NOUV. DIGT. MED. ET CHIE. XXXIX
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tout à fait justifiées, à savoir: pour le xanthélasma plan, une variété maculeuse et une variété papuleuse ; pour le xanthélasma élevé, une variété tuberculeuse et une variété tubéreuse.
a). Le xanthélasma en taches (xanthoma planum) est constitué par de petites plaques cutanées de couleur jaune plus ou moins foncée et pouvant affecter toutes les formes ; tantôt c’est un semis de petits points ayant les dimensions d’une tête d’épingle; tantôt ce sont des taches arrondies du diamètre d’une demi-lentille, d’une lentille; plus souvent peut-être encore elles sont ovalaires. Plus rarement les plaques ont de grandes dimensions : on en a vu de la largeur de l’ongle et même du diamètre d’une pièce de cinq francs (Kaposi). Les bords en sont ordinairement nets et unis, quelquefois déchiquetés comme ceux d’une fougère (Straus).
Ces plaques font tache sur la peau par leur coloration jaune; la teinte en est uniforme, ou bien elles paraissent composées de points très-rapprochés et présentant la même coloration ; c’est un jaune opaque, dont les tons varient du blanc crème au jaune foncé , au jaune orangé ou même safrané.
Les taches les plus caractéristiques et les plus communes ont cette teinte jaune fauve qui rappelle la couleur de la peau de chamois, comme l’avait remarqué Rayer. D’autres fois elles sont beaucoup plus pâles, couleur crème, café au lait, couleur paille, ou encore elles ont la teinte feuille-morte.
Sur certaines peaux très-pigmentées, elles sont légèrement bistrées et se distinguent mal du tégument voisin ; il est utile, alors, d’user d’un petit artifice pour les mettre en évidence : il consiste à passer le doigt et à tendre la peau à leur surface : on fait ainsi apparaître nettement la coloration blanc jaunâtre, qui était simplement masquée par la pigmentation de l’épiderme.
Le plus souvent le xanthome plan tranche nettement par sa couleur sur la peau, dont il se distingue par ce seul caractère ; car, au niveau des macules, le derme n’est altéré ni dans son épaisseur, ni dans sa souplesse; si on la presse entre les doigts, on n’a pas la sensation d’un corps étranger inclus dans la peau : le pli que l’on forme ainsi ne présente ni dans sa consistance, ni dans son épaisseur, aucune différence notable avec un repli formé sur la peau saine (Kaposi) .
Quelquefois les taches xanthélasmiques font une légère saillie, notamment au niveau de leurs bords (variété papuleuse), et, comme elles sont souvent confluentes et disposées en séries linéaires, elles peuvent augmenter notablement l’épaisseur de certains plis naturels, à la paupière inférieure, par exemple.
Mais ces élevures elles-mêmes sont lisses et molles au toucher, ne donnant pas la sensation d’induration que l’œil fait supposer.
Les taches de xanthome sont quelquefois et restent indéfiniment en très-petit nombre, une, deux à l’une des paupières de chaque côté; ailleurs, elles sont plus nombreuses, tantôt isolées les unes des autres,
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tantôt confluentes, formant des plaques composées ; elles sont aussi le plus souvent disposées symétriquement.
Nous verrons, en étudiant le mode de distribution du xanthélasma, la modalité éruptive, que cette forme maculeuse n’est pas seulement une variété anatomique, mais une véritable espèce clinique, par ce double caractère qu’elle est de beaucoup la plus fréquente et qu’elle existe souvent seule, affectant alors un siège exclusif, la région palpébrale.
Le développement des taches xanthélasmiques a été observé pa Quinquaud : au début, ce sont des taches congestives que la pression fait disparaître, en laissant une teinte d’un jaune spécial qui n’est pas celle de l’hématine. « Déjà à cette époque la graisse existe en plus grande quantité qu’à l’état normal. » Un peu plus tard, avec l’extension des plaques apparaît un centre jaune limité par une zone hyperémiée, coloration jaune qui varie d’intensité et d’étendue suivant la période à laquelle on observe l’état morbide (Quinquaud).
Les symptômes subjectifs qui accompagnent l’évolution des taches sont le plus souvent nuis et, en tout cas, de peu d’importance. Elles n’entraînent aueune souffrance, aucune sensation désagréable même; à peine trouve-t-on signalés dans quelques observations recueillies sur des femmes névropathes de légères démangeaisons, de petits picotements, surtout quand le xanthome se développe.
b). Le xanthélasma saillant (xanthoma tuberosum), comprenant les formes papuleuses, papulo-tuberculeuses, tuberculeuses et tubéreuses des auteurs, se présente sous l’aspect de papules ou de nodosités cutanées habituellement lenticulaires, mais pouvant varier du volume d’un grain de mil, d’un grain de blé à celui d’un pois ou d’un haricot, dimensions qui sont rarement dépassées.
Enchâssées dans le derme, elles dépassent à peine le niveau des téguments ou bien proéminent de quelques millimètres ; ordinairement arrondies et formant une saillie hémisphérique, elles ont tendance à s’aplatir en devenant plus volumineuses.
L’épiderme qui les recouvre reste lisse et d’apparence normale. Elles offrent au toucher une consistance élastique, à peine supérieure à celle de la peau saine, devenant cependant parfois plus considérable, comme fibreuse. Il en est notamment ainsi dans la variété tubéreuse deChambard, variété constituée par des tubercules plus gros et plus durs, disséminés en petit nombre, ressemblant « aux nodules du squirrhe secondaire de la peau ».
Les tubercules du xanthélasma ont comme les taches une coloration jaune caractéristique qui varie également du jaune intense, jaune orange ou même jaune safran, jaune chamois, au blanc jaunâtre. En général, pourtant, cette coloration est plus pâle que celle du xanthome plan ; elle peut même différer à peine de la coloration de la peau avoisinante. Assez fréquemment, elle est mêlée de rouge par hyperémie diffuse du derme; quelquefois même le sommet des tubercules est nettement rouge; il paraît enflammé (Murchison).
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Ces nodosités font corps avec le derme et n’en dépassent pas les limites; elles sont mobiles avec lui sur les parties profondes; l’épiderme à leur surface reste également intact, il n’y a jamais de tendance à l’ulcération.
Les tubercules du xanthome se rencontrent rarement en trèspetit nombre et tout à fait isolés ; plus souvent, ils se rassemblent sur certaines régions en éruption cohérente ou même confluente. Ils n’ont pas un siège presque exclusif comme les plaques du xanthome plan, mais ont des lieux de prédilection , car le plus ordinairement cette forme de l’affection ne reste pas localisée à une région, mais se montre à la fois sur plusieurs points symétriques.. On la rencontre également sur les muqueuses.
Le xanthélasma tuberculeux tantôt revêt dès le début la forme de petites nodosités intra-dermiques, tantôt il prend naissance par des taches jaunes qui peu à peu deviennent saillantes et un peu dures, il y a transformation du xanthoma planum en xanthoma tuberosum, ce qui montre la presque identité des deux formes.
Les tubercules ainsi constitués grossissent et jaunissent peu à peu, avec tendance à s’aplatir, et, arrivés à un certain degré de développement, ils persistent sans changement, sans rétrocéder, si ce n’est dans des cas exceptionnels.
Les symptômes subjectifs dont l’éruption s’accompagne, quoique souvent très-minimes, sont cependant beaucoup plus importants que dans le xanthélasma en plaques; ces sensations spontanées se réduisent à quelques picotements, à un léger endolorissement ; mais la pression sur les tubercules est ordinairement très-pénible, voire insupportable, au point que, si la paume des mains en est le siège, l’affection rend l’individu incapable de tout travail manuel.
Cette hyperesthésie est expliquée, du reste, parles altérations dont les nerfs sont le siège au niveau des lésions xanthélasmiques.
c). Le xanthélasma en tumeurs est une véritable rareté pathologique, il n’en existe guère que deux exemples certains dans la science. Il s’est montré associé à la forme tuberculeuse généralisée, occupant les mêmes sièges de prédilection, coudes, genoux, talons, régions fessières, les points soumis à des pressions habituelles. Les tumeurs ont succédé à des nodosités et ont pu atteindre le volume d’une amande, d’une noix, d’un œuf de poule. De ces tumeurs, dont la plupart sont lobulées, les unes sont intra-dermiques, enchâssées dans la peau et mobiles avec elle, faisant à sa surface une forte saillie, pouvant même se pédiculiser : elles sont recouvertes par l’épiderme toujours intact, et se distinguent par la coloration jaune habituelle ; les autres sont sous-cutanées avec un centre jaune qui en est comme le pédicule adhérent à la peau ; elles se développent dans l’hypoderme, se mettant en rapport avec les organes sousjacents, et contractent des adhérences avec eux; ainsi, le tendon d’Achille, le tendon rotulien, le périoste dè l’olécrane. Elles sont indolentes, sans aucune tendance à subir un travail ulcératif ou destructif.
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Tels sont les aspects divers, les formes différentes que peuvent prendre les productions xanthélasmiques.
Nous devons maintenant envisager le mode de distribution habituel de ces lésions, les modalités éruptives de la dermatose que nous étudions.
Il y a, à cet égard, à distinguer deux formes cliniques essentielles, très-différentes l’une de l’autre : 1° le xanthélasma localisé, 2° le xanthélasma généralisé. Le premier est de beaucoup le plus fréquent; c’est la forme commune, celle qu’avait observée Rayer et qu’on ne tarde pas à rencontrer lorsqu’on examine, dans ce but, un grand nombre d’individus malades ou bien portants; ce sont les plaques jaunes des paupières, le xanthome de la région palpébrale, appartenant presque exclusivement à la forme plane, variétés maculeuse et papuleuse.
On juge bien de la fréquence relative de cette espèce clinique par la statistique qu’a établie Chambard : sur 58 observations, 46 fois le xanthélasma était limité aux paupières et toujours à l’état de taches sans saillie, ou légèrement papuleuses.
L’apparition des taches palpébrales peut se faire simultanément à chaque œil, à l’une des deux paupières , ou bien elle n’a lieu que d’un côté, et habituellement alors à la paupière supérieure gauche; dans ce cas, l’affection ne tarde pas à se développer symétriquement sur la paupière droite correspondante ; il est exceptionnel qu’elle reste unilatérale ; et de même que les deux paupières inférieures peuvent être seules atteintes, de même les quatre le sont peu à peu dans certains cas. '
D’une façon à peu près constante, c’est au voisinage du grand angle de l’œil que se montrent les premières taches ; et quand elles sont en petit nombre, ce qui est fréquent, elles y restent confinées, soit sur les paupières elles-mêmes, soit plus en dedans, sur la dépression qui fait le. fond de l’angle orbitaire et sépare la commissure palpébrale de la racine du nez.
Chez certains sujets, on n’en observe jamais que deux ou trois à chaque angle interne; chez d’autres, elles sont beaucoup plus nombreuses, forment des groupes de huit ou dix couvrant la moitié interne de la paupière inférieure, sur la partie externe de laquelle quelques-unes plus petites sont, en outre, disséminées. C’est dans ce cas, où le processus est sans doute plus actif, qu’elles deviennent légèrement papuleuses et augmentent l’épaisseur de la peau si fine de cette région, ce qui paraît nettement au niveau des plis que déterminent les mouvements des paupières.
De volume variable, mais ne dépassant guère celui d’une lentille, elles sont ordinairement ovoïdes à grand diamètre dirigé dans le sens de l’orifice palpébral. Elles prennent quelquefois une disposition singulière en se réunissant, elles constituent une bande partant de l’angle interne de l'œil et formant autour des ouvertures palpébrales un cercle jaunefauve que l’on a comparé aux taches qui contournent l’œil du blaireau (Daehsange) .
Rarement les taches xanthélasmiques dépassent les limites de la
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région palpébrale pour envahir les joues, le nez; plus exceptionnellement encore on en trouve sur la conque de l’oreille, sur le cou ou la nuque.
On ’a vu toutes les variétés de coloration que peut affecter le xanthome plan, nous n’y reviendrons pas.
Les plaques jaunes des paupières ne déterminent, avons -nous dit, aucun phénomène subjectif, aucun trouble fonctionnel ; à peine trouve-ton, signalés dans quelques cas, de minimes picotements à leur niveau ou un peu de lourdeur de la paupière quand elles sont en grand nombre.
Elles ne coïncident, le plus souvent, avèc aucune altération notable de la santé générale : pourtant, dans un certain nombre de faits, précédant ou accompagnant leur évolution, un symptôme de valeur s’est montré chez le malade, un ictère chronique qui n’a pas été sans influence sur le développement de la lésion cutanée.
Nous verrons que des relations beaucoup plus étroites existent entre l’ictère et le xanthéiasma généralisé, et nous aurons à nous demander quelles sont la valeur et la nature de ces relations.
