‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 26 sur 117 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

130 TARTRIQÜE (acide). TÂRTRATES.

Signalons, en dernier lieu, le pouvoir qu’ont les solutions de tannin de dissoudre l’iode et de masquer complètement le goût, l’odeur, l'action irritante du métalloïde, sans lui ôter ses vertus thérapeutiques, de telle sorte qu’en additionnant d’iode, dans les proportions voulues, des sirops ou des vins contenant du tannin (ratania, noyer, quinquina, etc.), on obtient un composé iodo-tannique d’un emploi très-avantageux. Cependant l’iodure de potassium est si commode et suffit si bien aux besoins de la pratique ordinaire que les solutions iodo-tanniques ne sont guère utilisées.

~ Modes d’administration et doses. — Nous avons, dans le cours de cet article, fait connaître les formules les plus usitées. Disons seulement que, pour l’usage interne, le tannin s’administre à la dose de 0,25 centigrammes à 2 et 4 grammes, en poudre, pilules, solution.

Garnier, Du tannin à hautes doses dans l’anasarque alb. [Arcli. gén. de méd., t. XIII, 2' série).

— Lèbre, Du tannin et de son emploi thérapeutique, thèse de doctorat, Paris, 1870. —

Nothnagel et Rosseach, Bouveaux éléments de matière médicale, etc., traduit par Ch. .Alquier.

Paris, 1880.

A. GuÈS.

TARTRE STIRIÉ. Voy. Antimoine, t. II, p. 574.

TARTRIQIJE (acide). — • TARTRATES. — L’acide tartrique est très-répandu dans le règne végétal, soit à l’état libre, soit à l’état de combinaison avec la potasse ou la chaux. On le rencontre particulièrement dans les fruits de la vigne, du tamarin, du sorbier, de l’ananas et du mûrier, surtout avant l’époque de la maturité ; dans les feuilles de l’oseille et de la chélidoine ; dans les racines de garance et de chiendent, dans les bulbes de scille, etc. Il se trouve parmi les produits d’oxydation des matières sucrées par l’acide azotique. On le retire industriellement de la crème de tartre par le procédé de Scheele qui le premier isola cet acide. Après avoir fait dissoudre le bitartrate de potasse dans l’eau bouillante, on y ajoute peu à peu de la craie en poudre jusqu’à ce que la liqueur soit neutre et qu’il ne se produise plus d’effervescence. Il se dégage de l’acide carbonique, du tartrate de chaux insoluble se dépose, et il reste dans la liqueur du tartrate neutre de potasse. Ce dernier sel est décomposé par une quantité suffisante de chlorure de calcium qui produit du chlorure de potassium soluble et un nouveau dépôt de tartrate de chaux. Le sel de chaux est lavé jusqu’à ce qu’il soit entièrement débarrassé de chlorure de potassium, délayé dans une grande quantité d’eau et décomposé par l’acide sulfurique qui forme du sulfate de chaux peu soluble en mettant en liberté l’acide tartrique qui reste en di.ssolution. Les liqueurs claires séparées du dépôt sont concentrées et abandonnées à la cristallisation. Pour débarrasser l’acide tartrique des matières colorantes, de l’acide sulfurique et du sulfate de chaux qu’il retient après cette première opération, on le fait dissoudre, passer sur des filtres de charbon de bois et cristalliser à plusieurs reprises.

L’acide tartrique présente deux modifications cristallines qui exercent

TARTRIQÜE (acide). TARTRATES. — chimie, pharmacologie. iZi sur la lumière polarisée des actions égales et inverses. L’une de ces modifications dévie à droite le plan de polarisation, c’est l’acide tartrique droit; l’autre est de signe contraire, c’est l’acide tartrique gauche. Leur combinaison molécule à molécule fournit un acide sans action sur la lumière polarisée qu’on appelle acide rarémique et qui peut se dédoubler en acide droit et en acide gauche. L’acide tartrique inactif est, comme le précédent, sans action sur la lumière polarisée, mais il en diffère en ce qu’il n’est pas susceptible de dédoublement. Ces diverses modifications, qui se présentent avec des formes cristallines différentes, ont une composition chimique identique, O®.

