VOIX. - MUE DE LA VOIX
avancer semblable idée, cela tient, pensons-nous, à ce fait exceptionnel, mais réel, à savoir : que, chez quelques sujets, le développement des organes génitaux, qui marque l’avénement à la puberté, se fait insidieusement, peu à peu, et non pas, comme cela est la règle, par « à-coups », presque brutalement, transformant en l’espace de quelque mois à peine la voix claire et cristalline de l’enfant en un organe chaud et grave, en lui donnant ce qu’à juste titre on nomme la « voix mâle ». C’est encore par le fait de poussées successives sur le larynx, poussées rétrogrades, puis de nouveau actives, c’est ainsi, disons-nous, qu’il est permis d’expliquer ces mues successives étudiées récemment et qui font, par exemple, que tel chanteur voit le clavier de ses notes se restreindre ou s’augmenter au fur et à mesure que la congestion laryngée qui accompague toute mue de la voix se produit. «Le timbre et la tonalité du cri, dit J. Béclard, n’indiquent pas seulement le désir de l’acte reproducteur, ils témoignent aussi du pouvoir de l’accomplir. » Quels changements éprouve donc le larynx à cette période? On peut les résumer d’un mot, en disant que le larynx se développe tout à coup; dans toutes ses parties s’opère un épanchement de suc plastique destiné à se transformer en organe ; c’est une hypergenèse des éléments qui ne diffère de la nutrition des autres organes que par sa rapidité et son énergie ; il s’ensuit une congestion réactionnelle et, cette dernière vient-elle à faire défaut, le larynx demeure grêle, infantile et, dans un corps d’adulte, existe un larynx d’enfant. Le lien qui unit la voix aux organes génitaux est de connaissance aussi ancienne que vulgaire, et les hypothèses n’ont pas fait défaut pour expliquer cette « sympathie. »
Faut-il rappeler qu’Hippocrate, Aristote, pour ne citer que les illustres, disaient que les modifications de la voix venaient du passage de la semence dans le sang, et que cette hypothèse semblait trouver un appui dans cette observation d’un si haut intérêt (en ce qu’elle marque d’un sceau puissant la hiérarchie de la voix), que, à l’époque du rut, certains animaux qui n’ont pas la faculté de se faire entendre acquièrent de la voix ou la propriété de faire du bruit? Et, comme pour montrer la vérité profonde de ce lien physiologique, ne savons-nous pas que des inflammations testiculaires, des dysménorrhées rebelles, déterminent l’aphonie?
Étudions en quelques mots ce qu’est la mue. Elle appartient aux deux sexes ; plus hâtive chez la femme, elle se fait en revanche chez elle plus insidieusement et se montre à un âge peu avancé dans les contrées où la menstruation s’établit précocement, comme cela est habituel dans les pays chauds.
Les troubles locaux qui marquent le passage de la mue sont en général les suivants. Au timbre grêle et argentin de la voix d’enfant succède une voix rauque discordante, inégale ; si l’on commande à l’enfant de donner une note aiguë, souvent il émet un son grave, bref, il a perdu l’art de nuancer un son, il n’est plus maître de ses cordes vocales; enfin, lorsque la mue se fait d’une façon trop brusque, il n’est pas rare d’entendre les adolescents se plaindre d’une tension douloureuse au
niveau du larynx. Examinées au laryngoscope, les cordes vocales sont rouges et tuméfiées, et c’est certainement à cette tuméfaction que l’on doit rapporter cette discordance si frappante de la voix. D’après R. Berger on [thèse de Paris, 1879), « les cordes vocales, au lieu d’être parfaitement rectilignes, présenteraient une courbe légèrement elliptique et quelquefois un petit étranglement vers le milieu de l’ellipse. » Au résumé, hypernutrition de l’appareil laryngé, tuméfaction des rubans vocaux, augmentation du larynx dans tous ses diamètres, tell es nous paraissent être les modifications anatomiques qui, physiologiquement, se traduisent par les changements décrits plus haut. Disons incidemment, en forme de conclusion, que l’on ne doit pas donner le nom de mue aux troubles de la voix qui annoncent la sénilité ; cette voix petite, aiguë, gracile, du vieillard, proclame l’extinction de la virilité, de même que la voix de l’eunuque, du castrat, affirme sa mutilation : donc ces modifications sont absolument dissemblables, puisqu’elles disent que la puissance copulatrice se perd ou n’existe pas, tandis qu’au contraire dans la mue physiologique il y a une promesse d’une virilité qui va ou peut se montrer; c’en est assez, pensons-nous, pour prouver la vérité des affinités vocales et génitales et le parallélisme où elles vont sans cesse marchant.
