‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 36 sur 143 · YÉSICANTS, VÉSICATOIRE. - ACTION PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

YÉSICANTS, VÉSICATOIRE. - ACTION PHYSIOLOGIQUE

d’ailleurs, extrêmement rare après l’emploi du vésicatoire ; il a été discuté à l’article Cantharide auquel nous renvoyons le lecteur. Mais ce qui est indiscutable, c’est que le vésicatoire occasionne parfois (une fois sur dix, d’après Gubler) des phénomènes morbides du côté des reins et de la vessie ; le degré de ces accidents est variable : le plus souvent il ne s’agit que d’une sensation de pesanteur, de gêne; on sent ses reins, ses uretères, la miction peut devenir fréquente et douloureuse, il y a de la cuisson, des ardeurs au col de la vessie. En pareil cas, l’urine contient une faible quantité d’albumine ; parfois la proportion en est assez élevée et on y a vu des flocons fibrineux ; les douleurs sont alors plus prononcées, il survient de la dysurie, de l’ischurie, de la strangurie, et le liquide a même pu être teint de sang. N’insistons pas davantage sur ces accidents déjà-décrits à l’article Cantharides, mais indiquons les moyens de les éviter, ainsi que le traitement à leur opposer, et, pour le faire avec fruit, demandons-nous d’abord par quel mécanisme ils se produisent.

D’après des travaux récents ( Voy . K. Mihran; thèse de Paris, 1883), toute excitation cutanée un peu vive est susceptible de donner naissance à une albuminurie passagère; nous nous bornons à signaler le fait, car, ainsi que le démontrent évidemment tous les phénomènes énumérés cidessus, il y a autre chose qu’un simple effet de l’excitation cutanée dans l’albuminurie engendrée par le vésicatoire cantharidien.

La cantharidine pénètre à l’état de cantharidate alcalin; tant qu’elle est ainsi combinée (et dans le sang, milieu alcalin, rien ne tend à la déplacer) elle est inactive, mais à son arrivée dans une sécrétion acide elle est mise en liberté et agit. comme elle le fait sur toute muqueuse où l’on applique un vésicatoire. De là l’albuminurie, puisque la sérosité des vésicatoires est albumineuse; de là les flocons fibrineux que l’on a pu rencontrer dans l’urine et dont la présence s’explique par l’intensité inflammatoire qui rend compte également des douleurs, des phénomènes nerveux dus à l’irritation d’un appareil aussi sensible que celui de I’uropoèse. Cette explication, due à Morel-Lavallée, semble parfaitement plausible et satisfait l’esprit. Cependant Gubler la croit fausse : se basant sur ce que les cantharidates alcalins sont doués de propriétés vésicantes, il ne comprend pas que ce cantharidate qui circule avec le sang soit inactif, inoffensif pour la paroi vasculaire, ou du moins il ne le comprend qu’à la condition qu’on attribuera à l’albumine du sang le rôle d’un corps isolant, invisquant, qui préserve la paroi des vaisseaux du contact de la cantharidine ; au contraire, dans les sécrétions non albumineuses l’effet du cantharidate alcalin n’est plus entravé et se fait sentir. Or, si Gubler peut citer un cas où l’irritation de la bouche et des glandes salivaires a pu être ainsi déterminée, chez un jeune sujet, c’est là une exception unique en face du nombre considérable d’accidents vers les voies urinaires, et qui s’expliquerait mieux en admettant que les doigts du petit malade ont pu être portés au contact du vésicatoire, puis de la bouche ! D’autre part, si, pour appuyer son opinion, il prétend que le cantharidate alcalin n’est pas irritant pour les muqueuses dont les sécrétions sont

