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TÉRÉBENTHINE. 20i
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Édouard Schwartz.
TÉNESME. Voy. Rgctcm, t. XXX, p. 507 ; Yessie.
TÉRÉBENTHINE. — Les térébenthines sont des sucs végétaux constitués par des mélanges de résines et d’huiles essentielles que, pour cette raison, on désigne souvent sous le nom à' oléo-résines . Elles se distinguent, par leur composition, des gommes-résines {Voy. t. XVI, p. 516) et des sucs acéto-résineux ou baumes {Voy. t. IV, p. 644). Elles existent à l’état fluide dans les végétaux qui les produisent et se rencontrent dans les canaux ou lacunes résultant de l’écartement des cellules glandulaires qui les ont élaborées {Voy. J. Chatin , Du siège des substances actives dans les plantes médicinales, Paris 1876). Quelquesunes s’écoulent spontanément des végétaux, mais la plupart sont obtenues à l’aide d’incisions que l’on pratique sur le tronc des arbres. Ordinairement incolores au moment de leur sortie, elles prennent, avec le
202 TÉRÉBENTHINE. — t. de copahü, de la mecqde, de chio, dd canada. temps, une teinte jaunâtre plus ou moins foncée. D’une odeur en général très forte, elles po.ssèdentune saveur chaude suivie d’âcreté.
Les principales sortes de térébenthines employées en médecine sont celles de copahu, de La Mecque, de Chio, et les térébenthines des conifères.
Térébenthine de copahu. — Fournie par plusieurs espèces du genre Copahifera de la famille des Cœsalpiniécs (Légumineuses) {Voy. t. IX, p. 594).
Térébenthine de L,a Mecque. — Onia désigne le plus ordinairement sous les noms de Baume de La Mecque, B. de Judée, B. de Giléad. C’est une oléo-résine retirée du Balsamodendron opohalsamum (Burséracées), qui croît naturellement dans l’Arabie Heureuse. Elle est obtenue soit par incision, soit par ébullition dans l’eau des fragments de tige. Elle nous arrive par la Turquie, renfermée dans des flacons d’étain, en consistance sirupeuse, jaunâtre et transparente à l’état récent, blanchâtre et opaque lorsqu’elle est ancienne ; elle devient même quelquefois solide. Elle possède une odeur anisée, vive et pénétrante, une saveur aromatique suivie d’âcreté. Le baume de La Mecque contient une huile essentielle fluide et incolore, une résine insoluble dans l’alcool froid, jaune, transparente, cassante, soluble à chaud dans l’alcool et l’éther, et une résine molle, soluble dans les huiles grasses et les essences. Elle n’est plus employée en pharmacie et ne sert que dans la parfumerie. On l’utilise aussi pour obturer les verres recouvrant des préparations microscopiques.
Térébenthine de Chio. — C’est une oléo-résine fournie par le Pistacia terebinthus (Anacardiées), commun sur les côtes de la Méditerranée et en Asie Mineure. Le suc oléo-résineux est sécrété dans l’écorce. Celui du commerce provient de l’île de Chio où il exsude en partie spontanément, en partie et surtout à la suite d’incisions que l’on fait sur la tige et les branches de l’arbre. Recueillie sur le tronc ou au pied de l’arbre, la térébenthine de Chio est toujours mélangée de substances étrangères. Pour la purifier on la fait fondre sur place, au soleil, et on la passe à travers de petits paniers de bois. C’est une substance molle qui devient cassante par son exposition à l’air. Vue en masse elle est opaque et d’un brun foncé. Pressée à chaud entre deux lames de verre elle paraît transparente, d’un brun jaunâtre et très-souillée d’impuretés. Son odeur est agréable, douce, térébenthineuse ; sa saveur est très-faible. Elle est formée d’une résine entièrement soluble dans l’alcool et d’une huile essentielle à odeur douce. Cette térébenthine n’est guère usitée qu’en Grèce pour les préparations pharmaceutiques. Elle entre cependant dans la composition de la thériaque.
Parmi les térébenthines des conifères nous signalerons celles du Canada, de Strasbourg, de Venise et les térébenthines communes d’Amérique et de Bordeaux.
Térébenthiae du Canada. — Communément désignée sous le nom de baume du Canada, cette oléo-résine est fournie par l’Abies balsamea (Abiétinées), qui croît en abondance dans le nord et l’ouest de
TÉRÉBENTHINE. — t. de Strasbourg, d’alsace, de venise, de briakçon. 203
l’Amérique septentrionale. On l’obtient soit en ponctionnant les vésicules qui se forment sous l’écorce du tronc et des branches, et recueillant dans une bouteille le suc qui s’en écoule, soit en pratiquant des incisions sur l’arbre. Elle a la consistance du miel; elle est transparente et présente une coloration jaune paille. Quand on la conserve elle devient peu à peu plus épaisse et sa teinte se fonce, mais elle garde toujours sa transparence. Elle possède une odeur aromatique agréable, une saveur un peu amère et légèrement âcre. Le baume du Canada est soluble en toute proportion dans le chloroforme, la benzine, l’éther et l’alcool amyliqne chauds. L’alcool absolu le dissout en partie à l’ébullition et laisse, par refroidissement, un abondant résidu amorphe. Cette térébenthine est constituée par un mélange de résines avec une hmle essentiellé. En évaporant celle-ci, les résines restent sous forme d’une masse transparente, un peu molle et élastique, qui est formée de deux corps différents. Les 79 centièmes du mélange se dissolvent dans l’alcool absolu bouillant, le reste se dissout facilement dans, l’éther. L’huile essentielle obtenue par distillation avec l’eau est incolore et possède l’odeur de l’essence commune de térébenthine ; elle est surtout formée d’un hydrocarbure avec
une faible proportion d’essence oxygénée.
La térébenthine du Canada a été employée en médecine aux mêmes usages que le copahu et que la térébenthine ordinaire. Aujourd’hui, on s’en sert peu comme médicament. Le baume du Canada est surtout recherché pour la conservation des préparations microscopiques, parce qu’il garde indéfiniment sa transparence et ne cristallise pas. On l’utilise beaucoup, pour le même motif, dans l’assemblage des verres d’optique. Il entre aussi dans la préparation des vernis.
Térébenthine de Strafsbourg, dAlsace, au citron, du sapin. — Elle estfournie par l’Aèiespectinato, sapin argenté (Abiétinées). Sécrétée par des glandes pluricellulaires qui se résorbent, elle se trouve dans de petites cavités de l’écorce des jeunes tiges, ainsi que dans les couches superficielles du bois. On l’extrait par des incisions qui traversent l’écorce et pénètrent les jeunes couches du bois. Cette térébenthine, qui ressemble un peu au baume du Canada, est jaune clair. Elle contient de 60 à 70 pour 100 de résine et 30 à 40 pour 100 d’huile essentielle. Son odeur agréable lui a fait donner le nom de térébenthine au citron.
Très-recherchée autrefois pour l’emploi médical, elle est aujourd’hui à peu près abandonnée. Elle communique aux préparations destinées à l’usage interne une odeur aromatique et une saveur non désagréable. C’est celle que l’on préféré pour la préparation du Sirop de térébenthine que l’on obtient en faisant digérer au bain-marie pendant deux heures 100 p. de térébenthine au citron avec 1000 p. de sirop de sucre, en agitant fréquemment. On rétablit le poids primitif avec une petite quantité d’eau, on laisse refroidir et l’on filtre au papier. Dose : de une à plusieurs cuillerées à soupe par jour (Trousseau).
Térébenthine de Venise, de Briançon, du mélèze. — C’est le produit du larix europæa (Abiétinées). La plus grande quantité provient
TÉRÉBENTHINE. — t. cohmume.
du Tyrol, mais on en recueille encore en Suisse et dans quelques localités du Piémont et de la France. On retire l’oléo-résine du cœur de l’arbre en pratiquant au printemps, à une petite distance du sol, une cavité étroite qui pénètre jusqu’au centre de la tige et qu’on bouche ensuite jusqu’à l’automne. Une seule ouverture donne environ 500 grammes de térébenthine par an et l’arbre n’en souffre pas. Si l’on pratique plusieurs larges trous sur le même arbre, ou peut en obtenir plusieurs kilos par an. Dans ce cas l’arbre cesse de produire au bout de quelques années et son bois pei’d beaucoup de sa valeur. L’oléo-résine est contenue dans des canaux très-étendus qui sont, pour le mélèze, peu abondants dans l’écorce ; l’aubier en contient davantage; ils sont surtout multipliés dans le cœur de l’arbre. La térébenthine de Venise est un liquide épais, semblable à du miel un peu trouble, mais ni granuleux, ni cristallin, coloré en jaune pâle et légèrement fluorescent. Son odeur est plus faible que celle de la térébenthine commune ; sa saveur est amère et aromatique. Elle ne se solidifie pas avec la magnésie. Elle se dissout dans l’alcool en formant un liquide clair qui rougit le tournesol. Quand on l’agite avec de l’eau chaude, celle-ci prend une réaction acide due à l’acide formique. Elle donne en moyenne 15 pour 100 d’huile essentielle.
Comme elle est peu siccative, c’est elle qu’on emploie de préférence pour la préparation des onguents. Elle sert aussi à préparer la térébenthine cuite qu’on obtient en la faisant houillir avec de l’eau jusqu’à ce qu’elle ait perdu son huile essentielle, ce que l’on reconnaît en en faisant tomber une petite quantité dans l’eau froide ; elle doit être, dans ce cas, sèche et cassante. On la conserve alors dans des pots et, pour s’en servir, on la recouvre d’eau chaude qui la ramollit et permet de la rouler en pilules que l’on peut conserver sous l’eau froide ou roulées dans la poudre d’amidon ou de magnésie. La composition de ta résine ainsi obtenue est analogue à celle de la colophane.
Térébenthine commune. — La térébenthine commune est fournie, en Amérique, par le Pinus australis ou palustris et par le Pinus tœda ; dans le nord de l’Europe, par le Pinus sylvestris ; en Autriche, par le Pinus laricio, et en France, par le Pinus maritima. Chez tous ces arbres, de la famille des Abiétinées, les canaux récepteurs sont répandus dans le parenchyme cortical et dans le bois ; il n’en existe pas dans lamoelle.
La térébenthine commune de nos pays, dite térébenthine de Bordeaux, est recueillie, dans les Landes et en Sologne, au moyen d’incisions méthodiquement pratiquées. Le produit qui s’en écoule est reçu soit dans des cavités creusées dans le sol ou sur les racines saillantes, soit dans des pots de terre fixés au tronc par des fils métalliques et où la térébenthine arrive par des rigoles de zinc. On recueille ainsi la térébenthine brute. Elle est souillée de terre, de débris de branches, de feuilles et de fragments d’écorce. Elle est fondue au soleil ou au feu dans des chaudières et passée à travers un lit de paille. Elle constitue alors la térébenthine commune qu’on livre sous cet état au commerce. La térébenthine de
TÉRÉBENTHINE. — GALIPOT. POIX DE EODRGOGNE, P, BLANCHE. ESSENCE DE T. 205 Bordeaux est épaisse, granuleuse, se séparant en deux couches, la supérieure transparente et colorée, l’autre grenue, consistante et opaque. Elle possède une odeur caractéristique térébenthineuse assez forte, une saveur âcre et amère. Elle est très-siccative à l’air et facilement solidifiable par la magnésie ; elle se dissout entièrement dans l’alcool.
La térébenthine d’Amérique a une odeur moins forte et une saveur moins amère. Elle se partage en deux couches moins facilement que la précédente.
L’oléo-résine de térébenthine entre dans la composition de l’électuaire antinéphrétique (Swédiaur), de l’opiat balsamique contre les uréthrites et les flueurs blanches (Bodart), du lait diurétique (Pierquin), de l’émulsion térébenthinée (Swédiaur), de l’injection benzoïque contre la surdité (Detharding) ; dans la préparation des onguents {Voy. t. XXIV, p. 576), des emplâtres {Voy. t. XII, p. 474) et des papiers emplastiques {Voy, t. XXV, p. 567).
