienne et tirait son origine de la Touraine. On sait que le roi Charles y se plut à élever des hommes d'une naissance médiocre, mais dans lesquels il remarquait des talents. C'est ainsi qu'en 1366 il porta aux premières charges de l'État Jean le Meingre dit Boucicaut, Il fut négociateur habile, général expérimenté, et fut même surnommé le Brave. Cependant il parait qu'il le cédait en cou-
rage à son frèred'armesJehandeSâiutré, comme l'atteste un quatrain de ce temps-là.
Charles Y le nomma maréchal de France , dignité qui commençait à devenir l'une des plus considérables de la couronne. Jean le Meingre se montra toujours digne de sa haute fortune par ses vertus et surtout par son austère probité. 11 mourut en 1370, laissant deux fils en bas âge.
L'alné, Jean, naquit en 1365, à Tours, dont son père était gouverneur. Florine de Linières, sa mère , ne négligea rien pour lui donner une bonne éducation suivant l'esprit du siècle. A l'âge de 9 ans il fut admis, par ordre de Charles V, au nombre des jeunes nobles choisis pour être les compagnons du dauphin. Dès l'âge de 12 ans il fit ses premières armes et accompagna Louis de Clermont dans la campagne 4e Normandie, en 1377. Cinq ans après il assista à la bataille de Rosebecq, où il tua un Flamand d'une taille gigantesque. Comme il était rare , à cette époque, de voir un chevalier qui n'eût point visité une partie de l'Europe, le jeune Boucicaut, qui s'était fait aussi remarquer à la cour de Charles VI par son adresse et par sa courtoisie, alla en Prusse prêter l'appui de son bras aux chevaliers teutoniques. A son retour Louis Clermont le choisit pour son lieutenant dans la campagnedu Poitou, en 1385. Boucicaut s'y distingua et termina seul l'expédition. C'est alors qu'il forma une confraternité d'armes avec Renaud de Roye : ils parcoururent ensemble toute l'Europe et une partie de l'Asie, et lorsqu'ils revinrent en France, ils soutinrent, avec Simpy, le fameux pas d'armes de Juquelvert, entre Calais et Boulogne, contre les chevaliers anglais.
Lorsque le duc de Bourbon partit pour son expédition d'Afrique, Boucicaut ne put obtenir de Charles Yl la permission de le suivre, ce qui est d'autant plus difficile à expliquer qu'il le laissa aller quelques mois après à Kœnigsberg, où d'autres chevaliers accouraient de toutes paris pour défendre l'ordre teutonique attaqué par une ligue formidable. Dans cette guerre Boucicaut se distingua, selon son habitude, et, lorsqu'elle fut terminée, il se rendit en France, où Charles Yl l'appelait. Ce fut à Tours , dans l'appartement même où il était né, qu'il reçut en 1391, du roi lui-même, le bâton de maréchal. Il n'existait alors que deux maréchaux de France ; il fallait commencer par être second maréchal avant d'être premier. Boucicaut ne fut élevé à cette dernière dignité qu'en 1412. Il fut ensuite envoyé dans le comtat d'Avignon pour faire cesser le schisme qui déchirait alors l'Église, et il s'empara de la personne du pape Benoit XIIL U accompagna le
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eomte de Fevers lorsque ce prince alla défendra la Hongrie contre les Turcs, et Ait fiait prisonnier par cetix-Gi à la bataille de Vicopolis.
Lorsque sa rançon tut pafée et qu*it put revoir sa patrie, il fût chargé par le roi de foire rentrer dans le devoir le eomte Archambaud de Périgord (1398). Il soumit les places fortes de cette province et fit le comte prisonnier. Pois il eut le commandement de Tarmée envoyée au secours de Constantinople menacée par les Turcs. |1 se signala, dans cette expédition, par des talents supérieurs et remporta de grands avantages. Il amena à la cour de France Tempereur Manuel, qui Tavait nommé connétable de son empire. A cette époque les bandes armées désolaient la France; les dames nobles étaient insultées jusque dans leurs châteaux. Ce fut pour les défendre que Boucieaiit, avec la permission du roi, fonda Tordre militaire de la Dame blanche à i'écu vert ; le nombre des cbevalien fut d'abord fixé à 13 seulement, mais plus tard il fui porté jusqu'à 60. Vers ce temps (1399), les Génois se donnèrent à Charles YI, alors en démence. En 1401,, les ducs depourgogne et de Berri, maîtres de rÉtat, envoyèrent aux Génois |e maréchal de Boucicaut pour les gouverner. Il contint par sa sagesse et sa fermeté ce peuple turbulent qui fut tranquille pendant plusieurs années. Mais en 1409, tandis que le maréchal prenait Tortone et recevait le serment de fidélité de Jean-Marie Vis-' conti, duc de Milan, les Génois se révoltèrent, massacrèrent la garnison française, et Boucicaut fut fèrcé de retourner en France, Pendant son commandement il avait fait éprouver sur mer de grandes pertes aux Turcs.
Pendant les guerres civiles de France il resta fidèle au dauphin; ce fut malgré ses avis qu'on livra la bataille d'Aiincourt. Il y fUi fait prisonnier et mourut captif en Angleterre, en 1431, à rage de 65 ans. Son corps fut transporté en France et enseveli dans Téglise de Saint-Martin de Tours. A. SikVAOïvii.
BOUCLIER (cfypeuê, soutum, parma, etc. ; en basse latinité, buculerius, etc.). C*est, de mèque que 10 casque, hi plus ancienne des armes défensives. On en retrouve remploi chez presque toutes les nations anciennes ei modernes, civilisées ou à demi barbares. On sait avec quelle magnificence étaient décorés les boucliers (les héros grecs et romains : celui d'Achille (//., xviii, 4»9), a reçu aussi d^Uomère son immortalité. Les matières les plMs précieuses y étaient quelquefois employées ; de là les noms de çhryêoaijitiiea et d^arçyra^pidea. Les plus simples étaient en bois1éger« doubléfs de cuir de
bœuf et garnis d*une lame de fer ou d^irain. Le ipilieu (umbo) portait une plaque relevée ea bosse, quelquefois ornée de figures monstrueuses. C'est de là qu*on a fait dériver le mot bue^ 09#/a (diminutif de bueca)^ désignant dans certains auteurs la bosse ou le centre du bouclier, et par suite celui de bucuUrfuê ou buoularium.
Le bouclier arglen était rond : les Romains le portaient sous Romulus. C*est le véritable clr* peuê, que ce prince fit bientôt abandonner pour le bouclier sabin , de forme rectangulaire ou hexagonale, appelé depuis êouium et employé par Tinfanterie des légions jusqu'aux derniers temps de la république. Il était tantdt plat, tantôt légèrement convexe k la manière des tuiles. La parma, ronde et plus légère que le olypeuê, était réservée pour la cavalerie. Souvent des boucliers pris sur renneml, ou enrichis d*omements précieux et de figures de dieux ou de généraux illustres, étaient suspendus dans les temples, sous le nom de boacliers votifs. On en voit beaucoup d*exemples sur les médailles anti* ques, et Ton peut désigner sous ce nom le prétendu bouclier de Soipion de la bibliothèque royale de Paris, qui a été expliqué par Wlnckelmann,
Ches les anciens , c*était une noté d'infamie pour un soldat que d'avoir perdu son bouclier. Le mot célèbre de la Lacédémonienne à son fil^ eum hoc aut in hoc, peut être opposé à Taveu naïf d'Horace qui, peu jaloux de la gloire militaire, convient d'avoir jeté son bouclier pour fuir plus vite à la bataille de PhUippes.
On sait que, dans les premiers temps de la monarchie des Francs, les priqeespu chefs choisis par la nation étaient élevés sur un bouclier et montrés ainsi au peuple assemblé. Ces conquérants, à leur arrivée dans la Gaule, adoptèrent l'usage du bouclier) comme de tontes les autres armes que les Romains y avaient apportées. Vers la fin du xi< siècle, à l'époque de l'invasion de l'Angleterre par les Normands» nous voyons la forme de ce bouclier changer complètement. Il s'allonge en pointe vers le bas, tandis que la partie supérieure est sensiblement arron* die ; Vombilio ou umbo est trèssotfvent armé d'une pointe, comme dans les boucliers antiques* Bientôt, au temps des croisades, eette arme défensive, ramenée à de plus petites proportions, se couvre d'armoiries; et c'est alors que le bouclier change son nom contre celui d'écn (de 9CHlum)^ donné par la suite aux pièces de monnaie sur lesquelles il était représenté. L'écu tient, commeon sait, uneplace importante parmi les armes de la chevalerie, et l'art du blason lui
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doit le ehamp fur leqoel vieniieiit se peindre tQU6 ses accessoires,
plus tard cette forme éprou?a encore un nouveau changement, et Ton ne ?olt plus aux hommes d'armes du xyi* siècle que de très-petits boucliers ronds , connus sous la dénomination de rondelles, dont Tusage ne cessa guère qu'avec celui de Tarmure elle-méme.Xes grands boucliers ronds s^appelaient rondaohe$.
Noua n^avons guère parlé jùsquMci que du bouclier de la cavalerie : au moyen âge une partie de Tinfanterie portait des larges en boi» léger, garni de cuir bouilli; souvent aussi les archers s'abritaient derrière de grands talUvas ou pavois, tenus par d'autres soldats appelés pour cela pavescheurs. Ce moyen était surtout employé pour Tattaque et la dépense des places. On voit un de ces pavois au musée d'artillerie de Paris. Le nom de pavois s'est conservé, en France, dans les provinces de l'ouest, où il désigne aujourd'hui une rondelle de bois chargée de cercles coloriés, qui sert à tirer au blanc les jours de fête. C. N. Aixou.
BOUDDHA, BounoHiSKi. La religion, qui porte le nom de son auteur. Bouddha, n*est pas seulement remarquable par ses doctrines, qui se rapprochent beaucoup de celles du christianisme; c'est encore celle qui probablement compte aujourd'hui le plu|de croyants. D'après les chiffres que le savant théologien docteur Paulus a cités dans son ouvrage intitulé : /a^7ed^/é«iM,lenombre deftchrétiens dans les divers pays de la terre est de 332 millions, celui des mahométansde 13â millions, oeluides sectateursdeBrahma en Asie de 130 millions, et le nombre des bouddhistes, y compris la secte des lamaïtes, de 340 millions. D'après une autre donnée, qui se trouve dans VInde antique, de Bohlen, il y a dans toute l'Asie 17 millions de chrétiens, 70 millions de mahométans, 80 millions de sectateurs de Brahma et 395 millions de bouddhistes. On voit que ce dernier chiffre est encore plus élevé; mais il ne faut pas oublier, que dans de tels calculs les chiffres ne peuvent être que plus ou moins approximatifs.— La religion de Bouddha est répandue dans presque toutes les Iles des Indes orientales, dans la plus grande partie de la la Chine, dans la presqu'Ue orientale de l'Inde, à l'exception de quelques districts; dans le Thibet, la Mongolie, jusqu'aux landes des Kalmouksdu Don; dans l'empire russe, on comptait en 181 1 à peu près 300,000 bouddhistes, et le nombre en augmente toujours à cause de la pompe brillante dont le culte de celte religion est environné.— Depuis longlemps on a accordé une attention particulière à la religion de
Bouddha; mais malgré les excellents travaux des orientalistes qui se sont occupés du bouddhisme, par exemple de Jacques Schmidt, de Burnouf, de Lassen, de Klaproth, de Buchanan et d'autres, il n'existe pas encore une histoire critique de Torigine et de la propagation de cette religion. Bohlen, dans son ouvrage que nous avons mentionné plus haut, a cherché à donner un résumé des résultats obtenus avec quelque certitude par les travaux modernes. Nous ne croyons pouvoir mieux foire que d£ suivra dans cet article l'exposition de ce savant, à laquelle un esprit consciencieux semble avoir présidé. — Partout Gaulamas, surnommé Bouddhas ou le Sage, apparaît comme l'auteur de cette doqtrine ; il était fils de Soudhadanas, roi de Kikata ou Hagadha, aujourd'hui Behar. Comme descendant de la famille Sakya, il reçut aussi le nom de Sakyanumi, transformé par les Chinois en Schekiamuni et par les Mongols en Schigemuni. Ces faits primordiaux, qui paraissent irréfragables, sont mêlés de fables qui tiennent autant de la légende que du mythe, et qu'on rencontre dans l'histoire de presque tous les anciens fondateurs de religion. D'après ces fobles, la mère de Bouddha était Mâyà, épouse de Soudhadanas, mais vierge immaculée, et appelée pour cela Sachi ou la Pi^re; elle produisit Gautamas par le côlé droit. En d'autres termes, Gautamas émanait de Dieu; car Mâyâ, qui signifie littéralement illusion, image, imaginalion, sert dans le langage philosophique de la doctrine indienne de Yedanti à exprimer tout ce qui existe sur la terre, parce que Dieu seul existe en réalité. La M^r^ est aussi l'imagination créatrice à l'aide de laquelle l'Être suprême a créé tout, lorsqu'il forma, pour parler avec les Yédas, l'être du néant; elle est considérée surtout comme la mère d'êtres supérieurs et de tous les phénomènes dont l'origine est difiicile à pénétrer. La Mâyâ, en tant que mère de Bouddha, apparaît ici comme vierge, d'après la croyance des peuples de l'Asie, selon laquelle il est humiliant pour de grands hommes, surtout pour des fondateurs de religions et de dynasties, de naître comme nous autres hommes, per sordes et squalores, comme dit saint Augustiu. Or, dans les mythes de l'Inde, une femme, après des couches innombrables, reste vierge si elle est destinée à produire un héros divin. (Philon, de Cherub,^ ii, p. 38, parle d'une manière analogue, et dit : Que Dieu, s'il avait commerce a?ec une âme, ferait une vierge de celle qui auparavant avait été femme : Proteron ousan gunaika parthenon authis apodeiknusin), La tradition de la naissance merveilleusede Bouddha
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était connue de très-bonne heure dans TOccident, car nous Yoyons saint Jérôme lui-même en faire mention. — Les sectateurs de Gautamas ont répandu une foule de fables sur sa vie; de bonne heure ils^n ont fait le génie de la planète Mercure, du quatrième jour de la semaine, d'où résulte une ressemblance frappante entre lui et mermès des Égyptiens et le Mercure des Romains, qui est aussi fils de la Mâyâ. (On a voulu même comparer Hermès et Dharmas, nom que porte encore Bouddha.) De bonne heure aussi il fut révéré par les brahamanes comme neuvième manifestation de\isbnou, alors même qu^ils commençaient déjà à haïr en lui le réformateur qui abolissait toutes leurs institutions. Pour concilier ces récits divers sur la personne deBouddha, quelques auteurs ont imaginé un Bouddha cosmique, mythique et historique; mais ces distinctions n*ont pas de fondement. Il n'y a eu réellement qu'un seul Bouddha; mais dès l'origine, d'après le dogme de cette religion, il reparait toujours par la métempsychose dans le chef visible de la religion. Or, il semble avéré que tous ceux qui ont postérieurement exercé de l'influence sur le développement de la religion de Bouddha ont aussi reçu le nom de Bouddhas, parce qu'on les a pris probablement pour des manifestations corporelles du premier Bouddha. Ce fait très-vraisemblable, tout en expliquant une foule de contradictions, est néanmoins un des obstacles qui empêchent de déterminer le temps où le véritable Bouddha a vécu. Il n'y a certainement pas de personnage historique sur lequel plus de contradictions aient été accumulées que sur Bouddha. Chez les peuples mêmes qui professent sa doctrine, les données varient à ce sujet : les Thibétains, par exemple, ont 12 à 13 calculs différents. Le plus élevé fixe pour époque de sa venue l'an 2420 avant J. C, et le plus faible l'an 665 avant J. C. Abulfadhl, le savant et impartial historien persan qui a écrit sur l'Inde, a placé Bouddha 1336 ans avant J. C. Le nombre moyen, en faveur duquel parlent la plupart des calculs, est l'an 1000 avant J. C, et semble être en effet le terme le plus rapproché de la vérité. Les écrits les plus anciens des Indous, par exemple les Yédas et le Code de Manon, ne parlent pas de Bouddha; même silence dans le poème philosophique du Bagavadgita^ qui cependant, dans le culte de Krishna qu'il professe, tient compte de tous les systèmes de la philosophie de la religion; il ne contient aucune trace du bouddhisme, dont il a d'ailleurs été le précurseur. Mais Krishna, dont le culte n'est pas non plus connu des Yédas, est placé par les In-
dous deux siècles avant Bouddha. Dans le poème de Ramayana^ se trouve une phrase importante, regardée, peut-être à tort, par Schlegel, comme interpolée dans les mots suivants, car elle parait parler du réformateur encore vivant :
Car li Bouddlia eit bien com L'atbëitme est. venu de loi.