Le terme xanthome localisé est à peu près synonyme de xanthome des paupières et de xanthome plan ; cependant il y a quelques exceptions : 1° pour le siège ; Kaposi cite un homme qui avait seulement sur le cou une plaqué de xanthoma planum ; un autre en portait une plaque à la joue gauche, sous la paupière ; 2° pour le siège et la forme, nous trouvons encore dans le traité d’Hebra et Kaposi le cas d’un jeune homme qui présentait des nodosités xanthomateuses semblables à des grains de blé sur la racine de la verge ; nous avons nous-même observé à l’hôpital Saint-Louis, sur une jeune femme, l’existence de quatre à cinq nodules xanthélasmiques sur le devant de la poitrine. Tous ces cas étaient sans ictère.
Le xanthéiasma généralisé a une importance nosologique beaucoup plus grande que le précédent. On n’a pas très-souvent l’occasion de l’observer: c’est ainsi que, depuis 1869, date de l’observation de Bazin, jusqu’en 1877, on n’en trouve relaté aucun cas dans nos recueils français. Depuis cette époque une dizaine d’observations ont été recueillies et publiées pour la plupart.
Dans le xanthéiasma généralisé, les deux formes anatomiques plane et tuberculeuse sont habituellement réunies, chaque variété occupant plus particulièrement certaines régions.
Nous retrouvons chez les malades les mêmes plaques jaunes des paupières ; sur les autres régions c’est le xanthoma tuberosum qui prédomine, la forme plane se montrant cependant fréquemment sur quelques points, par exemple, la face et le côté de la flexion des membres.
Les cas de xanthéiasma en tumeurs qui ont été publiés rentrent dans cette classe, car les tumeurs étaient multiples et occupaient les sièges habituels au xanthome tuberculeux.
L’éruption se montre d’abord aux paupières, à moins que quelque circonstance accidentelle ne provoque l’apparition des premières productions xanthomateuses ; c’est ce qui arrive lorsqu’un des lieux d’élec-
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tion, le coude, le genou, etc., est le siège habituel de frottements, d’irritations répétées.
Il est, en tout cas, exceptionnel que les paupières restent indemnes ; ce qui pourtant a été observé, notamment dans les deux faits connus de xanthélasma en tumeurs.
Quel qu’en ait été le début, l’éruption se fait sur plusieurs régions à la fois, d’une façon symétrique, tout en prédominant d’un côté.
Elle met un temps variable, souvent plusieurs mois, avant d’être complète, et alors elle peut occuper non-seulement un assez grand nombre de territoires cutanés, mais aussi des surfaces muqueuses.
Le tronc et l’abdomen, sauf exception, sont presque toujours épargnés ou ne présentent que quelques rares nodosités disséminées.
Les lieux de prédilection typiques sont les « sommets, » comme le dit Besnier : les coudes, les genoux, les épaules, le dos des mains et des doigts et surtout, dans cette région, l’angle de flexion des doigts. Ce sont encore les parties soumises à des irritations diverses, à des pressions ; la région fessière, la paume des mains, la plante des pieds.
Mais des groupes plus ou moins importants peuvent aussi se former sur le reste de l’étendue des membres, plus particulièrement sur leurs faces dorsale et externe.
Des nodules xanthélasmiques ont été vus également aux parties génitales, sur le pénis et le scrotum, sur les grandes et les petites lèvres.
A la face, l’éruption se produit, de préférence, autour des orifices naturels, autour des narines et de la bouche, sur le pavillon de l’oreille; en ces différents points, on observe le plus souvent du xanthome plan : cependant de véritables nodosités saillantes peuvent se développer sur les lèvres, sur le nez, et même sur les paupières. Chez le malade d’Hillairet, un petit groupe de tubercules s’était formé à l’entrée de chacune des narines, assez volumineux pour gêner, dans une certaine limite, la respiration nasale : la malade de Vincentiis portait sur la paupière supérieure de gros tubercules constituant une difformité beaucoup plus prononcée que de coutume et gênant les mouvements de la paupière.
Plus rarement des papules ou des tubercules de xanthome ont été constatés sur la muqueuse des lèvres et de la langue, surles gencives, la voûte palatine (Pye-Smith).
La généralisation des lésions peut être plus complète encore et porter sur des muqueuses inaccessibles à l’œil pendant la vie; sans vouloir empiéter sur le domaine de l’anatomie pathologique, nous devons dès maintenant signaler le xanthélasma laryngo-trachéo-bronchique (Cham ■ bard, Wickham-Legg), et les plaques trouvées sur la muqueure de l’œsophage et sur celle des canaux biliaires.
L’éruption xanthélasmique sur les différentes régions cutanées que nous avons signalées se produit plus ou moins abondante; le plus souvent elle affecte une disposition en groupes qui sont, du reste, d’étendue variable. Au centre du groupe, les tubercules xanthomateux sont ordinairement très-rapprochés ou même confluents, au point de former en
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s’unissant les uns aux autres une plaque jaune, irrégulière, mamelonnée. A la périphérie du groupe les éléments éruptifs ont tendance à s’écarter, à se disséminer; ils s’isolent les uns des autres.
Telle est la disposition habituelle aux genoux où Ton voit souvent une plaque composée couvrir toute la surface de la rotule, comme le ferait un large placard de psoriasis ; aux coudes ; aux fesses , où l’étendue de surface tégumentaire couverte par les tubercules confluents est quelquefois énorme.
A la paume des mains, à la face palmaire des doigts le xanthélasma est habituellement très-abondant et se montre soit sous forme de macules, soit de petits tubercules agglomérés en plaques granuleuses : ainsi sur les éminences thénar et hvpothénar, sur la pulpe des doigts.
Au niveau des plis que déterminent les mouvements sur la face palmaire de la main et des doigts, le mode de groupement n’est plus le même; des lignes jaunes, comme tracées au pinceau, formées de petites élevures ou de taches, disposées bout à bout, dessinent ces différents plis.
Il en est de même à la surface du scrotum, dont les plis sont couverts de bandes jaunes lui donnant une apparence zébrée.
On a vu également les plis de l’anus épaissis par la production en séries linéaires des nodules xanthélasmiques.
Quelle que soit l’intensité et la généralisation de l’éruption, elle ne développe pas de douleurs ; à peine les malades ressentent-ils quelques légères démangeaisons ou des picotements, au moment où les nodosités apparaissent et grossissent.
Il n’en résulte pas moins, dans certains cas, une grande gêne fonctionnelle pour le malade; car les plaques xanthélasmiques, indolores spontanément, sont très-sensibles à la pression, surtout en certaines régions; en comprimant un des points de la main ou des doigts qui en sont le siège, on détermine une vive douleur qui peut persister après que le traumatisme a cessé ; cette douleur a la plus grande analogie avec celle que provoque la pression sur les cicatrices douloureuses ou sur les tumeurs appelées névromes (Chambard):
La conséquence en est pour les malades une véritable incapacité de travail, à cause de l’impossibilité où ils se trouvent de saisir et de manier les outils professionnels ; de même, ils peuvent être empêchés de garder la position assise.
Un phénomène morbide accompagne fréquemment l’évolution du xanthélasma généralisé : c’est l’ictère chronique..
Nous avons déjà signalé la coïncidence possible de ce symptôme avec les plaques jaunes des paupières, le xanthoma localisé, mais tandis que, dans celui-ci, cette concomitance est relativement rare, elle devient la règle dans le xanthoma généralisé. « Toutes les observations de xanthoma généralisé que j’ai pu me procurer signalent la coïncidence de cette affection avec l’ictère. Dans les quatre observations françaises, elle est nettement indiquée; de même dans celles d’Addisonet Gull, de Pavy, Hilton-Fagge, Hutchinson, Pye-Smith, Witson, Legg, Fort, Kaposi » (Carry).
XANTHÉLASMA. - SYMPTOMATOLOGIE.
Nous verrons, pourtant, qu’il n’en est pas toujours ainsi.
Le plus souvent, l’ictère a précédé l’apparition des lésions xanthélasmiques et semble les avoir provoquées ( xanthélasma ictérîque); pourtant, dans un des cas cités par Kaposi, l’ictère avait été consécutif.
L’ictère qui rentre ainsi dans la symptomatologie du xanthoma est un ictère chronique, durant des mois, des années, jusqu’à sept ans (Frank- Smith) : quelquefois il disparaît pour revenir ensuite.
Il est plus ou moins intense suivant l’affection hépatique qui le détermine, et dont on constate en même temps les signes.
Dès les premières observations, l’attention fut attirée sur la subordination de ces deux affections et on établit entre elles un rapport de causalité, qui s’imposait du reste : seulement, quelques auteurs purent croire que le xanthélasma ne se développait que dans le cours de certains ictères, ou, pour parler plus exactement, qu’il était sous la dépendance d’une lésion particulière du foie ; ce qui donnait cours à cette hypothèse, c’est que, dans beaucoup de cas, l’ictère coïncidait avec une hypertrophie du foie. « Hilton-Fagge fait remarquer que, dans tous les cas de xanthélasma observés à Guy’s Hospital jusqu’en 1873, l’ictère paraissait indé-' pendant d’une obstruction des voies biliaires, qu’il était peu foncé, et que les selles étaient colorées » (Straus).
Mais les observations ultérieures ont montré que toute affection hépatique entraînant le passage du pigmentbiliaire dans les humeurs et dans les tissus pouvait déterminer l’apparition des lésions xanthélasmiques. Tantôt il s’agit d’une cirrhose avec hypertrophie hépatique, rentrant dans la classe des cirrhoses biliaires ; tantôt c’est de la lithiase biliaire ; d’autres fois, enfin, l’obstruction des voies biliaires est due à la présence d’un kyste hydatique, en sorte que, ce qui paraît important, c’est moins la lésion hépatique que sa conséquence, l’ictère lui-même, pourvu qu’il soit de longue durée.
Le xanthélasma ictérique est ainsi une espèce bien établie. Mais nous savons aujourd’hui que le xanthélasma, même généralisé, n’est pas fatalement lié à l’ictère ; que celui-ci peut manquer à tous moments de l’évolution de la dermatose.
Dans certains cas, en effet, les malades*atteints de xanthoma généralisé se sont présentés avec une coloration jaune verdâtre ou jaune d’ocre de la peau, persistant pendant des mois, et qui n’était pas due à de l’ictère ; la coloration des muqueuses n’était pas modifiée et l’urine ne renfermait pas trace de matière colorante de la bile (obs. Besnier et Carry).
Il s’agissait donc d’une modification particulière de la pigmentation cutanée dépendant vraisemblablement de la maladie xanthélasmique ellemême ; une xanthodermie que Besnier a proposé de désigner du nom de xanthochromie, dont la pathogénie est assez obscure, mais qui paraît, anatomiquement, due à une plus grande proportion du pigment normal dans la couche profonde des cellules malpighiennes.
On devra toujours songer à la possibilité de celte altération de la
XANTHÉLASMA. — marche.
pigmentation cutanée et ne pas se laisser aller à la confondre avec l’ictère vrai.
Enfin le xanthélasma généralisé peut se développer sans qu’il y ait aucune modification de la couleur des téguments, plusieurs faits relatés dans ces dernières années sont venus le démontrer. « Il peut donc y avoir du xanthome sans ictère ; il peut y avoir du xanthome avec coloration xanthomatique (non ictérique) ; il peut, enfin, y avoir du xanthome avec ou sans xanthochromie, compliqué d’ictère » (Besnier).
En relevant les observations de xanthélasma généralisé, recueillies ces dernières années, nous trouvons à cet égard les résultats suivants : 5 observations avec ictère et lésion hépatique; 2 observations avec xanthochromie ; 5 observations sans ictère ni xanthodermie.
Marche. — • Le xanthélasma est une affection essentiellement chronique, se développant lentement, quelquefois dès le jeune âge, puis res'tant indéfiniment stationnaire, sans tendance à guérir, sans que, non plus, les plaques ou les nodules menacent de s’ulcérer ou de dégénérer ; une fois développé, ce n’est plus, en quelque sorte, qu’une lésion indélébile.
Cela est surtout vrai pour le xanthélasma localisé, les plaques jaunes des paupières, forme qui ne s’accompagne d’aucun trouble de la santé; les taches une fois constituées persistent toute la vie, sans se modifier.
Le xanthélasma généralisé a une évolution plus accidentée et variable suivant les conditions dans lesquelles il se développe ; lié à l’existence d’un ictère chronique, c’est-à-dire à une affection hépatique le plus souvent incurable et devant entraîner la mort dans un délai variable, il suit les phases de la maladie principale; il se développe lentement, arrive en quelques mois à couvrir les régions de prédilection, puis reste à peu près stationnaire, ou ne progresse plus qu’avec beaucoup de lenteur, sans jamais rétrocéder, jusqu’à la terminaison fatale.