Oalipot. — Dans l’exploitation des pins, pour l’extraction de la térébenthine, une grande quantité de cette dernière se concrète sur les arbres et se solidifie ; arrachée par le grattage elle constitue le barras ou galipot. Ce produit est sec, en morceaux mamelonnés, larmeux, jaunes. Il est soluble dans l’alcool et renferme une petite proportion d’essence qui lui communique l’odeur affaiblie de la térébenthine. Pour le faire entrer dans la préparation des onguents on le purifie en le faisant fondre à une douce chaleur et en le passant, avec expression, à travers une toile. Dans les pays de production où il est abondant on le purifie par fusion et filtration sur un lit de paille. Par distillation on en retire un peu d’essence de térébenthine et le résidu constitue de la colophane.
Poix de Bourgogae. — C’est une térébenthine fournie par YAbies excelsa (Abiétinées) exploité dans la Forêt Noire, en Autriche et en Suisse {Voy. t. XXVIII, p. 749).
Poix blanche. — Produit substitué à la poix de Bourgogne et qui n’est autre chose que le galipot fondu avec de l’eau, filtré et exprimé {Voy. t. XXVIII, p. 749).
Essence de térébenthine. — La térébenthine commune, soumise à la distillation, fournit une huile volatile qui est l’essence de térébenthine, dont la proportion varie de 15 à 30 pour 100 et laisse pour résidu une résine qui porte le nom de colophane. Le produit brut de la distillation est répandu dans le commerce sous le nom d’essence commune. Celle-ci étant toujours un peu visqueuse et colorée, on la rectifie en la distillant avec de l’eau et en agitant le produit, séparé par décantation, avec du chlorure de calcium. On obtient ainsi l’essence rectifiée. Sous cet état elle est presque entièrement constituée par du térébenthène, hydrocarbure de la formule mélangé à une petite quantité d’hydrocar¬
bures plus volatils et d’hydrocarbures oxygénés plus fixes. La proportion de ces derniers augmente avec le temps au contact de l’air et sous l’influence de la lumière.
L’essence de térébenthine récemment rectifiée est incolore et neutre
TÉRÉBENTHINE. - essesce de t.
au papier de tournesol. Sa densité est 0,864; elle bout à 159°. Elle ne tarde pas à jaunir au contact de l’air et sous l'influence de la lumière, en même temps qu’elle devient moins fluide, à mesure que les produits d’oxydation augmentent. Elle rougit alors le tournesol et l’on y trouve des acides acétique et formique. Elle est d’une odeur forte, désagréable, caractéristique. Elle est onctueuse au toucher et produit sur le papier une tache translucide qui disparaît sous l’action de la chaleur. Elle prend feu facilement et brûle avec une flamme fuligineuse. Elle est insoluble dans l’eau, un peu soluble dans l’alcool et très-soluble dans l’éther. Elle se mêle en toute proportion aux huiles fixes et aux autres essences. Elle dissout assez bien le soufre, le phosphore, les résines et les graisses. Elle dévie différemment le plan de la lumière polarisée suivant son origine : l’essence française est lévogyre et l’essence américaine, dite essence anglaise parce qu’elle arrive par l’Angleterre, est dextrogyre. Mêlée à l’alcool et à l’acide azotique, l’essence de térébenthine abandonne, après quelques semaines, de beaux cristaux constituant un hydrate à trois molécules d’eau, 3H^O : c’est la terpine. En traitant ce composé par le gaz chlorhydrique on le transforme en un produit analogue au camphre de citron, 2C1H; ce camphre chauffé perd une partie de son acide et donne alors, par l’action du potassium, une huile fluide, incolore, qui possède toutes les propriétés de l’essence de citron.
Pour qu’une essence de térébenthine soit de bonne qualité, il faut qu’elle soit limpide, incolore, très-fluide, et qu’elle se dessèche sur les doigts sans y laisser de dépôt poisseux. Elle doit présenter une densité de 0,864 et s’évaporer sans résidu appréciable. Si elle retient de la colophane, par suite d’une distillation défectueuse ou d’une oxydation ultérieure, elle est solidifiée par l’ammoniaque dont quelques gouttes suffisent pour donner une consistance butyreuse à une essence contenant plus de 2 pour 100 de colophane. L’ammoniaque produit un magma gélatineux avec une essence contenant de l’oléo-résine ou de l’huile empyreumatique provenant de la distillation de la résine surchauffée. D’ailleurs la densité de l’essence augmente avec la quantité de ces substances. L’essence de térébenthine doit être conservée à l’abri de l’air et de la lumière dans un endroit frais. Quand, malgré ces précautions, elle s’est altérée avec le temps, on la rectifie en la distillant avec de l’eau.
L’essence de térébenthine est employée pour le dégraissage des étoffes dans la fabrication des vernis et pour la préparation des peintures. Associée à l’alcool elle constitue le gaz liquide dont le pouvoir éclairant est considérable; mais son emploi n’est pas sans inconvénient et peut donner lieu à de violentes explosions.
En médecine on l’administre, à l’intérieur, en capsules, en électuaires, en potions mucilagineuses. Pour l’usage externe elle se prescrit en gargarismes et en lininents.
L’essence de térébenthine entre dans les préparations suivantes : Électuaire contre le tænia (Thompson), opiat antinévralgique (Récamier), potion contre la sciatique (Debréyne), émulsion térébenthinée (Carmi-
TÉRÉBENTHINE. — action physiologiqde.
cliael), looch contre la sciatique (Récamier), mixture contre la sciatique (Rayer), mixture contre les coliques hépatiques (Whytl), gargarisme contre la salivation mercurielle (Geddings), Uniment térébenthirié (Codex).
Dose dans les 24 heures assez variable. On l’administre à la dose de 2 grammes en deux ou trois fois dans Copiât de Récamier, et à la dose de 36 grammes en une seule fois dans la mixture de Rayer.
Produits secondaires de la térébenthine. — Parmi les produits qui dérivent de l’exploitation des pins pour l’obtention de la térébenthine, nous rappellerons les suivants dont la plupart trouvent leur application en médecine :
Colophane : résidu de la distillation delà térébenthine [Voy. t. XIX, p. 206). — Poix résine ou résine jaune : mélange de colophane et de galipot ou colophane battue à chaud avec de l’eau {Voy. t. XXYIII, p. 751). — Poix noire : produit de la combustion incomplète des filtres de paille qui ont servi à l’épuration de la térébenthine et du galipot et de tous les débris de l’exploitation des pins {Voy. t. XXYIII, p. 750). — Brai sec : mélange de poix noire et de colophane. Il sert à la fabrication des torches et des savons communs de résine. Fondu, passé, battu avec 6 pour 100 d’eau et quelquefois mélangé de galipot, il donne la résine qui sert à l’éclairage des ménages pauvres. — Goudron : produit fluide obtenu per descensum au fond des fosses où l’on opère la combustion incomplète des résidus de la préparation de la térébenthine auxquels on ajoute le bois des pins épuisés par l’exploitation {Voy. t. XYI, p. 520). — Brai gras on poix navale : s’ fusion d’un mélange de colophane, de poix noire et de goudron. — Euile empyreumatique : produit liquide surnageant le goudron au moment de sa préparation {Voy. t. XYII, p. 788). E. Morio.
Action physologique. — On donne le nom de térébenthine à toute substance naturelle composée d’une résine et d’une essence ; on réserve plus spécialement cette dénomination, en thérapeutique, aux sucs propres fournis par certains arbres de deux familles, les térébinthacées et les conifères. Les plus connues des térébenthines sont , parmi celles qui proviennent des térébinthacées, la térébenthine ou mastic de Chio, due au Pistacia terebinthus, et parmi celles qui proviennent des conifères la térébenthine de Yenise ou du mélèze (pinus larix), fort rare et le plus souvent remplacée par la térébenthine au citron ou des Yosges (P. picea) ou par celle de Bordeaux (P. maritima).
Nous no pouvons, dans cette étude, séparer les effets de l’essence de ceux que produit la résine à laquelle elle se trouve unie ; d'ailleurs ces deux substances possèdent des propriétés de même ordre, bien que non identiques, car la résine n’est qu’une transformation de l’essence qui se résinifie plus ou moins rapidement au contact de l’air. Disons seulement que l’essence, agent diffusible, agit plus rapidement et plus énergiquement que la résine ; déplus, principe volatil, elle s’élimine par les voies respiratoires et par la peau, tandis que la résine, principe fixe, sort sur-
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tout par les urines. Mais l’essence, se résinifiant toujours partiellement durant la traversée de l’organisme, s’échappe aussi en partie par les voies urinaires qu’elle peut modifier, de même que la résine, toujours impré- .gnée d’essence et peut-être retransformée en essence au contact de nos tissus, s’exhale en petite proportion par la voie broncho-pulmonaire. Par conséquent, répétons-le, il n’y a pas de dissemblance absolue ni de limile précise entre la résine et l’essence aupointde vue de l’action physiologique et thérapeutique de ces deux principes : seulement l’action générale et «elle exercée sur le poumon iront décroissant à mesure que l’essence s’appauvrira pour devenir résine, tandis que, simultanément, s’accroîtra l’effet sur le rein et les voies urinaires. Quand on veut se procurer presque exclusivement celui-ci, on prescrit la térébenthine cuite, c’est-à-dire pi’ivée, par la chaleur, de la presque totalité de son essence.
Effets topiques. — Appliquée sur la peau la térébenthine a la propriété •de produire, sur l’enveloppe tégumentaire, une action irritante qui se traduit par de la rougeur, des démangeaisons et l’apparition de divers •exanthèmes : érythème, vésiculation légère, papules ou même pustules acnéiformes et furoncles. Tel est l’effet que l’on peut obtenir par la poix de Bourgogne, effet qui demande un temps assez long, plusieurs jours parfois, pour se produire, tandis qu’on l’obtient beaucoup plus rapidement et plus énergique par l’essence de térébenthine. L’action de celle-ci, bien étudiée par Rayer et Hervieux, a été rappelée par G. Paul, dans une récente communication à la Société de thérapeutique {Bulletin de la Société thérap., 12 oct. 1881). L’application simple, au contact de l’air, ne produit qu’une légère sensation de fraîcheur, par suite de la rapide volatilisation de l’essence ; il en est autrement lorsqu’on préserve convenablement du contact de l’air la partie où se fait l’application. Pour cela on imbibe une compresse de flanelle avec de l’essence en quantité telle que le liquide ne s’en écoule pas et on la recouvre d’une toile imperméable uutre que la gutta-percha, qui serait dissoute par l’essence. Au moment du contact il se produit une sensation de fraîcheur accompagnée d’un abaissement de température qui peut atteindre un degré thermométrique; bientôt survient une légère chaleur qui va croissant, occasionne un sentiment de cuisson, de brûlure, puis de déchirement intolérable, et qui nécessite la levée de l’appareil, au bout de 20 à 30 minutes : on trouve alors une rougeur intense, framboisée, scarlatiniforme, avec élévation de température et hypéresthésie cutanée. Ces phénomènes disparaissent spontanément dans l’espace de deux ou trois jours ; mais, si l’application a été maintenue plus longtemps ou si la peau était infiltrée de sérosité, une vésiculation miliaire peut avoir soulevé l’épiderme.
Des frictions modérées pratiquées avec une flanelle imbibée d’essence ne produisent que des effets analogues et peut-être même un peu moins prononcés. Au contraire, après 5 minutes de frictions énergiques qui n’occasionnent pendant qu’on les exerce qu’une sensation d’agréable fraîeheur, il se développe une rougeur intense, framboisée, montrant à la loupe un semis de taches ecchymo tiques, s’accompagnant de douleur
TÉRÉBENTHINE. — effets topiques. 209
cuisante, ardeur, brûlure, sensation de tension, élévation de température et tuméfaction légère. Ces phénomènes s’amendent en deux ou trois jours, après avoir été remplacés par de l’endolorissement et de la sensibilité à la pression; mais, au moment où la rougeur s’affaiblit, la partie sur laquelle a été pratiquée la friction devient le siège d’une desquamation très-appréciable.
