‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 33 sur 143 · VÉSICANTS, VÉSICATOIRE. - CANTHARIDE. ACTION PHVSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

VÉSICANTS, VÉSICATOIRE. - CANTHARIDE. ACTION PHVSIOLOGIQUE

attendre que l’épiderme ait été détaché autrement qu’en petites vésicules. La substance médicamenteuse ayant été ensuite déposée sur le vésicatoire, on panse avec une rondelle de taffetas ciré destinée à entretenir l’humidité de la plaie : un morceau de taffetas gommé maintient le tout. Le lendemain on trouve la surface du vésicatoire recouverte d’une sorte de fausse membrane qu’il faut enlever, afin d’assurer l’absorption du médicament qu’on doit mettre au contact de la plaie : on agit de même aux pansements suivants, mais vers le 4e ou le 5e jour il devient difficile ou impossible d’ôter cette fausse membrane qui adhère au derme et s’organise, amenant une cicatrisation complète. L’épaisseur de cette membrane est en raison du degré d’irritation engendré par l’ammoniaque : il y aura donc tout intérêt, quand on voudra l’éviter, à ne laisser que peu de temps en place le liquide vésicant qu’on retirera dès que le cercle rosé commencera à paraître autour de la cupule pour le remplacer par un cataplasme ou un linge cératé au-dessous duquel s’achèvera le travail de la vésication.

Cantharide. — Pour établir un vésicatoire cantharidé on s’adresse à diverses préparations ; les plus usitées sont le sparadrap vésicant et la mouche de Milan ( Voy . l’article Cantharides, t. VII). L’emplâtre est maintenu appliqué par des bandelettes de diachylon et par un bandage convenable; cette précaution est inutile quand on emploie la mouche de Milan, plus adhésive que le vésicatoire. Après l’avoir laissé en place un temps suffisant, temps qui ne dépassera jamais 8 heures, mais qui peut être bien moindre (2 heures suffisent chez les enfants et chez les personnes ou sur les régions à peau fine), on enlève l’emplâtre et on le remplace par un cataplasme ou par un linge cératé. Quelques heures plus tard, le lendemain matin, par exemple, si le vésicatoire a été appliqué le matin et enlevé dans l’après-midi, on trouve l’épiderme entièrement soulevé en une bulle que l’on perce à sa partie déclive, pour en faire écouler le liquide, et que l’on recouvre ensuite d’un pansement simple. Lors du second pansement on agira différemment selon que l’on voudra établir un vésicatoire à demeure, un exutoire, ou qu’on n’aura eu pour but que de faire une brusque révulsion par un vésicatoire volant. Dans ce dernier cas on n’a qu’à panser encore àu cérat ou, plus simplement, recouvrir la surface sur laquelle l’épiderme décollé est resté en place d’un large morceau de diachylon ; au-dessous de cette double couche protectrice l’épiderme se reforme sans aucune douleur pour le malade et tout est terminé au bout de 5 ou 6 jours. Si, au contraire, on veut établir une suppuration plus ou moins prolongée, on enlève l’épiderme à l’aide de pinces et de ciseaux et, cela fait, on panse encore au cérat; mais le soir ou le lendemain de ce premier pansement on applique sur le vésicatoire dénudé un linge enduit d’une pommade épispastique dont on modifie chaque jour l’énergie suivant l’état de l’exutoire et la quantité de pus que l’on veut obtenir.

Action physiologique. — Nous allons avoir surtout en vue, dans ce chapitre, le vésicatoire cantharidé qui est, ainsi qu’il a été dit,

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celui que l’on emploie le plus ordinairement ; mais, à part les effets qui atteignent les voies génito-urinaires et qui appartiennent au eantharidisme, tout ce que nous dirons de l’action générale ou locale peut s’appliquer également au vésicatoire ammoniacal, car ce sont les phénomènes engendrés par tout agent révulsif.