t un voleor.
Les anciens temples du rocher de Salsette offrent des vestiges de bouddhisme. Burnouf et Lassen, qui ont suivi les traces de la langue de cette religion, ont confirmé la supposition que \^ religion de Bouddha se serait maintenue quelque temps à côté de celle du brahmanisme; puis combattue par celui-ci, aurait été forcée de se réfugier dans les pays voisins, et serait arrivée dans le iv» siècle avant J. C à Ceyian, et de Ul aux autres Iles et à la côte orientale. Non-setrioment Clément d'Alexandrie connaissait beaucoup de rites de la religion de Bouddha, mais le nom de Bouddha lui-même se retrouve dans ses écrits; il avait puisé ses renseignements dans les compilations d'Alexandre Cornélius Polyhistor, qui écrivait sous Sylla, 80 ans avant J. C, et avait probablement sous les yeux des témoignages des Grecs de Macédoine. Parmi les écrits des Grecs, le document le plus important est celui de Mégasthène, qui avait trouvé dlins l'Inde deux systèmes de religion» celui des Brahmanes et celui des Germaine ou samanéena, c'est-à-dire êâmanas, les constants^ comme s'intitulent encore aujourd'hui les bouddhistes, et les dogmes de ces derniers y sont exposés de manière qu'il est impossible de ne pas y reconnaître le bouddhisme. Le nom de Bouduas se trouve encore chez Arrien {Indi'ca, 8), et Bohlen n'hésite pas à prendre pour des bouddhistes les hommes décrits par Hérodote (L. III, 5,100) comme faisant abstinence, ne mangeant rien de vivant, et ne se nourrissant que de riz et d'herbes. — La doctrine religieuse dé Bouddha se trouve en rapport intime avec des phénomènes intellectuels antérieurs, qui indiquaient déjà une tendance très-prononcée chez les esprits supérieurs, à rejeter toute autorité traditionneOe H à purifierl'ancienne doctrine des absurdités qui probablement avaient leur origine dans l'esprit de domination de la caste des Brahmanes. La philosophie de Sankhya avait déjà répandu tous les germes d'une théologie rationnelle; elle avait donné naissance au culte si humain de Vishnou, d'où s'est développé le bouddhisme.— Le Bagavadgita avait déjà refusé aux livres saint» des Védas leur autorité universelle; il avait voulu réunir la foi aux bonnes œuvres, et avait
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recommandé la gnose, ou le haut savoir intérieur, qui deyint ensuite si prédominant dans le bouddhisme. C*est encore ainsi que le Gode de Manou contenait déjà la défense de tiier les animaux (et c*était probablement Tantique doctrine), sauf à expier cette faute par un sacrifice; tandis qoe le bouddhiste dévot, surtout dans la secte des jainas, déclare que tuer la vermine la plus infime est un péché mortel équivalant à rhomicide.— Ainsi, les germes du dogme de Bouddha se retrouvent partout, mais il est difficile ou plutôt impossible de le représenter tel qu*il est sorti réellement de la (été du réformateur. Bouddha lui-même n*a laissé rien d^écrit, et ce n*est que dix ans après sa mort que ses disciples ont, à ce qu'on dit, recueilli les doctrines de leur maître. — Il parait hors de doute que ces livres n'existent plus, et qu'ils ont été modifiés et défigurés à Tinfini dans les écrits plus modernes de la religion. Le corps des livres religieux {Dhannakhatula) du bouddhisme se compose de 108 fOrts volumes, et, selon d'autres, de 84,000 livres saints, ce en quoi cette religion laisse toutes les autres en arrière. Partout où le bouddhisme a pénétré, partout où il a rencontré une religion nationale, on a vu les opinions du ' pays s*amalgamer avec les siennes. Chez les nations de l'Asie du Nord, où il rencontra la doctrine de Zoroastre, beaucoup de dogmes et de rites de celte dernière se sont conservés ^ mais partout, même chez les bouddhistes les plus anciens, apparaissent les principaux dogmes, qu'il est dès lors permis d'attribuer à l'auteur même de leur religion. Nous allons les indiquer : — Be l'éternilé à l'éternité il y a un espace rempli de matière de mondes, dans lequel les mondes naissent et périssent d'après des lois éternelles, immuables. C'est ainsi que le monde actuel , qui est l'avant -dernier, sortit au milieu d'orages terribles par le mélange des atomes {Paramanou). Le monde est animé par un esprit qui s'individualise par la matière sous des formes innombrables, mais qui lui-même est en repos continuel sans se mêler de régir le monde; car celui-ci a été déterminé par un destin inflexible (Dama/am). Cependant chaque homme reste libre de diriger son sort, et après sa mort il est jugé d'après ses œuvres. — La Divinité est représentée dans les livres bouddhistes des Chinois, traduits du sanscrit, comme infinie, toute-puissante, douée de sagesse et de bonté, et telle qu'elle ne peut être honorée que par les bonnes œuvres et la méditation intellectuelle. Les livres bouddhistes parlent souvent du v/c/e ou du néant comme de l'objet suprême, et plusieurs savants
ont prétendu qu*on ne pouvait voir là un être divin ; mais s'il faut avouer que la Divinité a presque entièrement disparu chez les bouddhistes de l'Asie centrale, il n'y a pourtant pas de raisons pour considérer cette erreur et la doctrine du néant comme la doctrine primitive de Bouddha. Au contraire, il parait en résulter que le réformateur avait conçu l'Être suprême d'une manière si abstraite que ceux qui lui succédèrent, ayant peine à comprendre cet être, et voulant en avoir une représentation, attribuèrent une essence divine au fondateur même de leur religion, qui, à dire Vfai, a reçu d'eux tous les attributs de la divinité; transformation qui, au reste, pour le dire en passant, n'a pas seulement eu lieu dans le bouddhisme. — Les anciennes opinions des Indous se reflètent de diverses manières dans le bouddhisme. Que si dans un passage des Yédas. Vidée du Créateur et la contemplation de lui-même, dans laquelle il est absorbé, opère le développement du monde, chez les bouddhistes le monde des phénomènes se forme des fines particules de l'espace, sous le jeu trompeur de la Mâyà; et le triple monde indien se compose ici : !• du monde suprême, éthérique, sans couleur et sans formes des êtres; 2» du monde de couleur et de fOrmes, et S* du savalokadhatu (en sanscrit, êarvalokadhatu, source de tous lea êtres), le monde de toute vie, dans lequel règne Brahma : c'est le monde inférieur, matériel, destiné par le sort éternel à des incarnations continuelles, lorsque les esprits, par convoitise de la nourriture terrestre, dite beurre de terre, et par la chute d'un Tengri, déchurent et tombèrent dans le cercle de la métempsycose et les liens de la matière changeante. Auparavant, ces esprits, voyant par leur propre lumière, et planant sans sexualité dans Tair, ne s'étaient propagés que par émanation ; dès lors, ils furent doués de sexualité et déchurent d'un âge incalculable jusqu'à celui de cent ans. La durée de leur vie diminuera encore jusqu'à dix années, iftiis à la fin elle augmentera de nouveau par plusieurs périodes du monde ou kalgas, (telle est aussi l'antique opinion indienne), jusqu'à 80,000 ans ; car chez les bouddhistes, il y a des révolutions innombrables du monde {kalga, ou création), et toutes d'une durée immense. Pendant un kalga, mille Bouddhas apparaissent ; mais sept seulement sont jusqu'à présent descendus dans la kalga actuelle.— Dans le triple monde dont nous avons parlé, il y a plusieurs régions d'esprits superposées, dont le
I' dhyàna, ou le monde de la méditation, est l'une des plus élevées ; car c'est par elle que l'on peut
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recoqQaltre la nullité de toute existence et sortir des liens de la matière j c*eat par elle qu'on acquiert la domination sur la nature, la force de la magie, ou le riti chuhilghan, par lequel on peut influer sur le monde corporel et opérer dies miracles. Une autre région est : Sukhavaii, ou la région heureuse, dont un ouvrage religieux dit : « que parmi le feu ardent de la haute sagesse et de Tintelligence divines, l'élément du feu est inconnu, même dé nom ; qu*il ne se trouve là ni idées ni noms pour exprimer la famine et la soif, pour la querelle, la dispute, pour la peine et les souffrances, pour la naissance et ses degrés; que le Nirvana seul y est connu. Les régions supérieures ne sont pas soumises aux destructions périodiques du monde ; les parties grossières s'annihilent, mais les parties de lumière s'élèvent de région en région jusqu'à celle de la lumière qui est éternelle et indestructible. Alors, tout devient Bouddha , et les signes de Bouddha du monde de couleur disparaissent comme un arc-en-ciel , et le Nirvana même se plonge dans le néant. L'état dans lequel entre Bouddha ainsi que tous les dévots qui, par la mortification de leurs sens, sont devenus saints, est le mokêha ou Vaffranchiêêement du mal, des liens du corps, et de la migration terrestre; élat de félicité qui est aussi le but de tout brahmane orthodoxe. L'individualité ne se détruit pas dans le repos parfait. Les âmes des animaux participent à l'immortalité, parce qu'ils se transforment en êtres supérieurs, tandis qu'il y a pour les méchants une migration dans le corps des animaux, raison pour laquelle tout animal a droit à de religieux ménagements. Si ces peines ne les corrigent pas, un enfer terrible les attend, de même qu'un brillant paradis est le partage de la vertu. Une vie vertueuse est pour le bouddhiste le chemin de la félicité. — La morale de cette religion est belle; ses commandements sont : Tu ne tueras personne ! tu ne regarderas pas comme saints les Yédas et les Pourauas, parce qu'ils demandent des s4erifices sanglants I tu ne seras ni menteur ni calomniateur ! tu ne jureras pas et ne parleras pas légèrement ! lu ne seras pas égoïste! tu ne tromperas pas et ne léseras pas les autres, car tous les hommes sont nos frères ! — Voilà pourquoi l'odieux système des castes du brahmanisme est proscrit par cette religion. L'influence bienfaisante qu'elle exerce sur ses sectateurs est reconnue par tous ceux qui ont vécu parmi ces peuples : la tolérance, la douceur et l'amour du prochain, tels sont les traits di^tinctifS de leur caractère. — La çonêHtuUon ecclésiaelique des bouddhistes et leur
euUe somptueux ont depuis longtemps fixé IHittention des observateurs, à cause de leur ftaamblance remarquable avec la constitution et le culte de l*Église catholique romaine. Les premiers missionnaires chrétiens venus au Thibet furent tellement frappés de cette imitation flagrante de leurs cérémonies, qu'ils crurent au premier moment reconnaître le culte catholique. On a beaucoup écrit pour expliquer ce fSiit singulier dont les adversaires du christianisme n^nt pas manqué de s'emparer; il résulte des reébetches faites à ce sujet, qu'il est ftiux, comme quelques écrivains l'avaient avancé, que le bouddhisme, par le contact qii'il a eu avec le catholicisme depuis le xiii* siècle, ait emprunté plusieurs de ses cérémonies au catholicisme. 11 a été démontré au contraire que la plupart do ses cérémonies étaient connues de temps immémorial des peuples de l'Asie, et il est de notoriété historique que plusieurs usages religieux, par exemple le rosaire, n'ont été introduits dans le culte catholique qu'après les croisades. Mais, d'un autre côté, quoiqu'il soit certain que le bouddhisme et beaucoup de ses usages fussent connusdeplusieurs écrivains influentsdel'iglise, par exemple, de Clément d'Alexandrie, et qu'il ne soit pas impossible que leurs ouvrages, même dans leur partie historique, aient exercé quelque influence sur le développement du papisme, oo ne peut pourtant pas affirmer historiquement que le catholicisme ait emprunté des institutions ou des parties de son culte au bouddhisme. Par cette raison , d'autres écrivains distingués ont été portés, ou plutôt sont arrivés à poser cette Ipi générale, que partout où il y a hiérarchie établie, les conséquences, même quant aux fermes extérieures, deviennent têt ou tard les mêmes; les hiérarchies Israélite, lamaïtique ou bouddhistique, et chrétienne, celles des Mexicains et des Muyskas, qui ressemblent de tout pointa celle du Thibet, sont là pour en fournir la preuve. — - Il nous reste encore à donner quelques détails sur la culte du bouddhisme. En général, ce culte a été greffé sur celui du brahmanisme, comme l'attestent plusieurs usages connus. Mais la hiérarchie et le culte bouddbistiques se sont développés de la manière la phis brillante au Thibet dans l'institution du dalatlama. Le chef de cette hiérarchie Immense est Bouddba-Sakyamuni; mais comme tous les véritables Bouddhas n'apparaissent qu'une seule fois pour commencer une nouvelle époque, et s*en remettent epsuite aux Bodbisathas pour achever l'œuvre de salut, et s'incarner à de nombreuses reprises, le Bodbisathas du Sakyamuni reparait
