‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 5 sur 117 · TABAC. — ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

TABAC. — ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE

est impossible de tenir un compte exact de tous les éléments du problème. Que l’abus du tabac soit préjudiciable aux fonctions intellectuelles, il n’y a là rien que de très-plausible, et l’abus des meilleures choses est toujours un mal ; à plus forte raison en doit-il être ainsi d’une substance qui occasionne des vertiges, de l’obscurcissement des idées, une sorte d’ivresse, un état d’anéantissement, car tels sont ses effets sur le débutant. Cependant, comme le fait remarquer Gubler, le tabac se distingue des autres solanées vireuses en ce qu’il ne produit jamais de délire, et ses défenseurs, Forget entre autres, ont invoqué eu sa faveur la propriété qu’il a de porter à la rêverie, d’exciter l’imagination. Il y a là, pour le positivisme actuel, une raison de plus de le proscrire : la rêverie, c’est la perte du temps, et l’imagination la folle du logis, disent les savants aujourd’hui! Le tabac tue la mémoire, abrutit l’intelligence, suivant Fonssagrives ; Jolly rapproche l’accroissement de la consommation du tabac de l’augmentation du nombre des aliénés, et, le fait étant bien plus vrai encore pour ce qui est de l’alcool, le même auteur rend le tabac responsable de l’alcoolisme en concluant que « l’on boit parce qu’on fume. » N’y a-t-il pas, dans tout cela et dans les réquisitoires de la Société contre l’abus du tabac, beaucoup d’exagération? Certes, nous l’avons dit, l’abus est dangereux ; plus dangereux encore est l’usage du tabac commencé dès la jeunesse; d’ailleurs l’habitude de fumer est nuisible à la santé générale aussi bien qu’à l’intelligence, quand elle est contractée avant l’entier développement du corps, puisqu’elle n’est pas sans porter atteinte aux fonctions digestives, base de tout l’édifice. Mais n’oublie-t-on pas un peu trop cette particularité démontrée, même chez les animaux, que l’action du tabac s’atténue par l’usage? Quelle différence, alors, entre ce poison et l’alcool, par exemple! L’hygiène, pour être pratique, doit savoir faire des concessions et adoucir ses arrêts : l’excès de zèle est peut-être blâmable et le noir tableau des dangers qui le menacent, comme bien d’autres exagérations superstitieuses, a pu effrayer mal à propos tel fumeur timoré sans le faire, pour cela, renoncer à son péché mignon! Que les fougueux adversaires du tahac se rappellent qu’une habitude, même mauvaise, demande à être respectée, ainsi que le disait Hippocrate ; on a vu le moral et l’intelligence de fumeurs se troubler, par suite de la privation de tabac, et leurs facultés renaître quand ce bienfaisant poison leur était rendu. Pour nous, convaincu des inconvénients que peuvent offrir l’abus et l’usage prématuré du tabac, nous conseillerons aux jeunes gens de n’en point contracter l’habitude : ils éviteront ainsi les désagréments d’un véritable esclavage et les ennuis d’une privation difficilement supportée, quand elle s’impose pour quelque motif c[ue ce soit, car, outre les cas où le tabac vient à faire défaut, reconnaissons que, malgré les progrès qu’elle a pu faire dans toutes les classes de la société et le nombre de portes qu’elles a forcées, « l’herbe sale et puante » ne possède point un parfum de bonne compagnie et reste encore exclue de bien des réunions. Ajoutons qu’une atmosphère confinée, imprégnée de la fumée de tabac,

Page 1