‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 29 sur 117 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

146 TEMPÉRAMENT. — pathologie.

5° Le tempérament nerveux, à rhjrstérie, à l’hypochondrie, aux convulsions, aux troubles intellectuels, à la mélancolie, à la manie, etc. La marche de ces maladies est irrégulière, et leur terminaison incertaine ;

4“ Le tempérament bilieux, aux flux bilieux, aux exanthèmes, aux maladies organiques, à la dégénérescence cancéreuse ;

5“ Enfin il y a les tempéraments mixtes, qui offrent les affections propres à chacun des tempéraments réunis.

Si nous voulions, à notre tour, soumettre nos tempéraments naturels à une semblable épreuve, peut-être risquerions-nous moins de tomber dans une pareille illusion ; car il en est ici comme pour les jugements portés sur les personnages historiques et leur soi-disant tempérament, l’arbitraire règne en maître, et le tempérament n’intervient guère qu’à posteriori.

Notre tempérament constituant nous montrerait tous les écarts de l’activité nutritive, créant tantôt en plus, tantôt en moins, sans compter ses aberrations, qui conduisent aux produits de nouvelle formation bons et mauvais. Bien loin que son influence soit favorisée par l’irritation, on voit sous l’empire de celle-ci les formations organiques saines ou maladives arrêtées dans leur développement et vouées à la régression dès leur naissance.

De même le tempérament sexuel ou érotique a ses affections propres, suivant que ses vœux sont satisfaits avec excès, ou suivant qu’ils sont contrariés. Toutes les maladies de la puberté et de l’adolescence, jusqu’au seuil de la virilité, sont impressionnées par cette cause. Avec le calme des passions, tout rentre dans l’ordre et tend à la réparation.

he tempérament de la virilité offrirait peu de risques morbides par luimême, si chez l’homme, d’une part, on ne voyait apparaître tous les accidents dus à l’excès d’action et aux chances de la vie, et si la femme n’était pas si exposée, d’autre part, à tant de maux, du fait de la conception, de l’enfantement, de l’allaitement, etc.

Vâge de la conservation pure n’a plus guère de maladies qui lui soient spéciales : c’est au physique comme au moral qu’il y a à cette époque beaucoup de vertus de tempérament. Il se produit cependant quelques risques, du fait de l’affaiblissement de la vitalité qui est déjà sensible, et surtout des aberrations de tempérament dont l’anachronisme aggrave encore les inconvénients propres.

Il faut admettre, au milieu de tout cela, que les maladies virulentes, de même que les empoisonnements et les accidents traumatiques, ont leurs manifestations fatales, sans trop s’arrêter à la prédisposition en plus ou en moins. Cependant le tempérament joue encore ici son rôle. C’est dans le sens de la résistance et de l’immunité. « Il se trouve des tempéraments, dit Bordeu, si bien constitués qu’ils résistent à Faction de la plupart des miasmes, et se familiarisent même avec les poisons. » C’est pourquoi nous avons vu plus haut (p. 137) cet auteur recommander par-dessus tout l’examen des tempéraments, pour mieux apprécier les chances des malades en face d’une épidémie ou d’une maladie quelconque ; et nous pouvons

TEMPÉRAMENT. — thérapeutique. 147

l’épéter, à notre tour, qu’une saine et forte vitalité est le meilleur moyen de résistance au mal pathologique, de même qu’une grande force morale est notre meilleure sauvegarde devant les malheurs qui nous accablent.

Toutefois il est des maladies pour ainsi dire fatales, contre lesquelles il n’y aura jamais ni force ni faiblesse qui tiennent ; il n’y aura jamais d’immunité possible contre le boulet de canon qui nous frappe; Væs triplex d’Horace, même pris au propre, n'y saurait suffire. Cette observation est surtout nécessaire pour répondre au vulgaire qui accuse si souvent mal à propos la science dn médecin et méconnaît le fond des choses.

3“ Le tempérament et la thérapeutique. — On peut ici se proposer plusieurs buts : ou bien développer par le tempérament l’immunité morbide; ou bien modérer les tempéraments dans leurs écarts; ou enfin trouver dans le tempérament même certaines indications thérapeutiques.