Enfin, en imbibant une rondelle de linge ou de papier, un plumasseau d’étoupe, avec de l’essence de térébenthine ou un mélange à parties égales d’alcool et d’essence, que l’on enflamme et laisse brûler jusqu’à extinction sur un point du corps, on obtient une vésication extempo ranée.
Action interne. — Administrées à l’intérieur, la térébenthine et son essence produisent des effets très-marqués, surtout quand c’est l’essence qui a été donnée et à doses un peu élevée. Voici la description qu’en font Trousseau et Pidoux :
Après l’absorption de 4 grammes d’essence, en une dose, il survient une sensation de chaleur avec âcreté au pharynx et à l’estomac; anxiété, nausées et rarement des vomissements ; anorexie, pesanteur gastrique ; plus souvent des coliques, météorisme, un peu de dévoiement. Bientôt excitation générale annoncée par une ardeur fébrile avec chaleur, qui s’étend à toute l’économie, pouls dur et fréquent, céphalalgie, rougeur de la face, soif, sécheresse des muqueuses ; dysurie, urines rares et rouges ou copieuses et pâles, mais toujours exhalant l’odeur de la violette; sueurs imprégnées de l’odeur de l’essence, ainsi que l’exhalation pulmonaire ; quelques personnes éprouvent un état assez analogue à l’ivresse.
Si la dose d’essence est élevée à 32 ou 64 grammes, deux effets différents peuvent avoir lieu ; ou bien toute l’action de la substance s’épuise sur les organes digestifs etdétermine, outre les phénomènes intestinaux indiqués ci-dessus, des vomissements suivis de coliques et de diarrhée : les matières rendues/contiennent de l’essence parfaitement reconnaissable; dans ces cas les diverses sécrétions offrent à peine l’odeur caractéristique et aucun autre phénomène n’a lieu, tout est fini quand les évacuations ont cessé, ou bien, au contraire, l’absorption s’exerce sur la térébenthine et, avec des symptômes ordinaires d’intensité modérée du côté du tube digestif, on constate des effets généraux énergiques attestant le transport de l’agent à tous les appareils. Vive ardeur épigastrique, anxiété, nausées, syncopes; pouls fréquent, serré et dur, sensibilité exagérée surtout dans les membres inférieurs, endolorissement de ces membres plus spécialement localisé sur le trajet des gros nerfs, céphalalgie très-vive et persistant après la cessation des autres symptômes, délire dans quelques cas. Cependant ces symptômes qui se manifestent du côté des fonctions nerveuses sont plus rares et toujours moins prononcés que ceux qui se passent dans l’appareil urinaire et sur les diverses muqueuses, surtout celle des voies aériennes. Douleur et chaleur à la région lombaire, aux reins, à l’hypogastre ; celui-ci est douloureux à la pression, comme dans la cystite aiguë; ténesme vésical, douleur uréthrale, strangurie, dysurie, cuisson
210 TÉRÉBENTHINE. — effets topiques.
vive, quelquefois véritable uréthrite ; urines rares, rouges, sanguinolentes, érections douloureuses... D’autres fois les urines sont copieuses et pâles. Sécheresse de toutes les muqueuses qui sont injectées, turgides, chaudes ; ces phénomènes peuvent être facilement constatés à la gorge ; fréquemment il y a de l’herpès labial ; douleurs sous-sternales, picotements dans la trachée et, dans quelques cas, crachats striés de sang. EnQn des éruptions érythémateuses, vésiculeuses ou papuleuses, peuvent se montrer en divers points de la peau.
Trousseau et Pidoux, que nous avons presque copiés dans cette description, ajoutent qu’en d’autres circonstances 30,60, 90 grammes d’essence de térébenthine n’ont produit aucun effet physiologique, ni local, ni général. Cependant, d’après Andant, l’essence de térébenthine pourrait être toxique à la dose de 15 à 30 grammes, et il ne faudrait arriver à ces doses qu’avec précaution. Nothnagel et Rossbach disent que 15 grammes ont pu suffire à donner la mort à des enfants, mais qu’on a vu des empoisonnements par 50 et 100 grammes se terminer par la guérison. D’autre part, des effets physiologiques et quasi-toxiques peuvent être engendrés par les inhalations d’essence de térébenthine, et on cite des faits dans lesquels le séjour dans une atmosphère légèrement imprégnée de cette vapeur a suffi pour donner lieu à des accidents ; chacun sait que le séjour, même peu prolongé, dans un appartement fraîchement ciré, suffit pour donner à l’urine une odeur très-prononcée de violettes. Quelques personnes, les enfants surtout, sont très-sensibles à cette action qui porte sur le système nerveux et se caractérise par de la céphalalgie, de l’insomnie, de l’agitation, des vertiges, une sorte d’ivresse, titubation, lassitude, défaillances, phénomènes analogues à ceux qui ont été signalés chez les ouvrières occupées à la décortication des oranges amères et que toute essence est susceptible d’engendrer. Mais une particularité remar quable est la diversité des effets que l’essence de térébenthine exerce sur les deux sexes : tandis que chez l’homme elle porte son action sur les voies génito-urinaires, chez la femme elle impressionne surtout le système nerveux. Ce fait a été signalé en Amérique et Harris cite deux jeunes filles chez lesquelles les vapeurs d’essence (car il s’agit de l’inhalation) avaient amené de l’insomnie, des malaises avec état d’irritabilité nerveuse et morale qui touchait presque à la folie.
Nous venons de tracer le tableau d’ensemble des effets de l’essence de térébenthine et sous l’influence de fortes doses ; ce tableau est celui d’une sorte d’intoxication ; nous allons maintenant analyser ces divers effets, en les considérant relativement à chaque fonction en particulier .
Appareil digestif. — Sur la digestion, saveur âcre et amère, salivation suivie bientôt de sécheresse de la bouche et du pharynx, c’est-à-dire que, si l’effet local est une excitation sécrétoire réflexe, après absorption faite l’effet général se traduit par le dessèchement, ainsi que Trousseau et Pidoux l’ont constaté. Anorexie; légère diarrhée par les doses modérées ; à forte dose, irritation plus ou moins prononcée de la muqueuse intestinale, irritation qui peut manquer, mais qui, lorsqu’elle a lieu, est allée
TÉRÉBENTHINE. — effets topiqües.
jusqu’à déterminer la production d’injection vasculaire et de vésicules hémorrhagiques sur la muqueuse (Mitscherlich) . Ce résultat n’a rien de surprenant, puisque des effets de même ordre se voient à l’enveloppe cutanée quand on y fait des applications d’essence.
Appareil circulatoire. — Nous avons dit que Trousseau et Pidoux signalent l’accélération du pouls comme un des effets de l’essence de térébenthine ; c’est aussi ce qu’a observé Mitscherlich. Cependant Nothnagel et Eossbach ne voient, dans ce phénomène, qu’un résultat indirect et dû à l’action irritante qu’exerce la térébenthine au point de contact ; pour ces auteurs la propriété directe de l’essence consisterait à baisser légèrement le chiffre des pulsations. Sous l’influence du médicament Copeland a observé un ralentissement du pouls chez les fébricitants.
D’après Hirt, Binz, l’essence de térébenthine augmente le nombre des , globules blancs du sang, tandis que Gubler signale, avec tous les médecins, la propriété qu’elle a de diminuer la formation de néocytes, globules de mucus ou de pus, sur les muqueuses. Enfin elle possède une notable action antifermentescible et antiputride.
Action sur la température, — Même contradiction, relativement aux effets sur la température, entre les essais de Trousseau et Pidoux et les expériences de Eossbach et Fleischmann : les premiers ont signalé une élévation de température, une sorte de fièvre due à l’essence de térébenthine ; les seconds ont vu, chez des animaux sains, non liés, la température baisser de 1“ 3 à 5“ 2 sous l’influence de cette substance.
Action sur la respiration. — Ralentissement des mouvements respiratoires sans altération morbide des poumons, chez les animaux soumis, par Eossbach, à l’action de l’essence de térébenthine; sécheresse de la muqueuse bronchique, douleurs sous-sternales, crachats quelquefois sanguinolents, d’après Trousseau et Pidoux. La diminution des sécrétions bronchiques est surtout marquée quand elles étaient accrues.
Action sur le système nerveux , — Du côté du système nerveux les modifications les plus nettes suivent parfois, sinon toujours, l’administration de l’essence de térébenthine. Ici l’accord est complet entre les auteurs, relativement aux effets primordiaux : céphalalgie, nausées, anxiété, bâillements, vertiges, bourdonnements d’oreilles, douleurs dans les gros troncs nerveux, surtout des membres inférieurs. Mais sous l’action de hautes doses Nothnagel et Eossbach signalent, chez les animaux, outre la titubation de l’ivresse (qui a été aussi observée chez l’homme) , des tremblements, des spasmes toniques et cloniques, tandis que chez l’homme il se produit de la faiblesse, de l’engourdissement, de l’assoupissement, enfin perte de connaissance, coma; le vin, font remarquer ces auteurs, paralyse les sens plus rapidement et plus fortement quand on y a ajouté de l’essence de térébenthine ; le phénomène final, quand la dose a été mortelle, est encore l’opisthotonos.
Nothnagel et Eossbach arrivent à ta conclusion suivante : « L’essen ce de térébenthine affaiblit très-rapidement et paralyse, chez les animaux à sang chaud, l’excitabilité du système nerveux, des appareils respiratoire
212 TÉRÉBEiNïflLXË. — emploi THÉnAPEüriQUE.
et circulatoire; le camphre, au contraire, excite fortement, chez les animaux à sang chaud, le cerveau et la moelle allongée, mais n’exerce aucune influence sur l’activité cardiaque ; l’action de ces deux substances, chez les animaux à sang froid, est semblable ; toutes deux font baisser la température chez les animaux à sang chaud. »
Action sur les sécrétions. — L’action de l’essence de térébenthine sur la sécrétion urinaire est des plus marquées. De petites doses augmentent cetle sécrétion ; les fortes doses, à moins qu’elles n’aient été évacuées par les selles, font diminuer la sécrétion en même temps qu’elles occasionnent des sensations de néphralgie, chatouillement et chaleur de l’urèthre, etc. Quelquefois les urines sont devenues sanguinolentes, mais toujours elles répandent l’odeur de la violette, ce qui prouve que l’essence est modifiée plutôt à son passage à travers l’organe uro -poétique qu’à travers l’organisme, puisque la peau et la muqueuse respiratoire exhalent l’odeur de l’essence elle-même. L’acide azotique, au contact de ces urines, donne un précipité résineux soluble dans l’alcool et l’éther. On ne signale aucune altération du tissu du rein.
Nous avons déjà indiqué l’apparition d’exanthèmes sur la peau, qui est parfois le siège de sueurs et exhale l’odeur du médicament.
Eüiploi thérapeutiqoe. — A l’extérieur la térébenthine et surtout l’essence peuvent remplir les indications très-variées de la médication révulsive {Voy. Révulsiok), depuis la rubéfaction jusqu’à la vésication. Cependant les applications externes de l’essence ne peuvent se faire, même sous un taffetas imperméable, sans qu’une partie de la substance pénètre dans l’organisme, à travers la peau, sinon par les voies respiratoires, et donne naissance à des modifications dues à l’action générale du médicament ; de plus, ces applications sur la peau sont prescrites le plus souvent contre des maladies auxquelles on oppose aussi la térébenthine à l’intérieur. Pour ces raisons nous ne parlerons des applications externes de la térébenthine qu’en même temps que nous ferons connaître les emplois à l’intérieur.
