VOMITIFS. - ACTION SUR LE SYSTÈME NÉVRO-MUSCULAIRE
moyen d’amener les sueurs et d’amender la lièvre. Ils agissent ainsi parce qu’ils abaissent la température, action à rapprocher de celle des lotions froides, etc. (Voyez Sudorifiques). Enfin l’urine est souvent augmentée par les vomitifs, surtout quand la réaction est peu marquée et quand la phase de concentration a été longue.
Sur le système névro-musculaire. — L’influence des vomitifs sur le système névro-musculaire ne doit pas être négligée, car c’est à elle qu’il faut, en dernière analyse, rapporter tous leurs effets que nous venons de décrire. L’action exercée sur les muscles a été étudiée par Pécholier, d’Ornellas, et surtout Harnack; elle consiste en une diminution de l’excitabilité musculaire suivie de faiblesse, d’hyposthénie, de parésie ou même d’une véritable paralysie. Les expériences d’Harnack, faites avec l’émétique, les sulfates de cuivre et de zinc, tendent à prouver que ces effets ont lieu par une action directement exercée sur le muscle, et Rabuteau considère toutes ces substances comme des poisons musculaires. Il semblerait en être de même de l’ipéca et de l’apomorphine, car on a vu, par exemple, sur une grenouille soumise à l’action de ces substances, le membre postérieur ne tenant au tronc que par son nerf avoir son excitabilité conservée, tandis que le membre rattaché par les vaisseaux avait perdu cette propriété. Mais ceci n’est pas, à notre avis, une preuve péremptoire que l’action musculaire de ces agents ne s’exerce pas par l’intermédiaire du système nerveux : on comprend, en effet, que les extrémités nerveuses des muscles soustraits à l’action directe de l’agent toxique puissent conserver une excitabilité qu’elles perdent lorsque le sang amène le poison à leur contact immédiat ; rappelons que des phénomènes de même ordre ont été signalés par Cl. Bernard et par Vulpian à propos du curare et de la strychnine et que cela n’empêche nullement ces substances d’être des poisons du système nerveux. Il serait d’ailleurs bien étrange que, poisons musculaires, les vomitifs agissent sur les muscles striés en les paralysant, sur les muscles lisses en les excitant! Au contraire l’action des vomitifs sur les centres nerveux explique cette opposition de leurs effets sur les deux systèmes musculaires. Cette action est, du reste, nettement établie par l’observation, chez l’homme, de manifestations consistant en des phénomènes d’excitation d’abord, puis de dépression, phénomènes constatés également chez des animaux, chiens, lapins, grenouilles; quelquefois même, dès le début de l’expérience, Pécholier, Chouppe, d’Ornellas, Harnack, auraient rencontré une véritable hyperesthésie. Peter signale, chez les malades soumis à l’ipéca, non-seulement une sensation de lassitude générale, mais encore une céphalalgie assez vive. Trousseau et Pidoux professent que les vomitifs agissent puissamment sur le système nerveux chez lequel ils déterminent une perturbation qui retentit dans toute l’économie. Qu’on appelle cet effet excitation ou dépression, cela n’a aucune importance, car les auteurs appliquent ces dénominations à des états identiques, une expression désignant la manière d’être apparente, l’autre le mécanisme qui la produit. AvecDélioux de Savignacet Peter, nous croyons que les vomitifs agissent
