‹ Nouveau dictionnaire de la conversation: ou répertoire universel ..., Volume 3Chapitre 59 sur 63 · KM · texte numérisé non relu

KM

BOU

détermina ft embrasser la religion èhrétlenne. L*historien ecelésiasUque, Socrate , assure que, jugeant le Dieu des Romains plus puissant que le leur, ils vinrent tous ensemble se faire baptiser par un évêque des Gaules qu*il ne nomme pas, et qu'ils remportèrent ensuite la victoire sur leurs ennemis.

Ce fut à répoqae de la grande invasion des barbares, lorsque Radagaise passa le Rhin avec les Vandales, les Suèves, les Alains, les Golhs et les Bourguignons, que les derniers s'établirent à demeure dans les Gaules. Ils commencèrent à passer le fleuve le 31 décembre 406 ; ils s'empa* rèrent d'abord de ce que nous nommons aujourd'hui la Lorraine, la Suisse et la Franche-Comté; leur roi se nommait Gondicaire : Honorius le reçut en 411 au nombre des alliés de l'empire romain , en lui abandonnant tout le pays qui s'étend du lac Léman au confluent du Rhin avec la Moselle. Mais avant la mort de Gondic^re, en 463, ou du moins avant la fin du siècle, les Bourguignons avaient occupé le tiers environ des Gaules{ ils avalent conquis ce que nous avons nommé depuis la Bourgogne, la Bresse, la Savoie, le Dauphiné et la Provence. Vers le même temps un autre tiers de la Gaule, à l'ouest et au midi de la Loire, fut occupé par les yisigotbs, et plus tard le reste, au nord et à l'ouest, par les Francs.

Les Bourguignons en s*établi8sant chez les Romains, leurs hôtes, comme ils les appelaient, exigèrent que ceux-ci leur cédassent les deux tiers de leurs champs et de leurs prairies , et le tiers de leurs esclaves pour les cultiver. Celte violente spoliation est attestée par les lois des Bourguignons eux-mêmes. Cependant les barbares n'étaient probablement pas assez nombreux pour rendre cette mesure générale ; du moins les Romains, loin de se plaindre, protestèrent dès lors que les Bourguignons, leurs hôtes, les avaient traités en frères, qu'ils avaient garanti leurs personnes et leurs propriétés, et que, de tous les barbares, c'étaient eux dont le joug était le plus doux. Ils étaient alors orthodoxes, ils révéraient les prêtres des Gaulois, tandis que presque tous les autres barbares étaient ou hérétiques ou païens. En raison de celte unité de religion, comme aussi de l'aptitude aux arts, de la douceur des mœurs et du commencement de civilisation des Bourguignons, ces peuples se confondirent en peu de temps absolument Jivec les Romains, dans toutes les provinces où ils s'établirent.

Le premier royaume des Bourguignons subsisU pendant lâ6 ans, depuis leur entrée dans

les Gaules jusqu^à leur entière soumisaion par les Francs, en 539. Chilpéric succéda à Gondicaire, son père (465*491). Il fut tué avec ses fils par son frère Gondebaud $ mais sa fille, Clotilde, fut mariée à Clovis, roi des Francs. Gondebaud, le législateur des Bourguignons, embrassa l'arianisme à peu près dans le temps où les Francs se convertissaient à la foi catholique, tandis que ses deux fils qui régnèrent successivement après lui, Sigismond, de 516 à 593, et Godemar, de 533 à 539, revinrent à la foi catholique. Ciotilde engagea les rois des Francs, ses fils, à venger la mort de son père sur les fils de Gondebaud : /ç^ fut le prétexte de plusieurs guerres entre les deux peuples, qui se terminèrent parla mort de Godemar et la soumission des Bourguignons aux Francs.

On peut regarder comme ude seconde dynastie des rois bourguignons les princes de la race méroviogienne qui obtinrent les Bourgognes en partage. Le premier fut Gontran, petit-fils de Clovis, qui, ayant établi sa résidence à Châlons-sur- Saône, vers l'an 561 , fût désigné sous le nom de roi des Bourguignons. Son long règne, qui se termina seulement en 593, rendit à la partie des Gaules où les Bourguignons avaient dominé, où ils s'était fondus dans la population , en lui donnant leur nom , el où ils avaient conservé une civilisation et une industrie qu'on ne voyait guère ailleurs, des habitudes d'indépendance. Les institutions romaines s'étaient en partie conservées dans ce royaume ; les premiers magistrats y étaient souvent romains ou gaulois) mais en même temps les grands propriétaires, étendant sans cesse leurs possessions , y forw maient une aristocratie toujours plus puissante, et qui montrait toutes les années davantage, dans ses plaids ou assemblées publiques, combien elle craignait peu et respectait peu son roi. Ainsi les Bourguignons , se gouvernant eux-mêmes, se sentaient réellement soustraits de nouveau au joug des Francs. Deux autres princes mérovingiens, Childebert II et Thierri II, portèrent encore, de 593 à 613 , le titre de rois des Bourguignons. Durant l'anarchie qui vint ensuite, ou la période désignée par le nom des rois fainéants, on ne donna plus le titre de roi des Bourguignons à aucun d'eux, mais l'aristocratie territoriale était devenue toujours plus puissante en Bourgogne, et ses cheh bourguignons étaient devenus les vrais souverains du pays.

Une troisième dynastie de rois bourguignons s'éleva pendant l'auarchfe qui fut la conséquence de la chute du grand empire de Charlemagne. L'an 866, à la mort de Charles le Gros, lorsque

BQD

BOU

ioas ceux qqi descendaient, ou par les femmes ou par les bâtards, de la race carlovingienne annoncèrent leurs prétentions, deux grands seigneurs se firent couronner dans les provinces anciennement conquises par les Bourguignons : Louis , fils de Boson , fut élevé au trône de Valence par une diète des seigneurs du Dauphiné, du Lyonnais et de la Provence; et Rodolphe, fils de Conrad , fut couroitné à Saint-Maurice par une diète des seigneurs de Franche-Comté , de Suisse et de Savoie. L*un et Paulre avaient quelque rapport de parenté avec la famille de Charlemagne ; le premier était puissant en Provence, et le second dans la Franche-Comté ou comté de Bourgogne. On les désigna par les noms de rois,run de Provence, Tautre de Bourgogne transjurane. Dan^ le même temps, Eudes, comte de Paris avait été élu roi de Compiègne, et Richard duc de Bourgogne, ou de hi seule province qui ait depuis conservé ce noni, demeurait au jnilieu d*euz, indépendant des uns et des autres.

