‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 3 sur 143 · KOBT. DICT. MED. ET CH1R XXXIX · texte numérisé non relu

KOBT. DICT. MED. ET CH1R XXXIX

VENTILATION. — v. artificielle, règles générales.

dans la cheminée pour entraîner les couches supérieures de l’air de la pièce. Elle consiste en un châssis métallique, rectangulaire, supportant une plaque percée de trous, en arrière de laquelle une étoffe légère forme une soupape qui s’oppose à la rentrée de la fumée dans la chambre.

Ventilation par l'éclairage. — Suivant Erismann, les lampes à huile effectuent le renouvellement de l’air 3 1/2 fois par heure, celles à pétrole et les bougies 6 fois et le gaz 9 1/2 fois. Au lieu de laisser les produits de combustion vicier l’atmo- Fig. io. — ventilateur d’Arnott. sphère d’une pièce, rien

n’est plus sage, surtout s’il s’agit de gaz d’éclairage, d’assurer leur évacuation au dehors, car, du même coup, on détermine un appel favorable à la ventilation. Morin a constaté qu’on peut extraire 1900 mètres cubes d’air, par heure et par mètre cube de gaz brûlé. Coulier est même arrivé à un chiffre d’un tiers plus considérable.

La ventilation par le chauffage et par l’éclairage trouve ses applications dans les habitations privées et dans les lieux publics où l’on ne peut songer à des installations coûteuses de ventilation exclusivement artificielle.

Ventilation artificielle. — § 1. Règles générales. — Quels que soient la méthode et le procédé auquel on ait recours, la ventilation d’une enceinte habitée se compose de deux termes : admission de l’air neuf et expulsion de l’air vicié.

I. La quantité nécessaire d’air neuf, ou ce qu’on a aussi appelé la ration d’air, le coefficient d’aération, varie suivant un assez grand nombre de circonstances dont les principales sont : 1° le nombre d’habitants; 2° la capacité du local; 3° la durée du séjour; 4° l’importance des surfaces d’aération naturelle ; 5° la température du local ; 6° sa nature ; 7° la disposition des orifices d’admission et d’extraction ; 8° la température de l’air introduit. Étudions ces différents points.

Influence du nombre d’habitants. — Il est clair que la ration d’air à fournir pour chacun d’eux dépendra du degré de pureté qu’on exige de l’atmosphère du local. Or, la seule base fixe pour déterminer la viciation de l’air consiste jusqu’ici à en doser l’acide carbonique, bien qu’aucun hygiéniste ne se dissimule que ce gaz n’est. généralement pas l’agent le plus offensif dès atmosphères confinées. A la science de l’avenir est dévolu le soin de trouver des éléments d’appréciation plus complets dans

VENTILATION. — v. artificielle, règles générales. 19

l’analyse des matières organiques, volatiles ou non, contenues dans l’air des lieux habités.

Il a donc fallu fixer une proportion d’acide carbonique, au delà de laquelle l’air serait considéré comme insalubre, comme impropre à la respiration. Pettenkofer regarde comme plus ou moins viciée toute atmosphère renfermant de 0,7 pour mille à 1 millième en volumes d’acide carbonique. Dans ces chiffres, l’acide carbonique de l’air normal entre pour cinq dix-millièmes.

De Chaumont a choisi pour limite 0,6 pour mille, cbiffre dans lequel l’acide carbonique de l’atmosphère libre est compris pour quatre dix-millièmes.

Le nombre de mètres cubes d’air à fournir par tête et par heure se calcule à l’aide de 3 chiffres : 1° celui qui représente la proportion d’acide carbonique de l’atmosphère extérieure ; 2° celui qui représente la proportion d’acide carbonique de l’air expiré ; 3° celui qui représente la proportion d’acide carbonique tolérée dans l’atmosphère d’un local, sans qu’il cesse d’être regardé comme salubre.

Comme chaque auteur a pris pour ces différents termes une valeur différente, on arrive à des chiffres offrant de notables écarts. SuivantPettenkofer, on doit introduire, dans chaque unité de temps, un volume d’air 200 fois plus considérable que celui de l’air expiré. Un homme expirant 500 litres d’air par heure, on devra donc amener 60 mètres cubes (60 000 litres), en supposant que l’air normal renferme cinq dix-millièmes d’acide carbonique et qu’une atmosphère, pour demeurer salubre, ne doive point en contenir plus de sept dix-millièmes. En effet, l’air expiré renfermant quatre pour cent, soit quatre cent dix-millièmes d’acide carbonique, ce nombre est deux cents fois plus grand que la différence qui existe entre la teneur en acide carbonique de l’atmosphère libre et la teneur en acide carbonique de l’atmosphère d’une pièce où le séjour pourrait se prolonger sans aucune incommodité.

Dans les mêmes conditions, le chiffre de ventilation horaire tomberait à 40 mètres cubes, si l’on acceptait que quatre dix-millièmes sont la proportion normale d’acide carbonique à l’air libre.

Mais Pettenkofer ajoute qu’on peut élever la limite de tolérance à un pour mille d’acide carbonique. Dans ce cas, il suffira de faire entrer 80 fois autant d’air neuf qu’il y a d’air expiré, soit 24 mètres cubes par personne. Ce chiffre s’abaisserait à 20 mètres cubes, si l’atmosphère extérieure ne contenait que quatre dix-millièmes d’acide carbonique.

De Chaumont, tout en voulant que l’atmosphère habitable ne renferme pas plus de six dix-millièmes d’acide carbonique, se contente d’une ration d’air frais de 85 mètres cubes par heure et par personne, parce qu’il n’évalue qu’à 17 litres la quantité d’acide carbonique exhalée par heure.

Herter et Roth etLex, en montrant la même exigence que de Chaumont pour la limite tolérable de viciation, demandent un renouvellement d’air de 100 mètres cubes, parce qu’ils estiment à 20 litres la quantité d’acide carbonique dégagée par la respiration.

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Enfin Nowak, qui admet que l’expiration pulmonaire fournit 22 litres 6 d’acide carbonique par heure, réclame 113 mètres cubes d’air frais, si on ne veut pas que la proportion d’acide carbonique excède sept dixmillièmes, et le double, si on réduit la tolérance à 6 dix-millièmes.

Tous ces calculs ne tiennent d’ailleurs compte que de la viciation causée par la présence de l’homme et spécialement par sa respiration.

Influence de la capacité du local. — Plus un local est vaste, moins vite l’altération de l’air y atteint un degré intolérable. Néanmoins, dès qu’un certain nombre d’individus sont réunis, pour quelque temps, dans une enceinte, il arrive toujours un moment où le renouvellement de son atmosphère devient nécessaire.

Les partisans exclusifs de la ventilation artificielle ont la tendance, en se basant sur ce fait exact, à restreindre au minimum l’espace cubique alloué par tète.

Cette façon de voir est inadmissible pour les raisons suivantes : l°Dans les habitations privées, où il n’existe généralement pas de ventilation artificielle méthodique, une grande capacité des pièces est toujours désirable; 2° dans les autres locaux, elle garde encore de sa valeur. D’abord, l’expérience a prouvé qu’on ne peut guère renouveler plus de trois fois par heure l’atmosphère d’une enceinte sans déterminer des courants d’air gênants. Ensuite, quand les dimensions d’un local sonttrès-réduites, il est impossible de le ventiler convenablement, soit que les ouvertures d’aération soient trop voisines des personnes présentes, soit que les orifices d’accès de l’air soient trop rapprochés de ceux de sortie. Dans le premier cas, la ventilation entraîne des désagréments, des dangers même pour les habitants; dans le second, quelle que soit la quantité d’air neuf introduite, cet air, au lieu de sé mélanger avec l’atmosphère de la pièce et de servir à son assainissement, se rend en majeure partie directement des orifices d’admission aux orifices d’évacuation.

Influence de la durée du séjour. — Les calculs faits par de Chaumont montrent que, si grandes que soient les dimensions d’un local occupé par un certain nombre d’individus, la ventilation artificielle devient nécessaire au bout de 2 heures.

L’influence des surfaces d’aération naturelle est assez évidente pour qu’il n’y ait pas lieu d’insister.

Influence de la température du local. — Plus la température du local est élevée, plus il faut augmenter le coefficient de ventilation, parce que l’exagération de la transpiration cutanée accroît la viciation de l’air.

Influence de la nature du local. — Le renouvellement de l’air doit être plus énergique quand il s’agit de locaux habités par des malades, puisque les causes de viciation sont plus nombreuses et plusintenses.

L 'influence de la disposition des orifices d’admission et d’extraction a été déjà signalée à propos de celle de la capacité du local.

Influence de la température del’ air introduit. — Plus l’air neuf sera

VENTILATION. — v. artificielle, pureté de l’air. 21

chaud et partant dilaté sous un même volume, plus il en faudra une grande quantité.

II. Pureté. — La pureté de l’air destiné à la ventilation dépend avant tout de Y emplacement où on le recueille. Le choix de cet emplacement, dicté le plus souvent par les circonstances locales, mérite pourtant réflexion. Dans le milieu urbain, on peut hésiter sur le niveau auquel ou doit prendre l’air neuf, mais aucun doute n’existe sur la nécessité de rejeter d’emblée tous les endroits resserrés ou avoisinés par des sources d’infection : latrines, égouts, tas d’immondices, etc.

On a pu, en effet, imputer à la ventilation certaines épidémies locales de diphthérie. Les deux faits qui semblent les plus convaincants viennent des Etats-Unis. Les prises d’air se trouvaient à proximité d’ordures ménagères en voie de putréfaction et le vent soufflait de façon à en amener les effluves dans les conduites d’air. Dans un de ces cas, rapporté par la Gesundheit de Reclam, en huit jours, 5 habitants de la même maison furent atteints de diphthérie, affectionrare dans la localité. Tous les malades occupaient les pièces desservies par le calorifère à air; les autres personnes de la maison demeurèrent indemnes.

Assez souvent on prend l’air neuf dans des caves ou des souterrains, et les partisans de cet emplacement font valoir en sa faveur qu’on obtient ainsi de l’air à une température plus agréable, plus fraîche en été que celle de l’atmosphère extérieure et plus chaude en hiver. Pour l’été, tout au moins, cet avantage n’est pas durable. Dès que la ventilation est en train quelques jours de suite, l’atmosphère des souterrains se met en équilibre de température avec l’air qui lui arrive de l’extérieur. II y a lieu en outre de s’assurer que les souterrains soient bien aérés, propres, éloignés des fosses d’aisance, imperméables à l’air et à l’humidité du soussol, ainsi qu’à l’abri des inondations.

Lorsqu’on recueille l’air au niveau du sol, ou un peu au-dessus, on doit toujours munir de grillages les orifices des prises d’air, afin d’éviter l’introduction des immondices. Mais à ce niveau l’air est chargé de poussières provenant de la voie publique. Une bonne disposition consiste à placer le puits d’air au sein d’un massif planté ou dans un jardin, comme c’est le cas, par exemple, pour le Théâtre-Lyrique de la place du Châtelet.

Dans les grandes villes, la prise d’air a lieu le plus fréquemment audessus du toit, où l’air est mieux renouvelé par les mouvements incessants de l’atmosphère. Il faut alors éviter des voisinages fâcheux, tels que conduits de fumée, tuyaux d’évent, cheminées d’appel. Quoique cent cinquante mètres séparent l’Institut de l’Hôtel des Monnaies, on a vu, par un vent d’est, la cheminée de celui-ci envoyer sa fumée dans la prise d’air du premier. Quand on ne peut éviter la proximité des cheminées, il est bon de placer la prise d’air à un niveau un peu inférieur : on diminue ainsi les chances de contamination.

Quel que soit l’emplacement de la prise d’air, il faut la protéger contre les bourrasques. En effet, le vent aspire parfois l’air contenu dans les

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canaux. Sous ce rapport, il est prudent d’avoir des prises d’air en double, sur deux faces opposées du bâtiment, pour n’utiliser que celle qui se trouve du côté abrité. Là où la chose n’est pas possible, on disposera, sur le trajet des canaux, de vastes chambres dans lesquelles le courant d’air se ralentit assez pour que l’action des rafales devienne insensible.

Certains auteurs allemands, Hartmann, Roth, conseillent de prendre l’air dans les combles parce qu’on y est à l’abri du vent. Il nous semble que cet emplacement n’offre guère de garanties au point de vue de la pureté de l’air, d’autant plus que les mêmes écrivains, et pour la même raison, font déboucher aussi dans les combles les gaines d’extraction de l’air vicié.

Arnould est d’avis que l’air le plus pur se trouve entre 2 et 15 mètres au-dessus du sol. Selon lui, il ne faut le prendre ni plus haut ni plus bas, et en particulier pas dans les caves, dont l’air est encore plus suspect que celui qui affleure la chaussée.

Mais dans les villes, quelque heureux qu’ait été le choix de l’emplacement pour recueillir l’air, il sera presque toujours nécessaire de le purifier, de lu tamiser pour le débarrasser de ses poussières. On y parvient en le faisant circuler à travers des chambres cloisonnées en zigzag où il est forcé de parcourir un trajet tortueux et de ralentir son mouvement ; la paroi inférieure de ces caisses présente des saillies destinées à retenir les poussières une fois déposées. En même temps, ces chambres contiennent des filtres en toile d’emballage, en gaze ou en ouate (Hôtel-Dieu, hôpital Tenon).

Il convient d’ajouter que cette filtration, entraînant un surcroît de résistances au passage de l’air, requiert l’emploi d’une ventilation mécanique.

III. Hygrométricité. — Quand l’air est trop sec, il s’empare avec avidité de la vapeur d’eau exhalée par le corps humain ; quand il est trop humide, il met obstacle à la perspiration cutanée, ce qui est encore plus nuisible. Il faut donc éviter les deux extrêmes de sécheresse et de saturation. Les hygiénistes sont unanimes à déclarer, à la suite ded’Arcet, que l’air présente les conditions les plus favorables à l’économie animale lorsqu’il est à moitié saturé de vapeur d’eau et marque 72 degrés à l’hygromètre. Toutefois, son degré d’humidité peut varier, sans inconvénient sensible, dans des limites assez étendues, de 60 à 80 degrés ; en Russie, où l’air extérieur est très-sec, Lenz dit même de 40 à 80 degrés. Il semble aussi ressortir des expériences de Coles et Wood, à l’hôpital de Boston, que, pourvu que la ventilation soit abondante, la fraction de saturation de l’air peut tomber jusqu’à 15 pour 100, sans causer le moindre malaise dû à sa sécheresse. On donne à l’air l’état hygrométrique convenable par divers artifices qui ont en même temps pour effets d’en abaisser la température, ce qui est parfois utile, et d’en faciliter la purification, parce que les molécules de poussière mouillées sont plus lourdes et se déposent plus aisément.

Par un véritable raffinement, dans un des théâtres berlinois, celui de

VENTILATION. — v. artif. température. vitesse, diffusion’de l’air- 23 la Friedrichvvilhelmstadt, on y a joint encore Y ozonisation de l’air neuf, au moyen d’une vaporisation d’eau salée.

IV. La température de l’air introduit doit varier suivant les saisons et suivant l’énergie de la ventilation. En hiver, l’air sera échauffé au contact des appareils de chauffage, pour être introduit à une température qui n’incommode pas les personnes présentes. En Angleterre, selon Reid, la température préférée est celle de 18°, 3 centigrades.

Bouvet a montré que, pour éviter la sursaturation de l’atmosphère de la pièce, il ne faut pas y amener de l’air dont la température dépasse de 10 degrés celle du milieu ambiant. En introduisant de l’air à un degré thermomélrique relativemenfbas , on a encore l’avantage, pour une dépense de calorique sensiblement la même, de produire une ventilation trois fois et demie plus considérable qu’en employant de l’air très-chaud.

En été, l’air devra être rafraîchi par des pulvérisations d’eau, par de la glace ou encore par la vaporisation d’un liquide volatif, tel que l’éther, ainsi que cela se pratique au nouveau Palais de Justice à Londres.

Toute installation un peu complète de ventilation artificielle comprend des chambres de mélange où l’on fait arriver, en proportions convena blés, de l’air froid et de l’air chaud.

Plus le renouvellement d’air sera abondant, plus la température de l’air introduit devra être élevée, pour ne pas occasionner une sensation de froid.

V. Vitesse. — A la température de 15 degrés, une masse d’air animée d’une vitesse atteignant 1 mètre par seconde donne la sensation de courants désagréables. Amesure que la température de l’air s’élève, sa vélocité peut s’accroître sans inconvénient, à la condition qu’on reste dans certaines limites thermométriques. D’après Morin, la vitesse de l’air affluant par le plafond ne doit pas excéder 50 centimètres par seconde, mais, en pratique, la vitesse de l’air introduit dans les lieux habités ne dépasse guère 20 ou 30 centimètres par seconde. L’air vicié pourrait, en revanche, s’échapper avec une vélocité double ou triple, parce qu’il possède exactement A a température du local.

On modère la vitesse de l’air, dejmanière à la rendre imperceptible, au moyen de grilles et de larges orifices qui brisent et ralentissent le courant. C’est dans le même but que Scharrath a imaginé ce qu’il appelle la ventilation par les -pores, en quoi il n’a d’ailleurs fait que suivre l’exemple donné par Reid au palais de Westminster. Scharrath, pour rompre la force du courant et en même temps tamiser l’air neuf, le fait déboucher par des orifices tendus d’une étoffe à mailles assez larges.

VI. Diffusion. — Lorsque, dans un lieu habité, on a amené une quantité suffisante d’air pur, pas trop sec, convenablement tempéré et animé d’une vitesse insensible, il reste encore, pour avoir fait une véritable ventilation, à assurer le mélange uniforme de cet air avec celui de la pièce et l’évacuation régulière de l’atmosphère viciée.

L’égale répartition dans l’enceinte de l’air frais dépend de la configuration des locaux et surtout de la disposition des orifices d’entrée et de

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sortie de l’air. Plus ces orifices seront multipliés et disséminés dans la salle, plus les bouches d’évacuation seront distantes des bouches d’entrée, plus enfin les unes et les autres seront larges, meilleures seront les chances pour un mélange complet de l’air neuf avec l’atmosphère intérieure.

Si nous ajoutons encore qu’il est absolument inadmissible de faire affluer, au voisinage immédiat des personnes, de l’air à une température trop différente de celle du local, nous en aurons terminé avec les conditions unanimement accordées, parce qu’elles sont le résultat de l’expérience.

Quant à l’emplacement respectif des orifices d’accès et de départ de l’air, en bas ou en haut, au plancher ou au plafond, force est bien de convenir que nous ne raisonnons guère que sur des idées à priori.

Les partisans de la ventilation directe ou ascendante, c’est-à-dire de l’admission de l’air neuf par le bas de la pièce et de l’évacuation de l’air altéré par la partie supérieure, mettent en avant des considérations les unes d’ordre physique, les autres d’ordre physiologique. Ils disent d’abord qu’il est tout indiqué de faire déboucher par le plancher l’air préalablement chauffé qui ne demande qu’à monter en vertu de sa légèreté. Ils font ensuite remarquer que l’air usé, ayant une température assez élevée, est entraîné plus aisément au dehors quand on ne le contraint pas auparavant à redescendre. De plus, c’est, selon eux, le seul moyen de fournir à la respiration un air entièrement pur de tout mélange avec l’atmosphère viciée. Les défenseurs de la ventilation ascendante objectent enfin au système adverse que, s’effectuant en sens contraire de la pesanteur, il est plus coûteux et exige généralement un agent mécanique.

Donc, pour Péclet, pour Reid et pour leurs adhérents, il est convenable, en tous cas et en toutes saisons, de faire arriver l’air neuf au plus près des personnes présentes et d’en éloigner les orifices d’évacuation.

En revanche, pour le général Morin et pour les partisans de la ventilation renversée ou descendante, on doit faire affluer l’air nouveau le plus loin possible des personnes, en extrayant l’air vicié à leur voisinage, de manière à ne pas permettre la circulation de l’air corrompu dans l’enceinte, et à ne pas incommoder les habitants par des courants toujours plus sensibles à l’arrivée de l’air. La ventilation renversée a été pratiquée pour la première fois, il y a un demi-siècle environ, à la prison cellulaire de Pentonville, àLondres, vraisemblablement avec l’intention d’empêcher les détenus de communiquer verbalement, par les conduites d’air, qu’on mettait ainsi hors de leur atteinte. Aujourd’hui, ce système recrute des suffrages de plus en plus nombreux. Les auteurs qui se sont occupés le plus récemment de la ventilation se sont prononcés en sa faveur : D. Galton, Bordiau, Joly, Barlet, Arnould. Ce dernier est d’opinion qu’on peut adopter la ventilation renversée dans tous les cas, à la condition que la température de l’air introduit ne soit pas en hiver beaucoup supérieure, en été beaucoup inférieure à celle de l’air de la salle.

