TEINTURE
ne repoussent que lentement, et les récidives sont fréquentes, quelques spores non détruites repullulant et déterminant de nouvelles poussées.
La terminaison peut avoir lieu par la guérison, soit qu’elle survienne Spontanément, ce qui est rare, soit qu’elle arrive par le fait du traitement ; les poils de la chevelure ou de la barbe repoussent et la maladie s’efface sans laisser d’autres traces quelquefois qu’une légère perte de cheveux ; mais d’autres fois, soit parce que le malade est resté longtemps sans traitement, soit par une ténacité toute particulière de la maladie, les cheveux ne repoussent pas ou ne repoussent qu’en petit nombre et l’affection se termine par une alopécie irrémédiable plus ou moins étendue, plus ou moins complète.
Il n’y a qu’une cause déterminante des teignes, c’est la contagion par la transmission médiate ou immédiate du parasite végétal d’un individu malade à un individu sain. Mais, pour que ce parasite se développe et produise la maladie pai-asitaire, il faut qu’il trouve un terrain favorable qui se rencontre particulièrement chez les jeunes sujets, chez les personnes lymphatiques ou chez les individus débilités par une cause ou par une autre. La condition de cet état antérieur nécessaire au développement de la maladie explique l’immunité de certaines personnes exposées aux poussières champignonneuses sans en être atteintes et au contraire la facilité de quelques autres à contracter la maladie.
Ces connaissances étiologiques relatives à la cause déterminante et aux causes prédisposantes doivent dominer la thérapeutique des teignes, laquelle présente deux indications, la première qui consiste à enlever et détruire les cheveux malades et à attaquer le parasite à l’aide de moyens locaux parasiticides, la seconde aussi importante, dont j’ai cherché à faire ressortir l’influence heureuse sur la guérison dans mes articles spéciaux aux diverses maladies parasitaires, et qui a pour but de modifier l’état général du malade à l’aide des moyens fournis par l’hygiène et par la matière médicale. Alfred Hardy.
TEIMTURE. — Nom donné à une classe de préparations officinales qui résultent de l’action de l’alcool ou de l’éther dilué à des titres différents sur un grand nombre de substances médicamenteuses.
On distingue en pharmacie les teintures alcooliques et les teintures éthe'rées.
Les teintures alcooliques comprennent les teintures préparées avec les plantes fraîches ou alcoolatures {Voy. art. Alcoolatüres, 1. 1, p. 616), et les teintures préparées avec les plantes sèches ou alcoolés (Voy. art. Alcoolés, t. I, p. 616).
Les teintures éthérées sont maintenant inusitées : la seule qui ait été employée dans ces derniers temps et qui est aujourd’hui abandonnée est la teinture éthérée de digitale, qu’on obtenait par l’action de l’éther sur la digitale sèche et pulvérisée.
E. ViLLEJEAK.
TEMPÉRAMENT. — historique. 137
TEMPÉRAMENT. — Le mot tempérament, réduit au sens étymologique [temperare, tempérer, modérer), exprime une sorte de pondération entre les divers éléments dont sont formés les corps organisés. Il s’applique également aux fonctions, aux humeurs, aux appareils de l’économie vivante, et même, dans l’ordre social, aux rapports qui s’établissent entre les hommes et leurs intérêts différents ; on dit trèsbien : « admettre un tempérament, etc. » Néanmoins cela implique une direction suprême, en vertu de laquelle s’opère l’arrangement ; telle est, à vrai dire, l’essence du tempérament. Nous partirons de là pour l’étude qui va suivre, en attendant que nous donnions à ce terme une signification plus précise et en rapport avec les principes de la science contemporaine.
Nous commencerons par une revue historique des définitions du tempérament, suivant les époques et suivant les auteurs, après quoi nous entreprendrons, avec les moyens dont nous disposons, la synthèse de notre sujet même, pour enfin exposer les applications pratiques auxquelles il conduit.
I. Revue historique de la doctrine des tempéraments. — En dépit des contradictions qui régnent encore sur cette matière, on ne peut nier que, par tradition ou par toute autre voie, une doctrine des tempéraments se soit maintenue depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Le plus souvent, les médecins, faute de données précises, ont dû partager les idées du vulgaire sous ce rapport; et surtout, ce qui a été le plus confondu, c’est le tempérament et la constitution, comme n’étant qu’une extension l’une de l’autre.
