‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 9 sur 143 · KOSV. DICT. MÉD. ET CHIR. XXX [X · texte numérisé non relu

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98 VÉRATRINE. — thérapeotiqde.

vateur, dans 61,6 °/0 des cas traités, et ce serait surtout lorsque plusieurs lobes sont atteints à la fois de pneumonie. Dans la moitié de ceux-ci, la température s’abaissa en moyenne de 1°,55 au bout de 10, 24 heures, mais l’abaissement ne dura guère que 8, 3 heures, et entre les deux températures minima et maxima qui suivent l’administration du médicament il se passe en général 13 heures. Kocher a vu que son action se manifestait beaucoup plus efficacement après une saignée, ce qu’il serait facile d’expliquer par l’activité plus grande de l’absorption qui suit habituellement les émissions sanguines.

L’action du Veratrum viride paraît être assez semblable à celle de la vératrine, et Kocher, qui a utilisé les deux médicaments, croit qu’elles agissent l’une et l’autre de la même manière. Cet observateur s’est servi de la résine de Veratrum viride, à la dose de 1 sixième de grain pris toutes les heures et continué jusqu’à production des effets thérapeutiques ou jusqu’à l’apparition des nausées et des vomissements. La fièvre s’abaissait parfois au bout de quatre heures, en moyenne au bout de huit heures ■et demie. Le pouls tombait de 40 et même de 60 pulsations, et la température s’abaissait de 2 à 3 degrés. Oulmont a publié de son côté deux faits qui lui permettraient de croire que l’action de la teinture de Veratrum viride (16 à 24 gouttes en 4 fois de trois en trois heures) est plus accentuée et bien plus nette dans la pneumonie et le rhumatisme articulaire.

Malgré certains résultats remarquables qui ont suivi l’administration ■de la vératrine et du veratrum, leur emploi est généralement peu adopté par les médecins dans le traitement de la pneumonie. La raison principale est que ces médicaments ont une action plus marquée et plus constante sur le pouls que sur la température, qu’ils n’en ont aucune sur la durée ■de la maladie qui augmente, diminue et se termine comme si rien n’avait ■été fait. L’arrivée de la crise n’est nullement favorisée, elle survient, •comme dans les cas traités par l’expectation, à époque variable selon la nature, l’étendue et la gravité de la maladie. En outre, la réduction du pouls, de la chaleur fébrile, n’est que passagère, et pareil résultat n’est ■obtenu qu’aux dépens d’une atteinte grave portée à l’état général. Ces effets sont toujours considérables, et quelques-uns même ne sont pas sans ■danger, car les vomissements aqueux, verdâtres, la diarrhée abondante, la sensation de brûlure le long de l’œsophage, les hoquets fatigants, •obstinés, jettent parfois les patients dans un état de dépression si profonde que l’on n’est pas sans inquiétude, comme l’avouait Aran, et puis l’impossibilité, à cause des vomissements incoercibles, de continuer l’emploi de cette substance, explique bien l’abandon dans lequel elle est tombée peu à peu et où on la trouve aujourd’hui. Est-il besoin d’ajouter que dans la pratique actuelle on ne traite pas la pneumonie, mais les pneumoniques, que la médication ne peut être uniforme, mais doit provisoirement se plier aux modes si variés de cette pyrexie?:.

L’emploi de la vératrine dans le rhumatisme articulaire aigu a été imaginé par Piédagnel, pour cette raison que les préparations de col-

VÉRATRINE. — thérapeutique. 99

chique ont été recommandées dans le traitement de cette maladie, et comme il s’agit d’une plante qui contient de la vératrine, il semblait naturel de supposer que cet alcaloïde résumait à lui seul les propriétés de cette colchicacée (Voy. art. Rhumatisme, par Ilomolle, p. 660). Piédagnel allait jusqu’à 5 centigrammes dans les 24 heures, et ne cessait ce médicament que lorsqu’il produisait des accidents du côté du tube digestif, tels que la chaleur à la gorge et à l’estomac, des vomissements et de la diarrhée. Trousseau l’utilisa dans le même but, mais, à vrai dire, les observations publiées ne semblent guère plus favorables à celte médication que l’emploi des médicaments innombrables recommandés dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu. On sait qu’aujourd’hui presque tous ont disparu devant la médication salicylée, qui, par sa grande rapidité d’action et son efficacité presque constante, est devenue une des conquêtes les plus précieuses de la thérapeutique contemporaine et, dans l’espèce, mérite le premier pas sur ses obscures rivales.

