‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 32 sur 143 · VERTIGE. - TRAITEMENT. BIBLIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

VERTIGE. - TRAITEMENT. BIBLIOGRAPHIE

Considérer le symptôme vertige indépendamment de la cause, c’est renoncer à faire un pronostic exact. En effet, dit Lasègue, « le vertige est une maladie d’imposture. On a un petit vertige avec une grande maladie et un grand vertige à propos d’un malaise indifférent. Le vertige est tout ou rien : le vertige cérébral est grave, le vertige stomacal n’est rien. Quelquefois même le vertige est toute la maladie et rien ne peut mettre sur la voie de la cause. » Aussi l’étude de la notion étiologique doit-elle prendre ici une importance primordiale, et c’est d’après la maladie principale (épilepsie, dyspepsie, etc.) que le pronostic pourra être porté.

Traitement. — Les causes du vertige sont trop variées pour qu’il puisse exister un traitement univoque de cette affection. Chaque espèce doit être soumise à un traitement spécial, dans lequel les indications seront surtout tirées de la maladie principale, cause du vertige. D’une façon générale, on peut dire que le vertigineux doit, au moment de son accès, garder le silence et l’immobilité et rechercher les endroits obscurs ou tout au moins le demi-jour. Quant aux médicaments internes (antipasmodiques), ils ont malheureusement peu d’efficacité pour combattre le vertige et souvent le médecin est obligé, comme dans la migraine, de s’en rapporter à l’empirisme des malades. C’est ainsi que l’eau de mélisse, le thé, le café, la caféine, le camphre, le castoréum, ont pu compter quelques succès. Dans le vertige de Ménière, le sulfate de quinine a été tenté à doses élevées et prolongées. Le professeur Charcot et ses élèves Feré et Demars ont cité plusieurs observations de ce genre où le traitement fut suivi d’un plein succès. La règle du traitement, d’après ces auteurs, consiste à administrer le sulfate de quinine à la dose de 60 à 80 centigrammes par jour. On donne ce médicament pendant huit ou quinze jours, sans tenir compte de l’exaspération apparente, on suspend pendant un temps égal, on reprend, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on obtienne le résultat voulu. Dans une observation de Good, le vertige a été heureusement modifié par l’emploi des courants continus sur la colonne vertébrale.

Pour plus do détails, art. Vebtige du Dict. en 60 vol. et Axenfeld et Huciiard (H.), Traité des névroses, p. 252, Paris, 1883. — Galien, Des lieux affectés. Œuvres, trad. de Daremberg, Paris, 1856, tome II, p. 575. — Wepfer, Observationes medico-practicæ de affeeiibus capitis, 1727, p. 217, 514. — La Mettrie, Traité du vertige. Rennes, 1757. — Frank (J. P.), Traité de médecine pratique, traduction Goudareau, Paris, 1842, tome II, p. 404. — Sandbas, Traité pratique des maladies nerveuses, Paris, 1851. — Blondeau (L.), Du vertige goutteux ( Arch . gén. de méd., juin 1857). — Lussana (F.), Monographie delle vertigini e ricerche di fîsiologia nevrologica, Milano, 1858. — Simon (Max), Du vertige nerveux et de son traitement (Mém. de l’Acad. de méd., tome XXII, 1858). — Spring, Symptomatologie ou Traité des accidents morbides, 1866-68, tome I, p. 710. — Schklarewskï, Kleinhirn und Bogengânge der Yogel [Kônigl. Gesellsch. der Wissensch. zu Gôttingen, 1872). — Goéseau de Mussï, Leçons sur le vertige ( Gaz . des hôpit., 1871, et Cliniq. méd., 1874, tome I). — Bekthold, Ueber die Function der Bogengânge des Ohrlabyrinthes (Arch. für Ohrenkeilkunde, 1874). — Lasègue . (Ch.) , Vertige mental. Communication faite à l’Académie de médecine, janvier 1876, Etudes médicales, tome . I, p. 775, 1884. — Féré (Ch..) et Demars (Ach.), Note sur la maladie de Ménière et en particulier sur son traitement par la méthode de M. Charcot. Revue de médecine, 1881. — Robin (Alb.), Des affections cérébrales consécutives aux lésions non traumatiques du rocher et de l’appareil auditif, th. d’agrég., 1883, J. B. Baillière. — Marie et Walton

VÉSICANTS, VÉSICATOIRE. — ammoniaque. 245

Du vertige de Ménière tabétique (Revue de Médecine , janvier 1885). — Millet (J.), Des vertiges chez les aliénés (Ann. méd.-psych., 1884, p. 58 et 204). — Giraddeau (C.), Des accidents vertigineux et apoplectiformes dans le cours des maladies de la moelle épinière, thèse de Paris, 1884.

Henry Gilson.

VÉSANIE. Voy. Folie, t. XV.

VÉSICANTS. VÉSICATOIRE. — Les agents vésicants sont ainsi nommés parce qu’ils ont la propriété de déterminer le soulèvement de l’épiderme par suite de l’accumulation au-dessous de lui d’une certaine quantité de sérosité appelée par l’irritation qu’ils engendrent au point avec lequel ils ont été maintenus plus ou moins longtemps en contact. Le terme de vésicatoire s’emploie pour désigner aussi bien la préparation destinée à provoquer la vésication que le résultat obtenu.