Plus fréquemment, plus nettement, plus profondément influencée que les autres par les effets physiologiques de la térébenthine, la muqueuse urinaire est aussi celle qui en manifeste le plus sûrement les effets thérapeutiques. C’est surtout contre le catarrhe chronique de la vessie, soit qu’il survienne d’emblée, soit qu’il succède à la cystite aiguë, que la térébenthine donne les succès les plus évidents. Cependant il ne faut point compter sur elle pour guérir les catarrhes symptomatiques d’une affection calculeuse : impuissante contre la cause, à laquelle il faut d’abord s’adresser, elle n’e^t pas néanmoins dépourvue de toute efficacité contre l’état catarrhal lui-même et l’améliore souvent. L’amélioration produite par la térébenthine dans le traitement des catarrhes chroniques de la vessie ne se dessine parfois qu’à la suite d’une exacerbation passagère, qui ramène momentanément l’affection à une certaine acuité. Ce n’est, pas seulement contre le catarrhe vésical que réussit le médicament qui nous occupe, mais contre l’état catarrhal chronique de toute l’étendue des
TÉRÉBENTHINE. — emploi thérapeutique. 213
voies urinaires, pyélite, cystite, uréthrite, et les vieilles blennorrhagies se trouvent heureusement modifiées par son emploi. Pour que cet emploi fatigue le moins possible, il est hon de ne pas élever trop les doses de térébenthine et de la donner débarrassée de la plus grande partie de l’essence, c’est-à-dire sous la forme de térébenthine cuite ; on ne surcharge ainsi ni l’intestin au point de vue de l’absorption, ni l’appareil respiratoire au point de vue de l’élimination d’une trop grande quantité d’essence. Relativement au mode d’action thérapeutique en pareil cas, Trousseau et Pidoiix y voient un effet substitutif, se basant sur ce qui se passe quand on panse une plaie blafarde avec des plumasseaux imbibés d’essence de térébenthine ; avivement de la plaie et diminution des sécrétions. A côté de cet effet nous croyons qu’il faut placer celui que la térébenthine doit à sa qualité de substance résineuse, c’est-à-dire acide, dans une affection qui, quelle que soit son origine, calculeuse ou autre, s’accompagne toujours de réaction alcaline de l’urine (je parle de la pyélite et de la cystite) . Enfin la production de cette alcalinité de l’urine dans certaines affections spinales, indépendamment de tout cathétérisme antérieur, c’est-à-dire sans qu’on puisse invoquer l’introduction de germes du ferment alcalin, jointe aux effets physiologiques que la térébenthine exerce sur le système nerveux central, nous porte à croire qu’aux deux modes d’action précédents on peut ajouter celui qui s’opère par l’intermédiaire de la moelle épinière.
Hippocrate, Dioscoride, attribuaient à la térébenthine la propriété de provoquer les règles et d’arrêter les flueurs blanches, de pousser à la luxure, de modifier, résoudre etmondifier. Plusieurs de ces particularités ont été constatées et mises à profit, encore de nos jours, notamment contre l’aménorrhée. Récemment l’attention a été de nouveau appelée sur les vertus thérapeutiques de la térébenthine de Chio contre le cancer du col utérin ; plusieurs cas auraient été guéris par l’usage interne de cette substance, unie à de la üeur de soufre. En faisant la part de l’exagération, on peut admettre que le médicament a contribué à améliorer l’état des malades et à modifier les phénomènes locaux. Le même agent ne serait pas impuissant contre le cancer d’autres organes : Gubler, à propos de l’ulcère et du cancer de l’estomac, signale les avantages de l’essence de térébenthine qui favorise la cicatrisation et s’oppose aux suintements hémorrhagiques.
Cette action hémostatique de la térébenthine, non pas seulement comme agent topique, mais employée à l’intérieur, a été maintes fois mise à profit : contre la métrorrhagie, l’hématémèse, l’entéroi’rhagie, les épistaxis atoniques des vieillards, des cachectiques, des sujets affaiblis, contre le purpura hemorrhagica. X. Richard l’a opposée, à la dose de 8 grammes par jour, à la variole hémorrhagique et aux hémoptysies. « Je l’ai vue souvent réussir, dit Gubler, contre les hémoptysies des tuberculeux. » C’est un des meilleurs astringents, et la plupart des eaux hémostatiques agissent en grande partie par l’essence de térébenthine {Voy. Styptiqües).
214 TÉRÉBENTHINE. — emploi thérapeutique.
On a prescrit la térébenthine contre la phthisie pulmonaire. Déjà Dioscoride avait indiqué ses avantages dans la toux et la phthisie ; Trousseau et Pidoux croient qu’elle peut retarder la fonte tuberculeuse et V. Swieten la prescrivait, en lavements, contre la diarrhée colliquative ou de résorption des phthisiques. Mais c’est surtout contre la bronchorrhée que Trousseau la recommande et dans les cas de bronchectasie, bronchite fétide, gangrène pulmonaire, affections diverses pouvant simuler la phthisie. Dans tous ces cas les médecins sont unanimes pour reconnaître ses bons effets et son action d’assèchement, sa propriété antiputride, ses vertus toniques et stimulantes ; Stokes, Graves, Skoda, Waldenburg, ont constaté son efficacité. On emploie simultanément l’essence de térébenthine à l’intérieur et en inhalations qui, ne pouvant être qu’intermittentes, ont moins d’action que l’administration par l’estomac. M. Raynaud, dans des leçons cliniques faites en 1880, a insisté sur les bons effets, contre la gangrène pulmonaire, de la teinture d’eucalyptus à l’intérieur (c’est-à-dire un agent balsamique comme la térébenthine) unie aux inhalations de térébenthine conseillées par Trousseau.
On a vanté ces inhalations contre la coqueluche; les laryngites chroniques simples sont heureusement influencées par le traitement à l’essence de térébenthine que l’on peut employer à l’intérieur, en inhalations et en application sur le cou, suivant la méthode révulsive indiquée par C. Paul. Ce dernier moyen peut être opposé à la laryngite striduleuse.
A l’intérieur et en applications topiques, par la stimulation générale et l’excitation locale, l’essence de térébenthine amodifié favorablementlerhumatisme articulaire chronique (Trousseau, Noël Guéneau deMussy) ; mais c’est surtout contre les névralgies d’origine rhumatismale et le rhumatisme musculaire (torticolis, lumbago, pleurodynie) que ce moyen possède une incontestable efficacité. Cullen, Récamier, Martinet, associaient l’essence de térébenthine, donnée à l’intérieur à la dose de 4 grammes, aux frictions pratiquées avec la même substance ; ces derniers auteurs avaient observé que ce traitement provoquait une sensation de chaleur et une hyperhydrose dans le membre siège de la névralgie et plus particulièrement le long du nerf malade. D’après Martinet, plus les douleurs sont vives, et plus les chances de réussite delà térébenthine sont favorables. Les névralgies du membre inférieur, la sciatique surtout, sont justiciables de ce traitement, et l’essence, si elle est mal tolérée par l’estomac, peut être administrée en lavements. Les résultats avantageux du traitement des névralgies par l’essence de téi’ébenthine ont été reconnus parTeissier, Horteloup, Cheyne, Home, Romberg, etc. D’après Trousseau et Pidoux, l’usage de l’essence de térébenthine soulage ou guérit toutes les névralgies qui ne sont dues ni au paludisme, ni à des maladies organiques de l’un des viscères du bassin, ni à une lésion osseuse; elle réussit dans des cas où la belladone, l’opium, le quinquina, ont échoué. Ils citent le moyen dit « culotte du bourreau de Lyon » , equel n’était autre qu’un emplâtre de poix de Bourgogne entourant
TÉRÉBENTHINE. — emploi thérapedtiqoe. 215
toute la cuisse, moyen très-énergique et efficace contre les sciatiques rebelles .
Le traitement par l’essence de térébenthine a été étendu aux névralgies viscérales, si rebelles et si communes chez les femmes, et aucun ne soulage plus efficacement, de l’avis de ces auteurs. Gubler, suivant leur exemple, a également obtenu des résultats très-avantageux de cette pratique. Ce sont les névralgies de l’estomac et des autres viscères qu’anime le plexus solaire qui obéissent le mieux à l’action de ce puissant modificateur : on l’administre pendant six ou huit jours consécutifs et on laisse ensuite reposer le malade pendant une quinzaine de jours, pour recommencer la médication, si cela est nécessaire. Gubler conseille les doses élevées, fébrigènes, dans les cas torpides, et des doses faibles, toniques, dans les névroses irritatives.
La dyspepsie est encore susceptible d’être traitée par la térébenthine qui stimule l’estomac, à petites doses ; mais on a surtout employé, en pareil cas, une autre térébenthine, la myrrhe, qui entre dans la composition de l’élixir stomachique de Garus. La gastrite chronique, l’ulcère simple de l’estomac, le cancer même de cet organe, ont été, d’après Gubler, avantageusement modifiés par l’essence de térébenthine, également efficace contre les entérites ulcéreuses c hroniques et les hémorrhoïdes.
Le remède de Durande, contre les coliques et les calculs hépatiques, se composait d’un mélange d’essence de térébenthine (1 p.) et d’éther (5 p.) ; si c’est là un lithontriptique douteux, c’est un bon antispasmodique, mais il est difficile de faire à chacune des substances qui le composent, la part qui doit lui être attribuée.
Enfin le tænia, comme d’autres entozoaires du tube disgestif, serait chassé par l’essence de térébenthine.
Mais voici un emploi autrement i mportant du médicament qui nous occupe. En 1812 Brenan essaya l’essence de térébenthine à l’hôpital des femmes en couches de Dublin où régnait une épidémie de péritonite puerpérale à laquelle aucune malade n’échappait; il obtint des résultats merveilleux. Trousseau et Pidoux discutent une à une les observations de cet auteur et celles, confirmatives, d’autres médecins anglais : ils n’ont pas de peine à démontrer qu’on ne doit accepter qu’avec beaucoup de réserves les résultats si favorables attribués au traitement par la térébenthine. Néanmoins, après en avoir eux-mêmes appelé à l’expérience clinique, ils arrivent à la conclusion suivante : « Nous devons déclarer, disent-ils, que, si dans le plus grand nombre des cas nous avons échoué, cependant dans quelques cas malheureusement trop rares l’action du médicament a été rapide et évidente, et plus puissante que celle d’aucun agent thérapeutique que nous ayons employé. Dans deux circonstances surtout où des femmes étaient atteintes d’infection purulente, traduite par des abcès multiples, par des dépôts purulents dans les articulations, la guérison a été obtenue par la térébenthine, contre toute espérance. » Douglas exaltait, dans cette maladie, les résultats donnés par les appli-
TÉRÉBENTHINE. — emploi thérapeutique.
cations sur le ventre d’essence de térébenthine et, à propos de la récente communication faite par G. Paul à la Société de thérapeutique, Vidal a rappelé que, dans le traitement de la péritonite, il fait couvrir tout l’abdomen jusqu’à la poitrine d’un morceau de flanelle imbibé d’essence de térébenthine dont on empêche l’évaporation en recouvrant le pansement d’un taffetas gommé. Enfin on sait que les frictions avec cette essence sont employées avec succès contre le météorisme abdominal.
Passons à l’usage antidotique. Andant eut l’occasion d’observer le fait que voici :
Dans le but de s’empoisonner, un homme ingère la pâte phosphorée de 150 allumettes et, n’éprouvant aucun symptôme au bout de quelque temps, il avale un flacon d’essence de térébenthine, dans le but de hâter la mort. Après quelques phénomènes insignifiants, malgré l’odeur du phosphore exhalée et mêlée à celle de l’essence, la guérison était complète en dix jours. Cette observation fut, pour Andant, le point de départ de recherches et d’expériences qui lui montrèrent que l’essence de térébenthine empêche le phosphore de luire dans l’obscurité, qu’elle sert en Angleterre à obvier aux dangers des vapeurs phosphorées, que Bellini avait conseillé de dégager des vap eurs de cette essence dans les appartements des personnes empoisonnées par le phosphore. Des expériences furent faites chez les animaux (Personne, Vetter, Kôhler) ; d’autres empoisonnements P ar le phosphore survenus chez l’homme furent traités et guéris à l’aide de l’essence de térébenthine, dont la propriété antidotique se trouva bientôt établie. La dose quotidienne doit être de 4 grammes, mais on peut l’augmenter sans inconvénient et la porter à 8 grammes : on a soin de fractionner la dose en plusieurs prises et de continuer l’administration durant plusieurs jours. Quoique, dans les expériences pratiquées sur des animaux on ait démontré cette action antidotique en ne donnant aucun évacuant, il sera toujours indiqué, lorsqu’on aura à traiter un cas d’empoisonnement par le phosphore récemment ingéré, de provoquer l’évacuation du toxique encore contenu dans l’estomac ou l’intestin en administrant les vomitifs et purgatifs (ni huileux, ni alcooliques), et de ne donner l’essence de térébenthine qu’après avoir pris cette précaution. La propriété antidotique n’appartiendrait, d’après Vetter, qu’à l’essence du commerce ou ozonisée ; elle s’exercerait, suivant Kôhler, en donnant naissance à un acide térébenthine-phosphoreux ; en réalité, nous ne savons absolument rien sur le mécanisme de celte action antidotique.