Le fils de Rodolphe I«, Rodophe II , réunit , en 030, le royaume de Provence à celui de la Bourgogne transjurane, et il fixa sa résidence à Arles, d*où vient que les rois de Bourgogne de celte troisième race sont plus souvent désignés par le nom de rois d* Arles (voir*)* LHndépendance croissante des grands vassaux, Tanarchie des peuples, et le silence des historiens qui n*ont point entrepris, aux x« et xi« siècles, de garder la mémoire des événements de leurs jours, rendent absolument nulle Thisloire des rois d*Arles. Conrad le Pacifique , fils de Rodolphe II , régna de 037 à 903, et Rodolphe III, le Fainéant, fils de Conrad, régna de 993 à 1033. Comme ce dernier n^avait point d*enfent, il nomma, pour être son héritier, Tempereur Conrad le Salique, qui avait épousé sa nièce. C'est de cette manière que plus de la moitié des provinces originairement conquises par les Bourguignons passa sous la suzeraineté de Pempire germanique. Les grands seigneurs cependant, qui avaient rejeté presque absolument le joug des rois d'Arles et de la Bourgogne transjurane, eurent moins de motifs encore d'obéir aux chefis de l'Empire, bien plus éloignés d'eux ; et les comtes de Bourgogne, de Provence, de Savoie, les comtes dauphins de Viennois , les comtes de Genevois, de Romout, de Gruyères, et bien d'autres encore, devinrent presque absolument indépendants.

Les ducs de la province qui a plus spécialement porté le nom de Bourgogne, s'étaient cependant attachés à la monarchie française, et, pendant la décadence de la seconde branche des Cariovingiens, qui monta sur le trdne avec Char-

les le Simple, on commença à les ranger, aussi bien que les ducs de Normandie et d'Aquitaine, les comtes de Paris, de Flandre, de Champagne et de Toulouse, parmi les grands princes qu*on nomma les pairs des rois ou du royaume. Un des ducs de Bourgogne, Rodolphe, s'assit en 9S3 snr le trône de France; un autre, Hugues le Blanc, réunit en 943 le comté de Paris ou duché de France au duché de Bourgogne. Un de ses fils, Hugues Capet, fut, en 987, élu roi de France ; le puîné Henri, demeuré duc de Bourgogne, mourut sans enfonts vers l'an 1001 . Avec lui finit la première dynastie de ces ducs.

La seconde commença l'an 1039, en la per^ sonne de Robert dit le Fieux, fils du roi Robert et frère du roi Henri I«r, le troisième des Capétiens. Ce fut Henri qui donna à Robert ce grand fief en partage. Cette seconde dynastie gonvema le duché de Bourgogne 830 ans, avec une autorité presque indépendante de la couronne : c'était le temps de la plus grande puissance de l'aristocratie féodale , et les rois, mal obéis dans leurs propres domaines, ne l'étaient point du tout par leurs grands vassaux. Il est vrai que ceux-ci, à leur tour, n'étaient pas mieux obéis par leur noblesse. Dijon devint la capitale de la Bourgogne, et c'était dans cette ville que se réunissaient les États, composés de trois ordres. Dans celui du clergé siégeaient les quatre évoques d'Autnn, Châlons, Mâcon et Auxerre, plusieurs abbés, dont le premier était celui de CIteaux, les doyens et les députés des chapitres; tous les gentilshommes possédant fief ou arrière-fief en Bourgogne entraient dans la chambre de la noblesse; des députés nommés par les villes, au nombre de 58, formaient celle du tiers état. La Bourgogne prospéra pendant l'administration de cette dynastie, qui produisit 13 ducs se succédant toujours l'un à l'autre de mâle en mâle. L'avantdernier d'entre eux, Eudes IV, épousa, en 1518, Jeanne n, héritière du comté de Bourgogne, et ces deux grands fiefb relevant, l'un de la France, l'autre de l'Empire, furent alors réunis; mais Philippe de Rouvre, petit fils d'Eudes, étant moK à l'âge de 16 ans, en novembre 1861, ils furent de nouveau séparés. Le roi de France, Jean, se mit en possession du duché, comme plus proche héritier dans la ligne masculine, qui fût regardée comme seule appelée; tandis que le comté, fief reconnu pour féminin , passa de nouveau à une femme.

Deux ans après, le roi Jean investit son quatrième fils, Philippe le Hardi, le 27 juin 1365, du duché de Bourgogne, et il fonda ainsi la troisième et la plus puissante dynastie de ces ducs«

BOU

(Mt )

BOU

l^bilippe, par son mariage, en 1369, avec Marguerite il, comtessede Bourgogne, réunitde nouveau ce comté avec le duché ; sa femme était en même temps héritière des comtés de Flandre, de Nevers, deRethel et d'Artois, en softe que le nouveau duc se trouva un des plus riches et des plus puissants souverains de l*Europe. D'autre part, les deux Bourgognes avaient perdu de leur importance,comparées avec les nouvelles souverainetés de Philippe le Hardi dans les Pays-Bas. La Flandre était alors le premier pays du monde pour le commerce et les manufactures, et son souverain crut devoir étaler un faste proportionné à Topulence de ses sujets. Philippe, dans son long règne (1363-1404), dépassa toujours ses revenus, tout en accablant ses sujets d'impôts, et il mourut insolvable. Son fils, Jean sans Peur, lui succéda (1404-1419), puis le fils de celui-ci, Philippe le Bon (1419-1467), et enfin le fils de ce dernier, Charles le Téméraire (1467-1477).

Ces princes furent les chefs de la faction des Bourguignons, dont le nom signale les premières guerres civiles de la France. Charles V, frère de Philippe le Hardi, avait fait place, en 1380, à son fils Charles VI , d'abord miueur, ensuite insensé ; l'autorité royale était suspendue et aucune autorité nationale ne la remplaçait. Les oncles du' monarque s'emparèrent de l'administration et ne furent pas longtemps d'accord entre eux. Après la mort de ceux-ci, le duc d'Orléans, frère du souverain insensé, fut mis à la tète de l'administration, et Jean sans Peur, duc de Bourgogne, lui disputa son pouvoir et chercha à se faire un parti pour le lui enlever. Les Parisiens se déclarèrent pour Jean sans Peur, et, en 1405, commencèrent les guerres civiles. En 1407, Jean fil assassiner son rival , le duc d'Orléans ; mais le parti de ce prince ne finit point avec lui : il passa sous la direction de Bernard, comte d'Armagnac, beau-père da nouveau duc d'Orléans, et la France se partagea entre les J^owrgrut^nons et les Armagnacs,

