‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 4 sur 143 · VÉRATRINE. - ACTION' SUR LE CŒUR ET LA CIRCULATION · texte numérisé non relu

VÉRATRINE. - ACTION' SUR LE CŒUR ET LA CIRCULATION

violentes douleurs abdominales accompagnées de ténesme, de déjections alvines parfois mêlées de sang.

Ollivier et Bergeron disent n’avoir observé que du ténesme très-douloureux, sans une véritable diarrhée, mais la plupart des observateurs se rattachent à l’opinion de Gubler, qui fait de la vératrine un émétocathartique violent, et qui considère son action sur le tube intestinal comme provoquant constamment une sécrétion exagérée de ses follicules muqueux.

Toutes ces manifestations symptomatiques se produisent, quelle que soit la voie d’introduction du médicament, et l’on voit les phénomènes d’ardeur stomacale, les vomissements et la diarrhée séreuse, survenir aussi bien comme conséquence de l’injection du principe toxique dans le tissu cellulaire ou dans le système veineux qu’à la suite de son ingestion par les premières voies.

Action sur le cœur et la circulation. — Cette action est un peu compliquée, car elle varie selon l’espèce d’animaux utilisés pour les expériences, et surtout selon les doses employées.

La plupart des auteurs signalent, à la suite de Faivre et Leblanc, un ralentissement de la circulation comme premier effet de l’influence de la véralrine ; avant eux déjà les cliniciens avaient observé sur l’homme fébricitant la diminution de la rapidité et de l’impulsion du cœur; Piédagnel dans le rhumatisme articulaire aigu et Aran dans la pneumonie avaientnoté un ralentissement du pouls et un amoindrissement de l’orgasme inflammatoire : aussi avaient-ils basé sur la constance de ces phénomènes l’indication de l’emploi de la vératrine dans les maladies fébriles.

Chez les grenouilles, quand on veut apprécier exactement les effets du poison sur l’organe central de la circulation, il est nécessaire, comme Prévost l’a montré, de considérer l’espèce employée dans ce but expérimental. Après de nombreuses tentatives, cet observateur est arrivé à se convaincre que la différence qu’il avait cru trouver dans ses résultats provenait d’une susceptibilité différente que présentent la grenouille rousse ( Rana temporaria) et la grenouille vert e (Rana viridis ), la première étant beaucoup plus sensible à l’action du poison ; chez elle l’influence toxique se manifeste vite et les battements du cœur se ralentissent et diminuent d’intensité au bout de peu de temps ; cet affaiblissement de la contraction est surtout manifeste à la pointe du ventricule. Le cœur de la Rana viridis, qui offre une résistance beaucoup plus grande, peut présenter une persistance des battements ralentis pendant plusieurs jours, et au bout de ce temps les contractions augmentent peu à peu d’intensité et reviennent graduellement à l’état normal.

Chez la Rana temporaria, au contraire, la marche des phénomènes est plus accélérée, les battements diminuent en très-peu de temps et finissent vite par s’éteindre complètement. C’est dans les cas seuls où l’on n’a employé que de très-faibles doses de vératrine que le retour à l’état normal se fait d’une façon progressive, mais le plus souvent le cœur cesse de battre et l’animal meurt.

82 VÉRATRINE. — action sdr le cœbr et la circblation.

Le cœur s’arrête en systole, le ventricule est rigide, vide de sang et contracturé. Les contractions qui précèdent cette cessation des mouvements cardiaques sont de longue durée, la systole l’emporte notablement sur la diastole, et quand le ventricule est vidé il ne se laisse que très-" lentement distendre par le sang qui y afflue de nouveau. Hirt assimile cette forme particulière de la systole à la lente décontraction qui se manifeste d’une façon si remarquable sur les muscles striés qui ont subi l’influence de la vératrine. En 'effet, lorsqu’à l’exemple de Coals on place le cœur, après l’avoir excisé, de telle façon qu’il puisse inscrire sur un appareil enregistreur le graphique de ses contractions, on trouve une courbe qui présente la plus grande analogie avee celle que donnent les muscles vératrinisés.