A Paris, entre autres locaux où fonctionne la ventilation renversée, on

VENTILATION. — v. artificielle, orifices d’extraction. 25

peut citer la salle du conseil d’État au Palais-Royal et celle du Trocadéro. Au palais du. Trocadéro, les conditions sont un peu spéciales : c’est de l’air froid qui est amené à la partie supérieure de la coupole qui est trèshaute, et cet air, en raison de son poids, descend en se réchauffant graduellement.

Donc les termes de ventilation renversée et de ventilation descendante cessent d’être synonymes, quand il s’agit d’air froid pour lequel la ventilation renversée serait précisément la ventilation ascendante.

Les détracteurs de la ventilation ascendante font valoir que, dès qu’elle est un peu active, elle soulève les poussières du sol; que, lorsque l’air chauffé afflue par le plancher, il n’a pas le temps de se diffuser dans la pièce, parce qu’en vertu de sa vitesse et de sa température il forme une colonne bien délimitée qui, des orifices d’introduction, se rend en droite ligne à ceux du plafond où l’air est évacué avant d’avoir été réellement utilisé.

Parkes distingue, pour l’emplacement des orifices d’admission, s’il s’agit d’air chauffé ou non. Quand l’air est froid, au lieu de l’admettre par le plancher, on le fera pénétrer soit par le plafond, soit par les parois verticales, à 2ra,75 ou 5 mètres au-dessus des personnes, en le dirigeant vers le plafond. Mais ces deux derniers modes d’introduction sont inférieurs au premier, toutes les fois qu’on peut chauffer l’air.

VII. Orifices d’extraction. — Leur emplacement est corrélatif de celui des orifices d’accès, dont ils doivent être le plus éloignés possible. Morin les voulait au niveau du sol et à distance des points de passage ou de réunion, tels que les appareils de chauffage. Il ne les tolérait au plafond que pour les écoles du soir, à cause de la chaleur du gaz d’éclairage, et pour les casernes, parce que les soldats, par ignorance, pourraient les boucher, s’ils étaient sous leur main. Au contraire, les hygiénistes anglais, Tredgold, Reid, Tomlinson, Parkes, Wilson, de même que Péclet etHudelo, placent toujours les orifices d’extraction au plafond. Wilson les préconise à ce niveau, non-seulement à cause de la moindre densité de l’air vicié, motif déjà invoqué par Haies dès le milieu du siècle dernier, mais encore parce que l’expérience révèle qu’avec la même puissance d’appel et la même section d’orifices il passe un plus grand volume d’air à travers un conduit s’abouchant au plafond que dans celui placé sur le plancher. Parkes ne fait d’exceptions que pour les poussières lourdes de certaines industries. Dans les musées, galeries de tableaux et expositions, où les objets exhibés sont détériorés par les poussières, Reid conseillait d’entraîner les poussières immédiatement par le plancher, en ménageant au plafond d’autres bouches d’appel pour les produits de la respiration et de la transpiration.

Richardson pensait que l’emplacement des orifices d’évacuation doit varier avec le système de chauffage adopté. Dans le chauffage par les calorifères à air, l’air, arrivant à une température élevée, monte rapidement vers le plafond, sans se répandre dans la pièce, vu la différence de sa température : par conséquent, dans ce cas, les bouches d’extraction doi-

26 VENTILATION. — v. artificielle, canaux d’air, méthodes. vent être sur le plancher ou à proximité, pour foreer l’air chaud de redescendre et de se mélanger avec l’air de la salle, avant de l’extraire. En revanche, dans le chauffage par les calorifères à eau ou à vapeur, comme la température de l’air neuf est moindre, on peut disposer les orifices où l’on veut et en avoir à la fois au plafond et au plancher.

Les hygiénistes allemands (Herter, Eulenberg, etc.) rejettent, pour l’hiver, remplacement des bouches d’extraction au plafond, comme nécessitant un chauffage trop dispendieux. Ils n’admettent l’évacuation de l’air vicié par le haut de la salle que lorsque l’élévation de température devient une cause de gêne, soit en raison de l’encombrement du local, soit en raison de ses nombreux becs de gaz (théâtres), soit enfin en été. Aussi la coutume prévaut-elle de plus en plus maintenant de placer les orifices d’accès de l’air neuf un peu au-dessus de la tête des personnes supposées debout, environ à mi-hauteur des parois verticales, et de disposer les bouches d’extraction en série double, les unes au voisinage du plancher, pour la ventilation d’hiver, les autres près du plafond, pour la ventilation d’été.

Des expériences de Coles il semble résulter qu’il y a profit à donner, aux orifices d’évacuation les plus grandes dimensions possibles, de manière à mieux réaliser le mélange de l’air dans la salle, en modérant sa vitesse de sortie.

VIII. Canaux d’air. — La section libre qu’il convient de leur donner se calcule, ainsi que pour les orifices, en divisant le volume total d’air à admettre ou à expulser en une seconde par la vitesse fixée pour l’arrivée ou le départ de l’air. Les conduits qui amènent l’air neuf ou emportent l’air vicié doivent avoir un trajet aussi rectiligne que possible, une surface interne bien lisse, pour diminuer la résistance au mouvement de l’air. Ils doivent être formés de matériaux non poreux, afin d’éviter les fuites ou les rentrées d’air, et être disposés de façon à pouvoir être visités et nettoyés, car les toiles d’araignée y sont communes. Leur face extérieure doit être enveloppée de corps mauvais conducteurs du calorique, pour les mettre à l’abri du refroidissement. Dans leurs parties exposées au dehors, les canaux d’introduction doivent être peints en blanc, ceux d’évacuation en noir, parce que le noir, absorbant plus de chaleur, favorise le mouvement ascensionnel de l’air. Enfin les deux ordres de canaux doivent être munis de registres.

Les conduits d’évacuation des diverses pièces d’un bâtiment doivent rester séparés les uns des autres le plus longtemps possible, pour éviter le retour de l’air vicié d’une pièce dans l’autre.

§ 2. Méthodes. — Pour déterminer, au sein d’une masse d’air renfermée, les changements de température ou de densité indispensables à son renouvellement, on a recours, dans la ventilation artificielle, soit à] la chaleur, soit à des machines, soit à la compression et à la détente successives de fluides élastiques (vapeur d’eau, air) : de là, 3 méthodes distinctes de ventilation artificielle, la thermique, la mécanique et la thermo-mécanique .

VENTILATION. — v. artificielle, y. thermique. 27

A. Ventilation thermique. — La chaleur sert de moyen pour introduire l’air frais dans plusieurs dispositifs de ventilation liés aux procédés de chauffage local ou central ; elle agit alors par appel direct sur l’atmosphère extérieure. Mais ce n’est là qu’un rôle tout à fait accessoire de la chaleur. La ventilation par inégalité artificielle des températures, qui constitue la ventilation par appel, dans l’acception classique du mot, procède par extraction de l’air vicié. Cette méthode était déjà en usage dans les mines, lorsque Désaguliers en fit la première application aux maisons en 1723, à la Chambre des Communes. Disons dès maintenant que c’est également à Désaguliers qu’on doit les premiers essais de ventilation mécanique dans les lieux d’habitation.

Le foyer d'appel destiné à échauffer et à dilater l’air vicié pour le mettre en mouvement peut être placé au-dessus, au-dessous ou à la hauteur des locaux dont il s’agit de renouveler l’atmosphère. C’est ce qu’on a désigné sous les noms respectifs d 'appel en haut ou procédé Léon Duvoir, à' appel à niveau ou procédé Morin, et à’ appel en bas ou procédé Grouvelle. Les ingénieurs sont d’accord pour reconnaître la supériorité de ce dernier mode d'appel.

L’appel en bas est plus énergique, parce que la colonne d’air chaud occupe toute la hauteur de la cheminée ; plus régulier, parce que son tirage ne se ressent pas de l’action du soleil, des vents ou de la pression barométrique ; moins dangereux que l’appel en haut, où le foyer est établi dans les combles ; préférable enfin, au point de vue de la solidité du bâtiment, puisque les tranchées qu’il nécessite sont pratiquées surtout dans les murs inférieurs, les plus massifs. Reid et Pettenkofer trouvent toutefois irrationnel, surtout dans une maison à plusieurs étages, de faire descendre l’air vicié et chaud, en allongeant d’autant le trajet qu’il doit parcourir avant d’être envoyé au dehors.

Sous le rapport économique, spécialement, il vaut mieux établir le foyer dans la cheminée d’appel, y brûler directement, le combustible, au lieu d’échauffer l’air de cette cheminée par des tubes d’eau ou de vapeur provenant d’un foyer placé à distance.

La vitesse de l’air et, par conséquent, la puissance d’appel dans les conduits d’évacuation et dans la cheminée d’appel, dépendent : 1° de la différence de température entre l’air contenu dans le conduit et l’air extérieur ; 2° de la hauteur du conduit ; 3° de sa section ; 4° de la résistance due au frottement contre les parois ; 5° des mouvements de l’atmosphère libre. Cette vitesse de l’air doit aller en croissant dans les conduits d’évacuation jusqu’à la cheminée d’appel où elle devra atteindre environ 2 mètres par seconde.

La cheminée d'appel, dans laquelle viennent déboucher tous les conduits d’évacuation de l’air vicié, doit être établie dans certaines conditions propres à en favoriser le fonctionnement. Elle doit être unique, aussi haute et aussi large que possible. Elle sera protégée contre le vent et la pluie au moyen d’une lanterne à persiennes ou d’un chapeau mobile en tôle.

28 VENTILATION. — v. artificielle, v. mécanique.

La température de l’air à son intérieur devra toujours excéder de 20 à 30 degrés celle de l’air extérieur.

Dans le système Lôhnholt, mentionné par Eulenberg, on espère augmenter l’énergie du courant ascendant en disposant, de distance en distance, dans la cheminée d’appel, des rétrécissements coniques.

Infection de l’air des cheminées d’appel . — Lors même que l’atmosphère des locaux habités n’offense nullement l’odorat et que la ventilation y paraît très-satisfaisante, l’air contenu dans les cheminées d’appel a une odeur infecte et asphyxiante. C’est une observation qui a été faite en des lieux très-divers : à l’hôpital Beaujon et au Palais de Justice par Morin, à la Chambre des députés par Péclet, à l’ancien Opéra par Neumann. Ce phénomène s’explique, pour Péclet, par le mouvement de l’air et la fermentation des matières animales qu’il renferme, sous l’influence de la chaleur.

Il va de soi que des orifices d’introduction doivent amener dans la salle un volume d’air pur, égal à celui qui obéit à l’appel ; sinon, la moindre ouverture de portes détermine des courants d’air rentrant d’une grande violence, provenant des localités les plus voisines, qui ne sont pas toujours les plus salubres.

B. Ventilation mécanique. — La ventilation mécanique peut s’adresser à des moteurs variés (vent, eau, chaleur, électricité, travail d’hommes ou d’animaux) pour actionner ses engins très-divers eux-mêmes : pompes, soufflets, cloches plongeantes, ventilateurs à force centrifuge et à hélices, appareils pneumatiques, etc.

1° Force motrice. — Le vent a fait mouvoir des ventilateurs à ailes ou à hélices, fonctionnant pour aspirer l’air vicié, mais c’est là un moteur très-incertain.

Veau trouve son emploi partout où l’on dispose d’une chute ou d’une pression suffisantes. Elle met généralement en mouvement des hélices, par l’intermédiaire d’une roue à augets qui fait corps ou non avec le ventilateur. Au théâtre de Genève, par exemple, ce sont des hydromoteurs qui actionnent les ventilateurs hélicoïdaux.

Les chevaux ont servi à faire marcher des machines d’aérage, ainsi qu’on peut le constater sur plusieurs figures de l’ouvrage d’Agricola.

La force humaine a été utilisée de deux façons. Tantôt il s’agissait simplement de remonter en quelques minutes des contre-poids dont la lente descente suffisait à assurer, pendant une journée, la marche du ventilateur. C’est ainsi que fonctionnait le ventilateur Van Hecke, établi à la prison des femmes de Bruxelles. Tantôt, au contraire, il s’agissait d’efforts durables, d’un travail continu pour manœuvrer les appareils de ventilation. A l’école de Nivelles, c’étaient les enfants eux-mêmes qui faisaient tourner le ventilateur à hélices, simple réduction de celui de la prison de Bruxelles.

La chaleur, sous forme de machine à vapeur ou à gaz, est sans contredit le moteur auquel on a le plus souvent recours.

V électricité, seule, pourra peut-être dans l’avenir lui disputer la prééminence. Le premier ventilateur qui ait marché par l’électricité est

VENTILATION. — v. artificielle, v. mécanique. 29

celui du restaurant Bauer, à l’exposition d’hygiène de Berlin en 1885. Roth reprochait à cette installation d’être trop bruyante. Hartmann est d’avis que les moteurs électriques ont leur emploi indiqué pour actionner à distance, au moyen d’une transmission de force, les aspirateurs mécaniques des théâtres, dont l’emplacement dans les combles rend la conduite si difficile.

2° Engins. — Les ventilateurs à palettes, enfermées ou non dans un tambour, ont été à une date très-ancienne en usage dans les mines d’Allemagne, au témoignage d’Agricola qui vivait au quinzième siècle. Le (ils d’un émigré français de la révocation de l’édit de Nantes, le physicien Désaguliers, après avoir construit, en 1727, pour l’aérage des mines, une triple pompe à la fois aspirante et foulante, inventa en 1734, sous le nom de roue centrifuge (fig. 11, 12, 13), le premier ventilateur mécanique qui ait servi dans des lieux d’habitation. Désaguliers, en installant son ventilateur centrifuge au palais du Parlement britannique, indiquait déjà qu’il pouvait à volonté aspirer l’air vicié ou refouler l’air frais. Cette machine était mue par un homme dit ventilator. Au dire de Partes, le ventilateur de Désaguliers a été introduit dans l’Inde par le Dr Rankin ; il y est d’un usage fréquent, sous la désignation de thermantidote, aussi bien dans les maisons particulières que dans les hôpitaux.

A a, axe de rotation; E, support de i’axe ; B, tnyau de refoulement ; S, tuyau d’aspiration ; H, H, H, g, g, g, rondelles d’étoffe destinées à empêcher l'air de s’échapper ailleurs que par le tuyau B; 1. 2, 3, 4, ouverture centrale du ventilateur destinée à admettre l’air extérieur. ( Philosoph . Transact.)

Le ventilateur centrifuge trouva un rival dans le double soufflet (fig. 14), construit en 1741 par Haies, le célèbre physicien, qui donna à sa machine le nom de ventilator. Demours qui, en 1744, traduisit en français l’opuscule du savant anglais, créa le mot de ventilateur qui n’existait pas dans notre langue. L’appareil de Haies ne tarda pas à ventiler l’hôpital de Winchester et une houillère.

Les cloches plongeantes sont, par ordre d’ancienneté, le troisième engin d’aération mécanique employé dans les maisons. La pompe d'Arnott est une machine de ce genre. A l’hôpital d’York, où elle fonctionna en premier lieu, elle était mue par une force hydraulique et refoulait

VENTILATION. — v. artificielle, v. mécanique.

Fig. 14. — Ventilateur de Haies. *

3809 mètres cubes d’air neuf par heure. Plus tard, à l’hôpital des phthisiques de Londres, elle servit à extraire l’air vicié, mais on y renonça à cause de son action saccadée. Le ventilateur de Peyre, essayé dans la marine, appartient au même type. Depuis quelques années, les machines à cloches plongeantes ont un regain de jeunesse, grâce surtout à Y appareil Norton, appliqué d’abord à la Bourse de Boston, puis au théâtre Critérion de Londres, où il évacue 6770 mètres cubes d’air par heure (fig. 15).

Parmi les ventilateurs de lieux d’habitation, nous mentionnerons le

* S, S, batterie ; T, T, faux pont; B, B, B, B, soupapes s'ouvrant en dedans de la caisse et servant à l’aspiration de l’air du tuyau A quand la machine fonctionne ; F, F, F, F, soupapes s’ouvrant en dehors de la caisse et servant au refoulement de l’air introduit.

VENTILATION. — v. artificielle, v. thermo-mécanique. 31

ventilateur du Dr Van-Hecke, qui eut un moment de célébrité et fut employé à Paris dans les hôpitaux de Beaujon et de Necker, ainsi qu’à l’asile du Vésinet. Ce ventilateur était composé de deux palettes fixées sur deux tiges implantées perpendiculairement à l’axe de rotation. Mais la disposition, très-critiquée d’ailleurs par les mécaniciens, qui en faisait l’originalité, c’était que les ailes, au lieu d’être rigides, s’inclinaient d’une quantité variable avec la rapidité du mouvement de rotation.

Les ventilateurs à force centrifuge sont beaucoup plus puissants que ceux à hélices. Reid a le premier précisé les qualités de structure que ces machines doivent présenter pour la ventilation des lieux habités. La chose importante ici est d’avoir une grande quantité d’air à une faible vitesse. Il faut donc choisir de grands ventilateurs tournant avec une lenteur relative; ceux de Reid avaient un diamètre de 3 à 6 mètres. Ce sont précisément les conditions inverses de celles qu’on recherche dans les forges, où il s’agit d’insuffler de l’air sous une pression énergique. Aussi, dans l’industrie métallurgique, prend-on des ventilateurs centrifuges beaucoup plus petits, afin de pouvoir leur imprimer une vitesse considérable.

En traitant de la ventilation des mines et de celles des navires, nous aurons l’occasion de compléter l'énumération des machines d’aération.

C. Ventilation thermo-mécanique. — Nous rangeons sous cette désignation deux procédés de ventilation artificielle : le jet de vapeur et le jet d’air comprimé.

1° Ventilation par jet de vapeur. — Le cône de vapeur sortant d’un orifice approprié met en mouvement une masse d’air égale à 217 fois son propre volume. Tresca a conclu de ses expériences que, même dans de mauvaises conditions, on peut compter sur un débit d’air de plus de 600 mètres cubes par kilo de combustible brûlé.

Le jet de vapeur agit d’une double façon : 1° par impulsion mécanique en frappant l’air ; 2° par l’élévation de température et la raréfaction consécutive qu’il produit dans l’air ambiant.

Cette méthode de ventilation mécanique, qui convient surtout dans les usines, où la vapeur est perdue, fut tout d’abord appliquée, comme moyen d’appel, à la Chambre des lords.

Actuellement, elle est d’un usage assez répandu à bord des navires anglais.

2° Ventilation par l’air comprimé. — L’air comprimé peut être employé de deux manières :

a) Ventilation directe. — C’est le moyen le plus simple et le moins efficace. Un robinet débite la quantité d’air dont on a besoin. Triger y a eu le premier recours. Le même procédé a encore servi dans le percement des tunnels du mont Cenis et du Saint-Gothard. On a là simplement une source d’air respirable, qui est indispensable surtout pour les travaux qui se font sous l’eau.

. b) Ventilation par entraînement. — Dans ce procédé, qui a été indi-

52 VENTILATION. — v. artificielle, v. thermo-hécahiqïïe. que par Reid, on adapte, au canal d’arrivée de l’air frais ou dans la cheminée d’appel de l’air vicié, un tube injeeteur à petit orifice, dans lequel une machine foule de l’air comprimé. En sortant par l’ajutage, cet air comprimé détermine un triple effet : 1“ par sa détente, il constitue une sorte de piston gazeux qui pousse devant lui l’air contenu dans le canal ; 2° en arrière du cercle formant la base du cône d’expansion se produit une dépression, un vide relatif dans lequel se trouve attirée une certaine quantité d’air ; 3° la détente du jet d’air comprimé s’accompagne d’une production de froid qui rafraîchit l’air entraîné.

Avec l’air comprimé, l’effet utile au point de vue de la ventilation est d’autant plus grand que la pression de l’air employé comme propulseur est moindre.

Le jet d’air comprimé a servi pour la première fois à l’injection d’air frais, entre les mains de Piarron de Mondésir, dans le percement des tunnels de la ligne du chemin de fer de Bologne à Florence. Cet ingénieur a fait d’autres applications de son système à Paris, au palais de l’Exposition universelle de 1867, ainsi qu’à la Belle-Jardinière, et à Lyon, au théâtre des Célestins.

Du centre du palais du Champ de Mars rayonnaient souterrainement 16 galeries terminées à l’extérieur, dans le parc, par autant de puits destinés à prendre l’air frais. Dans chacune de ces galeries était placée une conduite d’air comprimé. En se détendant, cet air comprimé chassait devant lui et aspirait en même temps en arrière de lui l’air de la galerie, qui débouchait dans les salles par des grilles à fleur du sol. Des disques permettaient de modifier à volonté la section de l’orifice de sortie de l’air comprimé et par suite la vitesse d’entraînement de l’air. L’air vicié s’échappait par les persiennes ménagées au haut de l’édifice. Au mois d’août, la température des parties du palais ventilées par ce procédé était de 6 degrés et demi inférieure à celle du parc, et de 3 degrés et demi plus basse que celle des parties non ventilées. Le système fournissait 700000 mètres cubes d’air neuf par heure.

