TABAC. — FORMES PHAEMACEDTIQDES. TOXICOLOGIE
quelquefois de l’eau, du miel, des sels hygrométriques comme l’azotate de soude. Par dessiccatiou à l’étuve chauffée à 100“ le scarferlati ordinaire ne doit pas perdre plus de 20 “/„ d’eau et le tabac à priser pas plus de 33 “/„. Le tabac qui contiendrait du miel ou des sels solubles sera traité par l’eau ; le liquide filtré et évaporé au bain-marie fournira un résidu où l’on reconnaîtra la nature de la fraude. Pour reconnaître la chicorée torréfiée on projette doucement à la surface d’un verre rempli d’eau la poudre soupçonnée ; après un certain temps on examine le liquide : si le tabac est pur, l’eau sera à peine colorée ; s’il contient de la chicorée, le liquide prendra une teinte jaune de vin de Madère d’autant plus foncée que la proportion de chicorée sera plus grande. Le marc de café ajouté au tabac pourra se reconnaître de la même manière. Si le tabac contient de la poudre de tan, le liquide filtré noircira sous l’action des sels de fer. On reconnaîtra le noir animal à l’excès de phosphate de chaux que fournira la calcination. C’est encore dans le résidu de la calcination que l’on constatera la présence des matières minérales variées qui auront pu servir à la falsification du tabac. Si au traitement par l’eau et à la calcination on joint l’emploi de la loupe ou du microscope, on parviendra aisément à déceler les fraudes dont le tabac peut devenir l’objet.
Formes pharmacedtiqdes. — Les feuilles de Nicotiana labacum servent en médecine, à la dose de 10 grammes de feuilles sèches par litre d’eau, à préparer une décoction qu’on administre en lavements ou qu’on applique en lotions. Dans certains cas spéciaux et graves on porte la dose de feuilles à 50 grammes par litre d’eau.
Associées à d’autres substances elles servent à préparer des cigarettes ou des cigares médicamenteux. C’est ainsi qu’on mêle au tabac des asthmatiques des feuilles de datura, de belladone, de jusquiame, de digitale. Aux malades atteints de bronchite chronique on prescrit le tabac mélangé de sauge et de varech. Les cigarettes iodées antiphthisiques sont préparées avec des feuilles de nicotiane et autres solanées arrosées de teinture d’iode. On peut encore mêler au tabac l’acide ai’sénieux ou des sels mercuriels. Dans les cigarettes mercurielles de Bernard ou emploie du tabac privé de nicotine par des macérations répétées dans l’eau acidulée par l’acide sulfurique, suivies d’un lavage à l’eau pure.
Toxicologie. — Dans les cas d’empoisonnement par le tabac ou la nicotine on recherchera l’alcaloïde dans la matière des vomissements et le contenu de l’estomac, si le poison a été pris par la bouche; dans les déjections et le contenu de l’intestin, s’il a été pris en lavement. Les membranes de l’estomac ou du rectum seront découpées en petits morceaux. On fera digérer séparément ces matières avec de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique, de manière à obtenir une réaction franchement acide. Le liquide filtré sera réduit par évaporation au bain-marie et le résidu repris par l’alcool, qui précipitera les matières animales. Après filtration la liqueur sera évaporée de nouveau. On sature alors par la soude caustique en excès. La nicotine mise en liberté est enlevée au moyen de l’éther ou du chloroforme, qui l’abandonnent par évaporation à 25“ ou 30“. Le liquide
8 Tabac. — étude physiologique.
alcalin peut encore fournir la nicotine par distillation à feu nu ou an bain d’huile, en ayant soin de porter la température au moins à 250% point d’ébullition de l’alcaloïde. La nicotine qui passe inaltérée dans l’organisme peut se retrouTer de la même manière dans le foie, le sang, l’urine : on la reconnaît aux caractères suivants :
C’est un liquide oléagineux, soluble dans l’eau, l’alcool, l’éther et le chloroforme, qui, quand on le chauffe, exhale une forte odeur de tabac et produit des vapeurs très-irritantes. La solution aqueuse brunit le papier de curcuma et bleuit le papier rouge de tournesol . La nicotine précipite en blanc par les sels de mercure, de plomb et d’étain, par le tannin et le sulfate de magnésie. Le précipité blanc obtenu avec les sels de zinc et le précipité bleu fourni par les sels de cuivre se redissolvent dans un excès de l’alcaloïde. Les sels de fer donnent un précipité ocreux, le chlorure de platine un précipité jaune clair, le chlorure d’or un précipité jaune rougeâtre, le chlorure de cohalt un précipité bleu devenant vert, et l’iodure de potassium ioduré un précipité couleur kermès. La nicotine décolore le permanganate de potasse. L’acide sulfurique concentré la rougit à froid et la noircit à chaud. Elle produit des vapeurs blanches en présence de l’acide chlorhydrique, surtout quand on la chauffe.