Des phénomènes analognes à ceux déterminés par le phosphore étant produits par l’arsenic et l’antimoine. Ch. Boucher se demande si l’administration de l’essence de térébenthine ne serait pas indiquée dans le traitement des empoisonnements par ces deux substances et, ajouterons-nous, par tous les altérants, mercure, iode, etc. Allons plus loin : cette action spéciale de l’essence de térébenthine dans l’intoxication par le phosphore, empoisonnement qui se traduit à un si haut degré par des stéatoses généralisées, des hémorrhagies, par des phénomènes d’affaissement, de col-
TÉRÉBENTHI5IE. — EMPLOI THÉRAPEÜTIQÜE . 217
lapsus, de lassitude, courbature, difficulté de mouvoir les membres, qui sont raidis, rapprochée de l’efficacité relative de cette essence dans les cas de fièvre puerpérale, ne justifierait-elle pas son emploi dans le traite ment de certaines fièvres graves s’accompagnant de tous ces phénomènes morbides et anatomiques, la fièvre jaune et l’ictère grave notamment, ces deux affections qui ne manquent pas d’analogie avec l’empoisonnement par le phosphore? Nous n’ignorons pas que chaque stéatose, phosphorée, arsénicale, etc., a ses caractères spéciaux; à plus forte raison en doit-il être ainsi des stéatoses pathologiques et non toxiques : mais le processus, dans son ensemble et dans sa nature, n’est-il pas toujours identique à lui-même? Est-ce par une action purement chimique ou par un trouble trophique que se^produit la lésion? Si l’on croit à ce dernier mécanisme, en faveur duquel nous ferons valoir les altérations spinales que Davillo a constatées chez les animaux empoisonnés par le phosphore [Bull . de therap., 15 janvier 1882) et les symptômes nerveux signalés plus haut, la térébenthine, qui agit si puissamment sur le système nerveux, directeur de la nutrition organique, ne mériterait-elle pas d’être essayée? Ch. Roucher a remarqué que l’administration de cette essence fait disparaître l’indigo de l’urine du cheval où cette substance se rencontre normalement en plus grande quantité que dans l’urine humaine ; cesset-on de donner le médicament, l’indigo reparaît. Or, comme il le dit, les déviations de l’indigo urinaire paraissent, jusqu’ici, être très-souvent associées, chez l’homme, aux affections les plus graves, fièvre typhoïde, etc. Pour toutes ces raisons nous croyons que l’induction est permise et que les essais seraient justifiés.
Trousseau et Pidoux avaient signalé les avantages que la térébenthine, qui avait réussi entre leurs mains dans le traitement de la chylurie, pourrait avoir contre le mal de Bright; Rayer fit l’essai, sans en obtenir de succès ; peut-être s’adressa-t-il à des cas trop avancés. Même inutilité contre le diabète. Nous ne ferons qu’indiquer les emplois dans l’hystérie, la chorée, l’épilepsie, le tétanos, les fièvres intermittentes, les maladies oculaires (iritis rhumatismale, chroroïdite, kératite, hypopion).
Enfin, à l’intérieur, outre ses emplois comme rubéfiant, l’essence de térébenthine a été utilisée pour exciter les plaies atoniques, contre la brûlure au deuxième degré dont elle calme la douleur ; dans l’érysipèle les applications d’essence auraient limité la progression du mal et fait baisser la température. Petit, de l’Hôtel-Dieu, appliquait, le long du rachis des cholériques, une bande de flanelle trempée dans un mélange d’essence de térébenthine (120) et d’ammoniaque (4) et promenait ensuite sur toute l’étendue de cette compresse un fer chaud à repasser : il stimulait ainsi très-vivement la moelle épinière et rendait les contractions du cœur plus fréquentes et énergiques.
Modes d'administration et doses. — L’essence de térébenthine se donne, à l’intérieur, aux doses de 50 centigrammes à 4 et 8 grammes ; les perles et les capsules constituent le meilleur mode d’administration : néanmoins on peut la suspendre dans une émulsion d’amandes ou dans
218 TESTICULES. — akatpmie.
un jaune d’œuf. Ces doses ont été quelquefois portées beaucoup plus haut, mais il ne faut pas oublier qu’on peut, chez certains sujets, dé- Yelopper des phénomènes d’intoxication ; mieux Taut ne pas dépasser 15 grammes et, d’ailleurs, déplus fortes quantités sont inutiles.
On peut administrer l’essence, en laxements, suspendue dans une émulsion; le rectum ne tolère guère plus de 2 grammes.
Le sirop de térébenthine du Codex (100 grammes d’essence pour 1000 de sirop) se donne à la dose de 50 à 100 grammes par jour.
Dans l’antiquité la térébenthine était prescrite mélangée à du miel. De nos jours elle se donne en émulsion et, le plus souxent, solidifiée à l’aide de la magnésie, ce qui ne convient guère dans les catarrhes chroniques des voies urinaires où déjà le phosphate ammoniaco-magnésien est en excès ; il faut, de préférence, prescrire la térébenthine cuite : dose
50 centigrammes à 4 grammes.
Pour l’usage externe nous avons vu que l’essence de térébenthine peut s’employer à l’état de pureté. On en fait des liniments en l’associant, en proportions très-diverses, à des huiles (olive, camomille), des alcoolats aromatiques, etc. Elle fait partie d’un très-grand nombre de préparations : baume de Fioraventi, digestif simple, Uniment volatil térébenthiné, eaux hémostatiques.
Trodssead et Pidoüx, Traité de thérapeutique.
Gubeer, Commentaires thérapeuliquesdu Codex.
A. Chevailieb, Des dangers que peut causer la térébenthine (Ann. d’hyg., t. XX, 2' série, 1863). Lieesch, Empoisonnement par les vapeurs de térébenthine (Vierteljahrschrift fur gerichtl.
Medicin, october 1862, et Ann. d'hyg., 1863, t. XX, p. 106).
Akdakt, De l’empoisonnement par le phosphore et de son traitement' (Ann. d’hyg., 1873).
Ch. Eobcher, Analogie des phénomènes de l’empoisonnement par l’arsenic, le phosphore et l’antimoine, etc., 1875.
Eegimbabi, De l’emploi de l’essence de térébenthine, thèse de doelorat, Paris, 1877.
A. GüÈs.
TESTICULES, ail. Hoden, angl. testicle, esp. testicolo. — Anatomie. — Le testicule est un organe d’apparence glanduleuse destiné à préparer les éléments fécondants de la semence. Ainsi que son nom l’indique, il est le témoin de la virilité et de la force. Il n’était pas permis jadis, dans le barreau de Rome, de porter témoignage, si l’on en était privé, et la loi Cornelia punissait avec rigueur quiconque avait la témérité d’enlever à un homme ses testicules, parce qu’en même temps on lui ôtait « la force, la santé et tout ce qu’il avait de meilleur ». Il n’y a pas deux cents ans qu’un arrêt du parlement de Paris proclamait la nécessité de deux testitules apparents pour contracter mariage, comme si la formule fesriswnws, testisnullv s, ne devait tolérer aucune exception. Bien plus, les ministres d’un culte encore très-répandu, en dépit des vœux de chasteté qu’ils prononcent, doivent être pourvus de ces organes.
51 l’eunuque Dorothée occupa l’évêché d’Antioche, ce ne fut que par un effet de l’amitié extraordinaire que l’empereur Aurélien professait pour lui ; et, selon le rapport de saint Anastase, le prêtre Léonce fut déposé de la prêtrise pour s’être châtré, de peur de caresser une femme qui vivait dans
TESTICULES. — akatomie.
sa maison. Le fait que les testicules sont apparents n’est cependant pas un témoignage e,xduûî de virilité; cette question sera examinée plus loin.
Le mot testicule a été employé aussi par quelques auteurs pour désigner l’ovaire; Buffon, par exemple, s’en est servi plusieurs fois dans cette acception. Aujourd’hui il ne s’applique plus qu’à l’organe mâle.
Chose curieuse, pendant bien longtemps, alors qu’on reconnaissait au testicule son importance primordiale parmi les caractères distinctifs des sexes, certains auteurs, à la vérité plus philosophes que médecins, méconnurent sa véritable attribution physiologique : les vaisseaux sanguins du parenchyme testiculaire ne semblaient ni assez volumineux ni assez abondants pour fournir une substance suffisante à l’élaboration du sperme. On déclara donc les testicules impropres à la production de la semence, et il fut décidé que la nature les avait formés pour tenir tendus les vaisseaux spermatiques, comme font les poids d’un tisserand. Cette comparaison n’était que pittoresque; d’ailleurs les nombreux anatomistes qui illustrèrent le seizième et le dix -septième siècle décrivirent unanimement les testicules comme les glandes formatrices de la matière fécondante.
L’expression de glande spermatique esi, encore de nos jours, bien souvent employée. Il y a lieu de remarquer toutefois que, prise au pied de la lettre, elle est absolument défectueuse, et cela pour plusieurs raisons. D’abord le testicule ne produit pas le sperme tel qu’il sort des conduits éjaculateurs, c’est-à-dire de la même façon que le foie produit la bile et que la mamelle produit le lait; les vésicules séminales, la prostate, les canaux épididymaires, contribuent pour une large part à la sécrétion des multiples éléments constitutifs qui font du sperme une des humeurs les plus complexes de l’économie ; et si le testicule proprement dit fournit à ce liquide ce qu’il a de plus essentiel, les spermatozoïdes, il ne lui fournit pas autre chose. Sous ce rapport la sécrétion testiculaire est, si l’on peut ainsi dire, à peu près sèche, et se distingue de toutes les autres. Elle est aussi la seule de son espèce, en ce qu’elle consiste dans la formation d’éléments figurés.
Mais c’est par ses attributions fonctionnelles et par son mode de développement que le testicule se sépare catégoriquement du système glandulaire. Tandis que les glandes sont destinées à des opérations vitales qui n’intéressent que l’individu, les testicules ont pour mission d’assurer la pérennité du genre humain; en eux est condensé tout l’avenir de la race ; c’est d’eux que tout dérive, de générations en générations, et ils sont si exclusivement consacrés à ce but, que l’individu, une fois créé, ne souffre que relativement de leur absence. Qu’un vice de développement, qu’une affection médicale ou chirurgicale, annihilent la fonction spermatogénique ou suppriment même l’organe dans sa totalité, la santé générale n’en est en aucune façon troublée : aussi ne reconnaît-on les êtres émasculés qu’àdes caractères de second ordre. Ala rigueur doncon pourrait dire qu’on n’a pas de testicules pour soi-même, mais seulement pour ses enfants. L’embryogénie d’ailleurs le prouve.
Tout ce qui doit contribuer à entretenir l’existence individuelle se dé-
TESTICULES. — anatomie.
veloppe aux dépens des trois feuillets du blastoderme : les glandes épidermiques ou muqueuses, par exemple, proviennent du bourgeonnement des feuillets externe ou interne, et les glandes dites vasculaires semblent provenir du feuillet moyen. Le testicule au contraire, qui n’a d’autre destination que de pourvoir à la survivance de l’espèce, prend naissance dans un lieu distinct, absolument indépendant des feuillets blastodermiques et en vertu d’un bourgeonnement épithélial qui n’a d’analogue dans aucune autre partie de l’embryon. Ce rudiment de testicule apparait même de très-bonne heure, bien avant d’autres organes indispensables à l’existence de l’individu, comme pour affirmer dès le principe le rôle de suprême prévoyance qu’il est destiné à remplir... Est-il donc possible de ranger les testicules dans la catégorie des glandes proprement dites? Et d’ailleurs, si l’on emploie encore couramment l’expression de glande spermatique, c’est par une licence de langage que l’apparence glanduleuse de cet organe ne justifie que très-médiocrement.
