‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 101 sur 143 · VISION. - MYOPIE · texte numérisé non relu

VISION. - MYOPIE

s’adapte d’une manière permanente aux exigences d’un travail assidu; au lieu de s’accommoder transitoirement, par une augmentation de convexité du cristallin, il s’allonge de manière à rendre inutiles les contractions du muscle ciliaire. Cet allongement graduel ne va pas sans altérations des tuniques oculaires: la choroïde et la rétine en font les frais et l’augmentation de la myopie est le moindre des inconvénients à redouter en pareil cas.

Les auteurs répètent à l’envi l’erreur mise en circulation il y a vingt ans, d’après laquelle la convergence pendant la vision des objets voisins serait la cause principale d’aggravation de la myopie, quand il est aisé de remarquer que la perte totale d’un œil n’arrête en aucune façon les progrès de la myopie de l’autre, bien qu’alors on ne puisse plus invoquer l’influence de la convergence.

Dans notre opinion, pour les yeux menacés de myopie progressive, le commencement et la fin de la sagesse consistent à supprimer tout effort d’accommodation, en réglant la distance des yeux à l’ouvrage et en prescrivant des verres strictement suffisants. Depuis plusieurs années, nous appliquons cette règle dans toute sa rigueur, et, sauf dans les cas de myopie organique, nous voyons habituellement le mal s’arrêter net chez les personnes qui se conforment scrupuleusement à nos conseils.

Nous voilà loin des oculistes d’il y a vingt-cinq ans, qui faisaient, toujours et quand même, la guerre aux lunettes, et nous voilà plus loin encore de certains théoriciens modernes qui font porter en permanence les lunettes exactement correctrices de la myopie. Les uns et les autres ont sur la conscience d’innombrables myopies devenues progressives et qui, convenablement traitées, seraient restées stationnaires.

Si le public se trompe en attribuant aux yeux myopes une solidité exceptionnelle, la plupart des oculistes nous semblent, au contraire, pousser trop au noirlapeinturedes symptômes qui accompagnent la myopie progressive, car les myopes les plus malheureux viennent seuls consulter le spécialiste dont l’esprit reste frappé par la gravité des accidents dont ces malades sont atteints. Cette impression est d’autant plus vive que les grands myopes sont souvent des hommes d’étude, dignes d’un intérêt tout particulier. Pour former une appréciation correcte des faits, il faut prendre pour guide l’observation de ce qui se passe chez les myopes observés partout ailleurs que dans le cabinet du spécialiste : c’est, ce que nous allons faire, et à chaque étape nous indiquerons les mesures d’hygiène qu’il faudrait opposer au mal.

Si l’on compulse une centaine de statistiques publiées à l’étranger, on est conduit à admettre que la myopie, rare chez les très-jeunes enfants, débute habituellement vers l’âge de huit ou dix ans et commence par être légère : nous avons d’ailleurs vérifié le fait en France en examinant la vue de nombreux enfants dans plusieurs écoles primaires publiques et dans deux grands établissements libres d’enseignement secondaire. C’est donc pendant le premier âge scolaire qu’il faut apporter le plus grand soin à empêcher les enfants de s’approcher trop de leurs livres et de

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leurs cahiers. C’est pour leur en faciliter les moyens qu’il importe de veiller à l’éclairage des classes, à la bonne impression des livres, à la disposition convenable des tables et des bancs. Il faut surtout adopter des méthodes d’écriture qui soient compatibles avec une bonne attitude des élèves.

Nos statistiques démontrent que la myopie n’est pas franchement héréditaire. Il existe une prédisposition héréditaire, mais la mise en pratique des précautions que nous venons d’énumérer permettra généralement aux enfants issus de parents myopes de garder une vue normale, et inversement l’omission des règles d’hygiène fera surgir de nombreux cas de myopie même parmi les enfants dont les parents ont une vue absolument régulière.

Quand on a négligé de couper le mal dans sa racine et qu’on a laissé la myopie apparaître, il est encore possible, le plus souvent, d’en arrêter les progrès. Nous avons quelquefois vu disparaître un commencement de myopie chez des enfants à qui nous avons fait porter des verres convexes pour supprimer tout effort d’accommodation. Nous avons souvent vu le défaut rester tout à fait stationnaire chez des écoliers à qui nous recommandions de n’employer qu’un lorgnon tenu à la main pour regarder le tableau noir ou les cartes géographiques, de manière à se servir de leurs yeux sans aucun verre correcteur pour lire et pour écrire ; il est rare, au contraire, que la myopie ne progresse pas d’année en année chez les écoliers qu’on arme de lunettes ou de pince-nez qui leur suffisent pour voir au loin, mais qui les forcent à faire des efforts en lisant ou en écrivant.

Plus tard, quand la croissance est terminée, on peut être moins réservé ; il n’est pas rare en effet de rencontrer des adultes qui portent en permanence et sans aucun inconvénient les verres correcteurs exacts. Nous trouvons plus prudent de ne pas autoriser les enfants ni même les adolescents à se permettre cet agrément.

La prescription de travailler sans lunettes, excellente dans la myopie faible, présenterait des inconvénients quand le mal est plus avancé : dans la myopie moyenne il devient nécessaire de faire porter pour la lecture des verres qui corrigent une partie du défaut, de manière à permettre la vision distincte d’objets situés à une distance de trente ou trente-cinq centimètres ; des verres supplémentaires trouvent alors leur emploi pour faciliter la vision des objets lointains. En procédant ainsi on peut souvent arrêter les progrès de la myopie de degré moyen.

Nous croyons que la progression de ces myopies chez les sujets qui ne portent pas de verres pour travailler est imputable aux variations de l’accommodation pendant la lecture ( Voy . p. 548).

Il serait difficile de donner ici des indications sur ce qu’il convient de faire quand la myopie atteint un degré élevé : la conduite à suivre diffère suivant les cas et le parti à prendre est dicté par l’aspect du fond de l’œil examiné à l’ophthalmoscope.

En résumé, surtout pendant l’enfance et pendant la jeunesse, il est presque toujours possible d’arrêter la myopie progressive et, quand on l’a

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rendue stationnaire avant qu’elle soit devenue trop forte, le mal est fort tolérable et reste compatible avec l’emploi le plus assidu des yeux; un léger degré de myopie présente même, pour l’homme d’étude, l’avantage de lui permettre de lire sans lunettes jusqu’à un âge assez avancé. La même sécurité n’existe pas quand la myopie est trop forte pour qu’il soit possible de lire sans lunettes à une distance de trente ou trente-cinq centimètres, et dans ce cas une extrême prudence est d’autant plus nécessaire qu’en général les progrès du mal sont lents et que l’absence de tout symptôme fâcheux endort le myope dans une trompeuse sécurité jusqu’à ce que des accidents sérieux l’obligent à demander un conseil précisément au moment où le mal est au-dessus des ressources de l’art.

III. Hypermétropie. — On a vu plus haut qu’une myopie légère est compatible avec la presbytie : cette remarque suffit pour indiquer que la presbytie n’est pas le contraire de la myopie, comme on se le figure souvent. L’opposé de la myopie est un état auquel Donders a donné le nom d 'hypermétropie et qui a été constaté dès 1772 par Jean Janin, dans les termes suivants :

« Tous les physiologistes et les physiciens ont dit qu’il y a trois sortes de vue, savoir : la myope, la presbyte et la vue parfaite. De ces trois espèces de vue, il n’y en a que deux de naturelles, qui sont la vue ordinaire et la myope, car la presbytie n’est qu’accidentelle, puisqu’elle

n’affecte que les vieillards . Je ne sache pas qu’aucun auteur ait fait

mention d’aucune autre espèce de vue naturelle : cependant il en existe, mais on doit les considérer comme des phénomènes, eu des écarts de la

nature. L’observation suivante en est un exemple . Quoique les yeux

du sieur Silva représentassent, par leur grande sphéricité, des yeux myopes, ils ne l’étoient cependant pas, puisque les lunettes concaves, bien loin de lui être favorables, lui causoient au contraire une plus grande confusion dans l’objet aperçu, il n’y avoit que les lunettes qu’on appelle mi-eataractes qui lui fussent utiles, ce qui fait présumer, avec quelque espèce de raison, que la vue de son organe a beaucoup d’analogie avec l’œil d’une personne qui a souffert l’opération de la cataracte. . . ; »

Il est difficile de mieux définir l’hypermétropie, et depuis Janin nombre d’oculistes et d’opticiens ont constaté la fréquence de ce défaut de vue et lui ont dônné les noms d’hyperopie ou d’hyperpresbyopie. Ce dernier nom doit être abandonné, car les yeux qui, à l’inverse des myopes, trouvent avantage à l’emploi des verres convexes pour la vision des objets lointains, sont affectés, comme l’explique Janin, d’un défaut naturel, qu’il ne faut pas confondre avec la presbytie, laquelle est une diminution de l’accommodation résultant de l’âge. A l’inverse des yeux myopes, qui sont trop longs, les yeux hypermétropes sont trop courts, il en résulte que les images des objets lointains viendraient se former en arrière de la rétine, si ces yeux ne faisaient pas des efforts d’accommodation.

