MOYENS
La coupe du bassin de l’homme que nous avons donnée à l’art. Urèthre [Rapports), t. XXXVJI, p. 151, nous dispense de reproduire ici cette figure. La vessie atteint parfois l’ombilic, dans des cas de rétention complète, et le dépasse même en refoulant en haut le foie et l’estomac. On l’a vue ainsi remplir presque toute la cavité de l’abdomen et laisser croire, après un examen un peu superficiel, il est vrai, [à l’existence d’un vaste kyste, erreur que le cathétérisme détruit immédiatement d’ailleurs.
Moyens de fixité. Mobilité. — Fixée seulement par son col au périnée, la vessie serait susceptible, semble-t-il, d’osciller facilement autour de cette sorte de pivot; il n’en est rien. Elle ne peut se porter en arrière : le péritoine, la présence des intestins et surtout l’existence d’un ligament inextensible qui s’étend directement d’elle à la cicatrice de l’ombilic, s’y opposent. La symphyse pubienne ou la paroi abdominale antérieure l’arrêtent aussi, si elle tend à s’incliner en avant. Latéralement, la séreuse péritonéale limite encore son inclinaison : cependant, c’est encore en ce sens qu’elle a la plus grande latitude de déplacement. En somme, la vessie ne peut s’écarter que rarement de sa position normale; néanmoins, on l’a rencontrée parfois dans les hernies soit inguinales, soit scrotales et même périnéales. Elle forme généralement alors une sorte de bissac dont une des moitiés seulement fait partie de la hernie.
Physiologiquement même, le globe vésical peut en se distendant ne pas se maintenir sur la ligne médiane et se dévier un peu latéralement surtout à droite. Il est bon d’être prévenu de ce fait, sur lequel F. Guyon a attiré l’attention, pour ne pas commettre d’erreur en présence d’une sonorité médiane avec matité latérale; ce n’est qu’après évacuation complète par le cathétérisme qu’on pourra dire s’il y a tumeur. De même, chez la femme récemment accouchée, il n’est pas très-rare de voir la vessie pleine occuper l’une des fosses iliaques internes, principalement celle de droite, auquel cas l’utérus peut être refoulé très-haut dans l’abdomen. Cette facilité de déplacement des viscères s’explique très-bien par la grande laxité des parois de l’abdomen qui viennent d’être distendues par la présence du fœtus.
Dans l’ordre régulier des choses, le réservoir urinaire subit des variations incessantes de volume et de dimensions suivant la quantité de liquide qu’il contient. Ces variations se font dans des limites auxquelles il est permis d’assigner comme extrêmes un œuf de poule dans l’état de vacuité, une tête d’enfant dans l’état de moyenq,^ dilatation.
Capacité. — Il est difficile d’apprécier la capacité de la vessie; l’âge, le sexe, le sujet, l’état même de chaque sujet, et jusqu’à ses habitudes alimentaires, tout concourt à la modifier. La rareté des mictions, l’alimentation végétale, tendent à l’accroître; certaines affections chroniques, au contraire, diminuent l’étendue de la cavité en provoquant une hypertrophie concentrique de ses parois. Il est possible cependant de donner quelques chiffres qui répondent à une moyenne assez fréquente.
Lorsqu’elle est vide d’urine, la vessie se rétracte sur elle-même, et
VESSIE. - ANATOMIE. FOMIE.
disparaît derrière le pubis ; au toucher, on dirait une'masse pleine ; de fait, sa cavité à ce moment peut être regardée comme à peu près nulle.
Dans l’état de dilatation modérée elle mesure environ 5 à 600 centimètres cubes, et l’on considère comme normale une vessie qui contient de 400 à 800 grammes d’urine, soit un demi-litre en moyenne.
Mais que, par. une cause quelconque, l’urine ne puisse être évacuée en totalité, la vessie acquiert à la longue des dimensions parfois considérables. On l’a vue alors, par cette distension graduelle, arriver à contenir 4, 6, 8 litres d’urine et plus. Un tel chiffre n’a été atteint qu’exceptionnellement, il est vrai, quoique des observations authentiques indiquent même une capacité anormale plus grande encore. Sappey rappelle, en effet, que dans une thèse soutenue à Upsal en 1777 on parle d’une femme dont la vessie contenait 18 litres d’urine, et Frank aurait eu, dit-il, l’occasion d’observer un jeune homme atteint de paralysie et ayant plus de 50 litres de ce liquide dans son réservoir urinaire! La vessie de la femme, pour la plupart des auteurs, a une capacité plus grande que celle de l’homme, et on explique généralement ce fait, comme Cruveilhier, en disant que les nécessités sociales, la bienséance, obligent la femme à garder plus longtemps son urine, ce qui amène peu à peu une augmentation de sa cavité urinaire.
En réalité, il n’en est pas ainsi d’après le professeur Sappey, et, suivant cet anatomiste, « il est probable que l’homme a encore, sous ce rapport, la prédominance sur la femme ».
Forme. — La forme de la vessie est très-variable : l’âge du sujet et surtout l’état de vacuité ou de réplétion la modifient plus ou moins. Elle est aussi un peu différente chez l’homme et chez la femme.
Chez l’homme, dans Y état de vacuité , elle est assez régulièrement triangulaire avec des bords arrondis et des angles émoussés, présentant deux faces, une antérieure, l’autre postérieure, un sommet supérieur et médian, et deux angles latéraux et inférieurs.
Dans l’état de moyenne dilatation, elle est fusiforme chez l’enfant, et cela d’autant plus qu’on se rapproche davantage de la naissance, ce qui s’explique parfaitement par l’origine de l’organe, ainsi qu’on le verra au chapitre du développement. Avec les progrès de l’âge elle prend peu à peu la forme qu’elle possède chez l’adulte, et qui est celle d’un ovoïde dont le grand axe est ordinairement dirigé de haut en bas et d’avant en arrière, suivant une ligne qui, partie du milieu du périnée, traverserait la paroi abdominale antérieure au-dessous de l’ombilic et d’autant plus près de celui-ci que la capacité de l’organe augmente. Cet ovoïde a sa grosse extrémité tournée en arrière et en bas, sa petite extrémité ou sommet de la vessie en avant et en haut. C’est de ce sommet que part un cordon fibreux dont nous avons déjà parlé, et appelé ouraque, qui rattache la vessie à la cicatrice ombilicale. L’ovoïde vésical n’est pas régulièrement arrondi ; il est un peu déprimé, de sorte que généralement ôn lui considère une face postérieure, une face antérieure, deux faces latérales. Sa courbure est aussi plus prononcée en arrière, et surtout en arrière et