‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 81 sur 143 · VIABLE, VIABILITÉ. - CONDITIONS ET , SIGNES DE LA V · texte numérisé non relu

VIABLE, VIABILITÉ. - CONDITIONS ET , SIGNES DE LA V

reconnaître si un fœtus présente un développement général compatible avec la vie, soit qu’il s’agisse d’un nouveau-né vivant, soit qu’on ait à examiner un enfant mort; et, dans cette dernière hypothèse, pour peu que la maturité du fœtus soit visiblement incomplète, on peut dire qu’ils rendent inutile l’examen des organes internes. L’autopsie sera, au contraire, indispensable, dans le cas où le développement général du fœtus implique la viabilité, pour déterminer la question de savoir si l’enfant a respiré, et s’il n’est pas atteint d’un vice de conformation ou d’une lésion incompatible avec la vie. Enfin, il faut supposer les cas où l’aspect extérieur du petit cadavre ne permet pas une opinion absolue sur le degré de développement de l’enfant et nécessite des renseignements anatomiques complémentaires. On voit par là que, d’une manière générale, l’autopsie devra toujours être pratiquée. Même dans les cas où elle n’est destinée à fournir aucun éclaircissement nouveau, elle sert à confirmer le résultat de l’examen extérieur, et de toute manière à éviter au médecin le reproche d’avoir fait une expertise incomplète. Dans ces dernières années, la Société de médecine légale a eu à se prononcer sur un cas de viabilité soumis à son appréciation par Fochier (de Lyon), et dans lequel, précisément, l’absence d’examen anatomique et d’autopsie a donné lieu aux opinions les plus opposées. Les premiers experts commis s’étaient prononcés pour la non-viabilité. Fochier, au contraire, fut conduit à admettre que l’enfant était né viable, ou, au moins, que rien ne prouvait qu’il ne l’avait pas été. La Société de médecine légale, sur les conclusions de Polaillon, adopta avec raison, croyons-nous, les conclusions des premiers experts, tout en reconnaissant les lacunes graves et les assertions scientifiques contestables de leur rapport, en même temps que le bien fondé des critiques de Fochier. Avons-nous besoin d’ajouter que ces divergences, toujours si fâcheuses sur le terrain médico-légal, parce qu’elles compromettent l’autorité des expertises, n’auraient pas eu l’occasion de se produire, si l’intervention médicale s’était appuyée, dès le début, sur les résultats d’une autopsie?

Nous nous bornerons, dans les lignes qui vont suivre, à indiquer ce qui a trait au développement des viscères chez le fœtus viable, renvoyant le lecteur à l’article Infanticide pour les signes anatomiques indiquant que l’enfant a respiré.

Le cerveau du nouveau-né viable possède une certaine consistance; les circonvolutions commencent à se dessiner et à se creuser, au moins superficiellement ; à la coupe, son parenchyme offre une teinte rosée, due à l’apparition du réseau vasculaire interstitiel.

Le cœur, de forme pyramidale, est long d’un pouce à un pouce et demi. En ouvrant ses cavités, on reconnaît très-nettement : les orifices des deux veines caves qui se rencontrent en formant un angle saillant en dedans, l’orifice de communication du ventricule eide l’oreillette droite, le trou de Botal, la valvule d’Eustachi, plus longue, à cette période de la gestation, qu’à terme.

Le foie s’est éloigné de l’ombilic ; sa coloration est rouge, et sa eonsis-

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tance grenue. La vésicule contient un liquide dont la couleur et la saveur

commencent à être celles de la bile.

Les valvules conniventes de Y intestin grêle sont formées. Le méconium, épais et noirâtre, occupe une région plus ou moins élevée du gros intestin, suivant que le fœtus est plus ou moins éloigné du terme.

Enfin, les testicules sont, ou bien engagés dans l’anneau, ou, tout au moins, à proximité immédiate de cet orifice.