Lorsqu’on en fait usage pour activer le tirage d’une cheminée d’appel, le jet d’air comprimé est très-supérieur au jet de vapeur, sous le rapport économique. Bertin, cité par Grouvelle, estime que la quantité de vapeur exigée pour comprimer l’air n’est que le dixième de celle qu’il faudrait injecter pour obtenir le même effet qu’avec le jet d’air. D'après les expél’iences de Tresca, le volume maximum d’air débité par le jet d’air comprimé est de 2500 mètres cubes par kilo de houille brûlée.

Enfin le jet d’air comprimé peut être employé simultanément à introduire de l’air neuf et à extraire de l’air vicié. C’est ce qu’a fait Engel- Gros, dans la manufacture Dollfus, Mieg et Cie, à Mulhouse, pour un atelier sous comble dont la température était intolérable, l’été. Cet ingénieur y a joint en outre le rafraîchissement de l’air neuf, en adaptant au centre du bec souffleur un tuyau de petit diamètre par lequel on fait couler de l’eau. Entraînée et pulvérisée par le jet d’air comprimé, cette eau se vaporise, en amenant un abaissement de température de 1 degré et demi,

VENTILATION. — v. artificielle, choix de procédé. 53

qui paraît insignifiant, mais qui procure aux ouvriers un bien-être intraduisible en chiffres.

La ventilation par l’air comprimé a trois avantages : 1° elle peut être divisée et localisée à volonté; 2° elle n’occasionne ni bruit ni malpropreté ; 3° elle s’accompagne d’une réfrigération de l’air, précieuse dans les locaux où la température élevée devient gênante.

Ce rafraîchissement de l’air peut dans certaines conditions être assez marqué. C’est ainsi qu’à la salle des séances du Reichstag à Berlin, qui est ventilée par le même procédé d’air comprimé, on a été parfois obligé, en plein été, de chauffer artificiellement l’air introduit.

§ 3. Indications respectives de la ventilation thermique et de la ventilation mécanique. — Nous ne sommes plus, ainsi qu’il y a trente ou quarante ans, au début des essais en grand de la ventilation artificielle, obligés de nous prononcer entre deux procédés, considérés à tort comme exclusifs l’un de l’autre, l’appel par un foyer et la pulsion mécanique. Plus impartiaux que nos devanciers, parce que nous sommes plus expérimentés, nous n’hésitons pas, le cas échéant, à combiner les deux méthodes de ventilation.

De même, nous ne songeons plus, pour nous éclairer sur l’efficacité comparative des deux systèmes, à mesurer la quantité d’air uniquement dans les conduits d’évacuation. Nous savons en effet que, dans la méthode d’appel, le volume d’air extrait est toujours plus considérable que celui de l’air introduit, à cause des rentrées par les ouvertures naturelles ou accidentelles, tandis que, dans la méthode de pulsion, on observe le phénomène contraire, tenant à ce qu’une partie de l’air neuf s’échappe par les joints des portes et fenêtres. L’un et l’autre effet ont leur explication dans les modifications en sens inverse que l’appel et la pulsion font subir à la densité de l’atmosphère intérieure, le premier s’accompagnant d’une faible diminution de pression, d’une raréfaction relative, l’autre plutôt d’un léger excès de pression.

D’après de Freycinet, l’aspiration au voisinage immédiat du point où elle s’exerce est plus puissante que le refoulement, mais son action s’étend à une moindre distance.

Arnould soutient la supériorité de la méthode d’appel par le raisonnement suivant : Il faut extraire plutôt que diluer l’air intérieur, comme le font les appareils à pulsion. Sans cheminées d’appel, l’air vicié ne peut arriver aux orifices de sortie que par déplacement sous l'influence de l’air introduit. Or, pour que ce déplacement ait lieu, il faudrait à l’air une vitesse sensible, ce qui est contre la règle, et, si l’air n’a pas de vitesse, il ne se produit guère qu’une sorte de pénétration réciproque entre l’air vicié et l’air nouveau. Partout où il est besoin de ventilation mécanique Arnould conseille donc les ventilateurs agissant par aspiration.

D’un autre côté Grassi, qui a fait, au moyen d’un ventilateur Van Ilecke, quelques expériences sur la puissance comparée de l’aspiration et du refoulement, est arrivé à la conclusion suivante : Il faut moitié pius de temps et un déplacement d’un volume d’air moitié plus grand, en agis-

NODV. DICT. HÉD. ET CHIE. XXXIX — 3

34 VENTILATION. — v. artificielle, rapports entre la v. et le chauffage. sant par appel mécanique, que par pulsion mécanique, pour faire disparaître la même quantité de vapeurs aromatiques.

Les partisans les plus déterminés de l’aspiration thermique, tels que le général Morin, sont d’avis que la ventilation mécanique doit lui être préférée dans les circonstances ci-dessous : 1° quand les volumes d’air à extraire sont considérables, car alors, en ventilant au moyen d’un foyer d’appel, l’élévation de température qu’il faut produire est trop coûteuse ; 2° en présence d’un mélange explosif ; 3° quand on dispose gratuitement de la force motrice ; 4° dans les ateliers à poussières ; 5° dans les tunnels en construction; 6° dans les salles de grandes réceptions accidentelles, où la ventilation ne doit pas se faire d’une façon continue et où les volumes d’air à renouveler varient beaucoup.

D’autre part, Péclet lui-même reconnaît que la ventilation par appel thermique est indiquée toutes les fois que le bâtiment présente peu d’importance ou qu’il est pourvu de services indépendants.

Herter classe ainsi, par ordre d’énergie décroissante, les divers moyens usités dans la ventilation des lieux habités : 1° aspiration et pulsion mécaniques combinées; 2° pulsion mécanique; 3° aspiration mécanique; 4° aspiration par un foyer d’appel ; 5° poêles à double enveloppe, joints à la valve de Sheringham et à la soupape d’Arnott ; 6° cheminées ventilatrices; 7° lanternes faîtières; 8° appareils de "Watson, de Mac-Kinnell et autres analogues, réunis à l’emploi des chapeaux aspirateurs de Wolpert.

Mais le choix du procédé à adopter dépend trop de la nature des locaux, de leur destination, pour qu’il ne soit pas préférable de renvoyer à la deuxième partie de cet article l’étude détaillée de la question.

g 4. Rapports entre la ventilation et le chauffage. — Tous les hygiénistes s’unissent pour soutenir la légitimité de l’indépendance, aussi entière que possible, de la ventilation à l’égard dû chauffage.

Péclet disait déjà à ce propos : « Un principe évident par lui-même et dont il ne faut se départir que quand il y a nécessité absolue, c’est de ne jamais faire dépendre la ventilation du chauffage, parce que la ventilation doit être constante et que le chauffage, dépendant de la température extérieure, doit pouvoir varier dans des limites très-étendues. »

Arnould écrit de son côté : « On revient aujourd’hui à des errements anciens et, si l’on ne condamne pas formellement la réunion systématique du chauffage avec la ventilation, au moins est-on disposé à faire prévaloir ces principes, que le chauffage peut quelquefois être l’auxiliaire, jamais la condition de la ventilation ; que la ventilation gagnera à ne plus être un moyen de chauffage et que le mieux serait de rendre ces deux opérations indépendantes. »

C’est là, en effet, selon nous, la plus grave objection que l’on puisse raisonnablement faire à la ventilation exclusive par appel thermique. Avec les fluctuations du chauffage pendant les saisons intermédiaires et surtout avec l’arrivée de l’été, le système, calculé plus spécialement en vue de l’hiver, ne fonctionne plus avec la régularité et l’énergie nécessaires, malgré les foyers auxiliaires.

VENTILATION

FICIELLE. CONTRÔLE DE

En un mot, si, dans les habitations privées et, d’une façon plus générale, dans tous les locaux où la ventilation naturelle reste la ressource principale, on ne saurait séparer complètement la ventilation du chauffage, dans tous les lieux de réunion qui possèdent un procédé de ventilation artificielle il est urgent de lui assurer un fonctionnement absolument autonome, parce que c’est précisément dans la. saison chaude que le renouvellement d’air a besoin d’être le plus actif.

g 5. Contrôle de la ventilation. — Ce n’est pas tout que d’établir un système de ventilation, il faut en surveiller la marche. Le contrôle doit porter sur des points très-divers : quantité et vitesse de l’air introduit ou évacué; température, humidité, degré de pureté et composition uniforme de l’atmosphère de la pièce, afin de s’assurér de l’égale diffusion du mélange gazeux, de l’absence d’angles morts où l’air vicié s’accumule.

Pour évaluer la quantité et la vitesse de l’air de ventilation, on se sert de l’anémomètre.

Les degrés de température et d’humidité sont fournis par le thermomètre et l’hygromètre. Dans tous les édifices un peu importants, on a des appareils enregistreurs répartis en différents points et indiquant à chaque instant les conditions de vitesse, de température et d’humidité de l’air du local. Ces instruments sont reliés par des fils électriques à un poste central, d’où l’on fait manœuvrer les registres des conduites d’air et des chambres de mélange.

L’hygromètre à cheveu de Recknagel, par exemple, a un index dont les excursions sont limitées par deux contacts électriques. Cet index vient heurter l’un ou l’autre des contacts, suivant que l’air de la salle est trop sec ou au contraire trop humide. La fermeture du courant amène, dans le bureau du surveillant, la chute de disques-signaux diversement coloriés.

L’appréciation du degré de pureté de l’atmosphère intérieure se fait approximativement par les procédés optiques ou colorimétriques, et, plus exactement, par l’analyse de l’air et le dosage de son acide carbonique.

L’estimation de la manière plus ou moins parfaite avec laquelle l’air neuf se diffuse dans l’atmosphère de la pièce est à la fois le point le plus important du contrôle et celui qui laisse davantage à désirer. Hudelo a très-bien signalé les difficultés du problème : « Les recherches n’ont le plus souvent porté que sur la quantité d’air introduit et évacué. On ne s’est guère préoccupé de suivre la marche de l’air dans la salle, ce qui seul serait probant. Mais ces recherches sont difficiles parce que, en faisant abstraction des points voisins des orifices d’entrée et de sortie, la vitesse de l’air dans la salle est faible et sa densité varie dans les différentes couches. »

Pour déceler la direction des courants de l’atmosphère intérieure et reconnaître le parcours de l’air neuf, on a eu recours à des découpures de papier, à des plumes de duvet, à la flamme de bougies, à la fumée dégagée par du velours de coton brûlant sans flamme (Parkes), aux vapeurs

36 VENTILATION. — v. artificielle, contrôle de la v.

émises par le chlorhydrate d’ammoniaque (Coles et Wood), aux ballons (Tresca d’abord, puis Fleck), aux anémomètres.

Lang et Wolffhügel ont essayé ces divers moyens ; voici leurs conclusions : La main est sensible à des courants non révélés par l’anémomètre de Combes, c’est-à-dire ayant des vitesses inférieures à 15 centimètres par seconde. La flamme de bougie, moins sensible que la main, a sur elle l’avantage de n’être influencée ni par la température, ni par l’humidité de l’air et seulement par sa vélocité. Mais cette flamme est presque éteinte par un courant de 50 centimètres par seconde. Contrairement à Partes, Lang et Wolffhügel repoussent l’emploi de la fumée, parce qu’elle est déviée ou aspirée par les moindres courants et ne convient d’ailleurs que pour la recherche des courants descendants.

Hudelo fait en outre remarquer que la flamme d’une bougie ne peut servir que pour reconnaître des courants horizontaux et que les ballons, montant et descendant suivant la densité de l’air, sont sujets à des mouvements accidentels qui les font passer d’une veine gazeuse dans l’autre.

En définitive, l’anémomètre d’une part, le dosage de l’acide carbonique de l’autre, voilà les deux moyens les plus certains pour vérifier la marche de l’air neuf. Mais l’analyse chimique de l’air est un travail long et pénible, parce qu’elle doit être répétée en de nombreux points de la salle.

Parmi les rares recherches qui ont été faites sur la diffusion de l’air de ventilation, nous résumerons celles de Coles et Wood, dont nous avons déjà cité le travail, à propos du degré hygrométrique convenable pour l’atmosphère intérieure. La salle de l’hôpital municipal de Boston, où se sont pratiquées les éxpériences, appartenait au service de chirurgie. Elle contenait 28 lits avec un cubage de 46 mètres pour chacun ; elle était haute de 5m,50 et avait 14 doubles fenêtres opposées. Le plafond était en forme de voûte. L’air neuf, chauffé par des tubes de vapeur, débouchait dans la salle, au-dessous de chaque fenêtre, par un orifice de 9 centimètres carrés. L’air vicié était évacué le long du plafond par 5 bouches d’appel correspondant à autant de tuyaux sur le toit. L’ensemble des orifices de sortie offrait une section de lmq,39. On voit qu’il n’y avait aucun appareil mécanique, ni pour l’introduction, ni pour l’extraction de l’air. Cette dernière s’effectuait par la seule différence des températures intérieure et extérieure, sans foyer d’appel. Coles et Wood ont constaté les faits suivants. La quantité d’air neuf suffisait à renouveler plus de 5 fois par heure l’atmosphère de la salle. Quand l’atmosphère libre était saturée d’humidité, le baromètre bas et la température extérieure modérée (45°, 5 centigrades), le courant d’air entrant perdait plus rapidement de sa vélocité et s’élevait moins vite que si le temps était sec. Pour obtenir la meilleure diffusion de l’air de ventilation, l’air neuf ne devait pas avoir à l’entrée une vitesse supérieure à 0m,91 cent, par seconde et une température dépassant 32° centigrades ; de son côté, l’air vicié s’échappait alors avec une vitesse de 50 centimètres.

La teneur moyenne de l’atmosphère extérieure en acide carbonique étant

VENTILATION. — habitations privées, écoles.

de 0,325 pour 1000 volumes, voici quelle était la composition de l’air de la salle, examiné en différents points : la plus faible proportion d’acide carbonique (0,447 pour mille) se trouvait au centre de la salle, à 61 centimètres au-dessus du plancher, en un lieu où l’anémomètre de Casella, peu sensible, avait semblé annoncer une stagnation de l’air. A la même hauteur, l’entre-deux des lits les plus éloignés des courants d’air neuf n’en présentait que 0,46. Également au milieu de la salle, mais à la hauteur de 3m,66, sur le trajet principal du courant d’air ascendant, la quantité d’acide carbonique s’élevait à 0,526.

De ces analyses les auteurs concluent que : 1° l’air neuf se mélangeait parfaitement avec celui de la salle et était utilisé dans la proportion de 78 pour 100; 2° au-dessus d’une hauteur variable de5m,66 à 4m,27, le courant d’air entrant avait presque complètement perdu sa vitesse initiale, et il y aurait donc profit à ce que la salle ne fût pas plus élevée, afin de ne pas permettre une accumulation de l’acide carbonique dans les régions supérieures.

Ventilation des diverses espèces de lieux habités. —

Habitations privées. — Dans nos demeures, le renouvellement de l’air est laissé exclusivement au soin de la ventilation spontanée ; tout au plus, pendant l’hiver, lui vient-on parfois en aide au moyen d’appareils de chauffage convenablement choisis, tels que cheminées dites ventilar trices ou poêles à double enveloppe, munis d’une prise d’air extérieure.

L’été, la ventilation naturelle peut être renforcée par un bec de gaz brûlant dans la cheminée, ainsi que l’a démontré Morin.

La grosse difficulté est d’ailleurs la ventilation des cuisines et celle des cabinets d’aisance, dont les odeurs se répandent trop souvent dans les pièces d’habitation. Le meilleur remède consiste à établir un appel thermique dans les cabinets et la cuisine.

Les salons de réception sont un autre lieu qui réclame l’attention. La ventilation en est absolument négligée et la température d’autant plus suffocante que les invités et les appareils d’éclairage sont plus nombreux. Morin a proposé de les pourvoir d’orifices d’accès pour l’air frais et de tenir des becs de gaz allumés dans la cheminée. Joly trouve que la ventilation mécanique est préférable. Il voudrait que les salons fussent munis, à demeure, de tuyaux métalliques percés de trous dirigés vers le plafond et de diamètre graduellement croissant. Ces tubes, dissimulés dans les moulures des corniches, seraient raccordés, les jours de soirée, avec un ventilateur propulseur ou une petite pompe foulante, mus par un homme.

Dans les logements ouvriers, souvent composés d’une pièce unique servant à la fois à la 'préparation des aliments et au coucher, un double dispositif très-simple, comprenant une valve de Sheringham (pour tout logement ayant vue sur l’extérieur) et, en tout cas, une soupape d’Arnott, serait un bienfait précieux.

Écoles. — La ventilation de ces établissements mérite de nous arrêter quelques instants, car les écoles sont, parmi les lieux habités, l’un des plus déshérités. Généralement, l’espace aérien y est mesuré chichement :

VENTILATION. — écoles.

à Paris, il ne dépasse guère 4 mètres cubes par élève. De plus, certains hygiénistes ont prétendu que les écoliers, vu leur taille, pouvaient se contenter de la moitié de la quantité d’air nécessaire aux adultes. C’est là une erreur, relevée en particulier par Pettenkofer et par Parkes. Pettenkofer a fait voir qu’un jeune garçon pesant 25 kilos exhale, en une heure, autant d’acide carbonique qu’un adulte de poids double. Parkes professe qu’à partir de l’âge de 5 ans les enfants, sous le rapport de l’aération, doivent être traités comme des hommes, parce que l’intensité de leurs échanges nutritifs est relativement plus grande. D’un autre côté, les nécessités de l’enseignement empêchent qu’on alloue aux élèves un espace cubique un peu ample et la ventilation continue des classes, au moyen des fenêtres, est inacceptable, quelle que soit la saison, à cause des bruits extérieurs et des distractions qu’ils occasionneraient.

Quelques chiffres, empruntés à des observateurs et à des pays divers, attesteront le degré que la viciation de l’atmosphère peut atteindre dans les salles d’école. Après 5 heures de leçons, Péclet a constaté une proportion de quatre-vingt- sept dix-millièmes d’acide carbonique. Dans une école de Bâle, objet des examens de Breiting, dès le matin, avant l’entrée des enfants, la proportion d’acide carbonique était déjà de 2,21 pour mille, bien que, la veille au soir, la pièce eût été aérée, une heure durant, après le départ des élèves. Au bout de 5 heures de classe, entrecoupées par les intervalles de récréation et par 3 heures d’absence des écoliers, au milieu de la journée, la teneur de l’air en acide carbonique atteignait 9,56 pour mille volumes. On voit donc que l’atmosphère scolaire ne se purifiait pas d’un jour à l’autre; en arrivant le matin, les enfants retrouvaient l’air encore vicié du jour précédent. Dans les écoles de la Saxe, Hesse a compté, dès la fin de la première heure, trois ou quatre pour mille d’acide carbonique. Heyman, qui a analysé l’air d’un grand nombre d’écoles de Stockholm, les unes non ventilées, les autres ventilées par différents systèmes, n’en a rencontré aucune dont l’atmosphère offrît le degré de salubrité minimum requis par Pettenkofer, un pour mille de gaz carbonique. Il conclut qu’il est indispensable d’accorder 6 à 7 mètres cubes d’air par élève.

Le comité du musée pédagogique de Saint-Pétersbourg est d’avis de prendre pour bases de la ventilation des écoles un espace cubique de 6 mètres 5, et un renouvellement d’air de 20 mètres cubes par tête et par heure. Par l’organe de Virchow, son rapporteur, le comité consultatif prussien pour les questions médicales déclare nécessaire de faire arriver 30 mètres cubes d’air neuf; la société d’hygiène de Berlin en réclamait même 50, dans sa pétition au ministre. A Paris, c’est Péclet qui a formulé les règles en vigueur pour la ventilation et le chauffage des écoles primaires : chauffage à l’air chaud par des poêles à double enveloppe ; appel thermique en bas, avec une bouche d’évacuation par 4 élèves et une section minimum de 6 décimètres carrés par 50 enfants, pour ces orifices d’extraction.

A Londres, les écoles élémentaires sont munies de l’un ou l’autre

VENTILATION. — amphithéâtres le cours publics.

des appareils suivants, peu compliqués, mais 'suffisamment efficaces.

Le système de Potts comprend une corniche métallique creuse qui fait le tour de la pièce. Cette corniche est divisée, dans toute sa longueur, en deux canaux superposés. L’air pur, venu du dehors à travers des orifices muraux, pénètre dans le canal inférieur d’où il descend, d’une manière insensible, dans la salle, par les nombreuses ouvertures de la face inférieure de la corniche. Le canal supérieur est mis en communication avec le tuyau de la cheminée dans lequel il dirige l’air vicié qu’il a reçu par une série de petits orifices ouverts à la partie supérieure de la corniche.

Le système de Varley se compose d’un tube de zinc perforé communiquant avec l’extérieur. Ce tube longe la corniche sur trois côtés de la salle, tandis que le quatrième côté est occupé par un tube semblable relié à la cheminée et fonctionnant comme tuyau d’extraction.