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conliiHielItineDi dani le dalâl-laoïa, qvi lui* même est supposé se multiplier dans toutes les personnes qui ont été acti?es pour la religion, de manière que les princes et les cleres dévots sont autant d^intelligences éparses de lui. Il réside à Hlassa, et a sous lui un second lama résidant à Tesdiihlumbo, qui a presque la même autorité, mais qui reconnaît le dalAK-lama comme son supérieur ; c*est en quelque sorte son métropolitain. Après eux yiennent les autres lamas ou évêques, soutiens de cet autre papisme. Dans les premiers temps, on« allait cbercber dans Tlnde le successeur du dalaï-lama, que le défunt désignait dans son testament ; mais bientôt la poli* tique intervint dans ces inspirations, et on a Judicieusement remarqué que ce fut un signe cerUin de la puissance des Mongols, lorsque le dalalf-lama consentit à s'incarner comme Mongol. Aujourdliul le gouvernement cbinois le fait renaître dans une noble famille de Mandebous. Nous n'insisterons pas ici sur les autres détails du dalaï-lamalsme, par exemple, sur ses eioUre$, dont le cbiflFre dans la seule ville de HIassa et son district, s'élève à 50,000, et dont le plus grand nombre est réservé aux femmes; sur la oroëêe du dalaMama, sur le ro$aire , sur le culte des reliqueê^ sur les elooheê, institutions toutes nées au reste en Asie. Les prêtres boud* dbistes dans tous les degrés de la hiérarchie sont astreints au célibat ; on leur accorde pourtant d'en haut des servantes, qui se trouvent bono-^ rées par ce commerce. Mais il y a une secte hétérodoxe qui a aboli le célibat, et dont les prêtres se distinguent des orthodoxes par la couleur rouge de leurs casques. — La propagation du bouddhisme a été très-rapide dans les derniers siècles avant Jésus-Christ; il est très-répandu dans l'Inde, où le prince même le confesse ; mais les persécutions des brahmanes contre cette religion avaient probablement commencé dès lors. 900 ans avant J. C, lo bouddhisme avait pénétré en Chine, et ses livres étaient traduits du sanscrit en chinois; de là, il vint au vi« siècle en Corée et au Japon , grâce surtout à l'impulsion donnée par le Bouddha -Darma. Cette doctrine pénétra à plusieurs reprises dans la petite Bucbarie, au Thibet septentrional et dans la Mongolie, où elle se confondit avec la doctrine de Zoroastre, mais de telle soKe que les doctrines de Bouddha en sont restées la base; l'écriture indienne et avec elle les livres religieux n'arrivèrent au Thibet que vers l'an 039. Dans l'Inde même, le bouddhisme fut complètement détruit dans l'intervalle du xu« au xvi^ siècle. In Chine, cette doctrine, comme religion du peuple, a pris
une grande «[tension tandis qu^dle a été sur le point d'être détruite au Japon par la doctrine plus morale de Confuclus. Mais les prêtres bouddhistes surent s'attacher le peuple, de manière que même les classes supérieures y sont aujourd'hui forcées de pratiquer, du moins extérieurement, le culte bouddhiste. H. Ahbbhs.
BOUDERIE, défaut de caractère, qui, sans troubler violemment les rapports quotidiens, les rend désagréables et pénibles. On est heureux de vivre ensemble lorsqu'on s'aime, parce qu'à chaque minute on peut épancher ses sentiments et ses idées. L'effet de la bouderie, c'est d'arrêter tout à coup cette communication si douce; c'est de suspendre ce qu'il y a de plus délicieux dans l'intimité; c'est, en un mot, de murer $on ccBur. D'un autre c6té, comme le symptôme obligé de la bouderie est un silence froid et persévérant, il en résulte que toute voie est fermée aux explications : c'est une tyrannie de mauvaise humeur que nous imposons à ceux qui nous entourent. U est vrai que la bouderie dure peu; mais aussi, comme elle peut se renouveler souvent, elle empreint d'une amertume passagère la position même la plus fortunée. Dans l'éducation des Jeunes illes, c'est un des points qui mérite le plus d'atten lion; ce n'est pas asseï d'attaquer chex elles le penchant à la bouderie, il importe de l'extirper entièrement, et avec de ^habileté, on en vient à bout. U vaut mieux leur passer une certaine vivacité de réplique que de les habituer à un genre de défense qui est d'autant plus dangereux qu'il dispense de recourir à toute espèce de justification : de sorte qu'il couvre au besoin les fautes les plus répréhensibles. On trouve quelquefois remède à certains caprices des femmes; on peut à la rigueur les en faire rougir, et par là on les en délivre; mais la bouderie est-elle ancrée de vieille date dans le caractère, to^t remède est impuissant, puisqu'elle ne veut ni entendre ni répondre. — Les jeunes gens qui sont doués de beaucoup de vivacité ou d'une grande f<)rce de volonté tombent dans la bouderie en présence de certains obstacles qu'ils ne peuvent surmonter, mais Q*est un défaut dont iU se détachent au premier développement de leur force pu de leur raison : ils comptent alors sur eux. Saiht-Piospbi.
BOUDOIR. Ce mot assez rèfeent vient du verbe bouder, pris dans une acception plutôt gracieuse que repoussante, exprimant l'humeur piquante et capricieuse, les agaçantes bizarreries, la moue demi-caressante, demi-colère, d'une femme jolie et coquette. Ces sentiments, ces mines, sont par excellence des sentiments et des mines de bou-
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doir; ils vont mieux à une fantaisie qu*à une passion, à un amusement passager qu*à l*amour profonâ et durable. Aussi leur triomphe fut-il dans ce xviii« siècle, qui avait reçu la triste mission de détruire; alors le vide que laissaient en expirant d'antiques croyances, et tous les chauds et naïfs sentiments des vieux âges, était rempli par la vanité, le persiflage, les plaisirs sensuels, seuls plaisirs auxquels on pût croire dans un temps où Ton niait Texistence de Pâme et celle de Dieu. Alors le mot boudoir fut inventé; la régence le vit naître; les Pompadour, les Dubarry, en firent une des expressions les phis usitées de la langue française; des peintures voluptueuses, telles qu'en savait faire Boucher, d'épais tapis, de moelleux divans, des parfums, du repos et du silence, voilà ces temples où de fragiles idoles recevaient des adorations multipliées et passagères; où là violation d'un deyoir sacré, les mensonges, les perfidies de tout genre, les roueries les plus infâmes, enfin, pour parler le langage du siècle et celui des boudoirs, étaient regardés comme des preuves de bon goût et de belles manières; où mourut plus d'une femme pour n'avoir pas su se mettre à la hauteur de son temps, pour s'être obstinée à croire qu'une intrigue d'amour pouvait encore être prise au sérieux. Les boudoirs d'aujourd'hui, plus chastes d'apparence que ceux du xviii» siècle, le sont aussi en réalité, du moins nous aimons à le croire; et si depuis un petit nombre d'aunées les modes mignardes et coquettes d'autrefois, colifichets, magots, poudre, etc., reparaissent, tout nous dit que cette imitation assez étrange s'en tijsnt à pervertir momentanément le goût et laisse les cœurs intacts. M'^* Ozenne.
BOUE. On entend ordinairemeht par ce mot les débris de tous les corps qui, s'usant et se décomposant à la surface de la terre, et se mêlant dans l'eau, forment un sédiment mou et souvent félide à la surface du sol surtout des chemins de village et du pavé des villes. Cette boue entraînée par les pluies dans les rivières , à l'aide des ruisseaux, est un des éléments principaux des alluvions et des alterrissements.
On nomme boues minérales, les sédiments des fontaines dont les eaux sont fortement imprégnées de gaz hydrogène sulfuré. On dirige ces sédiments où le soufre se dépose naturellement, vers des endroits commodes où les malades puissent demeurer, pendant un temps déterminé, plongés dans les boues. Il parait que le souffre que contiennent les sédiments, s'y trouvante l'état de division extrême, pénètre facilement dans les pores de la peau , et concourt puissam«
ment à la guérison des maladies de cet organe. Telles sont les boues minérales de Saint-Amand, département du Nord , dont les propriétés ont été établies dans plusieurs ouvrages de médecine et par des chimistes distingués. Dh..z.
BOUÉE. {Marine.) Partie essentielle du gréement d'une ancre. Les bouées sont faites d*un bout de mât ou de plusieurs morceaux de liège réunis : quelquefois ce sont de petits barils ayant la forme d*un cône ou celle de deux cônes réunis par leurs bases. Elles sont fixées à la croisée de l'ancre par un cordage nommé orin, et d'une longueur suffisante pour que la bouée puisse venir à flot. Les bouées indiquent ainsi la place où les ancres sont mouillées, ce qui empêche de le^ perdre lorsque le câble vient à rompre, ou qu'on est forcé de le couper. Elles servent aussi, comme les balises, à indiquer les passes dans les baies, rades, fleuves, etc: Il y a des bouées qu^on appelle bouées de sauvetage, J. T. Paiisot.
BOUFFES. Fox* Opeba buffa.
BOUFFONS. C'est le terme par lequel on désigne en particulier l'acteur 'chargé de faire rire les spectateurs à force de plaisanteries et de lazzi, et en général toute personne qui entreprend d'amuser la société par les mêmes moyens. Les Latins donnaient le nom de buffo à l'histrion qui enflait ses Joues pour recevoir de bruyants soufflets , et excitait ainsi l'hilarité du .public. Nous retrouvons cette racine dans les dérivés bouffée, bouffi^ etc. Dans le langage populaire, bouffer signifie manger gloutonnement avec les joues enflées; les Provençaux disent bouffa pour souffler. Les Siciliens, peuple qui porte à un haut degré l'art de la pantomime, enflent les Joues et soufflent avec affectation quand Ils veulent faire allusion à un sot bouffon. Telle est l'étymologle qui nous semble la plus satisfaisante ; nous devons dire toutefois, sans y attacher une grande importance, que, selon Cœlius Rhodiginus, ce mot dériverait de certaines fêtes qu'on célébrait dans l'Attique en mémoire d'un nommé Bupho qui, après avoir tué un bœuf, s'était enfui, saisi d'une terreur panique, et avait abandonné sa hache. Les magistrats avalent condaomé cet instrument et acquitté celui qui s'en était servi. Il parut plaisant au roi Éristhée d'instituer à ce sujet les fêtes appelées buphoneries ou bouffonneries.
Dans une antiquité très-reculée les grands et les riches avaient des bouffons â leur service, et il est triste d'avoir à ajouter que c'étaient, pour la plupart, des nains et des créatures disgraciées dont il eût fallu respecter le malheur. Les Grecs les appelaient fitaphi et les Latins mortones; de là le Morus des comédies de Plaute.
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Bans les atellanes^ le tnorion prenait le nom de maccus dérivé de fiMxùuv (être fbu), exprès* sion souvent employée par Aristophane. Enfin, on voit encore les bou£Fons appelés fatui, d*où nous avons fait le mot fat , et sannty d^où les Toscans ont pris le nom de zannto quMIs donnaient jadis à Tarlequin.
Le tnorion se rasait la tête pour paraître pîus plaisant ; ainsi la chute des cheveux^ résultat ordinaire de Page ou des travaux de Tesprit, était une infirmité ridicule chez les anciens. Un homme- chauve recevait le surnom de ffcAi^vcec, petite lune, parce qu*une tête rasée a quelque ressemblance avec cet astre ; et c^est de là sans doute que dérive la prétendue analogie qu*on veut trouver entre la lune et les saillies d*un esprit extravagant.
