VICHY. - ACTION PHYSIOLOGIQUE
statant, après des cures où l’eau avait été administrée à des doses variées, une augmentation parfois considérable des globules rouges. Il est clair que cette action hyperglobulisante de l’eau de Vichy n’a pas été produite directement et qu’elle est le résultat d’une série de modifications fonctionnelles et trophiques dont l’accroissement de la richesse du sang n’est que le dernier terme : il n’en est pas moins vrai que ce résultat obtenu tantôt avec des doses faibles ou modérées, tantôt avec des doses relativement fortes, telles d’ailleurs que le réclamait l’état pathologique des malades en traitement, est extrêmement remarquable, et qu’il suffit pour prouver deux choses : 1° que la cure de Vichy faite dans des conditions convenables exerce une action réellement reconstituante, et 2° combien était erronée l’allégation d’après laquelle la cure de Vichy amenait après elle la cachexie alcaline. Si par hasard on a constaté quelque chose ressemblant à cela, il y a eu tout au moins erreur d’interprétation. Parmi la grande quantité de malades qui viennent tous les ans à Vichy, soit par ordonnance médicale, soit spontanément, de leur propre autorité, il est certain que quelques-uns sont atteints de lésion à évolution fatale et dont les jours sont en quelque sorte comptés. Chez ces malades, l’excitation de la cure a bien pu donner comme un coup de fouet au processus néoplasique existant et par suite augmenter indirectement l’anémie ou l’hydrémie, qui existaient antérieurement du fait de leur affection organique. Cette explication donnée par Z. Pupier des mauvais effets de la cure alcaline dans certains cas exceptionnels où elle était contre-indiquée nous paraît des plus rationnelles. Nous ajouterons seulement que pour produire les effets en question, même dans des cas aussi graves et aussi défavorables, il a fallu encore des écarts considérables de traitement ou de grandes imprudences. Du reste, dans notre service de l’IIôpital thermal de Vichy, où la grande majorité des malades sont plus ou moins anémiques, et où les occasions ne manqueraient pas — pour plus d’un motif — de constater les effets désastreux de la cure, nous n’avons observé qu’une fois en six ans un ensemble de phénomènes pouvant s’adapter à ce qu’on a appelé la cachexie alcaline, et cela chez une femme qui avait été affectée peu de temps auparavant de métrorrhagies abondantes.
En définitive, il nous semble qu’il n’y a aucune raison pour qualifier de débilitante une médication grâce à laquelle l’appétit reparaît, les digestions se régularisent, et qui communique à la nutrition générale une impulsion des plus favorables, sans parler de son influence sur l’état morbide lui-même, et qu’on peut même, sans abus de langage, attribuer une action reconstituante à une eau qui, soit directement par les principes qu’elle contient (soude, chlorures, fer, etc.), soit indirectement par les améliorations fonctionnelles et trophiques qu’elle détermine, amène une augmentation parfois considérable du chiffre des globules.