Si l’on coupe préalablement le pneumogastrique, il y a accélération des battements et augmentation de la tension artérielle, mais rapidement les contractions se ralentissent et s’affaiblissent pour disparaître plus rapidement et plus sûrement que chez les animaux qui ont conservé ce nerf intact (Ilirt).

Lorsque au contraire on agit sur le pneumogastrique d’un cœur déjà vératrinisé, on voit que son irritation, de même que celle du sinus veineux, pas plus que l’empoisonnement par la muscarine, n’ont la moindre influence sur l’activité de l’organe. Quant à la vératrine, son intervention fait cesser immédiatement l’arrêt du cœur, déterminé par la muscarine (Nothnagel et Rossbach). L’empoisonnement par l’atropine ou la curarine ne peut pas non plus exercer la moindre influence snr les . phénomènes toxiques caractéristiques de la vératrine (Bôhm) .

Chez les animaux à sang chaud, le résultat est à peu près le même, pour peu que les doses employées soient suffisantes. Chez eux, le myocarde réagit comme les autres muscles vis-à-vis du poison, il y a d’abord accélération du pouls et augmentation de la pression sanguine; bientôt, à mesure que les effets se font sentir plus manifestement, les contractions se ralentissent peu à peu jusqu’à baisser de moitié, enfin le cœur s’arrêterait complètement et son arrêt déterminerait la mort, si l’on n’avait soin de pratiquer la respiration artificielle.

Il y a une sorte d’épuisement de la contractilité du myocarde, puisque vers la fin de l’empoisonnement, lorsque la systole persiste encore, le muscle ne réagit plus et devient inexcitable.

Les expériences de Rossbach et de ses élèves ont montré quelle était la cause de cette exagération qui se remarque au début du côté de l’activité ventriculaire. D’après ces observateurs, les muscles vératrinisés, aussi bien chez les animaux à sang froid que chez ceux à sang chaud, présentent non-seulement une augmentation dans la durée de leur contraction, mais encore ils réalisent une force trois fois supérieure à celle que donnerait un muscle ordinaire soumis à des excitations de même nature. En outre les mêmes expérimentateurs ont montré, chez les animaux à sang chaud, que, lorsqu’un muscle est épuisé par des contractions

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répétées, il trouve dans la vératrine une source d’énergie nouvelle, sa force est quadruplée.

De pareils résultats expliquent la possibilité de rendre à un cœur en tendance d’asystolie son activité et son fonctionnement normal.

Cependant, malgré cette action si remarquable et en quelque sorte élective de la vératrine sur le cœur, on ne doit pas assimiler cette substance à la digitale, à l’inée, à l’upas antiar, au venin de crapaud, etc., en un mot, il ne faut pas la ranger dans les poisons du cœur. Prévost a fait justement remarquer que la vératrine agit directement sur tous les muscles striés, et qu’à ce titre le myocarde subit l’influence de ce poison, mais qu’il la subit faiblement en comparaison des autres muscles striés. Quelle que soit la voie d’introduction de la vératrine, qu’on l’applique directement sur le cœur ou qu’on l’introduise par la voie hypodermique, les muscles striés sont influencés bien avant que l’on remarque des troubles notables du côté de l’organe central de la circulation, ce dernier n’est plus le primum moriens,, car les autres muscles offrent déjà ces contractures spasmodiques qui caractérisent l’intoxication avant que les battements du cœur soient modifiés d’une façon notable.