« Connaître son tempérament, a-t-on dit, c’est avoir trouvé le meilleur médecin. » Si les conditions de ce tempérament sont bonnes, la tâche consistera à les maintenir dans leur intégrité. « Les soins du médecin, dit Bordeu, consistent à en écarter tout ce qui est nuisible, ou à ôter aux semences (qui sont immuables) l’aliment qui peut les féconder, en changeant la disposition du corps «.Enfin, sachant que le régime, les habitudes, l’entraînement, bien calculés, peuvent changer le tempérament, s celui-ci est faible ou défectueux, on s’appliquera, suivant les lois de l’hygiène, à remonter de quelques degrés son point de résistance, pour diminuer d’autant l’aptitude au mal et créer de toutes pièces une immunité qui n’existait pas. On devra, à ce propos, se reporter au paragraphe où il est question des modifications du tempérament dans les limites physiologiques (p. 144), et les applications se présenteront d’elles-mêmes à l’esprit du lecteur.

L’homme est peut-être plus puissantpour modérer les tempéraments dans leurs écarts, car, indépendamment des effets bien connus de l’hygiène, il a encore à sa disposition les ressources propres de la thérapeutique. Sous le premier rapport, on est assez maître de la vie de nutrition, puisque c’est avant tont une affaire de régime, d’habitudes, d’exercices physiques, d’entraînement, en un mot. Nous ne reviendrons pas sur ce qui est relatif à la goutte, à l’obésité, au diabète sucré, etc. : ces faits sont acquis, et appartiennent plutôt à la pathologie courante qu’à notre sujet. Nous pouvons y joindre ces cas d’atténuation de l’acte nutritif, en présence de certaines dystocies avec étroitesse du bassin, ou de hernies irréductibles, ou enfin d’anévrysmes de l’aorte, etc. Qui ne sait, d’autre part, l’influence du régime sur l’homme qui, largement nourri de chair, fournit un travail supérieur à celui de l’homme réduit à une alimentation presque exclusivement végétale? On dit aussi que l’Indien mangeur de riz supporte patiemment le joug de l’Angleterre (Ph. Bérard).Il n’est pas jusqu’aux œuvres de l’ordre intellectuel qui ne subissent une pareille influence, « Le poète le plus morose, dit Brillat-Savarin, n’est séparé du plus gai que par quelques degrés de concoction digestionnaire. » — « Dis-moi ce que tu manges, ajoute-t-il, et je te dirai qui tu es. »

148 TEMPÉRAMENT. — thébapedtique.

Les écarts du tempérament érotique demandent souvent aussi à être réprimés. Chez certains individus, mais surtout dans certaines conditions sociales, il y a là une impérieuse nécessité. Un régime atténuant, dans lequel on a le tort de faire figurer le poisson et les œufs, conduit tout d’abord au résultat voulu. Mais quelques substances médicamenteuses ont bien plus sûrement la propriété d’affaiblir cette sorte de tempérament, et notamment le bromure de potassium, auquel pour un uSage largement suivi on devra préférer le bromure de sodium. Enfin viendrait la ressource extrême de la castration : celle-ci ne saurait être chez l’homme que d’une application très-exceptionnelle ; l’exemple d’Origène est peu suivi. Cependant, dans certaines formes graves de nymphomanie, après avoir pratiqué en vain la section des nerfs honteux externes, les praticiens ont conseillé l’ovariolomie, et, étant donné les facilités actuelles d’une pareille opération, ils en ont obtenu les avantages recherchés.

Les déviations du tempérament viril et de conservation sont également d’ordre maladif, même, avons-nous vu, dans les limites des tempéraments nerveux et bilieux. Mais ce n’est pas ici le lieu de montrer les moyens par lesquels on peut remédier à ces sortes d’aberration de la vie normale. C’est dans les traités de pathalogie et de thérapeutique que de pareilles questions peuvent recevoir leur solution. Toutefois, on trouverait de fécondes ressources en appliquant à l’homme, dans maintes circonstances, ce qui est acquis pour la transformation du tempérament des races animales.

La notion des tempéraments intervient encore très-utilement pour les indications thérapeutiques. Ce sujet n’est guère, du reste, qu’une extension des idiosyncrasies, relativement à l’espèce des médicaments et aux doses auxquelles on doit lés donner. Il est évident, de toute façon, que l’âge du tempérament constituant ne comporte par les mêmes médications que l’âge de la virilité et de la conservation. Durant la première période, la vitalité a besoin d’être soutenue par de légers toniques, et se trouverait fort compromise par une abstinence trop prolongée, ou un régime trop débilitant. En général, la thérapeutique vraiment active convient peu dans ces conditions. Plus tard, la puberté vient jouer sou rôle en pathologie, et réclame d’être soutenue dans son évolution : c’est l’âge de la chlorose et des névroses diverses propres au jeune garçon et à la jeune fille. Le régime doit encore être tonique, et certains agents spéciaux trouvent ici leur emploi.