On ne peut guère chercher la cause de l'acharnement qui se manifesta durant ces longues guerres civiles, seulement dans l'attachement qu'inspiraient dés princes peu faits pour l'exciter. Investis du pouvoir par un fou, ou par une reine indolente, Isabeau de Bavière, qui n'avait d'autres pensées que la toilette et la bonne chère, les princes rivaux n'avaient point de droits par eux-mêmes, point de prétentions constitutionnelles. Il parait plutôt qu'une ancienne rivalité, une ancienne animosité de race, se réveilla dans l'Ile-de-France. Tous les pays au nord de la Loire, où les Francs s'étaient colonisés, n'avaient

jamais été parfaitement unis avec les pays au midi de cette rivière, qui sont la patrie des Aquitains, et dont les VisigoChs avaient renouvelé la population. Sous la domination des rois d'Angleterre, l'Aquitaine était de nouveau devenue hostile À la France. Le comte d'Armagnac tirait toute sa force de l'appui de cette noblesse pauvre et belliqueuse de Gascogne, qui, sous les drapeaux anglais, avait vaincu les Français aux batailles de Crécy et de Poitiers. Lorsque les Armagnacs furent les maîtres à Paris et dans l'Ile-de-France, ils s'y firent détester par leur insolence et leurs voleries. Le peuple parisien se sentait beaucoup plus d'affinité de mœurs et de langage avec les Bourguignons qu'avec les Gascons; des intérêts de commerce pour l'approvisionnement de Paris les avaient aussi rapprochés; la corporation des* bouchers, qui était riche, puissante et courageuse, embrassa le parti de Bourgogne avec enthousiasme, et souilla son nom par d'horribles massacres dans les prisons. En même temps la bourgeoisie de Paris avait, par des vues plus relevées, fait une alliance intime avec les bourgeois des villes de Flandre, sujets bourguignons, qui les premiers avaient défendu les droits du peuple, et les blancs chaperons^ signe de ralliement du parti populaire, avaient passé de Gand à Paris. Le Dauphin, depuis Charles VII, qui, à peine adolescent, avait été enlevé par les Armagnacs comme les Bourguignons entraient dans Paris, le 28 mai 1418, donna les mains, le 10 septembre de l'année suivante, à l'assassinat de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, sur le pont de Montereau.

Ce nouveau crime changea la position des Bourguignons. Philippe le Bon, fils du prince assassiné et qui lui succéda, ne songea plus qu'à le venger. Il engagea l'insensé Charles VI et l'imbécile Isabeau, qui étaient entre ses mains, à dégrader le dauphin, qu'ils déclarèrent incapable de régner, en raison de son crime, et à rechercher la paix avec Henri V d'Angleterre, qui, après avoir remporté la victoire d'Azincourt, étendait ses conquêtes dans la France, afi^aiblie par les guerres civiles. Par le traité de Troyes, du 21 mai 1420, Charles VI donna sa fille en mariage à Henri V, et lui assura la couronne de France, dont son fils jetait déclaré indigne. Le duc de Bourgogne devint l'allié du roi d'Angleterre, et le parti des Bourguignons se trouva engagé à fovoriser une domination étrangère. Cependant, lorsque les Français furent obligés de reconnaître à Paris des Anglais pour leurs maîtres, ils commencèrent bientôt à les haïr.

BOU

( fS»)

BOU

plus encore qu^ils n'araient baï les Armagnacs. La décadence de la capitale était rapide, la population difparaissait, les factions s*éteignaient dans la misère universelle, le duc de Bourgogne, dégoûté et honteux de ses alliés, se retirait dans les Pays-Bas et devenait presque étranger à la France. Un mouvement national d*indépendanoe commençait à se oNHiiteslef ifans les provinces mêmes où les pourguignons dominaient : ce fut celui auquel Jeanne d*ArG communiqua son enthousiasme. Le parti bourguignon acheva de se dépopulariser par le supplice de cette héroïne. Enfin, le 91 septembre 1435, le duc Philippe de Bourgogne se détacha des Anglais : il fit à Arras une paix particulière avec Charles VU, dont il accepta Tapologie pour le meurtre de son père. L*année suivante, Paris fut repris par Charles VU, et la foction des Bourguignons, quoiqu'elle couvât longtemps encore sa haine pour le roi, s'éteignit en silence.

Le traité d'Arras avait rompu presque tous les liens féodaux du duc Philippe avec la France. Dès lors il ne fut plus à son égard qu'un souverain étranger. 11 avait acquis successivement toutes les provinces des Pays-Bas, qu'il Joignait aux deux Bourgognes. Il faisait le plus habituellement sa résidence à Bruxelles; mais quoiqu'il visitât rarement les deux Bourgognes, ces provinces prospéraient sous un prince aussi puissant, aussi respecté, et dont les sujets aux Pays-Bas étaient les plus riches et les plus industrieux de l'Europe. Son fils, Charles le Téméraire, qui lui succéda (1467-1477), mit un terme à cette prospérité* Hautain, violent, cruel, il se laissa engager dans des guerre? continuelles par l'impétuosité de ses passions, plutôt que par aucun calcul politique. Il ne pouvait pardonner ni à Louis XI d'être roi et d'avoir un rang supérieur au sien , ni aux paysans suisses d'être libres. Ses guerres contre le roi et toutes les républiques confédérées furent également malheureuses. Il fut tué devant Nancy, le 4 janvier 1477. En lui s'éteignit la dernière maison de Bourgogne; car il ne laissait pas de fils, et Louis XI s'empara du duché, comme d'un fief masculin. La fille de Charles, Marie de Bourgogne, épousa Maximilien d'Autriche, depuis Empereur, et lui porta pour ^ot le comté de Bourgogne et les provinces des Pays-Bas. La maison d'Autriche, héritière de celle de Bourgogne, réclama longtemps le duché de ce nom, qu'elle prétendait ne point devoir être séparé du reste de l'héritage. Ce fut un des motifs des guerres entre Charles-Quint et François I*'. Cependant U paix entre le duché et le comté de

Bourgogne fut rarement troublée au milieu de ces combats* Les Suisses avaient obtenu des deux potentats que la Franche-Comté, où la guerre aurait compromis leur sûreté, fût déclarée neutre. Cette province, en effet, fat soustraite à presque toutes les guerres de l'Europe, juiqu'en 1C74, que Louis XIV en fit la conquête sur la monarchie espagnole. Ainsi, presque tous les pays autrefois conquis par les Bourguignons furent réunis & la France , et ils lui senent aujourd'hui de barrière contre les puissances étrangères. Le duché de Bourgogne, avec ses dépendances, la Bresse et le Bugen, fOrme à présent les quatre départements de ITonne, de Is Côte-d'Or, de Sadne-et-Loire et de l'Ain, où Ton compte environ 1,390,000 habitants. Le comté de Bourgogne, ou la Franche-Comté, a été divisé en trois départements : le Jura, le Boubs et la Haute-Saône, et sa population est d'en?iron 805,000 individus. J. C* L. Sishosm.

BOURGOGNE ( OAiiix nx). Destiné â joindre la Méditerranée et l'Océan au moyen de la Saône, du Rhône, de l'Yonne et de la Seine, il appartient surtout aux départements de la Côte-B'or et de d'Yonne.

