‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 80 sur 143 · YJABLE, VIABILITÉ. - CONDITIONS ET SIGNES DE LA V · texte numérisé non relu

YJABLE, VIABILITÉ. - CONDITIONS ET SIGNES DE LA V

la recherche des conditions de la viabilité telle que nous l’avons définie : mais il faut bien reconnaître qu’elles étaient inévitables, dès que la question de la viabilité était posée. Les jurisconsultes anglais ont trouvé un moyen bien simple d’éviter les difficultés, c’est de supprimer la question de la viabilité elle-même. Pour eux, tout nouveau-né, à quelque période de la gestation qu’il naisse, qu’il soit bien ou mal conformé, jouit, ail point de vue de ses droits civils, de tous les avantages attribués par la loi française à l’enfant viable; il suffit, pour cela, qu’il ait donné, après sa naissance, quelque signe physiologique de vie. Il nous sera permis de nous demander, à notre tour, si une jurisprudence qui attribue à un, avorton de quatre mois et demi, ou à un monstre condamné à succomber quelques heures après sa naissance, les mêmes droits qu’à un nouveauné à terme et bien conformé, repose sur des principes bien équitables et bien corrects.

a. L’enfant doit être né vivant et avoir vécu d’une autre vie que la vie intra-utérine. — Deux cas peuvent se présenter : ou bien le médecin n assisté à l’accouchement de la mère et donné les premiers soins à l’enfant ; ou bien il est appelé à pratiquer l’examen anatomique d’un nouveau-né dont la viabilité est contestée.

a. La constatation de la vie, dans la première de ces deux hypothèses, ne présente, nous n’avons pas besoin de le dire, aucune difficulté, si l’enfant nait robuste et actif. Des mouvements vifs et étendus, des cris sonores et complets, une respiration vigoureuse’et rhythmée [Voy. art. Ages, Fœtus, Pædiatrie), voilà plus de signes qu’il n’en faut pour démontrer aux plus incrédules, ou aux plus intéressés à le nier, que le nouveauné se présente dans les meilleures conditions de vie.

Si l’enfant naît faible, l’existence des signes qui viennent d’être énumérés, bien qu’ils soient beaucoup moins nettement prononcés que chez le nouveau-né vigoureux, suffit encore à démontrer, de la façon la plus péremptoire, que l’enfant est né vivant.

Supposons encore un degré de moins dans l’intensité des manifestations vitales. L’enfant n’a pas crié, ou du moins n’a fait entendre qu’une sorte de râlement étouffé, résultant de la traversée de la glotte par l’air, pendant les efforts d’inspiration (Billard) : mais il a fait quelques petits mouvements, et on a senti quelques faibles battements cardiaques ou artériels : sont-ce là des signes suffisants de vie? En aucune façon. « On ne saurait admettre que quelques contractions musculaires isolées, quelques frémissements dans la région précordiale, derniers efforts de la vie fœtale, puissent constituer la vie » (Marc, Roux, Marjolin, Auvity, Dubois, Pelletan, Orfila). Il faut que la fonction respiratoire soit nettement établie, au besoin par l’auscultation du nouveau-né. « Yivre, c’est respirer ; né pas avoir respiré, c’est n’avoir pas vécu.... Nous ne nions pas qu’il puisse y avoir quelques instants de vie post partum sans respiration, mais une telle vie ne peut être un fait pour la médecine légale, qui n’admet que ce qii’elle peut prouver, une vie avec respiration » (Kasper). 11 n’en est pas moins vrai que la cour d’Angers, par un jugement du 20 août 1821 , n’a

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pas craint de décider qu’un enfant, dont la viabilité était contestée, avait vécu, par la raison que « on avait senti son cœur palpiter, qu’on lui avait vu ouvrir la bouche, et que, quelques minutes après sa naissance, on avait distingué le moment de sa mort » (Briand et Chaudé).

Enfin, si l’enfant se trouve dans cet état d’asphyxie connu sous le nom de mort apparente (Voy. Asphyxie, Mort) et que caractérise, tantôt une rougeur violacée avec turgescence de la lace, tantôt une décoloration générale des tissus, suivant que la suspension de la respiration placentaire a été lente et graduelle ou, au contraire, instantanée (Jacquemier), nonseulement il n’y a ni cris, ni mouvements, ni jeu respiratoire, mais les mouvements du cœur sont peu ou point perceptibles ; de telle sorte que, entre un pareil état et la mort, il n’y a d’autre différence que l’absence des signes certains qui caractérisent cette dernière (Nægelé). En pareil cas, il nous semble que le diagnostic ne peut se faire que par le succès ou l’insuccès des efforts faits par le médecin pour rétablir la respiration. Si ces efforts réussissent (et on sai't qu’il est des cas où ils doivent se prolonger pendant une heure et plus (Voy. Respiration artificielle), la preuve que la vie n’était pas éteinte se trouve faite. Mais, s’ils échouent, on est suffisamment autorisé à admettre que l’enfant n’a pas véritablement , vécu et doit être considéré comme mort-né.