Action thérapeutique. — Parmi les affections susceptibles d’être favorablement influencées par les eaux de Vichy, nous mettrons au premier rang celles du foie et des voies biliaires. Mais toutes les affections de
VICHY. - ACTION THÉRAPEUTIQUE
1 appareil biliaire ne sont pas au meme degré tributaires de la cure de Vichy : celle qui nous paraît devoir en bénéficer dans le plus grand nombre des cas et dans la plus large mesure, c’est incontestablement l 'affection calculeuse. Les résultats qu’on obtient de la cure de Vichy dans cette maladie ne portent pas seulement sur l’élément douleur, c’està-dire sur les coliques hépatiques qui en sont le symptôme prédominant : ils s’étendent à toutes les manifestations de cet état pathologique. C’est ainsi qu’un des premiers et des plus constants effets du traitement hydrominéral est de réveiller l’appétit et de rendre les digestions moins difficiles. A ce point de vue, on observe très-fréquemment des transformations vraiment remarquables dans la manière d’être des malades : des sujets qui depuis des mois, sous l’influence de crises aiguës ou sub-aiguës souvent renouvelées, avaient complètement perdu l’appétit et ne savaient plus depuis longtemps ce que c’est qu’une digestion normale, voient au bout de quelques jours l’anorexie disparaître, et la fonction digestive s’opérer d’ une façon à peu près satisfaisante. La fatigue générale déterminée à la longue par la persistance de ce mauvais état de santé se dissipe graduellement, et la maladie paraît prendre sous tous les rapports une forme moins sévère. Si l’ictèie existait au moment de la cure, il ne tarde pas à diminuer, et avec lui s’atténuent les conséquences de la diffusion de la bile dans tout l’organisme (démangeaisons et insomnie, diarrhée, ballonnement, etc., etc.). Quant au symptôme capital de l’affection calculeuse, nous voulons parler des coliques hépatiques, il ne faut guère compter qu’elles seront rapidement influencées par la cure thermale : il arrive même souvent que l’excitation générale déterminée par le traitement minéral leur imprime comme un coup de fouet qui les réveille, si elles étaient latentes, ou augmente leur acuité. La manière plus ou moins active dont la cure est conduite est susceptible défavoriser singulièrement ce résultat, qui du reste se produit maintes fois en dépit de tout ce qu’on pourrait faire pour l’éviter. Toutefois ce serait une erreur de croire que cette exacerbation, quin’est heureusement que momentanée, est immanquable, fatale, nécessaire même, comme le croient quelques confrères, au succès de la cure : mais il est bon que les malades soient prévenus de cette possibilité pour éviter tout découragement intempestif et prévenir des déceptions dont l’influence morale est toujours trèsfâcheuse.
Du reste, si les douleurs subissent souvent une exacerbation notable du fait de la cure, il faut dire que souvent aussi elles se calment merveilleusement sous son influence, et la balnéation est encore le moyen le plus efficace pour obtenir cette amélioration.
L’amendement le plus sérieux et le plus durable pour les coliques hépatiques vient surtout après la cure, au bout d’un délai assez variable : les crises commencent par être plus espacées et moins violentes, piiis elles deviennent de moins en moins fréquentes et finissent, après une seconde ou une troisième saison, par disparaître. Parfois, à la suite d’une première cure, les crises ne reparaissent pas jusqu’à l’année suivante, ré-
VICHY. — ACTION THÉRAPEDTIQÜE . 465
sultat le plus souvent trompeur en ce sens qu’il semble annoncer une guérison qui n’existe pas et ne peut survenir aussi rapidement. En somme, l’amélioration persiste la plupart du temps durant des mois, trois, quatre, six, huit mois, et parfois bien au delà, pourvu que le malade soit maintenu dans les conditions qui sont le mieux de nature à assurer la prolongation de cet état favorable. C’est là d’ailleurs une des raisons qui rendent la cure thermale de Vichy supérieure aux autres médications de l’affection calculeuse ; c’est que l’amélioration qu’elle amène à sa suite est en général plus complète et surtout incompai-ablement plus prolongée. Nous ne pourrions, sans sortir des limites de cet article, nous appesantir davantage sur l’influence de la cure de Vichy dans la lithiase biliaire, sur son mode d’action et autres points intéressants : pour plus amples détails sur ce sujet, nous renvoyons à notre Traité de l'affection calculeuse du foie , où la question est exposée avec les développements qu’elle comporte.
En poursuivant l’énumération des affections hépatiques dans lesquelles la cure de Vichy montre une efficacité incontestable, nous trouvons la congestion du foie , qui est généralement symptomatique (congestion accidentelle de la lithiase biliaire, congestion des arthritiques et des goutteux, etc.), ou le prélude de la première phase, ou encore le reliquat, soit d’une phlegmasie aiguë, soit d’un processus de sclérose, qui peüvent ne pas aboutir (congestion alcoolique, congestion paludéenne, congestion des pays chauds). Quelle que soit l’origine de cet état morbide, sauf s’il est d’origine cardiaque, et par conséquent à forme passive, la cure de Vichy exerce à peu près constamment une action des plus favorables, pourvu que le malade soit soustrait aux influences pathogéniques qui ont déterminé la localisation hépatique. C’est ainsi qu’on voit, par exemple s’améliorer si vite à Vichy ces états pathologiques désignés, faute d’un diagnostic plus rigoureux, sous le nom un peu vague d’engorgements* viscéraux, qui atteignent la rate aussi bien que le foie et qui occupent une si grande place dans la morbidité de nos troupes en Algérie, au Sénégal, aux Antilles et ailleurs.