Henri IV avait déjà projeté ce canal : les états de Bourgogne firent ouvrir les premiers travaux en 1775; ils furent continués sous l'empire. Repris avec activité à la fin de ISââ, ils sout enfin terminés et le canal a été livré à la navigation (1834). On peut évaluer la somme dépensée, soit avant soit depuis la révolution, à 40 millions.

La longueur totale du canal, depuis Saint- Jean de Losne jusqu'au village de la Roche, où il débouche dans l'Yonne, est de 24^,572 mètres. On a été obligé de construire 189 écluses dont 13 è deux sas. Le biez de partage, situé à Pouilly, est de 190 mètres au-dessus du niveau des basses eaux de la Saône et à 399 mètres 54 centimètres au-dessous de l'Yonne. Ce biez de partage, ouvrage d'art très-remarquable, a 6,100 mètres de développement, dont 5,500 mètres en galerie souterraine, traversant une montagne que l'on a creusée au niveau de l'eau.

Le canal de Bourgogne offre maintenant au commerce une ligne de navigation intérieure de plus de 300 lieues, du Havre à Marseille. J. H. S. BOURGOGNE ( Louis, duc de ), dauphin de France, petit fils de LouisXIY et père de Louis IV, né à Versailles, le 6 août 1683, l'un des exemples les plus remarquables de l'influence de l'éducation pour réformer les penchants vicieux de l'enfanbe* Ce prince était un composé de tous les vices. Il fallait un miracle pour changer un tel naturel. Le duc de Beauvilliers, homme ver-

BOU

BOU

tueux et esprit plein de sagacité, fut chargé de repérer. Il se fit aider dans cette laborieuse tâche par Fénelon et Tleury, Fun préoepteuri Pau** tre sous-précepteur ; le premier surtout eut la plus grande part à cette réforme et il devint plus tard Tami du prince dont il avait tant contribué à faire un modèle de vertu. Un petit nombre de gentilshommes et de gens de service, tous bien choisis, concoururent également à cette éducation dont le récit développé ferait à lui seul, dit Saint-Simon, un ouvrage curieux et instructif. Il parait qu*on réussit surtout en employant avec-art la méthode lacédémonienne, c'est-à<dire en offrant au Jeune prince, dans un autre , la conséquence nécessaire d*un vice qu*on voulait combattre en lui. Né, du reste, avec une étendue et une vivacité d*esprit prodigieuses, il ne fallait que rendre à sa raison assez de fOrce pour qu*eUe pût se faire entendre parmi le tumulte des passions. Ce point obtenu, la réforme devait être entière : elle s*accomplit entre 18 et 20 ans. « De cet abîme sortit un prince affiable, doux, humain, modéré, patient, modeste, pénitent, et, autant et quelquefois au delà de ce que aon état pouvait comporter, humble et austère pour soi. » Enfoncé d*abOrd dans des pratiques de piété, jusqu'au point d'alarmer une cour où s'offrait chaque jour le scandale desmoBurs,il se modifia graduellement, sans céder aux séductions corruptrices dont on l'entoura, et revint au monde et à Tétude des devoirs qu'il était appelé à remplir plus tard. Il devint aiqsi, quoique dans une extrême jeuneue, par sa raison modérée et sa haute sagesse, un objet de respect pour les courtisans et même pour le roi son aïeul, qui, dans les derniers temps, s'attachait à l'initier aux affaires en l'appelant au conseil. Il avait épousé, en 1697, Marie-Adélaïde de Savoie, princesse pleine de grftce et d*esprit k laquelle il resta constamment attaché. Sn 1701» chargé du commandement de l'ar- • mée d'Allemagne, il y déploya de la bravoure et de l'intelligence; toutefdis cette campagne, ainsi que celles des deux années suivantes où il commanda également une armée, n'ayant été suivie d*aucun succès, l'envie qui s'attachait à un mérite aussi élevé s'en servit pour refuser à ce prince les qualités du général. Eetiré des camps, « le duc de Bourgogne ne s'occupa plus qu^à se ' fortifier dans les diverses connaissances nécessaires à un roi. Ce fut alors que Saint-Simon se trouva admis par le duc de Beauvilliers, son ami, dans l'intimité de ce prince. Lui-même rapporte quelques-uns de leurs entretiens où Louis développait s<m âne tout entière et exposait les

vues utiles dont il méditait l'application ultérieure pour le bonheur de la France. Frappé de l'avantage qui résultait, pour les peuples de certaines provinces, des états qui s'y étaient maintenus, il se proposait « de partager le royaume en un certain nombre de parties, autant qu'il se pourrait égales pour la richesse, de ftaire administrer chacune par ses états ^ de les simplifier tous extrêmement pour en bannir la cohue et le désordre, et d'un extrait aussi foH simplifié de tous ces États des provinces, former quelquefois des états généraux du royaume (p. âli). Ce prince qui, à la cour de Louis XIV dans toute sa gloire, méditait ainsi une sorte de gouvernement représentatif élémentaire, est au reste résumé tout entier par ce mot que Saint- Simon appelle un mot de père de la patrie et que le duc de Bourgogne osa prononcer en plein Karly i Un roi eat fait pour «es sujets et non Us sujets pour lui.

Il ne fut pas donné à hi France de posséder le roi vraiment grand qui semblait ainsi lui être préparé : le dauphin expira six jours après la duchesse de Bourgogne, sa ftimme, de ce mal étrange qui frappa alors la famille royale dans plusieurs de ses membres, mal encore inexpii-» que aujourd'hui, dont les effets plongèrent la France dans la consternation et donnèrent lieu à de sinistres soupçons que rien au surplus n'a pu justifier. Ce fut le 18 février 1719 que le duc de Bourgogne mourut avec toute la résignation d'un chrétien. Sa taille était moyenne et sa physionomie pleine d'agrément. Sorti droitdes mains des femmes, on s'aperçut de bonne heure que sa taille commençait â tourner. Les procédés orthopédiques du temps ne purent l'emporter sur la nature : il resta faiblement bossu, ou plutôt incliné d'un côté de manière qu'il boitait un peu. Cette défectuosité de sa taille ne l'arrêtait pourtant dans aucun exercice ; mais elle l'affectait péniblement, et c'était un effort continuel de sa part pour la dissimuler; la seule flatterie k laquelle il fût peut-être accessible était de n'avoir pas l'air de s'être seulement aperçu de ce qui était si visible en lui. C'est par là que ce prince d'un mérite éminent payait tribut à la faiblesse de la nature humaine. Le père Martineau, jésuite, son confesseur, a publié un volume intitulé : les f^êrtus du duo de Bourgogne, 1719, et l'abbé Fleury son portrait, 1714. X.