Mais, même dans les cas où aucune affection viscérale ne vient abréger la vie du malade et arrêter par conséquent l’évolution du xanthélasma, celui-ci ne paraît pas susceptible d’une extension indéfinie. Les nodosités qui plus ou moins rapidement se sont montrées sur les divers points d’élection grossissent peu à peu, s’élargissent et arrivent ainsi à se confondre et à former les plaques que nous avons décrites ; à ce moment, « leur accroissement paraît se ralentir probablement, parce que, les vaisseaux et les nerfs qu’ils renferment se détruisant par le processus scléroadipeux, les tubercules xanthélasmiques tendent à se transformer en corps semi-étrangers à l’économie et ne sont plus nourris que par imbibition à la manière des cartilages » (Chambard).
Cependant les tumeurs du xanthome on tumeurs, par un accroissement graduel durant des années, peuvent acquérir un volume considérable; dans l’observation si curieuse de Carry, certaines tumeurs acquirent en cinq ans les dimensions d’un œuf de poule.
Dans toutes ces formes, le xanthélasma aies allures d’une affection
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essentiellement chronique; il se développe lentement, s’accroît plus lentement encore ou bien reste stationnaire.
Il est cependant une espèce dont l’évolution diffère complètement de celle qui caractérise habituellement le xanlhoma : c’est le xanthome diabétique (Malcom-Morris), ou xanthome temporaire des diabétiques (Chambard). Malcom-Morris, se basant sur une observation personnelle et sur deux autres, antérieures, dues à Addison et Gull et à Bristowe, a voulu établir l’existence nosologique de cette forme particulière qu’affecte le xanthome quand il se développe chez les diabétiques, ou du moins chez certains diabétiques. L’éruption se fait rapidement, d’une manière aiguë, pourrait-on dire; en 8, 10 jours, elle est complète; on l’a vue formée de papules et de tubercules durs, incolores ou légèrement rouges, portant à leur sommet un point jaune. Après être restée stationnaire pendant un temps variable, quelques mois, un an, elle rétrocède, les éléments xanthélasmiques s’affaissent, disparaissent peu à peu, et la dermatose peut guérir en grande partie, ou même tout à fait.
Bristowe et Malcom-Morris ont fait l’examen histologique de tubercules développés dans ces conditions et ils ont trouvé une identité de structure complète avec celle des nodosités xanthélasmiques ordinaires ; d’autre part, l’apparence objective étant la même, on peut, malgré ces différences énormes dans l’évolution, admettre, avec l’auteur anglais, qu’il s’agit bien d’une forme de xanthome.
« La marche si particulière qu’il affecte constitue un caractère différentiel de degré et non dénaturé » (Chambard).
Cette mobilité dans l’évolution des manifestations xanthélasmiques chez les diabétiques est peut-être liée aux variations qui se produisent dans les altérations chimiques du sang, altérations plus ou moins prononcées suivant la règle de conduite et les précautions alimentaires suivies par le malade.
C’est ainsi qu’Hillairei a cité le cas d’une femme diabétique dont l’éruption xanthémateuse généralisée s’effaçait presque complètement lorsque par un régime sévère elle parvenait à faire disparaître sa glycosurie (Chambard).
Anatomie pathologique. — Un des points les plus intéressants de l’histoire du xanthélasma, c’est la détermination de la nature anatomique des éléments dont l’éruption se compose : aussi la plupart des auteurs qui se sont occupés de cette affection ont-ils eu, pour principal objet d’étude, la structure des plaques et tubercules cutanés. Mais nous savons déjà que les productions xanthélasmiques ne sont pas bornées au système tégumentaire, et avant d’exposer, d’après les derniers travaux, l’histologie des éléments xanthémateux, nous devons passer rapidement en revue les lésions internes qui ont été trouvées dans les quelques autopsies qu’on a eu l’occasion de faire.
Tout d’abord, il est à remarquer que les taches jaunes soit de la peau, soit des muqueuses, conservent après la mort leur coloration et se différencient très-bien du tégument de voisinage.
6à2 XANTHÉLASMA. — anatomie pathologique.
Dans plusieurs cas, avons-nous dit, des taches ou tubercules dexanthome ont été trouvés sur les muqueuses internes, par Pye-Smith sur la partie supérieure de l’œsophage, par Wickham-Legg et Chambard sur la muqueuse des voies aériennes. Dans l’observation de ce dernier auteur, la muqueuse, « depuis l’épiglotte jusqu’aux ramifications bronchiques de 4e et 5e ordre», était couverte de larges papules légèrement saillantes et assez fortement teintées en jaune.
Elles étaient disposées d’une façon différente, au niveau des cerceaux cartilagineux et sur la portion purement membraneuse de la trachée et des bronches.
Sur la muqueuse qui recouvre les anneaux, ces plaques et papules formaient des traînées transversales, des cercles incomplets perpendiculaires à l’axe du conduit. Sur la portion membraneuse, au contraire, la direction des traînées était longitudinale, elles suivaient la direction des fibres élastiques.
Pye-Smith a observé, dans un cas, des plaques xanthélasmiques sur la muqueuse des canaux biliaires dilatés à la suite d’une oblitération du canal cholédoque.
Les séreuses elles-mêmes ont présenté quelquefois des lésions de même nature. Wickham-Legg en a signalé sur la capsule de la rate et sur le péritoine rectal.
De même, pour les séreuses du système circulatoire, Iîilton-Fagge en a trouvé sur l’endocarde de l’auricule gauche et sur la tunique interne de l’aorte et de l’artère pulmonaire ; Balzer sur l’endocarde de l’oreillette droite.
Fréquemment on a trouvé des lésions hépatiques, ce qui devait être, d’après les relations étroites existant entre le xanthélasma et l’ictère. Ces lésions hépatiques sont, du reste, de nature très-variable, aucune n’est spéciale au xanthome : aussi ne ferons-nous que signaler à quelles classes de maladies elles ressortissent.
Tantôt le foie est le siège d’une altération diffuse avec hypertrophie générale rentrant dans la classe des cirrhoses biliaires ; tantôt c’est de la lithiase biliaire avec toutes les variétés possibles, tantôt enfin ce sont des kystes hydatiques, plus ou moins nombreux, plus ou moins volumineux : un seul point commun, en somme, entre ces diverses affections, c’est le passage dans le sang des éléments delà sécrétion biliaire, c’est également la seule condition dont le xanthélasma paraisse subir l’influence.
Nous arrivons maintenant à l’étude anatomique des éléments xanthélasmiques eux-mêmes.
Lorsqu’on fait une coupe à travers un morceau de peau atteint de xanthomaplanum, on remarque sur la surface de section une coloration irrégulière, rouge pâle, semée de taches jaune d’or qui semblent occuper les espaces interfasciculaires du derme.
En pressant sur les bords de la surface de section ou même en raclant cette surface, on ne donne pas issue à la matière jaune, on fait seulement sourdre une certaine quantité de liquide séro-sanguinolent.
XANTHÉLASMA. — anatomie pathologique. 653
Sur un tubercule ou une tumeur xanthélasmique la surface de section est plus régulièrement jaune, ou même d’un jaune d’ocre uniforme.
L’interprétation de ces lésions a été donnée pour la première fois d’une façon satisfaisante par Pavy (1866). Il montra que cette coloration jaune n’était due ni à la présence de matière sébacée, ni à du pigment biliaire, que le xanthélasma était une néoplasie conjonctive, se faisant dans l’intérieur du derme, avec dépôt de granulations et de gouttes graisseuses dans les cellules et les mailles du tissu conjonctif.
Après lui, Ïïilton-Fagge, Smith, Virchow, Waldeyer, Murchison, confirmèrent d’une façon générale ces premières recherches et cette conception anatomique de la lésion. Geber et Simon seuls donnèrent une interprétation différente : ils virent les glandes sébacées hypertrophiées et remplies de cellules en voie de prolifération, et attribuant, dans la critique des altérations, laplus grande part aux lésions glandulaires, ils placèrent dans une hypertrophie hyperplasique des glandes sébacées la caractéristique histologique du xanthélasma.
Ce sont là, au contraire, des lésions secondaires, et les travaux récents montrent que l’opinion de Pavy, Virchow, Waldeyer, reste la plus justifiée.
Sur une coupe de xanthoma planum examinée à un faible grossissement, le derme parsemé de traînées et de nodules jaunâtres, occupant même en certains points toute l’épaisseur de la peau, ressemble à du tissu cellulo-adipeux.
L’épiderme est sain; il présente seulement, par places, des signes d’une légère irritation ayant amené une transformation vésiculeuse du noyau, dans un certain nombre de cellules du corps de Malpighi.
Presque immédiatement au-dessous de l’épiderme, les cellules conjonctives se montrent avec des modifications de leurs caractères normaux, modifications qui vont en s’accentuant à mesure qu’on se rapproche de la plaque xanthélasmique.
Les moins altérées sont seulement tuméfiées avec « aspect trouble et finement granuleux », puis le protoplasma prend un aspect poreux dû au dépôt de gouttelettes peu réfringentes, que Chambard attribue à une infiltration albumineuse.
Sur la limite des plaques jaunes le protoplasma des cellules fixes, plus gonflé encore, prend de plus en plus les caractères des cellules adipeuses ; il a un reflet gras, une teinte jaune clair ; le noyau commence à se segmenter.
Au niveau même des plaques, les cellules conjonctives sont devenues énormes et méconnaissables : « elles se présentent comme de grosses vésicules, irrégulièrement sphériques ou ovalaires, à contours arrondis, d’une réfringence analogue à celle des matières grasses et d’une coloration qui varie du jaune clair au jaune d’or » (Chambard). A la périphérie le protoplasma s’est condensé pour former une mince membrane d’enveloppe analogue à celle des cellules adipeuses.
Cette infiltration graisseuse ne ressemble pas à celle qu’on rencontre
654 XANTHÉLASMA. — anatomie pathologique.
dans les processus régressifs ; elle ne tient pas à une dégénérescence graisseuse des éléments : « c’est plutôt un dépôt à caractères indifférents, car les éléments confondus avec la graisse n’offrent aucune altération organique et continuent à vivre et à fonctionner » (Kaposi). Si, en effet, on dissout la graisse, des noyaux multiples sont mis en évidence dans les cellules ; « la masse protoplasmique se montre comme un bloc pâle peu réfringent parsemé de vésicules innombrables et contenant de nombreux noyaux ronds et très-petits » (Chambard).
Ces cellules à noyaux multiples, rendues mûriformes par de fines gouttes de graisse, semées au sein du protoplasma, sont l’élément important, caractéristique du xanthélasma. Elles sont disposées en groupe dans les intervalles des faisceaux conjonctifs, écartés pour les admettre, d’où cette apparence d’infiltration adipeuse du derme.
Dans la forme tuberculeuse on voit de grosses taches occupant l’épaisseur du derme et donnant naissance à des traînées irrégulières qui se propagent plus ou moins loin; indépendamment de celles-ci, d’autres plus petites se forment autour d’un faisceau nerveux ou d’un groupe de vaisseaux et de faisceaux nerveux. Au voisinage de ces tubercules, les espaces conjonctifs sont remplis de corpuscules réfringents, qui résultent de l’infiltration graisseuse des cellules conjonctives du derme. Au fur et à mesure qu’on se rapproche du centre des tubercules, cette infiltration graisseuse devient plus abondante ; mais le tissu conjonctif dermique fait place à un tissu fibreux de nouvelle formation beaucoup plus dense et plus serré. Les vaisseaux et les nerfs, les glandes, contenus dans ce tissu de nouvelle formation, ou situés au voisinage, participent à la lésion ; ils présentent les uns et les autres des altérations analogues; c’est pour les artères un épaississement scléreux des tuniques externes [périartérite scléreuse), quelquefois aussi de l’endartérite ; pour les glandes l’épaississement analogue de la tunique externe, périadénite scléreuse. Pour les nerfs, les lésions découvertes par Chambard sont plus intéressantes ; elles consistent en une sclérose de la gaine lamelleuse dont les lames épaissies sont soudées entre elles, excepté sur certains points où elles sont séparées par des masses graisseuses résultant, sans doute, de la dégénérescence de leurs cellules endothéliales.
Le tissu connectif intra-fasciculaire subit une sclérose analogue; les tubes nerveux perdent alors leur myéline ; on ne voit, sur les préparations, que la coupe de leur cylindre d’axe : c’est donc « un processus de périnévrite et d’endonévrite scléreuse, avec stéatose des éléments cellulaires.
Pour les nodules plus gros, les nodules tubéreux, ce sont les mêmes altérations, seulement avec un degré de néoformation conjonctive beaucoup plus accusé.