C’est dans son traité de la nature de l’homme qu’Hippocrate exprime les idées ayant cours de son temps sur la question ; etiemotçéaeiç, naturæ, est ce qui correspond le mieux à notre tempérament : c’est en quelque sorte la physionomie propre à chaque homme, d’après le mélange en proportions variables des quatre humeurs fondamentales. Galien, avec ses trois livres sur les tempéraments, qu’il traduit par l’expression de xpàate?, mixturæ, est le fidèle interprète du père de la médecine.
Dès lors la doctrine du sang, de la pituite, de la bile et de l’atrabile, s’impose à tout ; et, jusqu’à nos jours mêmes, c’est encore sur ce principe que s’établit la classification des tempéraments. La pathologie en subit naturellement le contre-coup, et l’on voit Boerhaave (1773) étudier, à ce point de vue, les tempéraments (lemperiei) bilieux, mélancolique, phlegmatique, sec, etc., qui exercent leur influence respective sur l’état morbide. PourStahl (1711), il n’y a pour ainsi dire qu’un tempérament prédominant, l’hémorrhoïdaire ou le mélancolique. Il n’y a pas lieu de le suivre dans cette exagération par trop exclusive. Les pathologistes de l’époque correspondante restent dans les mêmes errements, et n’ajoutent aucune lumière à la question. Il faut arriver à Bordeu (1775) pour constater une heureuse transition entre l’humorisme de Galien et le physiologisme ihoderne. « Le tempérament, dit-il, est le vrai champ des maladies qu’ensemencent l’air, les eaux, et les autres choses non naturelles.... Il
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importe moins au médecin de savoir quelles constitutions de l’air causent les épidémies que de connaître les tempéraments qui peuvent en être affectés. » Dans ces conditions, le tempérament est bien voisin de Vidiosyncrasie : il a seulement un caractère plus grand de généralité. C’est l’ensemble des résistances vitales à la maladie ; et il est de fait qu’une forte et saine vitalité est la meilleure défense contre le mal extérieur, tandis qu’une vitalité languissante est une porte ouverte au parasitisme et à la destruction. De même Haller (1756), le grand physiologiste, remplace, dans la notion du tempérament, les humeurs par les activités des organes et leur degré de sensibilité.
Zimmermann (1797), qu’on a accusé de vouloir détruire l’idée de tempérament, arrive à tant de nuances de tempéraments, il est vrai, qu’il finit par ne plus voir que des exceptions de tempéraments et par aboutir, en définitive, à V idiosyncrasie, qui n’est qu’un tempérament très-particulier. Cependant il entend par tempérament « cette constitution du cerveau et des nerfs, suivant laquelle l’homme sent, pense, agit ; en tant qu’abandonné à ce ressort corporel, il pense et agit comme il sent. » Ici, l’humorisme est laissé entièrement de côté, et une influence rectrice supérieure se fait sentir. Malheureusement cet auteur finit par restreindre son sujet jusqu’à placer -dans la sensibilité de l’odorat la caractéristique du tempérament : « car, dit-il, ceux qui ont le nez si fin, et par conséquent un tempérament si sensible, ont aussi l’estomac sensible en même raison. » Dans ce cas, la sensibilité du tempérament se prend dans le sens de l’ésistance morbide, qui est en raison inverse de l’aptitude de sentir.
Avec Cabanis (1802) commence l’histoire véritablement dogmatique des tempéraments. Sa classification des six tempéraments est devenue pour ainsi dire classique. Elle participe à la fois de l’humorisme et du solidisme ; l’influence des systèmes sensitif, moteur, génital et même pulmonaire, est admise. Les humeurs jne sont représentées que par la bile et la pituite. Puis arrivent les tempéraments mixtes et compliqués. Leur action est double, portant à la fois sur le physique et sur le moral. Les tempéraments acquis prouvent, à leur tour, que par hérédité, par les habitudes, par le régime, on peut modifier le fond de son tempérament. L’état maladif opère très-énergiquement dans ce sens, et tout tempérament extrême inversement confine à la maladie. Cabanis, à l’imitation de quelques-uns de ses prédécesseurs, puise ses exemples parmi les personnages historiques; et, quoique l’arbitraire joue un grand rôle en pareil cas, on peut toujours admettre que ceux qui se sont illustrés d’une façon ou d’une autre l’ont fait sous l’impulsion d’une disposition organique, servant dès lors de type à un tempérament plus ou moins bien défini. Mais les circonstances exercent sur la destinée des hommes une plus grande influence que leur tempérament.