Les écoles d’Amsterdam sont généralement pourvues d’un procédé de chauffage et de ventilation, également très-simple, dû à Van Bemmel et Levoir. A l’une des extrémités de la salle, donnant sur un jardin, une cour ou une voie publique, se trouve, à un mètre au-dessus du sol, une ouverture de trente centimètres de large sur quarante de haut, garnie d’une grille au dehors et d’une trappe à l’intérieur. Devant cette ouverture on place : en été, une boiserie qui force l’air à s’élever au-dessus de la tête des élèves ; en hiver, un poêle en fonte, au contact duquel il vient d’abord s’échauffer. A l’extrémité opposée de la classe est un corps de cheminée divisé en deux parties. L’une d’elles sert de conduit de fumée au poêle dont le tuyau traverse la pièce, en chauffant l’air des couches supérieures. L’autre, servant de tuyau ventilateur, est munie de deux orifices quadrangulaires, de trente centimètres de large sur quarante de haut, le premier au plafond, le second au niveau du plancher. Ces deux orifices sont fermés par des trappes que manœuvre la même corde, en sorte que l’un d’eux est nécessairement fermé quand l’autre est béant ; en hiver, c’est l’orifice inférieur qui fonctionne, en été, c’est l’inverse. L’appel se trouve activé par la fumée du poêle qui s’élève dans le conduit adossé au tuyau ventilateur.

En résumé, dans les écoles, l’espace cubique est en général parcimonieusement mesuré, l’air est presque toujours plus ou moins vicié. La ventilation par ouverture des fenêtres, si indispensable qu’elle soit, n’est praticable qu’en l’absence des élèves. La ventilation mi-naturelle, mi-artificielle, à laquelle on doit recourir, veut des dispositifs peu complexes, fonctionnant automatiquement et ne demandant aucune surveillance.

Dans les lycées et les internats, les conditions sont différentes. Durant le jour, ce sont les classes, salles d’étude et réfectoires, qui ont besoin d’être ventilés, tandis que la nuit, ce sont les dortoirs, qu’on aérera d’ailleurs largement, une fois le matin venu. L’importance de ces établissements y rend possible et même désirable l’installation d’une ventilation mécanique.

Amphithéâtres de cours publics. — Le renouvellement de l’air y est généralement très-défectueux, surtout le soir, quand la température et la viciation de l’atmosphère se trouvent encore accrues par l’éclairage. C’est

40 VENTILATION. — cafés et brasseries, théâtres.

ainsi que Braud a constaté, dans le petit amphithéâtre de l’Ecole de médecine, l’existence de quatre-vingt-un dix-millièmes d’acide carbonique et d’une température supérieure de 26 degrés à celle de l’extérieur. Morin avait tracé comme suit les règles qu’il convient d’observer pour chauffer et ventiler ces locaux, et il en avait fait l’application aux amphithéâtres du Conservatoire des Arts-et-Métiers. Ce Sont d’ailleurs les mômes que pour les salles de spectacle. Avant l’arrivée du public, la salle doit être amenée à une température convenable, en introduisant l’air chaud par des ouvertures débouchant dans le sol. Une fois le public entré, on fera affluer l’air neuf par le plafond, ou au moins à une certaine hauteur des parois, et l’on évacuera l’air vicié par les parties verticales des gradins, au moyen d’un appel par la chaleur. Péclet et ïïudelo critiquent celte ventilation renversée, comme occasionnant une trop grande différence de température entre le haut et le bas de l’enceinte. Il leur semble préférable d’introduire l’air par les contre-marches des gradins et de l’extraire par le haut de la salle, avec appel en bas.

Cafés et brasseries. — Dans ces locaux qui sont fréquentés surtout le soir, à la chaleur des becs de gaz, viennent se joindre, comme causes de gêne, la fumée et l’odeur du tabac. Toutefois, l’atmosphère n’y est pas toujours aussi altérée qu’on pourrait le croire, malgré une tabagie intense. A la brasserie du Rhin, Braud n’a pu déceler que vingt-quatre dix-millièmes d’acide carbonique. Un moyen peu dispendieux, et cependant efficace en toute saison, pour ventiler ces établissements, consiste à se débarrasser des produits de la combustion des becs de gaz appliqués contre les parois, en les conduisant dans des canaux qui s’ouvrent à la fois au plafond et au plancher pour extraire l’air vicié. En hiver, où la clientèle est plus nombreuse, l’appel de ces canaux serait encore activé par les tuyaux de poêles à double enveloppe. Quelques valves de Sheringham ou des vasistas à soufflet admettraient l’air extérieur.

Théâtres. — Demours paraît être le premier qui ait songé à l’utilité de renouveler l’air des salles de spectacle; il proposait d’y injecter de l’air frais au moyen du ventilateur de Haies. Mais ce n’est qu’à partir de ce siècle que commencent des tentatives plus ou moins heureuses. Un Français, réfugié à Londres, le marquis de Chabannes, résolut du premier coup le problème, dans des conditions voisines de la perfection, en chauffant et ventilant le théâtre de Covent-Garden. Une des grandes calamités des salles de spectacle sont les rentrées d’air froid qui se produisent par la moindre ouverture de porte. Chabannes les prévenait en plaçant dans tous les couloirs, escaliers, vestibules et autres dépendances de la salle, des calorifères chargés de chauffer l’air. La scène elle-même et ses annexes étaient chauffées par des cylindres de vapeur, situés dans le dessous. L’extraction de l’air vicié s’effectuait par le haut de la salle, à l’aide de trois cheminées d’appel qui, coiffées chacune d’un chapeau mobile, débouchaient isolément sur le toit. Deux de ces cheminées étaient affectées, Tune à la scène, l’autre aux rangs de galeries et de loges; leur air vicié alimentait deux foyers disposés l’un au-dessus de la scène, l’autre

VENTILATION. — théâtres.

dans une des galeries. La troisième cheminée d’appel, desservant le centre de la salle, enveloppait le lustre et recevait l’air corrompu, à deux hauteurs différentes, par deux séries de canaux latéraux. La seule plainte des spectateurs de Covent-Garden concernait la sécheresse de l’air.

A Paris, en 1829, le Conseil de salubrité fut appelé à donner son avis sur l’assainissement des salles de spectacle. D’Arcet, en qualité de rapporteur, faisait les propositions suivantes : Le chauffage doit avoir lieu par trois procédés différents : 1° par la vapeur (sous forme de boîteschaufferettes pour les pieds et de poêles) dans, le vestibule, les corridors, le foyer, la scène, les loges d’acteurs, et dans tous les locaux où un incendie est à craindre; 2° par des cheminées ordinaires pour le foyer; 5° par l’air pour la salle. Cet air sera introduit dans la salle à la fois par des bouches de chaleur placées dans le vestibule et au pied des principaux escaliers et par le dessous du plancher des loges. En hiver, il sera préalablement chauffé à 50 ou 60 degrés centigrades, tandis qu’en été il sera rafraîchi par un long trajet souterrain. 11 devra toujours contenir la moitié de la quantité d’eau qui le saturerait à la température de 16 degrés, qui est la température maximum admissible dans la salle. L’air vicié sera extrait par deux cheminées d’appel, l’une sur la scène, l’autre au-dessus du lustre. Les loges communiqueront avec la cheminée du lustre par des tuyaux contenus dans l’épaisseur de leurs cloisons. Au haut de chaque porte de loge sera ménagé un vasistas fermant une ouverture garnie de toile métallique.

Enfin d’Arcet concluait à la nécessité de désigner pour chaque salle de spectacle un inspecteur chargé d’en surveiller le chauffage et la ventilation.

En 1861, la commission préfectorale, nommée pour étudier, au point de vue sanitaire, l’installation des théâtres en construction sur la place du Châtelet, ne put faire autrement que de s’inspirer du remarquable travail de d’Arcet où se trouvent énoncés la plupart des principes qui ont encore prévalu dans la ventilation du nouvel Opéra. La commission, dont Morin était rapporteur, proposait cependant un certain nombre de modifications au système de d’Arcet. Comme moyen de chauffage, elle adoptait exclusivement des calorifères à air. Elle multipliait et répartissait les ouvertures d’accès de l’air neuf et le prenait directement à l’extérieur. Elle voulait supprimer le lustre dont l’appel trop énergique lui semblait plutôt nuisible ; mais la tentative de lui substituer un plafond lumineux n’eut pas beaucoup de succès. Elle s’efforçait d’autre part de renforcer l’action des foyers d’appel de l’air vicié, en employant à cet effet la chaleur perdue de l’éclairage et l’air chaud des calorifères inutilisé pendant la représentation. Enfin, la commission posait un principe nouveau qui a reçu depuis lors, à l’étranger, des applications très-heureuses : les conduites amenant l’air neuf de la chambre de mélange dans la salle devaient être complètement distinctes pour chaque étage, afin d’assurer la distribution uniforme de cet air. En somme, la commission de 1861 excluait, comme d’Arcet, l’emploi de la ventilation mécanique, et recom-

42 VENTILATION. — théâtres.

mandait, comme lui, l’adoption d’un système basé uniquement sur l’appel thermique.

Livrés à eux-mêmes, sans surveillance aucune, les directeurs de salles s’empressèrent de fermer les prises d’air extérieures et de ne pas fournir à l’évacuation de l’air vicié les forces artificielles nécessaires. Ils supprimèrent ainsi, à seule fin d’économiser du combustible, les principales améliorations préconisées par la commission.

Il était réservé au Dr Bœhm, dont nous avons exposé le procédé de ventilation dite naturelle, d’effectuer une révolution complète dans le système de ventilation des théâtres, en y réintroduisant la ventilation mécanique, laquelle, au dire de d’Arcet, avait été essayée, puis abandonnée, à diverses époques et dans différents pays, pour les salles de spectacle. L’Opéra de Vienne, dont l’installation est due à Bœhm, a servi de modèle à toutes les salles un peu importantes, construites ou restaurées depuis lors, en particulier au théâtre de Francfort, au théâtre de la Cour à Dresde, à la salle de la place de la Monnaie à Bruxelles et à celle de la place Neuve à Genève, enfin à l’Opéra de New-York.

Le théâtre de Genève (fig. 16), ouvert en 1879, étant l’un des plus récents, nous emprunterons à J. Pouchet quelques détails sur ses appareils de chauffage et de ventilation qui, comme ceux du principal théâtre bruxellois, sont l’œuvre de Geneste et Herscher. Le chauffage est à l’air. Des moteurs hydrauliques actionnent quatre ventilateurs à hélice. L’air neuf, pris au ras du sol, est introduit dans la salle : 1° par le bas, sur toute la surface occupée par l’orchestre et le parterre, et en même temps sur tout le pourtour de la première galerie; 2° par le haut, à travers la corniche de la coupole. Cette partie de l’air neuf est destinée à modérer la température des troisièmes galeries, les plus voisines du lustre, qui compte cinq becs de plus qu’à l’Opéra de Paris. L’air n’arrive dans la salle qu’après avoir traversé deux chambres de mélange où il est réchauffé ou rafraîchi, suivant la saison. Il afflue, à la vitesse maximum de 20 centimètres par seconde, à travers des grilles en tôle perforée placées au-dessous des sièges. Ces grilles d’émission sont pourvues de registres permettant de régler le débit de l’air pour chaque siège isolément. L’évacuation de l’air vicié a lieu, partie par appel mécanique, pour les bouches ménagées au fond du parterre, partie par la cheminée du lustre, pour celles situées au fond des loges. Des thermomètres électriques, fixés en différents points de la salle, fournissent à chaque instant des renseignements sur la température. Hiver comme été, on peut, à toute heure de la représentation, envoyer, aux différentes places, de l’air en plus ou moins grande quantité et à la température désirée. Les tracés thermométriques relevés chaque soir, pendant les quatre premières années d’exploitation, prouvent qu’il est facile d’obtenir en hiver une température à peu près constante de 20 à 21 degrés, aux premières galeries, de 21 à 22 aux secondes, et de 23 à 24 aux troisièmes. En été, il est également aisé de la maintenir dans les limites suivantes : 20 ou 21 degrés au parterre, 21 ou 22 aux premières galeries, 22 ou

VENTILATION. — salles d’assemblées.

cueilli à une hauteur de 23 mètres, est chauffé par des cylindres de vapeur avant d’arriver au ventilateur ; il est ensuite humecté. Les conduits d’air neuf passent sous les planchers et débouchent sous les fauteuils à travers une plaque de tôle perforée. L’air vicié s’échappe par des cheminées d’appel placées au-dessus des lustres et des candélabres appliqués aux murs de chaque étage. Un chapeau mobile de 5 mètres de diamètre peut, en s’élevant et s’abaissant, augmenter ou diminuer le tirage de la cheminée qui surmonte les lustres et augmenter ainsi la pression de l’air dans la salle, dont l’atmosphère est renouvelée 6 fois par heure.

Le brillant éclairage indispensable aux salles de spectacle est une des causes qui en rendent l’atmosphère malsaine. La substitution de l’électricité au gaz réduirait dans des proportions notables le besoin de renouvellement d’air. Il résulte en effet des expériences de Pettenkofer, au théâtre royal de Munich, que la lumière électrique élève beaucoup moins la température que le gaz et ne vicie pas comme lui l’atmosphère.

Grâce aux progrès des dernières années, le problème si délicat de l’assainissement des salles de spectacle semble donc résolu, à la condition, toutefois, que spécifiait déjà d’Arcet : une surveillance continue exercée par l’autorité au moyen de médecins ou d’ingénieurs. A cet égard, il n’est pas sans intérêt de mentionner deux faits qui montrent combien les directeurs de théâtre sont peu disposés à faire d’eux-mêmes le nécessaire. L’un d’eux répondait à Joly : « Si nous donnons une salle bien aérée, nos locataires du buffet et du café feront de mauvaises affaires. Les choses se passent de même à Berlin. Au théâtre du quartier de Friedrich- Wilhelmstadt, Scharrath a appliqué son procédé de distribution de l’air neuf à travers des étoffes poreuses, dans le double but de le filtrer et d’en modérer la vitesse. Or, les premières galeries seules ne sont pas pourvues de cette disposition, et cela uniquement afin de ne pas détourner les personnes qui les occupent d’aller visiter pendant les entr’actes les splendeurs du foyer et.... du buffet de rafraîchissements.

Salles d’assemblées. — Si la ventilation des théâtres paraît avoir atteint un haut degré de perfectionnement, on n’en saurait dire autant de celle des salles de séance des assemblées législatives. Il est vrai qu’ici se rencontrent des difficultés d’une nature toute spéciale. Outre les allées et venues continuelles des membres qui entraînent des ouvertures presque incessantes de portes, les assemblées sont composées d’hommes d’âges, de constitutions, de tempéraments divers, mais presque tous également enclins à réclamer satisfaction pour leurs convenances personnelles. Morin et Tresca se sont heurtés contre cet obstacle, comme Reid, avant eux, de l’autre côté du détroit.

Le palais du Parlement anglais offre sous ce rapport un curieux exemple. C’est le premier édifice qui ait été ventilé dans les temps modernes. Depuis près de deux cents ans, il a servi de champ d’expériences aux systèmes les plus variés. Ainsi la Chambre des Communes a essayé successivement l’aspiration naturelle (Wren), l’aspiration par un foyer (1723, Désaguliers), la ventilation mécanique, aspiratrice ou insufflante

VENTILATION. — salles d’assemblées. 45

à la volonté du président (1756, Désaguliers), puis, au bout de près d’un siècle, on y renonça (1820) pour revenir à l’aspiration par la chaleur, sous différentes formes. La Chambre des Lords, logée dans le même palais, n’en poursuivait pas moins de son côté des essais indépendants, pour lesquels on invoqua, entre autres, les lumières du célèbre chimiste Humphry Davy. Mais, malgré les modifications que lui ont fait subir les architectes du Palais, Gurney particulièrement, le système de ventilation actuellement en vigueur au Parlement britannique nous paraît avoir respecté dans ses grandes lignes celui qui fut établi parReid, en 1855, lors de la construction des salles. Voici un résumé de la description qu’en donne Credé :

L’édifice renferme 1100 pièces. L’air frais, pris dans une vaste cour, pénètre au rez-de-chaussée par une série d’arcades à claires-voies, au sortir desquelles il est humecté, suivant la saison, avec de l’eau pulvérisée ou de la vapeur. Il est ensuite filtré en franchissant de grandes baies fermées par des rideaux de toile, qui noircissent très-rapidement. Ainsi pourvu d'humidité et purifié, l’air doit, pour se chauffer, s’élever à travers de nombreux tuyaux d’eau bouillante, rangés en batteries superposées. Il arrive alors, par des ouvertures de 1 mètre et demi de diamètre, à l’étage placé directement sous la salle des séances. Pour qu’il ne se produise pas de vents coulis quand on ouvre une porte, ces larges orifices sont munis de rideaux flottants qui font soupape en s’appliquant sur eux. Le sol de la salle est formé de plaques de fonte perforées, par les trous desquelles débouche l’air, à la température de 16°, 7 centigrades. Les grilles d’émission sont recouvertes d’une thibaude au niveau des passages et de tapis plus épais devant les sièges des membres. La salle, qui n’a point de fenêtres, est. éclairée au gaz par un plafond transparent. Les vitres dépolies qui le constituent, au lieu d’être mastiquées dans leurs encadrements, sont soutenues à distance des châssis par des pointes métalliques hautes de 12 centimètres; il en résulte de larges espaces que l’air doit suivre pour s’échapper. L’air vicié parvenu ainsi dans les combles est conduit finalement dans la tour centrale. Là se trouve une cheminée d’appel à la base de laquelle brûle un feu de coke, alimenté uniquement par l’air vicié de la salle que lui amène une galerie. La même cheminée d’appel dessert aussi la Chambre des lords qui est ventilée d’une façon identique. L’air de la salle des séances est renouvelé en moyenne six à huit fois par heure.

Mais la Chambre des Communes possède un autre appareil de ventilation complètement distinct du précédent et affecté, en temps ordinaire, seulement à ses dépendances, telles que le buffet, les cuisines, les cabinets d’aisance, les corridors et vestibules. Dans tous ces locaux, les becs de gaz sont surmontés de tuyaux d’extraction. Après s’être réunis, ces tuyaux pénètrent dans une chambre à air vicié qui, par l’intermédiaire d’une galerie, va déboucher dans la cave de la tour de l’horloge. Au-dessous du parquet de tous les corridors, bureaux, etc., qui entourent la salle des séances, s’étendent de gros tuyaux percés de trous à leur face supé-

46 VENTILATION. — salles d’assemblées.

rieure. Tous ces tuyaux confluent en définitive dans une galerie maçonnée qui va se terminer, à côté de la précédente, dans la même cave. L’air corrompu, que l’une et l’autre charrient, entretient seul la combustion d’un foyer placé à la base d’une cheminée d’appel haute de 61 mètres. Quand il survient un empêchement dans le procédé habituel de ventilation de la Chambre, ou que la salle réclame un renouvellement d’air plus considérable qu’à l’ordinaire, voici ce qu’on fait : 1° on abaisse une trappe qui interrompt toute communication entre les combles et le foyer d’appel de la tour centrale ; 2° on ouvre les fenêtres de ces combles ; 3° on ferme les ouvertures d’accès de l’air neuf à l’étage sous-jacent à la salle ; enfin 4° on ouvre les portes de la salle donnant sur un corridor dont on clôt toutes les autres issues. Alors le courant de ventilation, suivant une marche inverse de l’état normal, se dirige ainsi : l’air frais afflue par les fenêtres du toit des combles, descend dans la salle, se rend dans le corridor, d’où il passe dans le réseau de tuyaux qui l’emmènent à la tour de l’horloge. — La ventilation et le chauffage du palais sont sous la direction d’un médecin assisté d’un ingénieur. Des anémomètres et des hygromètres, distribués partout, transmettent leurs indications dans un poste central.

On voit que le système, à la fois ingénieux et puissant, adopté au Parlement anglais, repose uniquement sur l’appel en bas par des foyers ; à l’ordinaire, c’est une ventilation ascendante; par exception, une ventilation renversée. Les législateurs britanniques tolèrent ou même réclament une aération profuse, environ triple de celle acceptée des nôtres. Le fait s’explique sans doute en partie parce qu’à Londres les séances ont lieu après le dîner, à l’éclairage artificiel.

Quoi qu’il en soit, lorsqu’en 1869 des changements furent apportés à la ventilation du Palais-Bourbon, on reconnut qu’un renouvellement d’air de une fois et demie à deux fois par heure était pleinement suffisant.

C’est pour les salles d’assemblées et pour toutes celles dont la ventilation est interrompue pendant de longues périodes qu’un trajet souterrain exerce quelque influence sur la température de l’air. En hiver, l’air des caves du Palais-Bourbon possède en moyenne une température de 5 degrés supérieure à celle de l’atmosphère extérieure ; en été, leur air se maintient à 20 degrés, tandis que la température du dehors s'élève à 50. Aussi s’est-on vu obligé de chauffer quelquefois l’air neuf, parce que l’écart était trop considérable. Pareille circonstance, nous l’avons dit, s’est présentée au palais du Reichstag allemand. Au palais du Trocadero, l’observation a appris que l’air pur ne doit pas être introduit, en été, à une température de plus de 4 degrés au-dessous de la température de la salle: c’est pourquoi on fait un mélange entre l’air des carrières souterraines et l’air extérieur relativement plus chaud.