On voit, en somme, que dans le xanthoma tuberosum la lésion ne diffère de celle du xanthoma planum que par la néoformation conjonctive, quelquefois portée à un haut degré, ce qui justifie le terme de fibrome lipomatode employé par Virchow.
Dans quelques cas, les éléments cellulaires infiltrés de graisse, la cel-
XANTHÉLASMÀ. — anatomie pathologique. 655
Iule xanthélasmique, ont para manquer et les tubercules étaient formés de gros faisceaux fibreux, entre lesquels étaient disposés des amas de graisse libre ; même en faisant disparaître la graisse par les réactifs chimiques qui la dissolvent on ne retrouvait pas trace des cellules conjonctives.
Il est probable qu’il s’agit là d’une altération plus avancée qui a entraîné la destruction des éléments cellulaires. Pierret (de Lyon), dans l’examen d’une des tumeurs de la malade de Carry, indique nettement ces deux phases de l’évolution xanthélasmique. Dans un premier stade « les cellules, gonflées et groupées les unes contre les autres, affectent très-souvent une disposition épithélioïde et ressemblent en certains points à des cellules hépatiques.
c II semble qu’à une période plus avancée ces cellules se détruisent complètement, y compris leurs noyaux : le résultat de cette destruction n’est autre que l’accumulation dans les mailles du tissu nouveau de substances graisseuses d’aspect variable souvent cristallins, et ceux de ces cristaux qui sont les mieux définis présentent les caractères morphologiques de la tyrosine ». L’analyse chimique montra qu’il s’agissait, en effet, de cristaux de tyrosine.
Enfin, des lésions importantes du tissu élastique du derme ont été trouvées dans plusieurs cas de xanthélasma par Baker, grâce à l’emploi d’une technique spéciale.
Cet observateur avait remarqué et établi que dans les cellules du xanthélasma il existe des granulations qui ne peuvent être considérées comme étant formées par de la graisse, et il avait cru pouvoir admettre, après une minutieuse analyse histochimique, que ces granulations n’étaient autre chose que des microbes.
Cette hypothèse souleva de nombreuses controverses et son auteur reconnut lui-même que de nouvelles études étaient nécessaires.
L’examen qu’il pratiqua d’un nouveau cas de xanthélasma en appliquant à la préparation des pièces la coloration à l’éosine et le montage dans une solution de potasse, lui fit découvrir des lésions du tissu élastique, restées jusqu’alors, en grande partie, inaperçues. Ces altérations consistent en une hypertrophie quelquefois considérable des fibres élastiques, qui alors se fendent et se segmentent transversalement. Plus tard, la segmentation étant plus complète, on dirait avoir sous les yeux des chapelets de spores déformées par pression réciproque. « Le volume et la forme de ces petits fragments sont très-variables ; on trouve toutes les variétés, depuis les segments semblables à des cristaux plus ou moins gros, jusqu’aux petits grains élastiques. »
Ces altérations des fibres élastiques ont une importance variable selon les cas ; ce qui en fait l’intérêt, c’est que dans une des observations de Baker elles constituaient la lésion prédominante ; les plaques xanthélasmiques étaient formées par des trousseaux épais de tissu conjonctif limitant des espaces que remplissaient les débris de fibres élastiques réduites à l’état de fragments très-ténus.
656 XANTHÉLÀSMA. — anatomie pathologique.
Il y avait peu de graisse et peu de cellules xanthélasmiques; celles-ci renfermaient des granulations présentant les réactions indécises qu’on observe sur les fibres élastiques dégénérées ou réduites en grains, ce qui fit penser qu’elles étaient constituées par ces grains élastiques, que le protoplasma de la cellule avait englobés comme il l’aurait fait de corps pulvérulents. Ce sont ces grains incorporés par la cellule qui avaient tout d’abord donné à croire à la présence de microbes.
Balzer a donc montré qu’il existait dans le xanthélasma des lésions importantes et destructives des fibres élastiques du derme, lésions qui, dans quelques cas, étaient prédominantes, au point de paraître constituer une forme anatomique distincte.
Cette diversité dans les lésions anatomiques implique-t-elle véritablement des espèces différentes de xanthélasma, ou doit-elle faire penser qu’aux différentes phases qu’elle parcourt l’altération du derme peut offrir quelques variétés d’aspect, dues à l’évolution plus ou moins complète du processus, à l’importance plus ou moins grande des lésions accessoires, des lésions de voisinage (état plus ou moins avancé de la dégénérescence cellulaire, lésions des vaisseaux et nerfs, des glandes cutanées, du tissu élastique, etc.)? C’est cette dernière interprétation qui nous parait la plus logique et la plus conforme aux faits. Au milieu de cette diversité de détails il reste la lésion primordiale, la lésion majeure, caractéristique, dont les éléments cellulaires du derme sont le siège et le point de départ, et qu’il faut rapporter à un double processus, ou à un processus ayant deux phases successives : dans un premier stade (phase d’irritation), les cellules conjonctives sont le siège d’un travail d’hyperplasie et de prolifération caractérisé par la tuméfaction, l’augmentation de volume quelquefois énorme du corps cellulaire, la multiplication des noyaux et une tendance à la formation de tissu conjonctif nouveau (xanthoma tuberosum ); dans le second stade (phase de régression), il se fait une dégénérescence graisseuse particulière des éléments cellulaires préexistants et de nouvelle formation, une infiltration du protoplasma par de fines gouttelettes graisseuses, qui donne lieu à celte coloration jaune d’or, jaune ocre, des groupes cellulaires interposés aux fibres conjonctives écartées.
Ce processus anatomique caractérise l’affection xanthélasma, mais ne lui est pas exclusivement propre ; c’est un mode de dégénérescence auquel s’appliquerait justement le terme générique de xanthomatose (Chambard) ; le xanthome en est le type, mais on peut le voir survenir au sein de productions inflammatoires et néoplasiques diverses. Malassez et de Sinéty l’ont signalé dans la paroi de certains kystes de l’ovaire-, Chambard dans celle d’un molluscum congénital (myome xanthomateux, etc.). •
Cette phlegmasie adiposique, comme l’appelle Quinquaud, se trouve, en effet, dans les conditions à pouvoir être réalisée, toutes les fois que les éléments du tissu conjonctif vivent dans un milieu assez riche en principes irritants pour les enflammer au sens histologique du mot, et trop
XANTHÉLASMA. — étiologie. 657
pauvre en oxygène pour nourrir intégralement les produits de cette phlegmasie (Chambard).
L’étude de l’anatomie pathologique du xanthome conduit naturellement à se demander dans quelle classe de lésions il convient de ranger les productions xanthélasmiques.
Virchow, s’appuyant sur la néoformation conjonctive et la transformation fibreuse du derme qu’on observe dans le xanthoma tuberosum, fait de la lésion un néoplasme du genre fibrome, ayant comme caractère distinctif l’infiltration graisseuse interposée aux faisceaux fibreux, d’où la dénomination qu’il lui appliqua de « xanthoma lipomatodes ».
De Vincentiis, lui, attribuant la plus grande importance à la cellule xanthélasmique, — élémcntcaractéristique, — se basant sur ce fait que ces cellules sont des éléments endothéliaux modifiés du tissu conjonctif, sur ce fait encore que les amas lobulaires des cellules xanthélasmiques sont contenus dans les espaces creusés entre les faisceaux conjonctifs énormément distendus ; sur l’envahissement possible, par ces cellules, des organes voisins, muscles, nerfs, vaisseaux, de Vincentiis conclut aussi à la nature néoplasique de l’affection : c’est un endothéliome adipeux.
Ces deux interprétations différentes d’auteurs ayant fait une étude minutieuse des lésions xanthomateuses montrent déjà combien il est difficile de définir exactement la nature du néoplasme.
De plus, si, au lieu de considérer le tubercule ou la tumeur xanthomateuse, nous envisageons la forme la plus commune, le xanthome plan, qui est en quelque sorte l’élément primitif, la lésion élémentaire de l’affection, nous voyons qu’il est vraiment impossible de le regarder comme une production néoplasique; il n’y a pas dans la plaque jaune des paupières de néoplasie conjonctive, il n’y a pas non plus de néoplasie endothéliale : « c’est une lésion d’évolution et de nutrition toute particulière, que subissent les cellules fixes du tissu fibreux du derme, et qui consiste dans la transformation de ces cellules, primitivement minces et appliquées sur les faisceaux connectifs, en des masses volumineuses, analogues grossièrement à celles qui forment les ostéoblastes ou les myéloplaxes des os ; masses qui, formées d’abord d’un protoplasma granuleux, se chargent progressivement de fines molécules graisseuses infiltrant le corps cellulaire, tout en restant distinctes les unes des autres, quel que soit leur nombre » (Renaut).
Il s’agit donc plutôt d’un processus inflammatoire interstitiel, à évolution lente, à tendance régressive, et « il est préférable de faire sortir le xanthélasma du cadre des tumeurs et de le reporter dans la classe des dystrophies cutanées, où il a sa place toute trouvée et toute naturelle » (Renaut).
C’est k ce classement que nous devons nous arrêter jnsqu’à ce que la pathogénie et la nature de l’affection nous soient exactement connues.
Étiologie. — Nous ne savons rien de précis sur les véritables causes déterminantes du xanthélasma. Affection relativement rare, il se déve-
KJÜll DICT. MÉD. ET CHIE. XXXIX — 42
658 XANTHÉLASMA. — sexe. âge. hérédité, constitution, tempérament. loppe dans des conditions très-différentes les unes des autres et entre lesquelles il semble n’exister aucun lien.
Tantôt on l’observe chez les individus parfaitement bien portants et chez lesquels aucun trouble de la santé antérieur ne paraît en avoir déterminé l’apparition ; tantôt il est lié à un état pathologique dont il dépend manifestement, sans que nous sachions quelle influence secondaire décide de son intervention au milieu d’accidents morbides en cours, qu’il accompagne, en somme, exceptionnellement.
Nous devons donc, jusqu’à plus ample informé, nous borner à examiner quelles sont ces conditions dans lesquelles nous le voyons le plus ordinairement se produire.
Sexe. — Le xanthélasma paraît être un peu plus commun chez la femme que chez l’homme; d’une statistique dressée par Chambard il résulte que sur 58 malades 30 étaient des femmes.
Age. — On l’observe à tous les âges ; nous voulons dire qu’il peut débuter à tout âge, car, une fois développé, le plus souvent il reste stationnaire et persiste pendant toute la vie.
Toutefois, il est à remarquer que le début a souvent lieu de trèsbonne heure ; il existe des cas dans lesquels il s’est montré 12 ou 15. mois après la naissance (Colcott-Fox) ; dans l’observation de Carry, de xanthome en tumeurs, les premières tumeurs avaient commencé à se montrer peu après la naissance, peut-être pendant la vie intra-utérine. U y a plusieurs cas d’enfants de 6 à 10 ans ayant présenté les deux accidents pathologiques si souvent associés, ictère et xanthélasma généralisé.
Cette remarque faite, il faut reconnaître que la plupart des auteurs donnent la période moyenne de la vie comme étant l’époque qui fournit le plus grand nombre de faits.
Hérédité. — On a signalé dans quelques cas la transmission héréditaire de l’affection : Church, qui a fait un travail sur ce point, regarde l’hérédité comme assez fréquente; toutefois, il ne Ta rencontrée bien nette que dans deux familles, mais surtout dans une, où non-seulement plusieurs enfants d’une même génération en furent atteints, mais aussi quelques-uns de la génération suivante.
Constitution. Tempérament. — Les malades qui sont atteints de xanthélasma ont souvent la peau et le système pileux très-bruns (Chambard).
La coïncidence avec d’autres dermatoses est rare et ne mérite pas d’être signalée.
Dans un grand nombre de cas l’affection s’est développée chez des sujets présentant les attributs de l’arthritisme, des migraineux, des dyspeptiques, des rhumatisants, des goutteux.
États morbides proprement dits. — Nous avons vu, à propos de Dévolution, que le xanthélasma, notamment dans sa forme (généralisée, avait été signalé plusieurs fois dans le cours du diabète, et que dans la plupart des observations il avait suivi une marche assez spéciale pour
XANTHÉLASMA. — états morbides proprement dits. que Malcom-Morris ait fait du xanthome diabétique une véritable espèce ; nous ne reviendrons pas sur ces faits, sur lesquels nous avons suffisamment insisté.
Deux cas ont été observés dans le cours de l’ataxie locomotrice et de la maladie de Basedow.
Mais l’accident avec lequel coïncide le plus souvent le xanthélasma, c’est l’ictère, quelle que soit, du reste, l’affection hépatique dont il dépend. Hutchinson le premier signala les relations existant entre le xanthome et les maladies du foie; il a signalé 6 fois l’existence de l’ictère sur ses 36 observations, proportion faible qui tient à ce qu’il n’avait guère eu d’exemples que de la forme palpébrale.