En 1821, dans le grand Dictionnaire des sciences médicales, ^û\é. résume de la façon suivante les idées qui ont cours au sujet des tempéraments : « Ce sont, dit-il, les différences entre les hommes, constantes,
TEMPÉRAMENT. — sïnthèse.
compatibles avec la conservation de .la vie et le maintien de la santé, caractérisées par une diversité de proportions entre les parties constituantes de l’organisation, assez importantes pour avoir une influence sur les forces et les facultés de l’économie entière. » Les tempéraments SC divisent en généraux et partiels ; les premiers se rapportent au système vasculaire, au système nerveux, au système musculaire ; les seconds dépendent des régions et des organes. Les proportions des systèmes généraux dans les régions, les fonctions ,et les produits des organes : telles sont les conditions spéciales de la vie et de la santé, constituant les tempéraments pai'tiels. On le voit, le sujet se définit peu à peu, et dorénavant nous ne retrouverons plus d’éléments nouveaux à introduire dans la doctrine ; au contraire, il s’agit plutôt de dégager ce qu’il y a d’essentiel dans toutes ces données. H. Uoyer-Collard se chargera de le faire pour nous (1842), en faisant consister le tempérament dans trois conditions principales : la constitution du sang, l’action nerveuse, et les rapports entre le sang et le système nerveux. Il est évident que toute activité fonctionnelle comprend ces trois termes, mais il faudrait ajouter que cette activité ne peut pas être exclusive, et qu’elle se déplace nécessairement suivant les cas : ce qui conduit à autant d’espèces de tempérament qu’on distingue de fonctions essentielles. Le même auteur nous fournit une formule que nous invoquerons par la suite, en la précisant davantage : « La constitution est le fond de la nature individuelle, le tempérament en est la forme plus ou moins durable. » Ce que Adelon (1844) traduit de la façon suivante : « Le tempérament n’est qu’un mode spécial de la constitution. » Il serait inutile de multiplier indéfiniment nos citations ; il n’en résulterait rien de nouveau pour notre cause ; et nous résumerons le tout dans une dernière définition empruntée au Dictionnaire de médecine de Ch. Robin et Littré : « Le tempérament est le résultat général pour l’organisme de la prédominance d’action d’un organe ou d’un système. » Malgré son vague, cette formule étant celle qui nous offre le meilleur point de départ, nous l’accepterons provisoirement, sauf à la compléter par la suite lorsque nous aurons approfondi la question. Aussi bien cet historique rapide en recevra-t-il des développements qui ne seront pas inutiles.
IL Synthèse dü tempérament. — Il est impossible d’aborder l’étude des tempéraments sans s’appuyer sur ce qu’on appelle la constitution ; beaucoup d’auteurs même, avons-nous dit, ont volontairement confondu ces deux choses. Mais nous savons déjà que la constitution est en quelque sorte la matière du tempérament : on devra donc se préparer à la présente étude en prenant connaissance du premier de ces termes. Les qualités de la constitution s’expriment par les mots force et faiblesse, avec tous les degrés intermédiaires ; et, si nous admettons que la constitution est la résultante de toutes les activités organiques et fonctionnelles, nous lui donnerons sa véritable valeur par la longueur même que nous assignerons à cette ligne. Nous aurons ainsi l’avantage de posséder, sinon la mesure absolue de la constitution, du moins un moyen de comparer
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entre elles les différentes constitutions. Il ne nous resterait plus, pour obtenir une représentation graphique de cette résultante, que de connaître son point d'application dans tel ou tel système organique, à fonctions bien définies ; ce point d’application, nous le verrons, c’est le tempérament même. A l’aide d’une formule aussi simple, nous courons moins de risque de nous égarer dans notre exposition.