A propos des reliquats des fièvres des pays chauds, donnons en passant une mention à la diarrhée chronique et même à la dysenterie arrivée à la période de réparation, qui se trouvent favorablement modifiées par la cure hydro-minérale.
Le traitement de Y ictère aigu ou chronique par l’eau de Vichy est une pratique devenue tellement banale que nous avons à peine besoin de rappeler tous les services qu’on peut attendre d’une cure thermale régulière, dont l’efficacité est autrement sérieuse que celle de quelques bouteilles d’eau minérale. Quelle que soit l’ancienneté de l’ictère, on peut légitimement espérer le voir disparaître sous l’influence de la cure hydro-minérale, et il n’est pas de médecin qui n’ait constaté la guérison, par ce moyen, d’ictères qui avaient résisté aux agents thérapeutiques ordinaires et dont la persistance finissait par devenir inquiétante. Il importe toutefois de reconnaître, avant de conseiller la cure de Vichy, quelle est la
IÎOUV. DICT. HÉD. ET CHIR. XXXIX — 30
VICHY. - ACTION THÉRAPEUTIQUE
cause de l’ictère, car il est bien certain que le même traitement ne saurait convenir à toute espèce d’ictère. Nous avons surtout en vue ici l’ictère calculeux, l’ictère catarrhal, l’ictère bilieux ou par polycholie. Il est clair que, si l’ictère a pour cause la présence de quelque, néoplasme comprimant soit le hile, soit un autre point des voies biliaires, il n’y a pas à compter que la cure hydro-minérale pourra amener le moindre changement. Mais à ce propos il n’est pas inutile de rappeler de combien de difficultés est parfois entouré le diagnostic pathogénique de ictère, et quelles surprises réservent maintes fois des cas en apparence très-nets de pathologie hépatique : il ne se passe pas de saison où nous n’observions quelques faits de ce genre, où un diagnostic qui paraissait très-rationnel, très-correct, se trouve renversé et démontré inexact par les événements ultérieurs : aussi croyons-nous simplement prudent, s’il y a place pour le plus léger doute, d’en faire bénéficier le malade en lui conseillant une cure qui, prudemment conduite, ne saurait aggraver son état, qui peut aussi amener une guérison inespérée et sert dans tous les cas à éclairer le diagnostic. Si les limites de cet article nous le permettaient, il nous serait facile de citer nombre de cas à l’appui de l’opinion que nous venons d’exprimer.
On a encore tenté la cure de Vichy dans plusieurs variétés de cirrhose, et avec des résultats assez différents. Dans la cirrhose vulgaire, si l’on agit au début du processus, dans la période de congestion qui le précède, et même encore dans la période d’augmentation de volume de l’organe, alors que les lésions ne sont pas irrémédiables, on peut espérer que le traitement hydro-minéral, en améliorant la nutrition générale, sera capable, avec l’aide de moyens appropriés, d’arrêter le processus de sclérose. C’est parce que nous avons vu plusieurs fois l’évolution de la sclérose alcoolique s’arrêter au début sous l’influence de la cure de Vichy que •nous préconisons avec une certaine confiance cette médication, d’autant mieux que les moyens efficaces en pareil cas ne sont pas nombreux. Si le traitement hydro-minéral a quelque chance d’amener un résultat favorable dans la première période de la cirrhose alcoolique, il sera encore mieux indiqué dans la cirrhose biliaire, hypertrophique ou non, avec ou sans ictère, surtout si elle a pour origine la cholélithiase. Ici, en effet, la cure sera d’autant plus rationnelle qu’elle s’attaquera directement à la cause de la maladie. Du reste, l’étiologie de cette affection étant souvent assez obscure, l’absence de données précises sur ce point ne serait pas un motif pour ne pas conseiller un traitement qui est susceptible de pro • duire une amélioration plus ou moins remarquable.