1° Effets locaux. — Tout vésicant donne lieu, sur le point où il est appliqué, à une sensation d’engourdissement, puis de cuisson, sensation qui se transforme, après un temps variable suivant l’activité de l’agent irritant, en une douleur le plus souvent gravative, mais parfois assez vive chez certaines personnes douées d’une sensibilité prononcée. Ces premiers symptômes du travail inflammatoire sont accompagnés des autres phénomènes de l’inflammation et on constate, lorsqu'on soulève l’emplâtre, de la rougeur, de la chaleur, ainsi qu’une très-faible tuméfaction. Enfin, le dernier des symptômes ne tarde pas à se manifester et l’exsudation d’une sérosité très-albumineuse soulève l’épiderme, d’abord en vésicules distinctes, puis en une ampoule unique. Le- temps nécessaire à l’entier accomplissement de ce travail ne peut être catégoriquement ni uniformément déterminé ; il varie suivant une foule de circonstances parmi lesquelles l’activité de la préparation et la sensibilité du sujet entrent surtout en ligne de compte. Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’on ne doit pas attendre, ainsi qu’on le conseille dans des ouvrages de thérapeutique, pour retirer l’emplâtre, que la vésication soit opérée. Les médecins qui ont l’habitude de soigner des enfants s’élèvent surtout contre cette pratique et recommandent, au contraire, de ne pas laisser le vésicatoire en place plus de 5 ou 6 heures et de l’enlever après ce temps ; nous ne le laissons guère plus longtemps chez l’adulte et, un vésicatoire ayant été mis en place à la visite du matin, nous l’enlevons à celle du soir. Ce temps de contact, qui ne dépasse pas 7 ou 8 heures, est largement suffisant, comme nous le constatons tous les jours dans notre service d’hôpital, et cette pratique a plusieurs avantages. D’abord on a beaucoup plus de chances d’éviter ainsi les accidents du cantharidisme dont je parlerai plus loin, puisque l’absorption de la cantharidine, à laquelle ils sont dus, a moins le temps de s’opérer, et depuis que j’ai adopté cette manière de faire je n’ai pas vu un seul cas de néphro-cystite cantharidienne déterminée par le vésicatoire; de plus, ce vésicatoire occasionne toujours quelques douleurs pendant qu’il est appliqué, douleurs d’autant plus vives qu’il reste plus longtemps en place et que ses effets vont, pour ainsi dire, s’accumulant, se renforçant de moment en moment par l’effet réciproque de la douleur sur l’hyperémie et de Thyperémie sur la sensibilité : or, en ayant soin de l’enlever de bonne heure, on diminue ces douleurs et on atténue beaucoup l’agitation qu’elles entraînent, de telle sorte que le patient, tout en ayant le bénéfice du révulsif et de ses effets thérapeutiques, n’a pas à passer la mauvaise nuit qu’aurait entraînée le maintien de l’emplâtre. Enfin, la sérosité qui soulèvera plus tard l’épiderme sera tout à fait liquide et non coagulée, comme cela arrive souvent quand l’inflammation a été trop intense. Au moment où l’on enlève le vésica-

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toire ainsi demeuré en contact avec la peau pendant un temps modéré, on ne constate ordinairement que de la rougeur, parfois un petit pointillé indiquant un commencement de vésiculation; il nous est même arrivé, tant chez l’adulte que chez l’enfant, de ne voir aucun effet appréciable : néanmoins, un pansement au cérat ayant remplacé le vésicatoire, nous trouvions le lendemain matin une ampoule parfaitement développée et quelquefois même de dimensions plus grandes que celles de l’emplâtre employé; celui-ci ayant été déplacé pendant sa courte application avait agi sur tous les points touchés. Il n’y a là rien d’étonnant : l’impression pathogénique ayant eu lieu, les effets se produisent après la suppression de la cause initiale, tout comme ce n’est pas aussitôt après l’application d’un corps chaud que se développe la brûlure au deuxième degré, mais après un temps plus ou moins long, temps nécessaire à la production des mouvements réflexes trophiques qui constituent l’inflammation. L’aphorisme si connu : « Sublata causa, tollitur effectus », n’est point absolument vrai ou du moins l’effet ne disparaît que lentement après la suppression de la cause, de même qu’il n’apparaît aussi que lentement après sa première application; cette lenteur d’apparition et de disparition est caractéristique des mouvements organiques, quels qu’ils soient, tout comme et parce qu’elle caractérise la fibre-cellule qui les engendre, la différenciant ainsi de la fibre musculaire striée. J’ai dit que le vésicatoire, après l’enlèvement de l’emplâtre, était pansé avec un linge cératé ; ce mode de pansement me paraît préférable au cataplasme, toujours plus embarrassant et susceptible, en se refroidissant, d’être une cause de malaise et un inconvénient pour le malade. Cependant, la vésication s’opère sous ce linge légèrement enduit d’une mince couche de cérat, de beurre ou d’huile. Ce n’est donc pas, ainsi que le disait récemment un membre de la Société de thérapeutique (séance du 12 avril 1882), l’eau du cataplasme qui passe à travers l’épiderme et le soulève ! J’ai même vu la vésication s’opérer alors que nul pansement n’avait été appliqué, l’absence de toute rougeur au moment où l’on enlevait l’emplâtre ayant fait croire que celui-ci n’avait pas agi. D’ailleurs les analyses d’Andral et Gavarret ont décelé une forte proportion d’albumine dans la sérosité du vésicatoire, et ce ne sont point les ingrédients du cataplasme, farine de graine de lin, fécule ou mie de pain, qui auraient pu céder celte albumine à l’eau dont ils sont comme le réservoir ! Bien plus, ainsi que je l’ai dit, cette sérosité peut se coaguler spontanément, lorsque l’irritation a été trop intense, ce qui arrive quand on a laissé trop longtemps en place le vésicatoire, aussi bien après s’être servi d’ammoniaque que de cantharide ; dans ce cas le liquide ne s’écoule pas ou ne sort qu’en faible quantité par l’ouverture faite à l’ampoule et il reste une sorte de gelée sur les bords de celle-ci. Ce fait est conforme aux expériences de Chauveau sur l’inflammation et ses produits : aussi, à durée d’application égale, les effets des vésicatoires sont-ils plus intenses sur les muqueuses que sur la peau, et les fausses membranes y sont-elles fréquentes, de même que le zona, vésiculeux à la face externe des joues,

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