YÉSICANTS, VÉSICATOIRE. - INDICATIONS ET EMPLOIS THÉRAPEUTIQUES
de la fièvre, le pouls tombant du chiffre de 115 pulsations à celui de 70 ou 80 et la température descendant de 38°, 4 à 36°, 7. Néanmoins, nous possédons aujourd’hui des moyens plus sûrs contre le rhumatisme, et ce n’est que dans des cas particulièrement rebelles qu’il y aurait lieu de ■recourir aux vésicatoires. Contre l’hydarthrose du genou ou d’autres jointures l’application d’un vésicatoire sur l’articulation malade fait rapidement disparaître l’épanchement.
Parmi les inflammations parenchymateuses qui ont été traitées par les vésicatoires, nous devons placer en première ligne la pneumonie où son ■usage a été longtemps banal ; cependant ce moyen n’a pas réuni les suffrages de tous les médecins : Laennec rejetait son emploi, l’accusant de gêner les mouvements d’ampliation du thorax, si favorables à la résolution de la maladie; Andral et Louis lui attribuaient l’inconvénient d’exagérer la fièvre. Nous avons vu que le vésicatoire ne mérite pas ce reproche ; néanmoins les études si précises qui ont eu pour objet l’évolution de la pneumonie permettent de rejeter le vésicatoire, en tant que moyen ordinaire de traitement, mais d’avoir recours à lui dans quelques circonstances déterminées. Tout à fait au début il pourrait, comme dans la pleurésie, concourir à limiter l’inflammation et décongestionner les parties péripneumoniques ; pour obtenir ce résultat les émissions sanguines «ont préférables, plus encore que dans la pleurésie, étant donné la grande vascularité du poumon. En revanche, quand les émissions sanguines sont contre-indiquées par l’état général du malade et lorsque, en même temps, la congestion péripneumonique offre une intensité ou occupe une étendue menaçantes, l’application d’un grand vésicatoire sera d’une incontestable utilité. Il offre encore une ressource précieuse dans ces pneumonies hémoptoïques, c’est-à-dire dont les crachats ne sont pas seulement teintés, mais chargés de sang, décelant ainsi l’intensité de la fluxion et peut-être la friabilité des vaisseaux, car ces pneumonies hémoptoïques se rencontrent d’ordinaire chez les tuberculeux. Dans la pneumonie du sommet, chez les vieillards ou les individus affaiblis, le vésicatoire appliqué dès le début pourra remplacer la saignée locale et il agira non-seulement comme révulsif défluxionnant, mais aussi comme stimulant général et local, pourvu qu’on soutienne son action par l’emploi des toniques. Enfin, quand une pneumonie est arrivée à la phase de résolution et que, pourtant, la désobstruction du poumon se fait difficilement et lentement, Jaccoud conseille l’application d’un vésicatoire, qui agit ici comme stimulant et résolutif.
C’est un moyen vanté par Bouchut contre la pneumonie catarrhale et contre la bronchite intense; il est aussi bien de mise chez les enfants que chez les adultes, et souvent la dyspnée due à la congestion pulmonaire qui, les recherches de Woillez l’ont démontré, accompagne toujours la bronchite grave, a été enlevée par un grand vésicatoire.
Nous avons déjà dit un mot des pneumonies tuberculeuses. Dans la phthisie pulmonaire le vésicatoire a été conseillé et n’est pas à dédaigner. J3uel que soit le rôle initial que l’on veuille faire jouer à la congestion
VÉSICANTS, VÉSICATOIRE. — indications et emplois thérapeutiques. 263 dans la naissance du tubercule, il n’est pas moins vrai que cette congestion existe toujours autour et au voisinage des granulations, préparant leur pullulation par extension de proche en proche quand le mal évolue. Or, ainsi que l’a dit Peter, la congestion, voilà l’ennemi à combattre ; l’une de nos meilleures armes, c’est le vésicatoire! Ce qui ne veut pas dire qu’il réussira toujours, car il n’est qu’un moyen adjuvant du traitement général qui doit en comprendre tant d’autres. Pidoux conseille de faire une cure de vésicatoires, comme il l’appelle, c’est-à-dire d’appliquer successivement plusieurs de ces révulsifs contre la phthisie aiguë, lorsqu’on a amendé l’excitation et fait tomber la lièvre : malheureusement cette fièvre est bien difficile à vaincre! Mais, quand la tuberculose, tout en évoluant, affecte des allures plus modérées ou une marche chronique, le vésicatoire est employé avec plus de fruit contre les exacerbations, souvent printanières, du mal. On peut aussi avoir recours, contre ces formes, aux vésicatoires à demeure, à l’exutoire.