Au palais de Monte-Citorio, siège du Parlement italien, un ancien élève de l’École centrale, Reymond, a installé un procédé de ventilation par appel thermique en bas.

VENTILATION. — hôtels de ville, casernes. 47

Hôtels de ville. — Ce sont aussi des bâtiments dont la ventilation est une tâche compliquée, ainsi qu’en témoignent les rapports de Viollet-le- Duc pour l’Hôtel de Ville de Paris et de Gruber pour celui de Vienne. Ils se composent en effet d’un grand nombre de locaux de destinations très-diverses : bureaux occupés en permanence, salles de réunions temporaires, salons de réception, appartements privés, etc. Il en résulte qu’il faut choisir des systèmes permettant une ventilation indépendante des diverses parties de l’édifice.

A l’Hôtel de Ville de Paris, deux cylindres soufflants, mus par la vapeur, foulent l’air neuf dans iin réservoir d’où partent les conduites de distribution. Cet air est introduit par le haut des pièces et extrait par le bas ; il est chauffé par des tuyaux de vapeur. Pour les pièces à chauffage direct, la ventilation est activée par des becs de gaz brûlant dans des cheminées d’appel. En somme, il s’agit ici d’une ventilation mécanique renversée.

A l’Hôtel de Ville de Vienne, divers procédés fonctionnent côte à côte. Dans la salle des fêtes et dans celle des séances du Conseil municipal, la ventilation est mécanique. L’air neuf débouche par les fauteuils des membres du Conseil, à raison de 38m,4 par heure et par tête ; l’air vicié est appelé par le bas. Les bureaux sont ventilés en majeure partie par la différence des températures naturelles, quelquefois avec adjonction de cheminées d’appel. Enfin les cabinets d’aisance ont une ventilation entièrement distincte; leur air vicié, appelé par des becs de gaz, s’échappe sous le siège.

Casernes. — D’après Roth et Lex, l’espace cubique alloué au soldat est de 16“, 9 en Angleterre, de 12 à 16 en France, de 15,3 en Autriche et en Prusse, de 10 à 12 en Belgique. Cependant, grâce aux allées et venues nocturnes des hommes, l’atmosphère n’atteint jamais dans les chambrées, du moins quant à la proportion d’acide carbonique, le degré de viciation que laisserait supposer l’odorat. C’est là une preuve de plus que, dans l’état actuel de la science, il est impossible de se faire une idée absolument juste des altérations de l’air confiné. En 1849, F. Leblanc a analysé l’air recueilli dans trois casernes parisiennes, au bout d’une nuit de séjour. Il a trouvé des proportions d’acide carbonique oscillant de trentedeux à quatre-vingt-huit dix-millièmes (correction faite de l’acide carbonique de l’air normal), suivant que l’espace cubique par homme variait de 15m, 6 à 8“,54 et que les ouvertures naturelles étaient plus ou moins nombreuses et plus ou moins bien disposées.

Les travaux si intéressants de la commission anglaise chargée d’étudier les améliorations sanitaires à apporter aux casernes et hôpitaux militaires (1857-1861) ont abouti aux conclusions suivantes : nécessité d’un espace cubique de 16m,928 par homme, avec renouvellement de l’air au moins 2 fois par heure ; ventilation indépendante de chaque chambrée au moyen des dispositifs suivants : 1° cheminée avec chambre de chauffe pour l’air frais aspiré de l’extérieur ; 2° orifices d’admission recouverts par des corniches perforées supérieurement, de façon à diriger le courant

48 VENTILATION. — hôpitaux.

•vers le plafond ; 3° orifices d’évacuation partant de la paroi opposée du plafond et débouchant au-dessus du toit.

En France, le génie a fixé comme suit, pour l’été, les dimensions des orifices d’aération, estimées par tête : évacuation, 2 centimètres carrés ; admission, 4 centimètres carrés. Pendant les trois autres saisons, des registres restreindront la circulation de l’air.

Les casernes n’étant pas toujours occupées, on ne peut guère songer à y installer des ventilateurs mécaniques qui exigent un personnel spécial. D’ailleurs, en l’absence des hommes, les dortoirs peuvent être aérés largement par l’ouverture de fenêtres opposées. Pour la ventilation de nuit, à laquelle concourent déjà, dans une certaine mesure, les entrées. et sorties obligées des soldats, il suffit d’adopter des moyens simples, mais dont l’action soit soustraite à l’ingérence des hommes qui pourraient l’entraver, par ignorance. On disposera donc les ouvertures d’accès et d’issue de l’air au voisinage du plafond, dans l’intervalle des lits, et sur des murs se faisant face. Afin de renforcer l’appel, on placera dans les gaines d’extraction, soit les tuyaux de fumée des cuisines, soit des becs de gaz qui serviront en même temps à l’éclairage.

Hôpitaux. — Cette catégorie si importante de lieux d’habitation ne nous retiendra pas longtemps. La question de leur ventilation a été en effet traitée magistralement par Ch. Sarazin (art. Hôpital, tome XVII). Rappelons cependant que c’est à Paris que les expériences de ventilation artificielle se sont faites, en premier lieu, sur une grande échelle, et qu’à la période d’enthousiasme excessif pour l’un ou l’autre des systèmes a succédé graduellement une phase de réaction relative, favorisée d’ailleurs par la transformation qui tend peu à peu à s’opérer dans le mode de construction de ces édifices. A mesure que les hôpitaux massifs dits à corridors seront remplacés par des hôpitaux à pavillons détachés, le problème de leur ventilation se simplifiera. Sans aller jusqu’à imiter absolument les Anglais dont les errements se justifient sans doute par la quadruple raison d’un climat plus doux, d’une sensibilité moindre aux courants d’air, de salles plus vastes et d’un chauffage moins coûteux, on pourra, en faisant la part très-large à la ventilation naturelle, se contenter de dispositifs peu compliqués, mais suffisants toutefois pour réaliser deux améliorations que nous regardons comme essentielles dans l’hygiène hospitalière : 1° la ventilation complètement séparée pour chaque salle; 2° la ventilation entièrement distincte des cabinets d’aisance et offices.

Des expériences, faites dans les hôpitaux de divers pays, s’accordent à prouver que le renouvellement d’air le plus considérable possible est incapable de dissiper les odeurs un peu intenses qui empestent l’atmosphère nosocomiale. Sous ce rapport, la ventilation mécanique n’est pas plus heureuse que la ventilation thermique. A l’hôpital de la compagnie minière de Saarbrück, où fonctionne régulièrement un ventilateur propulseur, fournissant 92 mètres cubes d’air neuf par heure et par lit, les brûlures en voie de suppuration se trahissent encore à l’odorat. De même à Lariboisière, dans une salle ventilée par pulsion mécanique à

VENTILATION. — prisons.

raison de plus de 100 mètres cubes d’air par tête et par heure, Grossi a vu un homme atteint de gangrène pulmonaire infecter d’une manière intolérable ses voisins de lit. Quant à la ventilation par appel, à Necker, Boudin a perçu, déjà à quelque distance delà malade, l’odeur caractéristique d’un ulcère cancéreux, bien que le renouvellement de l’air s’élevât à 105 mètres cubes par heure et par lit. Enfin, avec un même coefficient d’aération, Sankey (cité par Parkes) a constaté que les salles de l’hôpital des fiévreux de Londres n’étaient pas exemptes d’odeur. Degen a conclu de ses expériences que, pour faire disparaître l’odeur des salles d’hôpitaux, il faut abaisser à 5 dix-millièmes la proportion d’acide carbonique tolérée dans l’atmosphère intérieure.

Prisons. — La ventilation des prisons rencontre des obstacles multiples tenant aux dimensions restreintes des cellules, à l’existence de causes permanentes d’infection (baquets ou cuvettes d’aisance), à la nature des métiers exercés par les condamnés, enfin à la nécessité de les empêcher de communiquer entre eux.

0. du Mesnil a dépeint la condition fâcheuse des jeunes détenus à la Roquette. Huit prisonniers travaillent enfermés, en séquestration continue, dans des cellules dont la capacité, de 14 mètres cubes seulement, est encore réduite par la présence de leurs établis. L’atmosphère y est en outre infectée par l’odeur de la colle et du vernis et par les poussières du bois débité à la scie. L’air frais est introduit par l’imposte de la porte. L’air vicié s’échappe par la fenêtre dont l’une des vitres est remplacée par une toile métallique sur laquelle s’applique un carreau mobile. L’imposte et la toile métallique étant placées l’une en face de l’autre, il en résulte un courant d’air qui abaisse notablement la température de la cellule, mais ne renouvelle que les couches supérieures d’air: aussi les jeunes détenus se gardent bien de laisser le carreau mobile ouvert.

Wilson a pu se convaincre dans les prisons de Portsmouth que, même avec un appareil de ventilation artificielle marchant bien, il est difficile d’amener la quantité d’air frais nécessaire au prisonnier, si sa cellule a moins de 16,8 mètres cubes, ce qui s’explique par le trop grand rapprochement des orifices d’accès et d’évacuation, entre lesquels il s’établit un courant direct qui n’aère pas la cellule elle-même.

A la suite d’expériences faites à la Conciergerie, dans une cellule contenant une cuvette d’aisance et ayant toutes les jointures de portes et de fenêtres soigneusement calfeutrées, une commission composée de Boussingault, Péclet et F. Leblanc, avait pensé qu’une ventilation de dix mètres cubes par heure était à la rigueur suffisante, parce qu’au bout de dix heures l’air ne renfermait que trente-trois dix-millièmes d’acide carbonique, au lieu de un pour cent qu’il eût dû contenir. Cette commission conclut qu’il fallait aux prisonniers en cellules une température de 15 degrés et un renouvellement d’air de douze mètres cubes par heure. En revanche, le Conseil supérieur d’hygiène de Belgique a trouvé imparfaite la désinfection des cellules de la prison de femmes à Bruxelles, quoiqu’un ventilateur de Van Hecke aspirât 48 mètres cubes d’air vicié

KOUV. DICT. MED. El OHIK. XXXIX — 4

50 VENTILATION. — prisons.

par tête et par heure, alors que l’administration n’avait demandé que 20 mètres cubes.

Nous rappellerons en peu de mots le système de ventilation que Grouvelle appliqua d’abord aux prisons de Provins et de Fontainebleau, puis à Mazas (1850), et ultérieurement à un certain nombre de prisons départementales, telles que celles de Marseille, d’Angers, de Rouen. Les 1224 cellules de Mazas ont une contenance de 22,5 mètres cubes chacune. L’air vicié de chaque cellule est appelé par son tuyau de latrine et descend dans des caveaux hermétiquement clos d’où il est repris par une cheminée d’appel unique, munie d’un foyer. Péclet a constaté que le volume d’air évacué par cette cheminée suffisait pour renouveler un peu plus d’une fois par heure l’air des cellules, où la proportion d’acide carbonique ne dépassait pas un millième. D’Hamelincourt a modifié l’installation due à Grouvelle en plaçant à la base de la cheminée d’appel un ventilateur à hélice. Mais, en supposant même que l’aspiration soit assez énergique pour ne jamais permettre un renversement du courant, c’est-àdire l’infection des cellules par l’air remontant des caveaux de vidange, le système n’en constitue pas moins, ainsi que l’a fait remarquer Péclet, un état de choses regrettable pour la salubrité du quartier environnant. En effet, la cheminée de Mazas lance par heure à 29 mètres de hauteur à peu près 27 000 mètres cubes d’air saturé d’émanations fécales que le vent peut rabattre au voisinage du sol.

Un système rival de ventilation par appel thermique, celui de Léon Duvoir, avait été adopté vers la même époque pour les prisons cellulaires de Senlis, Tours, Saint-Quentin et Château-Thierry : l’extraction de l’air vicié avait aussi lieu uniquement par le tuyau d’aisance. Péclet rattache à cette disposition défectueuse la terrible épidémie de choléra qui, en 1849, ravagea la prison de Tours : du jour au lendemain, sur une population de quatre-vingt-neuf détenus, deux seulement restèrent valides et cinquante-huit des malades succombèrent. Le fléau atteignit également la moitié du personnel administratif composé de vingt-deux individus. Depuis lors, on a introduit l’aspiration mécanique et les épidémies postérieures de choléra qui ont sévi dans la ville ont épargné sa prison.

Dans les établissements pénitentiaires de construction récente, on a généralement renoncé à confondre l’assainissement des cuvettes d’aisance dans le système de ventilation générale et à subordonner le renouvellement de l’air des cellules à l’appel exercé par leur tuyau de chute. Yoici, comme exemple, la description de la -prison du Plôtzensee, près Berlin, ouverte en 1872. Cet établissement contient 100 condamnés détenus en commun auxquels est accordé un espace cubique moyen de 11,8 mètres cubes pour le jour et de 19 mètres cubes dans leurs dortoirs; 500 condamnés séquestrés dans des cellules d’une capacité de 29 mètres, enfin des jeunes détenus et un hôpital de 116 lits. La prison se composant de plusieurs bâtiments, on a appliqué concurremment divers procédés de ventilation et de chauffage. Le coefficient d’aération est de 55 mètres cubes par tête et par heure dans les cellules de détention en commun, de 40 mètres dans

VENTILATION. — ateliers, manufactures et usines. 51

les cellules d’isolement et dans les dortoirs, de 60 mètres chez les jeunes détenus et de 80 à 100 mètres pour l’infirmerie. Dans le premier groupe de bâtiments fonctionne le chauffage à l’eau portée à la température de 160 degrés centigrades. Des canaux qui montent dans le mur de façade amènent l’air neuf au plafond des cellules. Dans le mur opposé sont les canaux d’extraction avec un orifice au plafond et au plancher. Tous ces canaux se réunissent dans une gaine, débouchant sur le toit, dont l’appel est activé par les tuyaux de fumée qui la longent. Pour les saisons où l’on ne chauffe pas, on allume des foyers d’appel. Les cuvettes d’aisance ont des tuyaux d’appel spéciaux. L’autre groupe de bâtiments a le chauffage par l’air avec la pulsion mécanique. L’air extérieur, pris à la hauteur de trois mètres, est refoulé par un ventilateur que meut une machine à vapeur ; en hiver, il est chauffé jusqu’à 40 degrés centigrades par des serpentins d’eau chaude. Il afflue dans les cellules à la fois par le plancher et le plafond. L’air vicié est extrait par le même procédé que dans le premier groupe de bâtiments. Après quelque temps d’essais, il a fallu renoncer à filtrer l’air par le dispositif de Scharrath, parce que les surfaces de frottement étaient trop considérables. Il en a été de même au palais du Reichstag allemand.

Une réflexion en terminant : n’est-il pas singulier que dans les établissements pénitentiaires, où les bras ne coûtent rien, on n’ait pas plus souvent recours à des ventilateurs mis en mouvement par les condamnés eux-mêmes? Outre que ce serait une façon hygiénique d’occuper les détenus, le système serait certainement moins coûteux pour le Trésor et fonctionnerait plus régulièrement que celui de l’appel thermique.

Ateliers, manufactures et usines. — En industrie, la ventilation a deux buts bien différents. Tantôt elle est pratiquée en vue, non des travailleurs, mais des produits qu’ils préparent et à la bonne qualité desquels une température fraîche, une atmosphère sèche, un air pur, sont indispensables : telle est la ventilation dans la minoterie, la brasserie, la sériciculture, etc. Tantôt le renouvellement de l’air est fait au profit des ouvriers, et c’est la seule face de la question que nous ayons à examiner.

Les causes d’altération de l’air dans les ateliers, les manufactures et les usines, sont des plus nombreuses : température élevée, humidité excessive, poussières de diverses natures, fumée, vapeurs et gaz. Aussi la grande industrie est-elle, ou devrait-elle être, le plus vaste champ d’applications pour la ventilation. La chose serait d’autant plus faisable que généralement la force motrice ne manque pas, soit sous forme de pression hydraulique, soit sous celle de machine à vapeur. Pour améliorer les conditions sanitaires de leurs employés, il suffirait souvent aux fabricants d’utiliser de la chaleur ou de la vapeur perdues en les conduisant dans une cheminée d’appel ou en les affectant, de même que la force hydraulique, à mouvoir un ventilateur mécanique.

Il est rare, en effet, que la ventilation naturelle soit assez efficace. Le mode sous lequel on la rencontre le plus souvent est l’aération faîtière, au moyen de lanternes vitrées ou de faux-toits munis de persiennes.

VENTILATION

Stallard a proposé de faire le plafond de l’atelier en zinc perforé ou en papier huilé présentant de nombreux petits orifices. Au-dessus de ce plafond percé à jour, entre lui et le toit ou l’élage supérieur, on réserverait un espace vide, une sorte de chambre à air, ouverte de tous les côtés à l’atmosphère libre.

Les premières installations de ventilation artificielle signalées en France chez des industriels furent celles de la filature Pouyer à Saint-Wandrille, près Rouen (1843), et des aiguiseries Peugeot à Hérimoncourt, dans le Doubs (1845), et Pihet, à Paris (1826-1833).

Le choix du système de ventilation artificielle dépendra des circonstances locales et avant tout de la nature de l’industrie. On ne peut donc tracer que des règles très-générales, que nous empruntons en grande partie à de Freycinet.

L’entrée de l’air doit être placée le plus loin et sa sortie le plus près possible des points où s’engendrent des impuretés. L’introduction de l’air neuf aura lieu au niveau du plancher, sauf quand l’atmosphère de la salle contient des poussières lourdes ou des émanations délétères. Il vaut mieux alors recourir à la ventilation renversée, qui exigera le chauffage de l’air pour ne pas le faire affluer froid sur la tête des ouvriers.

Dans le mode d’évacuation de l’air, il faut s’arranger de manière à ne pas incommoder les voisins. Quand il ne s’agit que d’un air plus ou moins vicié par des gaz ou des vapeurs, il suffit en général de l’envoyer audessus du toit. Mais, quand cet air est chargé de poussières, pour ne pas s’exposer à les voir retomber et rentrer dans les ateliers, il faut disposer des chambres à poussières. Enfin, quand il s’agit d’effluves odorants, avant de le lancer dans l’atmosphère, on fait passer l’air par un foyer qui en brûle les particules organiques.

L’aspiration est préférable, lorsqu’on opère sur une source intense d’impuretés et dans un local restreint. Dans les conditions inverses, le refoulement est plus avantageux. Mais, dans les salles très-vastes, le mieux est de combiner les deux procédés.

Quand il y a d’énormes volumes d’air à évacuer, l’aspiration par la chaleur doit céder le pas à l’extraction mécanique.

L’extraction mécanique a d’ailleurs des indications plus nombreuses que la pulsion.

L’introduction mécanique de l’air frais est particulièrement nécessaire dans les ateliers où les ouvriers sont incommodés par la haute température. Il y aurait ici tout profit à remplacer l’éclairage au gaz par la lumière électrique.

On peut parfois improviser des appareils de ventilation, à volonté insufflants ou aspirateurs. C’est ainsi que dans les usines Krupp, à Essen, on transforme instantanément les disques des courroies de transmission en ventilateurs destinés, suivant les besoins du moment, soit à introduire de l’air frais, soit à évacuer au dehors l’air vicié des ateliers. Pour cela, il suffit de placer ces disques contre un canal débouchant à l’extérieur et d’insérer obliquement entre leurs bras des palettes amovibles.

VENTILATION. — mines.

Les industriels peuvent assez souvent, à peu de frais, donner à i’air neuf la température convenable avant de l’introduire. A la manufacture Ten Brink, près de Constance, avant d’arriver dans les ateliers, l’air refoulé par les ventilateurs passe dans une chambre souterraine haute de trois mètres et remplie de lattes entre-croisées et superposées. On y fait couler de haut en bas, l’été, de l’eau de puits, l’hiver, les eaux de condensation de la machine, de sorte que l’air qui monte à travers le treillis offre une énorme surface de chauffe ou de refroidissement, suivant le cas. Dans le même ordre d’idées, nous avons signalé, à propos de l’air comprimé, l’ingénieuse application faite à Mulhouse.

Dans les ateliers rendus insalubres par la présence de poussières, de vapeurs et de gaz, irritants ou toxiques, à la ventilation artificielle doit toujours venir se joindre l’action de moyens destinés à prévenir ces dégagements (hottes) ou à leur défendre l’entrée des voies respiratoires (masques).

Mines. — Leur ventilation remonte à un temps immémorial. Agricola, qui écrivait son curieux ouvrage De re metallica en 1550, consacre plusieurs pages et de nombreuses figures à la description des engins d’aération en usage dans les mines d’Allemagne. 11 les classe en trois genres subdivisés eux-mêmes en espèces. Le premier genre d’appareils comprend les manches à air, fixes ou tournantes; le second, les ventilateurs à ailes renfermées dans un tambour ; le troisième, les soufflets injecteurs d’air neuf ou aspirateurs d’air vicié. Les moteurs de ces machines étaient le vent, les hommes, les chevaux ou des roues hydrauliques.

