‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 69 sur 143 · NOUV. DICT. HÉD. ET CHIE. XXXIX · texte numérisé non relu

NOUV. DICT. HÉD. ET CHIE. XXXIX

586 VESSIE. - TUMEURS DE la. v. historique.

des tissus normaux et morbides, sont sans doute les causes de cette insuffisance de connaissances. On trouve cependant épars dans les auteurs d’autrefois des faits de caroncules, de camosités, de squirrhosités, de végétations, de fongosités et de polypes, rencontrés par hasard dans une autopsie ou dans le cours d’une opération de taille (Lacuna, Ferri).

C’est seulement à partir du dix-septième siècle que les chirurgiens commencent à se préoccuper de l’existence de productions pathologiques faisant saillie dans la vessie. A cette époque (1659), Joseph Covillard (de Lyon) pratique même la première opération (taille latérale), dirigée contre une tumeur vésicale, après avoir au préalable nettement diagnostiqué par la sonde la présence d’un « corps dur et solide », et non d’un calcul : il raconte comment il put saisir la tumeur avec une pince, la déchirer par fragments et l’enlever ainsi, et il ajoute que son opéré recouvra la santé. Un siècle plus tard, Le Cat (de Rouen) écrase et extrait également avec une pince un fongus de la vessie chez .une femme. D’ailleurs, au dix-huitième siècle, la littérature médicale s’enrichit sur ce point : Ruysch, Houstet, Ledran, puis Deschamps, Boyer, Desault, observent et signalent des cas de tumeurs vésicales. Chopart écrit même un chapitre, assez complet pour l’époque, sur le Fongus de la vessie, où il semble différencier les productions villeuses et vasculaires des tumeurs malignes et autres. A part le Hollandais Ruysch, tous ces chirurgiens sont Français. En Angleterre, sir Henry Thompson ne cite que le cas de Joseph Warner : ce chirurgien de Guy’s Hospital, en 1750, après avoir incisé le col de la vessie chez une femme de 24 ans, enleva à l’aide d’une ligature une grosse tumeur polypoïde, et le résultat fut, paraît-il, pleinement satisfaisant,

Civiale, ayant eu l’occasion en 1827, au cours d’une tentative de lithotritie, de saisir, d’arracher et d’extraire une petite tumeur vésicale avec les branches de son trilabe, préconise ce procédé comme moyen d’ablation. Il répéta plusieurs fois cette opération avec le trilabe ou le lithotriteur avec des résultats divers. Leroy (d’Etiolles), l’adversaire acharné de Civiale, s’éleva contre cette manière de faire, proclamant qu’on doit ne pas toucher aux fongus de la vessie, sauf dans un cas, lorsque, situés près du col, ils mettent obstacle à l’émission de l’urine. Dans ce cas, jusqu’à ce que la rétention ait cessé, il faut s’attacher à détruire les productions obstruantes par la dépression, la trituration, la scarification, la ligature et la cautérisation. Leroy avait même inventé 17 instruments pour exécuter ces différents procédés ! Quoi qu’il en soit, ces deux chirurgiens rivaux ont laissé des documents intéressants sur les tumeurs de la vessie.

De 1835 à 1870, les tentatives opératoires dirigées contre les excroissances vésicales sont rares : à l’exception des faits de Civiale et de Leroy (d’Etiolles), nous ne trouvons guère à noter que celui de Crosse (de Norwich), qui pratiqua la taille latérale sur un petit garçon pour un calcul absent. Quelques petites tumeurs, faisant hernie dans l’incision, furent enlevées, et, à l’autopsie de l’enfant mort quarante-huit heures

après, on trouva dans la vessie un très-grand nombre de ces tumeurs, qui sont conservées dans un musée de Londres. C’est durant celte période que sont publiés les traités et mémoire de Nicod (1855), de Lacaze-Doré (1852), deHeilborn (1868), deMolinier (1870). Si nous ne citons ici que les travaux spéciaux, c’est que les ouvrages classiques, nous l’avons dit, sont très-brefs sur le sujet qui nous occupe.

Depuis ces quatre dernières années principalement, à mesure que la chirurgie devenait plus hardie et l’anatomie pathologique plus précise, les opérations se sont multipliées, et presque simultanément ont vu le jour les travaux de Thompson, de Whitehead et Dollard en Angleterre, de Stein en Amérique, de Guyon et de ses élèves Féré, Bazy et Pousson en France. Ce sont surtout les recherches récentes de ces auteurs, tant au point de vue théorique qu’au point de vue pratique, qui serviront de base à notre description.

Anatomie pathologique. — Malgré les progrès de l’histologie, la classification anatomique des tumeurs vésicales est encore difficile à établir d’une façon précise. Néanmoins, le microscope seul est capable de révéler la véritable nature d’un néoplasme, car les déductions tirées de l’aspect macroscopique sont souvent tout à fait erronées. Pour n’en donner qu’un exemple, nous citerons ces houppes de villosités frangées et filamenteuses, qui constituent aussi bien à elles seules des tumeurs bénignes (papillomes) qu’elles revêtent toute la surface de véritables cancers (cancers villeux des auteurs). D’après Whitehead et Pollard, cette tendance à la forme villeuse des tumeurs vésicales s’expliquerait par l’origine allantoïdienne de la vessie (Voy. plus haut Développement de la vessie) ; les villosités du chorion, végétations de l’allantoïde, ne seraient en quelque sorte que des productions villeuses physiologiques.

Il est certain que des néoplasies d’organes voisins peuvent se propager par contiguïté à la vessie. Chez l’homme, c’est parfois un cancer ayant débuté primitivement dans la prostate, dans le rectum ou l’S iliaque, dans la verge (un seul cas de Holmes Coûte), qui envahit secondairement la paroi vésicale, tandis que chez la femme ce sera un cancer de l’utérus principalement ou du vagin, et même de la vulve. Dans les deux sexes, on a quelques exemples de propagation à la vessie d’un cancer du rein et de l’uretère, du péritoine, de la paroi abdominale. Ces dégénérescences secondaires, simples épiphénomènes d’une affection extra-vésicale, ne nous occuperont pas ici, non plus que celles qui succéderaient à une généralisation cancéreuse : ces dernières sont rares d’ailleurs, et Féré n’est parvenu à en recueillir que deux cas (cas de France et cas de Hénocque) .

Classification. — La classification de Pousson, que nous adoptons, range ainsi qu’il suit d’après leurs caractères anatomiques les tumeurs vésicales, qu’il divise tout d’abord en tumeurs bénignes et tumeurs malignes. Toutefois, il ne faudrait pas croire qu’une tumeur dite bénigne ne soit pas capable de déterminer la mort du malade: ainsi, par exemple, les papillomes villeux, qui pour beaucoup de raisons pourraient être

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