D’autres congestions simples ou hémorrhagipares, de même que d’autres inflammations que celles du poumon, ont été traitées par le vésicatoire : citons les myélites aiguës, contre lesquelles on applique des bandes de vésicatoire de chaque côté du rachis ; l’hépatite, qui a tant de points de ressemblance avec la pneumonie; la métrite aiguë ou chronique, les métrorrhagies, la typhlite, la pérityphlite, le phlegmon iliaque, enfin la myocardite, où Peter en a obtenu d’excellents résultats.
( Traité clinique et pratique des maladies du cœur, 1883, p. 205-206.)
Parmi les maladies externes, nous avons déjà eu l’occasion de parler du phlegmon diffus. Rigaud (de Strasbourg) a surtout préconisé ce traitement auquel Follin n’accorde pas grande confiance, mais qui a pu rendre de nombreux services quand il a été appliqué de bonne heure. On a essayé, sans beaucoup de succès, semble-t-il, de fixer l’érysipèle erratique à l’aide d’un vésicatoire ; une pratique qui a mieux réussi est celle qui consiste à appliquer sur le visage un vésicatoire au moment où, l’érysipèle de la face pâlissant, des accidents cérébraux se développent.
L’érysipèle pouvant être considéré comme une sorte de fièvre exanthématique, il nous servira de transition pour venir aux emplois du vésicatoire contre certains accidents des maladies générales, ainsi qu’on est ■convenu de les nommer, par opposition aux maladies localisées que nous venons de passer en revue. Lorsque, dans le début ou le cours ■d’une fièvre éruptive, l’éruption vient mal ou rétrocède et qu’il se développe en même temps du délire, des accidents pulmonaires ou autres, on est en droit de supposer que la fluxion qui doit se faire à la peau a eu lieu vers l’organe qui manifeste sa souffrance. Le traitement rationnel consiste à rappeler vers le tégument le mouvement fluxionnaire et le vésicatoire a été employé dans ce but. De même contre les accidents nerveux, cérébro-spinaux, de la lièvre typhoïde, contre l’ataxie, on a utilisé l’action du vésicatoire qui, dans ces circonstances, est un régulateur des actes nerveux. Néanmoins, il faut être très-réservé dans ces emplois, car les affections à fond adynamique prédisposent la peau
264 VÉSICANTS, VÉSICATOIRE. — indications et emplois thérapeutiques. à subir profondément l’action des agents irritants et à se mortifier au moindre traumatisme; les lotions, les affusions froides, les rubéfiants, méritent la préférence.
Les accidents de la goutte ou du rhumatisme coïncidant avec la disparition de la fluxion rhumatismale sont combattus par l’application de vésicatoires sur les jointures primitivement affectées et où on cherche à ramener le mal ; excellent moyen contre la goutte remontée, comme on l’appelle, mais remplacé aujourd’hui par les bains froids pour le rhumatisme méningitique.
Enfin les névralgies constituent une dernière catégorie d’affections auxquelles on a opposé, avec succès, le traitement par les vésicatoires. L’emplâtre est appliqué sur les points douloureux, si bien connus depuis les travaux de Valleix ( Traité des névralgies ou affections douloureuses des nerfs, 1841), et on poursuit la douleur de point en point, lorsque cela est nécessaire et quand, disparaissant de l’un, elle se porte sur un autre. Valleix avait la plus grande confiance dans ce moyen qui réussit, en effet, très-bien contre les névralgies essentielles ou rhumatismales, et qui est un bon adjuvant du traitement général contre celles du paludisme ; en revanche, il ne peut rien ou pas grand’chose contre celles de l’hystérie, de la chlorose ou de la syphilis, bien qu’on ait traité la vérole par des séries de vésicatoires.