On me permettra d’en dire autant de l’usage de la vératrine dans le traitement de la fièvre typhoïde, signalé par Ferdinand Dreyfous, t. XXXVI, p. 807. Liebermeister, ainsi qu’il l’explique dans V Encyclopédie de Ziemssen (art. Abdominal Typhus ), donnait, toutes les heures, une pilule de 0,005 milligrammes jusqu’à ce qu’il survînt du côté du tube digestif les malaises habituels ; ordinairement 4 à 6 pilules ont suffi pour obtenir ce résultat.

Liebermeister affirme que le collapsus qui suit les vomissements et qui s’accompagne d’un abaissement de la température n’est jamais dangereux, qu’il disparaît rapidement devant l’emploi du vin et des autres analeptiques ; il croit même qu’on peut obtenir par la vératrine une intermittence complète de la fièvre, intermittence que, dans les cas analogues, la quinine est incapable de produire.

11 est permis de supposer que Liebermeister a renoncé définitivement à cette méthode, puisque dans le dernier Congrès de médecine interne (1885) il affirmait hautement que c’était dans la réduction de la température par les bains froids et le froid en général qu’il fallait voir le côté le plus important de l’antipyrèse; quant aux médicaments antipyrétiques, dit-il, je ne les considère que comme des adjuvants et dans les cas où les bains froids sont contre-indiqués. Même dans ce dernier cas, lorsqu’il faudra recourir à des agents chimiques, les médicaments indiqués récemment, tels que la thalline et surtout l’antipyrine, agiront plus efficacement que la vératrine sur le processus fébrile, sans avoir l’inconvénient de jeter aussi promptement les malades dans un collapsus dangereux.

Quelques médecins allemands ont encore vanté l’emploi de la teinture du Veratrum album (Markbreiter, Hubeny, Kôhler) et de la vératrine elle-même (Bloedau, Schulz) dans le traitement de la diarrhée cholériforme des enfants et des adultes. Certaines observations semblent démonstratives, toutefois il est à remarquer que la quantité employée a été très-faible et toujours administrée à doses fractionnées.

Il semblerait que la vératrine agisse sur la circulation de l’intestin par

VÉRATR1NE. — thérapeutique.

une action modificatrice, car on ne peut penser que l’alcaloïde ait une action toxique sur les bacilles de Finckler et Prior. Les expériences de Schulz lui ont montré que sur une gélatine nourricière, stérilisée et imprégnée de vératrine (0,16 vératrine sur 100 de gélatine), puis ensemencée avec le bacille du choléra nostras et même avec le bacille du choléra asiatique de Koch, on peut voir les cultures apparaître et se développer comme si la gélatine ne contenait aucune trace de poison. Les bacilles résistent mieux que les globules blancs qui, on le sait, sont dér truits par une solution de vératrine à 1/1500 (Binz et Scharrenbroich).

La vératrine a trouvé une application beaucoup plus rare dans le traitement des maladies chroniques, probablement en raison de l’intolérance qui se manifeste assez vite à la suite de son emploi. Je citerai cependant un travail important de Bitot (de Bordeaux), qui la regarde comme un agent précieux contre les troubles cardio-vasculaires, et qui croit qu'elle convient particulièrement dans les cas s’accompagnant d’hypertrophie fonctionnelle du cœur. Comme son action est très-distincte de celle de la digitale, il faudra, d’après lui, y recourir quand cette dernière sera impuissante. Bitot ne cache pas son admiration : « Sous l’influence de cette substance, dit-il, tous les phénomènes morbides cardio-vasculaires de l’hypertrophie simple se sont amendés comme par enchantement. La douleur sous-mammaire et les irradiations vers le membre supérieur ont disparu ; les battements ont perdu de leur fréquence et de leur force, les grandes fonctions de circulation, de respiration et d’innervation, sont rentrées dans l’ordre; l’œdème des membres inférieurs s’est évanoui ou a diminué, le cerveau a repris ses fondions ; mais, comme on le pense bien, cette action si remarquable ne se manifeste plus dès que les cardiopathies sont arrivées à la période cachectique. » Les observations assez nombreuses qui sont contenues dans le travail de Bitot sont malheureusement muettes sur le régime hygiénique suivi par les malades soumis à la vératrine, et chacun sait que, chez les cardiaques peu avancés, le repos au lit, le régime lacté, suffisent seuls parfois pour faire disparaître les symptômes de dyspnée, d’angoisse et d’œdème, qui caractérisent les premiers troubles fonctionnels de l’organe malade.

Ajoutons, pour terminer cette énumération, que très-récemment Féris (de Brest) a reconnu à la vératrine une influence manifeste sur les tremblements : en donnant 2 milligrammes par jour (4 pilules de 1/2 milligramme) il a vu guérir ainsi 10 cas de tremblement alcoolique, deux cas de tremblement adynamique et un cas chez une sclérose en plaques. D’après lui, Faction se manifeste dès les premiers jours de son emploi et se continue assez longtemps après sa cessation, deux mois environ. En général, 10 à 15 jours de traitement avec les faibles doses signalées plus haut suffisent pour faire disparaître complètement le tremblement. Cette application de l’alcaloïde est fort ingénieuse et mérite certainement d’être vérifiée par de plus nombreuses observations.