D’autre part, l’historien liégeois Fisen (1 696) mentionne l’emploi, dans les mines de sa contrée, des toc-feux ou petits foyers d’aérage.

C’est Combes qui a exposé d’une manière scientifique les principes de l’aération des mines. Mais c’est en Belgique que leur ventilation mécanique a été l’objet des plus nombreux et des plus importants travaux et essais. On peut citer à cet égard toute une pléiade d’ingénieurs : Trasenster, Jochams, Ponson, Gonot, de Vaux, sans compter ceux qui ont donné leur nom à des ventilateurs, tels que Guihal, Letoret, Motte, Pasquet, Lesoinne, Fabry, Lemielle, Harzé, Lambert, etc.

L’atmosphère des mines, des houillères principalement, est viciée par bien des causes : température et humidité supérieures en général à celles de l’air libre ; lampes ; excréments des hommes et des animaux ; poussières ; absorption de l’oxygène par la houille avec production d’acide carbonique; gaz délétères, en tête desquels se place le grisou, etc. Ang. Smith (cité par Roth et Lex) a trouvé comme moyenne de nombreuses analyses entreprises sur l’air des houillères la proportion de 7,85 pour mille d’acide carbonique, sans d’ailleurs que ce degré d’altération de l’air fût ressenti par les ouvriers. D’après Callon, une lampe de mineur compte, pour la ration d’air, comme un homme, et un cheval comme trois hommes ; mais le nombre de mètres cubes nécessaire est impossible à fixer d’une manière précise, vu la multiplicité des conditions qui influent sur ce chiffre. Une règle empirique dans les mines de houille,

VENTILATION. — mises.

c’est qu’on doit disposer par seconde d’un nombre de mètres cubes d’air variant du dixième au vingtième de celui des tonnes de charbon extraites journellement. Parkes précise quelques chiffres. Dans les mines salubres, on doit fournir de 28 à 56 mètres cubes par heure et par homme, à la vitesse de 2 mètres 50 à 3 mètres par seconde dans le puits, et de 1 mètre 2 à 1 mètre 8 dans les galeries principales. Pour les mines à grisou, le renouvellement d’air doit s’élever à 169 mètres cubes. Devillez porte cette quantité à 180 ou 216 mètres cubes, ajoutant que, si cette masse ne passe pas tout entière sur les travailleurs, Pair n’est pas pour cela perdu, parce qu’il va assainir des remblais d’anciens travaux qui deviendraient sans cela des réservoirs de grisou.

Quand une mine communique au jour par deux orifices situés à des niveaux différents, elle se trouve ventilée naturellement, par un courant d’air qui, en hiver, va de l’orifice le plus bas à l’orifice le plus élevé, et qui, en été, prend une direction inverse. Cette ventilation naturelle est plus énergique et plus permanente l’hiver que l’été. Mais on devine que, si la ventilation spontanée est le plus souvent insuffisante pour les édifices, elle l’est bien davantage pour les mines.

On recourt alors à la ventilation artificielle, thermique ou mécanique.

Les foyers d'appel ou d’aérage doivent être placés au bas du puits par lequel l’air sort de la mine. Ils doivent élever de dix ou vingt degrés la température que l’air possède après avoir parcouru les travaux, c’est-àdire que la température du courant d’air ascendant ne doit jamais dépasser quarante-cinq degrés. Quand les galeries de mines sont larges, les foyers d’aérage sont le procédé qui permet la circulation des plus grandes masses d’air, jusqu’à trois cent vingt-quatre mille mètres cubes par heure (Callon). C’est presque le seul système de ventilation en usage dans les houillères d’Angleterre, parce que, grâce à l’épaisseur des couches et à la solidité des terrains, les puits et les galeries y ont de vastes sections.

Mais il est un certain nombre de circonstances où l’on se voit obligé de renoncer à l’appel par la chaleur artificielle pour employer les ventilateurs mécaniques. C’est le cas dans les mines où il est impossible d’établir le foyer à une profondeur suffisante, où les galeries sont étroites, où les parois des puits d’aérage laissent suinter des quantités considérables d’eau qui. refroidiraient la colonne ascendante d’air chauffé, enfin, et surtout, dans les mines où se dégagent des gaz explosibles ou inflammables. Callon toutefois, mais il est seul de son avis, pense que, convenablement établis et isolés, les foyers d’aérage sont admissibles même dans les mines à grisou.

Lorsqu’on est forcé de s’adresser à la ventilation mécanique, on a le choix entre les ventilateurs agissant par pulsion et ceux agissant par aspiration. Ces derniers sont de beaucoup les plus usités. Les machines soufflantes servent surtout à l’intérieur des mines pour ventiler un chantier isolé du courant d’air principal, tandis que les grands appareils destinés à aérer une mine entière sont ordinairement aspirants et sont alors placés sur le puits de sortie. Ponson en indique les motifs. Les

VENTILATION. — percement de tunnels. 55

machines soufflantes obstruent nécessairement l’orifice des puits d’entrée de l’air et ne laissent à la disposition de l’exploitation que les puits de sortie. Or ceux-ci, donnant passage à l’air vicié par son parcours dans les travaux, sont peu favorables à la conservation des câbles. De plus, cet air chargé de gaz méphitiques est impropre à la respiration des mineurs qui montent ou descendent. Enfin, les lampes des chambres d’accrochage, alimentées par un courant mêlé de gaz inflammables, deviennent un danger.

Il n’y a guère aujourd’hui que deux espèces de machines aspirantes en usage dans l’aération des mines. Ce sont les ventilateurs à force centrifuge, tels que ceux de Guihal, de Harzé, de Lambert, et les pompes rotatives ou appareils pneumatiques, comme la roue de Fabry et le tambour de Lemielle. Voici, suivant Callôn, les raisons qui militent, selon les cas, en faveur des unes ou des autres : Quand on n’a pas besoin de fortes dépressions manométriques, les ventilateurs centrifuges donnent des volumes d’air beaucoup plus grands que tous les autres appareils et comparables seulement à ceux qu’on a pu obtenir avec des foyers. Au contraire, les appareils pneumatiques sont précieux pour les mines dont l’aérage est difficile, à cause de la faible section ou du grand développement des galeries, parce que la dépression que ces ventilateurs peuvent produire n’est pas limitée. Parmi eux, la roue de Fabry convient pour les mines qui n’ont pas besoin d’un grand volume d’air, et le tambour de Lemielle pour celles qui ont besoin à la fois d’un assez grand volume d’air et d’une forte dépression manométrique.

Percement de tünnels. — A part le grisou et la diminution de l’oxygène qu’on observe exclusivement dans les houillères, le travail pour percer des tunnels réunit les mêmes raisons d’insalubrité que celui des mines et la ventilation de l’unique galerie est une opération beaucoup plus difficile.

Au Sai'nt-Gothard, de toutes les causes qui entravaient l’avancement de l’œuvre, la plus grave, selon le dire de Maury, l’un des ingénieurs de l’entreprise, était l’élévation de la température. Cette température n’était pas telle qu’à l’extérieur elle ne permît le travail, mais, dans un milieu saturé d’humidité, elle anéantissait complètement les forces et la parole même était une fatigue. Le cœur battait au moins 150 fois par minute et la chaleur interne du corps humain dépassait 39 degrés. Pour 'les chevaux, cette température s’élevait au-dessus de 41 degrés: aussi ces animaux succombaient-ils en grand nombre. Colladon essaya d’abord, pour aérer les chantiers souterrains du Saint-Gothard, d’utiliser l’air comprimé qui mouvait les machines perforatrices, espérant que sous cette impulsion l’air stagnant de la galerie serait refoulé. Mais l’air frais se mélangeait mal avec l’air corrompu ; la fumée remplissant les profondeurs du tunnel poussait au-dessus d’elle l’air frais sorti des compresseurs, qui profitait ainsi très-peu aux ouvriers travaillant au-dessous. Colladon adjoignit alors à cette ventilation par pulsion un système d’aspiration consistant en deux cloches plongeantes reliées par un balan-

VENTILATION. — chemins de fer.

cier et mues par une colonne d’eau de 80 mètres de haut. Tandis que l’un des gazomètres montait et aspirait l’air du tunnel, l’autre descendait et refoulait au dehors l’air aspiré.

Plus tard encore il s’efforça .de remédier à la haute température en pulvérisant de l’eau froide amenée sous pression jusqu’aux chantiers. Ces pulvérisations avaient le triple avantage de refroidir l’air, de le purifier des poussières et de la fumée et de rafraîchir les parois du tunnel. On voit donc que les travaux de percement des tunnels exigent impérieusement l’emploi de ventilateurs mécaniques, à la fois pour l’admission de l’air neuf et pour l’extraction de l’air vicié.

Chemins de feb. — Ce mode de transport nous intéresse sous trois rapports, en ce qui touche le sujet de cet article. Il y a lieu d’envisager en effet la ventilation des passages en tunnel, celle des voitures de voyageurs et celle des wagons-ambulances ou des trains sanitaires.

1° Même une fois complètement percés, les tunnels laissent à désirer au point de vue de l’aération. Ainsi que Couche le remarque, en général, les voyageurs eux-mêmes n’ont pas trop à souffrir de la ventilation imparfaite des souterrains, parce que les machines qui remorquent leurs trains moins lourds prolongent peu leur séjour dans le tunnel; ils n’ont qu’à lever les glaces pour se créer une atmosphère supportable. Mais il n’en est pas de même des agents des trains, des trains de marchandises surtout, et, parmi eux, spécialement des employés placés à l’arrière. Ils sont suffoqués par des nuages de vapeur mêlés aux gaz de la combustion. Le mal atteint son maximum dans les souterrains d’une certaine longueur, à petite section et à fortes rampes. Les puits d’aérage, qui sont très-utiles, sont souvent obstrués l’hiver par delà glace. A la suite d’accidents répétés d'asphyxie survenus dans son personnel, la Compagnie du Lyon-Méditerranée a prescrit aux chauffeurs et mécaniciens l’usage de l’appareil Galibert pour la traversée du tunnel d’Albespeyre.

Le tunnel de Saint-Louis (États-Unis), long de 1526 mètres, est parcouru quotidiennement par 272 trains qui y passent à toute vapeur à cause des pentes et courbes qu’il présente. Il esl rempli par la fumée au point d’empêcher les travaux de réparation nécessaires. Après beaucoup d’essais infructueux, l’ingénieur Smith est parvenu à l’assainir suffisamment à l’aide d’un aspirateur mécanique de son invention, qui marche jour et nuit. Ce ventilateur, actionné par une machine à vapeur, évacue l’air et les gaz dans une cheminée en tôle, haute d’une quarantaine de mètres.

Le chemin de fer métropolitain de Londres a donné lieu de la part des voyageurs à des plaintes fréquentes qui ont trouvé des interprètes dans le sein du Parlement. La viciation de l’atmosphère des portions souterraines de la ligne est surtout grande entre Edgeware Road et King’s Cross. On a proposé ou essayé divers remèdes. Vallin nous apprend que, dans un endroit où la nature du sol ne se prêtait pas au percement de puits d’aérage, on s’est servi des tubes à dépêches pneumatiques qui ont des soupapes le long du tunnel. Lorsque les petits chariots qui portent les

VENTILATION. — chemins de fer.

dépêches sont aspirés, ces soupapes s’ouvrent et l’air vicié du tunnel s’engouffre dans le tube. On réussit ainsi à évacuer environ 50 000 mètres cubes d’air par jour. Le Dr Neale a proposé, dans le but d’absorber les gaz carbonique et sulfhydrique, d’adjoindre en tête de chaque train un wagonnet, largement découvert, muni de caisses inclinées, remplies de chaux éteinte qu’on maintient humide, ou de fragments de charbon saturé d’une solution de soude caustique.

2° Divers observateurs ont fait, à l’étranger, des recherches sur le degré d’altération de l’atmosphère dans les voitures de voyageurs. De Derschau a dosé la proportion d’acide carbonique dans un wagon, dit américain, de troisième classe, non chauffé, qui circulait en hiver sur la ligne de Saint-Pétersbourg à Moscou: ce wagon contenait 80 voyageurs. Au départ, la température extérieure était de 31 degrés centigrades audessous de 0 et celle de l’intérieur de 27 degrés au-dessous de 0. Neuf heures plus tard, c’est-à-dire à moitié route, de Derschau se sentit trop mal à l’aise pour poursuivre l’expérience et quitta le wagon. A ce moment, la température, dans le bas de la voiture, était de 21 degrés au-dessous de 0 dans le haut, de 6°, 5 au-dessous de 0, et la proportion d’acide carbonique était de 94 dix-millièmes.

Sur les lignes du Massachusetts, pendant l’hiver de 1874, Nichols a trouvé des proportions d’acide carbonique variables de 0,159 à 0,367 pour cent volumes d’air. Dans les wagons de fumeurs, où l’espace cubique, alloué par voyageur, est supérieur d’un tiers, la moyenne d’acide carbonique n’était que de 0,004 inférieure à celle des autres voitures.

Aux États-Unis, le cubage aérien accordé par tête varie de 80 à 90 centimètres, mais on ne doit pas oublier que la disposition des voitures, tout autre qu’en France, permet une plus abondante circulation d’air.

En France, les voyageurs de première classe ont lm,25, ceux de seconde classe 0“,85 et ceux de troisième 0m,75. Ces chiffres, concédés par les Compagnies, sont de beaucoup supérieurs aux minimums fixés par l’arrêté du 15 novembre 1846.

Comme pour toutes les autres catégories de lieux habités, les indications des différents auteurs divergent beaucoup quant à la ration d’air neuf nécessaire. Aux Etats-Unis, on compte pour une voiture de 70 mètres cubes, renfermant 60 voyageurs, un renouvellement d’air de 168 mètres cubes par heure. De Derschau demande 6 mètres cubes d’air neuf par voyageur et par heure. Lang et Wolffhügel, se basant sur leurs expériences pour admettre que, dans les wagons, l’air peut être considéré comme salubre tant que sa proportion d’acide carbonique n’excède pas 1 pour 1000, en déduisent que, même pour les voitures contenant des fumeurs, un renouvellement d’air de 38 mètres cubes par tête et par heure sera largement suffisant.

Les wagons de chemins de fer sont avec les navires les deux espèces de lieux habités où la ventilation naturelle, secondée par des dispositifs auxiliaires, trouve le mieux ses applications. Tant que le train est en marche à ciel libre, on peut espérer avoir un mouvement d’air suffisant

VENTILATION. — chemins de fer.

pour qu’avec des ouvertures convenablement ménagées l’aération des voitures s’effectue d’une façon tolérable. On a imaginé les appareils les plus nombreux pour utiliser au mieux la force du vent, soit pour introduire l’air neuf, soit pour évacuer l’air vicié. De Derschau croit qu’il suffirait que chaque compartiment eût un orifice d’extraction au plafond, muni d’un registre et surmonté d’un tuyau coiffé d’une mitre au-dessus du toit. Le mouvement même du train produirait le tirage. Cet ingénieur russe a déterminé, avec l’anémomètre, la section nécessaire à l’orifice d’évacuation. Il a vu que, pour les climats froids, il faut compter 22 centimètres carrés par voyageur et 28 pour les climats plus tempérés. Lang et Wolffhügel se sont livrés à des essais comparatifs sur 34 appareils d’aération, à commencer par les jalousies ou treillis de bois qui surmontent les fenêtres ou les portières et qui sont le plus souvent l’unique moyen de ventilation des wagons. Une moitié de ces dispositifs mettait en jeu l’action insufflante du vent, l’autre moitié son action aspiratrice ; un de ces derniers se servait en outre de l’éclairage pour activer l’évacuation de l’air vicié.

En majeure partie, ces appareils étaient fixés sur le toit du wagon, quelques-uns au-dessous de son plancher. Plusieurs d’entre eux n’étaient que la reproduction de modèles en usage dans la ventilation nautique. Un seul, celui de Serta, qui fonctionne sur les chemins de fer de l’État belge, emploie un ventilateur mécanique, à hélice, placé en tête du train, sur le tender ou sur un fourgon, derrière un poêle à double enveloppe. Le ventilateur reçoit son mouvement du train lui-même. Au moyen de conduites en tôle et de raccords en caoutchouc, il envoie dans chaque compartiment, en hiver, de l’air chauffé par le poêle, en été, de l’air rafraîchi en passant encore à travers ce poêle, transformé en vase réfrigérant.

En Amérique et dans tous les pays où l’on se sert de wagons dits américains, comme dans la Suisse allemande, la Russie, etc., la ventilation des wagons est plus aisée, vu l’absence de cloisons transversales et la possibilité d’ouvrir les portes des deux extrémités de la voiture. Aux États-Unis, notamment, l’aération des wagons a lieu par aspiration au moyen de la portion arrière de la lanterne faîtière qui est garnie de persiennes.

En Inde et en Amérique, on s’est même efforcé de rafraîchir et de purifier l’air neuf avant de l’introduire (procédés Ruttan, Helbig, Saunders).

3° La ventilation des wagons d'ambulances et des trains sanitaires présente des difficultés plus grandes que celle des voitures de voyageurs. D’abord il s’agit de malades ou de blessés qui vicient davantage l’air et'pour lesquels cependant une atmosphère salubre est encore plus indispensable que pour les individus bien portants. Mais le principal obstacle, c’est que l’appareil ventilateur choisi doit pouvoir s’adapter à tous les wagons de marchandises sans les mettre hors d’état de resservir à leur destination première. Autant que possible, cet appareil doit rem-

VENTILATION. — navires.

plir encore deux autres conditions : être peu coûteux et fonctionner également bien, quelles que soient l’intensité et la direction du vent. En effet, le vent, joint aux moyens de chauffage, en hiver, est le seul moteur qu’ici on puisse utiliser, la ventilation mécanique étant trop compliquée.

Il résulte des expériences de Lang et Wolffhügel, déjà citées plus haut, que de tous les systèmes proposés il n’y en a que deux qui puissent se disputer la prééminence. Ce sont : 1° les lanternes faîtières adoptées par les Américains et à leur suite par Mundy et par Bonnefond, qui les ont modifiées; 2° le procédé de Schmidt, qui repose sur l’emploi combiné de la pulsion et de l’aspiration naturelles avec appel par la chaleur artificielle; ce dernier a, sur le système américain, l’avantage de nécessiter moins de changements pour l’appropriation des wagons.

Ni l’un ni l’autre de ces procédés ne donnent toutefois de résultats assez satisfaisants pour qu’on doive considérer comme close la question de la ventilation des wagons, aussi bien pour les voitures de voyageurs ordinaires que pour les trains sanitaires.

Au Congrès international d’hygiène de Bruxelles en 1876, Peltzer est venu semer le découragement en déclarant qu’il ressort de ses expériences que, ventilé ou non, un wagon renferme toujours la même quantité d’acide carbonique.

Navires. — Il n’y a guère de lieux habités par l’homme qui aient été l’objet d’essais plus variés quant à la ventilation, et cependant on ne peut dire que le problème soit résolu. Longtemps l’in- g fluence de la routine a été r toute-puissante. En moins de trois ans, de 1740 à 1742, les lords .de l’amirauté firent expérimenter à bord de la flotte anglaise deux ventilateurs mécaniques, à volonté propulseurs ou aspirateurs , ceux de Désaguliers et de Haies, et en outre un système d’aspiration thermique présenté par le brasseur Sutton et qui eut plus de vogue que les machines des deux savants physiciens. Néanmoins, sous un prétexte ou sous un autre, on s’empressa d’en revenir aux manches en toile. En 1785, seulement, le Dr Gilbert Blane, prenant modèle sur une frégate française, introduisit dans la marine britannique les manches à air en bois auxquelles on. ne tarda pas à substituer celles en métal. Mais le premier ventilateur mécanique qui ait été appliqué en grand à bord des vaisseaux est le

* D, D, soufflets en cuir maintenus rigides par des cerceaux de bois ; a, b, c, d, rondelles de bois sur lesquelles le cuir est cloué; p,p, soupapes s’ouvrant du dedans au dehors; c,d, u, o, caisse creuse avec la cavité de laquelle les deux soufflets communiquent par des soupapes intérieures ; r, ouverture à laquelle peut s’adapter un.rcanche en cuir; ts, ts, tiges des pistons; q, g, bras de levier.

VENTILATION. — navires.

soufflet inventé par Triewald (tîg. 17) en 1741, en même temps que celui de Haies. La flotte suédoise, qui, l’année suivante, alla bloquer Saint-Pétersbourg, était en grande partie ventilée par ce procédé d’appel mécanique.

Rattray, qui a analysé l’air des navires, y a trouvé des proportions d’acide carbonique oscillant entre 4,2 et 28,5 pour 1000; la moyenne était de 16,3. Partout, en outre, il y existait de l’hydrogène sulfuré et de l’ammoniaque provenant de la cale. Dans la soute aux poudres d’un cuirassé allemand, Gartner a compté en moyenne 50 pour 1000 d’acide carbonique.