BOURGS -POURRIS, traduction littérale de l'expression anglaise rotien^^foroughs, par laquelle on désignait autrefois les bourgs presque déserti qui avaient néanmoins le droit d'élire des repiésentanb au parlement* Comme

BOB

Boir

le soi et les maisons de ces lieux appartenaient pour la plupart à la haute aristocratie, c^était elle, et non la bourgeoisie qui élisait des membres du parlement. A Old-Sarum 11 n*y a que sept habitants, tous locataires du comte de Caledon; cependant ces sept habitants élisaient ou faisaient semblant de nommer deux représentants suivant la volonté de leur seigneur, tandis que des villes opulentes n^étaient même pas représentées au parlement. Douze familles puissantes disposaient ainsi d*une centaine de places dans la chambre des communes. Ce qui rendait ce système encore plus odieux, c*est que plusieurs nobles vendaient aux candidats le droit de siéger au parlement, et se faisaient par ce trafic un bénéfice considérable. On a peine à concevoir comment des abus aussi criants ont pu se maintenir Jusqu'à nos jours, dans un pays qui jouit de tant de liberté. Plusieurs propositions de modifier le vieux système avaient toujours été repoussées par les torys dans les deux chambres , surtout dans celle des lords, lorsque enfin le cabinet dirigé par lord Grey, qui n'avait accepté le ministère que sous la condition qu'il réformerait les abus, fit adopter le bill de réforme par le parlement de 1832, malgré Topposition acharnée du parti aristocratique qui prétendait assez singulièrement que la suppression des anciens privilèges de Taristocratie causerait une révolution. L'ancien système n'a pas été entièrement supprimé, mais il a été modifié de manière que la plus grande partie de l'ancienne influence de l'aristoèratie sur les élections parlementaires a cessé. Les bourgs les moins peuplés ont été privés du droit d'élection; d'autres ne nomment plus qu'un seul représentant ou ont été joints à d'autres bourgs pour les élections. Le gouvernement avait aussi ses bourgs-pourris, et il parait qu'il en a ménagé quelques-uns afin de pouvoir envoyer au parlement les membres du cabinet qui ne siègent pas encore dans la chambre des communes. Deppin s. BOURGUEMESTRE ou BOURGMESTRE. Ce mot vient de deux mots allemands, burger^ bourgeois, et meister, maître; il sert à désigner en Belgique, en Hollande et en Allemagne, le principal magistrat de certaines villes. Les fonctions et les droits du bourguemestre ne sont point partout les mêmes ; à cet égard chaque ville a ses statuts particuliers, ses lois spéciales. En général cependant, mais avec des pouvoirs plus étendus, on peut dire que le bourguemestre est le protecteur, le défenseur-né des bourgeois ; il administre les finances, la justice et la police de la cité ; sous ce rapport on pourrait, jusqu'à un certain point,

rassimiler au ma(re de nos villes françaises. Les écrivains latins modernes désignent souvent le bourguemestre soit parle nom éeconsut, soitpar celui de aenator; mais ils ne le distinguent point suffisamment par là de tout autre magistrat du même genre. Il n'est Ordinairement en place que pour un ou deux ans. En Suisse les bourguemestres, comme par exemple ceux de Zurich, sont les chef^ du pouvoir exécuUf dans tout un canton. A. SAVAGfrn.

BOURIATES ou Bovbètbs, dans leur propre kingue Barga Bourai, peuple nomade de la race mongole et qui ressemble aux Kalmuks. Les Bouriates habitent dans la partie la plus méridionale de la Sibérie, à l'est du lénicei, surtout dans le gouvernements dlrkoutsk et vers le lac Baïkal. Ils ont fait leur soumission à la Russie en 11)44, et se composaient en 1785 de 98,000 individus des deux sexes; «en 1890 on comptait 58,760 individus mâles. Les Bouriates sont petits et d'une faible complexion; leur visage est moins aplati que celui des Kalmuks; ils n'ont point de barbe et se rasent la tète de telle sorte qu'il n'y reste à son sommet qu'une longue queue dont ils font des tresses. Ils sont timides, indolents et malpropres, agiles sur leurs chevaux, adonnés à la chasse et à la vie pastorale. En biTer ils fabriquent des marchandises en fér dont ils font un petit commerce; l'agriculture a fait peu de progrès chez eux. Leurs iourtes^ couvertes de peaux, sont en hiver réunies en villages. Leur religion est le bouddhisme; les femmes passent pour impures et la polygamie est permise. Le dialecte mongol qu'ils parlent est dur et gutUirai. Ils ont des chefft ou êaï-sang électif^ et payent à la Russie un faible tribut en argent ou en pelleteries. J, H. SCHRITUIt.

BOURIGNON (Artoiiibttb). Naquit à LiUe le 15 janvier 1616, teDement disgraciée delà nature qu'on examina dans sa famille si cette enfant, qui ressemblait à un monstre, ne devait pas être étouffée. Ce défaut, qui l'éloignait de la société, détermina sans doute sa singulière vocation au mysticisme le plus exalté ; la lecture d'ouvrages mystiques et d'histoires des premiers chrétiens échaufiia tellement son imaglnatioo qu'elle eut des visions et se crut appelée à rétablir l'esprit de l'Évangile dans sa pureté primitive. La vue du malheur de sa mère, qui souffrait beaucoup de l'humeur de son mari, et le désir de se consacrer tout entière à Dieu, lui avaient inspiré l'horreur du mariage. Aussi, à l'instant où, d'après la volonté de ses parents, on allait solenniser le sien, elle s'enfuit sous les habits d'un ermite. Par l'entremise de l'archevêque de

BOD

( 56iS )