Pour l’époque de la virilité et de la conservation, la thérapeutique doit se conformer à la condition sociale du malade, ne traitant pas le citadin comme l’homme des champs, et l’homme sédentaire comme l’homme d’action. De même la puerpéralité crée chez la femme une situation toute particulière, sous le rapport des indications thérapeutiques. De toute façon, les médications atténuantes trouvent mieux à s’appliquer ici que dans les âges précédents, surtout si à la vie active a succédé un repos plus ou moins complet.

En présence des maladies de cause extérieure et spécifique, la théra-

TENDON. — AXATOMIE ET PHÏSIOLOGIE.

peutique reprend ses droits, et la question des tempéraments ne joue plus qu’un rôle secondaire. Toutefois le médecin aura toujours pour devoir de s’éclairer à ce sujet; mais c’est là une règle commune, applicable à chaque malade en particulier. Devant cette analyse, les espèces se multiplient à l’infini, alors qu’il n’y a pour ainsi dire plus que des exceptions de tempérament, ou que des tempéraments extrêmes qui sont à eux seuls des maladies : c’est ce qui avait conduit certains praticiens à nier la question des tempéraments, pour ne plus s’arrêter qu’à l’idiosyncrasie. Nous espérons que l’étude que nous venons d’entreprendre pourra réhabiliter un sujet quelque peu délaissé à notre époque de science positive.

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Alfred Luton.

TEIVDOIV. — Anatomie et physiologie. — On désigne sous le nom de tendons des organes qui relient les muscles aux os ou aux parties molles pour leur transmettre intégralement l’effort de la contraction.

Déjà décrits par Galien et distingués des autres organes, les tendons furent après lui confondus avec les nerfs, en même temps qu’on le? douait de propriétés ^physiologiques qui appartenaient évidemment aux cordons nerveux. La piqûre d’un tendon était regardée comme trèsredoutable à cause des complications nerveuses graves qu’elle pourrait engendrer. Les travaux de l’École chirurgicale arabe représentée par Avicenne, puis ceux des chirurgiens, arabistes parmi lesquels nous citerons Roger de Parme, Roland et surtout Guillaume de Salicet, ne détruisirent pas cette confusion entre les nerfs et les tendons, englobés sous la dénomination générale de nerfs. Ils montrèrent néanmoins que dans les plaies des nerfs leurs sutures étaient possibles, sans danger, et même de la plus grande utilité pour les blessés.

TENDON. — ANATOMIE

loO

Peu à peu on apprit à séparer complètement la description des nerfs et celle des tendons, et dans Ambroise Paré nous trouvons la relation d’un fait de suture des tendons du jarret, pratiquée sur un sergent d’Orléans, par Verignel, maître barbier de cette ville. Les expériences de Haller montrèrent définitivement qu’il n’y avait rien de commun entre les tendons et les nerfs, les uns étant absolument insensibles, les autres, au coiitraii’e, doués des propriétés qui caractérisent le système nerveux périphérique. A partir de ce moment la différenciation était complète tant au point de vue anatomique qu’au point de vue physiologique.

L’étude anatomique des tendons doit comprendre :

l" Leur description comme organes en ce qui concerne leur forme, leur volume, leurs rapports avec les parties environnantes ;

2“ L’exposé de leur structure et de leur développement ;

3“ Leurs connexions avec les muscles, les os et les parties molles.

Anatomie. — Les tendons se montrent à l’état de bandes ou de cordes plus ou moins longues, plus ou moins épaisses, d’un aspect blanc nacré tout à fait spécial, brillant, mais absolument opaque.

Avec Bichat et Ch. Robin nous les diviserons pour les décrire en deux grandes catégories basées surtout sur leur forme :

1“ Les tendons membraneux ou aponévroses d’insertion;

2° Les tendons proprement dits.