Lorsque le cœur cesse débattre, l’arrêt se fait toujours en systole, selon Prévost, toujours en diastole, d’après Pécholier et Redier. On peut expliquer ces résultats contradictoires par ce fait que les deux formes d’arrêt peuvent avoir lieu selon la lenteur plus ou moins grande de l’empoisonnement. En effet, Urpar a montré qu’on peut, à volonté, obtenir l’arrêt en systole ou en diastole en se servant de doses fortes ou faibles. Il a pu produire l’arrêt en systole non-seulement chez la grenouille, comme Prévost, mais encore chez le pigeon (2 fois), chez le cobaye (1 fois), mais beaucoup plus difficilement chez le lapin et surtout chez le chien; il faut, dans ce cas, que l’animal meure rapidement par arrêt du cœur et non par asphyxie, car dans ce dernier cas, qui est la forme habituelle de la mort chez les mammifères, l’empoisonnement est plus long et c’est la règle alors que le ventricule s’arrête en diastole.

On observe aussi chez l’homme fébricitant des phénomènes de ralentissement analogue. D’après Aran, la lenteur des battements du cœur et, par suite, la diminution des pulsations artérielles, occupent certainement la première place parmi les phénomènes physiologiques que détermine l’emploi de la vératrine. Dans six observations de pneumonie, il a vu le pouls tomber, dans les vingt-quatre premières heures qui ont suivi l’administration de cet alcaloïde, de 22 à 60 pulsations, en moyenne de 36. En même temps qu’il se ralentit, le pouls conserve d’abord sa régularité tout en se concentrant et en perdant de la force. « Bientôt, et à mesure qu’il se ralentit davantage, il cesse d’être régulier ; non pas que les battements se succèdent avec tumulte dans certains moments pour se montrer réguliers dans d’autres, mais il y a des retards, et de temps en temps l’intervalle qui les sépare augmente au point qu’on peut voir manquer une ou deux pulsations. Les battements du cœur

84 YÉRATRINE. — action sur la respiration et la température. éprouvent le même ralentissement et subissent les mêmes irrégularités que le pouls; les bruits de cet organe se voilent et deviennent de plus en plus obscurs à mesure que marche le ralentissement. »

C’est dans cet affaiblissement graduel qu’il faut chercher la cause du discrédit dans lequel est tombé l’emploi de la vératrine, car il est loin d’être sans danger; l’augmentation de l’énergie cardiaque, qui est le phénomène initial, n’est que passagère, et bientôt on voit apparaître, en même temps qu’un collapsus généralisé, un affaiblissement de l’action du cœur qui se détermine par la paralysie complète de cet organe.

Les cœurs lymphatiques n’échappent pas non plus à l’influence de la vératrine. Prévost, qui a bien étudié cette partie de l’empoisonnement, a vu qu’au bout d’un temps très-court, avant même que le cœur sanguin soit affecté, les battements des cœurs lymphatiques ne sont plus appréciables sur les grenouilles rousses. Les effets sont beaucoup moins marqués sur les grenouilles vertes, chez lesquelles on peut apercevoir de légers battements ralentis, mais subsistant néanmoins dans la plupart des cas, à moins d’intoxication très-violente.

Action sur la respiration et la température. — Au début, il y a accélération des mouvements respiratoires, sans doute par excitation des centres qui président à cette fonction, mais bientôt la respiration, qui est dans une connexion si étroite avec la circulation, subit, comme cette dernière, un ralentissement progressif et plus ou moins accéléré selon l’activité de l’alcaloïde. Les doses massives paralysent les centres respiratoires, et c’est avec l’arrêt du cœur une des causes de la mort dans les cas d’empoisonnement.

Chez l’homme, Aran a vu que le nombre des respirations est tombé à six par minute, chez ses pneumoniques, du premier au deuxième jour du traitement : ce que Rabuleau attribue à la paralysie des muscles dilatateurs de la poitrine. Il semble plus simple d’invoquer une action sur les centres respiratoires, en raison surtout de cette, accélération initiale qui est généralement un phénomène constant.

Il semblerait aussi que de petites doses déterminent un amoindrissement de la sensibilité de la muqueuse des voies respiratoires ; c’est en raison de cette action qu’on emploie la teinture du Veratrum viride, dans l’Amérique du Nord, contre la toux tenace et grave des bronchites profondes, de la coqueluche, etc. (Harnack).