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normalement ou accidentellement albumineuses, nous répondrons que rien n’est moins prouvé : d’abord parce que, s’il n’y a pas eu d’accidents de cantharidisme urinaire chez quelques albuminuriques auxquels il appliquait des vésicatoires, rien ne prouve que, non albuminuriques, ces malades auraient eu les reins affectés par la cantharide, puisque, de sa propre statistique, il résulte que ces accidents ne sont pas fréquents; nous ferons ensuite remarquer qu’il paraît au moins étrange que, si l’albuminurie préservait du cantharidisme urinaire, Les accidents du vésicatoire déterminent précisément de l’albuminurie ! Gubler semble contredire lui-même son assertion relative à l’innocuité des cantharides chez les albuminuriques, car il dit en propres termes : « Les accidents légers du cantharidisme s’accompagnent toujours d’un certain degré d’albuminurie de cause cantharidienne ou d’un accroissement de l’albuminurie préexistante » (p. 217). D’ailleurs tout le raisonnement de Gubler est basé sur ce que le cantharidate alcalin est vésicant : or ceci ne prouve rien contre la théorie qu’il combat! En effet, la perspiration cutanée est acide, tout comme l’urine, et les acides de la sueur, déplaçant la cantharidine, lui permettent d’agir; l’expérience de l’auteur, qui a eu la précaution de laver la peau avec une solution alcaline avant d’appliquer du cantharidate de soude, lequel a agi tout de même, cette expérience ne prouve rien, car la sécrétion sudorale se fait continuellement. Gubler l’a bien compris lui-même, puisqu’il ajoute qu’il se propose de voir si du cantharidate additionné d’une forte proportion de base conservera son activité, mais il n’a indiqué nulle part le résultat de cet essai. Eh bien, ce résultat, le voici, tel que nous l’ont montré plusieurs expériences successives. Chez une même personne nous avons appliqué, l’un près de l’autre ou sur des régions symétriques, deux petits vésicatoires saupoudrés aussi également que possible, l’un de poudre de réglisse, l’autre de bicarbonate sodique. En qualité d’isolant mécanique ces deux poudres devaient agir de même, mais non pour ce qui a trait à l’action chimique : la poudre alcaline pouvait s’unir à la cantharidine du vésicatoire ordinaire et de plus neutraliser, au fur et à mesure de leur production, les acides de la sueur, les empêchant de déplacer la cantharidine. Après avoir laissé les emplâtres en place pendant 24 heures, pour compenser le retard que la couche de poudre avait pu apporter à l’action du vésicatoire, nous constations l’effet produit : vésication manifeste sous le vésicatoire saupoudré de poudre de réglisse, rien ou à peine un peu de rougeur sous celui qui avait reçu du bicarbonate de soude. Il n’y a donc plus à mettre en doute l’exactitude de l’ancienne théorie ni l’erreur dans laquelle est tombé Gubler en voulant la combattre ! Qui sait si une modification passagère ou permanente dans la réaction de la sécrétion sudorale n’expliquerait pas les cas d’idiosyncrasies rebelles à l’action de la cantharide ?

Cette discussion nous amène à reconnaître que la médication alcaline conseillée contre le cantharidisme des voies urinaires est parfaitement rationnelle, et vraiment les résultats favorables que l’on obtient quand

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on porte les doses de bicarbonate sodique au degré suffisant pour alcaliniser les urines le démontrent suffisamment, malgré les dénégations de Guider. Ce médicament agira, pour la même raison, comme préventif, et on pourra le prescrire, dès l’application du vésicatoire, aux malades que l’expérience aura fait reconnaître très-sensibles à l’action de la cantharide.

Une autre substance a été employée, bien avant les alcalins, pour prévenir ou traiter les accidents urinaires occasionnés par le vésicatoire ; je veux parler du camphre que l’on donnait à l’intérieur ou tout au moins que l’on appliquait sur l’emplâtre vésicant lui-même. Le raisonnement qui a conduit à cet usage n’était pas dépourvu de logique : la cantharide produit de l’excitation génésique, le camphre est un sédatif des organes génitaux, on peut donc le considérer comme son antagoniste pour cette action spéciale. La pratique semblait avoir consacré l’utilité de cet agent lorsque Gubler, dans l’article Cantharide du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, a contesté l’efficacité du camphre, tant comme préventif que comme curatif ; il veut qu’on démontre qu’à égalité de surface et d’intensité d’action ces vésicatoires sont moins suivis d’accidents que les autres ! Qu’est-ce que cette intensité d’action, sinon la manifestation même du cantharidisme, puisque la vésication est toujours la vésication? La médecine ne peut compter sur ces formules absolues, il me suffit, pour croire à la réalité de cette propriété du camphre, qu’elle ait été observée un assez grand nombre de fois : or les praticiens ne manquent pas qui l’ont constatée. Moi-même j’ai eu deux fois l’occasion de vérifier le fait d’une manière qui m’a semblé indiscutable. Dans un cas il s’agissait d’un malade très-intelligent qui était certain d’avoir des accidents urinaires, chaque fois qu’il s’appliquait un vésicatoire non saupoudré de camphre, tandis qu’il n’éprouvait rien d’anormal quand il avait pris la précaution de camphrer son emplâtre. Le second cas est plus probant encore ; il date d’assez longtemps, car depuis que j’ai adopté la règle de ne laisser en place le vésicatoire que pendant 6 à 7 heures je n’ai plus observé ces accidents. Un malade avait eu de la néphro-cystite cantharidienne après l’application d’un vésicatoire et j’avais traité cet accident par le camphre que je suspendis dès que la douleur ne se fit plus sentir. Aussitôt le remède supprimé, la douleur reparut pour disparaître encore avec l’emploi du camphre et renaître de nouveau le lendemain, jour où j’avais intentionnellement suspendu son administration, afin d’en bien vérifier les effets. Comment expliquer l’action du camphre? Le même Gubler qui nie l’utilité de cette substance à propos de l’étude de la cantharide ( Dict . encycl.) l’explique dans un autre ouvrage ( Cours de thérapeutique, 1880) en supposant que le camphre est ce qu’il appelle un corps vecteur, entraînant avec lui diverses substances et notamment la cantharide, loin des voies urinaires par lesquelles il ne s’élimine pas. Il y a là une double inexactitude : le camphre s’élimine par les reins, en partie du moins, et n’entrave pas la sortie de la cantharidine par cette voie. Mais, de même que l’action de la cantharide s’exerce d’une

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