Plusieurs statues représentant des morions ont été découvertes à Herculanum. Ce sont des nains chauves et nus, la bouche béante, Tair hébété, portant une huUa et des tablettes suspendues à leur cou, ou dansant au son des crotales.
On voit par des passages de Sénèque, de Suétone, de Martial, de Nonnius, et d*une foule d'autres écrivains, que les Grecs et les Romains attachaient un grand prix à leurs marions. Les femmes en avaient de leur sexe qu'elles appelaient fafuœ.
Un bouffon acquérait d'ailleurs un prix d'autant plus élevé qu'il savait mieux instruire en plaisantant. Son maître lui accordait une grande liberté, et c'était à lui à s'en servir adroitement pour faire passer sans danger des vérités quelquefois offensantes. L'art de, châtier les mœurs en riant a traversé les siècles, et notre immortel Molière l'a mis en pratique avec un succès dont l'antiquité n'avait pas offert d'exemple.
Le souvenir des jeux osques , des atellanes et de toutes les autres représentations bouffonnes et indécentes, fil naître en Italie, dans le moyen âge , les bouffes et l'opéra buffa que nous lui avons empruntés. L'Arlequin de Bergame, le Pantalon de Venise , et surtout le Puicinetla napolitain, ont encore de nos jours le privilège de dire la vérité à leurs compatriotes sans les offenser.
Quant aux monoos , ils furent remplacés par des fous, et réellement il fallait avoir mérité d'être classé parmi les malheureux qui sont privés de la raison pour se résigner à remplir auprès de son semblable l'office d'un bouffon. Dans le EL* siècle l'empereur Théophile, iconoclaste déterminé, avait un fou nommé Dandery,que l'impératrice fit rouer de coups de bâton pour l'avoir surprise en adoration devant des images et avoir rapporté celte circonstance à son maître. L'u-
sage des fous, ou bouffons à gage, devint ptui général dans les siècles suivants. Enfin, les rois de France et d'Angleterre, l'empereur et les souverains d'Italie, en firent un emploi de cour, et, dès lors, il n'y eut si petit prince qui, par imitation, ne voulût avoir le sien. En 1374 CharlesY, dit le Sage, écrivit aux échevins de Troyes en Champagne que, son tou étant mort, ils eussent à lui en envoyer un second, conformément à l'usage.
* Ces hommes s'habillaient d'une façon burlesque, adoptant à la fois les plumes, les grelots, les bijoux et les étofi^s à couleur éclatante.
Triboulet, le fôù de François I«r, a acquis une assez grande célébrité par le talent qu'il eut de plaire à son maître, même en lui doi^nant les conseils les plus impertinents. Il portait habituellement des tablettes sur lesquelles il inscrivait les noms des courtisans qui avaient fait, selon lui , des actes de f6Ue. Un jour, apprenant que Charles-Quint allait traverser Paris et se livrer ainsi à la discrétion de son rival, il s'écria que ce prince était un fôu qui méritait bien de figurer sur sa liste. — Mais, lui demanda François Ivr, si je le laisse passer, que diras-tu ? — En ce cas , sire, j'effacerai son nom de mes tablettes et j'y mettrai le vôtre.
Louis XIY, ce glorieux souverain qui levait le front si haut devant des courtisans si bas, voulut aussi , chose inconcevable I avoir son fbu. L'Angély parvint à lui plaire, sous ce tilre, à force d'adulation ; mais à la fin une velléité d'user du privilège de ses devanciers le fit chasser de la cour oti son emploi fut supprimé définitivement.
Un jour viendra où la philosophie aura fait' disparaître entièrement la race parasite des bouftoni', mais hélas ! la société en est encore infestée. Notre intention n'est certainement pas de comprendre sous une telle dénomination ces hommes rares qui, unissant la finesse de l'esprit à la bonté du cœur, sont en possession de se faire partout un nombreux auditoire dont ils payent l'attention par des plaisanteries souvent aimables, quelquefois utiles et toujours de bon goût. Mais nous y comprenons ces histrions de boudoirs, ces dandys de la modç, qui portent à un degré éminent l'art de caqueter, de persifler, de médire avec grâce, de sacrifier la vertu même au bonheur d'un calembour, et qui, oubliant la dignité de leur sexe, cherchent à plaire à Tautre par des moyens' également indignes de tous deux. Famiiî.
BOUFXERS (Loois-FBàiiçois, duc de), maréchal de France, naquit en 1644 et mourut à Fon-
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Cainebleau en 1711. U entra dans la carrière militaire comme aouslieutenant et obtint la plupart des grades , qu'il parcourut asseï rapidement , par des services réels. Sous Condé, Turenne, Gréqui, Luxembourg et Catinat il se distingua dans différentes campagnes , en Aileniagne et dans les Pays-Bas. Ce qui le rendit célèbre, ce fut sa défense de Namur en 1695 et surtout celle de Lille en 1708. Cest cette dernière qui lui valut la pairie et le titre de duc. Son adversaire le prince Eugène lui dit : « Je suis fort glorieux d'avoir pris Lille , mais j'aimerais mieux encore l'avoir défendu comme vous. »
Joseph -H ARii, duc de Bouflers, fils du précédent et comme lui maréchal de France, naquit en 1706 et mourut en 1747 à Gènes qu'il était venu défendre contre les Autrichiens. X.
B0UFLEE8 (STA1IISL4S, marquis Di), dit d'abord l'abbé et ensuite le chevalier de Bouflers, naquit à Lunéville en 1737. Destiné à Tétat ecclésiastique, il refusa de prendre les ordres; mais chevalier de Malte-né , il se vit pourvu d'un bénéfice de cet ordre. Il fit , en cette qualité, la campagne de Hanovre. Assez longtemps après il fut nommé gouverneur du Sénégal et de Gorée où il ne fit pas un long séjour : c'était un exil encouru par une chanson sur la reine Marie- Antoinette. Mais une administration douce et sage et des institutions utiles ont laissé de Bouflers, dans cette colonie, un souvenir qui n'est pas encore effacé.
Bevenu en France, il se livra entièrement à son goût pour la littérature, le monde et les plaisirs. Alors chacun de ses jours fût marqué par quelqu'une de ces productions frivoles, mais pétillantes de verve, d'esprit et d'originalité, et par ces aventures plaisantes qui le rendirent longtemps l'enfant gâté de la cour et de la ville.
Mais la révolution vint donner à son esprit une direction nouvelle. Bouflers appelé, en 1789, aux états généraux, s'y montra consciencieux, modéré et ennemi de toute mesure oppressive. Il s'opposa à ce qu'on surveillât les correspondances. En 1791 il fit rendre le décret qui assure, par brevet, aux inventeurs la propriété de leurs découvertes.
Après le 10 août II passa en Prusse où Frédéric- Guillaume lui donna, dans la Pologne prussienne, une grande étendue de terrain, pour y établir une colonie d'émigrés franfais. Ce projet échoua. Vers cette époque Bouflers épousa Mm«de Sabran. Rentré en France en 1800, il publia le Libre Arbitre, ouvrage loué pour quelques pages éloquentes et critiqué surtout à cause
d'un libéralisme que Ton doit eonsidérer cooune exagéré de la part de l'auteur. Admis, en 1804, à l'Institut, il y prononça avec succès l'éloge du maréchal de Noailles. Son éloge de l'abbé Barthélémy en eut moins.
BouQers se tourna, comme tant d'autres, vers l'astre qui éclipsait tout alors : U se fit le louangeur de Napoléon et de sa famille. On lui reprocha surtout des vers adulateurs adressés à Jérôme- Napoléon } mais combien de poètes l'ont précédé et dépassé dans le champ facile et sans bornes delà flatterie I On l'a dépeint ainsi : « Abbé libei^ « tin ; militaire philosophe; diplomate chauson- « nier; émigré patriote; républicain courtisan. • Il y a dans ce portrait satirique beaucoup d'amertume et un peu de vérité.
Lié avec toutes les notabilités du temps, Bouflers a été partout accueilli, aimé et loué. En 1816 il termina paisiblement une vie dont les plus belles années s'étaient écoulées dans les orages politiques et l'exil. Un mot de lui fait son épitapbe :
« Met tmb, j« croU qii« j< don I »
Sa cendre repose à côté de celle de Delille.
Les œuvres de Bouflers ont été recueillies ea 9 vol. in-S». Ces productions nombreuses, variées et souvent si gracieuses, ont cependant perdu beaucoup aujourd'hui de la faveur qu'elles avaient du vivant de l'auteur. C'est sans doute parce qu'elles sont dépouillées pour nous du charme que leur donnaient alors l'è-propos et la nouveauté, et qu'à présent la disposition générale des esprits aux idées sérieuses et graves ne permet phis qu'on s'oocupe, comme autrefois, de ces badinages légers et brillants dont les poésies de Bouflers ofiFrent de charmants modèles. Toutefois, le critique moral et un peu sévère ne peut s'empêcher de condamner dans ses œuvres une liberté , une licence, que l'art ne masque pas et que les charmes de la poésie rendent peut-être encore plus dangereux. Bonnard de Semur a fait le portrait le plus piquant de Bouflers , sou ami, dans une épKre regardée, à juste titre, comme un chef-d'œuvre du genre de poésie qu'ils cultivaient tous deux. J. m LATtiiA.
BOUGAIMVILLE (Lovis-AiiTOiRi m). Presque toutes les nations maritimes de l'Europe pouvaient se vanter d'avoir donné naissance ft des navigateurs dont les découvertes étalent utiles à la fois aux sciences, au commerce et è la civilisation de l'univers. La moitié du xvin* sièele était d^à écoulée que la France ne comptait encore aucun nom célèbre par ses voyages dans le nouveau monde , et cependant plusieurs aventuriers fk^ançals avaient fait le tour du globe.
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mais aucun d'eux n'aTait été guidé par le désir de servir la société tout entière. BougaioTUle se présenta enfin pour relever sa patrie de Tétat d'infériorité où elle éUit à cet égard, et, en 1766, il proposa de diriger une expédition scientifique à la Recherche de mondes nouveaux. Il n'était pas marin. Bans sa Jeunesse, il avait abandonné rétude du droit pour se livrer aux malhématiques, qu'il aimait , et il avait embrassé la carrière militaire. Il servit d'abord comme secrétaire d'ambassade à Londres, ensuite comme aide de camp du maréchal de Montcalm. Il passa au Canada, où il acquit la réputation de brave officier; et, à la paix de 176a, ses services furent récompensés par le grade de colonel et le don de deux pièces de canon. Dès Tannée 1759, il avait publié un Traité du calcul intégral, qui l'avait fait connaître parmi les savants ; mais c'est le voyage qu'il fitautour du globe pendant les années 1766, 1767, 1768 et 1769, et l'excellente relation qu'U en donna, qui ont rendu son nom illustre. La géographie du nouveau monde était alors un tissu d'erreurs; l'immense océan Pacifique n'avait encore été traversé que par un petU nombre de navires, et les premiers navigateurs avaient fait des récits fabuleux sur les terres qu'ils avaient découvertes; quelques-uns plaçaient des lies, de grandes terres, des continenls là où la mer seule couvre le globe ; on devait être continuellement en garde contre les rapports précédents'pour en corriger les fautes. CeKes, il ne fallait pas être animé d'une résolution médiocre pour braver les mortelles inquiétudes d'une navigation dans des mei^ inconnues, où l'on était menacé de toutes parts de la rencontre inopinée de terres et d'écueils, surtout pendant les longues nuits de la zone Torride : c'était à tâtons qu'il fallait cheminer sans cesse; on tremblait toute la nuit si le soir l'horizon nuageux avait semblé annoncer le voisinage de quelque terre; et la disette d'eau et le défaut de vivres auxquels on était alors exposé dans l'état peu avancé de la marine étaient encore de nouvelles causes d'alarme. Sans doute on doit de la reconnaissance à l'homme qui , dans le but d'être utile à son pays, brava tous ces dangers. — La relation de son voyage fut accueillie avec une sorte d'enthousiasme ; elle fut traduite dans presque toutes les langues : le mérite transcendant de cet ouvrage et les circonstances dans lesquelles il parut devaient-en e£Fet lui assurer ce succès. Tous les esprits étaient alors tournés vers ces pays inconnus qui jusque-là semblaient encore un peu imaginaires. BougainviUe en rapportait des détails neufs, précis, curieux, et il les pré-
sentait d'une manière claire, avec l'accent de la vérité, et un style qui charmait. A chaque instant on est frappé du tact particulier qu'il avait pour l'observation. Dès qu'il arrive dans un pays , il l'envisage sous tous les aspects : le elimat,le sol, ses productions, ses habitants, le caractère de la société, tout est peint avec tant de vérité, en traits si saillants , qu'on s'en fait sur-le-champ une représentation vivante. Aujourd'hui même nous lisons avec instruction et un plaisir nouveau les descriptions des pays qu*il a parcourus; alors chacune de ces paroles était un éclair au milieu des ténèbres. — Il fit la géographie du détroit de Magellan aussi exactement que le lui permirent les moyens astronomiques qu'il avait à sa disposition ; il découvrit Olaïti; et les détails qu'il donne sur cette lie sont du plus haut intérêt. Nous ne ferons pas l'énumération de toutes les terres qu'il découvrit ou visita, nous dirons seulement qu'il traversa les nombreux archipels de la mer du Sud, qu'il jeta une grande lumière sur celte partie de la géographie, et qu'il rapporta de toutes ces contrées des documents précieux pour les sciences.— 'En 1770, il fut nommé chef d'escadre et maréchal de camp des armées de terre. En 1790, appelé à commander l'armée navale à Brest, il fit de vains efforts pour rétablir l'ordre au milieu de l'agitation extrême qui régnait alors dans tous les esprits : le peu de succès qu'il obtint le détermina à prendre sa r^ traite, après 40 ans de service. L'empereur le fit asseoir au banc des sénateurs, et l'Institut le compta parmi ses membres. L'année 1811 termina sa longue carrière : il était né à Paris en 1729. Dict. dk la Gonv.