Nous pourrions signaler d’autres affections du foie dans lesquelles la cure thermale de Vichy a été conseillée, la dégénérescence graisseuse, la dégénérescence amyloïde, par exemple : mais il est à peine besoin de faire remarquer combien le succès est chanceux en pareil cas : aussi n’insistons-nous pas davantage sur l’opportunité d’un traitement dont les résultats sont si aléatoires et dont le mérite le plus clair est d’être inoffensif, pourvu qu’il soit convenablement dirigé.
VICHY. — ACTION THÉRAPEUTIQUE. 467
Dans le court exposé que nous venons de présenter des affections hépatiques qui peuvent, à des degrés divers, bénéficier de la cure thermale de Vichy, nous n’avons pas parlé de l’influence que cette dernière pouvait exercer sur les troubles morbides concomitants liés à l’état du foie, les cardiopathies, par exemple. Comme ces troubles ont tout aussi bien pour origine un état pathologique de l’estomac, nous en dirons un mot tout à l’heure après avoir parlé des affections de cet organe justiciables de la cure de Vichy.
D’une fçaon générale, on peut dire que cette médication est tout aussi bien indiquée dans les affections de l'estomac que dans celles du foie. Nous signalerons d’abord les diverses variétés de dyspepsie, notamment celle d’origine alcoolique, la dyspepsie diathésique des arthritiques et des goutteux, celle qui accompagne presque toujours la lithiase biliaire et en marque souvent le début. Quelle que soit l’intensité de ces dyspepsies, il est exceptionnel que la cure hydro-minérale, soit seule, soit associée à l’hydrothérapie, n’amène pas en très-peu de temps une amélioration très-marquée, et plus tard le rétablissement de la fonction digestive à un état à peu près ou tout à fait normal. Nous avons vu maintes fois des malades dont l’estomac en était arrivé à ne plus pouvoir garder même quelques cuillerées de bouillon ou de lait, et auxquels l’idée seule d’avoir à boire un peu d’eau minérale tiède donnait d’avance des nausées, nonseulement supporter très-bien cette eau, mais être capables, au bout de quelques jours, de faire un repas satisfaisant.
Nous ferons à propos de la dyspepsie les mêmes remarques que tantôt à propos de l’ictère. Étant donné une dyspepsie, il n’est pas toujours aisé d’en démêler l’origine et d’affirmer si elle est liée à une affection curable ou incurable. Tout le monde sait en effet combien le diagnostic du cancer de l’estomac est parfois entouré d’obscurité : si donc il y a doute sur la nature de la maladie qui a déterminé la dyspepsie, il convient que ce doute profite au malade et qu’on lui laisse tenter une médication qui s’est montrée plus d’une fois d’une efficacité remarquable dans des cas en apparence désespérés.
Bien qu’au premier abord la cure de Vichy paraisse moins nettement indiquée dans la dyspepsie des névropathes que dans les autres dyspepsies précédemment énumérées, il y a tout intérêt à la conseiller quand les moyens habituels ont échoué, d’autant mieux qu’à l’action hydro-minérale s’ajoute l’influence du changement de milieu et des distractions, si puissante sur cette catégorie de malades. Le professeur Charcot recommande souvent en pareil cas la cure de Vichy associée à l’hydrothérapie, et nous avons eu maintes fois l’occasion de constater combien cette pratique amenait d’heureux résultats.
Il n’est pas jusqu’à l’anorexie des hystériques, si rebelle parfois, qui ne puisse être heureusement modifiée par la cure de Viehy, ainsi que nous en avons vu quelques exemples.
Ce que nous venons de dire de la dyspepsie s’applique aussi bien à ses conséquences, dont la plus importante, la dilatation de l’estomac, a par-
■468 VICHY. — action thérapeutique.
ticulièrement attiré l’attention depuis quelques années. Le traitement par le lavage de l’estomac, notamment, qui a donné des résultats d’autant plus satisfaisants que cet état morbide est d’ordinaire assez rebelle, présente plus d’efficacité quand il peut être opéré avec- de l’eau de Vichy sortant de la source au lieu d’être fait avec de l’eau transportée. Des cabinets spéciaux ont même été aménagés dans les galeries de l’Établissement thermal pour que cette opération du lavage de l’estomac se fasse dans les conditions matérielles les plus favorables au succès de ce moyen thérapeutique.
