‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 8 sur 143 · DOSES MORTELLES MOYENNES PAR INJECTION SODS LA PEAU · texte numérisé non relu

DOSES MORTELLES MOYENNES PAR INJECTION SODS LA PEAU

Vératrine. Sabadilline. Sabatrine. Jervine.

Chien . . . . 0,04 » » »

Lapin . 0,001 0,01 0,015 0,02

Cobaye . 0,008 0,01 0,015 0,02

Pigeon . 0,001 0,01 0,01 0,015

Grenouille . 0,001 0,01 0,015 0,002

Chat . 0,05 (Harnack) ». » »

On voit que la puissance toxique de la vératrine est bien supérieure à celle de ses congénères; si on la représente par 100, celle de la sabadilline, de la sabatrine et de la jervine, sera représentée par 8, 6 et 5.

On comprend aisément qu’un autre mode d’emploi, tel que l’ingestion stomacale, exige une quantité plus grande de poison. Faivre et Leblanc donnent des chiffres bien supérieurs à ceux d’Urpar :

Doses toxiques. Doses médicamenteuses.

Chien . 0,15 à 0s',20 0^,05 à 0^,08

Cheval . 3 0 50 1

Homme . 0 75 0 80 0 20 0 25

De pareilles doses semblent trop élevées, bien qu’on les ait administrées parla bouche; la discordance avec les chiffres ci-dessus tient peut-être à la nature de la vératrine employée, car, dans le cours de leur étude, Faivre et Leblanc disent que 0,06 centigrammes de la même substance injectés dans la veine d’un chien ont provoqué seulement quelques coliques (sic) et une légère purgation.

La mort ne survient pas toujours d’après un mécanisme univoque, dans l’empoisonnement vératrinique. Urpar a démontré très-nettement que les phénomènes diffèrent selon que l’animal meurt très-vite, vite ou lentement. Selon lui, la vératrine peut déterminer la mort de trois façons :

1° Par arrêt du cœur : il faut, dans ce cas, que la dose soit très-forte et l’absorption très-rapide pour que l’asphyxie n’ait pas le temps de se développer, ou bien qu’on empêche cette asphyxie par la respiration artificielle ;

2° Par arrêt complet de la respiration, par asphyxie aussi rapide que dans la submersion : la dose doit être assez forte pour que les muscles soient paralysés, que le thorax soit immobilisé;

VÉRATRINE. — empoisonnement.

3° Par asphyxie lente : c’est le mode de terminaison le plus fréquent. Ce qui le distingue du second, c’est que l’animal respire mal, mais respire pourtant jusqu’à la fin, et que la mort résulte des troubles lents de la fonction respiratoire provoqués par les troubles spéciaux que détermine l’alcaloïde sur la contraction des muscles striés.

Chez l’homme, je ne sache pas qu’on ait signalé d’empoisonnement mortel par la vératrine même; lorsqu’elle est administrée par l’estomac, elle y séjourne toujours un certain temps, son absorption est lente, et les vomissements qui ne tardent pas à survenir suffisent souvent pour en rejeter au dehors la plus grande partie. On a cité quelques cas d’intoxication accidentelle. Taylor raconte qu’en Angleterre un médecin, le Dr Callaway, prescrivit à une dame, dans un but thérapeutique, 5 centigrammes de vératrine divisés en 50 pilules, et ordonna d’en prendre 3 en une fois. Peu après que la dose eut été avalée, la malade fut trouvée insensible, la peau froide, le pouls petit, misérable ; elle présentait l’ensemble symptomatique qui annonce une mort prochaine. Heureusement que tout se borna à ces apparences plus ou moins graves, car après être restée pendant quelques heures dans un état incertain cette dame finit par guérir.