Tandis que l’excès de longueur de l’œil myope peut dépasser six millimètres, le défaut de développement de l’œil hypermétrope se chiffre généralement par une fraction de millimètre. L’hypermétropie ne réduit le

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parcours d’accommodation que par son extrémité voisine de l’œil, si bien que pendant une partie de la vie la vision des objets éloignés reste nette et que, dans la jeunesse, le seul symptôme de l’hypermétropie est un recul du ‘punctum, proximum. Sauf dans les cas d’hypermétropie forte, ce recul passe inaperçu pendant bien des années, si bien que la plupart des personnes exemptes de myopie sont hypermétropes sans s’en douter. Il est clair que les hypermétropes deviennent plus ou moins prématurément presbytes, selon le degré du vice de construction de leurs yeux. Il n’est pas très-rare de voir des jeunes gens donner un démenti à l’étymologie et devenir presbytes : ce sont des sujets fortement hypermétropes-

Tout aussi bien que les presbytes ont avantage à recourir à des verres convexes de force suffisante, il n’existe aucune raison pour priver les hypermétropes de ce secours dès que leur vue commence à se fatiguer. Tant qu’ils sont jeunes, il leur suffit de faire usage de verres pour le travail, mais à mesure que leur accommodation faiblit, ils trouvent avantage à les garder pour voir au loin. Enfin, vers l’âge de 45 ans, les hypermétropes commencent à devoir employer deux paires de verres, l’une plus faible, pour voir au loin, et l’autre pour lire. Comme les emmétropes devenus presbytes, ils doivent augmenter tous les cinq ou six ans la force des lunettes qui leur servent pour le travail.

Chez les jeunes sujets, une grande partie de l’hypermétropie est généralement latente, ou, en d’autres termes, l’accommodation vient masquer l’hypermétropie à tel point que les verres convexes ne sont pas supportés pourvoir au loin ou que, tout au moins, le sujet n’accepte que des verres partiellement correcteurs. Il suffit généralement, pour satisfaire le malade, de neutraliser son hypermétropie manifeste, à la condition de le prévenir qu’il faudra graduellement recourir à des verres’ plus forts. Tandis que, dans la jeunesse, l’hypermétropie manifeste est généralement très-inférieure à l’hypermétropie totale, chez les vieillards, cette dernière apparaît en entier et l’hypermétropie latente disparaît.

La connaissance de la fréquence de l’hypermétropie, la pratique, suivie maintenant, de prescrire sans crainte des verres convexes de force suffisante pour en corriger les effets fâcheux, constituent un des plus utiles progrès de l’ophthalmologie moderne, car le nombre est grand des personnes auxquelles on rend ainsi l’usage de la vue au lieu de les déclarer, comme autrefois, atteintes d’asthénopie incurable.

IV. Astigmatisme. — Tandis que le public et les opticiens ont des notions plus ou moins nettes sur la presbytie et la myopie, et que les oculistes savent tous reconnaître l’hypermétropie, il faudra bien des années encore pour que V astigmatisme, le plus fréquent des défauts de l’œil, soit connu autant qu’il importerait dans l’intérêt des personnes innombrables qui en souffrent.

En créant le nom d 'astigmatisme pour désigner ce défaut, Whewell voulait rappeler que, dans les yeux qui en sont affectés, l’image d’un point lumineux extérieur ne vient pas se peindre en un point mathématique de la rétine. 1

VISION. — ASTIGMATISME.

La découverte de l’astigmatisme est due au célèbre physicien et médecin Th. Young, qui constata l’existence de ce défaut dans un de ses yeux et prouva, par des expériences extrêmement ingénieuses, que l’irrégularité de cet œil siégeait dans le cristallin. Le cas de Th. Young était exceptionnel, car, en général, l’astigmatisme reconnaît pour cause une déformation de la cornée.

On sait qu’on appelle solide de révolution tout corps qui pourrait se

fabriquer sur un tour : une toupie, un gland, un œuf sont autant de

solides de révolution. Un œuf, un oignon, sont des solides de révolution d’une forme particulière ; en effet, coupés par des plans passant par leur axe, ces solides ont pour sections des ellipses. Dans l’œuf, c’est le grand axe, dans l’oignon, c’est le petit axe de ces ellipses qui coïncide avec l’axe de révolution. Tout solide de révolution qui, coupé par un plan passant par Taxe, a pour section une ellipse, porte le nom d 'ellipsoïde de révolution. — Il n’est pas beaucoup plus difficile de se figurer un ellipsoïde qui ne soit pas de révolution. En effet, si les dômes de nos monuments publics sont des ellipsoïdes de révolution, cela tient à ce que l’espace à couvrir est circulaire; si l’on se proposait de construire une coupole, de forme aussi simple que possible, destinée à recouvrir une aire elliptique, la surface de cette coupole cesserait d’être celle d’un solide de révolution, tout en restant ellipsoïdale. C’est précisément une surface de ce genre qui constitue la cornée de l’œil astigmate.

Dès 1810, Gerson (de Hambourg), dans une dissertation inaugurale, cite une lettre du mathématicien Fischer, qui, sans connaître les travaux de Th. Young, avait découvert l’astigmatisme sur lui-même et avait prouvé que ce défaut reconnaît le plus souvent pour cause une irrégularité de forme de la cornée. Les travaux de Fischer et de Gerson passèrent tout aussi inaperçus du public médical que ceux de Th. Young.

En 1818, un élève du célèbre peintre Gros, ennuyé de voir le maître ajouter toujours des traits horizontaux sur ses dessins, constatait qu’en effet ses yeux distinguaient mal les lignes horizontales. Après de nombreuses tentatives, Cassas finit par se faire tailler à Rome, par l’opticien Suscipi, des verres qu’il nous montra en 1865, qui lui donnèrent pleine satisfaction pendant bien des années, et que nous possédons encore. Ces verres, convexes sphériques en avant, affectent du côté de l’œil la figure d’un tore concave. — De même, en 1827, Airy, le directeur de l’observatoire de Greenwich, remarquait que, malgré le secours du verre concave le mieux approprié, son œil gauche voyait les étoiles sous forme de traits lumineux. Il observa ensuite que, pour cet œil, une croix tracée sur un papier n’était visible nettement à aucune distance; à la condition d’incliner le papier de manière que l’un des bras de la croix formât un angle de 35° avec la verticale, il pouvait voir alternativement avec netteté l’une ou l’autre des lignes en se mettant plus ou moins loin du papier.

Ces observations de Th. Young, de Cassas, d’Airy, restèrent longtemps isolées. Elles ont trouvé maintenant leur place dans les livres classiques,

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et cela non sans inconvénient, car la plupart des oculistes, sur la foi de Thomas Young, attribuent encore aujourd’hui au cristallin un rôle important dans la production de l’astigmatisme, et, conformément à ce qu’avaient observé Airy et Cassas, nous avons longtemps cru à l’invariabilité de l’astigmatisme chez une même personne pendant toute la vie.

De plus, d’après la description de ces cas d’astigmatisme très-marqué, on se figure que ce défaut de vue se révèle toujours par une différence de netteté dans la vision des lignes différemment orientées. Il en résulte que le défaut de vue qui nous occupe passe le plus souvent inaperçu du malade et du médecin.

C’est au colonel du génie Goulier, alors capitaine et professeur à l’École d’application de Metz, que revient l’honneur d’avoir reconnu la fréquence de l’astigmatisme et d’avoir, le premier, rendu la netteté de la vue à un grand nombre de personnes par le moyen de verres cylindriques. Dès le 12 juillet 1852, il consignait le résultat de ces observations dans un pli cacheté qu’il fit ouvrir en 1865, et dont le contenu fut alors reproduit dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences. Cependant, dès 1854, une voie nouvelle avait été ouverte par Helmholtz qui, peu de temps après son . invention de l’ophthalmoscope, mit aux mains des oculistes son ophlhalmomètre, instrument auquel il attacha une telle importance qu’il le fit figurer, vingt ans après, au premier plan des accessoires qu’on remarque sur son portrait, peint par Knaus. Cet instrument permet en effet de mesurep avec une grande précision le rayon de courbure de la cornée sur le vivant, et Knapp, Donders, Mandelstamm, Voinow, Reuss et Mauthner, s’en servirent pour effectuer des mensurations qui donnèrent quelques renseignements sur la forme de la cornée humaine.

Pendant plus de vingt-cinq ans, personne n’osa se demander si l’ophthalmomètre n’était pas susceptible de quelque perfectionnement, quand notre confrère Schiôtz, de Christiania, vint s’associer pendant un an aux travaux de notre laboratoire et voulut faire de l’ophthalmométrie. Rebutés par les difficultés excessives de la manœuvre de l’instrumentd’Helmholtz, nous fûmes conduits à y introduire successivement divers changements dont le succès nous amena graduellement à faire construire, par l’habile opticien Laurent, un ophthalmomètre d’unmodèle tout différent, que nous pûmes montrer à Helmholtz lors du voyage qu’il fit à Paris en 1881 (fig. 69). Cet instrument permet de mesurer l'astigmatisme de la cornée plus exactement et surtout beaucoup plus rapidement que cela ne pouvait se faire avec le dispositif d’Helmholtz, si bien qu’en une journée nous, pouvons effectuer plus de mensurations d’astigmatisme qu’il n’en a été fait en vingt-cinq ans par tous les observateurs. qui ont employé l’ophthalmomètre primitif.

Grâce à cette facilité nouvelle, Nordenson a ophthalmométré en quelques séances tous les yeux des élèves de l’école Alsacienne ; Henri Bouchut en a fait autant à l’école Monge, et parmi les confrères qui sont entrés dans cette voie, de Wecker à Paris, Angelucci à Rome, Laqueur à Strasbourg, Martin à Bordeaux, Vacher à Orléans, Pfalz à Kônigsberg, ont publié

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d’importantes monographies qui font bien ressortir le rôle prépondérant joué par l’astigmatisme dans différentes maladies oculaires. Par l’emploi de cet instrument nous avons pu démontrer la fréquence de l’astigmatisme latent, dont la connaissance est aussi indispensable que celle de l’hypermétropie latente.