622 VOMITIFS. — indications thérapeutiques.
par une excitation du grand sympathique et de la moelle, excitation primitive qui n’est durable que dans le domaine du grand sympathique (loi de la vie organique : excitation lente à s’éteindre), occasionnant l’état syncopal par la dépression coïncidente des muscles striés et du système nerveux de la vie animale. Qu’on veuille bien ne pas oublier cette coïncidence constante : l’excitation des muscles de la vie organique (contracture des vaisseaux, pâleur des téguments, contractions intestinales, etc.), quelle qu’en soit la cause provocatrice, vomitif, émotion ou tout autre agent, s’accompagne toujours du relâchement des muscles animaux (relâchement des sphincters amenant des évacuations involontaires, lipothymies par résolution musculaire, etc.). C’est précisément ce que produisent les vomitifs quand on les administre de manière à faire prédominer la phase nauséeuse et à éviter la réaction : de là leur action contro-stimulante ou antiphlogistique et leurs effets résolutifs de la contracture musculaire, effets analogues à ceux des anesthésiques qui amènent aussi la résolution musculaire, mais par un autre mécanisme, celui de la suspension des fonctions sensitives. Et ce n’est pas un des phénomènes les moins curieux à méditer, pour le médecin philosophe, que ces effets identiques de médicaments antagonistes ! Car les anesthésiques, et ceci vient à l’appui de la théorie que nous soutenons, après Delioux et Peter, de l’excitation de centres nerveux spéciaux par les vomitifs, les anesthésiques sont les antagonistes des vomitifs dont ils empêchent les effets en s’adressant à la sensibilité, soit périphérique, soit centrale : ainsi l’acide carbonique, qui agit sur les extrémités gastriques du nerf vague (potion de Rivière), le chloroforme, le chloral, qui diminuent ou abolissent l’activité réflexe des centres nerveux; David, Prévost (de Genève), ont constaté que ces derniers agents arrêtent ou retardent jusqu’au moment du réveil l’action de l’apomorphine ; il en est de même de la morphine en injections veineuses. Mais de toute l’étude précédente il résulte que l’acide carbonique ingéré dans l’estomac sous forme de potion de Rivière ou de vin de champagne ne pourra s’opposer qu’au vomissement d’origine gastrique, à l’action de l’ipéca notamment, tandis que les anesthésiques centraux pourront neutraliser les effets de tout vomitif, à quelque catégorie qu’il appartienne. Enfin et par des mécanismes analogues les affections dyspnéiques portées à un degré élevé sont susceptibles d’amener le même résultat, en insensibilisant les centres nerveux, ce qui explique qu’on puisse voir échouer les vomitifs dans la bronchite capillaire, la pneumonie catarrhale, alors que l’on comptait sur eux pour désobstruer l’arbre aérien !
Cela nous amène à l’étude des emplois thérapeutiques des vomitifs.
Indications thérapeutiques. — Faire connaître tous les cas dans lesquels les vomitifs pourraient être employés et où ils sont susceptibles de rendre des services nous entraînerait à passer en revue presque toute la pathologie et nous obligerait à répéter ce qui a été dit à propos de chacun de ces agents dans les articles spéciaux de ce Dictionnaire. Nous allons donc, et nous croyons ce procédé plus conforme à l’étude générale
VOMITIFS. — indication évacuante, indication substitutive. 625 des agents d’une médication, nous borner à signaler les diverses indications auxquelles on peut satisfaire par l’emploi de ces médicaments.
Indication évacuante. — Le premier effet et le plus évident de ces substances les désigne tout naturellement à notre prescription lorsqu’il y a lieu de vider l’estomac des matières qu’il contient : aliments indigérés, poisons, etc. Ce n’est là pourtant que l’indication la moins fréquente et, à coup sûr, la moins importante des vomitifs, car, si le plus souvent on les administre de manière à produire des évacuations et non point pour obtenir seulement l’effet nauséeux, il n’en est pas moins vrai que l’évacuation de l’estomac n’est pas le but ordinairement poursuivi, mais le premier résultat d’une action complexe dont on recherche d’autres conséquences.
Dans quelques circonstances il s’agit de débarrasser non l’estomac, mais d’autres points, plus haut placés, de l’appareil digestif: par exemple, lorsqu’on cherche à utiliser les efforts, les secousses du vomissement pour expulser un corps étranger de l’œsophage, évacuer un abcès du pharynx ou de l’amygdale ou encore des cryptes distendus de cet organe lymphoïde. Dans tous ces cas c’est une indication presque entièrement mécanique que l’on cherche à remplir par l’administration du vomitif.