BOUGIE. (Technoiogte.l Cylindre de cire dont l'axe est une mèche de coton et dont on se sert pour réclairage. On appelle bougie filée celle dont la mèche, composée de longs fils de coton, n'est couverte que d'une couche mince de cire, et qui sert soit à porter à la main soit pour faire des veilleuses. La fabrication de celte bougie, plus importante qu'on ne serait porté à le croire, se fait au moyen d'une filière dans laquelle on fait passer l'écheveau de coton, préalablement mouillé de cire fondue, blanche ou jaune. La bougie de table, qui est une véritable cl^ndeile de cire, se fait par des procédés analogues à ceux delà chandelle, c'est-à-dire par le moulage dans des moules en verre ou en fèr-blanc (oo/. Gha.iidillk). On en fait aussi à la cuiller, c'est-à-dire en versant sur des mèches suspendues de la cire fondue, dont on donne plusieurs couches successives, après quoi on les polit en les roulant, molles encore, sur une table de marbre. Sous le
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floih de bougie bâtarde ou chandelle^bougie on connaît une chandelle de suif, revêtue d*une couche plus ou moins épaisse de cire qui Tempéche de couler et maintient au pied de la mèche un bain de suif fondu.
La cherté de la cire a fait de la bougie un objet de luxe ; cependant si Ton observe que la bougie éclaire mieux et dure beaucoup plus longtemps que la chandelle, on sera conduit à reconnaître qu'elle n*est pas beaucoup plus coûteuse. D'ailleurs on en a véritablement diminué le prix depuis qu'on a su allier à la cire les graisses préparées et surtout le blanc de baleine, qui produit ces belles bougies transparentes et blanches comme l'albâtre qu'on peut colorer et parfumer de diverses manières.
Une des choses qu'il importe de considérer principalement dans la fabrication de la bougie, c'est la mèche, qui doit être de coton, médiocrement grosse et tordue pour obtenir une belle lumière. F. Ratier.
BOUGIE. {Chirurgie,)Vetii insirument desdné à guérir les rétrécissements de divers canaux par le moyen de la dilatation. C'est principalement dans le rétrécissement de l'urètre qu*on en fait usage, en y introduisant des bougies dont le volume augmente par degré. Divers corps, tels que la corde à boyau qui se gonfle à Thumidité, de petits cylindres formés d'un tissu enduit de cire, de gomme élastique ou d'huile de lin épaissie par la lilharge, peuvent remplir la même indication. On peut, suivant le besoin, faire varier la composition des bougies de c|re et y incorporer divers médicaments.
Les bougies diffèrent des sondes en ce qu'elles sont pleines, tandis que celles-ci sont creuses; on a fait cependant des bougies creuses, mais sans ouverture à leur petite extrémité. On peut y mettre un mandrin métallique pour leur donner plus de résistance ; on le retire quand elles sont introduites dans le canal, et alors elles n'incommodent pas le malade.
On nomme bougie amiée celle qui porte à son extrémité quelque substance caustique pour agir sur les parois de l'urètre. La bougie exploratrice porte à son extrémité, un peu de cire à mouler, destinée à prendre l'empreinte des rétrécissements urétraux.
La fabrication des bougies de cire consiste à tremper dans un mélange de cire et de résine de petits morceaux de toile triangulaires qu'on roule ensuite sur une surface polie. On en fait de très-bonnes et très-économiques en coupant des bouts de bougie filée longs de 9 à 10 pouces, qu'on roule sur une surface polie et qu'on éga-
lise aux deux bouts. Les bougies de gomtne élâitique sont des cylindres d'un tissu de soie qu'on monte sur un mandrin et qu'on enduit de plusieurs couches d'une dissolution de caoutchouc. F. KàTIBR.
BOUHIEE (Jsan), présidente mortier at» parlement de Bourgogne et membre de l'Académie française, naquit à Dijon en 1673, au sein d'one famille de la robe, et mourut en 1746. Parmi ses ouvrages très-volumineux on estime surtout les Coutumes générales du duché de Bourgogne, 1742,2 vol. in-fbl.; la plupart sont relatifs à la jurisprudence, mais il en a publié aussi un grand nombre sur des sujets de littérature. « Ce fut un savant du premier ordre, a dit l'abbé d'OUvet, mais un savant poli, modeste, utile à ses amis, à sa patrie, à lui-même. » S.
BOUHOURS (DomiTiQus), jésuite, naquit à Paris en 1628 ; il y fit ses études et enseigna les humanités au collège où il les avait étudiées. De grands maux de tête, auxquels il fut sujet toute sa vie, obligèrent les jésuites à lui retirer l'emploi de régent pour lui faire embrasser un autre genre d'étude. On le mit en théologie : il s'y distingua par ses succès, comme il avait fait dans lès humanités. On l'envoya, au bout de 4 ans, enseigner la rhétorique à Tours. Le P. Bouhours fit là des pièces latines qui commencèrent à le faire connaître. Il s'appliqua particulièrement à la langue française et devint un des plus célèbres grammairiens de son temps. Appelé ensuite à faire l'éducation des deux jeunes princes de LongueviUe, il sut mériter toute la confiance du père et l'attachement de ses deux élèves. Le comte de Saint- Paul, l'un d'eux, avant de partir pour la campagne où il fut tué, confia au P. Bouhours le secret de la négociation qui avait pour but de le faire élire roi de Pologne, et il lui fit promettre qu'en cas de succès il l'accompagnerait dans ce royaume. Le duc de LongueviUe étant mort, le P. Bouhours publia une relation des derniers moments de ce prince; ce fut son premier ouvrage, qui fut bientôt suivi de plusieurs autres. La cour ayant demandé deux jésuites qui pussent inspirer aux Dunkerquois des manières et un esprit français, le P. Bouhours fut choisi pour ce sujet. Au milieu de ses fonctions de missionnaire auprès de la garnison il sut trouver du temps pour cultiver les lettres. Ce fut à Dunkerque qu'il composa ses Entretiens d'Jriste et d'Eugène, Le P. Bouhours revint à Paris pour faire l'éducation da mafquis de Seignelay, fils de Colbert; il y publia successivement ses Remarques et ses Doutes sur la langue française ; ses Dialogues sur la manière de penser dans les ouvrages d'esprit;
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Vttiitaire du grandmaitre d'jéubuêêon; la f^ie de saint Ignace, celle de saint FrançoiS'Xavier, celle de ilf«« de Belle fonds,]3L Traduction du Nouveau Testament, etc. Dans tous ces différents ouvrages on loua, de son temps, la correction et rélégance du style, la justesse et la finesse des pensées. On n^en juge pas tout à fait de même aujourd'hui; mais on lui reconnaît pourtant le mérite d'avoir servi utilement la langue et le goût. Le P. Bouhours mourut à Paris, au collège de Louis le Grand, en 1702. Th . Belbarb.
BOUILLE (Fbançois-Claudb-Amoub, marquis db) naquit en 17S9, au château du Cluzel, en Auvergne, province où ses ancêtres étaient établis depuis le xi« siècle. Connu par ses campagnes en Amérique, mais plus encore par le rôle qu*il a joué sous PAssemblée constituante où il se distingua par sa fermeté à contenir Tindiscipline militaire, il dompta Tinsurrection de Nancy, et se dévoua inutilement pour assurer la fuite de Louis XVI arrêté à Yarennes. Il a laissé sur cette période de sa vie, jusqu'à la dissolution du corps des émigrés de Condé, des Mémoires qui suffiraient pour établir la réputation d'un homme habile et loyal.
Dès sa 17« année, capitaine de dragons. Bouille décidait en Allemagne le succès du combat de Grumberg, à la tète de l'avant-garde, et, chargé de porter à Louis XY la nouvelle et les gages du succès, il ne répondait aux questions du monarque qu^en vantant les actions des autres. « Messieurs, dit le roi à ceux qui l'entouraient, il est le seul dont il ne parle pas, et cependant il a pris des canons et des drapeaux.» Gouverneur delà Guadeloupe à 28 ans, il s'appliqua sans relâche, au sein de la paix, à reconnaître les points vulnérables des possessions anglaises qui l'avoisinaient; et quand la guerre éclata en 1778, à l'occasion de l'indépendance américaine, nonseulement il conserva à la France ses possessions dans les. Antilles menacées en l'absence de la flotte qui protégeait le siège dTork en Virginie, mais il enleva successivement sept lies aux Anglais. Quand, après la paix de 1783, il fit le voyage de Londres, les négociants anglais, rendant hommage à l'humanité et à la générosité dont il n'avait cessé de faire preuve, voulurent lui montrer leur reconnaissance par de riches présents : il n'accepta du commerce de Londres qu'une épée et une plaque du Saint-Esprit en acier, et des négociants de Glascow qu'une paire de pistolets. La reine d'Angleterre lui dit à cette occasion : « M. le marquis, il faut que vous ayez bien du mérite pour vous faire tant estimer de ceux dont vous vous étiez si longtemps fait craindre. » S
Dès son retour d'Amérique il avait reçu le grade de lieutenant général avec le collier des ordres du roi, et sous l'Assemblée constituante, à son commandement des trois évèchés on joignit celui de l'Alsace et de la Franche-Comté. Tourmenté par des querelles avec la municipalité de Metz et dénoncé à l'Assemblée par le club patriotique, il avait résolu de sortir du royaume. Les lettres de la Fayette, et surtout celles de Louis XVI, qui le regardait comme un de ses principaux appuis, le détournèrent de cette résolution. Il prêta en 1790 serment à la constitutiou qu'il désapprouvait comme ayant paralysé le pouvoir exécutif. Un mouvement général d'insurrection ébranlait alors les régiments qui s'emparaient de leurs caisses et s'en distribuaient l'argent. A Metz, l'un de ceux de Bouille avait pris les armes dans cette intention. Il était en bataille, les fusils chargés, et avait exigé des officiers qu'ils prissent leurs places ordinaires dans les rangs. « Nous voulons de l'argent, » crient-ils d'une voix unanime. Bouille, voyant qu'ils .marchaient à la caisse , se place avec les officiers, l'épée à la main, devant la porte de la maison où elle était. Pendant deux heures il resta dans cette position ; les autres corps de la garnison refusaient de le secourir. Les grenadiers, placés devant lui en bataille et gardant le silence, n'osaient forcer la porte; quelquesuns, excités par des hommes du peuple, le mirent en joue à plusieurs reprises; mais les bas-officiers relevèrent leurs armes. Enfin la munipalité en corps vint le tirer d'embarras, effrayée des suites que pouvait avoir la licence de 10,000 soldats , et les gardes nationaux lui ofi^rirent leurs services. Ce fut alors qu'on le chargea de mettre à exécution le décret qui punissait la révolte de la garnison de Nancy. Là, les caisses avaient été pillées, les officiers battus, blessés, emprisonnés, le général mis au cachot, les officiers municipaux menacés d'être pendus s'ils ne donnaient de l'argent, et les décrets de l'Assemblée constituante brûlés avec mépris. Avec la populace armée, 10,000 hommes et 18 pièces de canon soutenaient cette révolte. M. de Bouille n'avait pu réunir que 3,000 hommes d'infanterie, de garde nationale et de ligne. Entraîné malgré lui à entrer de vive force, il perdit en peu d'instants 400 soldats et 40 officiers; mais en négociant avec adresse et fermeté et en payant de sa personne, il parvint à étouffer la sédition. L'Assemblée constituante lui vota des remerclments. Depuis , toujours en butte aux attaques, il correspondit pendant 8 mois avec Louis XVI, sur le projet qu'avait ce prince de se
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retirer dans arie ville frontière, et 11 éehelattna sur la route de Ghâlone à Motitmédy divers détacbemeDtfl qui devaient protéger aon passage. Un retard de 24 heures dans le départ du roi, qui eut lieu le 90 au lieu du 19 juin 1791, et un oubli imputé par le marquis de Bouille au duc de Choiseul, firent arrêter Louis XVI à Tarennes. Bouille, arrivé deux heures trop tard pour le délivrer, passa le même Jour chez Tétranger. U avait amené rimpératrice Catherine II à promettre 80,000 hommes qui, sous le commandement du roi de Suède et sous le sien , devaient entrer en France. Ce projet ne reçut pas d^exécution. Eetiré en Angleterre, il y mourut en
Bouille (Louii^Joseph-Amour, marquis bb), lieutenant général, ofiSder de la Légion d*honneur et chevalier de Saint-Louis , fils aine du précédent, est né en 1769. Arrivé successivement au grade de lleutenant*colonel avant sa âl« année, il fut chargé, comme aide de camp de son père, de la négociation et de la correspondance en chiffres que Louis XYI entretenait avec lui pour disposai sa fuite à Wontmédy. Émigré avec son père il ne rentra en France qu*en ISOâ et prit du service dans les armées françaises en 1806. Au milieu d'une foule d'actions qui ont éta1>li sa réputation de valeur et de capacité, il fut cité dans le rapport du général en chef comme ayant rendu d'éminents services à la bataille d*Aimonaeid. L'afifoibllssement de sa vue le força à quit* ter Tannée en 1819. Outre la relation dont nous avons perlé, le marquis de Bouille a publiés autres ouvrages : 1* yie privée et militaire du prince Henri de Pruese, in-S», 1809; 3* Peneéeê et réfleMÙmê meraUe etpclUiquee dédiéee à tnon file, 1896, 3o Commentaires sur le Traité du Prinùe de Machiavel et $ur l'Anti^Machi»vel de Frédéric JI, 1 voL in-8*, 1897. M« de Bouiné a été dame du palait de rimpératrice Xarie-Loulse. Dbrom.