Pour opérer sur la nicotine pure et entièrement débarrassée d’ammoniaque, qui seule pourrait produire quelques-unes des réactions précédentes, on satnre par l’acide oxalique et l’on évapore à siccité. Le résidu est repris par l’alcool, qui ne dissout que l’oxalate de nicotine, dont on isole l’alcaloïde au moyen de l’hydrate de sonde et du chloroforme.
E. Morio.
Etcde physiologiql'e. — Rien n’est moins nettement établi que les effets du tabac, malgré l’usage si répandu de cette plante trop vantée par les uns, ses adoptes, trop décriée, peut-être, par ses adversaires, qui voudraient la faire considérer comme un danger pnblic. Nous allons voir que ce désaccord qui porte sur son action lentement toxique, désaccord accentué par la passion, se continue également pour ce qui a trait à l’action physiologique du tabac.
Mais d’abord le tabac possède-t-il des propriétés qu’on puisse appeler physiologiques? C’est une de ces substances qui ne produisent, pour ainsi dire, rien d’appréciable, ou qui, dès qu’elles agissent, donnent lieu à des phénomènes toxiques. La dose même à laquelle ces effets peuvent se manifester est excessivement variable : d’une part, grâce à la susceptibilité très-différente des divers individus soumis à son influence, susceptibilité souvent atténuée par l’habitude ; d’autre part, à cause de la proportion très-inconstante de nicotine, son principe actif, que contient le tabac. Suivant sa provenance et les nombreuses manipulations qn’il subit avant d’être livré à la consommation, cette proportion varie de 1 à 7 pour cent. La nicotine elle-même, quoique représentant exactement le tabac au point de vue de la nature des effets qu’elle engendre, agit à si faible dose qu’on ne saurait reconnaître, dans ces effets, qu’une action toxique, action qui
TABAC. — ÉTUDE l'HÏSIOLOGIQDE.
varie aussi d’intensité suivant la qualité de la nicotine. Nous verrons que celle qui est récemment préparée possède des propriétés bien plus énergiques que la nicotine dont la préparation est plus ancienne. Enfin, comme pour le tabac, l’assuétude est une cause d’atténuation de son action, et cette assuétude paraît s’établir très-rapidement, dans une certaine proportion du moins, car le même animal qui s’est montré trèssensible à une première et faible dose a besoin, le lendemain, d’une dose vingt fois supérieure pour éprouver de nouveau les mêmes phénomènes. Ceux-ci peuvent offrir une intensité très-différente suivant les espèces animales, à ce point que les ruminants mangent impunément une quantité de tabac qui ne serait assurément pas sans danger pour l’homme. 11 est bien entendu que ces différences portent seulement sur l’intensité et non sur la nature des effets, car, comme l’indique Cl. Bernard, tous les animaux sont atteints de symptômes analogues sous l’influence de la nicotine. Ces nombreux motifs expliquent et excusent les dissidences que l’on rencontre chez les divers auteurs qui ont étudié l’action du tabac.
Si le t:ibac et la nicotine agissent identiquement, à l’intensité près, y a-t-il lieu de distinguer, dans l’étude du tabac, suivant que celui-ci est donné en infusion, fumé ou prisé? Nous ne le croyons pas. Yohl et Eulenberg prétendent, il est vrai, que la fumée de tabac ne contient pas de nicotine, mais leur dire est contesté par Heubel. D’ailleurs, d’après les auteurs dont je viens d’indiquer l’opinion, la nicotine se transformerait, sous l’influence d’une chaleur élevée, en d’autres bases volatiles (pyridine, picoline, lutidine, collidine) qui produisent des effets semblables à ceux de la nicotine, mais moins accentués. Par conséquent le résultat est toujours le même et tout au plus devrons-nous signaler, d’après Nothnagel et Rossbach, que la collidine, qui prend naissance pendant la combustion complète d’un bon cigare à cendre bien blanche, est beaucoup moins active que la pyridine, produit de la combustion incomplète du tabac, ainsi que cela a lieu dans la pipe. Il y a donc moins d’inconvénients à fumer le cigare que la pipe.