Enfin on a pensé que le traitement thermal pourrait s’appliquer avec avantage à certains cas d’ulcère de l’estomac, quand cette lésion est arrivée à la période de réparation et ju’il y a par conséquent de grandes probabilités pour qu’on n’ait plus à redouter des accidents hémorrhagiques. Il est certain que la cure thermale peut avoir, dans ces cas, pour résultat de stimuler la nutrition, généralement défectueuse en pareille circonstance, et surtout d’améliorer la fonction digestive et par suite de prévenir autant que possible le développement exagéré de gaz dans l’estomac, ce qui est d’une importance considérable, car le météorisme stomacal est un obstacle sérieux à la cicatrisation de l’ulcère gastrique, et une cause de rechute quand il est en voie de guérison ou trop récemment guéri.
Cardiopathies d'origine gastro-hépatique. — Au moment où les théories chimiques sur l’action de l’eau de Vichy étaient le plus en faveur, on conçut l’idée un peu hardie de dissoudre les végétations fibrineuses valvulaires du cœur par le sang, à la condition qu’il fût suffisamment chargé de bicarbonate de soude. 11 y a plus de trente ans, Nicolas (de Vichy) publia un travail, avec observations à l’appui, dans lequel il assura avoir guéri par la cure de Vichy des lésions cardiaques aussi sérieuses que celles dont il s’agit. En compulsant les ouvrages ou mémoires sur Vichy parus depuis lors, il ne nous paraît pas qu’on ait beaucoup cru à la réalité de ces faits ; pour notre part, nous n’avons jamais vu rien de semblable. Il est certain que, si ces faits avaient été bien réellement observés par un médecin, ils l’auraient été également par d’autres exerçant dans les mêmes conditions et non moins désireux de faire connaître des faits aussi remarquables. Il est donc fort probable qu’il y a eu là quelque erreur d’interprétation. Aujourd’hui, connaissant mieux l’influence des affections gastro-hépatiques sur le cœur, et sachant que dans la majorité des cas le retentissement sur l’organe central de la circulation se borne à des troubles purement fonctionnels, on comprend très-bien — et d’ailleurs les faits déjà nombreux publiés depuis ces dernières années le montrent surabondamment — qu’en guérissant ou en améliorant par la cure thermale l’affection gastrique ou hépatique enjeu, on fasse cesser les troubles cardiaques qui étaient uniquement sous sa dépendance. Or, il est arrivé que parfois l’affection deutéropathique dominait la scène, masquant par son intensité l’état morbide primitif un peu latent dont elle procédait, de telle façon même que des maîtres rompus au diagnostic ont pu s’y tromper tout d’abord. Quoi d’étonnant alors qu’à une époque où ces rap
VICHY. - ACTION THÉRAPEUTIQUE. 469
ports entre l’appareil gastro-hépatique et le cœur étaient à peu près et même complètement inconnus, des observateurs aient cru de très-bonne foi guérir des lésions valvulaires consécutives au rhumatisme articulaire aigu, alors qu’ils faisaient simplement cesser des troubles fonctionnels cardiaques en guérissant par la cure de Vichy l’affection gastrique ou hépatique qui leur avait donné naissance? Telle nous paraît être la seule explication possible des faits un peu extraordinaires de lésions organiques du cœur disparues sous l’influence de la médication thermale de Vichy. Il n’en reste pas moins acquis qu’on peut compter voir se dissiper sous cette influence ces divers troubles fonctionnels (palpitations, bruits de galop, arhythmie, etc.), liés aux affections de l’appareil gastro-hépatique, troubles parfois très-légers et passagers, mais dont la persistance et l’intensité dans certains cas a pu parfaitement faire croire à des lésions organiques graves.
Diabète. — C’est surtout depuis les travaux de Mialhe et de Bouchardat que l’on a préconisé la cure de Vichy dans le diabète, et les résultats ont été tels que, malgré la divergence des opinions sur la nature de cette affection ( Voy. art. Diabète, t. XI), c’est encore cette médication qui est le plus souvent conseillée, et celle aussi qui convient au plus grand nombre des cas.
