TAILLE. — HISTORIQUE
Guillaume de SalicetetGuy de Chauliac, conseillent et exécutent l’incision sur la pierre sans rien modifier de l’ancien procédé. Cependant la méthode prend le nom de taille Guidonienne, la même qui plus tard sera décrite sous le nom de petit appareil ou méthode de Celse, par opposition à la taille par le grand appareil ou méthode Marianne. Elle reste encore la seule méthode couramment employée jusqu’au seizième siècle où Franco en décrit avec précision le manuel opératoire. Cependant à cette époque elle perd du terrain devant l'apparition de nouveaux procédés moins aveugles et mieux réglés.
2“ Avec le seizième siècle commence l’histoire de la taille et de ses progrès chez les modernes. En 1535, le grand appareil ou taille médiane par dilatation ou la méthode marianne faisait son apparition.
Dans cette année, Marianus Sanctus publiait la description de la méthode que lui avait communiquée Jean des Romains. De qui la tenait ce dernier? on ne sait trop. En tout cas, elle devint bientôt la propriété, pour ainsi dire, de la famille Colot ou Collot qui, pendant plus d’un siècle et demi, pratiqua presque seule en France la taille par le grand appareil. L’un des membres de cette famille, Laurent Colot, est appelé à Paris en 1556 par Henri U, qui le fait chirurgien de sa maison et crée pour lui une place de lithotomiste à Hôtel-Dieu. Cette charge est gardée par ses descendants jusqu’à Philippe Colot en 1754.
La méthode de Marianus Sanctus réalisait un grand progrès sur les méthodes anciennes : elle consistait essentiellement en une incision médiane, pratiquée à droite ou à gauche du raphé, commençant en avant de l’anus et s’étendant jusqu’à la symphyse pubienne, se poursuivant dans la profondeur sur un conducteur cannelé, Vitinerarium, grâce auquel la section de l’urèthre et de la vessie était faite avec sécurité, et elle s’achevait par l’introduction d’une série d’instruments destinés à dilater le passage et à extraire le calcul. Ce dernier temps était le point défectueux de la méthode ; il consistait en une dilatation brutale, aveugle, produisant des déchirures profondes et étendues, suivie d’une extraction laborieuse et capable d’engendrer les complications les plus graves.
Le nombre et la variété des instruments nécessaires pour exécuter l’opération lui fit appliquer le nom de grand appareil. Cette méthode fut recommandée par Franco et décrite par Ambroise Paré et Fabrice d’Acquapendente ; Franco inventa même un lithotome caché analogue à celui que devait construire Frère Côme deux cents ans plus tard et que nous retrouverons dans l’histoire de la taille latéralisée.
A la même époque (1561), le hasard conduisait Franco à la découverte de la taille sus-pubienne ou hypogastrique. Opérant un enfant de dix ans par l’ancienne méthode, il ne peut extraire la pierre par la plaie périnéale, quand soudain l’idée lui vient de la tirer par la région hypogastrique. A l’aide de l’indicateur et du médius introduits dans le rectum, il soulève et fixe la pierre, incise les parties molles sous lesquelles elle fait saillie à cette région et la tire par cette voie inusitée. Mais
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Franco ne vit que les dangers de son opération et dissuada les autres de l’imiter. Plus tard, seulement en 1581, Rousset reprit l’opération aban- -donnée par Franco, en régularisa l’exécution et la proposa comme méthode générale. Elle ne devait prendre définitivement rang parmi les méthodes de lithotomie qu’au siècle suivant par les essais des deux Douglas, de Cheselden et de Morand.
Jusqu’au commencement du dix-huitième siècle, la taille de Marianus Sanctus ou par le grand appareil resta la méthode de choix, bien que la méthode de Celse ou l’incision sur la pierre fût encore fréquemment employée, surtout chez les enfants, par les lithotomistes de profession qui parcouraient le pays, enlevant la pierre et laissant leurs taillés à la grâce de Dieu, quand vers la fin du dix-septième siècle une véritable révolution se fit dans les procédés opératoires. C’était l’apparition de la taille latéralisée.
3“ En 1697, Jacques Baulot ou de Baulieu, plus connu sous le nom de Frère Jacques, n’ayant du moine que la robe, arrive à Paris, précédé de nombreuses recommandations et n’ayant pour tout bagage scientifique que le souvenir des opérations qu’il avait vu pratiquer pendant cinq à six ans par un empirique du nom de Pauloni, lequel courait les campagnes faisant l’opération de la taille. Ignorant absolument l’anatomie, mais ferme dans ses opérations, dit Méry, il avait la main assurée et il eût été dilficile de trouver un opérateur plus hardi. Toute son instrumentation se composait d’une sonde conductrice, massive et ronde, sans cannelure, d’un long bistouri, d’un dilatatcur-conducteur portant un crochet à l’une de ses extrémités, et de tenettes grossières.
11 fut soumis au jugement des médecins et chirurgiens de l’Hôtel- Dieu et, après une épreuve brillamment exécutée sur le cadavre, Méry lui décernait dans un rapport très-favorable un véritable brevet de capacité. L’engouement ne devait pas être de longue durée; quelques jours après, dans une opération pratiquée sur le cadavre d’un jeune homme. Frère Jacques met la vessie dans un délabrement affreux et sur celui d’une femme il perce le vagin de part en part. Méry retira ses éloges et déclara F opération de Frère Jacques plus grave que la taille par le grand appareil. Néanmoins, Frère Jacques fut chargé de tailler à l’ïïôtel-Dieu et à la Charité. Les résultats furent déplorables : sur 60 malades, 23 moururent, 13 seulement guérirent; les 24 autres restèrent dans les hôpitaux, les uns avec des fistules, les autres avec une incontinence d’urine et tous dans un état d’exténuation et de marasme dont ils ne revinrent pas. Méry condamne la méthode sans appel et Frère Jacques quitte Paris pour n’y revenir qu’en 1 700. A cette époque il perfectionne son procédé, adopte le cathéter cannelé conseillé par Méry, fait de nombreuses dissections d’après les avis de Félix, Fagon etDuverney, et en 1701 taille à Yersailles 38 calculeux qui guérissent tous.
L’opération de Frère Jacques apportait un grand perfectionnement à la taille ; l’incision latéralisée et comprenant la portion membraneuse de l’urèthre, le col de la vessie, la partie adjacente du corps de cet organe,