L’homme, dans le cours de sa vie, passe par divers états physiologiques qui se succèdent invariablement dans le même ordre. A chacune de ces phases de développement bien marquées correspond un type de tempérament plus ou moins bien défini lui-même. Chez le fœtus et chez l’enfant, jusque vers le début de la puberté, c’est la fonction de nutrition qui domine exclusivement : les tissus sont jeunes et mous, abreuvés de lymphe; les éléments histologiques encore voisins de la vie embryonnaire prolifèrent dans un milieu qui leur est propice. Le tempérament lymphatique, ou colloïde, pourrait-on dire, est une des conditions mêmes de la vie puérile. Toutes les fonctions concourent au même but : l’activité digestive, doublée par une appétence qui va jusqu’à la gourmandise, et par une prédominance abdominale bien évidente, est incessante, et n’est même pasinterrompue par le sommeil. Il semble que l’organisme tout entier soit monté en vue de cette nécessité fonctionnelle ; et si les manifestations de la vie nutritive sont si intenses, celles de la vie animale sont encore élémentaires : de ce côté, point de résistance, ni de persistance ; l’enfant est la mobilité même, ne pouvant se fixer à rien sans fatigue ; le moindre effort chez lui exige bien vite la réparation et le repos, en dépit d’une turbulence dont il est facile d’avoir raison.
Mais peu à peu les fonctions se définissent mieux, et, pour continuer notre image, au colloïde succède le cristalloïde. Le vrai motif de ce départ, c’est l’affirmation des sexes. L’évolution de la puberté, annoncée dès la seconde dentition, est Tune des plus remarquables de la vie physiologique ; il y a dès lors doux tempéraments qui se dessinent : le masculin et le féminin. Ce sont les organes génitaux, et pour chaque sexe le testicule et l'ovaire, qui règlent et dominent toute cette accommodation nouvelle. Est-il nécessaire de développer ce double tableau, à la façon des médecins littérateurs? Nous pensons que cela est inutile pour faire comprendre notre pensée. Ne nous arrêtant, pour le moment, ni sur le détail des tempéraments au point de vue sexuel, ni sur les maladies spéciales auxquelles il expose, nous ferons facilement admettre qu’il se produise ici des empiétements bien remarquables, et tels que le tempérament féminin puisse être l’attribut de certains hommes, et réciproquement. Le féminisme est l’une des conséquences des raffinements de notre civilisation, et peut-être un signe d’affaiblissement de la race. Le contraire paraît plus rare, en raison des mêmes motifs. Dans les temps malheureux, où la vertu des femmes est mise à l’épreuve, on voit souvent leur force morale supérieure à celle des hommes, et atteindre à la virilité, toujours par la même loi d’évolution qui crée les tempéraments acquis.
TEMPERAMENT. — synthèse.
Durant cette première phase de la vie sexuelle, toutes les autres fonctions restent au second plan. Les sexes se recherchent, et le but réel de cette attraction, la reproduction, se dissimule sous les fleurs de la poésie et les exaltations de l’amour inconscient. Malgré les apparences d’idéal, il y a sous ces enivrements quelque chose d’impulsif, qui nous laisse bien loin des manifestations de la période suivante de la vie, auxquelles du moins la conscience et la volonté prennent une part marquée. La suprématie cérébrale manque, et le point d’application de la résultante est encore dans les viscères inférieurs.
L’âge ultérieur comprend pour ainsi dire deux termes parallèles ; la virilité et la maternité, tous deux tendant à la conservation de l’espèce, avec des attributions différentes, mais sous l’empire d’un sentiment supérieur, puisqu’il y a conscience de l’acte accompli, et consentement à l’abandon d’une partie de la vie personnelle. Vhomme concourt au but par l’application de toutes ses facultés; un heureux équilibre des nerfs, des muscles et du sang, rend ses efforts fructueux ; toutefois il peut volontairement déplacer son centre de gravité selon la nature de ses occupations, et faire agir de préférence ou son cerveau ou ses muscles. L’adaptation organique se conforme à ces deux directions, et crée deux tempéraments secondaires, pour répondre à la prédominance de la pensée ou de l’action. Mais ce qui fait la moralité de cette époque de la vie, c’est le sentiment du but poursuivi, et la volonté de se continuer dans l’avenir par ses enfants. Tel est le type, sans nous arrêter aux déviations nombreuses qu'il comporte, et qui nous conduisent rapidement à l’état morbide.
De même se développe chez la femme le tempérament maternel. Ses effets sont plus manifestes que ceux delà virilité, mais non pas plus réels ni plus profonds. 11 s’alfirmedès le début de la conception, et à partir de ce moment le jeune être est assuré de trouver une mère qui donnerait sa vie pour lui. Puis il se continue par l’allaitement et les mille soins qui sont nécessaires à l’enfant nouveau-iié, pour ne jamais s’épuiser chez la vraie mère ; car c’est un caractère de notre supériorité sur les animaux de ne point repousser loin de nous ceux qui sont nés de nous, dès que leur existence comme individus est assurée. Certainement le tempérament maternel, ainsi que son congénère, offre quelques nuances d’intensité ; mais son essence même est encore suffisamment impulsive et organique pour que la direction cérébrale ne vienne qu’après coup, et en vertu de notre suprématie définitive, pour élever à la hauteur d’un sentiment moral ce qui n’était primitivement qu’un besoin fonctionnel.