A bord, l’espace cubique laissé aux hommes est toujours plus ou moins restreint. Si, sur les bâtiments de guerre, les marins ont en moyenne 4 mètres cubes, les émigrants, défalcation faite de la place occupée par leur personne, leur couchette et leurs effets, ne disposent guère de plus de 2“,6. A l’encombrement il faut ajouter comme sources d’altérations de l’air ou d’obstacles à son renouvellement la sentine, la configuration anfractueuse de l’intérieur du vaisseau et, dans la nouvelle marine, les cloisons étanches. Le confinement de l’atmosphère atteint son maximum sur les nouveaux types de la flotte militaire, tels que les cuirassés et plus encore les monitors. Ces bâtiments ont des cloisons étanches très-nombreuses et sont privés de sabords à cause de leur cuirasse ; vu leur tirant d’eau considérable, beaucoup d’espaces habités sont au-dessous de la ligne de flottaison. Le pont même des monitors, qui dépasse à peine le niveau de l’eau, est souvent balayé par les lames.

La ventilation naturelle des navires s’opère par toutes les ouvertures destinées au passage des hommes ou de la lumière : écoutilles, sabords, hublots. Pour la renforcer, on se sert du vent, soit comme agent de refoulement d’air frais, soit comme moyen d’appel de l’air vicié.

Les plus anciens dispositifs auxiliaires de la ventilation par les ouvertures naturelles du vaisseau sont les manches à air en toile à voiles, sortes de sacs maintenus béants par des cerceaux, évasés à leurs deux extrémités et descendant verticalement du pont jusqu’à la cale, en passant à travers les écoutilles. Ces manches, dont le rôle se borne à introduire de l’air frais, sont bonnes au mouillage, où les panneaux des écoutilles peuvent être tenus ouverts. En pleine mer, on les remplace par les manches métalliques, en tôle ou en cuivre, qui fonctionnent tantôt par insufflation, tantôt par aspiration, suivant que, sur le pont, on dirige leur pavillon mobile du côté d’où vient le vent ou' en sens contraire. Chacune des divisions du navire possède en général deux de ces tubes ventilateurs, l’un servant à l’admission, l’autre à l’évacuation de Pair. Une controverse s’est élevée pour savoir à quelle extrémité du bâtiment il convenait de prendre l’air neuf et d’expulser l’air vicié. C’est un fait d’observation que l’atmosphère la plus corrompue et la plus chaude se rencontre toujours à l’extrémité du vaisseau placée le plus près du vent. Pearse en inférait l’existence, à l’intérieur du navire, d’un courant d’air se mouvant en sens inverse du vent, et il proposait de profiter de ce cou-

VENTILATION. — navires.

rant naturel, en choisissant pour capter l’air le tuyau le plus éloigné du vent. Mais, dans ce mode de ventilation, on s’exposerait à faire pénétrer, en même temps que l’air frais, les odeurs de la cambuse et des étables, ainsi que la fumée ; peut-être même ramènerait-on dans l’entrepont l’air vicié extrait par le tuyau le plus rapproché du vent.

Reincke n’admet pas l’interprétation de Pearse, parce qu’un vaisseau n’est pas une enceinte parfaitement close. Pour lui, les parties du bâtiment tournées au vent constituent autant d’angles morts où, le renouvellement d’air manquant, il y a accumulation d’air fétide et chaud. Aussi, pour faire disparaître cet état de choses, conseille-t-il, à l’inverse du Dr Pearse, d’établir à l’intérieur du navire un courant ventilateur de même sens que le vent, en admettant l’air frais par le tube de l’extrémité regardant le vent et en faisant échapper l’air vicié par l’autre extrémité du pont. De cette façon, non-seulement on supprimerait les points où l’air est stagnant, mais encore le vent emporterait directement avec lui, par-dessus bord, l’air vicié, tandis que dans le système de Pearse l’air corrompu circule au préalable sur toute la longueur du pont.

Dans un certain nombre de manches métalliques, telles que celles de Boyle (fig. 18) et de Noualhier (fig. 5), le vent se trouve comprimé, ce qui a pour effet d’en accroître la puissance aspiratrice.

Mais, de même que, lorsque la mer est un peu grosse, on est obligé de fermer hublots, sabords et écoutilles, de même, quand l’atmosphère est parfaitement calme, les manches métalliques refusent leurs services. Le cas est commun lorsque la température intérieure diffère peu de l’extérieure ou que le bâtiment marche dans la même direction et à peu près à la même vitesse que le vent. Fus. is — Manche Bojie.

Les mâts creux et les mailles des murailles du navire forment encore des auxiliaires de la ventilation naturelle, dont on s’est servi soit pour amener de Pair pur, soit pour entraîner de l’air vicié (systèmes Reid, Macdonald, Ryder, Edmond, Bertin, Decante).

Les systèmes Macdonald et Edmond établissent une transition enlre les procédés de ventilation naturelle et ceux de ventilation artificielle. Ils ne recourent en effet à un tirage artificiel qu’autant que l’inégalité des températures naturelles devient insuffisante.

Le système de Macdonald (fig. 19) a été installé en particulier sur le Victor-Emmanuel, frégate en bois à quatre ponts qui servit d’ambulance aux troupes anglaises dans la guerre des Ashantis. Le voici, augmenté du système de l’amiral Ryder, qui comporte un cloisonnement horizontal des mailles et de l’intérieur des mâts creux. Sur les côtés de chaque pont courent, dans toute la longueur du navire, deux poutres creuses en fer, reliées entre elles par trois tubes transversaux et communiquant en outre avec les trois mâts creux, qui sont divisés sur toute leur hauteur en

VENTILATION. — navires.

autant de compartiments distincts que le bâtiment a de ponts. Par de nombreux orifices, les poutres longitudinales et leurs tubes de communication aspirent l’air vicié de l’entrepont placé au-dessous et le rejettent dans les mâts. De même, les murailles creuses du vaisseau sont divisées en deux, suivant leur hauteur. L’espace supérieur communique avec l’extérieur, au-dessous des bastingages, par des ouvertures garnies de jalousies; l’espace inférieur ne communique qu’avec la cale, dont les exhalaisons ne peuvent ainsi envahir les parties supérieures du bâtiment. De chaque bord du navire des tuyaux amènent l’air frais jusqu’à fond de cale.

* I, cale ; J, faux-pont ; K, batterie basse ; L, batterie haute ; C, canal entre le bordé A et le vaigrage B. Il est interrompu par des clefs de bois (c' c") placées en dessous des poutres du pont supérieur; D, poutres creuses; E, plancher superposé aux poutres; G, encoignure en fer creux; b,c,d,e,[ , marche de l’air aspiré.

VENTILATION. — navires.

Le système d’EdmoucL (fig. 20) (1865) se compose essentiellement d’un grand tuyau faisant le tour du navire à l’intérieur. Ce tuyau, -qui communique d’une part avec les espaces vides des murailles, est relié d’autre part, par des tubes verticaux, aux mâts creux, au tuyau de la cheminée ou à des tubes spéciaux d’extraction placés sur le pont. C’est le procédé de ventilation adopté à bord des transports de troupes indobritanniques. Mais il convient d’ajouter que, naviguant sur des mers généralement calmes, ces bâtiments ont de vastes hublots qui favorisent l’aération naturelle.

Le premier emploi de la chaleur artificielle, comme moyen de venti-

Fig. i . — C, Mellon transversale du grand tuyau longitudinal placé au-dessus du pont GH de l’enirepont; C, P, un des tuyaux verticaux échelonnés sur la longueur du pont supéx-ieur du navire et reliés avec le tuyau C ; E, ouverture par où pénètre l’air vicié dans le conduit E B F et dans le conduit principal C; P, tuyaux de dégagement.

Fig. 2. — Application sur un bâtiment à vapeur : C, tuyau longitudinal ; G, tuyau courbé sous les barrots pour aller rejoindre soit la cheminée centrale Q, soit son enveloppe Pj M, tuyau auxiliaire ; W',W', tuyaux portant l’air vicié sur le foyer même des chaudières.

Fig. 3. — A, B, pont supérieur; T, tuyau à section rectangulaire ; 0, 0, ouvertures donnant accès à l’air vicié. ( Archives de médecine navale, 1866).

VENTILATION1. — navires.

lation nautique, date déjà de '1742, où Sutton imagina d’amener, au moyen de tuyaux, l’air de la cale et des entreponts sous le cendrier de la cambuse : le fourneau culinaire n’était ainsi alimenté que par l’air vicié du vaisseau. Désaguliers a immédiatement reproché à ce système de mettre les bâtiments en péril, vu la présence de gaz inflammables dans l’atmosphère de la cale. Il ajoute qu’il est survenu des explosions à bord des navires pourvus de ce procédé d’appel. Duhamel du Monceau, ignorant l’invention de Sutton, présenta un projet de ventilation s’en rapprochant beaucoup, mais ne la valant pas, de l’aveu même de son auteur. Enfin, en 1834, Keraudren, semblant également proposer quelque chose de tout nouveau, ne modifiait en réalité le procédé anglais qu’en munissant le tuyau collecteur de toiles métalliques infranchissables aux flammèches. Mais le système de Sutton a plus qu’un intérêt historique, car, au dire de Parkes, il a été appliqué par le Dr Mapleton aux navires-hôpitaux de la guerre de Chine en 1860.

Le système de Berlin, qui est basé de même sur l’emploi de la chaleur artificielle, ressemble beaucoup d’un autre côté au système Edmond. L’air vicié descend par les mailles de la membrure dans deux collecteurs établis à fond de cale. Par le travers de la machine, ces collecteurs envoient deux canaux transversaux débouchant dans l’enveloppe de la cheminée, de même que les cheminées du four et des cuisines, qui concourent ainsi à certaines heures à activer l’appel. Des foyers spéciaux sont allumés quand le bâtiment est en rade ou marche à la voile. Beaumanoir fait deux critiques au système Bertin : 1° son coût d’installation ; 2° la hauteur de la cheminée, qui, bien qu’articulée, gêne la manœuvre de la grande voile.

Arrivons à la ventilation mécanique. Trois systèmes, fonctionnant automatiquement, opèrent l’aspiration de l’air vicié, en utilisant à cet effet les mouvements du navire. Ce sont les appareils de Thiers (1873), de Roddy et de Norton, tous trois Américains.

V appareil de Thiers (fig. 21), qui a en outre pour but l’assèchement de la cale, fonctionne par le roulis. Il est installé entre autres à bord de YOsbome, yacht de la reine d’Angleterre. De chaque côté du navire, immédiatement au-dessous du pont supérieur, est un récipient en fer relié à celui du bord opposé par un tube plein de mercure. Deux récipients analogues, communiquant par un tuyau rempli d’eau, occupent une situation identique, au-dessous du pont inférieur. Chaque paire de cuves constitue un appareil de pompe indépendant, mis en rapport avec les espaces inférieurs du bâtiment par des tuyaux dont les clapets s’ouvrent de bas en haut. Quand le vaisseau roule sur un bord, les deux cuves de ce côté se remplissent, l’une de mercure, l’autre d’eau, tandis que dans les cuves opposées se produit un vide qui, dans le récipient à mercure, est comblé par l’eau venant de la cale et, dans le récipient à eau, par l’air vicié de l’entrepont et de la cale. Lorsque le navire s’incline sur l’autre côté, l’eau de la cale qui a rempli une des cuves est projetée par-dessus bord par le mercure qui vient reprendre sa place et l’air de

VENTILATION. — navires.

l’autre cuve du même côté est expulsé au-dessus du pont par l’eau qui revient- dans son réservoir.

L 'appareil de Roddy ne diffère du précédent qu’en ce que, au lieu de fonctionner à l’aide du roulis et d’être disposé perpendiculairement à Taxe du bâtiment, il fonctionne à l’aide du tangage et est placé suivant l’axe du navire.

Quant à l 'appareil de Norton, il prétend utiliser à la fois les mouvements de tangage et ceux de roulis, pour produire l’élévation et l’abaissement successifs des cloches plongeantes qui le constituent.

Tous les procédés de ventilation artificielle que nous avons décrits jusqu’ici reposent essentiellement sur l’aspiration, thermique ou mécanique, laissant aux ouvertures naturelles ou à quelques orifices additionnels le soin d’admettre de l’air frais. Mais les bâtiments cuirassés, avec leur mode de construction qui supprime l’aération naturelle, ne sauraient se contenter de pareils moyens de ventilation. Ils nécessitent l’usage de ventilateurs mécaniques, non-seulement pour l’extraction de l’air vicié, mais aussi pour l’introduction de l’air frais. D’après Senftleben, l’aération du poste d’équipage des deux frégates cuirassées allemandes Kaiser et Deutschland , effectuée exclusivement par des propulseurs hélicoïdaux mus par des hommes, est fort imparfaite, quand on est contraint de tenir fermées les écoutilles du pont supérieur, seules chargées

* a, b, cuves à mercure ; c, c, c, tube les faisant communiquer entre elles ; A, B, cuves à eau ; C, C. C, tube les faisant communiquer entre elles; p, p, tuyaux de pompe, venant de la cale, dont ils épuisent l’eau dans les cuves à mercure; p’,p\ orifices par lesquels cette eau est projetée par-dessus bord; v,v,v’,v’, tuyaux qui aspirent l’air vicié dans les cuves à eau; D, D, orifices par lesquels cet air est expulsé au-dessus du pont.

66 VENTILATION. — écuries et étables.

d’extraire l’air vicié. Sur la corvette cuirassée Sachsen, en revanche, c’est l’évacuation de l’air qui est opérée par deux ventilateurs Root, placés dans l’entrepont et mis en mouvement l’un par la vapeur, l’autre par dix hommes. Ces machines aspirent ensemble 6000 mètres cubes d’air vicié par heure, qu’elles rejettent dans les mâts creux.

Deschamps réclame également, pour les transports-hôpitaux, des ventilateurs mécaniques agissant tour à tour par aspiration ou par pulsion. Selon lui, les procédés de ventilation dépendant du tirage de la cheminée ne conviennent qu’aux paquebots marchant constamment à toute vapeur et ne stationnant jamais plus de 24 heures dans les escales.

C’est pour toutes les catégories de transports (de troupes, de malades, de condamnés, de chevaux) que Beaumanoir repousse les systèmes d’aspiration thermique ainsi que ceux basés sur les mouvements du navire, car les bâtiments-transport sont besoin d’appareils fonctionnant même au mouillage.

La ventilation par jet de vapeur forme un moyen subsidiaire d’appel dans les systèmes de Macdonald et d’Edmond. Sur les vaisseaux à voile, c’est l’appareil distillatoire qui fournit la vapeur.

Enfin Yair comprimé agissant comme propulseur, suivant le procédé de Piarron de Mondésir, est utilisé dans le système Decante. Deux ventilateurs doubles Perrigault, placés dans le faux-pont, compriment de l’air fourni par le grand mât qui est creux et par une manche à vent. L’air comprimé passe dans des conduits qui montent, en s’amoindrissant, le long des murailles du navire, jusqu’aux bastingages, où ils arrivent dans 180 espaces rectangulaires interceptés entre les couples et admettant l’air extérieur par une ouverture. Dans ces espaces, les conduites d’air comprimé jouent le rôle d’injeeteurs. L’air vicié est évacué par la cheminée et par les deux autres mâts du navire.

Résumons, en finissant, les principes essentiels de la ventilation nautique :

1° Effectuer une ventilation complètement séparée pour chacune des divisions du navire ; 2° adjoindre toujours aux moyens d’aération naturelle un procédé de ventilation artificielle qui variera nécessairement suivant le mode de construction et de marche du bâtiment, mais qui devra autant que possible fonctionner par tous les temps et en rade comme en mer; 3° sur les vaisseaux cuirassés, qui sont dépourvus de moyens d’aération naturelle, la ventilation mécanique s’impose aussi bien pour l’extraction que pour l’admission de l’air; 4° l’emploi de ventilateurs mécaniques paraît également urgent sur les bateaux d’émigrants, sur les diverses espèces de transports, autrement dit sur tout navire plus ou moins exposé à l’encombrement.

Écuries et étables. — Nous ne pouvons terminer cet article sans dire un mot de la ventilation des lieux habités par les animaux domestiques. La bonne aération de ces logements a un autre intérêt que celui de la santé des bêtes elles-mêmes. Le voisinage d’une écurie ou d’une étable mal ventilées peut créer une cause d’insalubrité pour l’homme. Le fait,

VENTILATION. — bibliographie. 67

pour être plus fréquent à la campagne, s’observe aussi dans les villes. Joly, en effet, signale un vice de construction qui se rencontre précisément dans les maisons parisiennes les plus élégantes. Les écuries sont placées au rez-de-chaussée d’une cour sur laquelle s’ouvrent, à tous les étages, à la fois, les cuisines, les salles à manger et même des chambres à coucher. En été, surtout, il est impossible d’ouvrir les fenêtres de ces pièces à cause des émanations qui s’élèvent de la cour. Il serait facile de remédier à ce fâcheux état de choses en ventilant la cour au moyen d’une gaine montant jusqu’au toit, adossée aux conduits de fumée.

La ventilation naturelle .est seule praticable dans les logements des animaux. Le général Morin, qui fondait sa prédilection pour la ventilation renversée, en partie sur la croyance que l’acide carbonique plus lourd que l’air devait s’accumuler au voisinage du sol, adoptait un procédé différent pour la ventilation des écuries et pour celle des étables. Selon lui, les chevaux devaient être traités comme des hommes, parce qu'il faut leur conserver de la vigueur. Au contraire, il est bon, pour la production du lait et pour l’engraissement, de maintenir les bêtes à cornes dans un certain état d’engourdissement entretenu par l’acide carbonique accumulé dans la partie inférieure des étables.

La respiration des grands animaux domestiques est bien plus ample que celle de l’homme; selon Lassaigne, le cheval exhale 12,3 fois plus d’acide carbonique que l’homme. Morin voulait qu’on allouât aux chevaux de 180 à 200 mètres cubes d’air neuf. Partes indique comme minimum 69rac,58, ajoutant que les règlements de l’armée anglaise accordent à chaque cheval 45mc,28 dans les écuries régimentaires et 53,6 dans les infirmeries. Pour les bovidés, Ballard réclame un minimum de 28 mètres cubes.

Dans les écuries de chevaux, on se contente généralement de vasistas pour tout appareil de ventilation. Mansuy recommande les dispositions suivantes pour la ventilation des étables : fenêtres plus larges que hautes, situées près du plafond; cheminées d’appel, en bois ou en tôle, partant de la paroi supérieure et ayant à leur orifice inférieur un diamètre au moins double de celui de leur orifice supérieur.

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, âJ •< . § 3. Ventilation thermique.

D’Arcet, Nécessité d’augmenter le diamètre des prises d’air et des bouches de chaleur des poêles et des calorifères, afin que ces app. servent le mieux possible au chauffage, à la ventilation et a 1 assainissement de nos maisons' [Ann. d’hyg. publiq., 1843, XXIX, p. 332). — Noirsain, On the Heating and Ventil. of Buildings by means of apertures situated in the upper and lower portion of a flue [Med. Times and Gaz., 1851, 12 juill., p. 43). — Morin, Note sur l’appl. de la chai, dével. par les app. d’écl. à la ventil. (C. R. Acad. Sc., 1860, p. 109). — Walters, Rem. à l’oec. de lacomm. de Morin (ib., p. 302). — Morin. Expér. sur les effets de ventil. produits par les cheminées d’appartement [ib., LVI, 1863, p. 16); Expér. sur une cheminée en usage dans les casernes et les hôpitaux d’Angleterre (Ann. du Cons. des Arts et Mét., V, p. 180). — Coulier, Ventil. économ. et chauffage des cafés, salles d’asile, etc. (Ann. d’hyg. publ., 2e série, XXXIX, 1873, p. 5). — Houzé de l’Aulnoit, Moyens les plus simples pour obtenir la ventilation des cafés, estaminets, salles d’asile et appartements, à l’aide . de l’éclairage et du chauffage (ib., p. 58).

§ 4. Ventilation mécanique.

Desasuliers, Ie An account of an instr. or mach. for changing tlie air of the room of sick pcople in a little finie, by either drawing out the foui air, or forcing in fresh air, or doing both successively, without opening doors or Windows ; 2° A calcul, of the velocity of the air . moved by the new-invented centrif. Bellows of7feetin diameler and 1 foô.t thick within,whick a man can keep in motion witb very little labor at the rate of two revol. in one second ; 3° The use of the foregoing machine ( Philos . Trans., XXXIX, n" 437, p. 41) ; Cours de physique expérimentale, traduit de l’anglais par le R. P. Pézenas, Paris, 1751, tome H, p. 465.

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§ 6. Air confiné et contrôle de la ventilation. ■ j

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Habitations privées.

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Écoles et Lycées.