Les tendons membraneux comprennent tous ceux qui figurent de véritables membranes analogues aux aponévroses, peu épaisses, mais ordinairement étalées en largeur: tels les tendonsdes muscles de l’abdomen, des muscles du tronc en général ; ils comprennent depuis l’aponévrose d’insertion du grand oblique jusqu’aux fines languettes des intercostaux. Les tendons proprement dits se divisent eux-mêmes en tendons plats, comme ceux du grand pectoral, du grand dorsal, et tendons cylindriques, comme ceux du pied, de la main ; ils sont surtout répandus aux membres et à la tête.

Il semble que le tendon typique soit le tendon membraneux; la deuxième catégorie en dérive facilement par suite de l’enroulement et de la condensation de la membrane; d’ailleurs nous verrons que presque toujours, ou du moins très-souvent, les tendons même cylindriques et allongés, comme ceux des fléchisseurs des doigts, débutent à leur insertion musculaire par une membrane étalée en surface.

Les aponévroses d’insertion peuvent se montrer sous plusieurs formes bien variables :

Tantôt elles sont véritablement membraneuses occupant une très-large surface, comme les aponévroses d’insertion des muscles larges de l’abdomen ; elles empiètent alors plus ou moins et d’une façon irrégulière sur le muscle proprement dit en constituant une ligne d’insertion comme ondulée ; leur insertion sur les parties à mouvoir ou à fixer se fait sur une surface généralement peu étendue en épaisseur, mais très-longue.

A cette catégorie appartiennent les aponévroses d’insertion qu’on remarque à la racine des segments de membre : telles celle du biceps.

TENDON. — ANATOMIE

du demi -tendineux et du demi-membraneux à l’ischion ; elle se divise en trois languettes d’où naissent les trois muscles cités ; telle l’aponévrose des muscles épitrochléens et épicondyliens.

Tantôt elles se présentent sous forme de membranes minces au niveau des insertions musculaires devenant de plus en plus épaisses à mesure qu’on se rapproche des insertions opposées, de telle façon que la coupe verticale du tendon est triangulaire: telles sont les aponévroses d’insertions du masséter sur la mâchoire inférieure, du deltoïde sur leV deltoïdien de l’humérus. Tantôt enfin, comme l’indique Bichat, la membrane est constituée par une multitude de petits tendons filiformes rapprochés les uns des autres, comme ceux, par exemple, des muscles qui s’insèrent aux côtes, comme ceux du carré pronateur, des interosseux; ces insertions par petites cordelettes multiples se remarquent d’ailleurs sur un grand nombre de muscles du tronc et des membres au niveau de leurs insertions fixes , tandis que l’insertion ordinairement mobile est munie d’un tendon cylindrique. Ainsi le fléchisseur profond des doigts s’insère à sa partie supérieure par une foule de tendons très-ténus aux os de Tavantbras, tandis que sa partie inférieure donne naissance aux tendons digitaux.

Les muscles digastriques ou polygastriques tels que le digastrique, Tomoplato-hyoïdien, le grand di’oit de l’abdomen, présentent entre deux ou plusieurs ventres musculaires des portions fibreuses appelées intersections musculaires. Ce sont de véritables tendons membraneux en connexion à leurs deux bouts avec des muscles.

Les tendons proprement dits plats et cylindriques présentent une conformation différente de celle que nous venons d’esquisser.

Les tendons plats, parmi lesquels nous citerons ceux du grand dorsal, du grand pectoral, du temporal, du grand fessier, de la partie inférieure du demi-membraneux, sont larges et épais dans toute leur étendue ; quelquefois, comme pour le demi-membraneux, ils sont enroulés en gouttière, tandis que celui du grand pectoral est comme tordu en spirale. Ils appartiennent généralement à des muscles larges ou longs très-puissants et l’insertion sur eux des fibres musculaires est ordinairement rayonnée. Les muscles fessiers présentent cette disposition à un degré très-accentué.

Les tendons cylindriques sont généralement annexés aux muscles qui doivent faire exécuter les mouvements les plus compliqués et les plus étendus. C’est ainsi qu’ils se trouvent surtout à la main et au pied. Leur forme est celle d’un cylindre aplati sur deux faces : tels les tendons des fléchisseurs des doigts et des orteils ; mais ils présentent aussi celle d’un ruban plus ou moins épais comme les extenseurs, par exemple.

Certains de ces tendons sont perforés ; ceux du fléchisseur sublime laissent passer ceux du fléchisseur profond. D’autres sont anastomosés entre eux : tels les tendons extenseurs des doigts.

