‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 39 (volume 2)Chapitre 87 sur 143 · VICHY. - ACTION PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

VICHY. - ACTION PHYSIOLOGIQUE

juger l’action de cette eau minérale, se sont basés sur les expériences faites par différents observateurs avec le bicarbonate de soude en nature, ou en solution plus ou moins étendue, se sont induits en erreur. Il n’est pas indifférent, ce nous semble, de prendre tous les jours, même à très-faible dose, des sels de potasse, de magnésie, de strontiane, de chaux, de protoxide de fer, de sulfate, phosphate et arséniate de soude, et enfin du chlorure de sodium, et il nous serait facile de citer nombre d’eaux minérales jouissant de propriétés thérapeutiques remarquables, qui ne sont pas plus et même moins minéralisées que ne le seraient les eaux de Vichy dépouillées de leur bicarbonate de soude et réduites à leurs éléments dits accessoires. Sans doute il est malaisé de préciser quelle est la part d’action qui revient à ces derniers dans le résultat final obtenu, et il est bien plus commode d’attribuer tous les effets produits au bircarbonate de soude : mais s’ensuit-il qu’il soit logique de méconnaître l’influence réelle, .incontestable, qui doit être exercée par toutes ces substances que nous avons énumérées. Et, sans parler de la therinalité qui est pourtant un facteur très-important, la présence de l’acide carbonique libre, en dissolution dans les eaux de Vichy, ne vient-elle pas encore ajouter à la différence profonde qui existe entre une eau minérale naturelle et une solution de bicarbonate de soude? C’est parce que nous trouvons cette assimilation absolument illogique que nous repoussons les déductions tirées des recherches expérimentales faites sur les alcalins, généralement représentés par le bicarbonate de soude, déductions que l’on veut appliquer aux eaux de Vichy pour leur attribuer ensuite des effets très-contestables.

Ce qui prouve le mieux la différence qu’il y a entre l’eau de Vichy et une solution de bicarbonate de soude,, c’est l’individualité de chaque source. Individualité ici n’est pas synonyme de spécialisation. Nous ne pouvons, dans les limites d’un article, nous étendre sur les propriétés attribuées à chaque source en particulier : du reste, cette spécialité d’action sur tel ou tel organe, et par suite dans telle ou telle maladie, n’a rien d’absolu, il s’en faut. On peut parfaitement guérir des maladies d’estomac sans avoir recours à la source de l’Hôpital, de même que des hépatiques peuvent se trouver bien mieux de cette dernière que de la Grande-Grille. Mais ce qui, en dehors même des différences si remarquables de thermalité, montre bien l’individualité de chaque source, c’est le degré très-variable de tolérance d’un même malade pour les diverses sources de Vichy ; c’est aussi leurs effets physiologiques et thérapeutiques très-divers.

En exposant les effets physiologiques des eaux de Vichy, nous ne passerons pas en revue toutes les fonctions pour examiner à quel degré elles peuvent être influencées par la cure : nous ne nous arrêterons que sur celles qui nous paraissent plus particulièrement modifiées dans leur manière d’être.

Les sécrétions sont, de toutes les fonctions, celles qui subissent l’influence la plus manifeste de la cure de Vichy : le suc gastrique devient plus abondant, vraisemblablement plus actif, et c’est sans doute à cet

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effet que sont principalement dus le réveil de l’appétit et l’amélioration des digestions qui sont un des premiers phénomènes de la cure. La quantité journalière de bile est augmentée, ainsi que son alcalinité ; les sécrétions pancréatiques et intestinales sont également activées. A ce point de vue nous ne sommes pas de l’avis de Petit : pour cet auteur, les sucs intestinaux diminueraient de quantité sous l’influence de l’eau de Vichy, et c’est à cela que serait due la constipation observée sur un certain nombre de malades. Pour nous, cette constipation, qui est loin d’être aussi générale qu’on le croit en dehors de Vichy, tient à ce que, par suite de l’amélioration de la fonction digestive, l'organisme utilise le plus possible des matériaux alibiles des aliments, et qu’alors, l’élément exerémentitiel étant réduit à son minimum, le bol fécal est insuffisant pour exciter convenablement l’intestin à fonctionner. Quelle que soit d’ailleurs l’explication qu’on adopte, il y a une chose indéniable, c’est que, si bien des personnes n’éprouvent aucun effet de la cure sous le rapport des garderobes, chez un certain nombre d’autres il y a une tendance plus ou moins marquée à la constipation. Si nous voulions essayer de traduire ces faits par des chiffres, nous dirions, en nous basant sur une statistique de 185 cas, que, étant donné 100 personnes soumises à la cure de Vichy, près de la moitié éprouveront soit de la constipation, soit seulement une tendance à cet état, une vingtaine auront des selles plus fréquentes ou plus faciles et environ une trentaine ne seront nullement influencées sous ce rapport. Sans doute, les dispositions antérieures du sujet règlent en général dans quel sens agira à ce point de vue l’eau de Vichy; mais dans certains cas il se produit des selles soit plus rares, soit plus fréquentes, sans qu’on puisse trop s’expliquer pourquoi.

Nous parlions tout à l’heure de l’influence de la cure sur l’activité des sécrétions : un détail, entre autres, nous a paru assez démonstratif à ce point de vue. Nous avons vu maintes fois des femmes se plaindre, au bout de quelques jours de traitement thermal, que leurs flueurs blanches augmentaient : après examen minutieux, nous avons presque toujours constaté que ce n’était pas le catarrhe utérin qui était augmenté, mais seulement les sécrétions vaginales normales, ainsi qu’en témoignait suffisamment la nature de la coloration laissée sur les linges, ou plutôt l’absence même de coloration.

Action sur le sang. ■ — L’eau de Vichy agit sur le sang d’une façon évidemment complexe et qu’il serait bien difficile de préciser, faute d’éléments d’information assez exacts et assez complets. Mais, si nous ne pouvons nous rendre compte de toutes les modifications qui se produisent dans le milieu intérieur sous l’influence de la cure de Vichy, il en est une cependant, la plus importante, qui a été mise en pleine lumière par les recherches expérimentales de Z. Pupier sur les animaux, l’examen par le même auteur du sang d’un sujet qui prenait tous les jours depuis vingt-huit ans — sauf les intervalles forcés amenés par les maladies ou les malaises intercurrents — de 16 à 20 grammes de bicarbonate de soude, les recherches cliniques hématimétriques de H. de Lalaubie con-

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