Dans l’ordre naturel des choses, les yeux ont une force de résistance tout à fait extraordinaire; les personnes qui ont une bonne vue peuvent travailler indéfiniment, de jour et de nuit, sans aucune fatigue et sans aucun inconvénient pour leurs yeux, et elles peuvent continuer ainsi jusqu’à l’âge le plus avancé, sans autre condition que d’avoir à prendre des verres convexes quand elles deviennent presbytes. Il n’en est plus de même pour les personnes dont la vue est défectueuse : leurs yeux, sous l’influence de la fatigue, contractent une série d’inflammations de la conjonctive, des paupières ou de la cornée, qui résistent à tous les collyres et qui disparaissent comme par enchantement devant l’emploi de verres appropriés : or parmi ces verres les cylindriques tiennent le premier rang, car c’est précisément l’absence d’astigmatisme qui caractérise un œil régulièrement construit. Toutes les fois qu’une personne se plaint de sa vue, s’il ne s’agit pas du retentissement d’une maladie générale de l’organisme, ou d’une de ces maladies infectieuses dont l’étude a fait de si grands progrès dans ces derniers temps, il faut rechercher l’astigmatisme-

* 0, oculaire; E, cadran divisé; G, goupille; W, tube contenant le 1" objectif ; MM’, mires; X, vis; p, écran.

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La qualité d’un œil est si bien liée à son astigmatisme qu’on peut affirmer presque à coup sûr, chez les slrabiques, la présence d’un astigmatisme plus fort sur l’œil dévié que sur l’œil sain : aussi les oculistes qui savent manier l’ophthalmomètre prennent-ils l’habitude d’y faire passer les malades avant même de les examiner à l’ophthalmoscope.

On peut lire dans certains auteurs qu’il existe dans la plupart des yeux sains un astigmatisme normal ou physiologique dont il est inutile de tenir compte : c’est aussi faux que si l’on parlait d’un emphysème normal ou physiologique.

Il est vrai de dire que de faibles degrés d’astigmatisme sont souvent négligeables en pratique. Il est plus difficile de fixer à partir de quel degré le défaut mérite d’être corrigé, car ici une foule d’influences, telles que la profession, l’état général de santé de l’individu et surtout son âge, viennent influer fortement sur nos déterminations. C’est ainsi que nous avons suivi jour par jour depuis quarante-cinq ans les impressions d’un sujet affecté d’un astigmatisme ! nullement excessif. Jusqu’à l’âge de vingt -deux ans, malgré un peu d’hypermétropie, la vue de notre ami était restée tout à fait excellente, car il distinguait parfaitement à l’œil nu six ou sept étoiles dans le groupe des Pléiades. Étant élève à l’École des Mines, il fut pris d’une légère asthénopie et d’une conjonctivite tenace pour laquelle les deux plus célèbres oculistes de Paris lui infligèrent les traitements les plus cuisants et une interruption d’études. Un nouveau venu, disciple de Donders, diagnostiqua un astigmatisme physiologique et ne prescrivit pas de verres. Notre patient construisit alors un optomètre avec lequel il mesura le défaut de sa vue, et depuis qu’il porte des verres cylindriques sa conjonctivite a disparu. Depuis vingt ans il peut employer impunément la nuit à lire en chemin de fer, après avoir passé la journée dans une galerie de tableaux et la soirée au théâtre. Au lieu de se faire agriculteur, comme on le lui conseillait, il a étudié la médecine et ne s’est jamais privé de passer des jours et des nuits à travailler au bureau et au laboratoire ; il est peut-être permis de lui pardonner, s’il parle avec trop d’enthousiasme des verres cylindriques qui ont radicalement transformé son existence. Le point le plus important de cette observation, prolongée pendant tant d’années, c’est que l’astigmatisme de notre homme a augmenté graduellement, et que la mesure ophthalmomètrique de ses cornées, pour laquelle je dois m’en rapporter à la mesure faite par un confrère, démontre qu’il y avait d’abord un astigmatisme latent et que l’astigmatisme manifeste est actuellement supérieur à celui des cornées.

Cette possibilité d’une accommodation astigmalique du cristallin, dont nous avons réuni de nombreux exemples depuis trois ans, donne la clef d’un fait que nous constations en ces termes en 1881 : « Le même « degré d’astigmatisme qui ne cause aucune gêne jusqu’à quinze ans « est une cause de fatigue à vingt ans et devient absolument insuppor- « table à trente ou quarante. » L’accommodation astigmatique permet également de comprendre pourquoi le même degré d’irrégularité des

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cornées peut être considéré comme négligeable chez un paysan illettré et mériter au contraire une correction par les verres chez une couturière ou un savant. Elle nous explique enfin comment tant de cas d’astigmatisme passent inaperçus.

C’est ainsi que dans les premiers jours d’avril 1877 les journaux publiaient une lettre du peintre Marchai qui venait de se suicider et dont nous reproduisons le début :

« Mon cher Paul, ma vue est dérangée. Quand je veux peindre ou dessiner, l’objet est doublé d’une façon presque imperceptible ; cela suffit pour m’empêcher de produire! C’est une espèce de taquinerie nerveuse de l’œil qui n’a l’air de rien. Pour un peintre, c’est la mort. Voilà bientôt un an que j’éprouve ce supplice, que je croyais voir cesser. Il s’éternise...; Puisque la vie renonce à moi, je n’ai pas le choix, il faut renoncer à elle, etc. »

Assurément les cas où l’astigmatisme conduit à un dénoûment tragique sont rares, mais le nombre de gens que ce défaut de vue a obligés à renoncer à leur profession est incalculable, et, pour en diminuer le nombre, on ne saurait trop répéter que l’astigmatisme est le plus fréquent des défauts de la vue, que, grâce à l’accommodation, il n’est nullement incompatible avec une acuité visuelle normale et qu’il ne se manifeste le plus souvent que par de l’asthénopie.

Il importe de savoir aussi que l’astigmatisme est une cause de myopie, car nous avons dit plus haut que la myopie se produit de préférence chez les écoliers qui regardent de trop près, et il est concevable que l’astigmate soit porté à rapprocher ses yeux des objets, surtout si ce sont des livres imprimés trop fin et si l’éclairage est insuffisant. Les chiffres de la statistique faite par Nordenson à V école Alsacienne viennent à l’appui de cette thèse : en effet, pas un seul des myopes de cette école n’était exempt d’astigmatisme.

Par un singulier contraste, l’astigmatisme peut être un préservatif de la myopie : en effet, quand un sujet est affecté de degrés très-inégaux d’astigmatisme aux deux yeux, l’œil le moins astigmate, étant seul capable de vision nette, est seul employé pour l’étude et devient myope, tandis que l’autre reste intact. Nous avons vu d’assez nombreux cas de ce genre, ce qui prouve l’erreur de ceux qui fondent l’étiologie de la myopie progressive sur l’action des muscles droits internes, par une théorie qu’on a généralement admise jusqu’ici sans la comprendre parce qu’elle est en effet inintelligible. Chez les sujets dont nous parlons, l’astigmatisme du meilleur œil est partiellement latent, tant que la myopie est faible, et celui de l’œil le moins bon est généralement manifeste en totalité, ce qui prouve aussi l’erreur de ceux qui admettent une relation étroite entre la convergence et l’accommodation.

A première vue, les verres cylindriques, montés en lunettes, ne diffèrent pas des verres sphériques, car, tandis que la surface de ces derniers est empruntée à une sphère de rayon assez grand pour que leur courbure soit à peine sensible, les verres cylindriques sont taillés selon la surface

VISION. - ASTIGMATISJ

d’un cylindre dont le rayon est assez grand pour qu’il faille, tout au moins pour les faibles numéros, les examiner de fort près pour en remarquer la convexité ou la concavité.

L’emploi des verres cylindriques n’exclut en aucune façon celui des verres sphériques, convexes ou concaves. Rien n’empêche de faire tailler l’une des surfaces du verre suivant une forme sphérique pour corriger la myopie, la presbytie ou l’hypermétropie, et l’autre surface suivant une forme cylindrique, qu’on choisira convexe ou concave, suivant les cas.

La prescription d’un verre se compose de trois chiffres qui indiquent la position de l’axe du cylindre et les rayons de courbure du cylindre et de la sphère. Ces trois quantités pouvant donner lieu chacune à des erreurs de la part du médecin et de la part de l’opticien, il n’est pas surprenant qu’en règle générale les malades soient médiocrement satisfaits du résultat quand la mensuration a été faite par les procédés , de Donders et que l’exécution n’a pas été contrôlée. C’est surtout pour l’orientation du cylindre qu’il faut procéder avec un soin méticuleux, car un verre bien taillé, mais mal placé devant l’œil, loin d’apporter un soulagement, est une cause de gêne souvent intolérable.

C’est ici surtout que l’ophthalmomètre rend de précieux services, car la comparaison de mensurations objectives et subjectives faites par des observateurs éminents nous a prouvé que la position de l’astigmatisme total coïncide habituellement avec celle de l’astigmatisme cornéen, si bien que dans la pratique courante il vaut mieux placer l’axe des cylindres d’après la mesure objective que d’après les réponses du malade.

Alors même que les lunettes sont parfaitement exactes, il arrive souvent que le malade ait besoin de plusieurs semaines pour s’y habituer, et la gêne causée par l’émploi des verres est parfois assez grande pour qu’il soit nécessaire de commencer par une prescription provisoire, de faire porter pendant quelque temps des verres insuffisants ou même d’instituer une cure d’atropine et d’exiger que le patient porte des lunettes tout à fait sans interruption. Toutes ces circonstances s’expliquent parfaitement quand on connaît le mécanisme de l’accommodation astigmatique du cristallin; on conçoit en effet qu’il faille déshabituer le sujet de recourir à cette accommodation dont les fâcheuses conséquences ont été signalées surtout par G. Martin.