Nous savons déjà que la coïncidence est beaucoup plus fréquente avec le xanthome généralisé, au point que, pendant longtemps, on crut cette forme liée nécessairement à la jaunisse (Hilton-Fagge).
Nous avons vu que la relation entre ces deux phénomènes morbides était moins étroite qu’on ne l’avait pensé tout d’abord; malgré cette restriction, malgré la confusion qui a pu être commise, à une époque antérieure, entre l’ictère vrai et la xanthochromie, il n’est pas moins certain que le xanthélasma survient souvent au cours d’un ictère chronique ; Chambard le signale 11 fois sur 22 cas dans les observations recueillies depuis le mémoire d’flutchinson ; Kaposi a fait un relevé de 27 cas dans lesquels il existait 15 fois.
L’ictère précède habituellement de quelques mois l’apparition de l’ictère.
Il y a là plus qu’une coïncidence : il y a une véritable relation de cause à effet, susceptible d’éclairer, dans une certaine mesure, la pathogénie de cette curieuse affection. Potain regarde le dépôt d’amas graisseux dans les divers tissus comme « le résultat d’une altération, d’une oxydation particulière développée sous l’influence d’une maladie du foie. » A cette explication Chambard objecte que les altérations du xanthélasma ne consistent pas uniquement en un dépôt de graisse entre les éléments des tissus et dans le protoplasma des cellules. Ces altérations histologiques consistent en un double processus irritatif et régressif. Le processus initial est de nature purement irritative : il doit donc y avoir en contact avec les tissus un agent irritant qui provoque ce processus. Dans le cas d’ictère, il vient immédiatement à l’esprit de regarder, comme constituant cet agent irritant, les éléments de la sécrétion biliaire — pigments et autres — qui sont mêlés au sang et imprègnent tous les tissus. De même, dans le diabète, la présence dans le sang de produits de désassimilation inaccoutumés et de sucre constitue, sans doute, chez certains malades, la condition nécessaire au processus xanthomateux. Il peut ainsi arriver qu’une éruption diabétique se produisant, elle subisse la dégénérescence xanthomateuse.
Dans le but d’élucider cette question des altérations du sang chez les malades atteints de xanthélasma, Quinquaud s’est livré à des recherches minutieuses qui l’ont conduit à une théorie ehimico-biologique du
XANTHÉLASMA. — diagnostic.
processus xanthomateux. Quinquaud a montré que le sang des xanthélasmiques renferme beaucoup plus de matières grasses et de cholestérine qu’à l’état normal, que l’hémoglobine y est en un peu moins grande quantité, et que son pouvoir absorbant pour l’oxygène est également diminué.
D’autre part, il y a augmentation de la graisse contenue dans le derme et diminution des matériaux albuminoïdes de ce tissu, ce qui confirme les résultats de l’analyse histologique.
Voici alors quelles pourraient être, selon le savant expérimentateur, les conséquences de l’altération du sang :
« Les matières grasses forment avec les sels du sang un savon qui se dépose dans les éléments anatomiques du derme, les irrite et détermine leur prolifération. Mais, comme le sang est chargé de cholestérine et que son pouvoir absorbant est diminué, cette inflammation, au lieu d’évoluer d’une manière complète, n’aboutit qu’à la dégénérescence graisseuse des éléments avides : c’est là la phlegmasie adiposique » (Quinquaud, in Mém. Chambard).
Toutefois Quinquaud reconnaît qu’il y a, sans doute, encore d’autres causes déterminantes que nous ignorons, car ces mêmes altérations du sang peuvent se retrouver chez certains malades sans déterminer l’apparition du xanthome.
Diagnostic. — Le diagnostic du xanthélasma ne présente habituelle ment aucune difficulté. La coloration des taches comme celle des tubercules ; la distribution de l’éruption en des points d’élection, toujours les mêmes; souvent un phénomène morbide concomitant, l’ictère, constituent des caractères qui ne laissent pas place au doute, si, seulement, on à observé déjà un cas de cette affection.
Cependant, nous avons vu que dans certains cas les lésions xanthélasmiques n’ont qu’une teinte jaune pâle; pour peu qu’elles soient recouvertes par un épiderme assez fortement pigmenté, on les distingue avec peine : il suffit alors d’effacer les plis de la peau, de tendre celle-ci à leur surface, pour les mettre en relief et faire apparaître la coloration caractéristique.
Certaines plaques de xanthélasma peuvent passer plus facilement inaperçues, quand la peau est colorée par l’ictère. Dans ce cas, il est quelquefois nécessaire, notamment aux paupières, d’un examen trèsminutieux pour différencier les deux colorations, mais il suffit que l’attention soit appelée sur ce point pour qu’on ne s’y trompe pas.
Mais l’erreur dans laquelle il est le plus facile de tomber, celle qui a été à peu près universellement commise avant qu’on connût bien le xanthélasma, c’est de le confondre avec une lésion des glandes sébacées, s’observant dans les mêmes régions préférées, le milium ; celui-ci est constitué par de petits grains blanchâtres du volume d’un grain de millet, régulièrement arrondis, faisant toujours une petite saillie hémisphérique soulevant l’épiderme au-dessous duquel ils sont immédiatement situés.
XANTHÉLASMA. — diagnostic. 661
On observe presque exclusivement le milium aux paupières, mais indifféremment sur leur partie externe, leur partie interne ou leur partie moyenne, et aux organes génitaux de l’homme et de la femme, où il affecte un volume plus considérable en général qu’à la face.
Il n’expose donc à l’erreur que sur ces deux régions orbitaire et génitale.
Isolés les uns des autres, les grains de milium, beaucoup plus communs que le xanthélasma, ne peuvent guère prêter à la confusion : leur situation plus superficielle, leur forme plus régulièrement hémisphérique et enfin leur coloration moins opaque, plutôt blanche que jaune, tous caractères qui leur donnent une apparence perlée , suffisent à assurer le diagnostic.
Lorsqu’au contraire ces grains sont agglomérés, réunis en groupe, ils forment une plaque saillante blanc jaunâtre qui ne manque pas d’une certaine analogie avec une plaque xanthomateuse, surtout si elle siège aux environs du grand angle de l’œil. Dans ce cas, quelques grains isolés dans le voisinage éveilleront déjà l’attention ; mais, si quelque doute persistait après un examen attentif, il est un petit expédient qui lèvera toute hésitation: si on déchire avec la pointe effilée d’une lancette la paroi épidermique qui recouvre le grain de milium et qu’on presse sur les côtés, on vide la tumeur qui s’écoule sous forme d’une matière blanchâtre, molle, pulpeuse. Jamais rien de semblable n’arrive avec le xanthome ; l’incision faite à sa surface ne donne issue qu’à un peu de sang et ne modifie pas la lésion.
Enfin, Colcott-Fox a décrit récemment, sous le nom & Urticaire pigmentaire, une affection rare et des plus curieuses qui, par quelques-uns de ses caractères objectifs, se rapproche du xanthélasma.
Cette ressemblance superficielle avait frappé Tilbury Fox qui, avant qu’elle fût connue, en ayant observé un cas, l’a fait reproduire dans son atlas sous la dénomination de xanthélasmoïdea.
Cette dermatose se montre dans la première enfance, dans les premiers mois de la vie ; elle se généralise rapidement et persiste alors indéfiniment.
Elle est caractérisée par la présence à la surface des téguments de papules de diverses dimensions ordinairement plus pigmentées, mais pouvant, cependant, sur les paupières, sur la face, les organes génitaux, prendre toute l’apparence du xanthome tuberculeux un peu pâle.
Sans parler de l’évolution de cette dermatose, de sa généralisation habituelle à toute la surface du corps, nous n’avons qu’à signaler un caractère distinctif absolu : les poussées congestives fréquentes dont l’éruption est le siège. Souvent, en effet, soit spontanément, soit sous l’influence d’une excitation quelconque, une région de la peau plus ou moins étendue, quelquefois toute la surface des téguments, devient rouge, turgescente; les papules plus saillantes et restant blanchâtres sur le fond érythémateux qui les entoure ressemblent à de grosses papules
XANTHÉLASMA. — pronostic, traitement.
ortiées; l’analogie avec les poussées d’urticaire est complétée par le mouvement fébrile concomitant et par les démangeaisons extrêmement intenses que développent ces exacerbations de la maladie.
Aucun incident de ce genre, nous le savons, ne s’observe dans le cours de l’affection que nous étudions.
Pronostic. — Le xanthélasma une fois constitué, et sauf de rares exceptions, reste stationnaire; il persiste toute la vie; il ne s’aggrave ni îie se transforme, mais ne tend pas à disparaître; c’est une lésion définitive.
Cette incurabilité est, en somme, son principal élément de gravité.
Le pronostic, du reste, est très-variable, selon les formes. Le xanthome plan, limité aux paupières, à la face, ne fait que constituer une légère difformité, il n’a pas d’autrè importance.
Il n’en est pas de même du xanthome généralisé ; nous ignorons encore quelles conséquences peuvent avoir les localisations internes de l’affection, son extension aux muqueuses des voies aériennes, aux séreuses ; mais le seul fait de l’éruption cutanée a de grands inconvénients.
Quand le xanthélasma survient dans le cours et par le fait d’un ictère chronique, symptomatique d’une affection hépatique grave, son importance disparaît devant celle de la maladie primitive; mais où il acquiert une gravité propre, c’est quand il se développe chez un individu bien portant, soit sous la forme papulo-tubereuleuse, soit, et plus encore, sous la forme en tumeurs.
Bien qu’il n’ait pas habituellement de retentissement sur la santé générale, même dans ces cas si curieux de xanthochromie, où il semble bien constituer une affection générale, il a de très-sérieux inconvénients à cause de la sensibilité si grande dont les papules et nodosités sont le siège. Nous avons vu qu’en raison de cette circonstance certains malades étaient mis dans l’impossibilité à peu près complète de travailler manuellement.
Lorsque les tumeurs xanthomateuses deviennent par trop volumineuses elles peuvent nécessiter des opérations qui sont elles-mêmes une source de dangers ; celte considération n’était pas à négliger dans ces quelques réflexions sur le pronostic du xanthome.
Traitement. • — Un seul traitement, disent la plupart des auteurs, est applicable aux productions xanthélasmiques : le traitement chirurgical, l’ablation ou le raclage du tubercule qu’on veut enlever ; et encore vaut-il mieux se borner à dire l’excision soit avec le bistouri, soit avec le cautère, le raclage n’assurant pas toujours contre la récidive, sous forme de chéloïde.
Il va de soi que ce traitement n’est applicable qu’à des lésions isolées, et qu’on doit y avoir recours dans le cas seulement où une nodosité cause quelque gêne, quelque trouble fonctionnel.
Besnier a cependant tenté un traitement général sur un de ses malades : « Il a déterminé un certain degré de phosphorisme par l’administration, pendant un mois, de capsules d’huile phosphorée contenant
XANTHÉLASMA. — bibliographie.
chacune un milligramme de phosphore ; leur nombre peut être porté à six par jour. Au bout de ce temps, ce médicament fut remplacé par des capsules de térébenthine à la dose maxima de 10 grammes par jour, en même temps qu’on faisait sur les parties malades des frictions quotidiennes d’alcoolé de térébenthine » (Duroselle).
Au bout du second mois de traitement, Besnier avait obtenu une certaine réduction des papules et des tubercules, en même temps que la coloration s’était atténuée.
Ce résultat, pour n’avoir été que partiel, ne doit pas moins encourager dans l’avenir à faire de nouvelles tentatives basées sur les principes thérapeutiques que nous venons d’exposer ; mais il faut bien savoir que, pour être efficace, cette médication doit être employée avec persistance pendant un très-long temps ; plusieurs mois de suite on dounerà. alternativement, le phosphore et la térébenthine.
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XÉRODERMA (?v;poç, aridus, sec), terme créé parErasmus Wilson et accepté par l’École anglaise pour servir de dénomination générique à un groupe de dermatoses congénitales, caractérisées par la sécheresse et l’atrophie des téguments, altérations qu’on peut attribuer « à une anomalie de développement, à un trouble de nutrition de la peau » (Wilson).
« Si nous supposons la peau altérée dans tous ses caractères, sèche, dure, amincie, privée d’élasticité, friable, décolorée, rude, couverte d’écailles et en certains points trop étroite pour les parties qu’elle doit contenir, nous aurons une description exacte de l’état de maladie auquel j’ai donné le nom de xéroderma ou dry skin » (Erasm. Wilson).
Les diverses variétés d’ichthyose sont alors décrites, comme les espèces principales de ce genre.
