VOIX. - ALTÉRATIONS DE LA Y. DANS LES MALADIES DD SYST. NERVEUX
qu’on n’entend qu’un chuchotement; dans les cas encore plus intenses, on n’entend, au lieu de sons articulés, qu’un sifflement'sourd produit par les consonnes émises dans les voies supérieures sans aucune participation du larynx ; malgré toutes leurs tentatives les patients voient leurs sons rester dans la gorge. Au laryngoscope il y a fermeture spasmodique de toute la glotte. Ainsi donc la séméiotique de la voix est d’un secours réel dans un grand nombre d’affections, et les modifications éprouvées par elle permettent bien souvent au médecin de localiser l’affection causale. Si d’autre part nous envisageons les troubles vocaux dans le cours des maladies générales, infectieuses, dyscrasiques, que voyonsnous ?
Dans la plupart des fièvres, la voix change. Augmentée dans certains cas exceptionnels, alors qu’existe une excitation générale de tout l’organisme, bien plus souvent elle s’affaiblit. Tous les degrés sont possibles, et l’aphonie absolue, complète, s’observe quelquefois; mais ce qui est de règle, ce qui indique clairement au médecin l 'adynamie du sujet, c’est cette faiblesse même de la voix : aussi l’observe-t-on très-fréquemment dans la fièvre typhoïde, à la fin des maladies chroniques consomptives (phthisie, cancer, etc.); enfin, lorsque dans le cours d’une maladie aiguë ou chronique l’affaiblissement de la voix se produit subitement, il peut être regardé comme le signe certain de la gravité de l’affection, précédant bien souvent de quelques jours l’agonie. Signalons ici pour n’y plus revenir la voix faible et cassée de tous les individus atteints de péritonite aiguë, d’étranglement interne ou externe, bref, de toutes les maladies dans lesquelles le plexus solaire paraît particulièrement intéressé, et rapprochons de ces faits la voix aphone du cholérique, qui présente tant de points de ressemblance avec les affections précédentes que les chirurgiens l’appellent choléra herniaire.
Il nous faudrait en terminant cette revue de séméiologie parler du cri. Un article spécial lui a été consacré par Luton (de Reims), t. X de ce Dictionnaire. De nos jours la valeur séméiotique du cri est réduite au minimum. Billard ( Arch . de médecine, Paris, 1827), avait divisé le cri en deux bruits distincts et parfaitement réels : le premier sonore, qui coïncide avec l’expiration, est prolongé, c’est le cri proprement dit, tandis que le second est bref, rapide, c’est la reprise.
Cette distinction éminemment, utile présente des applications nombreuses au lit des nouveau-nés malades. Chez eux le cri remplace la parole, et conséquemment tout ce que nous avons dit de cette dernière s’applique à lui ; mais il convient encore de faire la distinction citée plus haut.
Le cri est étouffé, modifié dans les affections des bronches et des poumons, tandis que les altérations de la reprise sont plus ordinaires dans les maladies du larynx et de la trachée-artère.
Enfin il faut signaler, quoique sa valeur ait singulièrement diminué, le cri hydrencéphalique. — Chez l’adulte, le cri n’est que l’expression de la douleur ou d’une convulsion des muscles laryngés ( Voy . Hystérie,
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t. XVI) ; seul le cri initial de l'attaque d'épilepsie, ce cri strident, bref, qui, dit Romberg, « épouvante même les animaux » , a une valeur qui n’est que trop connue par la fréquence de son observation dans le cours de la terrible névrose.
Dans le groupe des diathèses il nous faut ranger le rhumatisme comme susceptible de provoquer des troubles vocaux : témoin l’observation publiée par Schech, où un individu en sueur se met à une fenêtre, frissonne, et quelques minutes après sa voix était rauque et on trouvait au laryngoscope une paralysie du récurrent droit. C’est là pour ainsi dire un cas foudroyant et qui présente son intérêt dans sa rareté même.
En terminant la revue des altérations vocales qui dans le cours des maladies guident le médecin dans l’établissement de son diagnostic, il nous faut dire quelques mots des troubles si divers dont peut être affectée la parole. Le professeur Kussmaul, dans son récent « Traité des troubles de la parole », a décrit ex professo les mutilations si variées que peut subir la parole dans un grand nombre de cas ; nous empruntons à ce livre la plupart des détails qui vont suivre. La parole est un symptôme pathologique connu depuis longtemps; si, comme on l’a dit, elle est le miroir de nos sentiments, nul doute qu’elle reflète les troubles psychiques éprouvés par l’individu. C’est ce que tous les aliénistes ont remarqué, en nous peignant à grands traits la lenteur de la parole chez les stupides, ainsique la volubilité et le débordement d’idées du maniaque. Mais ainsi que nous l’avons dit en traitant de la physiologie de la parole, cette dernière en tant qu’acte autonome se compose de l 'articulation et de la diction. Les troubles de l’articulation ont été-rangés par Kussmaul sous le nom générique de dysarthnés, le nom de dyslalées étant appliqué à des troubles résultant des défauts purement mécaniques des instruments extérieurs de la parole et de leurs nerfs moteurs. Quant aux troubles de la diction, on leur a donné le nom de dysphasies.
