‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 99 sur 143 · VIPÈRE. — ACTION NOCIVE. PHARMACOLOGIE · texte numérisé non relu

VIPÈRE. — ACTION NOCIVE. PHARMACOLOGIE

çant et se confondant dans un lacis inextricable. Au printemps, elles sortent de cette période , d’engourdissement et s’accouplent en se rapprochant si intimement que le mâle et la femelle paraissent ne plus former qu’un seul corps à deux têtes. La gestation dure environ huit mois; le nombre des petits d’une même portée varie de douze à vingt-cinq ; comme le rappelle le nom générique, ils éclosent dans le ventre de la mère.

Action nocive. — Nous ne reviendrons pas sur les détails dans lesquels nous sommes entré relativement à l’appareil vénénifique et au venin de ces reptiles ( Voy . art. Serpents et art. Venin), mais nous croyons devoir insister sur le danger que présente leur morsure. Certes, les croyances populaires portent la trace de mainte exagération, mais on ne saurait partager l’optimisme de divers naturalistes et médecins qui, contestant toute action réellement nocive, se refusent à admettre que la Vipère puisse déterminer chez l’homme des accidents mortels.

Telle était l’opinion deFontana, et l’on voit qu’elle compte encore des partisans ; elle ne peut être maintenue en présence des faits nombreux et hautement démonstratifs qui ont été récemment recueillis par de savants praticiens dont l’autorité ne saurait être contestée.

Au commencement de ce siècle, Paulet, Fodéré, Dubelat, Hervez, Prina, Goupil, avaient déjà publié plusieurs observations des plus démonstratives établissant de la façon la plus irréfragable que chez l’homme la morsure de la Vipère est souvent mortelle. Plusieurs de nos contemporains ont apporté des faits nouveaux et dont la signification ne saurait être méconnue. Dans l’Ouest de la France, Viaud Grand-Marais a rassemblé de nombreux cas mortels dus aux Vipères, et surtout au Vipera Aspis : sur 562 cas de morsure enregistrés par cet auteur, il y eut 63 cas de mort chez l’homme, dont 23 à Nantes, 12 à Paimbœuf, 2 à Saint- Nazaire, 4 à la Roche-sur-Yon, etc. La mort ne fut jamais subite, elle survint une à deux heures après la morsure, 40 fois au bout de vingtquatre heures. Dans l’Est, Pérut a signalé un cas de mort après plusieurs jours; en Auvergne, Frédet a constaté de nombreux cas également mortels : on ne saurait donc trop se mettre en garde contre des accidents beaucoup plus graves qu’on ne l’admet en général.

Nous ne reviendrons ni sur les effets du venin, ni sur le traitement qui doit lui être opposé, nous bornant à rappeler que la ligature, les ventouses, la succion, la cautérisation, l’administration de boissons chaudes, aromatiques ou alcooliques, sont particulièrement indiquées.

Pharmacologie. — Les Vipères tenaient une large place dans l’ancienne Pharmacopée ; elles entraient dans la composition du bézoard animal, de la thériaque, etc. Leur chair était ordonnée en infusion vineuse, en gelée, en bouillons, en sirop, en électuaires, en poudre obtenue par dessiccation lente à l’ombre, etc. Desséchées, réduites en poudre, incorporées avec du mucilage de gomme adragante et du baume du Pérou, elles servaient à fabriquer des trochisques que l’on préparait surtout à Montpellier et à Venise. Le foie, dans lequel on localisait alors la sécrétion vénénifique, était particulièrement ordonné, soit en poudre, soit grillé.

VISION. - PRESBYTIE.

La thérapeutique moderne a justement abandonné toutes ces prépara tions « monstrueuses », selon l’expression de Fée. L’usage médical des Vipères n’offrait qu’un avantage : objet d’une commerce important, trèsrecherchés et chassés sans relâche, cesreptiles se trouvaient ainsi détruits dans une proportion notable. Aujourd’hui leur nombre tend à s’accroître, et l’on doit souhaiter que, suivant l’exemple de quelques municipalités, on encourage leur destruction par des primes spéciales. Au congrès de Clermont-Ferrand (1876) Verneuil et Chauveau ont justement insisté sur la nécessité de ces mesures qui devraient être appliquées sur tout le territoire.

Ciiaras (Moyse), Nouv. expér. sur la vip., -1669. — Fontana, Traité sur le venin de la vipère, 1781. — Paulet, Obs. sur la vip. de Fontainebleau, 1805. — Decerfs, Essai sur la morsure des serpents venim. de la France, th. de Paris, 1807. — Veyrives, Diss. sur la morsure de la vip. et son trait., th., 1817. — Boneao (de Nemours), Observ. sur la mors, de la vip., th.. 1828. — Ddméril et Bibros, Erpétologie, Paris, 1851, t. VII. — Soobeiras (L.), Delà vipère, th. Paris, 1855. — Gervais et van Beneden, Zoologie médic., t. I, 1859. — Stradch, Synopsis de vipérides, 1869. — Viaud Grand-Marais, Et. méd. sur les serp. de la Vendée et delà Loire- Inf., 1867-1869 ; De la léthalité des morsures des vip. indigènes (ilsa. fr. four V Avancement des Sciences , Congrès de Nantes, 1875). — Frédet, Morsure de la vip. en Auvergne (ibid., (Congrès de Clermont-Ferrand, 1876). — Pérüt, Gravité des morsures de vipère (Revue méd. de l'Est , 1876).