Chez l’homme, comme chez les autres vertébrés, les testicules sont au nombre de deux (les exceptions à cette règle, qui seront examinées ultérieurement, sont excessivement rares). Ils font saillie entre l’abdomen et la partie supérieure des cuisses, enveloppés dans une bourse commune qui pend au-dessous de la verge et au devant du périnée. Dans cette bourse, qui se compose de plusieurs parois superposées, leur situation réciproque n’est pas rigoureusement symétrique. Presque toujours le testicule gauche proémine davantage et descend plus bas que le testicule droit ; peut-être est-ce le fait d’une accommodation lente, grâce à laquelle les froissements sont évités dans le rapprochement brusque des cuisses (Cruveilhier). C’est, en tout cas, une disposition assez constante pour que les statuaires de l’antiquité en aient presque toujours tenu compte. La hauteur des testicules dans les bourses varie aussi selon le degré d’activité du cordon musculaire auxquels ils sont suspendus. L’impression du froid, agissant sur la fibre contractile, peut soulever tout à coup ces organes elles faire remonter jusqu’à la paroi abdominale ; il eu est de même de beaucoup d’autres influences, physiques ou psychiques, susceptibles de provoquer par voie réflexe le raccourcissement du cordon. Dans ces derniers temps, par exemple, on a signalé l’exagération du réflexe testiculaire comme un signe de l’hyperexcitabilité neuro-musculaire, au même titre que le réflexe rotulien ou que tous les réflexes improprement désignés sous le nom de réflexes tendineux. Enfin certains sujets, par une faveur spéciale, peuvent à volonté contracter ou relâcher leurs muscles funiculaires et produire ainsi des mouvements alternatifs d’élévation et de descente de leurs testicules dans leurs bourses. Ce privilège n’a sans doute que des avantages très-limités.
Les testicules sont reliés aux centres circulatoire et nerveux par des vaisseaux et des nerfs qui proviennent de la région dorso-lombaire et qui sortent de l’abdomen par le canal inguinal. Ces vaisseaux et ces nerfs accompagnés du canal excréteur du testicule, et adjacents aux faisceaux cellulo-musculeux qui forment l’organe de suspension, constituent une
TESTICULES. — akatomie.
bonne partie du cordon spermatique. S’ils parcourent un si long trajet, depuis la partie postérieure du ventre jusqüe dans la cavité des bourses, c’est uniquement parce que le testicule, situé dans l’abdomen pendant la vie embryonnaire, ne descend que plus tard au dehors, et les entraîne derrière lui à travers le canal inguinal.
. Cette ti-anslation spontanée du testicule, appelée ordinairement migration, explique aussi certaines situations anormales de l’organe, parmi lesquelles l’ectopie inguinale est la plus fréquente. Presque toujours, comme la suite le prouvera, l’ectopie est unilatérale , mais on l’a vue quelquefois aussi bilatérale. On conçoit que ces faits aient pu donner le change anx anatomistes anciens sur le nombre des testicules : ainsi il peut arriver que l’iin d’eux s’arrête à l’orifice interne du trajet inguinal et ne soit point accessible à la palpation. Il n’en résulte pas que le sujet soit impuissant, ainsi qu’on l’a souvent répété. Même dans le cas de migration incomplète bilatérale, l’organe peut conserver ses facultés spermogéniques : « Jamais la femme du seigneur d’Argenton n’aurait douté de la puissance de son mari, si elle lui avait trouvé des testicules dans la bourse, et l’on n’aurait su justifier sa fécondité par toutes les autres marques qu’il en avait, si, après sa mort, Ambroise Paré n’eût trouvé ses testicules dans le ventre. »
On a cru longtemps aussi que les cas de testicules multiples étaient plus communs que ceux de testicule unique. C’est absolument le contraire de la vérité. L’anorchidie ou la monorchidie, si rares qu’elles soient, ont été constatées par beaucoup d’auteurs; mais il n’y a nulle preuve scientifique qu’un homme puisse être porteur de quatre, cinq et même six testicules; l’exémple d’Agathocle, tyran de Sicile, ne mérite d’être mentionné que pour la notoriété que la légende lui a faite. Il est très-vraisemblable, ain si que l’a fait remarquer Cruveilhier, qu§ les faits de ce genre avaient trait uniqnement à des tumeurs épiploïques, graisseuses, kystiques, etc., contenues dans la cavité scrotale. 11 en sera d’ailleurs question ultérieurement.
Au testicule proprement dit, qui constitue la partie essentielle, sont adjointes certaines parties accessoires telles que les cônes, l’épididyme, l’hydatide de Morgagni, le corps de GiralJès, etc. L’étude de ces organes est inséparable de celle du testicule, non-seulement en raison de leurs connexions topographiques, mais aussi parce qu’ils représentent soit les premiers conduits d’élimination des spermatozoïdes, soit les vestiges du travail de formation du testicule ou de ses annexes.
Le volume des testicules n’a rien de fixe. Il est, d’une façon générale, proportionnel au volume ou à la taille du sujet; celui du côté gauche est, bien souvent, plus gros que celui du côté droit. Chez certains animaux des degrés inférieurs de l’échelle, le testicule droit est normalement atrophié. La différence qui existe chez l’homme au profit du testicule gauche est-elle le fait de l’atavisme ?... C’est en tout cas une disposition que certains transformistes n’ont eu garde de négliger.
Lorsqu’un des deux testicules reste enclavé dans le canal inguinal.
TESTICULES. — anatomie.
celui du côté opposé est presque toujours hypertrophié ; la loi de la suppléance des organes symétriques, formulée par Cruveilhier, trouve donc sa vérification dans les cas de monorchidie. Curling, par exemple, a rapporté l’histoire d’un cryptorchide dont le testicule sain pesait 70 grammes. Le poids moyen du testicule, selon Sappey, serait de 21 grammes; pour Meckel, il ne serait que de 16 grammes, et pour Curling de 18 à 20. Ces chiffres sont assez voisins les uns des autres pour qu’on ne soit pas tenté de les discuter. Mais le poids de 32 grammes donné par A. Cooper est incontestablement trop élevé. D’ailleurs, dans la pratique, ces évaluations ne servent à rien, puisque le poids absolu du testicule nous échappe.
La forme du testicule rappelle celle d’un ovoïde comprimé latéralement : on peut donc essayer d’apprécier son volume à l’aide de ses trois dimensions. Voici les résultats qui ont été obtenus par ce procédé de mensuration sur vingt testicules d’hommes adultes :
Longueur . 0,046 mm.
Épaisseur . 0,025
Largeur . . 0,035
Certains sujets ont des testicules si petits qu’ils paraissent être réduits à un état d’atrophie morbide : ils ne dépassent pas le volume d’une noisette ou d’un hai’icot, et Ricord a consacré la désignation de haricocèle aux cas de ce genre. 11 va sans dire que cette réduction de volume est normale, qu’elle ne tient en quoi que ce soit à une transformation cirrhotique ou fibreuse et que l’organe possède ses propriétés physiologiques intactes. Chez d’autres sujets, au contraire, le volume est six ou huit fois plus considérable; mais on doit toujours rechercher si, en pareil cas, des dilatations variqueuses ne contribuent pas à produire l’hypertrophie.
Les c^ses pathologiques de l’atrophie testiculaire seront examinées plus loin; il existe toutefois une atrophie normale du testicule qui survient progressivement à mesure que l'àge s’avance, et qu’il faut au moins mentionner ici. Cette atrophie ari’ive à un tel degré chez quelques vieillards, qu’on a de la peine à trouver l’organe dans les bourses devenues trop larges,
La plupart des animaux, et, parmi les vertébrés, les oiseaux surtout, ont une période de rut pendant laquelle le testicule subit une augmentation de volume considérable. Le testicule humain ne présente rien de semblable, puisque « boire sans soif et faire l’amour en tout temps, c’est ce qui nous distingue des autres bêtes. »
La consistance du testicule, dit Sappey, est celle d’un kyste séreux. Celte comparaison est parfaitement juste tant qu’elle ne s’applique qu’au cadavre. Pour ce qui est du vivant, elle n’est pas juste. La consistance du globe de l’œil s’en rapproche beaucoup plus, ce qui doit tenir à la réplétion des vaisseaux sanguins et surtout des espaces lymphatiques situés sous l’enveloppe distendue de l’organe. Inutile d’insister sur la grande importance que peut avoir en clinique la connaissance exacte de cette consistance normale.
•TESTICULES. anatomie. 225
La forme et les rapports du testicule sont si bien décrits dans nos traités classiques qu’il n’est pas bien utile de s’y arrêter longuement.
Obliquement dirigé en bas et en arrière, le testicule présente à étudier deux faces, deux bords et deux extrémités.
La face externe est conTexe et laisse voir l’ouverture du cul-de-sac de la tunique vaginale, dont il sera question ultérieurement.
La face interne, presque plane, se prolonge en haut jusqu’à la tête de Tépididyme sans qu’aucune démarcation sépare les deux organes. Aussi est-il assez difficile de déterminer, de ce côté, où commence Tépididyme et où finit le testicule.
Le bord antérieur régulièrement convexe est le plus proéminent, et, partant, le plus accessible auxfraumatismes. Mais, comme il est aussi le plus mobile, il fuit sans peine devant les moindres violences, et, si Ton veut le parcourir du doigt dans toute son étendue, il est nécessaire de fixer solidement le testicule dans Tune des deux mains en le tenant dans sa situation normale.
Le bord postérieur, à peu près rectiligne, répond à Tépididyme, qui le surmonte comme un cimier de casque. C’est par ce bord que pénètrent les vaisseaux sanguins émanés du cordon, et que sortent les conduits excréteurs du produit de la spermatogénèse. Le cordon spermatique se termine au niveau du tiers supérieur de ce bord à la partie interne de Tépididyme.
L’extrémité inférieure ne présente rien de particulier ; elle est moins volumineuse que Textrémité supérieure et regarde en bas et en arrière.
L’extrémité supérieure dirigée en haut, en avant et en dehors, est, à sa partie postérieure, surmontée par la tête de Tépididyme. Au-dessous de celui-ci se trouve un petit appendice piriforme, de la grosseur d’un pois, d’apparence kystique et pédiculé, qu’on appelle communément Vhydatide de Morgagni et que Gosselin dénomme simplement appendice testiculaire. Cette petite production s’insère tantôt à la partie la plus élevée de Textrémité supérieure du testicule, tantôt à la partie inférieure de .la tête de Tépididyme. Quelquefois il en existe deux, trois, et même davantage, implantées sur un seul ou sur plusieurs pédicules . La structure de Thydatide de Morgagni est des plus simples : c’est une poche à contenu limpide et à paroi transparente, qu’un lacis vasculaire extrêmement riche colore en rose clair. L’origine de cet appendice, qui paraît douteuse à quelques auteurs, s’explique, pour le plus grand nombre, par un arrêt de développement du canal de Mûller.
' L'épididyme est la première portion des voies d’excrétion des spermatozoïdes. Il se compose d’une agglomération de tubes dont le point de départ occupe la partie postéro-supérieure du testicule, et qui se continue , à sa partie inférieure, avec un seul conduit, le canal défèrent ; celui-c i se place en arrière de Tépididyme pour remonter vers l’abdomen. La réunion des canalicules épididymaires forme une masse allongée, concave en avant, convexe en arrière, qui va de Tune à l’autre extrémité du testicule à la façon d’une anse (Sappey) . La face postéro-supérieure de Tépi-
TESTICULES. — anatomie.
didyme, demi-cylindrique, est revêtue par la tunique vaginale dans sa moitié supérieure. La face inférieure est, en partie, libre de toute adhérence avec le testicule, dont la sépare le cul-de-sac vaginal déjà mentionné. Le bord externe est libre sur toute son étendue. Le bord interne est réuni au cordon par le feuillet viscéral de la séreuse, qui passe de l’un à l’autre sans s’arrêter. L’extrémité supérieure, ou tête de l' épididyme, appelée aussi quelquefois globus major, est la partie la plus volumineuse de l’organe. Elle est assez régulièrement sphérique, et, comme elle ne tient au testicule que par de petits canaux entourés d’un tissu celluleux très-lâche, elle jouit d’une certaine mobilité.