BOUILLEims (TOtAVx). Dans oes derniers temps, les oonstructeurs de machines à feu ont remplacé souvent les chaudières dans lesquelles se produit la vapeur par un système de petits tuyaux qu'ils appellent bouilleurs. Pour s'en faire une idée , il faut se figurer un gril formé de canons de fusil communiquant entre eux par leurs extrémités^ si on les remplit d'eau et que Ton place du feu dessous, le liquide passera plutôt à rétat de vapeur que s'il était contenu dans une chaudière « attendu que les surfaces chauffantes seront plus multipliées. On fait aussi des bouilleurs d'un seul tuyau contourné en hélice, spirale, etc. Les remorqueurs qui roulent sur les
chemins de 1er ou d^autras machines à vapeur sont alimentées par des systèmes de tuyaux bouil^ leurs. Foy. Vapkur (Machines à). X.
BOUILLON (iiM), produit de la décoction des substances animales dans Tean. On dit bouillon de veau , de poulet, de (grenouilles, de colimaçons, et quoique dise également boQlllond1le^ bes, le mot bouiltom, lorsqu'il est seul, exprine toujours le bottillon de bœuf, le produit du potau-feu. On le prépare en mettant dans l'eau froide de la viande de bœuf, dans la proportion d'une livre pour deux livres d*eau, et en la soumettant à l'ébullition. On enlève l'écume et on ajoute da sel, des plantes potagères destinées à aromatiser le bouillon, des olgbons brûlés pour lui donner une belle couleur, et on laisse le tout bouillir très-doucement pendant plusieurs heures.
L'énorme consommation de bouillon qui se tait partout a dû faire chercher les moyens économiques. On avait depuis longtemps remarfoé que les os faisaient du bon bouillon, lorsque la chimie moderne démontra positivement Texistence de la gélatine dans oes organes et monlia les moyens de l'en extraire. M. Darcet a préparé en grand le bouillon avec de la gélatine purej mais surtout il a prouvé que l'on peut écoaoaiiser les trois quarts de la viande et la rempla* cer par de hi gélatine. Ainsi 100 livres de viande donnant 50 livres de bouilli et 100 litres de bouillon, avec 35 livres de viande et 8 livres de gélatine, on a 100 litres de bouillon et 13 livres de bouilli seulement. Ces procédés sont appliqués avec le plus grand succès dans les grands établissements , et ne sent pas mofais susceptiblei de l'être dans les ménages.
Bouillon hollandais. Il s'est formé depais 6 ans à Paris , sous le titre de Compagnie hol' landaise^ un établissement qui a pris une grande extension et qui a pour objet la ftibricationette débit du bouillon et du bouilli.
Les ouvriers et les petits ménages éprouvettt le bienfdt de cet établissement, qui procure nat économie inèsleulable de temps et de combustible , et plus d'une grande SBaison n'a pas dédaigné d'y avoir recours. F. BATiia.
BOUILLON (wecmk ai). Cette seigneurie qui a donnée ses possesseurs le rang, contesté toutefois , de souverains , empruntait son titre à It petite ville de ce nom comprise dans le duehé de Luxembourg. La ville n'avait été eUe-mlBN primitivement qu'un château situé sur un rocher escarpé dont les abords difficiles en eûsaient la principale foroe. Compris dans la Germanie Inférieure sous les Romains et dans le royaosM d'Austraiie sous les rois francs, le pays environ-
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liant forma, ious la seconde Taoe, une seigneurie détachée du comté ou de la Marche d*AN dennes ; au xf siècle il était une dépendance du duché de Lothiers ou de basse Lorraine, et le château arait assez aUmportance pour mériter de donner son nom au prince investi du duché et depuis devenu si illustre dans Thistoire des croisades, sous le nom de GOdefroy de Bouillon (voX' Tarticle suivant)* La seigneurie passa alors en d^autres mains; car Godefroy, pressé par le besoin de fonds pour Sa célèbre expédition , la vendit ou rengagea, poar une somme de 7,000 marcs d^argent, à Tévèque de Liège Otbert qui la transmit à ses successeurs dans le même 4ûége. L'érèque devint ainsi seigneur de Bouillon. Su 1489 Guillaume de la Harck, s*étant rendu maître de Liège après avoir tué Tévèque Louis de Bourbon, contraignit le chapitre à nommer Bobert de la Harck, son frère, gouverneur du duché , qu*il se fit hypothéquer à luimême Tannée suivante pour une sommlb de 80,000 liv. quMl prétendait lui être due par Téglise de Liège. Il est le seigneur devenu célèbre par ses dévastations et ses actes de férocité, sous le nom de Sanglier des Ardennes {v<^. ik MAMCK). C'est de lui qu'on rapporte qu'il avait en grande vénération une image de sainte Harguérite fbulant aux pieds le diable sous la forme d'un dragon et tenant un cierge, ainsi que le dragon avec celte devise : SiDieiê nemewutaider^ Satan ne me êaurait manquer, Robert II, fils de Robert !•% lui succéda dans le gouvernement du duché. Son fils Bobert III servit avec glplre dans les armées françaises. Il est connu sous le titre de maréchal de Fleuranges et a laissé des Hémoires intéressants. Robert IV, fils de celuici, obtint aussi le titre de maréchal et en France le rang de duc, que conservèrent ses descendants, quoique momentanément privés par diverses vicissitudes de la possession du duché. Bn 1691 l'alliance de Chariotte de la Harck, héritière de Bouillon , avec Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, fit passer le duché à cette ancienne maison qui l'a conservé jusqu'à la révolution française. Fqt. plus bas.
Il y avait autrefois à BouUlon un gouverneur, un commandant pour le roi au château, et une cour souveraine dont les appels élalent portés devant un conseil souverain établi à Paris par les dues qui avaient fait de cette ville leur résidence habituelle. On donnait au duché de 8 à 9 lieues carrées d'étendue. Le chAteau de Bouillon bftti, comme on vient de le dire, sur un roc très-escarpé, et fort élevé au pied duquel coule la Semois, a soutenu un siège mémorable en
1158. Le maréchal de Créqui s'en rendit maître en 1677. Le duché de Bouillon fut réuni à la république française le 1«' octobre 1794, et la ville avec seixe communes -fut comprise dans le déparlement de$ Ardennee. Le pays a été compris en 1814 dans le royaume des Pays-Bas; la ville fut assiégée par les troupes alliées en 1815| les habitants remirent en 1830 la ville et le chftteau, restauré depuis 1827, au gouvernement belge. On compte dans la ville actuelle 2,500 habitants. , P. A. DÈADDÉ.
BOUILLON (GoDirioT ou JorriOT db). En choisissant Godefroy de Bouillon pour héros^e la Jérusalem délivrée ^ le Tasse a fait preuve d'un grand tact historique et moral, sans nuire au charme poétique de son immortelle composition. Godefroy est en effet le pivot, le point central, le représentant le plus pur de la première croisade ; en lui se résument les motiâi nobles et généreux qui poussèrent à ces lointaines expéditions :
MoUo «gli oprè eolstnnù • «oll^ mmiio t MoltotoXfri lul gloriaso aequisto*,,,,
A la fois brave et intelligent, pieux et énergique, résigné et plein de ressources, guerrier chrétien en un mot, il s'élève de toute la hauteur d'un caractère sans tache au-dessus de ses compa* gnons, qui ont légué, comme lui, leur nom à rhlstolre et à la poésie, sans répondre comme lui à l'idéale perfection que la postérité aimerait à prêter à tous les eroisés.
Halheureusement nous possédons peu de données sur l'enfance et la jeunesse de Godefroy. Nous y trouverions sans doute l'explication de cette heureuse fusion de qualités qui d'ordinaire sen^lent s'exclure. Il naquit en 1061, au village deBaisy, près de Nivelles en Brabant; il était fils d'Eustache II, comte de Boulogne, et dlde de Bouillon, qui fiit canonisée dans la suite. Quoique adopté par son oncle maternel Godefroy le Bo8su,duc de basse Lorraine, il n'entra point, à la mort de son père adopUf, en jouissance pleine et immédiate de son duché. L'empereur Henri lY, par un acte d'autorité, donna la basse Lorraineà son fils Conrad, et réduisit le légitime héritier aux biens allodiaux. Sans colère , sans rancune, Godefroy, alors âgé de 15 ans, se soumit à la volonté de son seigneur suxerain; mais lorsque le comte Albert de Namur vint l'attaquer dans le reste de ses possessions, il sut bien prouver que son obéissance n'avait point été le résultat de la faiblesse : il provoqua son spolia-
I H «ppll^ «a grand mnrt et m inaid et ton toteillgence; U «dwa bctacoap de toaRniiect dam m glortcMe entrepriM.
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leur en duel Judiciaire , le désarma, quoique sa propre épée se fût brisée dans ses mains, et lui donna généreusement la vie. Ce ne fut qu'en 1087 que Henri IV rétrocéda à Godefroy tous ses biens de Lorraine, peut-être pour le récompenser de rassistance fidèle qu'il en avait reçue, et contre Rodolphe de Souabe , à la bataille de 1*£1ster, et contre le pape, au sac de Home (1083).
Mais le repentir d'avoir porté les armes contre le chef de l'Église et les terreurs d'une maladie mortelle avaient déjà opéré une merveilleuse révolution dans l'âme du Jeune chevalier. Sa vie, ses forces , ses biens , il avait fait vœu de les consacrer à la délivrance de la terre sainte; sans renoncer au monde, il abjura d'avance ses plaisirs ; sans se faire moine, il vécut dans une absolue chasteté ; et lorsque le pape Urbain II, excité par Pierre l'Ermite , somma la chrétienté de marcher contre les infidèles, lorsque le cri de Dieu le veut! Dieu le veut! retentit dans la foule assemblée au concile de^iermont, l'âme chrétienne de Godefroy était déjà toute disposée à la sainte croisade, et le symbole de cette entreprise, fixé sur son manteau, n'ajoutait plus rien aux pieuses résolutions de son cœur.
Pour faire face aux frais d'équipement, il mit en gage tous ses biens, jusqu'à son château de Bouillon ; et levant sa bannière le 15 août 1096, des bords de la Meuse il se mit en marche avec ses deux frères , Eustache et Baudouin, et bon nombre de chevaliers belges, français et. allemands, attirés à lui |)ar sa haute position, sa renommée guerrière et ses nobles qualités. Il arriva sans encombre, après avoir traversé l'Allemagne et la Hongrie, sous les murs de Ck>nstantinople. Avant lui plusieurs hordes d'aventuriers avaient suivi à peu près la même roi^te; mais elles avaient toujours succombé victimes de leurs imprudences et de leurs excès.
A Byxance Godefroy fût en butte, comme les autres croisés, à la ruse et aux intrigues d'Alexis Comnène , qui cherchait à a£fomer les armées d'Occident , à s'emparer de leurs chefe , à les transformer en vassaux; mais opposant aux caresses et aux promesses astucieuses de l'empereur grec une résistance franche et énergique, il sut lui inspirer tant de respect et de crainte qu'Alexis ^nit par l'adopter comme fils et par confier l'empire à sa protection.
Ce n'était là que le premier chaînon d'une immense série de difficultés. A peine les croisés, réunis à Byxance, après avoir suivi Jusque-là sous divers chefs, trois ou quatre routes, eurentils passé ensemble le détroit, qu'on sentit le besoin de mettre de l'union dans toutes ces vo-
lontés divergentes. Jusque-là, le conseil des chef^ avait été républicain, bientôt l'influence de Godefroy devint prédominante ; son caractère à la fois ferme et bienveillant, la pureté de ses intentions devaient lui asstirer un ascendant marqué : aussi l'a-t-on appelé, avec quelque raison, VJgamefnnon des croisés. Au siège de Nicée, principal boulevard des Seldjoukides, Godefroy donna plus d'une preuve de sa valeur personnelle : il abattit entre autres, de sa main un Turc gigantesque qui du haut des murs de la ville ennemie accablait les chrétiens de projectiles meurtriers, de railleries et d'injures.
A peine Nicée, après un siège de sept semaines (1097), fut-elle tombée entre les mains des chrétiens, que Eilidge-Arslan, le sultan des Seldjoukides, surprit dans la vallée de Dorylée un fort détachement de croisés, conduits par Bohémond, le Normand, prince de Tarente. GodefMy sauva ses amis et dispersa l'armée des Turcs. Dès ce moment toute l'Asie Mineure s'ouvrait devant les croisés; ils ne rencontraient plus d'autres obstacles que l'inclémence d'un ciel brûlant et le manque de sources sur les vastes plateaux qu'ils avaient à traverser.
Au siège mémorable d'Antioche (1097-1098) d*a£Freuses misères et des faits presque fabuleux partagent l'attention des historiens de la première croisade. C'était une lutte Journalière avec la faim, l'indiscipline, les Turcs nombreux de la garnison, Jusqu'à ce que Bohémond, par des intrigues, parvint à s'emparer de la ville. Mais peu de Jours plus tard les chrétiens furent assiégés à leur tour par le prince Eorboga de Mosul, et une nouvelle série d'incroyables tourments commença pour eux. Une affreuse disette réduisit même les chefs aux abois. Godefroy fut obligé de vendre jusqu'à son cheval de bataille ; il partageait sa modique pitance de pain avec son ami Henri de Hache et un preux chevalier allemand. D^à dans le conseil on avait mis en délibération s'il ne valait pas mieux quitter furtivement Antioche et abandonner la plèbe des croisés à leur malheureux sort : Godefroy, plein de confiance en Bien et bouillant de générosité, déclara que Jamais il ne souscrirait à une pareille lâcheté. tJn miracle ranima le courage défaillant des chrétiens. La lance qui avait percé le flanc du Sauveur fut déterrée après une vision apparue à Pun des croisés. Dans une grande bataille livrée immédiatement après sous les murs de la ville (le 28 Juin 1098), l'armée de Korboga tut presque anéantie et Antioche respira.
