‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 36 sur 117 · TENDON. — ARRACHEMENTS ET RUPTURES DES T · texte numérisé non relu

TENDON. — ARRACHEMENTS ET RUPTURES DES T

moins résistant. Ces faits méritent d’être signalés à l’attention des chirurgiens.

L’anatomie pathologique des ruptures tendineuses sous-cutanées est peu connue. Il est en effet très-rare que les blessés succombent. Binet cependant rapporte un cas de Martini. Ce dernier eut l’occasion de faire l’autopsie d’un individu qui mourut d’hémorrhagie cérébrale et qui s’était rompu le tendon rotulien un an auparavant ; la réunion avait eu lieu entre les deux fragments à l’aide d’une substance fibreuse très-solide. Picard, en 1838, a présenté à la Société anatomique le tendon bicipital rompu à un travers de doigt au-dessus du commencement de la coulisse, le bout supérieur était replié en anse et formait une sorte de tumeur que l’on sentait facilement pendant la vie.

La rupture peut atteindre deux tendons symétriques ; cela est surtout le cas pour le tendon d’Achille et les tendons rotuliens.

Elle est complète, c’est-à-dire que toute l’épaisseur du tendon est déchirée : les ruptures incomplètes ne sont pas démontrées anatomiquement. Nous avons cependant déjà dit que pour les tendons s’insérant à la rotule on observait la rupture du crural seul, ceux des vaste externe et vaste interne restant généralement intacts.

D’après ce que nous savons sur la régénération des tendons, il est probable que le processus de cicatrisation est tout à fait analogue ou même identique à celui de la réunion dans les sections sous-cutanées.

Mais il peut aussi se faire que par suite de défaut de soins la réunion ne se produise pas ; les deux bouts restent alors séparés et, quand pn voit le blessé, il rentre dans la catégorie de ceux qui sont atteints d’une plaie ancienne des tendons avec cicatrisation de la plaie cutanée. On retrouve sous la peau les deux bouts plus ou moins effilés, quelquefois renflés sous forme de nodules ; entre les deux, la gaîne vide.

Les points où se fait la rupture varient suivant les tendons ; ainsi le tendon rotulien s’arrache généralement au- niveau de son insertion sur la rotule. Le tendon d’Achille se rompt ordinairement à 4 ou 5 centimètres au-dessus du calcanéum ; dans un cas de Richet, elle siégeait tout près de l’insertion musculaire et de plus semblait incomplète, puisque le blessé pouvait encore élever le talon.

La rupture, au lieu de se faire dans la continuité du tendon, a lieu souvent au niveau de son insertion sur l’os ; elle arrache le plus fréquemment l’insertion osseuse et produit alors une véritable fracture apophysaire. Dans certains cas cependant le tendon peut s’arracher au niveau même de son attache, comme le témoignent le fait publié par Segond dans le Progrès médical, puis ceux . qu’à cités Busch dans un mémoire inséré àms Centralblatt für Chirurgie.

Il s’agit dans tous ces cas de l’arrachement du tendon extenseur à son insertion sur la phalange unguéale. C’est généralement dans un mouvement forcé et spasmodique de flexion que le fait se produit ; le petit doigt semble beaucoup plus souvent atteint que les autres, puisque sur six faits il a été lésé quatre fois, le pouce l’a été une fois, l’annulaire une

184 TENDON. — arrachements et ruptdres des t,

fois. Quand l’arrachement est complet, il se manifeste toujours par une flexion de la troisième phalange sur la seconde et une impossibilité de la redresser, tandis que tous les autres segments du doigt manœuvrent normalement. Le traitement consiste à immobiliser la phalange dans l’extension complète à l’aide d’un appareil inamovible. La guérison a presque toujours eu lieu quand l’accident a été soigné à temps ; il n’en est plus de même quand un certain temps s’est écoulé jusqu’à l’institution d’un traitement rationnel.

Signes. — Les symptômes d’une rupture tendineuse sont absolument analogues à ceux d’une section, moins la plaie des téguments et plus certains phénomènes qui accompagnent la production de l’accident.

C’est ainsi que le blessé ressent généralement une violente douleur, souvent accompagnée d’un bruit sec, comparé par les auteurs du Compendium de chirurgie k celui d’un coup de fouet. Le membre lésé devient impotent, les mouvements produits par le tendon sont absolument abolis ; la symptomatologie à cet égard est variable suivant les tendons atteints (cou-de-pied, genou, mains): tandis que dans certains cas le blessé semble tout à fait sous le coup d’une fracture, dans d’autres au contraire il s’apercevra à peine de sa blessure.

L’examen local fera reconnaître la solution de continuité; comme l’épanchement de sang est généralement peu considérable, on trouvera sous la peau les deux bouts du tendon et entre eux un espace vide qui devient encore plus grand, quand le bout musculaire est entraîné par la contraction du muscle. Les deux bouts sont mobiles transversalement et se rapprochent quand on rapproche les points d’insertion du tendon.

Les jours suivants il se produit du gonflement, une ecchymose plus ou moins prononcée suivant la vascularité de l’organe rompu; grâce à la position et à certains bandages, la réunion se fait dans un temps qui varie de 20 à 40 jours suivant l’importance des tendons, et le membre recouvre ses fonctions. Mais' la réunion peut manquer, quoique assez rarement.

Diagnostic. — Le diagnostic de rupture tendineuse sous-cutanée est presque toujours facile ; les commémoratifs, les signes physiques et fonctionnels, mettent sur la voie, surtout si la rupture siège loin d’un os ; quand la rupture est para-osseuse comme pour le tendon rotulien, on a pu la confondre avec une fracture ; un examen attentif lèvera tous les doutes.

Pronostic. — Le pronostic est d’autant plus sérieux que le tendon est plus important et moins vasculaire; toutefois, dans les cas de réunion immédiate possible, l’emploi de la suture a de beaucoup rasséréné le pronostic des ruptures tendineuses.

•Traitement. — Le traitement varie suivant les cas.

Quand la rupture est récente, on mettra en usage les bandages unissants et inamovibles qui maintiendront le segment de membre dans une position immobile telle que les deux bouts soient le plus rapprochés possible.

L’extension forcée du pied dans les ruptures du tendon d’Achille,

Page 1