Bien souvent, quand il s’agit, par exemple, de jeunes filles, il y a lieu de transiger et de prescrire pour le travail des verres qui ne corrigent qu’une partie de l’amétropie, pour qu’elles puissent, sans trop d’inconvénient, échapper à l’emploi permanent de lunettes qui sont, pour elles, un remède pire que le mal. 11 est légitime de satisfaire plutôt le client que la théorie, en lui laissant le soin de naviguer au mieux de ses goûts entre les inconvénients de l’amétropie et les douleurs de la coquetterie blessée. Après tout, l’accommodation astigmatique existe dans un but utile, tout comme l’état latent de l’hypermétropie ; c’est un privilège de jeunesse auquel il ne faut renoncer qu’à bon escient et dans la mesure du nécessaire.

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Si l’on voulait corriger l’astigmatisme toutes les fois qu’il est mesurable, plus de la moitié de l’humanité devrait porter des verres cylindriques, tandis qu’en réalité ces verres ne sont indiqués que pour un ou deux millions de personnes en France, et ne seraient réellement indispensables qu’à quelques centaines de mille de nos compatriotes, qui souffrent de maux plus ou moins graves auxquels il serait facile de remédier-

V. Anisométropie. — Il est rare que les deux yeux d’une même personne soient suffisamment identiques pour qu’on ne puisse trouver entre eux une différence mesurable, mais cette différence est généralement assez faible pour être pratiquement négligeable. On peut classer les anisométropes en trois catégories, suivant que leur anisométropie est accidentelle, naturelle ou acquise.

Dans la première catégorie nous mettrons, par exemple, les personnes . dont l’un des yeux a été plus ou moins mutilé par un .traumatisme, une opération, une affection aiguë.

Les anisométropes de la seconde catégorie, qui constituent l’immense majorité du genre humain, sont ceux dont l’astigmatisme n’est pas exactement le même aux deux yeux. La différence est généralement légère et chez la plupart des sujets elle n’est constatable que depuis les derniers progrès de l’ophthalmométrie. Il est impossible de mesurer quelques centaines de cornées sans être frappé de la concordance extrême entre les rayons de courbure des deux yeux de la même personne. Quand il n’y a pas d’astigmatisme ou qu’il est le même des deux côtés, les mensurations des rayons de courbure concordent à un vingtième de millimètre près, et, quand l’astigmatisme est différent, les valeurs des deux rayons de l’œil le moins astigmate sont presque toujours intermédiaires entre ceux de l’autre œil, comme si l’astigmatisme résultait d’une déformation plus ou moins grande d’yeux primitivement égaux.

Enfin, dans la troisième catégorie, nous rangeons les personnes dont les yeux ont subi des modifications par le temps : celles, par exemple, dont l’un des yeux est devenu myope, l’autre étant resté hypermétrope ou emmétrope, ou bien encore les sujets dont la myopie est inégale aux deux yeux.

C’est généralement parmi les anisométropes de la première et de la troisième catégorie que se recrutent les strabiques divergents, tandis que les convergents appartiennent le plus souvent à la seconde.

D’après les auteurs classiques, il faudrait généralement s’abstenir de corriger l’anisométropie et se borner à mettre devant les deux yeux des verres pareils à celui qui convient au meilleur des deux. Cette humilité des médecins était peut-être acceptable autrefois, mais depuis vingt ans nous suivons la règle opposée et nous n’avons pas lieu de nous en repentir. L’erreur de nos devanciers tient à ce qu’ils corrigeaient mal l’anisométropie : en effet, l’anisométropie sans astigmatisme notable de l’œil le moins bon est une grande rareté; il arrivait qu’en cherchant à corriger l’apîsométropie par des verres sphériques de foyers différents on mécontentait à bon droit les patients.

VISION. - OPTOMÉTRIE. 351

Nous ne prétendons pas qu’il faille toujours et quand même prescrire des verres différents aux personnes dont les yeux ne sont pas pareils : il faut souvent s’en abstenir chez les anisomélropes de notre première catégorie, et ceux de la troisième ne s’en trouvent pas toujours bien, surtout quand ils sont âgés et ont pris l’habitude d’employer alternativement l’un des yeux pour le travail et l’autre pour regarder au loin. Mais, en règle générale, nous corrigeons l’amétropie sans nous soucier des théories, et les malades nous donnent raison.

VI. Optométrie. — Au lieu d’énumérer les procédés plus ou moins ingénieux qui ont été successivement préconisés pour arriver à mesurer la réfraction des yeux, nous décrirons la méthode et les instruments qui nous paraissent conduire à la fois le plus vite et le plus exactement au but.

En règle générale, nous mesurons d’abord l’astigmatisme cornéen, puis, après avoir muni l’œil du verre cylindrique correcteur de cet astigmatisme, nous mesurons subjectivement la réfraction sphérique; enfin, laissant devant l'œil le verre sphérique ainsi obtenu, nous recherchons s’il n’y a pas avantage à remplacer par un numéro différent le verre cylindrique primitivement employé.

Nous allons décrire sommairement ces trois temps de l’opération et indiquer successivement pourquoi nous procédons suivant l’ordre que nous venons d’indiquer.

a) Il faut commencer par mesurer l’astigmatisme cornéen. — En effet, quand même le sujet obtiendrait une acuité visuelle supérieure à la normale avec l’aide des verres sphériques les plus favorables, cela n’exclut pas la présence possible d’un astigmatisme cornéen corrigé par une accommodation astigmatique du cristallin. On n’échappe donc jamais à la nécessité de mesurer l’asymétrie de la cornée et, comme cette opération se fait plus rapidement et plus exactement que toutes les autres, et sans avoir besoin des réponses du malade, il vaut bien mieux commencer par là.

On nous objecte qu’on peut se dispenser de mesurer l’astigmatisme toutes les fois que la correction de la réfraction sphérique procure au malade une acuité visuelle normale.

Cette objection pouvait avoir quelque apparence de raison en 1882, mais depuis cette époque les mensurations faites par Nordenson à l’École Alsacienne ont prouvé définitivement qu’un astigmatisme très marqué n’est pas du tout incompatible avec une acuité visuelle bien supérieure à la normale, tout au moins chez les enfants. J’ai démontré il y a longtemps que la « normale » est environ la moitié de l’acuité théorique : les tables de Snellen et de Giraud-Teulon reposent sur une faute de calcul, et, par une bizarre coïncidence, ces messieurs se sont trompés précisément de moitié tous les deux. D’ailleurs, depuis que nous connaissons la fréquence de l’accommodation astigmatique, nous comprenons à merveille pourquoi l’existence d’une acuité excellente n’exclut pas l’asthénopie résultant de l’astigmatisme.

VISION. — OPTOMÉTRIE.

On nous a encore objecté que la mesure objective de l’astigmatisme est superflue, puisque nous finissons par en faire une mensuration subjective.

C’est une erreur : ce n’est pas par une mensuration, mais par une vérification rapide de l’astigmatisme , que nous terminons. La mensuration de la cornée et la vérification subjective réunies prennent beaucoup moins de temps que la mensuration subjective et donnent une bien plus grande sécurité. D’ailleurs l’observation de la cornée permet de reconnaître des cas d’astigmatisme qui échappaient absolument quand on se bornait à l’examen subjectif. C’est ainsi que Laqueur et Angelucci ont confirmé notre assertion d’après laquelle il existe généralement dans le kératocone un fort degré d’astigmatisme.

b) Le second temps de la mesure de la réfraction consiste à rechercher le verre sphérique réclamé par l’œil armé du verre cylindrique correcteur de son astigmatisme cornéen. C’est de beaucoup le plus difficile et le plus inexact, car l’accommodation sphérique varie dans des limites bien plus éten-

Fig. 70. — Optomètre du Dr Javal.

dues que l’accommodation astigmatique. En attendant qu’on revienne à l’optomètre de Th. Young, on emploie des optomètres à tirage dont les

VISION - OPTOMÉTRIE. 535

plus ingénieux sont ceux de Perrin et de Badal, ou bien on fait passer devant l’œil une série de verres. Ce dernier procédé est généralement préféré, et nous croyons que c’est à bon droit. Nous pensons que notre optomètre, tel qu’il est construit par Roulot (fig. 70), fournit le meilleur moyen de faire passer rapidement devant l’œil des combinaisons de verres sphériques et cylindriques entre lesquelles le malade doit choisir; on peut employer également la lentille de Stokes telle que nous l’avons modifiée et qui est connue en Allemagne sous le nom de lentille de Snellen. Avec de l’adresse, on arrive à peu près aussi bien au but avec une bonne monture pour les verres cylindriques et une boîte d’essai, pourvu que les verres soient disposés par degrés équidistants, comme Soleil fils l’a proposé dès 1857 {G. R., t. XLV, p. 374).

La difficulté de cette opération, quel que soit le moyen employé, consiste à obtenir un relâchement complet de l’accommodation du malade, et cette difficulté est souvent insurmontable, à moins de recourir à l’atropine ou à l’homatropine, ce qui est parfois une véritable cruauté, surtout quand on est en présence d’hypermétropes. Nul ne peut prétendre savoir mesurer la réfraction sphérique, s’il n’a eu l’occasion de vérifier fréquemment après atropinisation le résultat de mesures faites d’abord sans atropine. On apprend ainsi à ne pas choisir précisément le verre avec lequel l’acuité est la meilleure, mais bien le plus réfringent des verres avec lesquels l’acuïlé est très-voisine de son maximum; on s’exerce àinterpréter les hésitations des réponses, qui sont aussi instructives que les réponses précises, et on prend l’habitude de mettre le sujet à l’aise en ne le brusquant pas et en l’amenant à relâcher son accommodation le plus possible.