Action sur les fonctions digestives. — Fumé, chiqué, prisé, avalé sous forme d’infusion, le tabac exerce toujours une action irritante sur les parties touchées et une action générale, à la suite de l’absorption de son principe actif. L’irritation se traduit par une rougeur plus ou moins vive et par une hypersécrétion : la membrane pituitaire et le phaiynx des priseurs, la gorge des fumeurs, nous montrent ces effets d’irritation qui entraînent l’accroissement des sécrétions. Mais cette augmentation des liquides sécrétés peut aussi provenir de l’action réflexe exercée sur les glandes par la saveur âcre et amère du tabac ; c’est surtout ce qui a lieu pour la salive. Cependant je dois ajouter que, si telle est l’action primitive du tabac fumé ou chiqué, il arrive que la sécrétion salivaire diminue dès que le contact a cessé, et la pharyngite des fumeurs s’accompagne de sécheresse de la gorge ainsi que de la bouche.
Continuons l’exposé de cette action sur le tube digestif. Rouppe accu-
10 TABAC. — ÉTCDE PHySIOLOCIQÜE,
sait l’usage de la chique de contribuer à engendrer le scorbut, en ramollissant les gencives. Forget, au contraire, considérait le tabac comme un antiscorbutique. Je crois aux bons effets du tabac pour prévenir le développement du scorbut, mais je suis tenté de les attribuer bien plus au plaisir qu’occasionne la satisfaction d’une vieille habitude qu’à une action spécifique. On sait que les ennuis d’une existence monotone comptent parmi les causes génératrices du scorbut, tandis que l’usage du tabac constitue, pour ses adeptes, une distraction, un stimulant, un plaisir. C’est bien ainsi, du reste, que l’entendait Forget : il suffit, pour s’en convaincre, de lire les pages dans lesquelles il dépeint l’effet moral que peut produire le don bien placé d’un peu de tabac. Cependant, à côté de l’effet moral, il faut citer l’influence physico-chimique sur les dents dont l’altération peut concourir à engendrer la gengivite. Hepburn attribue à la nicotine une influence bienfaisante sur les dents, qu’elle conserverait ; l’alcalinité de la fumée de tabac neutralise l’acidité des liquides buccaux, acidité qui contribue à attaquer les dents ; les propriétés antiseptiques de la nicotine entravent les putréfactions dans les dents cariées ; enfin les particules de charbon contenues dans la fumée et qui hérissent les dents, sur lesquelles elles se déposent, agissent dans le même sens. En revanche, la température élevée communiquée aux dents par la fumée de tabac peut donner lieu à des fissures de l’émail, qui se dilate trop brusquement.
C’est encore par suite de la chaleur, unie à Faction irritante spéciale et peut-être un peu anesthésiante (ce qui permet un contact prolongé) de la nicotine, que l’usage invétéré de pipes à court tuyau ou l’habitude de mâchonner un bout de cigare éteint et de le rallumer par intervalles est une cause de l’apparition du cancroïde des lèvres (Bouisson. Trib. à lachir.).
Beaucoup d’auteurs attribuent au tabac des effets eupeptiques ; d’autres, au contraire, l’accusent d’engendrer des dyspepsies. Cl. Bernard se range au premier avis ; d’après lui le tabac facilite la digestion en accroissant les sécrétions intestinales comme il le fait pour la salive et par suite du lien nerveux qui unit entre elles et associe toutes les sécrétions digestives. Peut-être l’amélioration des digestions sous l’influence du tabac ne se manifeste-t-elle réellement que chez des fumeurs sevrés de leur habitude pour des causes diverses ; le fait de l’hypersécrétion salivaire n’est pas, en lui-même, une cause de meilleure digestion : ou la salive est rejetée par le fumeur, ce qui constitue une déperdition, ou elle est avalée et elle vient mettre au contact de la muqueuse gastrique une certaine quantité de nicotine qui n’est assurément pas pour faciliter le travail digestif. L’abus du tabac ne peut donc être que préjudiciable ; mais je dis l’abus et non l’usage, qui, s’il est en principe inutile ou même un peu nuisible, est devenu néanmoins pour certains adeptes une nécessité dont la privation entraînerait des troubles plus prononcés que ceux qu’engendre son usage modéré. L’anorexie est fréquente sous l’influence du tabac, qui engourdit la sensibilité, et un bon moyen de tromper la faim, quand le besoin de manger ne peut être satisfait, consiste à fumer ou chiquer
TABAC. — ÉTDDE PHYSIOLOaiQUE. H
un peu de tabac : c’est ce que n’ignorent pas le soldat et le matelot dont l’estomac n’est pas toujours servi à son heure. Il ne faut pas confondre cette anorexie momentanée avec le dégoût persistant des aliments qu’on attribue au tabac, dégoût qui se complique souvent d’une répugnance pour le tabac lui-même : il s’agit alors d’un embarras gastrique et non d’un effet de tabagisme, un vomitif fera disparaître tout cela et permettra le retour à la chère habitude.