On a signalé aussi des empoisonnements accidentels provenant de l’emploi du vérâtre blanc, pris pour du poivre ou du galanga, ou encore administré sous forme médicamenteuse. Dans ce même ordre d’idées on relira avec intérêt le rapport de V. Nivet et de A. Giraud, présenté à la Cour d’assises du Puy-de-Dôme (1861), à propos d’un triple empoisonnement par le varaire ou ellébore blanc. Il s’agit de l’affaire des frères Journy, qui furent ainsi que leur mère l’objet d’une tentative criminelle au moyen de cette substance.

Les symptômes observés chez les deux frères furent les suivants : douleurs vives à l’épigastre, soif intense, vomissements, sensation de chaleur très-prononcée dans l’arrière-gorge et la partie supérieure du ventre, éructations acides, vomissements, diarrhée ; ces évacuations alvines furent accompagnées de ténesme et contenaient, ainsi que les vomissements, des matières noirâtres ressemblant à du sang. Pas de délire, pas de troubles de la vue ni des facultés intellectuelles. Chez tous deux, ces phénomènes se terminèrent par la mort.

La mère, qui avait été moins violemment intoxiquée, résista et finit par guérir. On remarqua, lorsqu’elle commençait à se lever, que la marche restait incertaine, les jambes étaient faibles, et la malade se trouvait obligée de s’appuyer contre les meubles.

Dans aucun de ces trois cas on ne signale la présence de convulsions ; mais les organes des frères Journy ont fourni une petite quantité de matières offrant les caractères de la vératrine, car, administrées à un poulet, elles ont provoqué les phénomènes propres à cet alcaloïde, c'està-dire des troubles digestifs, une gêne marquée de la locomotion, des mouvements convulsifs qui se terminèrent par la mort.

Solon le rapport des experts, la tentative criminelle parut avoir été

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déterminée par le mélange, avee les aliments et les boissons des personnes empoisonnées, du suc ou de la décoction de racine de l’ellébore blanc.

Dans le traitement de l’empoisonnement par la vératrine, il faudra tout d’abord recourir aux antidotes chimiques ; on a conseillé, comme tels, le tannin et l’iodure de potassium ioduré, qui forment avec l’alcaloïde des combinaisons peu solubles, ou bien l’on cherchera à neutraliser l’acidité du suc gastrique par l’emploi de carbonates alcalins ou de quelques gouttes d’ammoniaque dans un verre d’eau, car la vératrine, sitôt arrivée dans l’estomac, commence à se transformer en chlorhydrate ou en lactates solubles et par là même très-toxiques (Urpar). On tentera ensuite de favoriser les vomissements et les selles, soit au moyen d’une grande quantité d’eau tiède, soit par l’intermédiaire de purgatifs huileux; toutefois on sc souviendra que l’huile dissout 1/50 de son poids de vératrine et qu’elle pourrait ainsi, sur la longueur du tractus intestinal, permettre l’absorption d’une certaine quantité de poison.

Pour lutter contre les phénomènes généraux qui surviennent toujours à une période plus ou moins avancée de l’intoxication et qui menacent la vie par l’arrêt du cœur ou les troubles de la respiration, on aura recours aux injections d’éther et aux stimulants de la peau, cautérisations, frictions, sinapismes, etc. Contre l’asphyxie, on pratiquera la respiration artificielle par des pressions rhythmiques sur la base du thorax ; à une péi’iode avancée, les inhalations d’oxygène hâteront le retour normal de l’hématose.

Parfois on a conseillé la vératrine comme antidote dans l’empoisonnement par l’atropine, et, bien qu’il soit difficile d’apprécier son efficacité réelle, puisqu’on l’employait alors conjointement avec l’opium, on pourra toujours utiliser son influence antagoniste. En outre, on se souviendra de ce fait intéressant signalé par S. Ringer que de petites doses de sels de potasse (5 centigrammes de chlorure de potassium pour 100 grammes du sang en circulation) suppriment complètement, chez les grenouilles, l’influence de la vératrine sur le cœur, dans la première période de l’empoisonnement.