Le premier effet de la cure thermale chez les diabétiques, c’est de diminuer la soif et la polyurie, et par suite de supprimer une des causes de l’insomnie dont se plaignent certains de ces malades. La diminution de la quantité de sucre est en quelque sorte la conséquence de la première amélioration que nous venons de signaler; et cette baisse dans la proportion du sucre continue généralement jusqu’à la fin de la cure, et elle est d’autant plus marquée que la proportion du sucre était plus forte. L’état général se trouve en même temps très-nettement amendé, ainsi que les forces. L’influence de ce bien-être physique se traduit par un relèvement du moral souvent fort déprimé, comme on sait, chez les diabétiques. Il va de soi que le régime est un auxiliaire puissant de la cure, qui ne saurait donner d’excellents résultats sans son concours. L’influence du traitement sur l’azoturie, quand elle existe, ne nous a pas paru aussi marquée que celle sur le sucre : cependant, d’une façon générale, elle tend à suivre les oscillations de ce dernier; l’azoturie est d’ailleurs liée à des conditions si diverses, indépendantes même de l’intensité de la maladie, qu’on ne saurait compter exercer sur elle une action quelconque aussi sûrement.
La cure de Vichy convient-elle à tous les diabétiques? Évidemment non : d’abord, on trouve parfois des sujets absolument réfractaires sans qu’on puisse même s’en expliquer la raison; pour d’autres, l’inopportunité ou l’insuccès de la cure tient à ce qu’on la tente dans une période trop avancée de la maladie, à un moment où il n’est à peu près plus possible — ou du moins bien difficile — d’arrêter le mouvement de dénutrition qui précipite le diabétique vers la consomption. Ainsi, dans notre service de l’Hôpital thermal de Vichy, où la plupart des diabétiques
VICHY. - ACTION THÉRAPEUTIQUE
qui y sont envoyés appartiennent à cette catégorie, nous avons compté autant de résultats négatifs que d’améliorations, alors que dans la clientèle de la ville ces dernières sont en très-grande majorité. Il suit de là que dans la forme de diabète caractérisée par un mouvement de désassimilation très-actif et très-rapide, dans le diabète maigre, comme on l’appelle, il ne faut pas trop espérer que la cure de Vichy donnera un résultat satisfaisant ; ce dernier sera au contraire la règle dans le diabète gras.
La guérison du diabète par la cure de Vichy est-elle possible’Les auteurs sont loin d’être d’accord sur ce point, et cela pour une bonne raison, c’est que la réponse à cette question est on ne peut plus difficile. Pour nôtre part, nous croyons cette guérison possible dans certaines conditions ; nous connaissons même deux cas dans lesquels la guérison persiste depuis six ans. Toutefois nous nous garderons de trancher la question. Sur le fait de l’amélioration temporaire, ou de la guérison apparente, les divergences disparaissent : reste seulement à en indiquer la durée ; mais c’est là un point bien difficile à préciser. Bien plus que toutes les autres affections justiciables de la cure de Vichy, le diabète est sujet à rechute, et c’est l’inobservance du régime qui en est la principale cause : aussi la durée de l’amélioration consécutive à la cure est-elle très-variable, puisqu’elle dépend essentiellement de la façon dont le malade suit son régime. Toutefois, et sans même que la rigueur du régime soit excessive, l’amélioration se maintient généralement à un degré suffisant pour que la maladie ainsi atténuée ne constitue plus un danger permanent.