Je ne parlerai pas des effets vomitifs du tabac ; ce sont là des signes de révolte digestive qui se voient surtout au début de l’intoxication, chez les fumeurs novices, par exemple. Il en est autrement de la diarrhée ou plutôt de l’exonération intestinale qui est fréquemment hâtée, accélérée par le tabac. Ce phénomène est moins le résultat de l’hypersécrétion que de l’excitation des mouvements péristaltiques intestinaux. Chez les animaux, l’injection dans les veines d’une très-faible quantité de nicotine détermine ces contractions qui diminuent le calibre de l’intestin, chassent rapidement les matières fécales et les gaz vers l’anus, pâlissent les tuniques intestinales et y déterminent une sorte de tétanos suivi de mouvements péristaltiques tumultueux (Nasse, V. Basch, Oser).
Action sur l'appareil circulatoire. — La circulation est très-notablement influencée par une action sur le cœur et les vaisseaux. Le cœur a ses battements accélérés et rendus plus énergiques par de faibles doses de nicotine, d’après Cl. Bernard ; ils seraient, au contraire, ralentis, dans ces conditions, suivant Traube et Rosenthal, tandis que l’inverse aurait lieu par de fortes doses. Il ne faut voir dans ces contradictions que le résultat d’une atteinte inégale, chez divers animaux, des appareils nerveux du cœur : excitation du grand sympathique et du pneumogastrique ou paralysie de ce dernier coïncidant avec l’excitation du premier, et cela par des quantités de toxique très-variables suivant l’animal. Pour ce qui est de l’excitation du grand sympathique, tous les auteurs sont d’accord : la pression artérielle est accrue et ce résultat est dû à l’excitation du grand sympathique (Cl. Bernard, Y. Basch et Oser), qui se traduit par une contraction telle des petits vaisseaux artériels qu’ils vont jusqu’à effacer leur calibre ; la circulation capillaire est donc suspendue, quoique le cœur continue à battre (Cl. Bernard). Mais ce cœur, qui continue à battre, peut être arrêté par la galvanisation du nerf vague qui n’est donc point paralysé (CI. Bernard). Ces effets sont absolument semblables à ceux que produit la galvanisation du grand sympathique ; c’est donc à ce nerf qu’il faut les attribuer ; d’ailleurs, si les nerfs vagues ont été préalablement coupés, chez un animal, la pression sanguine, diminuée par cette section, remonte notablement sous l’influence de la nicotine. Cette contraction vasculaire par excitation du grand sympathique nous explique la ressemblance des effets du tabac avec ceux du péritonisme : pâlenr de la face, sueurs froides, vertiges, état syncopal, évacuations involontaires, etc. Sous l’influence de la nicotine, dit Cl. Bernard, le sang acquiert des propriétés particulières : anatomiquement on ne voit rien ; s’il est plus foncé, c’est par suite des troubles respira-
TABAC. - ilüDE PHYSIOLOGIQUE.
toires et circulatoires, car il est susceptible de redevenir rutilant ; mais il est toxique, ainsi que les tissus, pour des animaux plus petits.
Action sur la respiration et la température. — Les doses faibles agissent sur la respiration d’une manière analogue à l’action qu’elles exercent sur la circulation, c’est-à-dire que les mouvements respiratoires deviennent plus rapides et plus amples. Ici nouveau désaccord des auteurs : CI. Bernard attribue cet effet à l’excitation des pneumogastriques, car ils ne se produisent plus après la section de ces nerfs, tandis que Nothnagel et Rossbach affirment qu’ils ont lieu même après la section des nerfs vagues à la région cervicale ; pour eux ces phénomènes, suivis d’ailleurs de spasmes tétaniques inspiratoires et glottiques, puis de ralentissement, quand les doses ont été fortes, seraient dus à une excitation suivie de paralysie des centres respiratoires siégeant dans la moelle allongée. Quoi qu’il en soit de la théorie, nous verrons que le tabac est utile contre les dyspnées.
