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tête ou sur les pieds, et que l’extraction par les pieds de l'enfant mort se fait facilement ; pour exécuter ces opérations, il donne des préceptes d’une haute sagesse qui sont encore mis en pratique aujourd’hui. La version sur les pieds est en effet une précieuse ressource pour extraire l’enfant, on a dans les extrémités inférieures saisies une prise solide pour y faire des tractions; elle a été utilisée par les accoucheurs du premier siècle, notamment parSoranus dont on a retrouvé Y Obstéti'icie l’on avait crue perdue pendant dix-huit siècles. D’une étude que nous avons faite de ce livre [Ann. de Gyn., avril 1882), nous avons cru devoir conclure : « qu’au premier siècle la gynécologie avait été cultivée avec plus de soin « qu’on ne l’avait pensé.... que Soranus est le premier qui ait recom- « mandé de faire la version sur les pieds pour faire l’extraction de l’enfant vivant, affirmant qu’en agissant ainsi il en a sauvé un grand nombre ».... Dans Aétius on trouve pour la première fois le précepte de faire la version sur les pieds dans une présentation céphalique, quand la partie ne peut avancer.
Pendant des siècles ces sages préceptes sont oubliés, l’autorité du maître de Cos appuyée par Galien, son commentateur, l’emporte pour ie plus grand malheur de l’humanité. Après l’invention de l’imprimerie au quinzième siècle, l’autorité de Celse semble revivre : cela tient sans doute à la multiplication par la presse des livres du médecin latin et à la publication relativement tardive des oeuvres d’Hippocrate et à sa traduction en latin (50 années) ; toujours est-il que ce sont les préceptes de Celse que donne en français maître Ambroise Paré dans son livre « Sur la manière d’extraire les enfants tant vivants que morts ». Car il ne donne pas comme nouvelle la règle d’extraire les enfants vivants par les pieds, mais comme une pratique usuelle, probablement traditionnelle, depuis Soranus. Il est heureux qu’une grande autorité se soit attachée au nom de Paré, que l’imprimerie ait répandu ses préceptes si sages : il en est résulté pour l’obstétricie un avantage immense dont l’humanité a profité.
Guillemeau, l’élève direct et l’ami de Paré, ne s’éloigne que peu de la doctrine de son maître et il pratique, selon les circonstances de position du fœtus, la version sur la tête et sur les pieds. Il recommande de pratiquer la version sur la tête ou les pieds « quand l’arrière-faix se présente le premier » (liv. I, ch. xv, 1649, p. 320). Dans les présentations des pieds « il faut que le chirurgien regarde s’il veut tirer l’enfant par les pieds — ou s’il trouve meilleur de lui remettre ou l’un ou les deux pieds au dedans, puis le retourner en ramenant la tête au couronne¬
ment (Ibid., ch. xix, p. 328). Les préceptes qu’il donne sont plus complets que ceux de son maître et sont le résultat d’une pratique étendue, mais ne changent pas le fond de la doctrine.
Plus hardie, je dirai plus avisée, fut Louise Bourgeois, l’accoucheuse de Marie de Médicis, qui avait épousé un aide d’Ambroise Paré qui avait demeuré chez lui pendant vingt ans ( OEuvr liv. II, p. 88. Sans date, mais probablement de 1651 ou 1652). Elle recommande la version sur les
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pieds dans la procidence du cordon : aussi, quand il y a une perte de sang inconsidérée, « il faut rompre les membranes qui environnent l’enfant, ainsi que l’on ferait une porte pour sauver une maison du feu, et tirer l’enfant par les pieds » (liv. I, p. 44).
Dans les accouchements par la face elle recommande l’expectation et rejette la version (ibid., p. 58). « Il est dangereux de s’y tromper et prendre cet accouchement pour celui du cul devant » .
Jusqu’ici la balance incline seulement, comme on voit, du côté de la version sur les pieds ; Mauriceau va l’entraîner. « Je crois que ceux qui se connaissent en l’art, dit-il, seront assurément de mon avis, qui est que toutes les fois que l’enfant se présente en mauvaise posture, par telle partie du corps que ce puisse être, depuis les épaules jusqu’aux pieds, il est plus seur, et c’est plus tôt fait, de le tirer par les pieds, les allant chercher, s’ils ne se rencontrent pas, que de s’amuser à essaïer de le mettre en figure naturelle, lui amenant la tête la première : car les grands efforts qu’il convient souvent de faire pour retourner un enfant dans la matrice (ce qui est un peu plus difficile que de retourner une aumelette dans la poëlle) débilitent tant la mère et l’enfant, qu’il ne leur reste plus assez de force pour commettre ensuite l’opération à l’œuvre de nature ; et la femme n’a plus pour l’ordinaire, après avoir été ainsi travaillée, les épreintes et les douleurs nécessaires à l’accouchement, pour lequel sujet il serait fort long et très-difficile ; comme aussi l’enfant, qui est très faible pour lors, périrait assurément au passage, sans en pouvoir sortir. C’est pourquoy il vaut mieux en ces rencontres le tirer aussitôt par les pieds, les allant chercher, comme j’ay dit, s’ils ne se présentent pas, et ce faisant, on épargnera aux mères un très-long travail, et on amènera souvent les enfants vivants, qui sans cela ne manqueraient pas de mourir, avant qu’ils pussent être mis dehors par les seuls efforts de la nature » (liv. II, ch. xxi).
On voit qu’à dater de ce moment la version sur la tête est appréciée comme difficulté, la version sur les pieds comme une ressource féconde et salutaire.
On prévoit dès maintenant quel rang ce moyen a dû prendre dans la pratique, aussi longtemps que celle-ci allait rester privée encore de l’instrument si ingénieux dans sa simplicité, si inoffensif et si sûr dans son action, moyennant lequel on peut terminer si heureusement les accouchements dans les présentations céphaliques: aussi n’est-il pas étonnant que l’époque où la version a été le plus employée ait été celle qui a précédé immédiatement l’invention du forceps, et que l’éminent accoucheur de la Motte, qui en a tant perfectionné le manuel opératoire, voue aux tourments éternels le chirurgien qui, dit-on, aurait trouvé sans le divulguer un instrument « au moyen duquel il se vantait d’accoucher toutes les femmes auxquelles la tête de leurs enfants serait arrêtée, prise ou enclavée au passage, sans leur causer aucun préjudice. »
Ce vœu juste au fond ne pouvait s’appliquer à Palfyn contre lequel il était dirigé, puisque, disposé à publier son moyen, comme il le fit en