L’acide tartrique ordinaire est l’acide droit. Il cristallise en prismes rhomhoïdaux obliques, hémièdres, incolores, inodores, d’une saveur fortement acide. Il est inaltérable à l’air lorsqu’il est pur ; s’il en attire l’humidité, c’est qu’il retient un peu d’acide sulfurique par suite d’une purification incomplète. Il se dissout dans une partie et demie d’eau froide, dans la moitié de son poids d’eau bouillante et dans deux parties d’alcool. Il est presque insoluble dans l’éther. Sa solution aqueuse se remplit à la longue de moisissures. Soumis à l’action de la chaleur il se convertit d’abord en acides isomériques, puis il fournit divers anhydrides. Si l’on élève la température, il se produit une décomposition profonde et trèscomplexe, laissant un charbon volumineux qui disparaît sans résidu quand on le chauffe à l’air sur une lame de platine. L’acide tartrique rougit le tournesol ; il précipite à froid l’eau de chaux employée en excès, mais un excès d’acide tartrique, redissout le précipité ; ce caractère le distingue de l’acide citrique, qui ne précipite l’eau de chaux qu’à chaud. En outre, ce dernier acide est sans action sur les sels de potasse, tandis que l’acide tartrique forme, dans les solutions concentrées de ces sels, un précipité blanc cristallin de bitartrate de potasse. Il ne précipite les sels de chaux qu’en présence de l’ammoniaque ; le précipité se redissout dans l’acide acétique. L’acide oxalique précipite les sels de chaux sans l’intervention de l’alcali et le précipité est insoluble dans l’acide acétique.

L’acide tartrique, par suite d’une purification incomplète, peut contenir du sulfate de chaux qu’on isole au moyen de l’alcool ou par calcination; des chlorures qui seront décelés par l’azotate d’argent; de l'acide sulfurique qui le rend déliquescent et susceptible de fournir, avec le chlorure de baryum, un précipité insoluble dans l’acide azotique. Le plomb et le cuivre enlevés accidentellement aux appareils de fabrication seront reconnus : le premier, par l’hydrogène sulfuré qui le précipite en noir ; le second, par l’ammoniaque en excès qui colore en bleu la solution de l’acide.

L’acide tartrique sert en pharmacie à préparer les poudres gazogènes médicamenteuses [Voy. art. Eau gazeuse, tome XII, p. 228, et art. Soude, tome XXXIII, p. 325).

On en prépare un sirop (acide tartrique 20, eau 40, sirop de sucre 940).

152 TÂRTRIQÜE (acide). TARTRATES. — toxicologie.

La limonade tartrique s’obtient en ajoutant à 9Ü0 grammes d’eau 100 grammes de sirop tartrique.

L’acide tartrique remplace avantageusement l’acide sulfurique pour préparer les solutions de sulfate de quinine.

Toxicologie. — Les cas d’empoisonnement par l’acide tartrique sont fort rai’es ; néanmoins il est utile d’appeler l’attention des praticiens sur un agent qui, à doses relativement modérées, peut déterminer chez l’homme des accidents graves et amener la mort en peu de temps {Voy. ■ Annales d’hygiène publique et de médecine légale, 1851, tome XLVI, p. 452, et 1852, tome XLVII, p. 199).

Dans un cas d’expertise on peut avoir à opérer sur des liquides plus ou moins colorés, sur du vin, sur des matières solides ou des organes. Les liquides clairs sont simplement évaporés au bain-marie et abandonnés à la cristallisation. Les liquides colorés sont traités par le noir animal lavé, filtrés et évaporés. Les matières contenues dans le canal digestif sont épuisées par l’eau distillée bouillante à différentes reprises, en exprimant' chaque fois ; les liqueurs réunies sont filtrées et soumises à l’évaporation. Le sang est étendu d’eau, chauffé pour amener la congélation et jeté sur un filtre, le liquide filtré est évaporé au bain-marie.