Quel que soit le procédé employé, on commettra encore des erreurs assez considérables dans l’évaluation de la réfraction sphérique. Par bonheur, ces erreurs n’entraînent pas de grands inconvénients. En effet, pour les verres destinés à la vision éloignée, le mal n’est pas grand, si l’on a prescrit des convexes trop faibles, et il est toujours facile d’éviter de donner une force exagérée aux verres concaves, et quant aux verres destinés au travail, rien n’est plus aisé que d’en contrôler l’effet en faisant lire quelques lignes avec ceux qu’on se propose de prescrire. Le plus souvent même le malade vient avec des lunettes insuffisantes et, s’il s’agit de convexes, le mieux est d’ajouter alors une dioptrie, sauf à y revenir, car il est d’observation constante qu’on mécontente les gens en modifiant trop brusquement leurs habitudes.

Il est clair qu’on serait sur un terrain bien plus solide, s’il était facile d’être renseigné sur la réfraction vraie des sujets et surtout sur l’hypermétropie totale, bien qu’il n’y ait généralement pas lieu de la neutraliser en entier : on serait alors dans une situation aussi avantageuse que relativement à l’astigmatisme quand on amesuré la cornée. Malheureusement, pour la réfraction sphérique, il faut se borner à l’estimation qu’on peut en faire au moyen de l’ophthalmoscope, estimation fort inexacte, si l’on songe que le malade, pendant l’examen à l’image droite, ne relâche pas

VISION. - OPTOMÉTRIE.

toujours son accommodation "aussi parfaitement que l’admettent les auteurs, et si l’on n’oublie pas aussi que le résultat diffère beaucoup avec la direction du vaisseau et avec la partie du fond de l’œil qu’on parvient à voir distinctement.

L’ophthalmoscope à réfraction doit, d’après la théorie, être muni d’un trou très grand, surtout depuis que la cocaïne nous permet de dilater la pupille du patient sans aucun inconvénient. Nous avons même proposé de remplacer le miroir percé par un verre platiné transparent, revenant ainsi aux avantages du premier instrument d’Helmholtz tout en en supprimant les inconvénients. De plus, Nachet jeune a construit, sur notre demande, un mécanisme qui permet de changer les verres rapidement et sans secousse du miroir ; cet instrument fonctionne presque aussi bien que ceux de Loring et de Noyés, dont le prix est excessif. Malgré ces petits perfectionnements, l’observateur le plus habile ne doit accorder qu’une confiance limitée à la précision de la mesure objective de la réfraction : suffisante pour le médecin de conseil de révision, cette mesure ne saurait rivaliser avec les procédés subjectifs, malgré leur imperfection.

c) Le troisième temps de la mesure de la réfraction consiste à vérifier ?i l’astigmatisme total coïncide avec celui de la cornée. Il est extrêmement rare que la situation de l’astigmatisme total soit autre que celle de l’astigmatisme cornéen. Cette assertion, faite ici pour la première fois, est fondée sur un grand nombre de comparaisons entre les résultats de mensurationss ubjectives et objectives : quand l’astigmatisme est régulier, la coïncidence ést, généralement parfaite. Quant au degré, la différence est habituellement nulle chez les myopes qui lisent sans accommodation et (chez les vieillards; la différence, quand elle existe, n’est pas grande. et peut être attribuée le plus souvent à l’accommodation astigmatique du cristallin, ainsi qu’on peut s’en assurer en atropinisant énergiquement les yeux qui présentent une différence de ce genre. Des confrères, convaincus de cette vérité, vont jusqu’à prescrire sans contrôle les cylindres indiqués par l’ophthalmométrie. Cette pratique peut parfois présenter des inconvénients tout à fait analogues à ceux qu’on rencontrerait en prescrivant à des jeunes gens les verres sphériques correcteurs de l’hypermétropie totale : cela ne doit se faire que si les lunettes sont portées d’une manière absolument permanente. Dans le cas contraire, il faut laisser l’accommodation rendre latente une partie de l’hypermétropie et de l’astigmatisme.

C’est pour cette raison, et aussi pour ne pas laisser passer inaperçus les spasmes permanents qui peuvent faire naître un astigmatisme de sens perpendiculaire à celui de la cornée, qu’il importe de procéder, comme troisième temps, aune vérification subjective du degré de l’astigmatisme manifeste ou plutôt de l’astigmatisme facultatif. Cette vérification se fait en quelques instants avec notre optomètre ou avec la roue de Perrin* L’essentiel est de choisir le plus fort des verres cylindriques entre lesquels le malade hésite, et surtout de ne pas essayer ces verres à la main, car entre plusieurs verres cylindriques le malade ne choisit pas le plus exact,

mais celui que le médecin a placé par hasard dans la position la plus correcte.

Vil. Hygiène de la vue dans les écoles. — G. Martin (de Bordeaux) dit quelque part que l’accommodation joue un rôle prépondérant dans toute la pathologie oculaire : on a pu voir dans ce qui précède qu’on s’accorde généralement dans la règle de soulager l’accommodation des presbytes ; nous allons jusqu’à la supprimer dans bien des cas de myopie et d’astigmatisme. C’est dans celte voie qu’il faut entrer résolûment quand on veut combattre la propagation de la myopie.

Si l’on affublait tous les écoliers de verres convexes assez forts pour leur éviter tout effort d’accommodation, il n’y aurait plus de myopie scolaire. II va sans dire que nous ne proposons pas une mesure aussi' radicale: nous avons voulu seulement accentuer bien nettement notre sentiment.

Les importantes recherches de Tscherning démontrent qu’il existe au moins deux espèces de myopie : l’une, beaucoup plus rare, est une véritable maladie de la choroïde qui se produit aussi bien chez les paysans illettrés que chez les sujets les. plus studieux, et l’autre, à laquelle nous réserverons le nom de myopie progressive, est la seule qui doive nous occuper ici.

La myopie se déclare le plus souvent en dehors de toute prédisposition héréditaire ; elle est, au moins dans une certaine mesure, la conséquence des conditions du travail dans les écoles. Cette proposition fondamentale ayant été contestée au sein de la Commission instituée par le Ministre de l’Instruction publique en 1882 pour l’étude de l’hygiène des écoles, nous avons examiné sommairement, avec le concours du docteur Bertrand, plus de cinq cents élèves des écoles primaires de Paris : tous les doutes furent levés aussitôt. En effet, parmi cent six élèves de la première année du cours élémentaire, il ne se rencontra pas un seul myope, tandis qu’il y en avait onze parmi soixante-six élèves du cours supérieur.

Ce qui fait croire à l’existence de la myopie chez les jeunes enfants, c’est qu’un grand nombre se tiennent très-près du livre ou du cahier, comme s’ils ne pouvaient pas voir assez en s’éloignant. Pour tous les élèves du cours élémentaire qui étaient dans ce cas, nous avons fait faire un essai de lecture à bout de bras: sans aucune exception, les enfants purent lire couramment à cette distance. Ce n’est donc pas la myopie qui est cause de la mauvaise attitude des enfants. Au contraire, c’est la mauvaise attitude prolongée qui cause la myopie. Aussi les myopes sontils d’autant plus nombreux que l’examen porte sur des classes plus avancées.

Étant démontré que la myopie prend naissance, chez l'es enfants prédisposés, quand ils ont pris l’habitude de regarder de près leurs livres et leurs cahiers, il importe de combattre les causes qui amènent cette habitude, et dont les principales sont un éclairage défectueux, un mobilier scolaire mal disposé, des méthodes d’écriture incompatibles avec une bonne attitude de l’écrivain, l’emploi des livres imprimés trop fin.

536 VISION. - HYGIÈNE DE LA VUE DANS LES ÉCOLES. ÉCLAIRAGE DES CLASSES.

Éclairage des classes. — Parmi les causes de myopie, la plus anciennement signalée est l’éclairage défectueux des locaux scolaires. On accepte partout aujourd’hui le principe évident, qui n’avait pas été posé avant 1880, et d’après lequel le problème de l’éclairage d’une classe est résolu, quand il fait suffisamment clair à la place la plus sombre. Toutes les personnes compétentes admettent aussi actuellement qu’on ne peut compter sur l’éclairage de reflet envoyé par les murs du vis-à-vis. La discussion ne porte plus que sur l’étendue de ciel la plus petite dont on puisse se contenter ; et, après avoir examiné les possibilités, nous nous réduisons à demander qu’un œil placé au niveau de la table à la place la moins favorisée puisse voir directement le ciel dans une étendue verticale de 30 centimètres au moins, comptée à partir de la partie supérieure des fenêtres. Dans l’application de cette règle, il ne faut pas tracer l’épure dans l’état actuel, mais en admettant que le propriétaire d’en face use de son droit en construisant à la hauteur admise par les règlements dans les villes, ou par l’usage dans les communes rurales.

Nous ne voulons pas reprendre ici la discussion sur les mérites de l’éclairage unilatéral ou bilatéral ; le premier est excellent quand il permet de donner un éclairage bien supérieur au minimum exigé ci-dessus. Le bilatéral, préférable pour la facile aération, possède aussi la supériorité de pouvoir toujours se transformer en unilatéral, tandis que le contraire est généralement impossible. Le système qui admet des fenêtres à la fois à gauche des élèves et derrière eux est appliqué depuis bientôt vingt ans dans un grand nombre d’écoles autrichiennes et ne donne lieu à aucune plainte; bien qu’il ne soit pas agréable pour les maîtres, on ne saurait le proscrire. Quand les jours pris derrière les élèves sont hauts, ils sont utiles, et la gêne pour les maîtres doit être d’autant plus négligeable que l’instituteur n’a guère à séjourner dans sa chaire.