Au contraire, un encéphale presque diffluent, dépourvu de circonvolutions, et d’une blancheur uniforme, un foie contigu à l’ombilic, une vésicule biliaire remplie d’un liquide séreux légèrement rougeâtre et non amer, un intestin grêle privé de valvules conniventes et contenant un méconium jaune ou à peine verdâtre, des testicules situés entre la colonne lombaire et l’anneau, sont autant de signes qui démontrent un développement organique insuffisant et incompatible avec la vie (Fodéré, Briand et Chaudé).

y. De même que nous l’avons fait pour les signes de la vie, il importe d’examiner à quel âge de la vie fœtale correspond le développement général dont nous venons d’indiquer les caractères. Mais avons-nous besoin d’ajouter que, pas plus que précédemment, il n’est possible d’arriver à la fixation d’une date précise et invariablement la même? Cela tient à ce que, comme nous l’avons déjà fait remarquer, tous les fœtus ne mettent pas exactement le même temps à acquérir le même degré de maturité ( Voy . art. Avortement, Fœtus, Infanticide) .

Dans l’immense majorité des cas, c’est avec le commencement du huitième mois de la vie intra-utérine que coïncide le développement fœtal nécessaire à la continuation possible de la vie. C’est donc le plus souvent seulement, à sept mois révolus (Devergie, Briand et Chaudé, Taylor), et même après la trentième semaine (Ilolfmann), qu’un nouveau-né, d’ailleurs exempt de toute malformation ou maladie organique grave, doit être considéré comme viable : encore convient-il de faire remarquer que le plus grand nombre de ces petits êtres succombent à leur débilité même, malgré les soins dont ils sont entourés (Bailly). Mais, d’autre part, les auteurs citent quelques faits exceptionnels d’enfants nés et conservés vivants, bien que venus au monde avant sept mois révolus. C’est ainsi que Capuron mentionne le fait d’un enfant né à six mois et demi, et qui, au moment où l’observation était publiée, était âgé de deux ans et jouissait d’une excellente santé. Dans un autre cas, l’enfant né à la même période de la grossesse avait vécu jusqu’à dix ans (Taylor). Plus curieuse encore est l’observation publiée par Backer (de Dumfries) : c’est celle d’un enfant du sexe féminin, venu au monde le 158e jour de la gestation, vingt-deux semaines et quatre jours après les rapports sexuels. Ses dimensions et son poids correspondaient à la période dans laquelle il était né, vu qu’il pesait une livre, et mesurait onze pouces de longueur : trois ans et demi plus tard, cette petite fille, non-seulement vivante, mais bien portante, avait atteint le poids de vingt-neuf livres et demie! De pareils faits sont assurément trop exceptionnels pour pouvoir

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entrer en ligne de compte et modifier en quoi que ce soit ce que nou& avons dit plus haut de l’âge minimum de la viabilité naturelle. Mais ilsn’ont pas manqué d’être mis à profit par le législateur, qui, leur attribuant une importance à coup sûr exagérée, a cru bien faire en adoptant une sorte de moyen terme et abaissant à T80 jours la limite inférieure de la viabilité. Cette décision du Code est, à nos yeux, absolument regrettable : il n’y avait réellement aucune, raison pratique pour adopter unedisposition législative qui consacre, presque à coup sûr, une erreur de fait, et fixer à six mois l’âge minimum de la viabilité, alors qu’à sept mois la grande majorité des nouveau-nés n’est pas encore apte à vivre! Il aurait beaucoup mieux valu mettre d’accord la loi et la nature et laisser l’enfant né vivant entre la 22e et la 28e semaine prouver lui-même sa. viabilité . en vivant.

c. L'enfant doit être exempt de tout vice de conformation incompatible avec la vie. — Parmi les nombreux cas dont peuvent être affectés les nouveau-nés, et qui ont été étudiés dans une autre partie de ce Dictionnaire ( Voy . art. Monstruosités), les uns entraînent fatalement la mort au bout d’un temps très-court, et constituent, nous n’avons pas besoin de le dire, un obstacle absolu à la viabilité ; d’autres, selon leur degré, sont tantôt compatibles, et tantôt incompatibles avec la vie ; les autres, enfin, n’apportent aucun empêchement à la viabilité. Cette division médico-légale des monstruosités, que nous empruntons à Legrand du Saulle, est, nous n’avons pas besoin de le faire remarquer, tout artificielle, mais elle est éminemment pratique, et c’est pour cela qu’elle nous paraît convenir parfaitement à notre sujet.