Au point de vue des rapports nous diviserons les tendons en deux grandes classes suivant qu’ils sont ou non munis d’une gaine synoviale. Ceux qui sont destinés à agir fréquemment et à communiquer des mou-

TENDON. - ANATOMIE

yements très-étendus sont ordinairement munis d’une gaine plus ou moins compliquée qui les entoure soit en partie, soit en totalité ; nous avons étudié à l’article synoviale les différentes dispositions et de la gaine et des tendons qu’elle enveloppe ; nous n’y reviendrons par conséquent pas, si ce n’est pour rappeler que la gaine synoviale joue un rôle considérable et dans la nutrition et dans la fonction de l’organe qu’elle entoure.

Les tendons privés de synoviale glissent et se meuvent dans un tissu conjonctif généralement très-lâche, tissu séreux à larges mailles; nous avons montré comment par la répétition fréquente des mêmes mouvements on pouvait voir se produire de vraies bourses séreuses accidentelles, des bourses professionnelles.

Au niveau des articulations, surtout de celles des membres à leur extrémité, les cordes tendineuses ont à subir des réflexions dans certaines attitudes ; pour empêcher leurs déplacements pendant les mouvements, elles sont fixées dans des coulisses soit fibreuses, soit ostéo-fibreuses et constituées d’un côté par les ligaments dits annulaires, de l’autre par les os. Partout où les tendons glissent dans une de ces coulisses, ils sont munis d’une synoviale qui lubrifie leur surface et facilite leurs mouvements.

Certains tendons, au lieu d’être périphériques aux articulations dont ils renforcent les ligaments, sont intra-articulaires ; deux surtout sont remarquables par leur disposition à cet égard. Le tendon de la longue portion du biceps brachial pénètre dans l’articulation de l’épaule ; accompagné d’une gaine synoviale tendineuse annexé à la synoviale articulaire, il contourne la surface articulaire de la tête humérale pour aller s’insérer sur le pourtour du bourrelet glénoïdien qu’il renforce.

Il en est de même pour le tendon réfléchi du droit antérieur de la cuisse ; celui-ci toutefois ne contourne pas la tête fémorale, mais va s’insérer directement sur le baurrelet cotyloidien.

Quand les tendons sont entourés d’une synoviale, ils sont en rapport par son intermédiaire avec les organes environnants tels que nerfs et vaisseaux, et il est important dans la recherche des artères, par exemple, de ne pas ouvrir les synoviales avec lesquelles elles sont en rapport.

Quand les tendons sont couchés dans une simple gangue de tissu séreux, les vaisseaux et nerfs cheminent généralement dans les interstices qui les séparent les uns des autres ; en médecine opératoire, le tendon est un précieux point de repère pour la ligature artérielle. Il est résistant, il se tend sous l’influence soit de la position, soit du raccourcissement du muscle, se dessine sous les téguments et donne par là même de précieux renseignements aux chirurgiens : tel le tendon du cubital antérieur pour la ligature de la cubitale, tel celui du long adducteur de la cuisse pour la ligature de la fémorale à l’anneau, tel encore celui du long extenseur du gros orteil pour celle de la pédieuse, pour ne citer que les principales applications.

TENDON. — AKATOMIE.

Outre les rapports que nous venons de signaler il est fréquent de voir les tendons et surtout les tendons plats en contracter avec les aponévroses d’enveloppe ou de cloisonnement des membres. Tandis que les tendons allongés et cylindriques glissent presque toujours sous elles, les tendons membraneux affectent de leur adhérer sur une plus ou moins grande étendue, de telle sorte qu’il est presque impossible de dire où s’arrête l’aponévrose d’enveloppe et où commence l'aponévrose d’insertion. Nous ne citerons pour exemple que celle des muscles épitrochléens, celle des muscles épicondyliens, le gros et large tendon du grand fessier, les tendons d’insertion du vaste externe et vaste interne delà cuisse adhérant si bien à l’aponévrose fémorale que le scalpel les dissocie très difficilement.

De là aux tendons tenseurs d’aponévroses il n’y a qu’un pas ; le tendon émané du muscle libre à partir de ses interstices musculaires vient se jeter sur la membrane aponévrotique qu’il tend sous l’influence du raccourcissement du muscle ; tel est le rôle du tenseur du fascia lata.

Certains tendons, quoique n’ayant pas un rôle aussi actif, n’en contractent pas moins des adhérences intimes avec une aponévrose ; le palmaire grêle adhère par son extrémité à l’aponévrose palmaire sur laquelle il s’étale.

