VISION. — myopie
L’augmentation de la presbytie suit le même cours chez les personnes qui se servent de verres suffisants et chez celles qui, sous l’influence d’un préjugé populaire, s’obstinent à lutter et à faire usage de verres trop faibles. Des maux de tête, des conjonctivites et peut-être même des cataractes et des glaucomes, résultent des efforts exagérés d’accommodation que certains presbytes imposent à leurs yeux par crainte de recourir aux lunettes en temps utile.
Quelques personnes évitent d’augmenter la force de leurs lunettes quand le besoin s’en fait sentir, par crainte de ne plus trouver de verres assez forts quand elles seront vieilles. Qu’elles se rassurent, la liste des verres du commerce contient les numéros 60, 48, 42, 36, 30, 24, 20, 18, 16, 15, 14, 13, 12, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3 72, 3 74, 3, 23/4, 2 7„ 2 7 » et 2, et rien n’empêcherait d’aller au delà. Dans cette liste, les échelons sont beaucoup plus nombreux qu’il n’est utile : sans s’attarder aux intermédiaires tels que 36, 30, 24..., il suffit de prendre successivement 42, 20, 13, 10. 8, 7.... etc. Avec cette série, il n’y a généralement besoin d’augmenter la force des verres que tous les six ou sept ans.
L’intensité de l’éclairage exerce une grande influence sur la vision des presbytes en agissant sur le diamètre de la pupille et, par conséquent, sur celui des images de diffusion que reçoit la rétine, si bien qu’au début de la presbytie les verres ne sont nécessaires qu’à l’éclairage artificiel ou par les temps sombres.
En résumé, les presbytes sont les personnes qui ont besoin de verres convexes pour travailler ; l’emploi de ces verres n’est jamais nuisible et on ne doit pas craindre de les prendre trop forts.
L’hygiène des presbytes, qu’ils soient emmétropes ou non, se résume à prendre sans crainte des lunettes dès que le punctum proximum s’éloigne assez pour que la lecture devienne fatigante. Ils s’en serviront d’abord par intermittences, pour les lectures prolongées du soir ou pour les travaux délicats, ils se résigneront à les employer de plus en plus souvent à mesure que le besoin s’en fera sentir et n’hésiteront pas à recourir à des verres de plus en plus forts.
On remarquera que nous n’avons pas chiffré la diminution d’accommodation qui constitue la presbytie : c’est qu’en effet le moment où l’homme devient presbyte dépend de diverses circonstances accessoires parmi lesquelles la nature et la quantité de travail qu’il demande à ses yeux jouent un rôle prépondérant. Telle personne de cinquante ans, paysan illettré ou dame du monde, ne sent aucune gêne quand, avec les mêmes yeux, elle serait dans un grand embarras, s’il lui fallait corriger des épreuves ou gagner sa vie à la pointe de son aiguille.
II. Myopie. — Tandis que l’œil emmétrope mesure environ vingtdeux millimètres d’avant en arrière, l’œil myope est plus long, et le degré de son élongation peut servir de mesure au défaut de l’œil. Nous dirons que la myopie légère résulte d’un allongement inférieur à un millimètre : une augmentation de longueur comprise entre un et trois millimètres
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constituera la myopie moyenne, tandis qu’une déformation plus marquée constituera la myopie grave.
La myopie a pour premier effet de nuire à la vision nette des objets lointains, dont les images viennent se peindre en avant de la rétine et à une distance d’autant plus grande de cette membrane que la myopie est plus forte : pour voir distinctement, le myope doit s’approcher des objets pour la myopie légère le ■punctum, remotissimum de la vision distincte est au delà de 33 centimètres, pour la myopie moyenne il est compris entre 33 et 11 centimètres, et enfin, chez les personnes affectées de myopie forte, le point le plus éloigné de la vision distincte est distant de moins de 11 centimètres.
De même que les verres convexes permettent aux presbytes de voir nettement en deçà de leur punctum proximum, les verres concaves don nent aux myopes la possibilité de distinguer les objets situés au delà de leur punctum remotissimum, mais, tandis que les presbytes sont obligés de quitter leurs bésicles pour voir au loin, les jeunes myopes peuvent voir d’assez près à travers les lunettes qui corrigent leur myopie et qui ont pour effet d’éloigner de leurs yeux tout le parcours de la vision distincte.
Supposons qu’un myope porte d’une manière permanente les lunettes correctrices exactes de son défaut, il cessera de pouvoir distinguer les objets voisins précisément à l’âge où les emmétropes deviennent presbytes. Au lieu de mettre pour lire des lunettes convexes par-dessus ses lunettes concaves, il sera conduit à quitter ses lunettes ou à en prendre de plus faibles pour le travail, et ce fait a donné naissance au préjugé d’après lequel les yeux myopes s’amélioreraient avec l’âge. Ce n’est pas la myopie qui a diminué, c’est le parcours de l’accommodation ; en d’autres termes, le punctum proximum s’est éloigné sans qu’il y ait eu déplacement du remotissimum.
Par suite de la diminution du parcours d’accommodation il peut arriver qu’un myope devienne presbyte sans cesser d’être myope. Par exemple, un vieillard dont le remotissimum est à un mètre et le proximum à cinquante centimètres de l’œil a besoin de verres concaves n° 40 pour voir nettement au loin et de verres convexes faibles pour bien distinguer les objets voisins.
Les recherches statistiques faites en Danemark par Tscherning, actuellement directeur-adjoint de notre laboratoire, ont montré nettement qu’il existe deux espèces de myopie, l’une organique et l’autre acquise. La première est une maladie grave, mais relativement rare, dont la description ne saurait trouver place ici, tandis que nous devons insister sur la myopie acquise, dont la fréquence augmente de jour en jour dans les pays civilisés et qui amène souvent des conséquences très-fâcheuses quand on néglige les précautions dont il sera question plus loin.
On ne connaît pas bien le mécanisme par lequel certains yeux contractent la myopie, mais on sait que cette affection se développe rarement chez les jeunes enfants, et rencontre son terrain de prédilection parmi les élèves de l’enseignement secondaire. Chez les sujets prédisposés, l’œil