La température centrale est à peu près constamment abaissée; les chiffres précis de Pégaitaz ne laissent aucun doute à cet égard, non-seulement pendant la fièvre, ce que tout le monde admet, mais encore à l’état physiologique. Sur un chien, en pleine digestion, qui présentait au début de l’expérience une température de 40°, on vit celle-ci s’abaisser de 3° 1/10 au bout de peu de temps, sans que le sujet succombât; sur un autre animal, cet abaissement fut de 3° */u5 ^ est vrai que l’expérience se termina par la mort. Le même observateur a obtenu des résultats à peu près semblables chez des fébricitants ; dans un cas de pneumonie, la température de 40°, 2 tomba à 37°, 2 au bout de dix heures, et

VÉRATRINE. — action sdr la respiration et la température. 85 chez un pleurétique le même résultat fut obtenu ; la température resta abaissée pendant trois heures seulement, elle remonta, il esterai, mais non point à la hauteur primitive. Toutefois, de pareils résultats ne furent que passagers, car de nouvelles doses de vératrine ne réussirent plus chez les mêmes patients à provoquer une diminution aussi marquée de la fièvre.

Avant les recherches précises de Pégaitaz, on savait déjà que « tel malade laissé la veille avec une peau sèche et brûlante était retrouvé le lendemain avec une peau fraîche, froide même, baignée de transpiration et donnant à la main la sensation désagréable que fait éprouver le contact d’un animal à sang froid » (Aran).

Comme on le verra plus loin, toutes les tenta tires thérapeutiques pratiquées sur des fébricitants concordent à cet égard. A l’état sain, l’abaissement de la température centrale est plus difficile à réaliser, comme on sait, et dans l’appréciation des résultats obtenus il faut tenir compte de l’état nauséeux des sujets, des vomissements qui peuvent survenir; il faut surtout faire entrer en ligne de compte la dépression du système nerveux qui, dans les expériences terminées par la mort de l’animal, conduit rapidement au collapsus terminal. Néanmoins les chiffres donnés par Pégaitaz sont très-probants, et permettent d’admettre que, même à l’élat sain, l’absorption de la vératrine, administrée par la méthode hypodermique, provoque un abaissement de la température centrale.

Labbée, Hermann et Claus, signalent aussi un semblable résultat, Hôgyes seul est arrivé à des conclusions différentes. Il admet que la vératrine retarde le refroidissement normal et que, par là, elle augmente la température de l’estomac, car ses recherches ont été pratiquées sur cet organe. J’avoue que la lecture de son travail ne m’a point convaincu. Il ne donne en réalité que deux expériences dans lesquelles il s’est servi de doses énormes, 25 centigrammes, sur deux chiens, l’un pesant 1060 grammes et l’autre 710 grammes seulement : aussi la mort est-elle survenue rapidement, même avec une température décroissante. Les résultats ne se rapportaient en somme qu’aux effets toxiques et non point aux effets physiologiques de l’alcaloïde ; les animaux ont succombé en moins de deux heures, et pendant cet espace de temps ils ont éprouvé des convulsions qui ont naturellement influé sur la marche de la chaleur centrale.

Lorsque l’abaissement de la température n’est pas d’ordre absolument toxique, il est permis de la regarder comme secondaire et consécutive aux modifications qui apparaissent tout d’abord du côté du cœur et des fondions respiratoires. Kocher croit que la vératrine agit sur le centre régulateur thermique qu’elle excite tout d’abord; quant à Binz, il suppose volontiers que l’alcaloïde a une action directement paralysante sur les globules blancs du sang, analogue à celle qu’il a démontrée pour la quinine : ce qui est vrai, puisqu’une solution de vératrine au 1/1500 millième abolit complètement les mouvements amiboïdes de ces éléments lymphatiques. Mais il ne faut pas oublier que l’action antithermique de

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