Indication substitutive. — Une des circonstances dans lesquelles les vomitifs sont le plus usuellement employés, c’est lorsqu’on veut combattre l’embarras gastrique simple ou bilieux, soit qu’il constitue, à lui seul, toute la maladie, soit qu’il n’en forme qu’un des éléments, comme dans certaines pyrexies et phlegmasies. L’enduit qui recouvre la langue, en pareil cas, cette sécrétion visqueuse qui tapisse la membrane interne de l’estomac et dont on constate la présence parmi les matières rejetées, avaient fait émettre l’idée que des impuretés, des saburres, comme on le disait, encombraient les premières voies, et que le vomitif agissait en débarrassant mécaniquement les organes de ces détritus dont il provoque l’évacuation. Trousseau et Pidoux, les premiers, firent remarquer combien est insuffisante cette explication de l’action des vomitifs employés contre l’embarras gastrique. Comment croire que l’estomac, toujours si tolérant pour des aliments parfois très-irritants, serait rendu malade par la seule présence des saburres et guéri par leur évacuation? Comment comprendre l’accumulation de ces saburres qui devraient être diluées et entraînées continuellement par les ingesta liquides et solides? Comment expliquer enfin, si c’est par la simple évacuation, que les vomitifs guérissent l’estomac, que l’emploi de ces moyens nettoie aussi la langue et la débarrasse de son enduit, alors qu’un instrument de toilette, le gratte-langue, énergiquement appliqué à plusieurs reprises, est incapable d’amener le même résultat par son action mécanique directe? Assurément il y a des saburres, des impuretés ; mais ces saburres ne sont autre chose que la sécrétion viciée et accrue de l’estomac atteint de catarrhe et dont l’inflammation retentit jusque sur la langue comme aussi, le plus souvent, sur l’intestin. Le vomitif modifie tout cela non point par le simple mécanisme, tout apparent, de l’évacuation, mais par l’irritation locale qu’il engendre, irri-
VOMITIFS. — INDICATION RÉVULSIVE.
tation qui se substitue à celle de cause morbifique, puis disparaît à son tour et bien plus rapidement que n’eût pu disparaître le catarrhe primordial. C’est de la même façon que l’on a pu expliquer les bons elfets des vomitifs dans les maladies intestinales, diarrhées, dysenteries, etc. Lorsqu’il s’agit d’affections du gros intestin, les substances vomitives données en lavements agissent tout aussi efficacement que si elles avaient été administrées par la bouche et sans provoquer [d’effet vomitif, ce qui prouve que c’est par le mécanisme de la substitution ou de la modification locale, bien plus que par celui de l’évacuation, que le résultat a été obtenu, même quand le médicament a été donné par la voie buccale. Remarquons d’ailleurs que l’apomorphine, simple évacuant par le mécanismede l’action bulbaire directe et dépourvue de toute propriété irritante, n’est pas et ne saurait être employée dans ces diverses maladies ; elle ne peut remplir que les autres indications des vomitifs, évacuante, contre-stimulante.
L’état bilieux, qui accompagne si souvent l’embarras gastrique, peut n’être qu’une dépendance de ce catarrhe gastro-duodénal ayant gagné les voies biliaires, tout au moins la partie qui confine au duodénum, et entravant ainsi l’évacuation de la bile. On comprend encore, par conséquent, qu’en modifiant l’inflammation gastro-intestinale, le vomitif permette l’écoulement du fluide biliaire et favorise la disparition de l’état bilieux.
Alors même que le foie tout entier est atteint, dans ces manifestations bilieuses, il est à remarquer que la polycholie résulte plutôt d’un état de torpeur que d’une suractivité de l’organe. Le vomitif, par tous les mécanismes que nous avons indiqués lors de l’étude physiologique, s’adresse au foie, secoue cet état de torpeur et rétablit ou aide à ramener le fonctionnement normal. Peut-être enfin l’organe hépatique est-il modifié, indirectement, par l’action qu’exerce le vomitif sur l’estomac et les intestins : l’action irritante, directe ou substitutive quand il s’agissait de la maladie de ces derniers, devient ainsi une irritation indirecte ou révulsive pour l’affection du foie. Ceci nous amène à l’examen d’une autre indication.
Indication révulsive. — Quand il s’agit de maladies pulmonaires, par exemple, l’action du vomitif ne peut plus être dite substitutive, mais bien révulsive. Comme le ferait un irritant appliqué sur la peau qu’il rougit, le vomitif hyperémie les voies digestives et y produit un effet révulsif. Cette révulsion réussit surtout contre la congestion pulmonaire, c’est-àdire la maladie des organes respiratoires qui s’accompagne d’une modification toute superficielle et non d’une lésion profonde des poumons. Woillez préconise, dans le traitement de cette maladie qui ressemble tant au début d’une pneumonie, les ventouses scarifiées et les vomitifs; ces deux moyens thérapeutiques se complètent mutuellement et font disparaître avec rapidité la congestion qui, autrement attaquée, se prolonge et s’éternise. La congestion du poumon est un élément que l’on rencontre dans presque toutes les autres maladies pulmonaires : citons la pneumonie, au début de laquelle les deux moyens indiqués ci-dessus seront toujours utiles pour restreindre la fluxion dans de moindres limites; la