C’est par ce sentiment moral que l’homme se survit à lui-même, alors que la vie organique ayant terminé ses évolutions, il arrive à cette période de l’existence qu’on peut appeler asexuelle. A partir de ce moment, une fonction qui a joué un si grand rôle précédemment disparaît entièrement, et le reste n’a plus besoin que d’être monté sur le pied d'entretien. Dès lors, les facultés supérieures peuvent s’exercer sans entraves. C’est l’âge de la raison pure et des conceptions désintéressées. A ce moment, l’homme appartient aux conseils de la nation, à la haute admi-
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nistration, au commandement, etc. La femme devenue l’égale de l’homme, ayant les mêmes aptitudes, si elle avait la même éducation, pourrait exercer les mêmes droits. C’est pendant cette période que le tempérament prend définitivement son siège dans les centres cérébraux, comme l’avaient déjà pressenti Zimmermann et Georget, et que l’homme atteint aux hauteurs du spiritualisme et de la métaphysique.
Quant à l’époque ultime de la vie, elle n’appartient pour ainsi dire plus à notre sujet ; car, avec l’âge, la désharmonisation fonctionnelle s’accuse de plus en plus ; et l’homme, tout occupé à maintenir entre ses énergies restantes un difficile équilibre, a bien assez de penser à lui et à sa fin prochaine.
Cette analyse de la vie, faite au point de vue des tempéraments, ne nous a pas révélé tous ceux qu’admettent les divisions classiques; mais nous n’avons poursuivi que l’étude des tempéraments types de la vie normale. Les autres sont le plus souvent des tempéraments morbides : ainsi le tempérament nerveux et le tempérament bilieux.
Le premier indique une prédominance de l’activité sensitive, sans contre-poids du fait des énergies musculaires; il engendre plutôt des maux infinis qu’il n’est la marque de la vie normale.
Le second, c’est-à-dire le tempérament bilieux, prend naissance d’une perversion de l’activité virile : la vie sédentaire, la stase veineuse du système porte, les congestions du foie, les calculs biliaires, l’hypochondrie, les hémorrhoïdes, etc., sont les attributs de ce soi-disant tempérament. Nos nécessités sociales le rendent très-fréquent, mais il est plutôt du ressort de la pathologie que de la physiologie : nous le retrouverons à ce propos.
Les tempéraments mixtes et composés ne peuvent guère se rencontrer sur les bases que nous avons admises. Il faudrait pour cela décomposer chacun de nos types en ses éléments, et montrer quelle part proportionnelle chaque appareil organique prend à sa constitution ; et puisque nous supposons l’état normal, nous devons croire que l’accommodation est complète entre le sang, les nerfs et les muscles; sans compter une direction snprême qui règle tout, en vue du but à atteindre.
Il faut bien savoir cependant que l’empiétement d’un tempérament sur un autre, par voie d’anachronisme et d’anomalie, entraîne des conséquences fâcheuses pour le jeu régulier de la vie. Ainsi, dans le cas où la prédominance nutritive persiste au delà, dans la vie sexuelle, il peut en résulter que la reproduction soit compromise. On voit, en effet, la stérilité accompagner l’obésité, comme si l’individu par une attraction personnelle trop intense devenait impropre à abandonner quoi que ce soit de lui-même, pour de nouvelles combinaisons semblables à lui.
De même, lorsque la vie sexuelle acquiert de trop grandes proportions, la vie nutritive, d’une part, est compromise ; et surtont la vie du devoir viril et maternel, sans compter les maux sans nombre auxquels de pareils excès ouvrent la porte.