Depuis la publication du Traité d’Hebra-Kaposi, le mot xéroderma a été détourné de sa signification ; tandis que l’ichlhyose (t. XVIII) est généralement placée dans la classe des kératoses, c’est-à-dire des altérations dystrophiques de l’épiderme, le terme xéroderma a été appliqué à des lésions atrophiques du derme proprement dit. C’est ainsi que Kaposi s’en est servi pour désigner une maladie nouvellement observée, du reste, également congénitale, dont le caractère prédominant était, croyait-il tout d’abord, une atrophie cutanée diffuse; il est certain maintenant que l’atrophie cutanée n’est pas la lésion majeure, ni la caractéristique de cette affection, dont elle n’est qu’un incident; néanmoins la réalité frappante de ce type morbide aussitôt démontrée a fait généralement accepter la désignation générique sous laquelle l’a décrit son auteur pour la première fois, de telle sorte qu’actuellement le terme xéroderma entraîne presque exclusivement l’idée de la « dermatose de Kaposi ».
L’ichthyose a été l’objet d’un article, tome XVIII. Nous abordons immédiatement l’histoire du xeroderma pigmentosum.
Xeroderma pigmentosum. — C’est la dénomination attribuée par Kaposi à. une maladie innée ou congénitale caractérisée par l’apparition dans les premières années de la vie, sur les régions découvertes du corps, de diverses lésions tégumentaires, taches de pigment, pustules, érosions eczémateuses, rhagades, dilatations vasculaires aboutissant en fin de compte à l’amincissement, à V atrophie d’apparence cicatricielle de la peau, et à la production d’ulcérations ou de tumeurs épithéliomateuses dont les progrès doivent fatalement entraîner la mort des malades.
Historique. — Cette affection curieuse et rare a été décrite pour la première fois, en 1870, par Kaposi, dans le Traité des maladies de là peau de F. Hebra; il n’en a alors observé que deux exemples qu’il rapporte à l’article Xérodermie. Il regarde, en effet, la maladie comme
XÉRODERMA. — histobiqüe. 665
une forme d’atrophie de la peau, de « xérodermie avec anomalie remarquable de la pigmentation ».
En 1882, ayant à ajouter à ces deux premiers cas six nouvelles observations, recueillies dans les années qui avaient suivi la publication du Traité, Kaposi fit de cette dermatose l’objet d’un mémoire important dans lequel il en détermina plus complètement les caractères et lui appliqua la dénomination de xeroderma pigmentosum, à cause « du rôle prépondérant au point de vue symptomatique et pathologique que jouent les apparitions et les modifications du pigment de la peau ».
Dans l’intervalle de ces deux publications, un certain nombre d’observations nouvelles ont été rapportées par quelques autres dermatologistes sous des qualifications diverses.
Deux des cas relatés dans le mémoire de Kaposi avaient déjà été publiés en 1874 par Geber, aide de la clinique dermatologique de Vienne, sous ce titre : Sur une forme rare du nævus des auteurs.
R. W. Taylor, de New-York, en a fait connaître sept nouvelles observations qu'il a présentées, en 1877, sous la désignation d ’angioma pigmentosum et atrophicum , à la première réunion de l’Association dermatologique américaine.
Dans la même séance, Iîeitzmann enrapporta un autre cas, relatif à un homme de quarante ans.
A Louis A. Duhring est due une observation très-complète, ayant trait à une jeune fille de dix-sept ans, publiée en 1878 sous le titre de : A case of the so called xeroderma (or Parohment skin) of Hebra.
En 1880, Wilhem Ruder,.de Berlin, fait, de sept observations prises sur sept frères, l’objet d’une intéressante dissertation : Sur le carcinome épithélial de la peau observé chez plusieurs enfants d’une même famille.
Consécutivement au second travail de Kaposi, la science s’enrichit de deux nouveaux mémoires importants : celui du professeur Neisler, de Breslau : Sur le Xeroderma pigmentosum (Kaposi), Lioderma essentialis cum Melanosi et Telangiectasia, renfermant deux observations personnelles, et celui de M. Vidal : De la dermatose de Kaposi [xeroderma pigmentosum).
Ce savant dermatologiste, ayant eu occasion d’observer cinq cas nouveaux (les premiers vus en France), en a fait le point de départ d’un travail d’ensemble dans lequel, après un historique détaillé et après avoir comparé et réuni, sous forme de tableau récapitulatif, toutes les observations connues, il donne de l’affection une description aussi complète que le permettaient les éléments d’instrnction recueillis jusqu’à ce moment.
Plus récemment, en 1884, dans un mémoire basé sur trois observations (deux sœurs et un frère), mémoire dont l’analyse vient d’être faite, par Doyon, avec une grande exactitude et une remarquable clarté, le professeur J. Pick, de Prague, a exposé le résultat de ses minutieuses recherches, au sujet du développement et de la structure histologique des lésions dermiques; insistant sur l’importance prépondérante du processus mêla-
XÉRODERMA. — symptomatologie.
nosique qui constitue l’élément principal de la maladie, celui qui en régit le pronostic, il propose de la désigner du nom de mélanose lenticulaire progressive ( melanosis lenticularis progressive t).
Il ne reste plus qu’à signaler une observation remarquable de Dubois- Havenith, publiée dans le Journal de médecine de Bruxelles, et une dernière que Kaposi vient de présenter à la Société império-royale des médecins de Vienne et qui est rapportée dans le Wiener medizin. Wochensschrift (oct. 1885).
Symptomatologie. — La maladie commence généralement dans la toute première enfance, au cours de la première ou de la seconde année, et c’est ordinairement à la suite d’un incident, en apparence sans importance, que les premiers symptômes apparaissent et s’affirment peu à peu. Dans la saison d’été ou du printemps, un jour que l’enfant aura été exposé au soleil, le visage se couvre de rougeurs, soit d’une teinte rouge diffuse, soit de plaques rouges, et invariablement on croit à une insolation; mais les taches rouges ne disparaissent pas comme elles le feraient, s’il s’agissait d’un coup de soleil ; peu à peu cependant elles s’atténuent en laissant des macules pigmentées, de couleur fauve, ressemblant à des taches de rousseur.
Ces taches pigmentaires pourraient être aussi la première manifestation de la maladie, l’éruption érythémateuse ne se produisant pas ; les parents remarquent alors sur le nez, sur les joues de l’enfant, quelques taches de rousseur qui, selon l’habitude, augmentent au moment des chaleurs, s’atténuent dans la saison froide. Qu’elles aient été consécutives aux taches hyperémiques ou qu’elles se soient montrées primitivement, ces éphélides deviennent de plus en plus marquées ; elles prennent une teinte plus foncée, s’agrandissent et aussi se multiplient ; il s’en forme de nouvelles sur la face, sur le cou, puis sur le dos des mains et les avant-bras, quand ces régions n’ont pas été intéressées dès le début; quand l’enfant a l’habitude d’avoir les jambes nues, les mêmes taches y apparaissent également de bonne heure.
Ces macules pigmentaires arrivent ainsi progressivement à être trèsnombreuses sur les parties découvertes, qui finissent, surtout la face et le cou, par en être criblées.
Sur ces différentes parties, les taches varient d’étendue et de coloration : les unes, jaunes ou brun fauve, sont analogues à des éphélides, de la dimension d’une tête d’épingle ou d’un grain de chènevis ; d’autres semblables à des taches lenticulaires, ayant le plus souvent le diamètre d’une lentille (lentigines), sont d’un brun foncé, ou même tout à fait noires ; les plus larges et les plus anciennes présentent toujours une coloration plus marquée. Elles peuvent être légèrement papuleuses, faisant une petite saillie à la surface des téguments (Pick).
Ces accidents de pigmentation peuvent rester bornés aux parties exposées ; cependant à la longue, très-lentement, après des mois, voire des années, les parties protégées par les vêtements sont envahies ; c’est un fait ordinaire pour la partie supérieure du thorax, pour l’épaule, le haut
XÉRODERMA. — symptomatologie.
du bras ; dans des cas exceptionnels, on a vu de ces taches se produire jusqu’autour de l’ombilic.
La paume des mains et la plante des pieds restent au contraire habituellement indemnes.
En même temps que se multiplient ces lésions mélanosiques, la peau perd de plus en plus ses caractères normaux; elle devient sèche et rugueuse, il se fait à sa surface une desquamation furfuracée, quelquefois très-abondante, de l’épiderme, qui reste ensuite aminci et ridé ; aux écailles épidermiques se mêlent des croûtelles d’apparence séborrhéique.
Progressivement, des lésions plus importantes se produisent sur les téguments du visage, dont la nutrition paraît de plus en plus altérée ; ce sont des plaques eczémateuses, des rhagades, des pustules impétigineuses, des ulcérations superficielles recouvertes de croûtes jaunâtres, mélitagriques ou brunâtres.
La chute de ces exsudats laisse des cicatricules rouges sur lesquelles « on ne tarde pas à voir se dessiner des télangiectasies, sous forme d’étoiles vasculaires ou d’arborisations » (Vidai). Ces télangiectasies, qui existent toujours en nombre plus ou moins grand, au milieu des macules pigmentées, forment des taches rouges de volume variable, ne dépassant pas habituellement le diamètre d’une lentille. Examinées à la loupe, elles paraissent composées de fines arborisations vasculaires ; ainsi mêlées aux lentigines, les télangiectasies contribuent à donner au visage une expression singulière, qui n’appartient qu’à cette affection.
L’évolution de ces premières altérations cutanées conduit à d’autres modifications dans la structure et dans l’aspect des téguments dè la face, au niveau surtout des anciennes taches télangiectasiques, la peau perd peu à peu la teinte hyperémique première ; elle pâlit, puis blanchit, se décolore tout à fait, et, en même temps, s’amincissant et se déprimant, prend un aspect cicatriciel et atrophique.
Elle est, en effet, le siège d’un travail d’atrophie progressive, dont le résultat est la formation de taches blanches, dépigmentées, déprimées, cicatricielles, en un mot, qui font contraste avec les télangiectasies et les macules pigmentaires qui les entourent; ces taches atrophiques se multiplient, se réunissent en traînées ou en larges plaques irrégulières qui conservent souvent, disséminées à leur surface, quelques arborisations vasculaires d’un rouge vif.
Cette atrophie des téguments atteint graduellement les divers points de la face, le nez, les joues, le front et même les oreilles ; la peau, blanche, est amincie, tendue au point de paraître trop courte pour recouvrir des saillies sous-jacentes; rétractile comme une cicatrice, elle déforme les orifices naturels qu’elle borde.
« Le nez amaigri, ratatiné, principalement vers la pointe et les ailes, fait penser aux désastres que laissent fréquemment après elles certaines formes atrophiques de lupus » (obs. de Dubois-Havenith). Les paupières inférieures entraînées en bas sont souvent renversées en ectropion,
XÉRODERMA. — symptomatologie.
laissant à découvert la cornée qui devient elle-même le siège d’opacités ou même de lésions encore plus profondes.
De même on a vu l’orifice buccal, les mouvements des lèvres, notablement gênés.
C’est cette atrophie si remarquable de la peau qui avait frappé Kaposi chez les premiers malades qu’il eut l’occasion d’observer et qui lui avait fait considérer l’affection dont elle dépendait comme une espèce de « xérodermie» ; c’est aussi ce qui lui faisait comparer le fait à deux observations rapportées par Wilson dans son Traité, sous le nom d 'atrophie générale de la -peau (et non au chapitre Xéroderma), observations dans lesquelles les téguments, surtout à la face et aux mains, étaient le siège d’une rétraction considérable ; ces deux faits, cependant, ne paraissent nullement appartenir à la dermatose de Kaposi, mais semblent bien plutôt avoir trait à la sclérodermie proprement dite, dans laquelle, malgré l’état de sécheresse et de rétraction auquel ils aboutissent, les téguments ont des caractères bien différents. Dans le X. pigmentosum, la peau est amincie, tendue, cicatricielle, mais elle n’a pas la dureté, la rigidité uniforme, qu’elle prend dans la sclérodermie ; en certains points elle est comme ridée; elle reste mobile sur les parties sousjacentes. On peut la plisser : « En la pinçant, en la faisant glisser sur les tissus sous-jacents, elle donne une sensation toute différente de la sclérodermie : c’est une véritable atrophie cutanée » (Vidal).
On conçoit déjà combien est caractéristique cette réunion de lésions cutanées, cet aspect bariolé et disgracieux que donnent aux téguments de la face et du cou, des extrémités supérieures, le mélange des innombrables taches pigmentées et des plaques blanches cicatricielles parsemées elles-mêmes d’arborisations vasculaires d’un rouge vif, et d'exfoliation de l’épiderme desséché, et la présence d’érosions, de croûtes superficielles qui s’y ajoutent encore.