I. Monstruosités nécessairement incompatibles avec la vie. — a.yfiçnlres nerveux . — 1° Acéphalie (absence de la tête).

2° Anencéphalie (absence de cerveau et de cervelet). Ce vice de conformation n’est pas toujours évident à la simple vue, comme dans les ças où la peau est affaissée sur la base du crâne, ou bien l’encéphale remplacé par une masse rougeâtre et fongueuse renfermant à peine quelques vestiges de pulpe cérébrale. Orfila a observé un anencéphale chez lequel aucune déformation extérieure ne trahissait le vice de conformation : la respiration, bien que faible, était régulière, et l’enfant, d’ailleurs très-débile, succomba le troisième jour. Il fut constaté, à l’autopsie, que la cavité crânienne ne contenait, à l’intérieur des méninges qu’un liquide jaunâtre et quelques amas isolés d’éléments nerveux. Si la nécessité de l’examen nécroscopique dans les cas en apparence les plus simples avait besoin d’être démontrée, un semblable fait serait singulièrement significatif.

- (1. Appareil circulatoire. — 1° Absence du cœur. — Cette disposition, d’ailleurs très-rare, se rencontre surtout chez les monstres acéphales, mais elle peut s’observer aussi sur des fœtus dont la tête est normalement développée.

2° Ectopie céphalique du cœur. — Le cœur est placé dans l’intervalle des branches de la mâchoire, ou. fixé à la partie antérieure de la tête.

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3° Anomalies de conformation du cœur. — Le cœur est réduit à une seule cavité, dans laquelle s’ouvrent les principaux troncs artériels et veineux (Meckel); ou bien se compose de deux cavités, l’une auriculaire, recevant à la fois les veines du cœur et des poumons, l’autre ventriculaire, donnant naissance à l’aorte et à l’artère pulmonaire (Voy. Cœui:).

y. Appareil digestif. — 1° Aprosopie (absence de la face).

2° Astomie (absence d’ouverture et de cavité buccales).

3° Imperméabilité partielle ou totale de l'œsophage. — Communication de ce conduit avec la trachée (Voy. Œsophage) .

4° Absence de l'estomac, ou terminaison en cul-de-sac de ce viscère, du côté de l'œsophage ou de l'intestin (Voy. Estomac).

5° Absence ou imperméabilité d'une partie plus ou moins considérable de l'intestin grêle ou du gros intestin (Voy. Intestin).

6° Hernie diaphragmatique.

o. Appareil respiratoire. — Absence des poumons (Devergie).

. e. Grossesse extra-utérine. — Grossesse multiple. — C’est bien à tort, suivant nous, que la situation extra-utérine du fœtus a été assimilée par certains auteurs (Briand et Cbaudé, Legrand du Saulle) à un vice de conformation entraînant la non-viabilité. De deux choses l’une : ou bien la gastrotomie a donné lieu à l’extraction d’un fœtus mort, ou l’enfant est sorti vivant de l’utérus incisé. Si l’enfant est mort, la question de la viabilité, nous le savons déjà, n’a même pas besoin d’être posée, et, si l’enfant est vivant, sa viabilité dépend exclusivement des conditions de conformation et de santé qu’il présente et qui ont été étudiées précédemment. On voit donc que, dans les deux cas, le problème à résoudre sera exactement le même que s’il s’agissait d’une grossesse utérine normale.

Quant aux grossesses multiples, nous ne voyons pas davantage à quelles difficultés particulières elles peuvent donner naissance dans la pratique. Les jumeaux nés vivants devront, pour être considérés comme viables, offrir les conditions de développement général que nous avons étudiées précédemment. Ces conditions sont, le plus souvent, remplies, quand l’accouchement n’est que double : elles le sont, au contraire, exceptionnellement, quand on se trouve en présence de trijumeaux, et pour ainsi dire jamais, quand le nombre des fœtus excède trois. Et, de fait, il est facile de comprendre que le développement simultané de trois fœtus dans la cavité utérine ne peut se faire qu’au détriment de chacun d'eux. Mais c’est pour chaque fait particulier une question qui ne peut être résolue qu’après examen, et il est impossible d’adopter, à priori, une règle fixe, applicable à tous les cas indistinctement.

II., Monstruosités qui, selon leur degré, sont, tantôt compatibles, et tantôt incompatibles avec la vie. — a. Centres nerveux. — 1° Hydrocéphalie. — L’hydrocéphalie congénitale comprend, on le sait, deux variétés : l’hydrocéphalie ventriculaire, dans laquelle le liquide est accumulé dans les cavités ventriculaires, ou dans une partie seulement de ces cavités et l’hydrocéphalie méningienne, dans laquelle la sérosité siège entre la masse cérébrale atrophiée et la dure-mère (Voy. Encéphale). Dans

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