« Les troubles dysphasiques constituent ensemble la classe des troubles de la parole que l’on peut réunir sous le nom de lalopathies. Celles-ci se divisent donc en dysarthrés (y compris les dyslalées) et en dysphasies. Dans tous ces troubles il ne s’agit que d’un désordre de l’expression purement formelle, du mouvement des pensées en sons, syllabes, -mots et phrases, sans s’occuper de leur contenu substantiel. La pensée peut être fausse, mais exprimée sous une forme irréprochable. Réciproquement une pensée juste peut être exprimée d’une façon défectueuse. Dès que la formation des pensées est troublée, il s’agit de dysloyies et logopathies, ou, si l’on veut, logoneuroses, puisque tout mouvement dépensées s’effectue dans la substance nerveuse» (lococit., p.39).
Ce court extrait montre assez quel vaste champ nous aurions à explorer, si nous voulions suivre l’auteur allemand dans ses minutieuses études ; mais le lecteur comprendra facilement que cette tâche n’est point la nôtre, et, quoique le domaine del’aphasie (Voy. ce mot, t. III) se soit singulièrement étendu, depuis l’article précité, par l’adjonction des aphasies sensoriales (surdité, cécité, verbales), nous ne pouvons que renvoyer le lecteur
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au livre de Kussmaul ou à l’excellente thèse de Bernard, ouvrage encore plus récent, et dans laquelle sont condensées les données les plus nouvelles.
Nous nous bornerons à examiner brièvement ce que Kussmaul désigne sous le nom de dyslalies.
Ce nom générique embrasse en effet une foule de vices de la parole consistant en troubles de la formation littérale des sons et qu’on désignait sous le nom de balbutiement.
Lorsque le balbutiement atteint un degré tel que la parole devient incompréhensible, on lui donne alors le nom de lallation ; l’enfant qui s’essaie à parler présente un bon exemple de ce vice de l’articulation. Le balbutiement est acquis ou congénital et provoqué alors par des lésions du système nerveux central ou des nerfs moteurs de la parole et en particulier de l’hypoglosse, quelquefois enfin ce sont la langue, le palais, comme dans la glossoplégie décrite par Erb.
Quelquefois le balbutiement peut être rapporté soit à un manque d’exercice des parties destinées à la formation des mots, soit à une mauvaise éducation de ces mêmes parties. Qu’il nous suffise de signaler pour les premières, sans pouvoir y insister malgré leur puissant intérêt, le balbutiement dont tout individu est affecté alors qu’il veut prononcer un mot dont il n’a pas l’habitude ; c’est ce que Kussmaul décrit longuement sous le nom de mogilalies nationales et dialectiques ; c’est ainsi qu’aucun Chinois ne prononce le r. Ils disent ki-li-sse-tu au lieu de Christus ; de même certaines races du sud de l’Afrique ont des sons de gargouillement, de grognement qu’aucun Européen ne peut prononcer.
Le grasseyement ou rhotacisme n’est pas tant un vice phonétique qu’une mauvaise prononciation de la lettre r que l’individu fait toujours gutturale, alors que cette lettre peut être linguale ou labiale. Le pararhotacisme est l’échange de la lettre r avec d’autres.
Le lambdacisme et le paralambdacisme sont des troubles d’articulation de la lettre l, celle-ci étant dans le premier cas balbutiée, dans le second échangée par une autre.
Le sigmatisme est un défaut de prononciation de la lettre s ou du sch.
Le gaumacisme ou balbutiement laryngé est le défaut de prononciation du g et du k remplacé par un d ou un t.
Pour terminer la revue des dyslalies, il nous reste à examiner celles qui reconnaissent pour cause des malformations congénitales ou acquises des organes d’articulation externes, ce sont les dyslalies mécaniques.
Le larynx étant, ainsi que nous l’avons dit, l’organe de la phonation, on conçoit que toute maladie de cet organe changera les sons vocaux, mais il est non-seulement un organe phonatoire, mais encore il sert à l’articulation.
La lettre h, les sons aspirés, Vain des Arabes, le démontrent surabondamment. Dans le célèbre cas de Czermak, une malade atteinte d’ occlusion complète du larynx et laryngotomisée au-dessous du rétrécisse-
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