‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 5 sur 143 · LE SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME NERVEUX

la vératrine est surtout marquée dès qu’apparaissent des accidents graves d’intoxication, et qu’à doses modérées son influence modératrice sur le pouls est le phénomène primordial et le plus caractéristique.

Action sur le système nerveux. — L’encéphale ne paraît pas subir l’influence directe du poison. On ne trouve après la mort que les lésions qui résultent des convulsions et des troubles circulatoires propres à l’action de l'alcaloïde. Prévost a pratiqué plusieurs fois l’ablation de l’encéphale sur les grenouilles, et après celte opération il les a empoisonnées par l’introduction hypodermique de la vératrine : les phénomènes d’intoxication se sont produits de la même manière que sur des grenouilles non mutilées; ces animaux, privés d’encéphale, ont présenté les mêmes phénomènes de contractures spasmodiques. Dans les rares cas d’empoisonnement produits sur l’homme, on a remarqué constamment l’absence de délire et l’intégrité des facultés intellectuelles (affaire des frères Journy).

Il est certain également que la moelle épinière est médiocrement influencée, malgré les accès de convulsions tétaniformes qui surviennent eonstamment chez les grenouilles. Il a semblé naturel à plusieurs auteurs d’assimiler ces spasmes, séparés par des intervalles de rémission, au tétanos strychnique, et de croire que, dans les deux cas, les convulsions résultaient d’une augmentation énorme du pouvoir excito-moteur de la moelle : ainsi Kôlliker conclut, dans son premier mémoire, que la vératrine est avant tout un excitant de la moelle allongée et de la moelle, et qu’elle produit le tétanos qui s’établit spontanément ou par l’excitation des nerfs sensibles. Pour Gebhort, il y a d’abord exaltation excessive, et secondairement dépression profonde de toute activité nerveuse; enfin, selon Ollivier et Bergeron, après l’ataxie du début il se produirait une paralysie de la moelle consécutive à l’action de la vératrine sur les radicules nerveuses périphériques.

Si l’on ne considère que les modifications remarquables qui surviennent du côté des mouvements, il est certain qu’on doit rejeter l’opinion qui les ferait rapporter à une origine centrale. Les nombreuses expériences de Prévost ne laissent aucun doute à cet égard : elles montrent nettement que l’action convulsivante ou plutôt contracturante de la vératrine peut se produire sans l’action de la moelle épinière. Sur une grenouille, il enlève complètement la moelle en ouvrant d’un bout à l’autre le canal rachidien ; sur une autre il détruit la moelle, labourant le canal rachidien avec un corps dur tel qu’une épingle ; sur une autre il fait la section des racines lombaires, afin d’isoler les membres postérieurs de l’action médullaire, puis il empoisonne ces différentes grenouilles au moyen de l’introduction d’un peu de poudre de vératrine sous la peau d’un des bras.

Sur tous ces animaux, les phénomènes de contractures spasmodiques se sont produits au bout de quelques instants, comme sur les grenouilles non mutilées, avec cétte seule différence que les convulsions ne naissaient pas spontanément, comme avec l’intégrité de la moelle, il fallait des

VÉRATRINE. — action sor le sïstème nerveux. 8?

Excitations artificielles, soit indirectes au moyen de l’électrisation des nerfs, soit directes par de petits coups frappés sur les muscles. En outre, les convulsions n’étaient pas généralisées, comme dans l’intoxication simple, elles étaient limitées seulement aux parties excitées : ce que l’on comprend sans peine.

En variant les conditions expérimentales, le même observateur est arrivé à démontrer encore que ce n’est pas l’action sur la moelle qui produit la contracture spasmodique des muscles. On applique sur la région lombaire d’une grenouille une forte ligature, en comprenant dans cette ligature tous les tissus, à l’exception des nerfs lombaires mis à nu et ménagés avec soin; on introduit alors un peu de vératrine sous la patte antérieure, de telle sorte que cette substance ne pourra pénétrer dans le train postérieur, puisque toute circulation y a été complètement arrêtée. Lorsque les phénomènes d’intoxication se manifestent on voit les contractures spasmodiques apparaître dans tous les muscles, sauf dans ceux des membres inférieurs, bien qu’ils soient encore, par les nerfs lombaires, en continuité directe avec la moelle. Cette partie postérieure jouit de son •activité normale, l’animal s’en sert, comme à l’état sain, pour exécuter des sauts et essayer de fuir, mais elle ne présente ni crampe ni raideur.