En théorie et en pratique, l’éclairage par un plafond vitré est le meilleur ; les constructeurs d’écoles trouveront auprès des ingénieurs les indications pour réaliser cette disposition en évitant les inconvénients des vitrages ordinaires, lesquels sont absolument intolérables en temps de neige et surtout en été. Cet éclairage est particulièrement recommandable pour les écoles maternelles, où la question de la quantité de lumière est seule en jeu ; dans ces écoles, l’éclairage unilatéral doit être proscrit sans hésitation.

Il n’y a jamais lieu d’appliquer l’éclairage différentiel, transaction entre l’unilatéral et le bilatéral, qui consiste à mettre des fenêtres plus étroites à la droite qu’à la gauche des élèves. Quand les enfants les plus éloignés des fenêtres de gauche ne sont pas assez éclairés, il n’y a pas de raison pour ne mettre que des fenêtres étroites à leur droite, de manière à laisser dans l’ombre ceux qui sont entre ces fenêtres. Cependant, quand l’éclairage sera forcément inégal, on s’arrangera de manière que la lumière la plus abondante vienne de gauche. Quand il est insuffisant, on peut, d’après la proposition de D. Brewster, l’améliorer par l’emploi de vitres dépolies.

Il ne faut pas pousser à l’extrême la réduction de la largeur des trumeaux, qui a pour effet de rendre la salle beaucoup trop sensible aux effets de la température extérieure, surtout quand les vitres sont en verre mince ; ce n’est pas la largeur, mais la hauteur des baies, qui donne la lumière. La largeur des trumeaux prise précisément égale à celle des fenêtres est très-convenable pour la manœuvre des persiennes. Il n’y aurait aucun inconvénient à monter le mur plein jusqu’à 2m,50 ou 3 mètres au-dessus du parquet ; l’essentiel est de réduire au minimum la hauteur des linteaux.

Il paraît préférable d’éviter les stores en étoffe rayée. Quand on ne sera pas arrêté par la dépense d’entretien, on les posera extérieurement, pour mieux arrêter la chaleur, et nous signalons comme très-avantageuse la disposition dans laquelle le rouleau du store est placé à la partie inférieure ou médiane de la fenêtre.

Quant à l’éclairage de nuit, quoi qu’on fasse, il péchera toujours par insuffisance; les évaluations les plus modérées estiment l’éclairage solaire à cent mille bougies distantes d’un mètre. On ne peut pas espérer obtenir, la nuit, plus de trois ou quatre bougies. C’est une raison déplus pour ne pas surcharger les enfants de travaux à faire à domicile.

La loi de décroissance proportionnelle au carré des distances enseigne que, pour obtenir un éclairage passable sans une dépense formidable de luminaire, le mieux serait de donner à chaque élève une lampe basse qu’on munirait d’un abat-jour, mais une installation de ce genre ne pourrait guère être acceptée à cause de sa complication.

Le gaz ne présente aucun inconvénient lorsqu’on fait usage de becs circulaires munis de cheminées de verre et de régulateurs maintenant la flamme à une hauteur constante. Si l’on ne peut donner un foyer à chaque élève, les becs devront être placés au moins à lm,80 au-dessus du sol, pour éviter de chauffer par radiation directe la tête des jeunes gens. Il faut un bec par six élèves, au minimum. Si la ventilation générale de la salle ne se fait pas par des orifices voisins du plafond, il faut ménager au-dessus de chaque bec un tuyau pour l’évacuation des produits de la combustion, comme dans les becs Siemens.

L’éclairage électrique par incandescence évite certainement en totalité l’inconvénient provenant de la viciation de l’air et diminue dans une notable mesure réchauffement. Il semble , autant qu’on peut en juger après des observations dont la durée n’est pas encore bien longue, que ce mode d’éclairage ne présente, à clarté égale, aucun inconvénient pour la vue.

Mobilier-. — Depuis les recherches faites en Suisse par Guillaume et par Fahrner, on sait qu’il faut construire le mobilier de manière à rendre possible une attitude correcte pendant l’acte d’écrire, et que ce résultat ne peut être obtenu qu’en observant les conditions suivantes : Il faut d’abord que le mobilier soit à distance négative, c’est-à-dire que la table surplombe le banc (tandis que les vieux mobiliers sont tous à distance positive, pour permettre aux élèves de se lever sans être gênés par la

tablette). Si l’on ne donne pas de mobilité soit au banc, soit à la tablette, cette condition conduit à n’employer que des mobiliers à une ou à deux places. La seconde condition consiste à établir, entre la tablette et le siège, une différence de hauteur telle que l’avant-bras vienne se poser horizontalement sur la tablette quand on laisse pendre le bras sans effort. Dans les mobiliers anciens, la tablette est généralement beaucoup trop haute, ce qui oblige les jeunes enfants à écarter le coude en écrivant. La troisième condition consiste à établir un dossier assez voisin de la table et assez droit pour que l’élève puisse y prendre un point d’appui pendant qu’il écrit. La quatrième condition est de mesurer la distance entre le siège et le sol ou la barre d’appui, de telle sorte que les pieds soient posés à plat. Les trois dernières conditions ont pour conséquence fâcheuse l’obligation d’adapter le mobilier à la taille des élèves, soit au moyen de pièces mobiles, soit en disposant d’un certain nombre de types qu’on puisse distribuer entre les élèves, selon leur taille. Enfin une cinquième condition est de donner une certaine pente au pupitre.

Le meilleur moyen de réaliser ces cinq conditions dans une maison particulière est de donner aux enfants des chaises hautes, des pupitres posés sur une table ordinaire et des tabourets pour les pieds. A mesure que l’enfant grandit, huit traits de scie suffisent pour ramener sa chaise et son tabouret à sa taille, sans rien changer à la table qui peut servir à toute la famille. — Il faut veiller sévèrement à ce que l’enfant place la chaise assez près de la table et fasse usage du dossier en écrivant.

Après avoir énuméré les conditions nécessaires et suffisantes pour qu’un mobilier scolaire permette aux enfants de se tenir facilement droits en écrivant, nous nous hâtons d’ajouter que la très-grande majorité des élèves se tiennent mal dans les écoles de Paris, malgré toutes les admonestations des maîtres les plus soigneux. Le mobilier parisien étant passable, cela prouve qu’il faut chercher ailleurs la cause des mauvaises attitudes et de la myopie : on verra tout à l’heure qu’elle réside surtout dans les mauvaises méthodes d’écriture.

Il est difficile de savoir si, en somme, l’introduction de tables dans les classes a été un bien. La myopie est à peu près inconnue chez les talebs orientaux, qui écrivent accroupis en tenant le cahier dans la main gauche, et nous voyons peu de myopes parmi les générations qui ont reçu l’enseignement secondaire dans des classes dépourvues de tables. Tant que les enfants n’ont pas à employer de papier, le mieux est de ne pas leur donner de tables pour écrire et pour dessiner; c’est le moyen le plus certain de les empêcher de regarder de trop près.

On peut encore employer divers appareils disposés de manière à mettre obstacle aux mauvaises attitudes; le plus simple, proposé par Perrin, est une baguette de bois horizontale, portée par deux montants, à laquelle l’élève vient se heurter, s’il penche trop la tête.

Dans les écoles, il faut rejeter tous les systèmes de tablettes inclinées pour supporter les livres pendant la lecture. Quand le jour est insuffisant, surtout dans les classes éclairées unilatéralement, il . faut autoriser

ies enfants à tenir le livre à la main pour qu’ils puissent le tourner, leur tête étant à l’opposé de la fenêtre, et éclairer ainsi en plein la page qu’ils lisent.

Écriture. — La myopie et certaines déviations de la colonne vertébrale ont pour causes déterminantes les mauvaises attitudes des enfants en écrivant. Le bon éclairage, la bonne proportion des bancs, les admonestations perpétuelles des maîtres, ne suffisent pas pour empêcher les enfants de se tenir de travers et de se pencher en avant quand ils écrivent l’anglaise, tandis qu’une bonne attitude se concilie plus aisément avec le tracé d’une écriture droite. Pour l’indication détaillée des motifs de notre préférence, voir le rapport fait en 1881 par Thorens au nom de la Société de médecine publique, à la suite d’une communication faite à cette même société par Daily. Tout bien considéré, nous n’hésitons pas à nous approprier la formule deMme Sand : Écriture droite sur papier droit , corps droit.

Cette disposition satisfait aux conditions que l’on peut déduire des recherches du professeur Berlin, qui a trouvé que la ligne des yeux est toujours perpendiculaire à la direction des pleins de l’écriture. Si les ob- . servations de cet oculiste sont exactes, l’écriture droite est la seule qui permette de tenir la tête symétriquement, ce qui est une condition trèsavantageuse à tous égards.

Tout bien pesé, rien ne s’oppose à l’adoption de l’écriture droite, au moins pour l’enseignement. Les seules objections qui aient été formulées sont, d’une part, la moindre rapidité de l’écriture droite, et, d’autre part, le fait que, dans le commerce, on veut que les employés aient une écriture anglaise.

Nous ne pensons pas qu’il soit fâcheux d’adopter un genre d’écriture qui contrarie une tendance naturelle aux jeunes enfants, celle d’écrire trop vite : la rapidité n’est désirable qu’à l’âge où les élèves arrivent à faire de nombreux devoirs. Il est d’ailleurs facile de transformer instantanément une écriture droite en écriture penchée, il suffit d’incliner le papier vers la gauche au lieu de le tenir droit.