Au milieu de tous ces phénomènes la température baisse notablement; elle ne s’élève que lorsque la nicotine donne lieu à des convulsions.
D’après Cl. Bernard, lorsque l’on n’a administré que de faibles doses de nicotine, on voit se produire seulement les phénomènes précédents qui ont trait aux fonctions respiratoire et cardiaque, mais non ceux qui se passent dans les vaisseaux et les muscles, effets sur les muscles que je vais bientôt indiquer. Il en serait de même lorsqu’on emploie de la nicoine préparée depuis longtemps, c’est-â-dire qu’en vieillissant et brunissant à la lumière cet alcaloïde a ses propriétés amoindries, sa toxicité plus faible. Impure et ancienne, elle agit surtout et presque exclusivement sur l’appareil respiratoire et l’organe central de la circulation : essoufflement, respiration large et fréquente, contractions du cœur plus énergiques, tantôt accélérées, tantôt ralenties, mais dans des limites voisines du type physiologique. On pourrait voir, dans ce fait sur lequel insiste CI. Bernard, une raison de croire que la nicotine agit d’abord sur le pneumogastrique et seulement plus tard, je veux dire à plus hautes doses, sur le grand sympathique. La priorité de l’action sur le vague et les résultats de cette action, respiration plus rapide et plus ample, spasmes respiratoires, expliquent les bons effets du tabac contre l’asthme, effets utilisés par Trousseau . L’action sur le grand sympathique, qui se manifeste ensuite par de plus fortes doses, rendrait compte des premiers phénomènes d’intoxication, ceux que l’on rencontre chez le fumeur novice. Enfin, de leur mélange en proportions variables et à des phases diverses viendraient les dissidences des auteurs relativement aux effets du tabac. Quoi qu’il en soit de l’exactitude de notre remarque, examinons les phénomènes qui se produisent du côté des sécrétions d’abord, puis du système nerveux.
Action de la nicotine sur les sécrétions. — Si je parle des effets de la nicotine sur les sécrétions avant de m’occuper de ceux qu’elle exerce sur le système nerveux, c’est que son action sur les sécrétions n’est en aucune façon imputable à l’élimination par celles-ci de la substance
Tabac. — étode physiologique.
toxique, mais bien à l’influence générale du tabac. A part l’accroissement de la salive, accroissement momentané dû à une action réflexe, le tabac semble diminuer les sécrétions, agissant ainsi à la manière de l’atropine: l’analogie de ce dernier alcaloïde avec la nicotine existe aussi en ce qui concerne les phénomènes qui se passent du côté de la circulation, de la respiration et, on peut le dire, des muscles organiques, si ce n’est que l’action de l’atropine est moins prononcée que celle de la nicotine. Le fumeur, en dehors des moments où il fume, a la gorge sèche, comme celui qui a pris de la belladone. Cependant on a signalé l’exagération de certaine sécrétions, sueurs froides, diurèse, diarrhée. La diar rhée, tout comme la fréquence des mictions, est plutôt un phénomène d’excitation musculaire que le résultat d’un hypersécrétion véritable. Quant à la diaphorèse, elle se produit par les fortes doses, à la phase d’intoxication, et ces sueurs froides sont un effet d’épuisement bien plus qu’elles ne constituent l’action propre du tabac et de la nicotine ; on les rencontre aussi parfois dans l’empoisonnement atropique. L’action du tabac et de la nicotine consiste, répétons-le, en un assèchement des muqueuses et des autres surfaces sécrétantes, puisque l’exhalation qui s’opère sur les plaies anciennes est tarie par la nicotine (Jullien) comme par l’atropine (Meuriot).