BOU

Cambrai, elle entra da^ le couvent de saint Symphorien. Là, elle répandit ses opinions, attira à elle quelques religieuses, et se vit à la tête d'un parti. Ayant formé le projet de fuir avec ses prosélytes, le complot fut découvert par le directeur du couvent, et elle fut chassée de la ville; alors elle se mit à parcourir le pays, et, après avoir recueilli l'héritage de son père, elle fut nommée supérieure de Thospice de Notre-Dame des Sept-Plaies à Lille. Là, ses visions recommencèrent, et elle crut ne voir autour d'elle que des sorciers et de mauvais esprits. Elle n'échappa pas, elle-même, à l'accusation de sorcellerie, et, mandée devant les magistrats de Lille, elle leur répondit convenablement. Ne voulant cependant pas demeurer plus longtemps eiposée à leurs poursuites, elle s'enfuit à Gand en 1669. Elle parcourut la Flandre, le Brabant,- la Hollande. Elle s'açrêta enân à Amsterdam, où se trouvait alors un grand nombre de novateurs religieux. Elle y fut visitée par toutes sortes de personnes. Cela lui fit espérer que la réforme qu'elle prêchait pourrait porter quelque fruit; mais il se trouva peu de gens qui prissent une ferme résolution de s'y conformer. Elie rejeta la proposition de quelques personnes qui auraient souhaité s'établir avec elle dans le Noordstrand. Elle eut des conférences avec quelques cartésiens, qu'elle accusa d'athéisme. Si l'on veut l'en croire, ses entretiens avec Dieu furent fréquents dans cette ville. La politique s'étant enfin mêlée aux matières religieuses dans les réunions qui avaient lieu chez elle, l'ordre fut donné de l'arrêter; mais elle parvint à s'échapper et s'enfuit dans le Holstein. Dans sa soixantième année, elle n'avait encore rien perdu de la ^orce et de l'activité de son esprit. Voulant, qupiqu'il lui en dût coûter, propager au loin sa doctrine, elle se pourvut d'une imprimerie, et fit imprimer ses ouvrages en français, en flamand et en allemand. Elle fut diffamée par quelques livres qu'on publia contre ses dogmes et contre ses mœurs, et se défendit par un ouvrage intitulé Témoignage de vérité, où elle attaqua les ecclésiastiques. La fureur contre elle ne fut que plus vive. On lui défendit de faire usage de son imprimerie. Elle refusa d'obéir et s'en alla, emportant sa presse. Dans son voyage, retirée à Flensbourg, au mois de décembre 1673, elle n'échappa qu'avec peine à la fureur du peuple, qui voulait la massacrer comme sorcière. Elle se réfugia ensuite à Hambourg, où elle ne resta que peu de temps, ayant été forcée de se soustraire aux poursuites de l'autorité. Tranquille d'abord sous la protection du baroDlde,Lutxbourg en^Oostfrise, elle y di-

rigea un hôpital; mais son esprit inquiet l'ayant encore fait renvoyer de ce pays, elle mourut en revenant en Hollande à Franeker dans la Frise, le 20 octobre 1060. Les ouvrages d'Antoinette Bourignon, qui composent 23 gros volumes, sont d'une insupportable diffiision. Ceux des sectateurs de cette femme singulière qui lui ont survécu n'ont jeté ni un grand éclat ni de profondes racines dans les diverses contrées où ils se sont répandus. H. Bodchitté, mod.

BOURMONT (Lovis-AuGOSTB-ViCTOR, comte de GAISNE de), maréchal de France. Né en 1775, au château de Bourmont, dans la province d'Anjou, le jeune comte de Gaisne était officier aux gardes françaises lorsque la révolution éclata. H suivit le torrent de l'émigration et alla offrir ses services au prince de Condé, qui reconnuten lui assez de mérite pour en faire son aide de camp. En 1791 il reçut la mission d'aller à Nantes préparer et sonder les moyens insurrectionnels de la Vendée; il y déploya un zèle remarquable, et revint à l'armée des princes, après avoir vu s'allumer le grand incendie qu'il venait d'attiser. Lorsqu'en 1793 les lignes de Wissembourg eurent été forcées, il ne voulut pas se soumettre à l'inaction dont il était menacé et préféra retourner dans la Vendée, où le vicomte de Scepeaux l'accueillit honorablement et lui confia le grade de major général de son armée ; presque en même temps les chouans du Maine lui ofl^irent la place de membre du conseil général. Vers la fin de la même année il fut chargé d'aller auprès du ministère anglais presser l'envoi des secours promis déjà plusieurs fois; mais la politique du gouvernement britannique résista aux plus puissantes sollicitations et fit échouer cette ambassade. Le jeune Bourmont profita toutefois de son voyage pour aller voir à Edimbourg le comte d'Artois qui s'y trouvait alors. En récompense de ses services, ce prince le fit chevalier de Saint- Louis et lui remit les brevets et les récompenses accordées à l'armée de Scepeaux qu'il eut la mission de recevoir lui-même chevalier à son retour.

Après la pacification de la Vendée par le général Hoche, M. de Bourmont obtint l'autorisation de repasser en Angleterre; de là il mit tout en œuvre pour renouer la guerre civile qui devait replacer les Bourbons sur leur trône; mais cette tentative ne devait obtenir qu'un demisuccès. M. de Bourmont revint en Bretagne en 1799, débarqua dans le département des Côtesdu-Nord, et alla rejoindre la division de la Prévalaye, avec laquelle il passa dans le Haine, où, après avoir remporté quelques avantages, il se

BOU

BOtl

fil ouvrir lea portes du Mans et y entra avec 3,000 hommes, qui y commirent les plus grands excès. Là se bornèrent ses avantages; chassé du Mans et repoussé jusqu*à Balay, il se vit obligé de consentir à un nouvel armistice. Mais le terme fixé par les deux partis s'étant écoulé sans que la pacification fût réglée, il se dispesait à reprendre les hostilités et marchait déjà sur Morlaix, lorsqu'il reçut avis de la capitulation de la Prévalaye, qui lui coupait ses communications avec George Gadoudal, 11 apprit en même temps la défaite du comte de Ghàtillon, battu à Balay par le général Chabot. Forcé de nouveau de poser les armes, il obtint aussi une capitulation avantageuse et voulut engager George à suivre son exemple; mais celui-ci repoussa toutes les avances qui lui furent faites et, plus tard, se vengea de ce qu'il appelait la défection de M. de Bourmont en faisant fusiller impitoyablement son beau-frôre qui était tombé entre ses mains.

Après sa soumission, M. de Bourmont vint demeurer à Paris et parut avoir renoncé à ses projets de soulèvement. Il mit tous ses soins à se faire bien venir du premier consul; mais sa conduite à répoque de la machine infernale le rehdit suspect au ministre de la police; on acquit la preuve qu'il entretenait toujours des intelligences avec les royalistes, et, sur Tordre de Fouché, il Ciit arrêté en 1803 et enfermé au Temple, puis ensuite transféré à la citadelle de Dijon, et enfin dans celle de Besançon, d*où il réussit à s'échapper en 1805.

Bu fond du Portugal , où il avait trouvé un refuge, M. de Bourmont faisait agir les nombreux amis qu'il avait conservés en France, et, ipràce à leur puissante intercession, il obtint \sk levée du i équestre mis sur tous ses biens et put réunir toute sa famiUe auprès de lui. Lorsqu'en 18]0 le général Junot s'empara de Lisbonne, M. de Bourmont parvint à se faire comprendre dans la capitulation et rentra en France à la suite de l'armée. Dès ce moment il parut se dévouer de bonne foi au gouvernement impérial et réussit à se faire nommer d'abord colonel adjudant commandant à l'armée de Maples, puis bientôt général de brigade* C'est en cette dernière qualité qu'il fit les campagnes de 1815 et de 1814. Pendant la première il se signala à la bataille de Dresde, et le 10 février 1814 il résista, avec douje mille hommes seulement , à tous les efiforts des armées étrangères réunies contre Nogent. En récompense de ce haut fait d'armes Napoléon réleva au grade de général de division.