Ce n'était pourtant point le terme de tant de maux. La peste, compagne des privations, des
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fatigues et des excès, se mit dans Tannée des croisés. Godefroy eut la douleur de yoir mourir à ses côtés son ami Henri de Hache. Son cœur avait besoin de cette amitié, passion pure des grandes âmes; il s'unit depuis étroitement à Tancrède, prince de Salerne, modèle de toutes les vertus chevaleresques.
Pendant Pinaction de Thiver de 1098 à 1099 Godefroy fit des courses contre le sultan d'Alep, pour assurer à son frère Baudouin la possession d*Édesse, dont celui-ci venait de s*emparer. Enfin, en Janvier 1099, Tarmée chrétienne s*ébranla pour arriver devant Jérusalem.
Jérusalem , par sa position sur des hauteurs abruptes, sa double enceinte de murs, sa garnison plus nombreuse qpe Tarmée des chrétiens, devait paraître invincible ; mais les calculs de la prudence disparurent devant le zèle des croisés. Au cinquième jour du siège déjà ils s*emparèrent du mur extérieur; puis les échelles et les machines manquant pour forcer le mur principal, il fallait bien se résigner à un siège en règle. Pendant 85 jours les croisés éprouvèrent Tinfluence désastreuse d'un ciel brûhint, d'un pays désert et d'un ennemi acharné.
Au moment décisif de l'assaut , Godefroy de Bouillon, qui s'était posté sur le Calvaire, fit approcher des murs une tour artificiellement construite : un pont-levis s'abat sur les créneaux; le duc Godefroy passe , Eustache et les siens le suivent. Simultanément d'autres chevaliers s'étaient précipités sur la porte Saint-Étienne. Godefroy l'ouvre à ses amis ; de toutes parts les chréUens pénètrent dans la ville (15 juillet 1099), et le massacre des infidèles commence. 10,000 fuyards entassés dans la mosquée d'Omar sont égorgés ; le sang ruisselle jusqu'à la cheville des chrétiens, qui dans leur lèle aveugle écrasent des enfants contre les murs. Hais Godefroy s'arrache à ces scènes de carnage; sans armes, pieds nus, en robe de pénitent, il s'agenouille devant le saint sépulcre, et, par son exemple, entraîne ces bandes sauvages, enivrées de sang ; elles se rangent en longues files, et vont s'humilier dans l'église de la Résurrection.
La but était atteint; il s'agissait maintenant de pourvoir au sort futur de Jérusalem, il fallait un roi. Robert duc de Normandie, Raymond comte de Toulouse, pouvaient aussi bien que le duc de Lorraine prétendre à la couronne. Le 35 juillet Godefroy fut élu unanimement par les princes ses collègues roide Jérusalem, 11 refusa ce titre pompeux, n^adoptantque celui de baron et protecteur' du saint sépulcre. Par une modestie aussi bien placée, il n'accepta ni Tonction,
ni la couroniffe d'or, dans une ville où le roi des rois avait parlé la couronne d'épines.
Sur ces entrefaites l'armée égyptienne s'approchait de Jérusalem. Par la bataille d'Ascalon, livrée le là août, la ville sainte fut sauvée, et la supériorité des armes chrétiennes constatée pour longtemps. Beaucoup de croisés cependant, saisis du mal du pays, retournèrent chez eux. Godefroy, réduit à un petit nombre d'hommes, à peu de ressources, se mit à organiser courageusement son royaume. A la place du despotisme turc il fallait créer un État feudataire, distribuer des fiefs, régulariser l'armée, adapter les lois organiques à la localité de la Palestine. Cette tâche immense fut remplie en moins d'un au, et la compilation des Assises de Jérusalem (voy,) ou des Lettres du saint sépulcre donna au jeune État un code complet, qui embrassait toutes les relations de la vie politique et civile.
Les garnisons musulmanes, qui occupaient encore bon nombre de châteaux et de bourgades, furent expulsées; la bravoure et la vertu du nouveau souverain forcèrent les infidèles à une admiration sincère; sa parole faisait loi dans les deux camps. Tant de simplicité unie à tant de noblesse et de grandeur étonnait les Orientaux.
Au^retour d'une expédition du côté de Damas, Godefroy tomba malade à JafiGa, épuisé de fatigues, disent les uns, et d'après une autre version empoisonné par une pomme de cèdre que lui présenta l'émir de Césarée.ll put à peine atteindre Jérusalem. Après cinq semaines de souffrances, il expira le 18 juillet 1100. Son corps fût déposé dans l'enceinte du Calvaire.
Sans doute Godefh>y avait partagé les préjugés et les faiblesses , mais non les vices de ses contemporains. Son caractère à la fois digne et humble se trouve tout entier dans la réponse qu'il fit à quelques députés d'une peuplade du Liban, qui lui avaient manifesté quelque étonnement en le trouvant assis sur un sac de paille. « La terre, dit-il, doit être le siège des hommes pendant leur vie, puisqu'elle leur sert de sépulture après leur mort. » L. Spagh.
BOUILLON (Robert db Là HARCR, duc db), maréchal de France, descendait de Guillaume de la Marck qui, sous le règne de Louis XI, reçut le surnom de Sanglier des A rdennes, Robert avait d'abord été connu sous le nom de seigneur de Pleuranges; il fût ensuite appelé maréchal de la Marck, et enfin maréchal de Bouillon. Sa faveur à la cour de France fut rapide depuis qu'il eut épousé une fille de la duchesse de Yalentinois* 11 fut fait successivement chevalier de l'ordre du roi, capitaine de 50 lances, capitaine des
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Cent-8ui8ses de la garde, maréchal de France, et membre du conseil royal en 1547. En 1550, il fut nommé , avec le duc de Nemours , pour aUer remplir à Rome Pambassade d*obédience au nouveau pape Jules III. Charles* Quint s^était emparé depuis 30 ans de tout le territoire du duché de Bouillon, et en avait gratifié Tévèque de Liège. Le maréchal qui venait de conciourir à la prise de Betx (1553), obtint la permiuion d*em* ployer une partie de Tarmée à reconquérir ses anciens États, et cette eutr^rise eut un plein succès ; alors le roi lui accorda le rang de due en France, et le nomma son lieutenant général en Normandie. Il fut chargé, en 1553, de défendre la vieille place d*Hesdin contre Tarmée impériale, que commandait Philibert , duc de Savoie. Sous les ordres du maréchal se placèrent Horace Far^ nèse, gendre du roi, et un grand nombre d*iilustres volontaires des maisons de Lusignan, d*Amboise, de Dampierre, etc.; mais après une résistance héroïque, pendant laquelle le maréchal travaillait lui-même à réparer les brèches, A élever de nouveaux retranchements, il fut instruit que la mine avait été conduite sous la citadelle et que celle-ci allait sauter avec la ville, ses habitants et la garnison. Il fallut donc songer à capituler; mais tandis qu'on réglait les conditions du traité les mines jouèrent, et la place ne fut bientôt qu'un monceau de décombres* Horace Farnèse et une foule de seigneurs péri*rent; Hesdin disparut, et la nouvelle ville de ce nom fut rebâtie à une lieue de Tancienne.
Le maréchal de BQuillon , conduit prisonnier au fort de T^luse, resta pendant plusieurs années enfermé dans un cachot , où il fut pressé, par toutes sortes de mauvais traitements, d'abandonner le service du roi, de céder à Philippe II la place de Sedan, et d Tévèque de Liège son château de Bottillon. Enfin, en 1556, sa rançon fut Ané^ à cent mille écus, somme alors si considérable qu'il fallut, pour se^la procurer, que le duc vendit ou engageât une partie de $e$ États; et pour trouver des acquéreurs il avait besoin d'être libre. Sa femme et sa Bile n*bésitèrent pas à venir se constituer. prisonnières â sa place. A ce prix le maréchal eut sa liberté; mais à peine avait-il touché le sol de la France qu'il expira dans de violentes convulsions, et les médecins déclarèrent qq'il était mort empoisonné. VlUBHiVH.
BOUILLON (HfCNB^ ps U TOUB n'AUVE^GNlC, duc ai), maréchal (le France, né en 1555, fMt connu, pendant 36 ans, sous le litre de vicomte de Turenne, c'est-â-dire Jusqu*en 1591, époque où il épousa Charlotte de la Marck, héritière du
duché de Bouillon et des sooverainetéi 4^ Sedan et de Eaucourt. Le connétable de Montmorency, son grand-père, se chargea de son éducation. Dans sa longue carrière militaire et politique il parut mettre plus d'une fois le devoir au service de son ambition. On le vit souvent changer de parti. Il s'attacha au duo d'Anjou, puis au duo d'Alençon , embrassa le calvinisme et devint un des plus zélés partisans de la réforme. Son absence de la cour et la puissance des Montmorency le sauvèrent du mjsissaere de la Saint-Bar-i thélemy. Charles IX lui donna, en 1573, une compagnie de ^0 lances de ses ordonnances, qu'il conduisit au siège de la Rochelle. Il refusa de suivre le duc d'Anjou en Pologne. Bientôt il se joint aux mécontents ; l'ordre est donné de l'arrêter et de saisir la vicomte de Turenne. H publie des manifestes, livre des43ombats aux troupes royales, est nommé par les mécontents lieutenant général de Guienne, embrasse le parti du roi de Navarre, s'empare du bas Limousin, assiste à l'assemblée générale des calvinistes à Montauban , est nommé lieutenant général dea armées du roi de Navarre, tient à Castres une assemblée générale de son gouvernement, lève des troupes , est blessé dans plusieurs oombats et duels, assiste à plusieurs conférences, prend part â plusieurs négociations, livre de nouveaux combats, met en fuite les troupes d|i duc de Mercœur, se distingue à la bataille de Coutraa, travaille dans la Rochelle aux règlements politiques pour le maintien de la religion calviniste, justifie dans son parti la conduite de Henri de Nn* varre, devenu roi de France. Il approuve le changement de religion du monarque et lui con<seilie de pousser avec vigueur le siège de Paris^ il est envoyé à Londres, auprès de la reine £iisabeth. Il négocie en Hollande et en Allemagne auprès des princes protestants, et amène éo France une puissante armée.
Le jour même où il époufa l'héritière de Bouillon et de Sedan il prit la ville de Stenay ; il fut fait maréchal de France la même année (1591). Bientôt il perdit sa femme, qui, par son testament, le fit héritier de tous ses biens; pe« de temps après il épousa en secondes noœs Elisabeth de Nassau « sœur de Maurice, fille de GuilUume, prince d'Orange, et de Charlotte de Bourbon.
Dans un second voyage qu^il fit en Angleterre et en Hollande il conclut avec Elisabeth et avec les états généreux deux traités d'alliance offensive et défensive contre l'Espagne; il contribua à faire réussir le mariage de Henri IV avec Marie de Médicis. Cependant la ville de Sedan était
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deyeDue daqi le Nord de la Franoe comme le chef-lieu des oalvioigtes mécontents. Bientôt lei affaires de religion et la contluration de Biron brouillôrent le maréchal ayec le roi, qui donna Tordre de Tarrêter, et il se retira à Genève. Elisabeth d^Angleterre fit tous sm efforts pour le justifier dans Tesprit de Henri lY) le maréchal publia lui-même son apologie et se rendit auprès de rélecteup palatin, son beau-frère, qui sollicita fortement le roi en sa faveur. Henri lui ordonna de se rendre à la cour dans deux mois, pour tout délai, sous peiné d^ètre traité comme un sujet flésobéissant : c*était en 1603. Le maréchal de Bouillon était prévenu d^avoir trempé daus la conspiration de Biron, et Biron avait été décapité dans la cour de la Bastille. Le maréchal n*osait obéir; la mort d*Élisabeth raCTèrmit dans la résolution de ne point paraître devant le roi, et il se retira à Sedan. Les Suisses sollicitèrent vainement en sa faveur; Jacques l^ d'Angleterre lui conseilla de se soumettre. Il négocia son accommodement par Tentremise de la reine : il demanda pardon de tout le passé et rentra dans les bonnes grâces du roi ; mais il lui en coûta la ville et le château de Sedan, que cependant Henri lY nfi tarda guère â lui rendre.
Après la fin tragique de ce roi. Bouillon abandonna le dessein de se rendre chef des calvinistes en France. Il entra au conseil de régence, travailla â abaisser Tautorité de la reine, se réconcilia avec elle , rechercha Tamitié du maréchal d'Ancre, lui vendit sa charge de premier gentilhomme de la chambre du roi, engagea le prince de Condé et les ministres à faire disgracier Sully, parut dans plusieurs assemblées de calvinistes, ne put obtenir la présidence de rassemblée de Saumur, où ses propositions furent d'abord mal accueillies; il décida enfin cette assemblée à reconnaître Tautorité de la reine , et la reine fit don au maréchal de Phôtel de Bouillon, liais cette princesse lui ayant refusé le gouvernement de Poitou, il s*unit avec les princes et les seigneurs mécontents, se retira â Sedan, fit encore la paix avec la reine, fut envoyé ambassadeur extraordinaire â Londres, y conclut le mariage de la princesse d'Angleterre avec l'électeur palatin, son neveu, et ce mariage le rendit suspect à la cour. Cependant il y reparut avec son influence sur l'esprit de la reine, fit congédier les ministres, et ne put empêcher leur rappel. Il se retira encore â Sedan. Bientôt il engagea le prince de Condé et la plupart des grands â prendre les armes avec les calvinistes, et bientôt encore il fit sa paix avec la reine; mais il ne tarda pas à fôrmçr un parti contre elle, pour
obtenir que le parlement se déclarât en feveur du prinoe de Condé. Il adressa, de Sedan, un manifeste au président Jeannin* Bientôt il prit le commandement de l'armée calviniste du prince de Condé, et peu de temps après il négocia la paix, la oondui et revint â la cour. Alors il se jeta dans d# nouvelles Intrigues i il voulut perdre le maréchal d'Ancre, dont il avait favorisé, l'élévation. Il proposa de faire arrêter le duc de Guiae; il porta le duo de Longueville à s'emparer de plusieurs places. Cependant le prince de Condé Ait arrêté et le maréchal de Bouillon se retira de la cour; il assembla des troupes, Ait déclaré rebelle et criminel de lèse-majesté. Enfin, on désarma de part et d'autre; Bouillon obtint rabolition de tout le passé et revint â la cour; 11 favorisa secrètement le parti de la reine mère et conseilla au roi de s*aocommoder avec elle. C'est à cette époque qu'il fit élire l'électeur palatin, son neveu, rot de Bohême. Hais cet électeur, chassé de son royaume et même dépouillé de ses États héréditaires, vint bientôt chercher un asile à Sedan.