C’est, ainsi que nous venons de le dire, à la face antérieure de la tête de l’épididyme que s’attache quelquefois l’hydatide de Morgagni. L’extrémité inférieure, ou queue de V épididyme, qui représente le bout inférieur de l’anse, se rapproche du testicule, mais n’a avec lui que des rapports de contiguïté. Un tissu cellulo-fibreux, bien plus compact que celui de l’extrémité supérieure, réunit cependant les deux organes assez solidement pour qu’il soit difficile de les détacher l’un de l’autre. En arrière de la queue de l’épididyme remonte le canal déférent, qui, lui aussi, lui adhère intimement sur une étendue de quatre à cinq millimètres.
On appelle corps de t épididyme la portion intermédiaire à la tête et à la queue. Cette portion, légèrement flexueuse, libre, et généralement plus inclinée vers la face externe que vers la face interne du testicule, n’a que des limites arbitraires. Le tout est enveloppé d’une membrane fibreuse peu épaisse, sorte d’albuginée moins résistante que celle du testicule proprement dit.
La structure du testicule et celle de l’ épididyme doivent être étudiées séparément, et celle du testicule vient naturellement la première.
Le testicule se compose d’un parenchyme canaliculaire enveloppé d’une membrane fibreuse et parcouru par des vaisseaux sanguins et lymphatiques et par des nerfs. L’enveloppe fibreuse (perfteste ou pérididyme) porte le nom A'albuginée. Elle a l’aspect franchement fibreux; sa surface externe est lisse, luisante, nacrée ; elle a une grande analogie avec la surface de la sclérotique. Son épaisseur est d’un millimètre environ; il n’en faut pas davantage pour la rendre inextensible et résistante à tel point qu’on a grand’peine à la déchirer avec les ongles.
La face externe de l’albuginée est recouverte sur presque toute son étendue par le feuillet viscéral de la séreuse vaginale; la fusion de ces deux membranes est intime, et le substratum séreux se réduit à très-peu de chose. Vers l’extrémité supérieure, les enveloppes fibreuses du testicule et de l’épididyme se confondent; seulement, comme il a été dit précédemment, l’adhéi’ence de la partie supérieure de l’épididyme avec le testicule est bien moins complète que celle de la partie inférieure. Tout à fait en haut, l’albuginée est criblée de trous destinés au passage des artères et des veines.
La face interne adhère au parenchyme par l’intermédiaire des vais-
TESTICULES. — anatomie.
seaux, des nerfs et de nombreux prolongements de tissu cellulaire qui divisent la substance propre de l’organe en lobes et en lobules; aussi, lorsque l’albuginée a été décortiquée, après durcissement dans l’alcool, on peut voir les impressions de ces lobes sur sa face profonde, analogues aux impressions digitales qu’on remarque sur la face interne de la boîte crânienne. C’est au niveau du bord postérieur qu’elles sont le plus prononcées. Les vaisseaux qui rampent sur cette membrane ou dans son épaisseur sont extrêmement abondants etonpeut les voir par transparence. L’existence de ce grand développement vasculaire réparti en deux étages avait suggéré à Astley Cooper l’idée d’assimiler l’albuginée aux méninges ; la couche profonde répondrait à la pie-mère, la couche superficielle à la dure-mère. Il faut avouer que la ressemblance est bien grossière, et il est permis de s’étonner qu’un anatomiste de valeur s’y soit attardé ; la dure-mère et la pie-mère ont des caractères si tranchés que nul autre appareil d’enveloppement ne peut leur être comparé. Sans doute l’albuginée est décomposable en deux couches, l’iinq superficielle très-épaisse, l’autre profonde et plus lâche. Mais l’une et l’autre sont faites de la même trame, et les mailles de la première sont seulement plus serrées que celles de la seconde. En tout cas, si chez certains animaux, le sanglier, par exemple, ces deux couches peuvent être aisément séparées, elle sont chez l’homme inextricablement confondues, et l’albuginée y paraît avoir une structure tout à fait homogène.
Les lamelles celluleuses qui divisent en lobules la substance propre du testicule ne sont pas disposées sans ordre dans la profondeur de cet organe. Parties de la face interne de l’albuginée, elles convergent toutes vers un foyer commun qui occupe la région postéro-supérieure. A ce niveau l’albuginée s’épaissit et acquiert une résistance encore supérieure à celle qu’elle a partout ailleurs. Cet épaississement forme, sur le méridien de l’organe, une sorte de prisme arqué, à sommet dirigé en avant, et qui se prolonge dans le parenchyme à une distance variable. A. Cooper lui a donné le nom de médiastin du testicule, expression défectueuse en ce qui concerne l’homme, puisque la cloison n’est que trèsincomplète et très-lâche. Mais chez quelques animaux la division est presque parfaite : alors le tissu fibreux qui émane de l’albuginée plonge au milieu de l’organe et en occupe la partie centrale ; chez le chien, par exemple, chez le bouc ou chez le chevreuil, le corps d’Highraore forme un axe de tissu fibreux condensé, duquel partent en tous sens des cloisons rayonnantes.
Le corps d’Highmore, sur le testicule humain, a une basé de 4 ou 5 millimètres de large, et il occupe, en hauteur, environ un quart du bord postérieur ; les lamelles conjonctives qui délimitent les lobes s’insèrent aussi bien sur ses faces latérales que sur sa crête. C’est le corps d’Highmore qui sépare la partie sécrétante du testicule de la partie excrétante ; c’est au travers du corps d’Highmore que passent les canaux destinés â transporter du testicule dans l’épididyme le produit de la spermatogénèse.
La structure de la trame albuginique, quel que soit le point où on la
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considère , est partout la même. C’est un lacis d’éléments fibreux mélangés à de rares fibrilles élastiques ; ces éléments sont disposés par couches, tantôt circulaires, tantôt longitudinales, auxquelles s’interposent, tout à fait en haut, quelques strates de fihres musculaires, disposées horizontalement, originaires du cordon et appelées par Henle cremaster interne. Dans cette même région supérieure on reconnaît, à la surface de l’albuginée, une série d’ondulations xilleuses très-fines, très-serrées, qui ne sont, selon toute -vraisemblance, que des plissements de la séreuse.
La substance propre du testicule est molle, pulpeuse, d’un jaune rosé, piquetée de rouge par quelques petits vaisseaux sanguins, et, dès qu’on la sectionne, on s’aperçoit qu’elle est divisée en lobes et en lobules. Les travées anastomosées qui séparent ces lobes sont minces, transparentes, d’aspect chatoyant, et cependant assez solides. Leur disposition convergente commande une disposition identique des lobes. Ceux-ci en effet se portent tous vers le corps d’Highmore; d’une forme très-approximativement pyramidale, ils ne peuvent être disjoints que par l’action prolongée des liquides. Leurs dimensions sont très-variables, et ce n’est qu’en vertu de leurs différences de volume qu’on les a classés en lobes et en lobules. Leur nombre, selon M. Sappey, est de 250 à 300. Serres l’évaluait à 250 et Krause à 480. Ces chiffres sont évidemment trop élevés. Si l’on compte même comme lobes toutes les subdivisions lobulaires, il est certain qu’ils né doivent pas dépasser le chiffre de 200. L’appréciation d’ailleurs ne peut pas être rigoureuse, attendu qu’ils communiquent fréquemment entre eux par des anastomoses tubulaires.
Les lobes et les lobules du testicule sont constitués par des canalicules pelotonnés qu’on peut voir facilement se dérouler sous un filet d’eau. Ces canalicules, qu’on appelle communément tubes séminifères, mais auxquels conviendrait mieux le nom de tubes spermogènes, ont été pour la première fois reconnus par Riolan en 1649. Seulement cet anatomiste les avait pris pour des fibrilles {fibræ multipliées). En 1668, de Graaf en donna une description plus exacte et en indiqua la véritable nature {vascularia seminaria). Mais ce n’est qu’un siècle plus tard que l’étude du testicule fournit les plus précieux'renseignements sur la structure de cet organe. Albinus, en 1755, arrivait à prouver par des injections mercurielles la constitution tubuleuse de l’épididyme. Presque en même temps Haller montrait comment l’épididyme communique avec le testicule et décrivait les cônes dont il sera question plus loin, et Monro (le fils) faisait pénétrer le métal jusque dans les tubes séminifères. Enfin, au commencement de notre siècle, A. Cooper en Angleterre, Lauth en France, complétaient les notions un peu insuffisantes auxquelles on était réduit jusqu’alors par des travaux d’importance sur le parenchyme testiculaire et son enveloppe. De nos jours, Kôlliker, Cruveilhier, Krause, Robin, Sappey, Balbiani, ont complété cette histoire histologique par des recherches qui ont fixé la science sur la plupart des points en litige.
Les conduits séminifères sont en nombre variable dans les lobes ; cela ne dépend que du volume de ceux-ci. Suivant Krause, chaque lohe en
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contiendrait un, deux ou trois, et, suivant Berres, six ou sept. Sappey estime que les plus gros en renfermeraient cinq ou six, les moyens trois ou quatre, les plus petits un ou deux. En multipliant ces chiffres par le nombre des lobes on arrive au total de 1100 tubes (Sappey). Cette évaluation est incontestablement très-supérieure à la réalité. On peut s’en assurer en examinant au microscope des coupes transversales de la totalité du testicule. Après durcissement dans l’alcool absolu, ces coupes ne sont pas difficiles à obtenir et la réduction de volume de l’organe, sous l’influence de ce réactif, fait qu’elles ne sont pas trop étendues en surface. Quand on a examiné ainsi un certain nombre de préparations on acquiert invinciblement la certitude que le testicule ne renferme pas 1100 tubes, mais la moitié tout au plus.
Le diamètre des tubes séminifères est en moyenne de 0““,16 (Sappey). Leur longueur serait de 1574 mètres selon Monro, de 775 mètres selon Lautli, de 850 mètres selon Sappey. Ces deux derniers chiffres ne diffèrent pas beaucoup l’un de l’autre et doivent se rapprocher beaucoup de la vérité. On a beaucoup discuté sur le mode d’origine de ces tubes. Lauth pensait qu’ils provenaient d’un réseau à anastomoses nombreuses. Mihalcowicz prétend qu’ils forment à leur périphérie des anses, c’est-à-dire quelque chose qui ressemble encore à un réseau. Kolliker admet des anses et des extrémités libres. Stieda, Sappey, Balbiani, croient aussi que la plupart ont une extrémité libre, terminée en cul-de-sac. En tout cas il existe près de ces culs-de-sac des anastomoses en assez grand nombre pour qu’on ait pu admettre l’origine en anses ou en réseaux.
Les conduits séminifères ont d’ailleurs sur leur trajet, à des'distances très-variables de leur origine, des cæcums et des anastomoses qui compliquent singulièrement l’aspect des coupes et peuvent faire croire à l’existence de tubes en anses et en réseaux. Sur quelques points de leur parcours, on observe également de petites dilatations ampullaires qu’on peut prendre pour des rudiments de cæcums. Les anastomoses et les cæcums présentant la même structure et les mêmes dimensions que les tubes eux-mêmes, il n’est pas utile d’y insister davantage; on peut seulement rappeler que Lauth et Sappey ont consciencieusement étudié les anastomoses et que leurs travaux se résument dans la classification suivante : 1° anastomoses d’un point à un autre d’un même tube ; 2“ anastomoses d’un tube d’un lobe à un tube d’un autre lobe ; 5° anastomoses d’un tube d’un lobe à un tube du même lobe. L’existence de ces trois sortes de communications n’a d’autre intérêt que de faire comprendre la difficulté qu’on éprouve à dérouler les tubes isolément et à séparer les lobes les uns des autres.