Quand la journée du 30 mars 1814 vint changer les destinées de la France, M. de Bourmont

ne fut pas des dernier$% se soumettre à la nouvelle dynastie. Parfeitefnent accueilli par le roi Louis XVIII et par les princes qu'il avait eo occasion d'approcher pendant Témigration, il venait d'obtenir le commandement de la 6« division militaire, dont le siège est à Besançon, lorsque Napoléon débarqua sur les côtes de la Provence. M. de Bourmont reçut aussitôt l'ordre d'opérer sa jonction avec les troupes du maréchal Ney; mais il n'exécuta cette opération que pour être témoin de la défection de l'armée et pour assister à la lecture de la fameuse proclamation qui causa plus tard la mort du maréchal.

Pendant les cent-joura, M. de Bourmont se rendit à Paris et s'insinua de nouveau dans les bonnes grâces de l'empereur, qui lui confia le commandementde la ^division du corps d'armée aux ordres du général Gérard, dans la Flandre. C'est alors qu'eut lieu cette fameuse <té/'eclrofi qu'on a reprochée si justement, mais avec trop de violence sans doute, à M. de Bourmont, Le 14 juin 1815, la veille d'une bataille, il abandonna son corps et se rendit auprès de Louis XYIII à Gaad. Dix jours après il rentra en France avec le grade de commandant de la frontière du Nord, que le roi lui avait concédé.

Depuis ce moment M. de Bourmont n'a pas cessé d'être compté au nombre des plus fidèles serviteurs de la branche aînée des Bourbons. Le 14 octobre de la même année, il figura dans le procès du maréchal Ney, et sa déposition contribua, dit-on, au jugement qui fut prononcé contre ce grand capitaine. Peu de temps après il fut nommé commandant de l'une des divisions d'infanterie de la garde royale. AtUché,avecGe grade, au corps de réserve de l'armée, il fit, ep 18â3, la campagne d'Espagne, pendant laquelle, s'il ne trouva pas l'occasion de se signaler, il montra du moins l'aptitude d'un des meilleurs généraux de l'empire. Rien de remarquable ne signala M, de Bourmont à l'attention publique jusqu'au moment où le roi Charles X l'appela av ministère de la guerre, dans la combinaison é» 8 août 1830. Au milieu de la clameur générale qui poursuivait le nouveau ministre des plus sanglantes récriminations , il apporta dans ces fonctions élevées un esprit ferme et des vues justes et utiles qui ne tardèrent pas à lui concilier l'armée. On cite encore, parmi les bienfait! de son administration , les soins qu'il prit des^ ofilciers de la vieille armée, en faisant examiner leurs titres et en reconnaissant une partie des dettes contractées envers eux par l'empire.

M. de Bourmont, voulant achever sa rébabiO*

BOU

BOU

tation aux yeux de la nation, sollicita et obtint du roi le commandement en chef de Tèxpédition que Ton préparait contre Alger. Après avoir pourvu avec habileté à tous les besoins du voyage et de la conquête, il quitta Paris le 23 avril 1830, emmenant avec lui ses quatre fils, et se dirigea vers Toulon, en compagnie du général du génie Yalazé, avec lequel il dressa d*avance un plan de campagne brillant et sûr; on dit même qu*il alla jusqu*à prévoir la possibilité d*utiliser sa future conquête, en y établissant un système de colonisation qui réunissait les plus vastes et les plus heureuses combinaisons.

Le 18 avril toute Tarmée était embarquée; le général en chef se rendit à bord de la Provence et fut forcé d*attendre en rade que les vents, jusqu*alors contraires, pussent lui permettre de donner le signal du départ ; le 95 seulement ce moment arriva, et la flotte mit en mer. Le t5 mai elle était à Tancre dans la baie de Sidi-Ferruoh, le débarquement s*opérait, et dès le soir Tarmée emportait sa première position. Ce succès fut suivi de plusieurs autres avantages partiels qui fournissaient à chaque division Toccasion de se signaler; mais il fallut plusieurs jours pour obtenir la reddition du fort TEmpereur, considéré comme la clef d*Alger. C*est dans Tun des combats livrés contre les Arabes, pour arriver à cette conclusion, que le jeune Aiftotx di Bour- MORT périt en se couvrant de gloire. Cet événement, loin d'abattre le courage du général en chef, lui donna une nouvelle énergie qui ne tarda pas à porter ses fruits. Le 4 juillet le fort s'était rendu, et le 5 Hussein avait capitulé. L'occupation d'Alger se fit tranquillement et avec la dignité qui caractérisa toute celte conquête. Le dey put emmener ses femmes, ainsi que ses richesses particulières; et Ton trouva encore dans la Casauba 50 millions et dififôrents objets précieux dont l'inventaire se fit par les soins d'une commission spéciale, avec un ordre remarquable. Il fout dire à la louange de M, deBourmont que, pendant tout le cours de cette expédition , il donna constamment l'exemple du courage et de la persévérance; il resta, dit-on, pendant près de trois semaines sans se déshabiller, et ne se donna pas toutes les Jouissances que sa position pouvait lui permettre.

Une conquête aussi bien dirigée ne pouvait manquer d'amener d'utiles résultats. Presque aussitôt après la prise d'Alger, le bey de Titery fit sa soumission au général en chef, et l'un des fils de M. de Bourmont alla recevoir celle du bey d'Oran, avec lequel il s'assura des communications, en s'emparant d'un f^rt placé sur la route

de cette résidence à Alger. Le ââ juillet, une lettre du dauphin annonça à N. de Bourmont sa nomination au grade de maréchal de France, en même temps que l'amiral Duperré était élevé à la pairie. Cette distinction ne contenta personne ; et la marine et l'armée, médiocrement récompensées de leur belle conduite, commençaient à s'aliéner, lorsque la révolution de juillet éclata.

La nouvelle en fut bientôt transmise à Alger; mais rien de positif n'avait encore été publié. M. de Bourmont fit paraître le 1 1 août un ordre du jour ainsi conçu t « Des bruits étranges cir«- « culent dans l'armée. Le maréchal commandant « en chef n'a reçu aucun avis officiel qui puisse « les accréditer. Dans tous les cas la ligne des a devoirs de l'armée sera tracée par ses sera ments et par la loi fondajnentale de l'État. » Cinq jours après, un second ordre du jour invitait l'armée, en conséquence des ordres émanés de Paris, à remplacer ses insignes par le drapeau et la cocarde tricolores. Enfin, le 9 septembre, le maréchal Clausel débarquait sur la côte d'Afrique et recevait le commandement en chef des mains de M. de Bourmont.