Au surplus, depuis quelques années, la cause de l’écriture droite commence à recruter des partisans. La méthode d’écriture ronde à main posée, éditée à Bonn par Soennecken en 1875, a dépassé depuis longtemps sa centième édition. Nous devons citer avec éloge la méthode d’écriture de Dierckx, qui paraît avoir obtenu un grand succès en Belgique. Nous avons également sous les yeux, mais seulement à l’état de manuscrit, les cahiers d’écriture française droite de A. Bussereau, professeur au cours national d’institutrices de la Gironde : chez cet auteur, les conseils de tenue du corps laissent peu à désirer.

Dans les écoles maternelles, nous voudrions voir tracer souvent et avec soin des lettres capitales romaines de grande dimension, pour faire partie des exercices de dessin qui précèdent l’enseignement de l'écriture. Nous verrions avec plaisir le même exercice introduit dans les écoles primaires, et on pourrait le faire suivre du tracé de ces minuscules typographi-

ques, improprement nommées elzéviriennes, qui sont la copie des plus belles minuscules manuscrites italiennes de la Renaissance ; du temps où il existait de vrais maîtres d’écriture, on faisait à bon droit passer l’étude de l’écriture à main posée avant celle de l’écriture à main levée ; nous pensons qu’il faut revenir à ces anciens errements.

Nous devons protester de toutes nos forces contre l’enseignement prématuré de l’écriture, qui gagne du terrain tous les jours sous la pression de l’amour-propre des maîtres et de la hâte des parents. L’enfant peut apprendre à lire, à chanter, à calculer, à dessiner même, avant d’écrire. Le dessin et le tracé des chiffres sont moins nuisibles pour les attitudes et pour la vue que l’écriture proprement dite.

Dans toutes les écoles, il y a lieu d’interdire les cahiers dits à l’italienne, la longueur des lignes est trop grande et conduit l’élève à des positions qu’il faut éviter.

Il serait bon que les crayons et les porte-plumes fussent prismatiques, de manière à ne pas tourner entre les doigts. Il faut éviter l’emploi des crayons durs qui donnent des traits trop fins et habituent l’enfant à déployer une force superflue en écrivant. Il faut abandonner pour les mêmes raisons le crayon d’ardoise ordinaire. Plusieurs maîtres font l’éloge des ardoises factices blanches qui ont fait récemment leur apparition dans le commerce. Quand on n’est pas arrêté par la dépense, le mieux est de supprimer l’ardoise et de lui substituer le papier.

C’est une grande erreur de faire tracer des lettres trop grandes aux commençants; il faut que le corps des lettres courtes ne dépasse jamais 5 millimètres, les lettres longues ne devant pas dépasser par en haut ou par en bas d’une quantité supérieure au corps de' la lettre. Des dimensions plus grandes seraient tout à fait hors de proportion avec les mouvements possibles à exécuter par les petits doigts des enfants ; il ne faut cependant pas descendre au-dessous de 3 millimètres : l’écriture entière, du haut des lettres longues supérieures au bas des lettres longues inférieures, serait alors comprise dans une hauteur d’un centimètre au plus.

Cette hauteur d’un centimètre pourrait être conservée au cours complet des études : les lettres courtes diminueraient successivement de hauteur, sans pourtant devenir inférieures à 2 millimètres pour les exercices d’écriture. La réglure en doubles lignes est utile.

Comme moyen d’obtenir une écriture lisible, nous recommandons le système de l’écriture à temps comptés, déjà adopté dans plusieurs écoles.

L’enseignement simultané de la lecture et de l’écriture présente, au point de vue de la vision, des inconvénients très-sérieux. L’expérience démontre que, si l’on veut enseigner à un enfant, dans la même séance, à écrire une lettre, nouvelle pour lui, en tenant convenablement son crayon et en donnant de la pente à son écriture, son attention et celle de son maître sont absorbées par trop d’autres soins pour qu’il soit possible d’espérer qu’il se tienne bien. Nous demandons que, pour l’enseignement de l’écriture, on procède du simple au composé.

On pourrait diviser les difficultés. Quand on enseigne aux enfants à tracer des dessins sur l’ardoise quadrillée, ils n’ont pas d’autre préoccupation que celle de la forme ; les mouvements se font avec le bras, et il n’y a rien d’abstrait dans toute l’opération : à ce moment on peut surveiller les attitudes. Supposons que les élèves tracent ensuite, toujours avec des mouvements de bras, des lettres capitales d’après des modèles ou même de mémoire, il sera encore possible de les faire bien tenir. L’emploi des lettres mobiles (Thollois, etc.) et celui de lattes nous paraissent excellents pour créer, avec encore plus de sécurité, le lien abstrait qui relie le nom d’une lettre à sa forme. Par un procédé, quel qu’il soit, il faut dissocier le travail mental de la connaissance des lettres et le travail si difficile de l’assouplissement des doigts. Alors seulement que l’élève connaît ses lettres, on pourrait lui enseigner à employer les mouvements des doigts pour écrire sans pente des lettres ordinaires et isolées. Après tous ces préliminaires, lorsqu’on mettra des plumes entre les mains des élèves, il deviendra possible de les habituer rapidement à les poser convenablement sur le papier, à ne pas crisper les doigts et à conserver une attitude correcte. Et encore faudra-t-il, pendant longtemps, continuer l’emploi d’une écriture droite tracée au moyen de plumes à bec très-large. Beaucoup plus tard, si l’on veut enseigner aux enfants un type d’écriture qui puisse rester lisible malgré la plus grande rapidité d’exécution, on leur apprendra l’emploi des mouvements du poignet et on leur fera incliner le papier, ce qui produira une écriture penchée.

Mais combien de maîtresses pourront prendre tant de soins pour arriver à enseigner l’écriture aux petits enfants des écoles maternelles? Sauront-elles seulement l’importance qu’il faut attacher à la bonne tenue du corps en écrivant? Qu’on retarde le plus possible l’enseignement de l’écriture.

Typographie. — Ce n’est pas sans raison que la lecture passe pour l’une des occupations les plus fatigantes qu’on puisse imposer à la vue ; nous allons rechercher les causes spéciales de la fatigue éprouvée par tant de personnes, lorsqu’elles lisent pendant longtemps sans désemparer, et déduire de cette étude les conditions qu’il faut remplir pour pouvoir lire impunément pendant un temps presque indéfini.

Il faut remarquer tout d’abord que la rétine peut fonctionner sans interruption toute la journée, sans qu’il se produise le moindre symptôme de fatigue. En effet, à la chasse ou en voyage, nous pouvons regarder autour de nous pendant des journées entières sans que nos yeux éprouvent jamais le moindre sentiment de lassitude.

11 n’en est plus de même quand nous appliquons notre vue à distinguer des objets très-rapprochés : dessinateurs, écrivains, ouvriers de précision ou couturières, ceux qui passent de nombreuses heures tous les jours à leur table de travail, sont sujets à se fatiguer plus ou moins et à devenir myopes : l’application prolongée de la vue sur des objets voisins est donc une cause de fatigue si généralement reconnue, qu’elle n’est mise en doute par personne. Ce n’est pas une raison pour poser en

542 VISION. — HYGIÈNE DE LA VÜE DANS LES ÉCOLES. TYPOGRAPHIE, axiome l’influence nocive de la vision des objets voisins : à priori , rien ne permettait de prévoir ce fait, qu’il nous faut accepter tout d’abord comme purement expérimental.

Nous avons réfuté plus haut l’opinion, généralement accréditée, qui attribue à la tension des muscles oculo-moteurs droits internes une bonne part, sinon la totalité de la fatigue occasionnée par la vision prolongée d’objets voisins : Molière nous paraît avoir fait justice par avance de cette théorie par la bouche de Toinette; si elle était exacte, les borgnes seraient bien mieux lotis que le commun des mortels. C’est par une tension permanente de l’accommodation que nous avons expliqué la fatigue de l’homme de lettres, de l’artiste et de l’ouvrier de précision.

Mais cette fatigue, et la myopie qui en résulte si souvent, atteignent un degré d’intensité et de fréquence bien plus remarquable chez le lecteur que chez les ouvriers qui se livrent au travail le plus assidu : pour le démontrer il n’est même pas besoin de recourir aux statistiques, dont les résultats confirment d’ailleurs nos assertions. Passez en revue les artisans, les couturières, les artistes les plus laborieux que vous connaissez, et, si vous prenez la peine de mettre en parallèle le nombre des myopes que vous remarquez parmi eux et celui des myopes que vous comptez parmi les savants de votre connaissance, c’est parmi ces derniers que la proportion des myopes est la plus grande, et de beaucoup. Connaissez-vous beaucoup de bibliothécaires qui ne soient pas myopes? comptez-vous beaucoup de myopes parmi les couturières?

Autre exemple : entrez dans la salle de rédaction d’un journal ; les myopes sont en majorité ; passez dans l’atelier des compositeurs : la proportion est retournée ; et cependant les compositeurs, tout comme les couturières, fournissent généralement un nombre effectif d’heures de travail bien plus grand que les littérateurs les plus laborieux.

Observons encore, parmi les littérateurs, la fréquence plus grande de la myopie parmi ceux qui lisent beaucoup ; le compilateur a bien plus de chances d’être myope que le poète, l’auteur dramatique ou le compositeur de musique.

Si nous voulons remonter aux causes, nous remarquerons d’abord que, de tous les apprentissages exigeant une vision exacte, celui de la lecture est le seul qui soit pratiqué dès l’âge de cinq ou six ans.