Nous n’insisterons pas actuellement sur les connexions des tendons avec les tissus osseux ou fibreux (périoste, sclérotique) pour les décrire quand nous étudierons les terminaisons des tendons à l’aide du microscope.

Structure des tendons. — Quand on regarde de près un tendon frais, ceux des fléchisseurs ou des extenseurs de la main , par exemple, on constate déjà à l’œil nu qu’ils sont longitudinalement striés et comme formés par l’accolement de fines fibres parallèles les unes aux autres qui leur donnent comme un aspect rayé ; cela est encore plus évident quand on arrache avec une pince la partie la plus superficielle du tendon. Quand on examine les tendons sur une coupe transversale, on remarque sur la surface de section un certain nombre de faisceaux qui font saillie par la pression et dont le volume varie de 1 millimètre à quelques dixièmes de millimètre. Autrement dit le tendon a une structure fasciculée.

Il est constitué par une agglomération de faisceaux de fibres dites tendineuses, droites, nullement ondulées comme celles du tissu conjonctif, parallèles les unes aux autres et non réunies en faisceaux par une fibre élastique contournée en spirale; un certain nombre de fibrilles se réunissent pour former un faisceau primitif tendineux, la réunion de plusieurs faisceaux primitifs constitue un faisceau secondaire ordinairement visible à l’œil nu, d’un diamètre sur la coupe de quelques dixièmes de millimètre à 1 millimètre ; les faisceaux secondaires placés côte à côte se réunissent pour former des faisceaux tertiaires ; il n’existe de faisceaux quaternaires que dans les tendons très-volumineux comme celui d’Achille, par exemple ; on voit par cela même que la topographie des

154 TENDON. — anatomie

faisceaux tendineux n’est nullement assimilable à celle des faisceaux musculaires.

Les faisceaux primitifs s’adossent les uns contre les autres sans qu’il y ait aucune cloison qui les sépare, ou du moins, s’il y en a, elles sont incomplètes et constituées par les prolongements des cellules tendineuses que nous étudierons tout à l’heure. Kôlliker, dans son Traité d’histologie, avait déjà montré cette subdivision des faisceaux tendineux secondaires à l’aide de gaines incomplètes formées par les prolongements des corpuscules de tissu conjonctif.

Quand on cherche à approfondir leur structure, on trouve qu’ils sont composés de fibrilles qu’il est assez facile de dissocier sur des tendons qui ont séjourné un jour dans l’acide osmique à 1/100 ou dans une solution concentrée d’acide picrique. Elles présentent une grande souplesse et une extrême finesse. Leur coupe est absolument circulaire, ce qui montre bien qu’elles sont parfaitement cylindriques. Les faisceaux secondaires sont séparés les uns des autres par des cloisons de tissu conjonctif interfasciculaire ; c’est dans leurs interstices que l’on trouve les cellules dites ailées, cellules plates des tendons de Renaut et Ranvier, cellules plasmatiques de Virchow. Découvertes par Renie dès 1851, elles sont comme collées sur la surface des faisceaux tendineux auxquels elles constituent une véritable gaine. Pour bien les voir et les étudier, Ranvier conseille de prendre les tendons de la queue d’une souris ou d’un rat, ou bien encore ceux des doigts d’une grenouille. Les tendons isolés sont étalés sur une lame de verre et fixés à leurs deux extrémités par de la paraffine; on les colore au picrocarminate, puis on ajoute un peu de glycérine et une goutte d’acide acétique. On constate alors à un grossissement de 400 diamètres en aplatissant bien la préparation que la surface des fibrilles est recouverte d’une couche de cellules plates avec un noyau au centre ovalaire ou rectangulaire. Tourneux et Legoff ont signalé la présence de nucléoles dans les cellules tendineuses. On les trouve aisément à l’aide du chlorure d’or, qui fait apparaître un noyau dans lequel on voit un ou deux points brillants qui sont évidemment des nucléoles. Ces cellules envoient souvent des prolongements que l’on a comparés à des ailes et qui leur donnent une étendue 3, 4 fois plus considérable qu’on ne le croyait d’abord.

