VÉSICANTS, VÉSICATOIRE. - ACTION PHYSIOLOGIQUE
été relatées ailleurs ( Voy . Révulsion, t. XXXI), disons que Rôlirig, Naumann, ont vu le resserrement des artères et des veines sous l’influence d’excitations cutanées faibles ou fortes, celles-ci donnant lieu, consécutivement, à la dilatation de ces mêmes vaisseaux; cependant Brown- Séquard, Kiegel, Hafing, Winterning, expérimentant sur des mammifères, ont constamment observé le resserrement vasculaire et l’accroissement de la pression sanguine par les excitations cutanées faibles ou fortes. Enfin, ce qui est plus probant encore pour la question qui nous occupe, Zuelzer, appliquant pendant plusieurs jours des préparations cantharidées sur le dos de divers mammifères, a toujours constaté, en sacrifiant l’animal, l’hyperémie de la peau et des muscles superficiels accompagnée d’un état inverse des muscles profonds comparés à ceux du côté où les applications n’avaient pas été faites; cette anémie relative s’étendait à toute la paroi thoracique du côté correspondant, et plusieurs fois il y avait un état anémique évident du poumon. Mêmes effets par des sétons.
Nous avons ainsi la preuve démonstrative et l’explication physiologique de ce fait que le vésicatoire, grâce aux corrélations nerveuses et aux actes réflexes qu’il engendre, en même temps qu’il hyperémie les parties directement mises à son contact, anémie certains points plus ou moins éloignés, ce dernier effet étant toujours plus prononcé, nous insistons encore sur cette particularité, quand ces points sont en état d’hyperémie. Là est la base de la doctrine de la révulsion et du choix des points où doivent être appliqués les agents révulsifs, notamment les vésicatoires.
Effets généraux. — Ces effets locaux, sur place ou plus ou moins éloignés du point d’application, ne se produisent pas sans être accompagnés de phénomènes généraux dus au vésicatoire. Pendant tout le temps qu’agit celui-ci, l’organisme est en proie, sous son influence, à une excitation générale d’autant plus prononcée que la sensibilité individuelle est plus développée, la préparation vésicante plus active et surtout qu’elle est plus longtemps laissée au contact des tissus, son action irritante croissant à mesure que l’hyperémie exagère la sensibilité. Accélération du pouls, élévation de la température, agacement, excitation nerveuse générale, tels sont les phénomènes que l’on observe et qui constituent ce qu’on appelle la fièvre du vésicatoire. Mais cette fièvre du vésicatoire n’est pas, comme on l’a cru, une contre-indication à l’emploi de cet agent contre les maladies pyrétiques : en effet, elle est passagère et, suivant l’expression de Mérat, elle ne dure que pendant le temps de l’action maxima du vésicatoire; elle est légère, ajouterons-nous, et peut passer inaperçue, si on a le soin de ne pas laisser l’emplâtre appliqué trop longtemps, car toute excitation disparaît, si celui-ci est enlevé aussitôt qu’apparaît une douleur un peu forte. Enfin, cette fièvre, qu’on peut ainsi rendre éphémère et insignifiante, est suivie de phénomènes tout opposés, ralentissement du pouls, abaissement de la température, sédation nerveuse, effets observés de tout temps, qui avaient fait classer la cantharide parmi les agents hyposthénisants, et que Gubler explique parla production de sérosité, faisant remarquer que les phénomènes généraux
252 VÉSICANTS, VÉSICATOIRE. — action physiologique.
s’apaisent d’ordinaire quand une inflammation est parvenue à la phase d’exsudation, ce qui, vrai pour les muqueuses, ne l’est point d’une manière absolue : témoin la pleurésie et la pneumonie. Dans un travail à propos du traitement de la pleurésie par les vésicatoires, Besnier a rappelé l’attention sur ces effets consécutifs et on les constate chaque jour après l’emploi des vésicatoires dans les maladies fébriles. Je sais bien que ce n’est point là ce qu’on est réellement en droit d’appeler l’action physiologique, puisqu’elle est précisément constatée chez des malades traités par ce moyen ; mais je rappellerai, d’une part, que l’action thérapeutique éclaire souvent l'action physiologique, et c’est ici le cas; d’autre part, et c’est ce qui explique celte mise en lumière de l’effet physiologique par la thérapeutique, l’action d’un médicament est plus apparente quand l’économie est dans un état opposé à celui qu’il doit produire ou bien sur les parties de l’organisme qui se trouvent dans cet état opposé à celui qu’engendrera le médicament. Voilà pourquoi l’élévation thermique du vésicatoire sera modérée, tandis que la sédation consécutive sera plus prononcée chez le fébricitant. Ainsi on a observé un abaissement de température pouvant atteindre 1°,7, accompagné d’une diminution dans le nombre des pulsations, chez des pleurétiques ou des rhumatisants, le lendemain du jour où on avait appliqué un vésicatoire. Ce résultat s’explique par la sédation de la douleur que diminue ou qu’enlève le vésicatoire (un peu moins bien que la saignée locale, il faut le reconnaître) ; par la diminution de l’inflammation, amoindrissement qui est le corollaire obligé de celui de la douleur, puisque hyperémie et hyperesthésie vont toujours de pair ; peut-être enfin par l’action propre de la cantharidine absorbée. S’il est difficile de déterminer avec exactitude quelle est la part qui revient au vésicatoire dans la production de cet abaissement de température, puisqu’on peut toujours prétendre qu’il se serait produit sans lui (ce grand argument employé en médecine pour douter de tout, car les conditions du déterminisme sont encore plus difficiles à établir en clinique qu’en physiologie), il est du moins incontestable, en présence de ces résultats, que le vésicatoire n’aggrave pas la fièvre et que celle-ci n’est pas une contre-indication de son emploi.
Accidents occasionnés -par les vésicatoires ; moyen de les prévenir et de les combattre. — Si les vésicants agissent surtout en impressionnant le système nerveux, comme le ferait le calorique, par exemple, il n’est pas moins vrai que, grâce à l’hyperémie déterminée par leur contact, leur principe actif peut être absorbé en assez notable quantité, surtout si on les laisse longtemps appliqués, et agir, par sa présence, sur divers points de l’économie. C’est ce qui arrive pour le vésicatoire aux cantharides : le principe actif, la cantharidine, corps neutre de nature résinoïde, agissant pourtant comme les acides en présence des alcalis, est absorbé par le derme après qu’il a passé dans la sérosité en qualité de cantharidate alcalin et engendre parfois des accidents du côté des organes génito-urinaires. Nous ne parlerons pas de l’excitation génésique, du priapisme, phénomène contesté par beaucoup d’auteurs et qui est,