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'Nordhausen (Deutsche Viertelj. f. ôff. Gesundh., XI, 1879, p. 495). — Schottky, Luftuntersuchungen in Schulzimmern (Zeitsckr. f. Biol., XV, 1879, p. 549) ; — Untersuchungen der Heiz. und Ventilalionsanlagen in den stâdtischen Schulgebâuden zu Darmstadt, 1880 (Dingl. Polyt. Journ., CCXL, p. 41); — Luftuntersuchungen in hôheren Lehranslalten Berlins (Centr. Blatt f. allgemeine Gesundh., 1884, p. 186) ; — Erlass kônigl. preussischen Ministeriums der geistlichen-Unterrichts-und Medicinalangelegenheiten vom 12 Deeember 1883, betreffcnd Heizsysteme fur Gebâude hôhcrer Unlerrichlsanstalte (Deustche Viertelj. f. ôff. Gesundh., XVII, 1885, p. 351); — Verfügung des kcenigl. württembergischen Ministeriums des Kirchenund Schulwesens betreffend die Einrichtung der Schulhâuser und die Gesundheitspflege in den Schulen (Deutsche Viertelj. f. ôff. Gesundh., III, 1871, p. 490). — Voit et Foerster, Studien über die Heizungen in den Schulhâusern Jlünchens (Zeitschr. f. Biol., XIII, 1877, p. 1 et 305). — Hesse (F.) et IIesse (W.), Ein Vorscblag die exorbitante Verunreinigung der Schulluft hintanzuhalten { Deutsche V. f. ôff. Gesundh., 1878) . — Almqoist et Westin, Ora luftvâxlingsanordningarna inom hufvudstadens skolor 1882 (Nordiskt medic. Arkiv, XV, 1885). — Reinhard, Die Heiz. undVentilationsanlagenindenStaatslehranstaltendesKoenigreichs Sachsens (Arch.f. Hyg., 1,1883, p. 505). — Breitixg, Die Luft in Schulzimmern (Deutsche V. f. ôff. Gesundh ., II, 1870, p. 404). — Ernst, Ueber Schulluft (Corresp. -Blatt f. schweizer. Aerzte, II, 1872). — Treichler, Ueber die Luftverderbniss in Schulzimmern und deren Verhüttmg (Corr.-Bl. f. schw. Aerzte, III, 1873, p. 70). — Kalt, Air des écoles de l’Argovie (ib., IX, 1879, p. 54); — Baader, Air des écoles de Winterthur (ib., p. 599); — Heysian, Bidrag till kânnedomen om Luftensbeskaffenhet i Skolor (Nordiskt medicinskt Arkiv, 1880, traduit par Thomas (Ann. d'hyg. publ., 1881, sept, et oct.). — Erismasn, Das Project eines Musterschulzimmers (Deutsche Viertelj. f. ôff. Gesundh., VIII, 1876, p. 642).

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Théâtres.

D’Arcet, Note sur l’assainissement des salles de spect. (Ann. d’hyg. publ., I, 1829, p. 152). — - Tripier, Sur là ventil. et l’éclair, des salles de spect. (ib., 2' série, X, 1858, p. 67) ; Note sur la ventil. des théât. (ib., XII, 1859, p. 107) ; Hygiène des théât. Ventilation, éclairage et chauffage (ib., XXII, 1864, p. 5). — Beaugrand, De la ventil. et de l’assain. des théât. (ib., XVI, 1861, p. 229). — Morin, Note sur la ventilation des nouveaux théâtres de Paris (C. R- Acad. Sc., LVI, 1863, p. 365). — Monthiers, Sur la ventil. mécan. des th. (Idem. et C. R • des travaux de la Soc. des Ingén. civ., 1867, p. 70). - 0. du Mesnil, Compte rendu de

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Casernes.

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Prisons.

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Ateliers, manufactures et usines.

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Mines.

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Chemins de fer.

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Édifices divers.

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Écuries et étables.

Lassaigne, Compos. de l’air confiné dans les éc. où ont respiré un certain nombre de chevaux, dans un temps déterminé, suivi de (jq. consid. sur la capacité des habit, destinées à cesanim. (C. R. Ac. Sc., XXIII, 1846, p. 1995). — Allibert, Rech. sur l’exhal. carbon, des anim. dom. (Ann. du Conserv. des Arts et Méc., IV, p. 140). — Mansuy, Hyg. des étables, Remiremont, 1868. — Maercker, traduit par Leyder, Rech. sur la ventil. naturelle et la ventilation artif., principalement dans les étables, ainsi que sur la porosité de qq. malér., Paris, 1873.

J. Bez.

VENTOUSES. — Les ventouses sont de petits vases en verre de forme à peu près hémisphérique, mais rétrécis à l’orifice dont les bords sont épais et arrondis pour éviter qu’ils coupent le derme, et qui, appliqués sur la peau après que l’air a été raréfié dans leur intérieur, occasionnent, par une sorte de succion, l’afflux du sang dans les parties sur lesquelles on les place. Lorsqu’à cela se borne l’effet que l’on veut obtenir, on fait une application de ventouses sèches ; les ventouses scarifiées, c’est-à-dire suivies d’incisions superficielles pratiquées sur les parties congestionnées, constituent un moyen d’obtenir une émission sanguine locale.

Voici comment on procède à l’application de ventouses sèches. La région du corps où on doit les placer étant dé couverte et les poils en ayant été rasés, s’il y a lieu, on dispose dans chaque ventouse un petit fragment de papier fin ou de coton qu’on a eu soin d’étirer de manière à le rendre aussi mince qu’un papier Joseph, afin qu’il brûle plus facilement ; on enflamme ce morceau de papier ou de coton et, quand la combustion est terminée, on applique la ventouse, par une pression légère, sur la peau de la région à proximité de laquelle on a eu le soin de la tenir. La chaleur développée par la rapide combustion des matières placées dans le petit vase de verre a raréfié l’air que contenait celui-ci et la peau sur laquelle appuie la ventouse, étant ainsi soustraite à une partie de la près-

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sion atmosphérique, car l’équilibre thermique ne tarde pas à se rétablir, bombe dans son intérieur avec une couleur rouge violacée due à l’afflux du sang qui s’y précipite. Au bout d’un certain temps la ventouse tombe d’elle-même, peut-être par suite de l’exhalation, dans sa cavité, d’une petite quantité des gaz du sang qui s’échappent à travers les tissus, ramenant ainsi sous la ventouse une pression égale à celle du dehors ; cependant il ne faut point compter sur cette chute spontanée, qui peut se faire attendre longtemps quand la combustion du coton s’est très-bien effectuée, et on doit enlever les ventouses après un temps de contact qui variera de deux à dix minutes ; faute de cette précaution on pourrait se trouver en présence d’une mortification superficielle du derme. Pour enlever les ventouses, on les saisit d’une main par leur sommet, ordinairement surmonté d’un bouton, et on les fait basculer en les entraînant d’un côté pendant qu’un doigt de l’autre main attire et maintient en sens inverse la peau qu’il déprime en même temps sous le bord du vase. La peau que recouvrait la ventouse conserve pendant quelques heures la tuméfaction et la couleur violacée que l’on avait aperçues à travers les parois de verre ; ce gonflement s’affaisse ensuite et cette teinte s’affaiblit peu à peu, pour disparaître en quelques jours, après avoir passé par les nuances de l’ecchymose, ce qui prouve que la diminution de pression avait été suffisante pour occasionner la rupture de quelques capillaires cutanés et l’extravasation d’une petite quantité de sang.

Tel est le procédé le plus ordinaire. Au lieu de papier ou de coton étalé on peut employer de la charpie ou de l’étoupe imbibées soit d’éther, soit d’alcool ; quelques gouttes de l’un de ces liquides versées dans le vase, puis enflammées, suffisent à échauffer la ventouse; parfois même on se borne à présenter celle-ci au-dessus de la flamme d’une lampe à alcool ou au voisinage d’une lampe ordinaire. Mais, lorsqu’on se sert d’un combustible quelconque introduit dans la ventouse, papier, coton, charpie, alcool ou éther, il faut avoir soin de n’appliquer le vase sur la peau qu’après extinction complète de la flariime ; faute de cette précaution on peut occasionner soit une brûlure superficielle, ce qui est exceptionnel avec le papier ou le coton qui s’éteignent vite, soit tout au moins une sensation douloureuse très-vive : avec l’éther, ou l’alcool ces accidents seraient plus marqués. C’est pour les éviter qu’on a cherché à obtenir le vide par d’autres procédés et qu’on a proposé divers instruments.

La ventouse Blatin consiste en une cupule profonde en caoutchouc vulcanisé, à parois très-épaisses, et dont l’orifice est maintenu béant par un fil métallique placé dans l’épaisseur du bord. Une main saisit l’instrument et comprime les parois de caoutchouc au point de les amener à se toucher : on applique la ventouse dont la cavité est ainsi presque effacée et elle adhère d’elle-même à la peau aussitôt que, la compression cessant, la cupule reprend sa forme et rétablit sa cavité. Mais cet instrument a l’inconvénient de n’être point à parois transparentes; pour y obvier, Charrière et Capron ont imaginé une ventouse en verre munie d’un robinet sur lequel se visse une poire de caoutchouc. Charrière avait déjà fait

VENTOUSES

une ventouse en verre à robinet auquel on adaptait un corps de pompe ordinaire. La térabdelle de Damoiseau n’est autre chose qu’un couple de ventouses communiquant, par des tubes de caoutchouc, avec deux corps de pompe. Hamon l'a simplifiée et rendue plus portative en n’employant qu’un corps de pompe.

Les ventouses en verre ont l’inconvénient de ne pouvoir s’appliquer sur tous les points du corps, notamment ceux qui sont le siège d’inégalités, de saillies osseuses, etc. Bondu a proposé de munir la ventouse ordinaire d’un très-court manchon en caoutchouc pouvant se mouler sur les parties. Si l’on voulait associer à cet avantage celui de la transparence des parois et de la facilité d’application sans source de chaleur ni machine aspiratrice, rien ne serait plus facile que de combiner la ventouse Blatin avec celle de Bondu en adaptant à un court cylindre de verre d’un côté un petit manchon en caoutchouc, de l’autre une cupule épaisse de même matière destinée à faire le vide.

Pour atteindre les parties profondément situées, Toirac a conseillé d’employer de petits tubes fusiformes en verre dont une extrémité s’applique sur les tissus, tandis que l’autre communique avec un long tube flexible de gomme élastique aboutissant à un corps de pompe qui permet de faire le vide.

Enfin nous nous bornerons à citer la ventouse Junod, vaste manchon métallique avec lequel on peut soustraire tout un membre à la pression atmosphérique et y attirer le sang au point de voir la face pâlir et la ^syncope se produire par suite de l’anémie cérébrale, j De tous ces instruments la ventouse ordinaire est encore celle dont on se sert le plus ; un verre à boire d’une certaine capacité pourrait la remplacer, en cas d’urgence. Se munir d’une ventouse Blatin, utile dans bien des circonstances et surtout pour donner lieu à une émission sanguine.

Ventouses scarifiées. ■ — Après avoir enlevé les ventouses sèches, on se sert soit d’un scarificateur (Voy. ce mot, t. XXXII), soit d’une lancette ou encore d’un bistouri à lame convexe, et on fait rapidement quelques incisions parallèles et distantes les unes des autres de 8 à 10 millimètres; ces incisions seront très-superficielles, c’est-à-dire ne dépassant pas un ou deux millimètres de profondeur, et ne devront porter que sur les tissus préalablement congestionnés par la ventouse elle-même. On réapplique ensuite celle-ci comme on l’a fait avant de pratiquer les scarifications et une petite quantité de sang s’accumule dans sa cavité; cette quantité est ordinairement très-faible, le liquide se coagulant très-rapidement et les scarifications n’étant jamais profondes, carie gonflement produit par l’application préalable de la ventouse fait que les capillaires les plus superficiels, les plus fins, sont seuls atteints par l’instrument tranchant; enfin le liquide reçu dans la ventouse y rétablit promptement l’équilibre de pression et l’aspiration n’a plus lieu. C’est quand on veut obtenir un écoulement un peu considérable de sang que la ventouse Blatin peut utilement intervenir, car on l’applique et on l’enlève très-rapidement un certain nombre de fois, la succion s’opérant à chaque application avec

VENTOUSES

une assez grande énergie, puisqu’on la débarrasse chaque fois du sang qu’elle contenait. Un pansement simple termine l’opération ; un cataplasme tiède peut être maintenu pendant quelques heures sur les scarifications pour y entretenir l’exhalation sanguine.

Les indications générales des ventouses sèches et scarifiées ont été posées à propos de la médication révulsive qui les compte parmi ses agents ( Voy . l’article Révulsion, t. XXXI).

Révulsif peu douloureux et attractif des liquides, la ventouse, sèche est surtout opposée aux hyperémies ; les cas dans lesquels on l’emploie le plus souvent sont les congestions pulmonaires, celles des fièvres graves notamment. On en applique alors un grand nombre sur la poitrine, l’abdomen, et on renouvelle cette application plusieurs jours de suite et même plusieurs fois par jour. Lorsque les fièvres paludéennes s’accompagnent d’engorgement de la rate, les ventouses sèches sur la région splénique concourent à diminuer le volume de l’organe ; il n’est pas mauvais de faire suivre cette application d’un badigeonnage avec de la teinture d’iode qui aide à la résolution. Les mêmes moyens sont utiles contre lès congestions du foie.

Les hémorrhagies ne sont qu’un degré plus accentué de la fluxion qui occasionne l’hyperémie : aussi les ventouses sèches sont-elles conseillées dans le traitement des hémoptysies, à titre de moyen adjuvant qui a son importance et parfois une importance capitale quand l’hémorrhagie est menaçante par la quantité de sang perdue : mais, alors il faut les appliquer en nombre considérable et même se servir, si on la possède, de la ventouse Junod, qui change brusquement et complètement les conditions circulatoires, moyen surtout physique de modifier l’équilibre hydraulique et qui n’est si puissant contre le mouvement fïuxionnaire que par son excessive brutalité.

Un autre usage des ventouses se lie au traitement des inoculations virulentes ou venimeuses, piqûres et morsures. En attendant de pouvoir procéder à la cautérisation énergique et profonde qu’il faut toujours pratiquer, on établira une ligature autour du membre et au-dessus du point blessé, tandis qu’on appliquera sur la blessure elle-même une ventouse qui devra être remplacée au fur et à mesure que le sang s’écoulera par la plaie.

On peut se servir de ventouses pour désemplir les mamelles distendues par le lait.

Les ventouses scarifiées s’appliquent plus spécialement au traitement des névralgies et à celui des inflammations aiguës à leur début, ou des inflammations chroniques ; dans ces divers cas elles remplissent les indications révulsive et déplétive. Nous n’avons qu’à renvoyer, pour de plus amples renseignements, à l’étude des émissions sanguines (Voy. l’article Saignées, t. XXXII).

Damoiseab, La térabdelle ou machine pneumatique opérant à volonté la saignée locale et la révulsion aux prineip. rég. du corps humain, 1862. — Gaujot, Arsenal de la chir. contemporaine, Paris, 1872, t. II, chap. nr, p. 194.

Adrien Gués.

YÉRATRINE. 79

VÉRATRI1VE. — En 1818, Meissner, pharmacien à Halle, découvre cet alcaloïde dans les semences de lacévadille (Veratrum sabadilla) et, en raison de sa provenance, lui donne le nom de sabadilline. L’année suivante, Pelletier et Caventou constatèrent, dans les racines du vératre blanc ( Veratrum album) et les bulbes de colchique ( Colchicum autumnale), l’existence de cette même substance qu’ils appelèrent vêratrine, du nom qu’elle a porté jusqu’à aujourd’hui.

Magendie entreprend l’étude de son action physiologique, et indique le premier la possibilité de son emploi dans le traitement de la constipation chez les vieillards. Ses leçons publiées par Andral attirèrent l’attention des médecins sur cette substance nouvellement découverte, et un Anglais, Turnbull, tenta d’étudier son influence thérapeutique et de poser les indications de son administration .

Puis Esche reprit les expériences physiologiques de Magendie, en injectant la vêratrine dans les veines jugulaire et crurale, en l’introduisant dans les cavités de la plèvre et du péritoine, etc.; à la suite, de nombreux expérimentateurs étudièrent son action physiologique, et parmi les principaux je citerai van Praag, Kôlliker, Faivre et Leblanc, Schroff, Hirt et Bezold, Prévost, Rossbach et ses élèves, Pécholier et Rédier, etc.

Quant aux essais thérapeutiques, ils furent aussi nombreux; il me suffira de rappeler les travaux d’Aran, de Piédagnel, d’Oulmont, de Labbée, de Bitot en France; de Kocher, d’Alt, de Pégaitaz, etc., à l’étranger.

Bien qu’on l’ait contesté, il est certain que la vêratrine n’existe pas seulement dans les semences de la cévadille, elle se trouve encore dans le rhizome du Veratrum album et dans le Veratrum viride ; toutefois elle s’y trouve mélangée avec d’autres alcaloïdes, avec la jervine pour le vératre blanc, avec la vératroïdine et la viridine pour le Veratrum viride; enfin dans le Veratrum sabadilla on trouve conjointement avec la vératrine deux autres substances, la sabadilline et la sabalrine.

On a peu étudié l’action physiologique de ces divers congénères de la vêratrine; il est permis de .supposer que leurs propriétés se rapprochent beaucoup de celles que l’on accorde à cette dernière, et qu’elles n’en diffèrent que par une- intensité moindre dans leur action. On trouvera plus loin les chiffres qu’a donnés Urpar relativement à ce point spécial.

On sait que l’on nomme souvent ellébore blanc et ellébore vert les deux Veratrum album et viride; on ne confondra cependant pas ces deux représentants de la famille des Colchicacées avec YElleborus niger qui appartient à la famille des Renonculacées et dont les propriétés toxiques au plus haut point n’ont rien de commun, comme action, avec celles des deux varaires, et qui s’en distingue encore par ce fait que les racines de Fellébore noir ne doivent pas leur activité à des alcaloïdes, mais à deux glycosides, 1 ’elléborine et Y elléboréine.

La vêratrine est une poudre cristalline, blanche ou légèrement verdâtre ; elle est inodore, mais d’un goût amer et âcre; presque insoluble dans

80 VÉRATRINE. — action sdr la peau, action sur le tube digestif. l’eau qui n’en dissout que 1/1000 à 100°, elle est par contre très-soluble dans l’alcool, la benzine et le chloroforme.

Physiologie. — Action sur la peau. — La vératrine est certainement, dans le groupe des alcaloïdes, un de ceux qui exercent topiquement l’action la plus irritante, et, d’après Gubler, elle viendrait en seconde ligne, après l’aconitine. Appliquée sur la peau en solution alcoolique, ou incorporée à une pommade, elle produit, à la suite d’une friction un peu prolongée, une sensation d’ardeur et de chaleur, parfois même une douleur véritable et assez intense à laquelle fait suite une sensation d’engourdissement, une sorte d’anesthésie locale. Parfois la peau devient rouge et se couvre de vésicules, mais cette modification de la circulation locale n’est point une condition nécessaire pour la production des phénomènes d’hyperesthésie; souvent la coloration du tégument n’est pas modifiée, et ce n’est qu’après des efforts énergiques de friction répétée qu’on voit apparaître la rougeur. Il semble que la substance agisse sur les extrémités des nerfs de sensibilité générale, pour les exciter d’abord, et pour déterminer ensuite un amoindrissement de leur excitabilité. On a comparé les sensations de picotements du début aux effets du pinceau électrique ; il est certain qu’il ne s’agit pas d’une action excitante d’ensemble sur tous les éléments de la peau, comme le ferait la moutarde, par exemple, c’est une action en quelque sorte élective sur les terminaisons périphériques des nerfs sensibles.

Sur les muqueuses, la vératrine agit d’une manière semblable; depuis les premières expériences de Magendie on sait que son aspiration par les narines produit de formidables éternuments et un coryza passager. C’est sans doute en raison de son action excitante qu’on utilisait autrefois la poudre de l’ellébore blanc comme poudre sternutatoire ; il paraîtrait même, d’après Harnack, que cet emploi persiste encore en Allemagne, chez les gens du peuple.

Sur la peau dénudée, ce sentiment d’ardeur si vive est encore plus intense et ressemble beaucoup à celui de la brûlure. Les injections souscutanées de solutions à la vératrine sont également difficiles à tolérer, elles provoquent des effets particulièrement pénibles qui peuvent durer pendant plusieurs heures, d’autres fois, elles s’accompagnent de tumeurs douloureuses qui contiennent une certaine quantité de pus séreux (Pécholier).

Action sur le tube digestif. — Dans la bouche et le pharynx, l’ingestion d’une petite quantité de cette substance provoque une saveur âcre, une sensation de chaleur assez vive, promptement suivie d’une salivation plus ou moins abondante. Dans l’arrière-gorge, les phénomènes d’ardeur locale peuvent être portés au point de gêner l’expiration et de rendre la déglution difficile. Bientôt il y a irradiation du côté du creux épigastrique, une chaleur inaccoutumée se répand dans la poitrine et même dans tout le corps, jusqu’aux extrémités des membres. Puis se manifestent des nausées et des vomissements, même à la suite d’ingestion de faibles doses (5 milligrammes), et un peu plus tard apparaissent de

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