La vitalité de l’enfant étant bien constatée, peu importe que la vie ait duré plus ou moins. N’eût-elle persisté qu’un quart d’heure, le nouveauné doit être considéré comme viable, pourvu, bien entendu, qu’il remplisse les conditions exigées de développement général suffisant, de conformation régulière et d’absence de maladie fatalement mortelle à bref délai. C’est ce que le droit romain exprime d’une façon saisissanfe en déclarant viable l’enfant suffisamment développé et bien conformé, « licet illico postquam in terra cecidit vel in manibus obstetricis decessit » (Briand et Chaudé).

(3. Nous venons de supposer que le médecin a pu examiner l’enfant au moment de sa naissance ; plaçons-nous maintenant dans une hypothèse toute différente. L’enfant est mort, et il s’agit de décider s’il a vécu. Nous n’avons pas besoin de dire que la question se trouve ramenée à un fait de diagnostic anatomique étudié avec tous les détails nécessaires dans l’article Infanticide de Tardieu. Les poumons offrent-ils une consistance légère et aérienne, un aspect rosé, un volume notable, et, projetés dans un vase plein d’eau, montent-ils à la surface du liquide où ils surnagent avec persistance, c’est la preuve qu’ils ont été pénétrés par l’air et que l’enfant a respiré. Au contraire, présentent-ils une apparence solide et comme carnifiée, une teinte violacée uniforme, et, soumis à l’épreuve docimasique, gagnent-ils le fond du vase, l’expert doit conclure qu’ils n’ont pas été pénétrés par l’air, et que le nouveau-né n’a pas respiré, c’està-dire, vécu. Nous nous contentons de rappeler ces points essentiels en renvoyant le lecteur, pour la discussion approfondie de cette grave question de diagnostic rétrospectif, à l’article déjà cité de notre regretté maître.

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Y- Pour terminer ce qui a trait aux signes de la vie chez le nouveau-né, il est indispensable d’indiquer rapidement à partir de quelle époque de la vie intra-utérine il est possible de les constater.

Chez le fœtus de quatre mois, les battements du cœur et les pulsations du cordon se prolongent souvent pendant plusieurs heures après la naissance, mais il est impossible d’apercevoir le plus petit mouvement respiratoire. À cinq mois, au contraire, l’enfant exécute des mouvements respiratoires nettement caractérisés, susceptibles de persister pendant un certain nombre d’heures, et peut même pousser de légers cris. Il remplit donc une des conditions de la viabilité, celle qui consiste dans l’existence de signes positifs de vie extra-utérine, bien qu’il n’ait pas le développement nécessaire à la continuation définitive de la vie ( Voy . art. Fœtus). Avons-nous besoin d’ajouter que ces indications relatives à l’âge ne peuvent être qu’approximatives, en raison des différences que présente la rapidité d’accroissement ? un fœtus vigoureux de quatre mois et demi peut exécuter des mouvements respiratoires dont n’est pas capable un fœtus débile de cinq mois ou de cinq mois et demi.

b. L'enfant doit présenter un développement général suffisant. — -Les signes qui indiquent, chez le nouveau-né, un développement général compatible avec la vie, sont de deux sortes : les uns sont fournis par l’examen extérieur du corps, soit pendant la vie, soit après la mort, les autres, par l’autopsie seule.

a. Signes fournis par l’examen extérieur du corps. — Pour qu’un enfant puisse être considéré comme viable, il faut que sa longueur atteigne au moins 32 à 34 centimètres, sa circonférence horizontale 30 centimètres (Fehling), son poids 2 kil. à 2 kil. 50, et, en même temps, que la moitié de la longueur totale ne soit plus qu’à une certaine distance au-dessus de l’insertion du cordon ombilical. D’autre part, la peau doit être ferme, dense, et sa coloration rouge-vif initiale avoir fait place à une teinte blanchâtre, due à l’enduit sébacé : les cheveux, plus longs et, en même temps, plus abondants, ont dû perdre leur reflet argenté pour prendre une coloration blonde ou brune; les ongles doivent atteindre, à peu près, les extrémités digitales; enfin, il faut que les os du crâne soient solides et bombés à leur partie moyenne, que la fontanelle occipitale ait disparu, et que les paupières entr’ouvertes permettent de constater l’absence, au moins partielle, de la membrane pupillaire. Une longueur de moins de 32 centimètres et un poids inférieur à 2 kilogr., la minceur et la rougeur de la peau avec absence d’enduit sébacé, la décoloration des cheveux, le défaut de développement des ongles, l’occlusion des paupières, la mollesse des os du crâne uniformément convexes, la coïncidence du milieu de la longueur du corps avec un point plus ou moins élevé de l’appendice xiphoïde du sternum, doivent faire rejeter toute idée de viabilité (Émile Bailly, Briand et Chaudé).

[ti. Signes fournis par l’autopsie. — Les signes dont l’énumération précède sont, le plus souvent, parfaitement suffisants pour faire

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