Cette expérience démontre très-nettement que l’action convulsivante de la vératrine n’est pas due à une action médullaire ; c’est l’inverse qui serait arrivé, si, avec un même dispositif, on s’était servi de la strychnine pour provoquer l’empoisonnement; dans ce dernier cas, les membres postérieurs auraient participé aux convulsions générales. Du reste, le tétanos strychnique ne se produit point, si la moelle est détruite, il disparaît brusquement dans les membres postérieurs lorsqu’on isole ces membres de la moelle, au moyen de la section des racines lombaires.

En somme, il est permis de conclure avec Prévost que, dans la production des accès de contractures spasmodiques dus à la vératrine, la moelle n’agit que comme un excitateur quelconque des contractions des muscles, dont la contractilité se trouve modifiée d’une manière spéciale par l’action de cet alcaloïde.

En poursuivant l’étude analytique des effets de l’empoisonnement, on peut se demander si l’action de la vératrine, action spéciale et indépendante des centres nerveux, se manifeste sur les nerfs moteurs ou directement sur les muscles, car, sur une grenouille vératrinisée, l’excitation de ces deux sortes de tissus produit des effets analogues.

D’après Bezold et Hirt, les nerfs moteurs sont excités avant d’être paralysés, tandis que Kôlliker, Fick et Bôhm et surtout Prévost, rejettent une pareille interprétation.

Kôlliker a montré que 'sur les grenouilles curarisées, quand toute excitabilité nerveuse a disparu et que la séparation fonctionnelle est complète entre le nerf moteur et le muscle, on peut encore voir se produire l’action spéciale de la vératrine ; l’électrisation directe des muscles donne encore lieu à une contraction spasmodique durant plusieurs secondes et

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se terminant par un relâchement précédé de petits mouvements fibrillaires. Fick et Bôhm ont vu de leur côté que le courant nerveux d’un nerf appartenant à un animal vératrinisé ne diffère en rien de celui d’un nerf appartenant à un animal sain.

Mais il est une autre expérience de Prévost qui démontre bien plus positivement que l’action contracturante se produit sur les muscles et non sur les nerfs : c’est l’expérience que Cl. Bernard et Kôlliker avaient instituée en étudiant l’action du curare et que je reproduis en entier : « Sur une grenouille, dit Prévost, je découvre les deux muscles gastrocnémiens. Je sectionne leur tendon inférieur et j’attache chacun de ces tendons à un fil que je charge d’un poids léger, afin que ces muscles restent tendus ; l’un des muscles est privé de sa circulation au moyen de la ligature des artères qui s’y rendent. J’empoisonne alors la grenouille par l’introduction d’un peu de vératrine placée sous la peau de l’un des membres antérieurs. Quelques instants après, j’électrise les deux nerfs lombaires et je vois se produire une secousse brusque et normale dans le muscle qui a été privé de la circulation, et par conséquent de l’empoisonnement, tandis que l’autre gastrocnémien, comme les autres muscles, présente une contraction durable, une véritable contracture spasmodique suivie d’une série de petits mouvements fibrillaires. »

Cette expérience est des plus instructives sur le mode d’action de la vératrine, elle démontre nettement que l’alcaloïde n’agit point sur le ti’onc nerveux qui reçoit le poison et dont l’excitation ne donne point lieu, dans le muscle non empoisonné, à une contraction modifiée d’une manière spéciale. Les nerfs, comme la moelle, sont de simples agents de transmission, leur action se borne à mettre en jeu la contractilité spéciale des muscles.

Action sur les muscles. — L’action sur les muscles striés est certainement le résultat le plus étonnant que produise la vératrine sur les différents systèmes organiques.

Elle a été signalée pour la première fois par Kôlliker, qui admettait en même temps une action sur la moelle et qui croyait seulement à la prompte disparition de la contractilité et à la rapide apparition de la rigidité. Prévost a surtout mis en relief les contractures qui offrent des caractères tout à fait spéciaux, et il a donné des tracés myographiques qui indiquent avec une grande clarté en quoi consiste cette modification de la contractilité.

Lorsqu’on étudie la secousse musculaire chez une grenouille qui a absorbé une dose, même faible, de vératrine (O®1', 00005), on voit que le raccourcissement est aussi net et aussi rapide qu’à l’état normal, tandis que le relâchement dure un temps notablement plus long. On comprend que les mouvements volontaires chez cet animal soient gênés et ralentis ; quand la grenouille exécute un saut, les membres postérieurs restent quelques instants raidis, et c’est après de nombreuses tentatives que l’animal peut les l’amener à leur position initiale; la vivacité des mouvements est notablement modifiée, les bonds continuels ont fait place* à de

VÉRATRINE. — action

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