On ne saurait douter, du reste, que beaucoup de circonstances in-
TEMPÉRAMENT. — synthèse.
fluent sur la direction des tempéraments. D’abord, lorsqu’il s’agit des animaux, l’homme peut à son gré créer, par voie d’hérédité, tel ou tel tempérament, suivant qu’il a intérêt à développer le tempérament nutritif, ou le tempérament sexuel, ou enfin le tempérament spécial au cas voulu. Par voie de sélection, il forme des races appropriées par leur tempérament à une destination prévue. Par la castration des mâles, il assure l’exubérance nutritive, et même cet état qui correspondrait à la vie du travail et du devoir chez l’homme. Par la castration de la vache, il prolonge les conditions de l’allaitement au delà du terme voulu. Par le régime, par l’éducation, il prépare des aptitudes qui se reproduiront dans la descendance, et s’y fixeront peut-être pour toujours, de manière à créer comme une race nouvelle. Les observations de Darwin s’appliquent admirablement à notre sujet, et nous n’avons pas à les dévejopper ici. Ce qui peut se faire sur les animaux avec un but déterminé et une persévérance nécessaire ne se produit qu’accidentellement chez l’homme ; mais les lois d’évolution sont identiques au fond, et il ne tiendrait qu’à une direction sagace et toute-puissante de créer des tempéraments et des caractères, l’un n’étant qu’une conséquence de l’autre {Voy. Cabanis).
D’après ce qui précède, nous pouvons entreprendre la définition du tempérament d’une façon rigoureuse et en quelque sorte schématique, telle que nous l’avons ébauchée d’autre part : « Le tempérament, dironsnous, est le centre de gravité de toutes les activités organiques et fonctionnelles, dont Vensemhle forme la constitution. » Lorsqu’on a déterminé le point d’application de la résultante des forces vitales, on peut réciproquement partir de là pour voir s’opérer des accommodations diverses, qui constituent tel ou tel mode de la vie.
Ainsi, durant la première période de l’existence, le tempérament di- Tige, d’un centre qu’on ne peut que soupçonner, toutes les énergies fonctionnelles, en vue du développement de l’être : c’est le tempérament constituant.
Quand ce premier acte est assuré, le foyer des activités synergiques occupe les organes sexuels : c’est le tempérament érotique, qui com- ■ prend deux divisions : le tempérament masculin et le tempérament . féminin.
Puis le centre de gravité s’élève, pour constituer le tempérament adulte. 11 est double également, donnant \e tempérament paternel et le tempérament maternel. Toutes les facultés de cet âge s’appliquent à assurer l’existence de l’être créé en commun, et à justifier en quelque sorte l’acte érotique. Une paraît pas exister de tendance impulsive réciproque, qui serait le tempérament filial : l’éducation, qui a déjà eu une grande part aux obligations de la virilité, joue ici un rôle supérieur à celui de la nature, trop souvent muette sous ce rapport. Ainsi qu’on l’a dit, le courant ne remonte pas à sa source.
Enfin, la prédominance cérébrale s’exerce pour ainsi dire sans conti’e-poids viscéral, et en vue delà consei’vation simple de ce qui est; c’est
144 TEMPÉRAMENT. — phïsiologie.
le tempérament asexuel, ou de conservation, auquel nous avons accordé
des attributions de l’ordre moral le plus élevé.
11 est certain que ces divers tempéraments ne se succèdent pas à des intervalles rigoureusement marqués. 11 y a des empiétements de l’un sur l’autre : le tempérament constituant persiste jusqu’à la fin de l’existence, car la nuti’ition ne perd jamais ses droits. De même, le tempérament érotique, souvent trop précoce, se prolonge aussi dans l’âge de la virilité et de la pure conservation. Puis arrivent les anomalies, les états morbides, les maladies réelles, qui vont bientôt nous occuper.
11 serait intéressant, après avoir montré les tempéraments types de l’individu, de rechercher comment ces types se groupent et se modifient suivant les climats, suivant les races, suivant les époques de l’histoire, etc. Mais un pareil sujet nous entraînerait trop loin; et, du reste, chacun pourra facilement en entrevoir toute la portée, en prenant pour base de son étude la définition d’une précision presque géométrique que nous avons proposée.
111. Applicatioks pratiques. — Le tempérament, envisagé d’une façon utilitaire, comprend plusieurs points de vue : 1° tantôt on peut se proposer d’agir sur le tempérament au mieux des intérêts de l’homme ; 2" tantôt ou étudie le tempérament dans ses rapports avec l’état morbide; 3“ tantôt, enfin, le tempérament intervient, pour sa part, dans les combinaisons de la thérapeutique.