Pourtant la physionomie de la maladie n’est pas encore complète. Après un temps variable, de cette évolution, ordinairement quatre, cinq années» ou plus, de nouvelles lésions, dénotant un trouble plus grave dans la direction nutritive des éléments du derme, se produisent sur les surfaces atteintes, aussi bien sur les mains et les avant-bras, sur les jambes, que sur la face et le cou; ce sont d’abord des saillies verruqueuses prenant naissance le plus souvent sur les taches pigmentaires les plus anciennes, ou encore sur le bord des paupières, sur les narines, sur les oreilles; elles peuvent ainsi se montrer en très-grand nombre, atteignant des dimensions variables, les unes formant de petites excroissances papillaires, coiffées d’un revêtement épithélial corné, d’autres devenant plus volumineuses , comme végétantes, et constituant de petites tumeurs du volume d’une framboise, qui quelquefois ont un aspect mélanique.
Il arrive assez fréquemment que quelques-unes de ces tumeurs spontanément se détachent ou se détruisent par ulcération graduelle et disparaissent en laissant à leur place une cicatrice définitive ; d’autres fois, la
XÉRODERMA. — symptomatologie. 669
plaie qui résulte de leur destruction soit spontanée, soit chirurgicale, ne se cicatrise pas ; elle reste ulcéreuse, sans tendance destructive, ou bien gagnant en étendue ou en profondeur, ou enfin devenant le point de départ d’une nouvelle tumeur, d’une récidive in situ.
D’autres fois, les tumeurs s’accroissent progressivement et peuvent acquérir un volume énorme ; il est assez ordinaire de les voir atteindre le volume d’un œuf de pigeon, d'une noix ou plus encore; dans la première observation de Pick, la malade portait à la jambe une tumeur du volume du poing, lobulée, fortement pigmentée en noir et ulcérée.
Ces productions néoplasiques sont, du reste, presque toujours ulcérées, ayant tous les caractères des épithéliomas fongueux, des cancroïdes. Comme toutes les tumeurs de cette nature elles peuvent, dans leur marche envahissante et destructive, entraîner des mutilations considérables.
Voici quels étaient les ravages produits par une de ces tumeurs : « La tumeur, considérablement développée, occupait la lèvre supérieure, toute l’étendue du nez, le tiers interne des deux joues, remontant en haut sur les deux paupières inférieures et la paupière supérieure de l’œil droit, qu’elle couvrait complètement, envoyant en bas deux prolongements qui retombaient sur la lèvre inférieure... Tous les tissus normaux en contact avec l’épithéiioma avaient fini par disparaître progressivement. Les os propres du nez et la moitié antérieure et interne des maxillaires supérieurs avaient été atteints et étaient détruits » (obs. IV, Mém. de Vidal).
On comprend facilement qu’arrivée à ce degré la maladie ait un retentissement considérable sur l’état général, que l’extension et la multiplication des tumeurs épithéliales, que la suppuration intarissable dont les surfaces ulcérées sont le siège, doivent nécessairement provoquer chez le malade un état de cachexie qui se termine fatalement par la mort. Mais jusqu’à cette période de la production et de l’ulcération des tumeurs la santé générale reste remarquablement intacte ; les enfants se développent normalement, peuvent arriver à l’adolescence ou même à l’âge adulte avec les apparences d’une excellente santé ; le malade de Dubois-Havenilh a quarante-deux ans; malgré plusieurs petites tumeurs ulcérées à différentes époques, il est resté très-bien portant; seulement une tumeur nouvelle s’était récemment développée à la lèvre inférieure et avait été enlevée au bistouri, mais quelques semaines après la récidive se faisait et progressait « avec une rapidité peu rassurante ». Cet homme a donc mis quarante ans à entrer dans la troisième période.
C’est la plus longue survie qu’on ait notée jusqu’à présent; elle suffit déjà à montrer avec quelle lenteur peut se faire l’évolution du xeroderma pigméntosum.
Cette évolution a été divisée en trois périodes :
1° La première période, période de début, est caractérisée par des taches rouges ou par des taches de rousseur, dont la pigmentation devient graduellement plus foncée;
2° A la deuxième période, à ces pigmentations s’ajoutent la sécheresse
670 XÉRODERMA. — anatomie pathologique.
de la peau, l’exfoliation de l’épiderme, les croûtes superficielles, l’atrophie cutanée et les télangiectasies ;
3° A la troisième période, formation de saillies verruqueuses (épithélioma verruqueux ou corné), apparition des tumeurs d’épithélioma végétant (cancroïde fongueux) (Vidal).
Chacune de ces périodes peut durer plusieurs années, et c’est ainsi que les malades ont pu arriver à l’âge de treize, dix-neuf, vingt-cinq, quarante-deux ans, bien que l’affection remonte à peu près toujours aux deux premières années de la vie, qu’elle soit, en un mot, congénitale. La dernière période peut être particulièrement longue, parce que les premières excroissances verruqueuses ont toutes les allures de tumeurs bénignes, guérissant après ablation ou s’éliminant seules, et cette apparence de bénignité se retrouve même dans les tumeurs ayant manifestement les caractères de l’épithélioma.
En somme, la durée totale est très-variable : 4 enfants sont morts de 10 à 13 ans ; un autre malade a succombé à 25 ans. Les autres malades des observations publiées avaient de 18 mois à 40 ans; 10 avaient plus de 15 ans. Du reste, on jugera rapidement de ces détails en jetant un coup d’œil sur le tableau récapitulatif des observations que nous donnons plus loin.
Anatomie pathologique. — Les premières recherches anatomiques appliquées à l’étude des lésions du xeroderma pigmentosum eurent pour but et pour résultat de déterminer d’une façon certaine la nature des tumeurs, excroissances verruqueuses et tumeurs proprement dites, qu’on voit toujours se produire à un moment de Dévolution de la maladie. Le microscope confirma le diagnostic clinique.
Kaposi s’assura parfaitement dans plusieurs cas que les tumeurs dont on avait fait l’ablation étaient bien de véritables épithéliomas (carcinomes épithéliaux) ; il retrouva même cette structure épithéliomateuse sur des lésions encore minimes : « L’examen microscopique de quelques boutons, de quelques taches pigmentaires excitées, et d’une partie du bord de l’ulcération de l’oreille, permet de reconnaître dans toutes ces parties le carcinome épithélial.
« Comme dans tous les cancroïdes, c’est de l’épithélioma lobulé dans lequel les lobules, fournis par de l’épithélium semblable à celui de l’épiderme dans la couche de Malpighi, sont remarquablement riches en globes épidermiques et sont séparés par un stroma infiltré de cellules embryonnaires » (Vidal et Leloir). En outre, chez quelques malades, ces tumeurs présentaient le caractère de la mélanose ; c’est notamment ce qui existait d’une façon évidente dans le cas étudié par Pick : deux tumeurs circonscrites, qui avaient été enlevées, présentaient la structure « d’un sarcome fuso-cellulaire mélanique, formé de cellules fusiformes parfaites et contenant, en grande quantité, un pigment brun foncé très-fin ou à gros grains. » Quelques-unes des taches lenticulaires foncées présentaient aussi l’image très-nette d’un « sarcome pigmentaire alvéolaire » .
La nature anatomique des néoplasmes peut donc n’être pas toujours la
XÉRODERMA. — anatomie pathologique, 671
même : ce point est assez important pour que nous n’omettions pas de le signaler.
L’étude des autres altérations du derme a été faite également avec le plus grand soin par les divers auteurs qui ont eu à observer des cas de xeroderma pigmentosum, par Kaposi, Neisser, Yidal et Leloir, et par Pick.
Au niveau des plaques atrophiques, tous les éléments du derme sont atrophiés, l’épiderme est aminci, ne renferme plus trace de pigment. L’atrophie du derme, « semblable à l’amincissement sénile de la peau » (Neisser), porte surtout sur la couche papillaire, dont les vaisseaux sont devenus rares et qui a notablement diminué d’épaisseur.
On constate aussi dans les couches superficielles du derme des cellules embryonnaires assez abondantes et une très-grande quantité de fibres élastiques, telle « qu’il semblerait que le tissu conjonctif vrai ait été en partie atrophié et remplacé par le tissu élastique », fait qui « peut, jusqu’à un certain point, rendre compte delà tension de la peau ». D’autres fois, le derme a l’aspect d’un tissu conjonctif fibreux cicatriciel avec quelques rares vaisseaux, dont quelques-uns très dilatés (J. -Pick).
Les altérations les plus intéressantes, les premières en date, et aussi celles qui sont le plus difficiles à interpréter, sont les lésions que présente le derme au niveau des taches pigmentaires.
« Le pigment, dit Neisser, se dépose en taches isolées, semblables aux tumeurs de la mélanose ». De même que Yidal et Leloir, cet auteur a constaté que le dépôt de pigment a lieu surtout dans les couches profondes de l’épiderme et rarement dans l’épaisseur même du chorion.
Dans les points où a lieu l’accumulation de pigment se fait une hyperplasie épithéliale ; les prolongements interpapillaires du réseau de Malpighi se montrent plus abondants et plus serrés qu’à l’état normal, ce qui est peut-être le commencement du processus épithéliomateux. A un degré un peu plus avancé, les papilles font une saillie plus marquée, les prolongements épithéliaux prennent un plus grand développement, aboutissant à la transformation cornée, et ainsi se constituent les papillomes, qui forment les excroissances verruqueuses si souvent signalées dans les observations ; un degré de plus, et l’épithélioma est constitué.
Pick a insisté davantage sur les lésions dermiques proprement dites : pour lui, c’est le chorion qui est le siège des plus importantes et des premières modifications; les vaisseaux y sont extrêmement abondants, et le long de leur paroi, qui est elle-même envahie dans sa tunique adventice, existe une infiltration de petites cellules formant des traînées, des nids qui compriment le tissu normal : c’est cette infiltration cellulaire qui contient principalement le pigment, et, bien qu’au début on trouve les granulations pigmentaires dans le réseau de Malpighi, le dépôt de pigment est proportionnel à l’altération des vaisseaux et à l’infiltration cellulaire du chorion.
La lésion commencerait donc par des dilatations vasculaires (taches rouges) ; en même temps du pigment apparaîtrait à la fois dans le réseau
672 XÉRODERMA. — étiologie.
de Malpighi et le long des vaisseaux du chorion; c’est ce qu’on trouve au niveau des éphélides, les taches les moins colorées, puis l’infiltration cellulaire des couches superficielles du chorion, avec dépôt abondant de pigment, produit la saillie de certaines taches; c’est déjà une tendance à la formation de saillies verruciformes, qui ne sont qu’un degré plus avancé de la lésion.
C’est en raison de l’importance de ces lésions mélaniques et de leur caractère progressif que J. Pick propose de donner à la dermatose de Kaposi la dénomination de mélanose lenticulaire progressive.
Étiologie. — Le développement du xeroderma pigmentosum dépend essentiellement d’une disposition innée ou congénitale. Les premiers symptômes ne se développent pas immédiatement après la naissance, mais d’une façon à peu près constante ; ils apparaissent dans le cours des deux premières années de la vie ; dans deux cas seulement les premières manifestations auraient tardé jusqu’à 8 et 16 ans.
Le sexe ne paraît avoir aucune influence déterminée : sur les 56 observations que nous avons réunies, 19 fois les sujets sont des filles, 17 fois des garçons. Mais, dans une même famille, ce sont presque toujours les enfants de même sexe qui sont atteints.
Une particularité très-remarquable, en effet, de celle affection, c’est qu’elle e?t une « maladie de famille » : presque toutes les observations sont multiples; on la retrouve habituellement, à des degrés différents, chez plusieurs enfants de la même famille à la fois, et, comme nous venons de le signaler, chez ceux de même sexe, tandis que les autres restent le plus souvent indemnes : 2, 5 sœurs sont atteintes, ou bien 2, 3, 7 frères; cependant, il n’y a aucune règle absolue : elle a pu se développer chez des enfants de sexe différent : 1 frère et 1 sœur ; 2 sœurs et 1 frère, de même qu’elle peut frapper isolément un seul enfant d’une nombreuse famille : en tout cas, ce sont là des faits exceptionnels. Malgré l’influence évidente de la consanguinité, la maladie ne paraît pas être héréditaire, et, chose plus importante, le malade de Dubois-Havenith, âgé de 42 ans, marié depuis 16 ans, est père de 5 enfants qui tous trois sont bien portants.
Dans trois cas Yidal a relevé l’existence d’une affection cancéreuse chez les ascendants : une fois chez la mère, une fois chez le père et une fois chez l’oncle paternel ( Vog . tableau).