Thérapeutique. — Dans la pneumonie, la vératrine a été employée tout d’abord par Aran, qui crut lui reconnaître les qualités d’un agent d’hyposténisation. En lisant les résultats remarquables obtenus avec le Veralrum viride et décrits par Norwood dans des pneumonies graves, des fièvres typhoïdes, etc., Aran pensa que c’était à la vératrine que l’on devait rapporter les heureux effets signalés dans le traitement des pyrexies. Sur 6 malades traités par ce remède, il eut 5 guérisons et 1 mort, mais il faut remarquer que deux fois la pneumonie était d’une médiocre intensité et surtout que, chez plusieurs de ces malades, on institua une médication complexe. En somme, Aran conclut de ses observations que la vératrine supprime la chaleur à la peau, l’accélération du pouls, qu’elle diminue la toux, le point de côté, la dyspnée, mais que son influence est bien moins directe sur l’exsudât phlegmasique.

VÉRATRINE. — thérapeutique. 97

D’après lui il s’agissait, en somme, d’un traitement qui méritait d’être pris en sérieuse considération par les médecins, bien qu’on ne puisse songer à substituer la vératrine aux médications éprouvées de la pneumonie, aux saignées larges et répétées et à la médication stibiée ou contro-stimulante.

L’exemple d’Aran fut suivi par plusieurs observateurs, et parmi eux je signalerai les travaux deRitter, Kieman, Roth, de Stôhr, Drasche, Alt, en Allemagne; deKocher et de Pégaitaz en Suisse; d’Oulmont, Labbée, Linon, en France, qui employèrent les uns l’alcaloïde, les autres le Veratrum viride en teinture ou en poudre.

Parmi les auteurs que je viens de citer, quelques-uns se font remarquer par un véritable enthousiasme pour ce médicament : ainsi Kieman affirme qu’if n’existe aucune substance pouvant mieux que la vératrine abaisser la fréquence du pouls et la température d’une façon aussi sûre et aussi constante ; pour Ritter la fièvre disparaît et le processus local évolue au milieu d’une complète apyrexie, tandis que Roth croit que la durée de la maladie est abrégée : d’après lui, elle est de 5, 6 jours en moyenne, dans les cas traités avec les préparations de vérâtre, et de 7, 9 jours, dans ceux traités par l’expectation.

En considérant l’abandon à peu près complet dans lequel est tombé aujourd’hui l’emploi de la vératrine, comme médication antipyrétique, on s’expliquerait difficilement les conclusions des auteurs ci-dessus, si l’on ne savait que la pneumonie, par ses formes nombreuses et variées, se prête admirablement aux tentatives thérapeutiques les plus diverses, et qu’avec cette maladie surtout il est facile d’avoir raison, même en invoquant les statistiques.

Si l’on veut se rapporter aux observations assez nombreuses dans lesquelles on a noté avec soin les différentes modifications des symptômes morbides qui se manifestent dans le cours de la pneumonie traitée de celte manière, on voit constamment une diminution assez rapide du pouls. Cette action sur la fréquence des battements du cœur commence assez vite dès la première dose, une heure dans un cas de Thibirtz rapporté par Linon, et le pouls atteint son plus grand ralentissement en moyenne au bout de 13,5 heures; sur 60 mensurations qu’a pratiquées Alt, d’Erlangen, il a vu que 2 fois seulement le pouls ne subissait aucune modification dans sa rapidité, que le plus souvent il devenait plus mou, plus dépressible, rarement il restait plein, et que, dans de rares observations, ii avait présenté un dicrotisme des plus nets.

Toutefois le ralentissement n’est que passager et ne se maintient que 12 à 18 heures (Thibirtz). Sur ses 60 mensurations, Alt a vu 7 fois seulement le pouls rester normal jusqu’à la crise, dont 2 fois à partir du 2e jour, 1 fois du 3“, 3 fois du 4e et 1 fois du 5e jour. Dans tous les cas, il survint une réapparition de l’accélération du pouls, pour laquelle de nouvelles doses furent nécessaires.

L’action de la vératrine sur la température est beaucoup moins marquée et moins constante, elle apparaît cependant, d’après le même obser-

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