VOMITIFS. - ACTION SUE LA DIGESTION. SUE LA CIRCULATION
moindre, au contraire, que la première aura été plus longue. Or il nous est possible d’accentuer davantage, suivant les indications à remplir, chacune de ces périodes, et plus nous prolongerons l’état nauséeux, moins nous aurons de réaction : ce qui s’obtient en espaçant à d’assez longs intervalles les prises du vomitif et diminuant les efforts du vomissement par l’administration, au moment opportun, de copieuses boissons tièdes; en supprimant l’acte même du vomissement on peut avoir cette phase nauséeuse pure et obtenir ainsi, sans réaction aucune, l’effet dit contro-stimulant. Au contraire, par l’emploi d’une seule et forte dose vomitive accompagnée de peu d’eau tiède on provoque le vomissement avec prédominance de la phase de réaction. Afin de manœuvrer suivant les indications, il importe de tenir grand compte de ces différences parfaitement établies par Trousseau et Pidoux qui faisaient remarquer, pour se défendre contre l’accusation de plier les faits suivants les théories, que ces effets variables d’action et de réaction se rencontraient également dans les applications hydrothérapiques et qu’on les constate, ajouteronsnous, à propos de presque tous les médicaments suivant les doses et le mode d’administration.
Tel est le tableau d’ensemble des effets produits par les vomitifs. Voyons maintenant en détail l’action sur les diverses fonctions.
Sur la digestion. — Les vomissements amènent le rejet des matières contenues dans l’estomac, aliments, liquides ingérés, mucus, ainsi que de la bile qui y a reflué après avoir été exprimée dans le duodénum et par la pression qu’exercent sur le foie les muscles abdominaux et par les muscles des voies biliaires, contractés comme tous ceux de la vie organique. Cependant, s’il est vrai que l’apomorphine ne produise pas de vomissements bilieux, il faut admettre l’intervention d’un effet non mécanique sous l’influence de l’ipéca et de l’émétique qui, du reste, modifient les fonctions du foie dans leur ensemble et ne se bornent pas à agir sur la sécrétion biliaire. La diarrhée peut suivre l’administration des vomitifs, tant par le phénomène même de l’effort que par l’inflammation, plus ou moins intense (davantage par l’émétique, moins par l’ipéca) déterminée sur l’intestin.
Sur la circulation. — Pendant la phase nauséeuse il y a des signes évidents de contraction des petits vaisseaux, en même temps le cœur est accéléré. Plus tard, pendant la phase de vomissement et celle de réaction, on constate encore de l’accélération, mais tantôt avec petitesse, tantôt avec développement du pouls, suivant l’activité de la réaction, ainsi que nous l’avons dit. Enfin il y aurait consécutivement, tardivement, une diminution parfois très-prononcée (de 104 à 40, d’après Grasset) du chiffre des pulsations : cet effet doit se rencontrer surtout chez certains fébricitants, il est peu apparent à l’état physiologique. Je ne cite que pour mémoire une accélération secondaire que peut produire l’émétique quand son contact a déterminé des inflammations gastriques ou intestinales.
On s’est demandé par quel mécanisme se produisent les premiers
620 VOMITIFS. — action sur la respir. sur la tempér. sur les sécrétions. phénomènes : Cliouppe, Pécliolier, croient à ane action exercée sur le cœur lui-même; Harnack à une excitation des nerfs accélérateurs. Avec Peter nous croyons à une stimulation générale du grand sympathique, agissant sur tous les muscles de la vie organique, d’où la diminution du calibre des petits vaisseaux, la pâleur et le refroidissement des tissus, effets plus ou moins persistants suivant la durée de l’excitation et pouvant, lorsque celle-ci a été courte et brusque, être remplacés par des phénomènes d’ordre inverse.
Sur la respiration. — Cette fonction est profondément modifiée par les vomitifs : il suffit de se rappeler les efforts que nécessite le vomissement pour le comprendre. Grande ampliation des poumons suivie de compression de ces organes, tel est l’effet produit à chaque vomissement : les alvéodes sont donc comprimés par un double mécanisme : la pression des parois qui s’exerce du dehors au dedans, la pression de Pair qui se fait en sens inverse. Enfin les mouvements respiratoires sont accélérés d’abord et ralentis consécutivement à l’action des vomitifs. De plus les rapports que les physiologistes trouvent entre le centre vomitif et le centre respiratoire, tous deux situés dans le bulbe, expliquent l’influence exercée par les vomitifs sur la respiration.
Sur la température. — Les résultats sont très-variables suivant l’état du malade, fébricitant ou apyrétique, et suivant que la réaction a été plus ou moins prononcée. La température est abaissée pendant la phase nauséeuse, ainsi que l’ont constaté Pécholier, en prenant la température des oreilles et déjà bouche, d’Ornellas, en plaçant le thermomètre dans le rectum. Le vomissement terminé, l’abaissement persiste et parfois devient même plus marqué pendant un certain temps, pour faire place ensuite à une certaine élévation de température en rapport avec la phase de réaction. Mais, dans tous les cas observés chez des fébricitants, il y a un abaissement plus ou moins durable.
Sur les sécrétions. — Toutes les sécrétions sont accrues par les vomitifs. La salive se produit en plus grande abondance et nécessite une fréquente expuition; le mucus bronchique est accru et plus facilement rejeté. Nous avons vu que la bile est souvent rendue en notable quantité: il y a là non-seulement un fait d’élimination suivant les mécanismes multiples que nous avons signalés, mais aussi un véritable accroissement de la sécrétion par laquelle concourt à se faire l’élimination des agents vomitifs que Cbouppe y a retrouvés. Production aussi de sueurs dans toutes les phases de l’action vomitive, mais offrant des qualités différentes: froides, partielles, localisées à la tête et aux mains pendant l’état nauséeux, elles ne sont point critiques et présentent les caractères des mauvaises sueurs, accompagnant d’ailleurs parfois une prostration syncopale; au contraire, pendant la phase de réaction elles sont halitueuses, générales, plus ou moins prononcées, parfois très-abondantes, et peuvent devenir critiques, tout au moins portent-elles le cachet des bonnes sueurs et, ainsi que l’indique Gubler, dans les fièvres ardentes, lorsque les sudorifiques ordinaires sont devenus impuissants, les vomitifs constituent un bon