La matière médicale possède de nombreux agents vésicants tirés, les uns du règne inorganique, les autres du règne organique. Parmi les premiers nous citerons le calorique, employé le plus souvent sous la forme du marteau de Mayor, le nitrate d’argent, l’ammoniaque. Les végétaux sont susceptibles de fournir de nombreux agents vésicants : tels tous les daphnés et surtout le garou ou daphné mezereum, certaines renonculacées, comme la clématite, des euphorbiacées (croton-tiglium), la moutarde parmi les crucifères, le thapsia parmi les ombellifères, etc. Enfin les animaux donnent le vésicant de beaucoup le plus employé, la cantharide. En effet, ce n’est que très-exceptionnellement que l’on a recours à un autre agent, soit qu’il s’agisse d’un sujet chez lequel on redoute l’action spéciale exercée par la cantharide sur les voies urinaires, soit que l’on veuille provoquer extemporanément la vésication. En pareils cas, on se sert ordinairement de l’ammoniaque. Avant d’en venir à l’étude des effets et des indications des vésicants ou du vésicatoire, je vais donc décrire le mode de procéder pour l’application de l’un et l’autre de ces agents journellement usités en thérapeutique, et cela en ayant soin de ne pas répéter ce qui a déjà été dit aux articles Ammoniaque et Cantharides du présent ouvrage.

Ammoniaque. — Plusieurs procédés permettent de produire la vésication de la peau à l’aide de l’ammoniaque. On peut se servir de la pommade de Gondret (axonge et suif âà 1 partie, ammoniaque 2 parties) que l’on dispose en couche mince sur le point où l’on veut établir le vésicatoire : au premier abord, il se produit une sensation de fraîcheur due à l’évaporation d’une partie du gaz ammoniac, puis survient de la chaleur suivie de cuisson, et au bout de 10 à 20 minutes la vésication est effectuée : elle se décèle par l’apparition d’un cercle rouge autour du point où la pommade a été appliquée, auréole indiquant qu’au-dessous même de la pommade l’irritation est parvenue à un degré plus élevé que celui de la simple rubéfaction. Il ne reste plus qu’à essuyer la pommade et à frotter l’épiderme, si on veut mettre à nu le derme sous-jacent.

r- Le plus ordinairement on s’adresse à l’ammoniaque liquide que l’on a toujours-sous la main, tandis que la préparation de la pommade de Gon-

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dret demande du temps et des soins, ou, si elle est faite à l’avance, l’évaporation peut lui avoir enlevé presque toute son activité. Tantôt on frictionne la partie à vésiquer avec une flanelle ou un linge un peu rude imbibé de la solution ammoniacale : la peau rougit d’abord, plus tard se soulève en vésicules que la friction dilacère, et le derme est mis à nu ; mais ce procédé est très-douloureux, car le liquide irritant vient se mettre directement en contact avec le derme mis à nu par le frottement et la friction elle-même aggrave la douleur produite sur les points les premiers dénudés : on ne le mettra donc en pratique que chez les individus privés de sentiment et qu’il s’agit de rappeler à la vie en faisant appel aux derniers vestiges de sensibilité. Une autre manière de faire consiste à imbiber d’ammoniaque la face spongieuse d’une rondelle d’amadou que l’on applique ensuite sur la peau, tandis que la face lisse et dense, tournée vei's l’extérieur, s’oppose à l’évaporation du gaz; ce procédé est préférable à celui de la compresse repliée 10 ou d2 fois sur elle-même : assurément cette épaisseur de linge imbibée du liquide irritant peut produire la vésication, mais cela demande un temps quelquefois fort long, car l’évaporation diminue l’activité de l’agent vésicant, en même temps qu’elle amène au contact des voies respiratoires du malade, ainsi que de l’opérateur, des vapeurs parfois fort irritantes et toujours très-désagréables. Toutefois ces inconvénients peuvent être évités en recouvrant l’appareil d’un taffetas ciré. Mieux vaut encore employer le dé à coudre de Bretonneau, dans lequel on tasse de la ouate que l’on imbibe ensuite d’ammoniaque. Ce petit appareil est alors renversé sur la peau et on l’enlèvequand apparaît, à son pourtour, le cercle rouge indiquant qu’au-dessous du dé l’inflammation est arrivée à produire la vésication ou brûlure au deuxième degré. Ce procédé convient quand il s’agit de dénuder le derme sur une petite étendue, pour y déposer un médicament actif, par exemple ; lorsqu’on veut produire l’effet révulsif du vésicatoire, comme il faut alors une plus grande surface vésiquée, on remplacera le dé à coudre par une ou plusieurs ventouses remplies de coton ou de charpie, dont on arrose la surface avec de l’ammoniaque. Si l’on craint de ne pas convenablement apprécier le degré d’irritation en se basant sur l’auréole rouge qui entoure le dé ou la ventouse, il est facile de soulever de temps en temps l’appareil et d’arrêter l’irritation quand on le juge à propos : 10 ou i 5 minutes suffisent parfaitement pour produire le soulèvement de l’épiderme, sinon immédiatement, au moins au bout de très-peu de temps, le travail de vésication continuant, ainsi que nous le dirons à propos du vésicatoire cantharidé, après la cessation du contact de l’agent irritant.

Le pansement de ce vésicatoire diffère suivant qu’il s’agit de produire une vive et passagère révulsion ou de dénuder le derme. Dans le premier cas, on laisse l’épiderme soulevé en place, après avoir percé la bulle, comme on le fait pour le vésicatoire volant cantharidé. Dans le second, on enlève l’épiderme, soit en le coupant avec des ciseaux, si le soulèvement a été complet, soit en frottant avec un linge, s’il faut agir sans

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