Joannes Chatin.

VIRUS. Voy. Contagion.

VISION. — La physiologie des impressions visuelles ayant été traitée aux articles Accomodation, 1. 1, p. 210, Ophthalm o scohe , t. XXIV, p. 217, Rétine et la vision binoculaire ayant été étudiée à propos du Strabisme, t. XXXIII, il ne nous reste à parler ici que des phénomènes optiques de la vision. Les mots hypermétropie et myopie renvoyant à Vision et l’article Astigmatisme n’étant pas au courant des nouvelles découvertes, nous avons à traiter ici des anomalies de la réfraction et de l’accommodation dans leur ensemble. Nous exposerons la manière de reconnaître ces anomalies et nous tracerons la conduite à suivre en présence de chacune d’elles. La presbytie, la myopie, Y hypermétropie, Y astigmatisme et Y anisométropie, nous fourniront donc la matière de cinq paragraphes ; nous passerons ensuite à la description sommaire des procédés de mensuration et nous terminerons par quelques conseils d’hygiène.

I. Presbytie. — Comme son nom l’indique, la presbytie est une altération de l’œil qui survient chez les gens âgés.

Depuis les mémorables expériences de Thomas Young, on sait que Y accommodation, ou mise au point pour les objets voisins, se fait parle moyen d’une augmentation de convexité du cristallin; on a démontré depuis que cette déformation résulte de la contraction d’un muscle circulaire, logé derrière l’iris, et qu’on nomme muscle de Brücke, muscle ciliaire ou tenseur de la choroïde. Le cristallin se bombe d’autant plus que ce muscle se contracte davantage. Quand le muscle est entièrement relâché, l’action réfringente du cristallin est faible; elle atteint son maximum lorsque le muscle est le plus fortement contracté. L’œil qui

VISION. - PRESBYTIE.

accommode peut donc voir nettement des objets d’autant plus voisins que le cristallin est plus souple ou que le muscle ciliaire est plus fort.

Il faut abandonner l’ancienne expression de distance de la vision distincte et ne plus parler que d’un parcours de la vision distincte, limité par deux points, remotissimum et proximum, le premier de ces points étant à l’infini pour l’oeil emmétrope, qu’il soit ou non presbyte.

C’est avec intention que nous employons cette expression à' œil emmétrope, qui n’est pas synonyme d'œil normal ; elle s’applique à l’œil qui est optiquement normal, c’est-à-dire qui n’est ni myope ni hypermétrope.

On verra plus loin que les hypermétropes et que certains myopes peuvent devenir presbytes. Nous devons examiner d’abord les phénomènes qui accompagnent la presbytie chez les emmétropes, c’est-à-dire chez les personnes dont les yeux sont construits de manière à recevoir des images nettes sur la rétine quand l’accommodation est complètement au repos.

Avec les progrès de l’âge chez tous les hommes, le parcours de l’accommodation diminuegraduellement, si bien que, le punctum remotissimum restant à peu près invariable, le punctum proximum s’éloigne peu à peu.

Vers l’âge de quarante à quarante-cinq ans ce point est déjà assez loin, chez l’emmétrope, pour que les objets tenus à la main soient situés en deçà du parcours de la vision distincte.

C’est cette modification qui constitue la presbytie.

On voit que ce défaut de la vue est purement optique et n’est point un affaiblissement réel, et d’ailleurs il est à remarquer que les yeux presbytes sont généralement très-solidement constitués et sont rarement atteints d’un certain nombre de maladies graves, telles que le décollement de la rétine.

A mesure que la presbytie augmente, l’emmétrope est contraint d’éloigner les objets de plus en plus pour voir nettement. Il arrive bientôt un moment où cet artifice devient insuffisant, car un éloignement trop considérable est fort incommode pour le travail et, de plus, la possibilité de voir nettement à la condition de s’éloigner est de nulle ressource quand il s’agit de petits objets, tels qu’une impression fine, qui devient indéchiffrable pour le presbyte un peu avancé. En effet, il ne peut la lire de près, car elle se trouverait située en deçà du parcours de son accommodation, et il ne gagne guère à s’éloigner, car alors l’image rétinienne devient trop petite pour qu’il soit possible d’en faire usage pour lire.

Tout le monde sait comment et pourquoi les verres sphériques convexes permettent aux presbytes de se tirer fort bien d’embarras : la convexité du verre vient suppléer à l’impossibilité où i's se trouvent de bomber d’une manière permanente leur cristallin pendant la lecture. Mais par ce moyen le parcours de l’accommodation se trouve déplacé; en même temps que le punctum proximum est ramené à une distance suffisamment petite, le punctum remotissimum, qui était à l’infini pour l’œil nu, se trouve également rapproché, de telle sorte que le presbyte est obligé de regarder par-dessus ses lunettes quand il veut voir nettement les objets lointains.

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