Une cause occasionnelle réelle paraît être l’action des rayons solaires, qui agit pour déterminer l’éclosion des premiers symptômes. « Comme pour l'érythème pellagreux, ce sont les parties du corps habituellement découvertes, la face, le cou, les mains et les avant-bras, qui sont le siège des premières manifestations; c’est pendant la saison chaude, le printemps ou l’été, qu’elles apparaissent. Dans plusieurs observations, il est expressément noté que c’est à la suite d’un coup de soleil qu’on a remarqué les premières altérations de la peau (Yidal).
XÉRODERMA. — pathogénie.
Pathogénie. — Ces quelques données étiologiques ne nous permettent, jusqu’à présent, qu’une conception incertaine de la pathogénie de cette affection si curieuse.
Le point majeur, c’est de voir la maladie, après diverses phases aux allures indéterminées, aboutir à un processus néoplasique malin, carcinose épithéliale ou sarcomatose. Cette néoplasie est-elle le fait primordial, dépendant d’une disposition interne particulière, et dirigeant dès le principe l’évolution des lésions ; ou bien n’est-elle qu’un effet secondaire, une conséquence, un résultat, seulement possible, d’une altération dermopapillaire 'n’ayant rien de systématique , remarquable par la « mutabilité typique des phénomènes intérieurs de la nutrition » (Kaposi), n’étant tout d’abord qu’une dystrophie cutanée comme est l’ichthyose? Telles sont les deux hypothèses discutables. « On peut se demander si la dermatose de Kaposi n’est pas une variété de la classe si nombreuse des carcinomes épithéliaux, variété congénitale, débutant dès la première enfance et dont les symptômes de la première et de la seconde période, les taches pigmentées, les lélangiectasies et l’atrophie cutanée ne seraient que le prélude. La maladie ne serait définitivement constituée, et à sa période d’état, qu’à l’apparition des tumeurs d’épithélioma végétant » (Vidai).
Ce qui paraît surtout venir à l’encontre de cette hypothèse, c’est la direction anatomique différente que suivent certains foyers morbides des surfaces malades ; si en quelques points ils continuent de proliférer au point de constituer les tumeurs dont il s’agit, sur d’autres l’infiltration cellulaire que nous avons vue se produire, au début des lésions, suit une évolution inverse ; elle se résorbe complètement en entraînant l’atrophie du derme et donnant naissance aux taches et traînées cicatricielles blanchâtres.
Suivant que l’on a affaire à l’un ou l’autre de ces deux processus, dit J. Pick, on se trouve, après une longue période de la maladie, en présence d’états morbides différents : c’est ainsi que dans les deux premiers cas, observés par Hebraet Kaposi, le processus morbide s’est surtout traduit par de l’atrophie.
Il paraît difficile qu’il pût en être ainsi, si l’affection était dès le début de nature épithéliomateuse.
Tout indique, selon Pick, qu’il s’agit d’une altération locale de la peau, par conséquent d’une dermatose type, d’une disposition congénitale du tégument, qui lui donne une impressionnabilité extrême à la faveur de laquelle les moindres irritations, par exemple, l’influence de la lumière, de l’air, des rayons solaires, provoquent toute une série de processus pathologiques qui se déroulent d’abord dans les vaisseaux capillaires des couches superficielles du derme (prolifération cellulaire dans les parois vasculaires, etc.).
Ces phénomènes morbides se passent dans la couche papillaire de la peau, au contact delà partie essentiellement vivante de l’épiderme, et productrice du pigment, le corps muqueux de Malpighi ; celui-ci de-
XÉRODERMA. — diagnostic. 675
vient le siège d’une irritation nutritive, très-active et permanente; les prolongements interpapillaires augmentent, et ainsi se trouvent constituées les conditions histologiques de l’épithélioma cutané qui, on le sait, n’apparaît guère que « sur les places qui ont foncièrement une forte structure papillaire, de grandes papilles, et, par conséquent, une épaisse couche épithéliale, comme les verrues papillaires et pigmentaires, ou bien dans les points où existe une couche épithéliale anormalemen épaissie, produite par un travail pathologique, comme les durillons ou les plaques blanches de la langue (leucoplakia buccalis) » (Kaposi).
Telle est l’explication la plus logique qu’on puisse donner de Révolu tion des lésions cutanées de xeroderma pigmentosum.
Diagnostic. — La physionomie de cette dermatose est tellement caractéristique qu’au moment de la reconnaître on commettra difficilement une erreur de diagnostic. Maladie survenant dès le premier âge, frappant souvent, en même temps, plusieurs enfants de la même famille, donnant au visage, même dès les premiers mois, cet aspect bariolé si étrange dû au mélange des taches pigmentaires, télangiectasiques et atrophiques, le xeroderma pigmentosum ne ressemble vraiment à aucune autre affection cutanée, ce qui est plus vrai encore lorsque l’appareil symptomatique s’est complété par la production des excroissances verruciformes ou des ulcérations épithéliomateuses.
Si toutefois, ce qui est exceptionnel, on est appelé à voir un cas tout à fait au début, n’étant encore caractérisé que par les taches pigmentaires, on pourra facilement penser qu’il ne s’agitque de taches de rousseur : mais on jugera bientôt que leur nombre est beaucoup trop grand, que leur couleur devient trop foncée, pour ne pas être autre chose qu’une anomalie de pigmentation de certains points du tégument.
D’après Kaposi, une forme de lèpre dont il cite un exemple dans le livre de Hebra et un autre dans son mémoire sur le xéroderma pourrait se présenter avec les apparences de cette dernière affection : c’est la forme qu’il a appelée lèpre pigmentaire ( morphea nigra; vitiligo nigra) ;il suffit d’être prévenu pour éviter une pareille erreur, dans le cas où l’on viendrait à y être exposé.
Ni la sclérodermie, ni l 'urticaire pigmentaire, dont nous avons esquissé les principaux caractères à l’article Xanthelasma, ne sont susceptibles, non plus, d’être confondues avec cette dermatose ; il nous semble inutile de donner les caractères distinctifs; tout est différent.
Pronostic. — Le pronostic du xeroderma pigmentosum est d’une extrême gravité, puisque la maladie suit fatalement une évolution régulière qui conduit, à plus ou moins longue échéance, à la cachexie cancéreuse et à la mort. ^
Parmi les observations que nous avons réunies, quatre des malades ont succombé de cette manière : pour les autres, l’existence de productions épithéliomateuses ou sarcomateuses rend le pronostic non moins sévère pour l’avenir.
Cependant, il y a des degrés; nous avons vu combien était variable, la
676 XÉRODERMA. — pronostic, traitement.
durée de la maladie: quelques-uns des petits malades ont succombé à dix ou onze ans ; d’autres ont pu atteindre et dépasser l’âge de quarante ans: la survie peut donc être assez prolongée, et la survie dans de bonnes conditions de santé générale : témoin le malade de Dubois- Havenith, parvenu à l’âge de quarante-deux ans et dont l’excellent état général commençait, seulement alors, à être compromis.
Malgré tout, la vie reste constamment menacée, et pendant toute sa durée elle est troublée par les souffrances physiques et les tortures morales qui résultent de la marche toujours progressive des lésions, surtout quand le mal est arrivé à la période des ulcérations incurables, ou sans cesse récidivantes.
C’est là un autre élément de pronostic dont il importe de tenir compte.
Traitement. — La thérapeutique s’est jusqu’à présent montrée tout à fait impuissante, non-seulement pour procurer la guérison de la maladie, mais même pour en modifier l’évolution en quoi que ce soit ; aucune médication interne n’a paru déterminer d’amélioration ni d’arrêt dans l’ensemble de la maladie.
On a employé les divers médicaments qui passent pour les modificateurs les plus puissants de la nutrition, l’iodure de potassium, l’huile de foie de morue, l’arsenic. C’est à l’emploi méthodique de ce dernier, tant à l’intérieur qu’en injections sous-cutanées, que Pick conseille d’avoir recours.
A l'aide du traitement local nous pouvons du moins être utiles aux malades, d’abord par des pansements appropriés des ulcérations qui se produisent, par des applications de corps gras, de manière à diminuer l’état de sécheresse, de rudesse et de tension de la peau, et surtout par une intervention énergique contre les productions néoplasiques, dès qu’elles se montreront, soit sous forme d’excroissances verruqueuses, soit sous forme de tumeurs plus importantes.
Il faut les détruire, et les détruire chirurgicalement, c’est-à-dire complètement, si l’on veut éviter une récidive toujours prête à se faire.
Peut-être est-ce là le meilleur moyen de prolonger la vie des malades en mettant un obstacle relatif à la généralisation cancéreuse.
Kaposi, Traité des maladies de la peau de F. Hebra. Trad. fr., de Doyon, 1878. — Leçons sur les maladies de la peau. Trad. Besnier et Doyon, 1881, art. Xérodermie. — Wiener medizin, Jahrbücher, oet. 1882, et Ann. de dermatologie et de syphilis, 25 janvier 1883, trad. Doumic. — Wiener medizin. Wochenschrift , oet. 1885. — Geber, Vierteljahresschrift f. ÿerm. und Syphil., 1875. — R.-W. Taylor, Transactions of Amemcan Derm. Association, 1877, et Anal, in Arch. of Dermalology, 1878. — Heitzmann, Id., il. — Lonis A. Ddhrisg, American Journ. of Med. Sciences, oct. 1878. — Wilheji Ruder, Ueber épithélial Carcinomder Haut bei mehreren Kindern einer Familie. Berlin, 1880 (Rés. dans le Mémoire de Neisser). — Neisser, Vierteljahresschrift f. Derm. und Syphil., 1883. — E. Vidal, Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1883. — Pick, Vierteljahresschrift f. Derm. und Syphil. ,1884. Anal, in Annales de dermatologie et de syphiligraphie, octobre 1885, par Doyon. — Dubois-IIavexith, Journal de médecine, etc., publié par la Société royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, octobre 1885.
P. Bruchet.
YAW. Voy. Pian.
ZINC. — Chimie et pharmacologie. — Le zinc, exploité en Europe depuis le milieu du siècle dernier seulement, était jusqu’alors importé d’Orient. On le retire principalement de la blende ou sulfure de zinc et de la calamine, nom sous lequel on désigne communément le silicate et le carbonate de zinc, qui sont d’ailleurs fréquemment mélangés. Ces minerais grillés et réduits par le charbon fournissent le métal par distillation. Les exploitations qui produisent les plus grandes quantités de zinc sont celles de la Vieille-Montagne en Belgique et de la Silésie. Le zinc du commerce peut contenir des proportions variables de plomb, de cadmium, de fer, avec des traces de soufre et d’arsenic. Il doit être absolument privé d’arsenic lorsqu’on l’applique à la recherche de ce métalloïde dans l’essai des métaux, des alliages industriels, des produits chimiques, et dans certains cas d’expertises chimieo-légales.
Le zinc est un métal blanc-bleuâtre dont la densité varie de 6,8 à 7,2 suivant qu’il a été fondu ou laminé. Il fond à 412° et distille à 1040°. A la température ordinaire il se conserve inaltéré dans un air sec, à l’air humide il se recouvre rapidement d’une mince couche d’oxyde en partie carbonaté qui préserve de l’oxydation ultérieure le métal sous-jacent. C’est à cette propriété qu’il doit d’être employé pour la conservation du fer en plaques ou en fils et du fer ouvré. Le fer zingué ou galvanisé s’obtient en plongeant dans le zinc en fusion le métal qui se recouvre d’une couche de zinc. Ainsi enrobé le fer est rendu pour longtemps inaltérable à l’air et se prête à une foule d’applications industrielles. 11 convient cependant de ne pas en faire usage pour la conservation du vin, des boissons fermentées, de l’huile et en général de toutes les matières alimentaires contenant des principes acides ou susceptibles de donner lieu à leur formation spontanée.
Chauffé vers 500° au contact de l’air, le zinc prend feu et brûle avec une flamme d’un blanc-verdâtre éclatant, en répandant d’épaisses fumées blanches (pompholix, nihil album ; lana philosophica). Cette propriété fait voir qu’il n’est pas sans danger de recouvrir les maisons avec le zinc en feuilles. La tôle galvanisée qui n’est pas inflammable en cas d’incendie peut lui être avantageusement substituée.
A la température ordinaire l’eau est lentement attaquée par le zinc qui s’oxyde en dégageant de l’hydrogène ; l’attaque est d’autant plus marquée que le zinc est moins pur. Privé de métaux étrangers le zinc devient presque inactif, à moins qu’il ne forme avec un autre corps conducteur plongé dans le même liquide un circuit fermé extérieurement. Le zinc impur du commerce enduit dé mercure par amalgamation se conduit, dans ce cas, comme le zinc pur, et procure ainsi un moyen économique de conservation des piles qui ne fonctionnent plus à courant ouvert.