Nous noterons ensuite que la lecture exige une application absolument permanente de la vue. L’artiste, l’écrivain, l’artisan même, interrompent à tout instant leur travail matériel pour réfléchir, tandis que le lecteur n’accorde pas un instant de repos à l’organe. La couturière n’a besoin de toute son attention qu’au moment où elle pique dans l’étoffe, le typographe ne regarde la lettre qu’au moment où il la saisit, tandis que le lecteur voit défiler les mots sans trêve ni relâche pendant des heures. Cette application continue est accompagnée nécessairement d’une tension permanente du muscle ciliaire, tension dont nous avons déjà signalé les fâcheuses conséquences.

En troisième lieu, les livres sont imprimés en noir sur fond blanc:

devant eux, l’œil est donc en présence du contraste le plus absolu qu'on puisse imaginer ; il n’est guère de profession où cette circonstance se présente à un aussi haut degré. — Nous avons proposé d’atténuer les inconvénients de ce contraste en faisant usage de papier jaune pour l’impression des livres. La nature du jaune à employer n’est pas chose indifférente : nous préférerons un jaune résultant de l’absence des rayons bleus et violets, analogue à celui que produisent les pâtes de bois et qu’on corrige bien à tort par une addition de bleu d’outremer, ce qui donne du gris et non pas du blanc. — Sans invoquer l’expérience de certains éditeurs de bréviaires, ni la pratique des fondeurs de caractères dont les spécimens sont généralement impi’imés sur papier jaunâtre, ni les préférences des éditeurs de livres de luxe, qui emploient les papiers jaunes avec une prédilection tous les jours plus marquée, nous avons donné, il y a déjà longtemps, une raison théorique à l’appui de notre préférence pour le papier jaune. En effet, l’œil n’étant pas achromatique, la vision doit être plus nette quand on supprime l’une des extrémités du spectre fourni par la couleur du papier; ne pouvant amortir le rouge, sous peine d’avoir une teinte d’un vert foncé qui serait insupportable, surtout à la lumière du gaz, il faut recourir à un papier qui réfléchisse le bleu et le violet plus faiblement que les autres couleurs ; le papier jaune, de la teinte produite par la pâte de bois, remplit bien ces conditions. Depuis nos publications sur ce sujet l’emploi du papier jaune s’est d’autant plus rapidement propagé en France, que les éditeurs y trouvent une économie.

Une quatrième particularité de la lecture réside dans la disposition des caractères en lignes horizontales que nous parcourons du regard. Si nous conservons, pendant la lecture, une immobilité parfaite du livre et de la têle, les lignes imprimées viennent se peindre successivement sur les mêmes parties de la rétine, tandis que les interlignes, plus claires, affectent constamment aussi des parties de la rétine toujours les mêmes: il doit en résulter une fatigue analogue à celle qu’on éprouve quand on fait des expériences sur les images accidentelles ; et les physiciens ne nous contrediront pas, si nous affirmons que rien n’est plus funeste pour la vue que la contemplation prolongée de ces images. ■ — Ceci nous amène à donner la préférence aux petits volumes, qu’on peut tenir à la main, ce qui suffit pour éviter la fixité absolue du livre et la fatigue résultant des images accidentelles.

Il est une cinquième cause de fatigue, résultant des variations que subit l’accommodation des myopes pendant la lecture et dont l’action augmente rapidement avec la longueur des lignes d’impression ; nous y reviendrons plus loin (p. 548).

. On sait que les pédagogues ont été conduits à employer des livres imprimés en très-gros caractères pour enseigner la lecture aux enfants. Puis, graduellement, à mesure que la mémoire et la vue des élèves se sont familiarisées avec la forme des leLtres, on passe à des impressions de plus en plus fines. Ce serait parfait, si cette échelle descendante n’était pas trop rapide et n’aboutissait pas à des types d’une trop grande

544 VISION. — HYGIÈNE DE LA VUE DANS LES ÉCOLES. TYPOGRAPHIE, ténuité. Pendant des années, l’enfant ne lit pas avec cette sorte de divination qui nous fait connaître les mots à leur configuration générale, si bien que les fautes d’impression nous échappent avec une étonnante facilité ; pendant bien longtemps il envisage, il dévisage, pour ainsi dire, chaque lettre, et éprouve le besoin d’en distinguer tous les détails. Aussi, en dépit des admonestations et malgré l’emploi du mobilier scolaire le mieux conditionné, voit-on les pauvres petits écoliers se pencher pour mieux voir, pendant cette période qui suit la première étude de la lecture et où on les oblige à faire usage de livres imprimés trop fin pour eux. Qui s’étonnera de voir la myopie faire son apparition au moment précis que nous venons de définir?

Il faudrait donc interdire dans les classes l’emploi de livres imprimés trop fin, mais ce desideratum se heurte à une sérieuse difficulté économique. Avec le tirage colossal des livres classiques, et surtout de ceux employés dans les écoles primaires, le prix de revient se réduit à peu près exactement au coût du papier employé : les dépenses fixes, constituées par les droits d’auteur et la composition, sont négligeables, si bien que les livres se vendent à peu près au poids. On utilise le plus complètement possible la surface du papier en réduisant au minimum les marges, les interlignes et surtout la surface occupée par chaque lettre. 11 nous incombe de trouver le moyen de concilier une impression suffisamment lisible avec les nécessités de l’industrie des éditeurs. En d’autres termes, étant donné la surface d’une feuille de papier et le nombre des lettres qu’on y veut entasser, nous devons nous poser le problème d’obtenir, pour la page, le maximum de lisibilité. Nous ne croyons pas devoir entrer ici dans les détails extrêmement minutieux de l’étude à laquelle nous nous sommes livré sur ce sujet1, mais parmi les résultats de nos recherches il en est un dont nous trouverons l’application et que nous énoncerons ainsi : Toutes choses égales d’ailleurs, la lisibilité d’un texte imprimé ne dépend pas de la hauteur des lettres, mais de leur largeur.

Ce n’est donc pas par points typographiques que nous définirons l’échelle de caractères mentionnée plus haut, mais nous indiquerons, par exemple, le nombre maximum de lettres que doit contenir un centimètre courant de texte.

Parmi les diverses causes de myopie que nous avons indiquées, celle qui résulte d’une mauvaise typographie nous paraît être la plus facile à faire disparaître.

En effet, ce serait une entreprise coûteuse que de mettre nos milliers d’écoles dans de bonnes conditions d’éclairage, et, si l’on y parvenait, il resterait encore à s’assurer que nos millions d’écoliers, rentrés chez leurs parents, éviteront de lire à la lueur du feu ou d’une mauvaise chandelle. Pendant de longues années il se produira de la myopie par suite d’un éclairage insuffisant.

1. SI. Peignot, fondeur i Paris, vient de terminer la gravure d’un sept conforme à nos indications.

Sera-t-il plus facile de faire disparaître la myopie qui résulte d'une prédisposition héréditaire ou d’une amblyopie causée par d’autres défauts optiques des yeux ? On n’entrevoit même pas l’époque où les enfants de nos écoles pourront être examinés par des spécialistes en cas de besoin, et encore n’est-il pas certain que des prescriptions de lunettes appropriées suffiront toujours à supprimer totalement la myopie résultant de causes organiques.

Enfin, les mauvaises attitudes en écrivant résisteront encore longtemps à l’emploi des mobiliers perfectionnés et à l’adoption de bonnes méthodes d’écriture.

Comme pour, contraster avec ces difficultés, la cause de myopie que nous envisageons peut se supprimer d’un trait de plume : il suffit d’un arrêté ministériel pour interdire, dans les établissements scolaires de l’État, l’emploi de livres qui ne seraient pas imprimés dans les conditions de lisibilité appropriées à l’âge des enfants auxquels ils sont destinés.

Ces idées ont été accueillies par la commission réunie au ministère de l’instruction publique. Elle demande en effet que les livres classiques soient imprimés sur papier blanc ou jaunâtre, que l’on n’y admette pas de types au-dessous du huit interligné d’un point, qu’il n’y ait pas plus de sept lettres par centimètre courant de texte. Pour les notes et pour les dictionnaires, en conservant la condition des sept lettres par centimètre, la commission admet du sept interligné d’un point.

Les conditions que nous venons d’exposer sont indispensables, mais elles pourraient n’être pas suffisantes, si le tirage était fait sans soin, avec des caractères usés, etc. Comme il ne paraît pas possible de caractériser ces éléments par une évaluation précise, il faut définir par une épreuve d’ensemble la lisibilité des ouvrages qui pourront être acceptés : on devrait refuser tout livre qui, tenu verticalement et éclairé par une bougie placée à une distance d’un mètre, ne resterait pas parfaitement lisible pour une bonne vue à la distance d’au moins 80 centimètres.

Le texte qui accompagne souvent les atlas doit satisfaire aux prescriptions relatives aux livres scolaires. Pour les atlas de géographie, le fond plus ou moins sombre produit par le coloriage et l’orographie oblige à se restreindre à une épreuve générale de lisibilité analogue à celle que nous venons d’indiquer. Tous les noms d’une carte, posée verticalement à un mètre de distance d’une bougie, doivent pouvoir être lus sans hésitation par une bonne vue à la distance de 40 centimèlres.

Aucune des cartes murales qui sont en usage dans les écoles ne présente de noms qui puissent être vus par une classe entière; sauf pour quelques mots écrits en très-gros caractères (noms des contrées, des mers), on peut dire que, d’une manière générale, rien ne peut être lu au delà de 3 ou 4 mètres. Dans ces conditions, la plupart des noms, tout à fait inutiles pour les élèves, ont pour effet fâcheux de nuire considérablement à la netteté générale de la carte. Si l’on ne veut absolument pas se contenter des cartes muettes, nous serions disposé à proposer le parti,

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