Nous n’avons que très-peu parlé, dans le cours de cet article, de l’emploi des vésicatoires dans le traitement des maladies chroniques; ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire, à ces affections conviennent des médications chroniques comme elles, et le vésicatoire à demeure y fut très-employé autrefois. Il est bien tombé en désuétude aujourd’hui et, lorsque le besoin d’une révulsion chronique, d’une dérivation persistante, se fait sentir, on a le plus ordinairement recours à un autre exutoire, tel que le cautère. Pour moi, j’aimerais mieux, dans la plupart des cas, appliquer fréquemment des vésicatoires volants que d’établir un vésicatoire à demeure, l’action des premiers me paraissant devoir être plus énergique et moins débilitante : c’est ainsi que dans les maladies de la moelle épinière, dans la phthisie, j’aurais plus volontiers recours aux vésicatoires volants répétés ou au cautère actuel fréquemment employé qu’à des fonticules ou à un vésicatoire à demeure. Celui-ci est toujours une source d’embarras, de malpropreté, d’odeurs désagréables, et il est très-exposé aux accidents d’inflammation ou d’ulcération si fréquents dans les maladies chroniques, c’est-à-dire diathésiques, qui ont tant de propension à affecter le tégument externe. Nous avons signalé, parmi les accidents du vésicatoire à demeure, l’apparition d’éruptions parfois très-étendues, et, pour ce qui concerne spécialement les phthisiques, outre l’effet débilitant de cet exutoire, n’oublions pas que des suppurations artificiellement provoquées ont pu devenir l’origine d’une tuberculose chez des animaux en expérience.
Nous avons indiqué les plus importants emplois du vésicatoire. Pour de plus amples détails, voy. les articles Révulsion, Cantharide, Ammoniaque.
VESICULES.
Contre-indications. — - On se gardera d’appliquer le vésicatoire chez des personnes atteintes d’anasarque, car la peau n’est déjà que trop disposée à se mortifier; même remarque pour ce qui concerne les individus cachectiques. Contre la diphthérie on a eu recours au vésicatoire pour combattre certaines localisations, mais la plaie cutanée a été envahie par la production diphthéritique et, comme parfois la gravité du mal a semblé être en proportion des surfaces atteintes pouvant concourir à augmenter l’infection générale, il est bon de s’abstenir de ce moyen. Enfin, et cette contre-indication ne s’applique évidemment qu’au vésicatoire cantharidien, ce que nous avons dit des effets de la cantharidine sur le rein engagera à être très-prudent, très-réservé dans l’emploi de ce moyen contre les néphrites, malgré les assertions de Gubler, car on a cité des cas de dégénérescences du rein dont l’origine n’était autre que l’abus du vésicatoire cantharidien.
Mérat et Delens, Dict. de mat. méd. et de thérap. gén., Paris, 1833. — Guersast, Art. Vésicatoire ( Dict . en 30 vol., Paris). — Gubler, Art. Cantharide [Dict. encycl., Paris, 1860). — Galippe, Recherches sur l’empoisonnement par la poudre de canth. [Soc. de biologie, juin et juillet 1874). — Besnier, Du traitement de la pleurésie par les vésicaloires (Journ. de thérap., 1874). — Dauvergne [Bull, de thérap., 1879). — Gubler, Cours de therapeut. professé à la Faculté de médecine, Paris, 1880, 15e leçon. — Smon (J.), Du vésicatoire chez les enfants [Progrès méd., mai 1882).
Adrien Güès.
VÉSICULES. — La vésicule est une petite saillie acuminée, formée par le soulèvement de l’épiderme distendu par de la sérosité ; sa dimension varie du volume d’une tête d’épingle à celui d’une lentille. Elle se termine soit par la résorption du liquide et la disparition de la saillie, qui laisse à peine à sa placé une petite tache jaunâtre de peu de durée, soit par la rupture de l’épiderme et par une légère excoriation recouverte ou non par une croûte ou par une squame épidermique. Quelquefois la vésicule grossit, se réunit à des vésicules voisines et passe à l’état de bulle, comme cela se voit quelquefois dans l’eczéma développé aux mains et aux pieds ; ou bien son contenu séreux se change en liquide purulent et la vésicule se transforme en pustule. Sans preuves anatomiques suffisantes on avait localisé la vésicule dans les conduits sudorifères et on l’avait considérée comme le résultat de l’inflammation de ces canaux ; le siège anatomique est vrai pour les sudamina, constituant des saillies épidermiques remplies de globules blancs analogues à ceux du sang et nageant dans un liquide acide qui doit être la sueur; mais les vésicules de l’eczéma ou de l’herpès se forment dans l’épaisseur même du corps muqueux; le liquide exsudé des vaisseaux du corps papillaire, mélangé à des cellules de nouvelle formation, quelquefois même à du sang pur, s’élève sans obstacle au-dessus du corps muqueux, mais, rencontrant une barrière dans la couche cornée de l’épiderme, celle-ci se soulève par places et constitue les petites saillies vésiculeuses. Tantôt alors, comme dans l’eczéma, l’épiderme se rompt et laisse écouler le liquide encore à l'état de sérosité, tantôt les éléments