Nous n'entreprendrons pas de suivre le vainqueur d'Alger à travers la vie aventureuse qu'il a menée depuis cette époque : cette tâche nous serait d'autant plus difficile à remplir que les faits qui le concernent sont souvent enveloppés d'un voile impénétrable et qu'on a souvent confondu avec lui l'un ou l'autre de ses fils. C'est ainsi que l'on pourrait peut«élre contester la part qu'on lui attribue à l'expédition de la duchesse de Berri en Vendée , et aux dissensions civiles de cette malheureuse contrée. Ce qui est plus avéré, c'est l'offre qui lui fut faite par don Miguel de prendre , au mois de juillet 1833, le commandement en chef de son armée, et les efforts désespérés par lesquels il essaya, pendant près de trois mois, de faire triompher la cause de ce prince. Au mois d'octobre de la même année M. de Bourmont quitta le Portugal en laissant encore sous les murs de Lisbonne la dépouille mortelle d'un de ses fils. A compter de ce moment son nom n'a plus été, du moins ostensiblement, mêlé à aucune affaire politique. OiADDÉ.

BOURNONITE. Triple sulfite d'antimoine, de plomb et de cuivre, découvert par le comte de Bournon qui l'avait nommé endellione. D'après un mémoire sur cette substance, par l'ingé^ nieurDufrénoy(Annalesdes mines, 1836,p. 371), elle cristallise régulièrement en prisme droit, à base rectangle; et les cristaux du Mexique, sem-

( ms )

BOD

blables à ceux du Cornouailles, sont quelquefois d'un très-gros volume; leur couleur est en général le gris de plomb, et leur pesanteur spécifique varie entre 5,71 et 5,84. L'analyse a donné, pour les cristaux recueillis dans le grès houiller de la mine de Cendras, prèsd'Alais en France : plomb 38,9; cuivre 13,3; antimoine â9,4; soufre 19,4. Pour les cristaux du Mexique : plomb 40,3; cuivre 13,3 ; antimoine 38,3; soufre 17,8. Toutes les bournonites présentent au chalumeau les mêmes réactions. Sur le charbon elles fondent et dégagent une fumée blanche , épaisse, puis elles donnent un globule noir. On peut facilement constater la présence du plomb, par Toxidation, et celle du cuivre, par le borax. Les cristaux de la mine du Cornouailles sont ceux qui ont procuré à Bournon la découverte de cette substance. . Dr..z.

BOURRASQUE, de Titalien burrasca, tempête violente et soudaiiie qui s^élève soit sur mer, soit sur terre et qui dure peu, (empestas, iurbo, procella. Si une bourrasque surprend un bâtiment couvert de voiles, le moins qu'il ait à craindre c'est de voir ses voiles emportées par l'ouragan ; s'il a beaucoup de stabilité ,- il peut démâter; si au contraire, il est peu stable, il peut chavirer , et l'on conçoit qu'alors tout l'équipage peut périr. Le baromètre nautique, qui indique plusieurs heures d'avance les bourrasques et les tempêtes par des changements brusques, est devenu aussi utile à la navigation que la boussole, qui s'agite aussi dans les mêmes circonstances; mais pas avec autant d'exactitude que le baromètre. Ce dernier peut donc toujours donner le temps de serrer les voiles, de descendre les mâts de hune, et d'éviter ainsi les plus graves accidents, ou même la perte totale du bâtiment. DUB...

BOURRE, poils de divers animaux sauvages ou domestiques, lesquels sont ordinairement courts et roides et par conséquent peu propres à être filés et tissus. On les emploie dans cet état à rembourrer des sièges et des coussins de difiPérents genres. Mais depuis quelques années ces bourres^ ont été utilisées dans la fabrication des tapis communs et même des étoffes grossières pour couvertures de chevaux, etc.

On désigne sous le nom de bourre de soie la soie plus grossière qui enveloppe les cocons et avec laquelle on est parvenu à faire de beaux tissus. On appelle encore bourre les déchets qui proviennentdes draps tondus ou cardés avec des chardons. En marine on nomme bourre ou valet, un tampon fait en mauvaises étoupes que l'on place après le boulet pour l'empêcher de

rouler hors de la pièce dans son inclinaison causée par le roulis du vaisseau ; quant aux armes portatives, elles se chargent avec des cartouches qui dispensent delà bourre ; enfin pour le chasseur, de l'étoupe, du papier, de la mousse, tout bt propre à faire de la bourre pour maintenir le petit plomb dans l'arme. X.

BOURRELET ou BovBLXT. Ce mot, qui a la même origine que ceux de bourre et de bure {voxes ces mots), dérivés* du latin burroy désignait autrefois une partie de l'habillement ou du vêtement de tête, qui servait communément à la coiffure des deux sexes, {roxez l'article Boiynit). Plus tard, les magistrats et les docteurs des universités conservèrent à^ leur chaperon un petit tour rond qui représentait l'ancien bourrelet, et les femmes se servirent également de bourrelets pour soutenir et arranger leurs cheveux. Longtemps après que le bourrelet avait totalement disparu de'la coiffure des hommes et des femmes en Europe, il était encore resté exclusivement celle du jeune âge. Ces bandeaux rembourrés et épais dont on ceignait la tête et le front des enfants avaient le désavantage de provoquer dans ces parties une transpiration abondante, qui, ne pouvant s'échapper, se concrétait et donnait naissance à ces croûtes appelées improprement croules de lait, ou à d'autres éruptions du cuir chevelu difficiles à guérir. Depuis que les pratiques d'une hygiène éclairée ont pénétré dans les masses, on a compris le vice de cette coiffure, et on l'a généralement remplacée par des bourrelets fort légers, composa de baleines ou de branches d'osier réunies simplement par des rubans et dégagés de tout l'attirail dont on les chargeait autrefois pour préserver, disait-on, du froid, ou prévenir les coups résultant des chutes de l'enfant. On sait aujourd'hui que la tête des enfants est douée d'une sorte d'élasticité qui rend ces chutes bien moins dangereuses qu'on ne le croyait; et nous conseillerons aux parents de faire disparaître entièrement après la première enfance toutes ces coiffures, qui sont plutôt des objets de luxe que de nécessité. Boorbbut, en termes de botanique et de jardinage, est cette excroissance que l'on remarque sur certaines parties des arbres, surtout aux greffés et aux boutures et sur le bord des plaies faites iTux arbres, qui après s'être refermées s'en recouvrent insensiblement. Dans l'arbre, comme dans l'homme, il n'y a point de régénération autre que celle de l'écorce et de la peau : le muscle emporté, détruit, etc., ne se régénère pas, U peau seule s'étend, ses bords se rapprochent et la cicatrice se forme; le bois entaillé, coupé,

Page 1