1“ Modifications du tempérament dans les limites physiologiques. — Pour l’homme, il y a un véritable intérêt à ce que les différentes sortes de tempérament se succèdent dans l’ordre normal que nous avons indiqué, et dans les proportions harmoniques qui sauvegardent la vie de l’individu. Cet équilibre est le résultat d’une transmission héréditaire sans tache, de conditions hygiéniques excellentes, et d’une direction éclairée et prévoyante. .Mais combien est-il fréquent de trouver des exceptions aux tempéraments, par suite de circonstances perturbatrices sans nombre qui interviennent dans le débat !
Le tempérament constituant éprouve les variations les plus diverses. Nous connaissons déjà les entraînements de la vie nutritive, dans le sens d’une exagération quasi-maladive. Sans compter que les tissus créés sous cette impulsion restent imparfaits, et comme voisins de l’état embryonnaire, la substance intercellulaire, ou colloïde, est surabondante. Cet état s’appelle le lymphatisme, et conduit bien vite à la scrofule, qui n’en est que l’expression morbide. Il suffit que l’être ait une origine douteuse, et qu’il se soit développé au milieu de conditions hygiéniques mauvaises, pour donner l’essor à ces fâcheuses tendances qui lui promettent une vie maladive et sans durée. Ces conséquences indiquent au physiologiste la direction qu’il doit communiquer au jeune être, pour lui donner une constitution forte et vigoureuse. Malheureusement, nous l’avons dit, l’homme sait mieux appliquer aux animaux qu’à lui-même des préceptes au sujet desquels il ne peut pas plaider l’ignorance. Nous avons vu que, pour sa subsistance, il produit à volonté : la chair, la graisse, le
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lait, etc. ; que, pour l’aider dans son travail, il développe la force musculaire du cheval et du bœuf, et les instincts supérieurs du chien de chasse, etc. Dans une certaine mesure, cependant, on favorise la vie animale, chez l’enfant, par un bon régime, par des exercices physiques bien calculés, en même temps qu’on prépare et qu’on excite le développement de ses facultés pour les arts, pour les sciences, pour l’industrie, pour la guerre, etc. On connaît, d’autre part, V entrainement des jockeys et des pugilistes, qu’on peut appliquer avec avantage à combattre les aberrations de la nutrition chez les goutteux, les obèses et les diabétiques. Enûn, on ne peut nier que les sociétés modernes nous montrent une exubérance remarquable de la vie intellectuelle et morale, due au refoulement sur le second plan des instincts animaux et des deux premières sortes de tempérament que nous avons admises. Certaines races humaines sont encore, il est vrai, attardées aux manifestations de la vie nutritive et sexuelle, mais c’est là comme la gangue d’où sortira une race plus fine et plus aristocratique, pour ainsi dire, lorsqu’à Vétat colloïde succédera l'état cristalloïde de l’espèce humaine. Les lois du transformisme trouveront ici leur application ; au milieu de la lutte pour l’existence, le sélection opérera, envers et contre tout, son œuvre instinctive et fatale, pour ne laisser survivre que ce qui sera vraiment viable et supérieur (Darwin).
2" Le tempérament et la pathologie. — Le tempérament, au point de vue morbide, se présente avec deux influences très-opposées, favorisant tantôt le développement des maladies, et tantôt offrant une résistance au mal, qui peut aller jusqu’à l’immunité.
Il y a, d’abord, les tempéraments extrêmes, qui sont déjà à eux seuls l’état morbide. C’est dans ce sens que nous avons interprété le tempérament nerveux et le tempérament bilieux des auteurs, et plusieurs autres variétés de tempérament, qui n’ont pas plus qu’eux leur raison d’être. Indépendamment de leur physionomie propre qui s’exagère dans les conditions maladives, les tempéraments impriment encore leurs caractères spéciaux aux maladies de ceux dont ils sont l’attribut. Il y a là une loi , entrevue dès longtemps, et qui peut se traduire en disant qu’on a les maladies de son tempérament. Cette influence est telle, que les causes les plus petites produisent les plus grands effets dans un tempérament très-sensible (Zimmermann) .
Nous ne pourrons pas nous dispenser d’indiquer au moins, sur ces données, ce qui est admis par les pathologistes les plus accrédités. Chomel, sous ce rapport, e.st celui qui a apporté le plus de précision et d’autorité dans le sujet.
Il admet cinq tempéraments, qui exposent ;
{“Le tempérament sanguin, à la pléthore, aux phlegmasies profondes, aux hémorrhagies ;
2° Le tempérament lymphatique, aux catarrhes, aux écoulements chroniques, aux hydropisies, à la scrofule, au scorbut; ses réactions sont faibles, à marche lente ;