La voix des ventriloques, dit Beaunis, ne se produit pas, comme l’ont cru quelques auteurs, pendant l’inspiration, mais bien pendant l’expiration, comme la voix ordinaire, seulement avec des changements d’intensité, de timbre, qui, joints aux mouvements et à l’expression du ventriloque, modifient complètement les caractères normaux de la voix.
Parole. — Outre les sons ayant une valeur musicale qui sont produits dans l’organe vocal, dit J. Müller, il est une multitude de sons et de bruits qui naissent dans le tuyau annexé à cet organe, et qui constituent la parole, par leurs associations diverses dont certaines servent à désigner des objets, des qualités, des actions, des rapports. B ne peut entrer dans notre cadre restreint de traiter d’une façon même résumée cette immense question ; pour ce faire il nous faudrait une compétence qui, nous l’avouons, nous fait défaut, et de plus nous nous verrions dans l’obligation de faire de nombreuses incursions dans le domaine de la phonétique Iingustique si pleine d’obscurité encore. Notre devoir est très-simple et consiste à demander à la phonétique physiologique quelques éclaircissements concernant le mécanisme des parties mises enjeu pour la production de la parole, œuvre encore singulièrement délicate, et qui par bien des côtés ne laisse pas que d’être à peu près ignorée, malgré les travaux de J. Müller, de Donders, d’Helmholtz, de Grassmann, etc.
La parole est un composé de sons, dits articulés, prenant naissance dans la cavité bucco-pharyngée, et de sons exclusivement laryngés. Or, si nous disséquons (qu’on nous permette cette image) les éléments primitifs de la parole, à quoi la voyons-nous réduite ? à cette division classique, parce qu’elle est l’apanage de toutes les langues : à savoir, la division en voyelles et consonnes.
Nous ne nous occuperons donc que du mécanisme exclusif de ces
YOIX. - VOYELLES.
éléments, mécanisme consistant à mettre en jeu la langue, les lèvres, le voile du palais, etc., et qui en déterminant, soit des occlusions, soit des rétrécissements des parties fixes, telles que les cavités nasales, donnent lieu aux sons articulés, d’où le nom de régions d’articulation porté par certaines parties de la cavité bucco-pharyngée, comme étant surtout (nous ne disons pas exclusivement) le siège de ces modifications.
Revenons donc à la division en voyelles et en consonnes et étudions brièvement leur mécanisme, sans nous arrêter à donner des définitions dans le goût de la suivante, à l’allure si aphoristique : « Les voyelles sont des sons, les consonnes sont des bruits. »
N’est-il pas plus exact de dire que les unes et les autres sont des sons, différant seulement par le siège : c’est ce qu’exprime Beaunis (page 953) dans les lignes suivantes :
« Les voyelles sont des sons formés dans le larynx et dont certaines harmoniques sont renforcées par la résonnance du tube additionnel. Les consonnes sont des sons formés dans le tube additionnel et renforcés par le son laryngien. » Ces définitions résultent des expériences d’Helmholtz auxquelles nous avons déjà fait allusion ; disons cependant qu’Àuerbach les a modifiées en partie.
Voyelles . — Si nous voulions suivre la majorité des auteurs, il nous serait facile d’énumérer un nombre respectable de voyelles, car toute modification de la cavité buccale, si minime soit-elle, donne naissance à un son, d’où la création d’une multitude de voyelles, voyelles si nombreuses qu’il nous faudrait passer en revue toutes les variétés individuelles, toutes les langues, tous les dialectes ! C’en est assez pour montrer que c’est là une œuvre stérile, et nous allons essayer de prouver qu’il y a encore matière à discussion en restreignant le nombre de ces sons fondamentaux.
Les cinq voyelles grammaticales A, E, I, O, U, sont certainement insuffisantes pour représenter les nuances de la prononciation, aussi Helmholtz admet-il huit voyelles correspondant aux huit principales nuances de la prononciation; il les classe dans l’ordre suivant en prenant pour base la disposition donnée à la bouche pour leur émission :
Beaunis dit que les voyelles primitives sont au nombre de six, dont trois surtout (OU, A, I) sont fondamentales ; ce sont O, OU A, E; I, Y.
« Toutes ces voyelles, dit cet auteur, peuvent être considérées comme ayant pour point de départ notre E muet. La cavité buccale se trouve ainsi dans une position d’équilibre dont elle peut sortir pour prendre alors la forme correspondante à chacune des six voyelles primitives. La figure suivante montre ces rapports » (Beaunis, Physiologie, p. 955).
VOIX. - COSSOMKEU.