Le résidu de l’évaporation de ces divers liquides est repris par l’alcool absolu qui dissout l’acide tartrique en éliminant un certain nombre de sels et notamment le bitartrate de potasse qui pourrait s’y trouver et qui existe naturellement dans le vin en quantité variable. La solution alcoolique évaporée au bain-marie donne un résidu que l’on cherche à obtenir cristallisé pour y constater les propriétés physiques de l’acide tartrique et sur lequel on essaie les réactions que nous avons indiquées plus haut ; tournesol, eau de chaux, sels de potasse, etc. Il est important d’insister sur les caractères qui différencient cet acide des acides citrique et oxalique. La propriété qu’il possède de charbonner, quand on le chauffe fortement, suffit pour le distinguer des acides minéraux avec lesquels il pourrait avoir quelque caractère commun.

Pour rechercher l’acide tartrique sur les parois du tube digestif et dans le foie, on coupe ces organes en petits morceaux que l’on dessèche à une douce chaleur et l’on épuise par l’alcool absolu. Le liquide filtré est évaporé et le résidu soumis aux essais précités. La portion solide du foie, après épuisement par l’alcool, est traitée par l’eau bouillante ; on filtre, on évapore, et le résidu est repris par l’alcool absolu comme précédemment.

Tartrates. — L’acide tartrique C*IPO‘ff étant bibasique peut former des sels acides, des sels neutres et des sels doubles dont nous étudierons les principaux. Quelques tartrates ont été traités dans des articles précédents ; tartrale de potasse et à’ antimoine ou émétique (tome II, p. 576 et 577); tartrate de potasse et de /èr (tome XIV, p. 571) ; tartrate de mercure (tome XXII, p. 374).

Un grand nombre de tartrates sont solubles dans l’eau et cristallisables : les sels insolubles sont presque tous solubles dans un excès d’a-

TARTRIQUE (acide). TARTRATES.

eide tartrique ; ils se dissolvent également dans l’aeide chlorhydrique et l’acide azotique, dans la potasse et la soude. Ils possèdent des faces hémièdres et dévient le plan de la lumière polarisée. Calcinés à l’air ils charbonnent en répandant une odeur de sucre brûlé. Leur solution précipite par le chlorure de calcium, l’azotate d’argent et l’acétate de plomb. Le perchlorure de fer n’y forme pas de précipité.

Tartpate acide de potasse, bîtartpate de potasse, cpème detartpe. G* H'* O®. KH. — Ce sel existe naturellement dans le moût de raisin d’où il se dépose en quantité d’autant plus grande qu’il se produit plus d’alcool pendant la fermentation. On le trouve au fond des tonneaux sous forme de croûtes cristallines, dures, plus ou moins colorées, constituant le tartre brut. On le purifie en le faisant bouillir avec 4 ou 5 pour 100 de terre argileuse exempte de chaux. Par son alumine, l’argile forme avec les matières colorantes une laque insoluble facile à séparer par décantation et filtration. Le liquide éclairci est concentré par évaporation et abandonné à la cristallisation. On fait redissoudre et cristalliser plusieurs fois pour obtenir un sel parfaitement blanc. La crème de tartre cristallise en prismes rhomboïdaux obliques, durs, à réaction acide, solubles dans 240 parties d’eau bouillante, insolubles dans l’alcool. Le résidu de sa calcination est du carbonate de potasse mêlé de charbon. Porté au rouge avec 1/2 parties de nitre, la proportion de charbon est moindre et l’on obtient le flux noir ; avec 2 parties de nitre le charbon est entièrement brûlé et le résidu constitue le flux blanc. Le flux noir épuisé par l’eau fournit, dans les laboratoires, du carbonate de potasse pur.

La crème de tartre mêlée avec son poids de blanc d’Espagne donne une poudre qui sert au nettoyage de l’argenterie. On l’utilise, dans la teinture, pour le mordançage des laines et pour l’avivage d’une foule de couleurs. Elle sert à la préparation de l’acide tartrique et de la plupart des autres tartrates. Une grande partie de la crème de tartre fabriquée dans le raidi de la France est exportée aux États-Unis où on l’emploie largement dans la panification. Elle active la fermentation de la pâte qu’elle fait lever facilement et produit un pain très-blanc et très-léger avec des farines de médiocre qualité.