Pour n'avoir pas à juger trop sévèrement toute cette vie d'agitation et d'intrigues du maréchal de Bouillon, disons le bien qu'il fit : il établit à grands frais une bibliothèque considérable â Sedan ; il fonda dans cette ville, qu'il avait embellie et fortifiée, un collège ou académie, qui devint bientôt célèbre; Il accorda des pensions â Pierre du Moulin, aux deux Cappel, à Ferry, à tous les calvinistes célèbres par leur savoir. U mourut, en 1633, avec la réputation d'un grand capitaine, d'un négociateur habile, d'un homme versé dans les sciences et protecteur de ceux qui les cultivaient. Un seul feit suffirait pour le recommander à la postérité : il fut le père de Turenne. Sa vie a été écrite par MarsoUier, 17^6, 1 volume ln-4<», ou 3 volumes in-12. YnxxifàVE,
BOUILLON (Fi«DtRIQ-HAVRICX BX U TOUB D'AUY£RGNS,duc Dx), fils du précédent, naquit à Sedan en 1605. Elisabeth de Nassau, princesse d'Orange, sa mère, prit un soin particulier de son éducation et de celle de Turenne, son frère puîné. Elle choisit pour leur précepteur, Tilenius, homme recommandable par ses vertus autant que par ses lumières et qui les éleva dans les principes de la religion réformée (tntr* TuiiifiiK). Après la mort du maréchal son père, Frédéric-Maurice, qui n'avait guère que 17 ans, lui succéda aux titres de duc de Bouillon, et de prince souverain de Sedan et de Raucourt ; il fit ses premières armes en Hollande sous le prince d'Orange, son oncle, et se signala au siège de
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Boi8-le-Duc, en 1629. Il battit les Espagnols qui venaient au secours de cette place, fit prisonnier leur commandant et amena dans le camp des assiégeants le convoi destiné pour la ville assiégée et qui fut réduite à se rendre. Il se distingua encore au siège de Haestricht (1 653) et fut nommé gouverneur de cette place après sa reddition ; il la défendit ensuite et obligea les Espagnols d*en lever le siège en 1634. En 1635, il passa au service de France et fut fait maréchal de camp; puis il commanda les troupes hollandaises au siège de Breda (1637). Plus tard (1641), partageant la haine du comte de Soissons contre le cardinal de Richelieu, il marcha avec ce prince réuni aux Espagnols. Le 6 juillet il ouvrii le combat à la fatale Journée de la Marfée, renversa la cavalerie française sur Tinfonterie, 8*empara de toute Tartillerie et mit Tarmée en déroute; le comte de Soissons périt au sein de la victoire. Le duc de Bouillon, abandonné par les Espagnols, alla se renfermer dans Sedan et eut bientôt Tadresse de conclure avec le roi une paix avantageuse. En 1643 il fut nommé lieutenant général et commanda d'abord en chef, puis avec le prince Thomas de Savoie, Tarmée française en Italie. Mais bientôt, accusé d*avoir fovorisé la conspiration de Cinq-Mars, il fut arrêté à Casai et conduit à Lyon, où Cinq-Mars et de Tfaou allaient être jugés et exécutés. Le danger était pressant : la duchesse de Bouillon se jeta précipitamment dans Sedan et menaça de livrer cette place importante aux Espagnols. Cet acte de courage et cette menace imprévue firent taire la haine du cardinal et ouvrir la prison du duc. Cependant, peu de temps après, Sedan fut occupé par les troupes du roi, et Ton proposa un échange qui fut plus tard exécuté. Après la mort de Louis XIII et de son ministre de nouveaux mécontentements déterminèrent Bouillon à quitter la France (1644). Il se rendit à Rome, où il abjura le calvinisme et commanda les troupes pontificales. 11 ne rentra en France qu*à la fin de 1649.
La guerre de la Fronde était alors dans toute sa burlesque activité. Bouillon, privé d'une partie de ses domaines et dont les afl^ires étaient dans un grand désordre, suivit, contre Mazarin, le parti des princes dans lequel le maréchal de Turenne, son frère, était alors engagé. Une déclaration du roi (9 mai 1650), enregistrée au parlement de Paris (16 mal), déclara la duchesse de Longueville, le duc de Bouillon, le maréchal de Turenne et d'autres encore, perturbateun du repos public, rebelles, ennemis de l'État, criminels de lèse-majesté au premier chef, et pro-
nonça la confiscation de tons leurs biens, etc. Frédéric-Maurice se retira à Turenne ; sa femme et sa sœur étaient enfermées à la Bastille d'où elles ne sortirent qu'après que le duc eut envoyé sa soumission à Mazarin.
Le 30 mars 1651 fut signé le contrat d'échange de Sedan et de Raucourt. La France céda à Frédéric-Maurice : 1« le duché-pairie d'Albret avec la baronnie de Durance; 2« le duché -pairie de Château-Thierry, y compris Épernay et Chàtillon-sur-Mame; 3» le comté d'Auvergne; 4» le comté d'Évreux avec les vicomtes de Conches, Breteuil et Beaumont-le-Roger ; plus les bois et forêts, les domaines de Poissy, etc., et aussi les villes, châteaux^ domaines , justices, vassaus, arrière-vassaux, rentes, aubaines et bâtardises desdits duchés et comtés. Le contrat réserra à Frédéric-Maurice tous ses droits sur le duché de Bouillon, dont les terres et le château étaient encore détenus, en partie par les Espagnols, en partie par l'évêque de Liège. Le duc survécut peu à cet échange qui fit perdre aux calvinistes un collège fameux dont bientôt s'emparèrent les Jésuites. Frédéric-Maurice, que le cardinal de Retz dit avoir été homme d'un sens profond et d'une valeur éprouvée, mourut à Pontoise, en 1653. Il laissa des Mémoires qui, rédigés par Aubertln, ont été publiés avec ceui^de Th. Agrippa 'd'Aubigné, 1751, 3 vol. in-13. Son portrait aété gravé par Nanteuil. Yilldiavi.
BOUILLON (EMHAifUiL-THtODOSi ni Là TOUR D'AUVERGNE, cardinal db), fils de Frédènc- Mairrice, naquit en 1644. 11 porta d'abord le nom d*abbé duc d'Albret, fut nommé chanoine de Liège en 1658, reçu docteur de Sorbonne, en 1667, créé cardinal en 1669, pourvu de plusieurs riches abbayes, et fait enfin par Louis XIY son grand aumônier. Il était neveu de Turenne, dont le roi voulut honorer les services par ces éclatantes faveurs ; mais le cardinal de Bouillon sut mal les reconnaître. Infatué de la noblesse de sa maison, il publia un mémoire (rédigé par l'avocat le Vaillant ou par Baluze) dans lequel il élevait des prétentions excessives. Il voulait pour un de ses neveux le titre de dauphin d'Auvergne, et il osa demander que le duo d'Orléans, frère du roi, démembrât sa principauté dauphine d'Auvergne dont Frédéric-Maurice, duc de Bouillon, avait reçu le comté en échange de la principauté de Sedan. Cette demande fut repoussèe. Le cardinal osa brusquer le roi qui lui pardonna, et braver Louvois qui ne lui pardonna pas. Mécontent, il fit des imprudences, et le ministre haineux sut en profiter. Une lettre interceptée où le cardinal faisait une satire amère du
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roi étant tombée entre les mains de Louvois, le cardinal fut disgracié. En 1694 il voulut se faire prince évoque de Liège. 11 intrigua beaucoup dans cette ville et à Rome ; mais malgré tous ses mémoires et toutes ses protestations, le cardinal ne put faire annuler Télection du prince Clément-Josepb de Bavière, son compétiteur. En 1698 il était ambassadeur de France à Rome et doyen du sacré collège, pendant Taffaire du quiétisme ; mais loin de suivre les instructions qui lui furent envoyées pour presser la condamnation de Fénelon, il employa tous ses moyens pour la prévenir. Il fut rappelé, et prétextant que les fonctions de doyen du sacré collège rendaient nécessaire, à Rome, sa présence, il refusa de revenir. Ses biens furent saisis; il lui fallut s^bumilier et obéir. Il rentra en France ; mais, exilé de la cour, il se retira dans son abbaye de Tournus, où s*accrurent ses ennuis et ses ressentiments. C^est à cette époque que parut VHU' ioire généalogique de la maison d'Auvergne^ quMl avait fait composer par Baluze (1708, 9 vol. in-fol.). Pendant la guerre de la succession il entretint des correspondances coupables avec les ennemis de TÉtat, le duc de Marlborough, le comte Orrery, Galloway, etc. Il quitta le royaume en 1710. Le parlement de Paris le décréta de prise de corps , et le séquestre fut mis sur ses abbayes. Enfin, après avoir longtemps erré à rétranger, après avoir envoyé à Versailles de longs mémoires où il prétendait Justifier sa conduite, il obtint, avec la restitution de ses revenus, la permission d*aller finir une vie inquiète à Rome, où il mourut en 1715. Il avait fait exécuter, en 1676, par Tuby, le mausolée de Turenne qui fut placé à Saint -Denis et qu*on voit aujourd'hui squs le dôme des Invalides.
K(^. La Tout D*Al}Vll6III. VlLLEIf AVI.
BOUILLOTTE, jeu de cartes dans lequel le hasard est presque tout et qui marche avec une vitesse propre à entraîner de grandes pertes avec le plus petit enjeu. C'est probablement ce qui lui a valu son nom. li se joue à quatre, et quelquefois à cinq, avec un Jeu de piquet dont on Ate les sept et les dix. Trois cartes sont données à chaque joueur qui se catTe^ en entrant, d'une somme à volonté. L'habileté consiste à dissimuler son jeu et à engager l'adversaire à an pari considérable, ou bien à l'intimider par un gros enjeu quand on n'est pas favorisé de la fortune. Le brelan est le coup par excellence à la bouillotte; on ne joue phis guère le brelan carré,
La bouillotte, fort à la mode en France du temps du Directoire, avait disparu pendant long-
temps : elle vient de se remontrer dans les salons à la place de l'écarté que les tours des chevaliers d'industrie avaient rendu fort suspect; mais elle ne met pas plus qu'un autre jeu à l'abri des combinaisons de ces messieurs. F. Ratiei.
BOUILLT (JiAif-NicoLAS), né à Tours en 1763, était avocat à l'époque de la révolution et attaché au barreau de Paris. Une conformité de principes le lia avec deux des plus célèbres orateurs de l'Assemblée constituante, Mirabeau et Barnave. Il voulut aussi payer son tribut à la cause populaire, et son opéra de Pierre le Grand, joué en 1790, o£Frit plus d'une allusion aux événements récents. De nombreux succès ont rempli la carrière dramatique de cet auteur; il en est peu au théâtre qui aient été aussi prolongés et aussi fructueux que ceux de VJbbé de l'Épée, des Deux Jounées et de Fanclum la vielleuse. Inférieur à plusieurs écrivains dramatiques pour le style et les détails , Bouilly s'est placé au premier rang pour le plan et ce qu'on appelle la charpente d'une pièce; c'est sous ce rapport le véritable héritier de Sedaine. L'Opéra est le seul des grands théâtres français où Û n'ait point fait preuve de ce talent. Ses Jeux floraux, composition lyrique pâle et sans chaleur, ont été promptement oubliés.
Bouilly a beaucoup cultivé un autre genre de littérature, qui a plus profité à sa fortune qu'à sa réputation ; ses Contes à ma fille (1809) et ses Conseils à ma fille (181 1), ainsi que ses autres livres destinés au jeune âge (Contes offerts aux enfants de France, les Mères de famille, etc.), renferment sans doute une morale pure et offrent parfois des tableaux gracieux ou touchants; mais l'afféterie du style, une trop grande recherche d'effets et plusieurs autres défauts en diminuent l'intérêt. Bouilly mourut en 1842, le 3 avril. M. Ouirt.
BOURAREST OU BovKAiBSGHT, ville de délices, capitale de la Valachic (vqjr,)^ est située sur la Dumbovitza, par 44o 37' de latitude et 33" 48' de long., dans une plaine ou steppe qui s'étend jusqu'au Danube. « C'est un immense village de 60,000 habitants, dit Malle-Brun (t. vi, p. 256), où quelques châteaux, plusieurs beaux et grands couvents, les tours nonibreuses de 60 églises grecques, se perdent parmi des jardins fleuris, des bosquets odorants, des promenades délicieuses; le tout situé dans cette capitale, charmante â voir de loin. » '
Paix db Bockarbst. Elle fût conclue entre les Russes et les Turcs, le 38 mai 1813. Après l'occupation de la Moldavie par les Russes, la Porte Ottomane, par son manifeste du 7 janvier 1807,