Renaut a montré que l’éosine soluble dans l’eau se fixe sur les expansions protoplasmiques délicates des cellules tendineuses et les colore fortement; quand on examine les tendons d’une queue de rat traitée par l’éosine, on remarque que le protoplasma est strié dans le sens longitudinal. Sur l’expansion la striation protoplasmique se poursuit en décroissant. De ses expériences Renaut conclut, contrairement à Grunhagen, que le réseau de figures étoilées sous-jacent à l’endothélium qui recouvre la périphérie du tendon n’est pas formé par des cellules du tissu conjonctif, mais par les expansions protoplasmiques des cellules tendineuses voisines de la surface, qui s’étalent sur ce point et s’anastomosent entre elles.

Les cellules sont incurvées en forme de tuiles, elles présentent dans

TENDON. — ANATOMIE

lo5

leur longueur des lignes plus colorées au nombre de 2 à 5 et que Boll a dénommées stries élastiques ; ces stries sont situées généralement sur les bords et au milieu; elles correspondent, comme l’a bien montré Ranvier, à des crêtes saillantes au niveau des points où les cellules se replient pour se mouler sur les faisceaux tendineux auxquels elles adhèrent.

Quand on fait une section transversale sur un tendon convenablement préparé, on voit sur le champ du microscope des corps anguleux ressemblant beaucoup comme forme à des corpuscules osseux embryonnaires : ce sont les cellules plasmatiques de Virchow; Ranvier a bien montré comment ces figures étaient dues à des sections sous une incidence plus ou moins oblique des cellules plates des tendons qui se trouvent dans les espaces iiiterfasciculaires (figure 12).

Ces corps sont plus abondants dans les tendons jeunes que sur ceux qui proviennent d’animaux déjà âgés.

CL Robin admet que les cellules plasmatiques seraient des fibres élastiques, plus grosses en un de leurs points par suite de la présence encore en cet endroit d’un reste de leur noyau.

Quant aux cellules plates des tendons, ce seraient d’après Legoff et Ramonat des éléments fibroplastiques qui dans les conditions d’évolution et de nutrition où elles se trouvent entre les faisceaux tendineux se présentent avec une forme et une distribution spéciales. Legoff et Ramonat admettent que ce sont des cellules formatrices des fibrilles tendineuses qui, restées en excès, occupent l’espace compris entre plusieurs faisceaux accolés et envoient des prolongements dans l’intervalle de ceux-ci.

Les cellules tendineuses se trouvent dans les tendons plats et dans ceux de certains animaux (gi’enouille, crapaud) en rangées parallèles les unes

TENDON. — ANATOMIE

aux autres. Legoff et Ramonat ont montré que cette abondance d’éléments cellulaires était due à la segmentation des corps cellulaires déjà existants et à celle des noyaux. La segmentation commence par le noyau, puis vient atteindre seulement après le corps cellulaire lui-même. C’est ainsi que le noyau est déjà divisé en 2, 5 parties, tandis que la cellule ellemême ne présente encore que des échancrures, traces de la scission commençante.

Outre les cellules que nous venons de signaler les tendons contiennent encore, aussi bien dans leurs faisceaux que dans les cloisons qui les séparent, des fibres élastiques extrêmement fines, presque les plus fines que l’on connaisse. Elles ne sont pas parallèles aux fibrilles tendineuses, elles sont légèrement onduleuses, mais ne décriraient pas de ûexuosités d’après Robin ; déplus les fibrilles intra-fasciculaires ne se ramifient pas, tandis que tes interfasciculaires se subdivisent et s’anastomosent : on les met en évidence soit en traitant par l’acide acétique des coupes transversales ou longitudinales, soit en soumettant le tissu à une ébullition prolongée.

D’après Ranvier les fibres élastiques sont parallèles à l’axe et elles formeraient par leurs anastomes un réseau aussi bien intra qu’extra-tendineux.

Nous avons déjà dit que des cloisons séparaierif les différents ordres de faisceaux tendineux, nous ne reviendrons pas sur les gaines protoplasmiques incomplètes constituées par les cellules tendineuses et leurs prolongements, pour n’insister que sur les cloisons plus importantes qui séparent les faisceaux secondaires et tertiaires, etc., des tendons. Les cloisons secondaires ne sont pas complètes, elles émanent des cloisons tertiaires dont elles sont comme des subdivisions ; elles sont constituées par des cellules conjonctives, des fibres lumineuses et élastiques en petit nombre ; les cloisons tertiaires, beaucoup plus importantes et complètes séparant les faisceaux tertiaires, sont constituées par les mêmes éléments que les précédents, auxquels viennent s’ajouter des vaisseaux, des nerfs et quelquefois, dans les gros tendons, des cellules adipeuses. Les interstices des faisceaux tendineux se continuent directement â la périphérie avec le tissu cellulaire péritendineux dans les cas où le tendon n’est pas entouré d’une gaîne synoviale ; c’est par son intermédiaire qu’il reçoit les éléments de sa nutrition. Le plus souvent le tissu cellulaire péritendineux est lâche, à grosses mailles, comme aréolaire; cela est certainement une disposition heureuse pour le glissement de la corde ou de la bande lette tendineuse.