Action sur les systèmes musculaire et nerveux. — Nous avons signalé, d’après Cl. Bernard, la contracture des muscles vasculaires ainsi que celle des muscles intestinaux observée par plusieurs auteurs allemands sous l’influence de la nicotine. La vessie et l’utérus seraient également le siège de contractions (Nasse). Cl. Bernard ajoute que par les fortes doses et par la nicotine pure, récente, très-active, on voit un effet de même ordre s’étendre aux muscles volontaires qui sont dans un état de convulsion tel qu’ils ne peuvent plus se contracter ; on croirait, dit-il, leur contractilité perdue, elle ne l’est pas; ils sont durs et, s’ils ne se raccourcissent pas par le galvanisme, c’est qu’ilsne sauraient le faire davantage. On ne peut mettre en doute l’affirmation de notre grand physiologiste et, le fait admis, nous l’expliquerions assez volontiers par l’excitation du pouvoir réflexe delà moelle, excitation nettement constatée par Frensberg. Mais nous devons signaler, avant cette action qui n’est produite, commele dit Cl. Bernard lui-même, que par de fortes doses de nicotine très-pure, un phénomène d'ordre inverse qui se manifeste dans les conditions ordinaires de l’administration du tabac. Il suffit d’avoir éprouvé une fois les effets lipothyiiiiqucs engendrés par la fumée mal tolérée d’un cigare pour être convaincu qu’il y a comme une sorte de résolution de tous les muscles delà vie animale. Cet état est semblable à celui que l’on constate dans la phase nauséeuse de l’action vomitive, dans le péritonisme, chaque fois, en un mot, que le grand sympathique est excité, car à l’excitation du domaine de ce nerf correspond normalement une situation inverse des muscles de la vie de relation, soit par suite de l’antagonisme, du balancement qui existe entre ces deux grandes catégories de fonctions, soit grâce à l’anémie des centres nerveux et des muscles qu’entraîne la tétanisation vasculaire. Aussi, dans toutes ces circonstances, en même temps que
TABAC. - ÊTDDE PHYSIOLOGIQUE.
les contractions des muscles des cavités organiques sont accrues, celles des sphincters se suspendent, ce qui favorise l’exonération des divers réservoirs.
D’ailleurs, avant d’en venir à cet état de contracture des muscles animaux que produisent les fortes doses, le tabac et la nicotine engendrent du tremblement ; ainsi qu’on le sait, le phénomène du tremblement a été distingué en deux catégories : tremblement du mouvement ou paralytique et du repos ou hyperkinésique, rp6‘;:c(; et 7:aXp.O!;. Or le tremblement du tabac est bien un tremblement paralytique ; c’est un des premiers phénomènes qu’occasionne la fumée du tabac quand on est mal disposé, et une titubation des membres inférieurs, en même temps qu’un défaut d’habileté des mains, compliquent le vertige qui se manifeste dans ces circonstances. Ce tremblement, nettement paralytique à notre avis, a été diversement expliqué. Pour Cl. Bernard il est dû à la contracture des vaisseaux musculaires, car il est analogue à celui que l’on constate dans un muscle que l’on prive de sang par la ligature de son artère ; c’est bien par ce'mécanisme que nous avons cherché à expliquer en partie la résolution musculaire du début du tabagisme. Suivant Rosenthal, c’est en excitant les terminaisons intra-musculaires des nerfs moteurs, qu’elle paralyse ensuite, que la nicotine engendre des spasmes fibrillaires. Il ne serait pas difficile d’attribuer ce tremblement à l’exagération, constatée par Frensberg, du pouvoir réflexe de la moelle : ce serait une ataxie, un défaut de mesure. Enfin Yulpian propose une autre interprétation ; le tremblement spasmodique provoqué chez la grenouille par l’administration de la nicotine n’a lieu que lorsque l’isthme de l’encéphale a conservé intactes ses relations avec la moelle ; comme, d’autre part, diverses expériences ont prouvé à cet auteur que le tremblement nicotinique ne dépend pas des parties intra-crâniennes situées en avant de l’isthme, on est en droit de conclure, dit-il, que ce tremblement a bien pour cause l’action de la nicotine sur le bulbe et les autres parties excitables de l’istltme. Yulpian étend ensuite cette conclusion à tous les tremblements, quels qu’ils soient (Leçons sur les substances toxiques et médicamenteuses. Introduction. — Paris, 1881). En somme, on pourrait dire que c’est bien la contracture vasculaire qui est cause du tremblement, ainsi que le dit Cl. Bernard, mais qu’elle agit en anémiant le bulbe et non les muscles eux-mêmes : le tremblement serait un effet d’anémie bulbaire comme l’état lipothyraique est un effet d’anémie cérébrale.
De même que par l’atropine, les nerfs de sensibilité ne sont influencés par le tabac et la nicotine que localement, c’est-à-dire aux points de contact, ce qui contribuerait à expliquer la production du cancroïde des lèvres par une irritation lente et persistante, mais imperceptible. Administrée à l’intérieur, par faibles doses, la nicotine ne diminue que légèrement la sensibilité générale, davantage par les doses toxiques, et elle agit alors en stupéfiant les centres nerveux.
Enfin l’action du tabac sur l’intelligence est celle qui divise le plus les hygiénistes ; c’est, en effet, une question difficile à résoudre et où il