A vrai dire, l’usage de la vératrine à l’intérieur est assez délaissé aujourd’hui, et même son emploi à l'extérieur ne semble guère trouver

VÉRATRINE. — modes d’administration et doses. de partisans; et cependant par cette dernière méthode elle peut rendre encore des services signalés, dans le traitement des névralgies, de la névralgie faciale en particulier, ainsi que Turnbull l’a proposé depuis longtemps. Son action sur les nerfs cutanés n’est que passagère, il est vrai, mais des frictions sur la région frontale, au-dessus des sourcils, ont suffi parfois pour faire avorter une migraine commençante; le résultat sera d’autant mieux assuré que le tronc nerveux sera plus superficiel et par conséquent plus accessible au médicament. Malgré la situation profonde du point malade, Turnbull assure avoir guéri des sciatiques par les frictions pratiquées sur le trajet du nerf, 3 fois par jour, et prolongées d’un quart d’heure à une demi-heure. Même dans les névralgies symptomatiques, celles qui trouvent leurs causes dans la compression produite par une tumeur, ou qui résultent d’une lésion médullaire, on pourra encore compter sur l’influence sédative que procurent ces mêmes frictions; dans les douleurs fulgurantes et térébrantes de l’ataxie locomotrice notamment, la pommade à la vératrine est un des rares topiques qui procurent un amoindrissement assez sensible des élancements paroxystiques.

Très-récemment, J. Chéron a préconisé la même méthode dans le traitement du prurit généralisé ou localisé qui survient à l’époque de la ménopause et qui résiste avec une grande ténacité, soit qu’il résulte de la présence de prurigo, d’urticaire, d’eczéma, d’herpès, soit qu’il existe sans éruption. D’après cet observateur, tandis que tous les moyens journellement employés comme habituellement efficaces dans le prurit ordinaire restent sans action sur les démangeaisons de la ménopause, les propriétés analgésiques de la vératrine sont, au contraire, d’un heureux effet en pareil cas. En effet, l’usage d’une pommade composée de :

Vératrine . 15 centigr.

et appliquée, gros comme un pois, matin et soir, en onctions douces, est recommandé par J. Chéron lorsque le prurit est localisé aux aines, aux aisselles, à la paroi abdominale, etc.

Lorsque le prurit est généralisé, l’emploi de la vératrine à l’intérieur est préférable.

Modes d’administration et doses. — Pour V usage externe , la vératrine est employée à des doses très-variables, Turnbull est allé jusqu’à 2gr,50 pour 50 grammes de véhicule ; en moyenne on peut aller de 70 à 80 centigrammes du principe actif pour 30 grammes d’axonge ; la pommade se fait mieux avec l’axonge rance (Cavé). Le mélange suivant, indiqué par Soulier, est excellent pour le traitement topique des né¬

vralgies :

Vératrine . 10 centigr.

Chlorhydrate de morphine . 10 »

* Cold-cream . 5 grammes.

A l'intérieur, il est préférable d’administrer la vératrine en pilules

VÉRATRINE. — bibliographie.

plutôt qu’en potion, en raison de l’irritation locale qu’elle détermine sur les voies digestives. On prescrit l’alcaloïde pur à la dose de 2 à 4 milligrammes par pilules, répétée plusieurs fois dans les 24 heures. D’après Gubler, le principe actif doit y être associé à des mucilagineux et non à des stupéfiants, comme on le fait généralement, ce qui ajoute aux effets narcotiques, mais présente l’inconvénient de troubler les effets gastrointestinaux du médicament principal, surtout lorsqu’on prescrit les pilules d’Aran : vératrine et extrait d’opium, âk, 5 centigrammespour 10 pilules.

Si l’on doit continuer l’emploi de l’alcaloïde pendant un certain temps, il sera nécessaire de donner des doses moins fortes encore et de lesespacer suffisamment pour permettre la tolérance et faciliter leur absorption. Dans ce cas, on procède par granules de 1/2 milligramme, dont on prend 4 ou 6 au maximum, dans le courant de la journée, et jamais qu’un seul à la fois.

Quant à l’usage des injections hypodermiques , il ne saurait être recommandé, en raison de l’intensité des phénomènes locaux qui surviennent constamment sur le point de la piqûre : douleur vive, rougeur, gonflement, qui persistent pendant plusieurs heures, laissant toujours des noyaux indurés et parfois de véritables collections purulentes.

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YERNET (le). - STATION d’hiver.

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