Goutte. — « Je croyais autrefois, et j’ai même écrit, il y a plus de vingt ans, que les eaux de Vichy ne convenaient pas dans le traitement de la goutte. Aujourd’hui, éclairé par les nombreux faits cliniques que M. Petit a recueillis et que j’ai vérifiés, je n’hésite pas à déclarer que, issu d’un père qui a succombé à la goutte et ayant un frère goutteux qui s’est très-bien trouvé des eaux de Vichy, je m’empresserai d’avoir recours à ce moyen curatif, si cette maladie héréditaire vient me saisir. » Ainsi s’exprime avec beaucoup de franchise Pâtissier dans l’avant-propos de son mémorable Rapport sur l'emploi des eaux minérales de Vichy dans le traitement de la goutte, rapport qui, en raison des circonstances où il fut produit à la tribune de l’Académie de médecine, eut un grand retentissement. Après avoir, dans ce travail, analysé les 80 observations de goutte traitée par la cure de Vichy qui avaient été présentées par Petit et sur lesquelles la commission académique avait fait une enquête, le savant rapporteur ajoutait : « 11 résulte donc que les probabilités de succès qu’offrent les eaux de Vichy et les boissons alcalines dans le traitement de la goutte articulaire ont été fixées sur un nombre assez grand d’observations ; qu’à la vérité cet agent thérapeutique ne réussit pas toujours également bien, même dans des cas en apparence semblables ; qu’on ne doit pas en espérer des effets tellement constants qu’ils ne souffrent aucune exception, avantage que ne présentent même pas les remèdes dits spécifiques ; que néanmoins les eaux de Vichy, non-seulement peuvent être avantageusement
VICHY. - ACTION THÉRAPEUTIQUE
employées contre la goutte articulaire, mais même qu’elles doivent être préférées, par la facilité de leur administration et leur peu d’inconvénient, aux autres remèdes antiarthritiques. » On a beau ne pas partager les vues de Petit — et même de Pâtissier, qui paraît les adopter — sur l’alcalinisation des humeurs, et se faire une autre idée du mode d’action de la cure de Vichy dans la goutte, en somme, les résultats obtenus sont les mêmes aujourd’hui qu’il y a cinquante ans, avec cette différence que personne, croyons-nous, n’a la prétention de guérir, d’extirper la goutte, qu’on se contente de viser une amélioration aussi considérable que possible, et que pour arriver à ce but on ne pense pas qu’il faille recourir aux doses d’eau devant lesquelles Petit ne reculait pas et qui ne trouveraient plus un seul partisan.
Rendre les accès moins intenses et moins fréquents, améliorer les fonctions digestives si souvent défectueuses chez les goutteux, combattre la congestion hépatique assez fréquente aussi, enfin modifier sensiblement la composition du sang au point de vue de l’uricémie, tels sont les services qu’on peut attendre de la cure de Vichy, non pas indistinctement chez tous les goutteux, mais chez la plupart, pourvu qu’ils se trouvent dans la période active de leur affection. Dans la période atonique, avec la tendance à la cachexie qui l’accompagne, la cure de Vichy ne pourra être tentée, et avec de grandes précautions, que s’il y a quelque indication spéciale, urgente, par suite d’une localisation où l’efficacité de la cure en question trouve son application, cas d’ailleurs assez rares. Il en est du reste un peu des goutteux comme des diabétiques : les goutteux florissants, bon vivants, affectés d’accès très-francs, peuvent aller à Vichy sans crainte : ils ont toutes chances d’en retirer une grande amélioration; les goutteux anémiques, maladifs, à accès subaigus ou sans accèsbien francs, à nutrition languissante, ne se trouveront bien de cette cure que si l’estomac laisse beaucoup à désirer et a besoin de réveiller son activité digestive.
Après ce que nous avons dit de la réapparition possible des crises hépatiques pendant la cure de Vichy, nous n’ajouterons rien relativement à l’influence analogue qu’elle peut exercer sur les accès de goutte, qu’on voit fréquemment, mais non fatalement, reparaître, de même d’ailleurs que les crises de colique néphrétique. Avec de la modération dans la conduite de la cure, et de la docilité du côté du malade, on arrive bien des fois à éviter ces incidents.
Gravelle. — La gravelle urique, qu’elle soit en quelque sorte à l’état rudimentaire sous forme de fine poussière rouge, ou à l’état confirmé de graviers de volume variable, trouve dans la cure de Vichy un agent thérapeutique des plus efficaces, car cette cure combat très-avantageusement deux phénomènes morbides assez habituels dans cette maladie qu’ils servent d’ailleurs à préparer et à entretenir, nous voulons parler de la dyspepsie et de l’assimilation défectueuse. La cure agit encore en modifiant l’état du sang et en concourant ainsi à favoriser l’excrétion de l’acide urique formé en excès et à prévenir sa trop grande formation. Cette heureuse influence sur la gravelle pouvait à priori se déduire de son action