Le bitartrate de potasse, à la dose de 1 à 4 grammes, que l’on fait dissoudre dans un litre d’eau sucrée ou miellée, est employé comme rafraîchissant et laxatif. A la dose de 1 5 à 30 grammes il est purgatif, mais pour ce dernier usage on lui préfère la crème de tartre soluble. Il fait partie du thé de Saint-Germain et entre dans la composition de plusieurs poudres dentifrices.

Tartratc neutre de potasse. C‘H‘0®K^ 1/2 H^O. — Ce sel se prépare en ajoutant du carbonate de potasse à une solution de crème de tartre jusqu’à cessation d’effervescence et neutralisation complète. Le liquide filtré et concentré par évaporation est abandonné à fa cristallisation. Le tartrate neutre de potasse n’est plus employé en médecine. Il purge à la dose de 13 grammes et au-dessus.

134 TARTRIQUE (acide). TARTRATES.

Il a été proposé par Fonssagrives pour corriger l’acétification des vins à bord des navires (Fonssagrives, Traité d’hygiène navale, 1®'' édition, 1856, p. 509; 2® édit., 1877, p. 699). Vauvroy, médecin de la marine, dans un rapport de fin de campagne, est revenu sur ce procédé de correction avec une insistance qui a provoqué, dans les ports, en 1872, une étude sérieuse de la question. Le vin s’aigrit, sous l’influence de la fermentation que détermine le mycoderma aceti, par suite de la transformation de l’alcool en acide acétique. Pour corriger un vin présentant cette altération il faut donc arrêter la fermentation, faire disparaître l’acide acétique et restituer au vin l’alcool qu’il a perdu. On arrête la fermentation par le mutage. Le tartrate neutre de potasse, en proportion déterminée par le dosage de l’acide acétique, fait disparaître cet acide qu’il transforme en acétate de potasse, en même temps qu’il se produit du bitartrate de potasse. Une addition d’alcool en proportion convenable amène le dépôt de la crème de tartre. Le vin revient donc à sa composition primitive avec une quantité d’acétate de potasse en plus qui correspond à deux fois, au moins, au poids de l'alcool disparu. Ce n'est donc que tout à fait au début de la fermentation acétique que l’on peut songer à corriger, par ce procédé, un vin aigri, si l’on ne veut atteindre des proportions notables d’acétate. Le vin renferme de 10 à 12 pour 100 d’alcool : 1 pour 100 seulement d’alcool transformé en acide acétique fournit déjà 2 pour 100 d’acétate de potasse, soit environ 20 grammes par litre.

Tartrate dépotasse et de soude. C*I1* 0®KNa4 ff O. — Pour l’obtenir on sature, par du carbonate de soude, une solution bouillante de crème de tartre, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’effervescence. La liqueur filtrée et concentrée par évaporation abandonne, en se refroidissant, de très-beaux cristaux solubles dans 2 , 5 parties d’eau froide et insolubles dans l’alcool. Ce sel, d’une saveur peu prononcée, purge à la dose de 15 à 60 grammes. Il a été très en vogue sous le nom Aesel de Seignette, sel de La Rochelle. Il fait la base de la poudre gazogène laxative des Anglais ou Seidlitz powders : on fait dissoudre 2 grammes d’acide tartrique pulvérisé dans un demi-verre d’eau, on y jette un mélange pulvérisé de bicarbonate de soude (3 grammes) et tartrate de potasse et de soude (6 grammes) : on boit aussitôt.

Tartrate borîco-potassîque. C'‘H’‘0®, KBoO. — C’est la crème de tartre soluble. Onl’obtienten faisant bouillir du bitartrate de potasse avec le 1/4 de son poids d’acide borique et 2 1/2 parties d’eau jusqu’à réduction en pâte épaisse ; on étend sur des assiettes et on sèche à l’étuve. C’est un sel blanc, amorphe, très-soluble dans l’eau et de saveur acide. Il est employé comme purgatif, à la dose de 15 à 30 grammes dissous dans l’eau sucrée ou miellée, aromatisée avec quelques gouttes de teinture de zestes de citron. Par suite d’une modification moléculaire, ce sel perd quelq'’efois de sa solubilité ; on remédie à cet inconvénient en le faisant dissouore à chrad et évaporant de nouveau.

E. Morio.

Page 1