NODV. DICT. 11ÉD. ET CHIR. XXXIX
tout nouveau, d’admettre deux catégories de noms. Les uns, peu nombreux, seraient assez gros pour être vus aisément à plus de 4 mètres ; les autres, très-fins, ne seraient lisibles qu’à un mètre tout au plus et seraient utilisés seulement par le professeur ou par les rares élèves qui, entre les classes, voudraient spontanément examiner de près quelque région de la carte.
Un éditeur vient de publier une carte de France de Levasseur où les noms ont été inscrits conformément à nos indications. L’effet produit est très-satisfaisant : malgré la diversité suffisante des caractères, si l’on s’éloigne peu à peu, tout devient illisible du même coup. Nous avons également calculé l’épaisseur à donner aux traits qui représentent les chemins de fer, les rivières, etc., et donné des indications pour la grosseur des points qui figurent les villes, si bien que la carte présente ce double avantage d’être peu chargée et de cesser d’être lisible à la fois dans toutes ses parties.
L’introduction de cartes de ce genre dans les écoles, mieux qu’aucune inspection médicale, signalera immédiatement tous les enfants dont la vue sera affaiblie, soit par de la myopie commençante, soit par toute autre cause. Dès qu’un enfant aura un défaut de vue, se tenant à même distance de la carte que ses camarades, il sera dans l’impossibilité complète de suivre la leçon, et le maître sera, par là même, mis en demeure d’avertir qui de droit.
Il est possible de faire d’après ce procédé une carte de France au 1/600 000e portant en caractères lisibles les noms des départements, des chefs-lieux et des chefs-lieux d’arrondissement. Mais cette carte ne peut guère être vue au delà de 4 ou 5 mètres ; il n’est pas praticable de faire une carte d’une superficie quadruple, ce qui serait nécessaire pour obtenir la visibilité à 8 ou 10 mètres. Si donc les conditions des classes ne permettent pas aux élèves de s’approcher au moins à 4 mètres pendant la leçon, il conviendra d’employer des cartes muettes.
Faut-il indiquer ici qu’il faut se conformer à l’usage d’employer le romain pour les noms de la géographie politique, et l’italique pour ceux de la géographie physique? que les premiers doivent être toujours écrits horizontalement et les seconds autant que possible dans d’autresdirections ? Rappellerons-nous qu’il existe un théorème mathématique d’après lequel quatre couleurs suffisent pour le coloriage, sans que jamais deux régions qui se touchent soient couvertes de la même teinte, et qu’il faut proscrire les couleurs fragiles telles que les laques roses? Que pour les cartes qui servent à la lumière artificielle, il faut éviter d’employer le jaune, qui se confond avec le blanc, et ne pas prendre de bleu, qui doit être réservé pour les eaux, et qui, le soir, se confond avec le vert?
Pour les cartes géographiques, les tableaux noirs, etc., il faut éviter autant que possible les surfaces vernies.
Les tableaux quadrillés ne doivent pas être à compartiments trop petits. 11 conviendrait de ne pas descendre au-dessous de 4 centimètres pour
lestab leaux, d’un centimètre pour les ardoises et de 5 millimètres pour les cahiers.
Pour les tableaux, le quadrillage devra être très-marqué ; il faut éviter le blanc, qui finit par Se confondre avec le gris du fond ; la couleur jaune paraît préférable aux autres.
Le daltonisme ou dyschromatopsie est une affection bien plus fréquente, dit-on, chez les garçons que chez les filles. Certains auteurs prétendent que, par l’exercice, on peut empêcher ce défaut de vue de se produire, et l’on a même créé tout un matériel pour servir à des leçons spéciales de sens des couleurs et dont l’emploi est obligatoire dans l’État de Massachusett. Nous pensons que, dans le doute, il est au moins prématuré d’introduire ainsi une matière de plus dans les programmes, mais une maîtresse d’école maternelle avisée, dans les leçons de choses données avec le secours d’objets colorés, ne manquera pas d'insister sur les questions relatives aux couleurs des objets qui font la matière de la leçon. Quand un enfant se trompera plus souvent au sujet des couleurs que du nombre, etc., elle devra suspecter l’existence de la dyschromatopsie, répéter ses interrogations en insistant plus particulièrement sur la reconnaissance d’objets rouges et verts, car ce sont ces deux couleurs que les daltonistes confondent le plus souvent, et enfin, si les erreurs persistent, elle ne manquera pas d’aviser le médecin scolaire.
Résumons les règles d’hygiène de la vue spéciales aux écoliers.
Pour éviter la production de la myopie, il suffit en général que les élèves des écoles maternelles ne lisent ni n’écrivent jamais à une distance inférieure à 25 centimètres et que ceux des écoles primaires observent une distance minima de 35 centimètres. On facilitera l’observation de ces règles en limitant aux heures où il fait suffisamment clair les exercices qui demandent l’application de la vue, en choisissant des livres imprimés en gros, en obligeant les enfants, jusques et y compris le cours moyen, à écrire droit sur papier droit, enfin en faisant améliorer le mobilier scolaire, s’il est trop défectueux.
Mais il se trouvera quelquefois des cas de myopie soit congénitale, soit acquise par les enfants dans une école mal surveillée. On s’en apercevra aussitôt, non point à l’attitude des enfants pendant le travail, mais à l’impossibilité pour eux de lire les cartes géographiques d’aussi loin que leurs camarades. Ces enfants seront placés aux premiers bancs, on acceptera de leur part une écriture incorrecte, on surveillera leur attitude avec une patiente sévérité ; s’ils ont besoin de verres concaves, on leur conseillera de les prendre aussi faibles que possible et montés dans cette espèce de lorgnon à manche, nommé face à main, qu’ils devront ne jamais tenir que de la main gauche pour voir momentanément au loin, la main qui tient le lorgnon devant se rabattre sur le papier pour le tenir dès qu’il faut se mettre à écrire. L’emploi permanent des verres doit être formellement interdit, sauf le cas où ils auraient été prescrits par un médecin compétent.