Généralement cependant la liberté relative de l’organe au milieu du tissu qui l’entoure a des limites et, quand il est sectionné, son bout central ne se rétracte jamais autant que s’il était tout à fait indépendant.

11 n’en est pas de même pour les tendons entourés d’une gaîne synoviale, soit complète, soit incomplète. Les espaces interfasciculaires communiquent alors avec le tissu sous-synovial, le tendon est tapissé par une couche de cellules endothéliales facilement visibles par l’imprégnation au nitrate d’argent. Il reçoit ses vaisseaux et ses nerfs par l’intermédiaire

TENDON. — ANATOMIE

de replis synoviaux qui, partant du feuillet pariétal, vont se jeter sur le tendon et se continuent avec le feuillet viscéral : ce sont les mésotendons dont nous avons déjà donné la description à l’article Svnovules. Le tendon est libre dans la gaine, d’autant plus qu’il est muni de moins de mésotendons; quand il est sectionné, son bout central se rétracte beaucoup plus que dans le cas ci-dessus. Nous verrons l’importance de ces faits en étudiant les plaies et sutures tendineuses. Il nous reste à décrire maintenant les vaisseaux et nerfs.

Vaisseaux et nerfs. — Les tendons sont vasculaires. C’est là une proposition qui ne saute pas aux yeux. Certainement en effet, s’il est un tissu qui semble peu fourni en vaisseaux, c’est bien le tissu tendineux. La section d’un tendon volumineux comme celui du triceps sural, la section des tendons delà main, ne donnent issue qu’à une très-faible quantité de sang et même on n’en voit quelquefois pas traces ; les avivements des tendons pour la suture se font constamment à sec.

Les phénomènes pathologiques qui se passent dans les tendons, inflammation, néoplasie, se manifestent si rarement qu’on est tout porté à trouver dans leur peu de fréquence et d’acuïté des raisons en faveur du peu de vascularisation.

Sappey, dans un mémoire communiqué à l’Académie des sciences, a décrit les artères et les veines des tendons ; d’après lui les artères nées des artérioles périphériques ou de celles de la synoviale s’insinuent dans les cloisons de premier ordre, puis se subdivisent, s’anastomosent à l’infini et forment un véritable réseau artériel intra-tendineux ; des capillaires s’introduiraient même entre les faisceaux primitifs, mais ne pénétreraient jamais en eux; les veinules font suite aux capillaires, se placent dans les cloisons interfasciculaires, puis viennent gagner le réseau veineux péritendineux. Il est probable que c’est à l’exiguïté du calibre de ces différents vaisseaux qu’est dû l’aspect exsangue des tendons au moment de leur section. On parvient à le démontrer facilement par les injections très-tenues soit de carmin, soit de bleu de Prusse.

Y a-t-il des lymphatiques dans les tendons ? Virchow admettait que la lymphe circulait dans les conduits creux qui unissaient les cellules plasmatiques et qui avaient reçu le nom de canaux plasmatiques ; nous avons montré ce qu’étaient ces cellules et ces canaux. Quant aux espaces lymphatiques soit péritendineux, soit intra-fasciculaires décrits par certains auteurs, nous attendons de nouveaux travaux qui en confirment l’existence. 11 est vrai que le nitrate d’argent monti’e contre le tissu même des tendons et de leurs faisceaux des cellules polygonales qui ressemblent beaucoup à l’endothélium des séreuses; mais ce sont là des cellules tendineuses et il n’y a d’après Ch. Robin ni espaces séreux ni lymphatique réel.

Les nerfs des tendons sont d’après Sappey remarquables par leur nombre et leur volume. Ils suivent généralement les vaisseaux, pour venir s’insinuer entre les faisceaux dans les cloisons et se terminer on ne sait encore comment.

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