Les tubes séminifères arrivés au corps d’Highmore pénètrent dans la substance fibreuse de ce corps, le traversent et vont ensuite se mettre en communication avec les tubes de l’épididyme désignés sous le nom de Cônes. Mais dans ce trajet ils subissent des transformations de structure qui les rendent tout à fait méconnaissables : « Selon Haller, dit Sappey, les conduits spermatiques, à leur entrée dans le corps d’Highmore,
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se redresseraient, d’où le nom de ducluli recti, au nombre de 20 environ. » Sappey ne craint pas d’avancer que, <f jusque dans le corps d’Highmdre, ils conservent leur direction flexueuse.... ce n’est qu’au moment où ils se jettent dans le réseau des canalicules dont le corps d’Highmore, est le siège qu’ils se redressent véritablement. » Quoi qu’en dise Sappey, l’opinion de Haller était juste ; avant de pénétrer dans le corps d’Highmore les tubes séminifères deviennent rectilignes et perdent ■même tous leurs caractères de tubes sécréteurs. En même temps ils se rétrécissent au point de n’avoir plus que le quart de leur diamètre primitif. Cette disposition a été vue par Lereboullet en 1851, par Mihalcowics en 1873, par Balbiani, par Stieda, et on peut déclarer qu’il est très-facile de la constater sur n’importe quelle coupe transversale du testicule passant par le corps d’Highmore. Ce qu’il n’est pas si facile d’observer, c’est la petite dilatation naviculaire qui, selon Stieda, serait interposée entre la fin des tubes séminifères et le commencement des tubes droits.
La structure des tubes séminifères est des plus simples. Ils se composent d’une simple membrane amorphe revêtue de l’épithélium spermatogénique. Ce dernier n’a pas à être étudié ici ; comme il subit des transformations incessantes liées aux phénomènes de la spermatogénèse, on trouvera tout ce qui s’y rapporte dans l’article Speeme, t. XXXIII, p. 505. Tout autour de la membrane propre des tubes sont disposées des couches extrêmement délicates d’un tissu lamineux lâche et extensible. Comme ces couches, dans leur partie la plus profonde, sont adjacentes à la paroi propre, on a pu croire qu’elles représentaient la seule et unique paroi des tubes. C’est une erreur dont les recherches de Kôlliker, Merkel et Leydig, ont fait justice. Pour être mince et transparente, la membrane anhiste destubes n’en existe pas moins ; Merkel l’a appelée membrane basilaire. Mihalcowics, qui prétendue l’avoir jamais vue, aurait pu s’assurer de son existence en examinant des testicules atteints d’orchite chronique légère: là elle apparaît très-nettement, hypertrophiée même, maison peut suivre, depuis les parties les plus malades jusqu’aux parties les plus saines, tous les degrés de son développement pathologique. Malassez et Reclus ont parfaitement décrit et représenté cette paroi sur les planches annexées à leurs remarquables travaux sur l’orchite syphilitique et tuberculeuse.
Au niveau des tubes droits [ductuli recti de Haller) la paroi propre disparaît, l’épithélium devient cubique et semble ne plus reposer que sur le tissu cellulo- fibreux péricanaliculaire qui, vers le corps d’Highmore, devient de plus en plus dense.
Le tissu conjonctif qui remplit les interstices du parenchyme testiculaire présente des caractères bien tranchés et qui le différencient de tous les autres. Il est disposé par couches, engainées les unes dans les autres (Malassez), et séparées par de larges espaces lymphatiques communicants. Les grandes cavités qui résultent de cette dissociation régulière du tissu représentent autant de séreuses dans lesquelles les vaisseaux blancs
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prennent leur origine. D’ailleurs ce n’est pas là une pure hypothèse, et l’assimilation de ces lacunes à des poches séreuses est justifiée par l’existence d’un épithélium à larges cellules plates sur toutes les surfaces des travées conjonctives.
Le tissu conjonctif en question offre encore une autre particularité intéressante : les vaisseaux sanguins auxquels il sert de soutien ne lui sont jamais ou presque jamais immédiatement adhérents. Ces vaisseaux, en effet, gros ou petits, artérioles ou capillaires, sont enveloppés de tous côtés par une ou plusieurs couches de cellules polyédriques sur la nature desquelles les auteurs diffèrent encore d’avis. Fortement granuleux, munis d’un noyau volumineux avec un petit nucléole brillant, ces éléments forment dans de certaines régions des amoncellements considérables, surtout aux points de confluence des vaisseaux. Comme c’est presque toujours sur le trajet de ces derniers qu’on les voit en plus grand nombre, ils peuvent encore les dissimuler, et cela explique pourquoi Henle a cru devoir les désigner dans leur ensemble sous le nom de cordons celluleux interstitiels (fig. 14). Quelques auteurs, surpris de l’abondance
Fig. 14. — Section fine du testicule (d’après Henle) *.
et de la forme tout à fait spéciale de ces cellules, leur ont attribué des destinations physiologiques diverses. Un fait assez remarquable, et sur lequel il sera revenu plus loin, est que le testicule ne renferme qu’une quantité fort restreinte de ramuscules nerveux. On a donc émis l’opinion assez bizarre que les cellules interstitielles n’étaient autre chose que des éléments nerveux, et dont l’ensemble répondait à ce qui a été encore appelé la moelle diffuse. Cette opinion n’est justifiée ni par leur constitu-
* 1, paroi propre d’un tube séminifère ; 2, noyaux des cellules plates dont cette paroi est composée; 3, coupe transversale d’un tube dans lequel s’accomplit le travail spermatogénique (au centre on voit de petits corps allongés qui représentent les têtes desfuturs spermatozoïies ; 4, paroi propre d’un tube coupé en long; 5, cellules séminifères; 6, cellules interstitielles.
TESTICULES. — anatomie.
tion ni par leur mode de répartition : en effet, si leur noyau et leur nucléole offrent quelque analogie avec ceux des cellules nerveuses, on ne leur voit ni prolongements, ni granulations pigmentaires, ni atmosphère névroglique. L’hypothèse qui rallie aujourd’hui le plus de partisans est que ces cellules sont une variété d’éléments du tissu cellulaire, et, pour les désigner d’une façon plus précise dans la terminologie anatomique, on les appelle simplement cellules interstitielles du testicule ou cellules 'plasmiques.
La structure du corps d’Highmore a été d’une façon générale assez mal étudiée. Le médecin anglais qui a laissé son nom à cet épaississement de l’albuginée n’est pas le premier qui en ait fait mention. Deux ans avantlui, en 1649, Jean Riolan l’avait parfaitement distingué, et il l’avait appelé linea fibrosa. Cependant, ce qui rend plus intéressante la description d’Highmore, c’est que cet auteur avait cru qu’il existait dans la ligne fibreuse de Riolan un large conduit destiné à faire communiquer le testicule avec l’épididyme. Ce conduit qu’il avait désigné du nom de ductus novus ne fut pas retrouvé par ses contemporains ni par ses sucesseurs. Highmore néanmoins n’était pas loin de la vérité, nous le verrons dans un instant.
Le corps d’Hightnore, au dire du plus grand nombre des anatomistes, est creusé de canaux fréquemment anastomosés, dont l’ensemble forme ce que Haller a nommé le rete vasculosum ouvasculorum testis. Selon Sappey ces canaux occuperaient la couche profonde, tandis que la couche superficielle donnerait passage surtout aux vaisseaux sanguins et lymphatiques. Cela n’est vrai qu’en partie, attendu que les plus grands des vaisseaux sanguins pénètrent dans le testicule au pourtour du corps d’Highmore. Le même auteur prétend que les canaux du rete vasculosum sont au nombre de 10 ou 12, que leur longueur est de 15 à 20 millimètres et leur diamètre de 2 à 4. Ces évaluations nous semblent absolument arbitraires. Il n’y arien de précis dans la disposition du rete vasculosum, du moins chez l’adulte. Si l’on ne considère que le corps d’Highmore du nouveau-né ou de l’enfant, les chiffres en question sont exacts à peu de chose près.
Chez l’homme mûr, le corps d’Highmore en effet se présente sous l’aspect d’une masse fibreuse excessivement compacte, dont les éléments constitutifs serrés les uns contre les autres semblent confondre leur substance, au point d’en être remarquablement transparents. A peine trouvet-on çà et là quelques noyaux qui rappellent la nature celluleuse de cette masse, et quelques stries pour représenter les anciennes lignes de séparation des cellules. On ne trouve guère de disposition semblable que dans les cicatrices indurées, formées de tissu inodulaire. Au centre de cette masse fibreuse est creusée une large lacune traversée dans le sens de sa longueur par des piliers d’un tissu identique, et réunis les uns aux autres par des cloisons transversales ou obliques. Il résulte de là que la grande lacune centrale se subdivise en lacunes secondaires ou en loges, analogues (moins leurs dimensions) aux lacunes du tissu adénoïde, mais en aucune
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façon assimilables à un système de canaux ramifiés. Quelquefois même, ainsi que nous l’avons observé, les lacunes secondaires sont rares, et le corps d’Highmore apparaît sur les coupes transversales comme percé d’un large trou. Balbiani, d’ailleurs, a décrit à peu près de la même façon le rete vasculorum testis : « Ce sont, dit-il, des lacunes creusées dans la substance du corps d’Highmore et tapissées par un épithélium » . Il n’est donc pas possible d’assigner aux soi-disant ramifications dure/e vasculosum une forme, une largeur, une longueur précises ; et l’on conçoit donc que l’anatomiste anglais, faisant abstraction des travées secondaires de la lacune centrale, ait donné à cette cavité le nom de ductus novus. Martin Saint-Ange, dans une note présentée à l’Académie des sciences, a dit aussi la même chose : « Les tubes droits vont déboucher dans un réservoir situé sur le bord interne du testicule et dont partent six ou sept petits rameaux qui, après s’être anastomosés entre eux, constituent l’épididyme, »
L’épithélium qui tapisse les cavités du corps d’Highmore se compose d’éléments cubiques, de très-petite dimension, sans caractère déterminé. Il adhère intimement au tissu sous-jacent, sans membrane propre.
Du corps d’Highmore partent les vaisseaux efférents. Ceux-ci ont une forme et des dimensions parfaitement appréciables. Ils sont au nombre de 10 ou 12 ; Haller en a compté jusqu’à 30 : c’est un chiffre exceptionnel, car selon Huschka il n’y en a jamaismoins de 9, ni plus de 17. Rectilignes d’abord, puis onduleux, ils se pelotonnent sur eux-mêmes lorsqu’ils arrivent à l’épididyme dont ils constituent la tête.
Ces conduits {vasa efferentia testis, seu vasa graafiana) ont environ huit millimètres de long, depuis leur point d’origine jusqu’à leur pénétration dans la masse épididymaire ; mais, comme ils s’enroulent un grand nombre de fois, leur longueur absolue atteint près de 25 centimètres. De plus en plus étroits à mesure qu’ils s’écartent du corps d’Highmore, ils acquièrent aussi, par le fait de leur pelotonnement, un volume total plus considérable, et chacun d’eux représente assez bien un cône dont la base adhère à l’épididyme et dont le sommet est dirigé vers le testicule. Leur mode de fusion avec les canaux épididymaires n’est pas difficile à saisir, puisqu’ils forment eux-mêmes la portion originaire de l’épididyme, vers lequel ils se dirigent « comme les barbes d’une plume par rapport à l’axe » (Balbiani). Ils se continuent avec l’épididyme sur une longueur de trois centimètres (Sappey).La structure de ces canaux est d’une façon générale celle de tous les canalicules épididymaires ; ils se composent d’une solide paroi fibreuse à laquelle est annexée une tunique circulaire d’éléments musculaires lisses. Le tout est enveloppé dans une gangue cellulaire assez résistante. L’épithélium qui les tapisse n’est pas, comme le prétend Sappey, semblable à celui des conduits séminifères, il s’en faut de beaucoup. C’est un épithélium à cellules cylindriques munies de cils vibratiles, queBecker a parfaitement vu dès 1839 et que depuis lors Kôlliker a décrit et figuré avec soin. Il n’en peut pas être autrement d’ailleu.Tir puisque l’épididyme et les cônes proviennent ducorps de Wolff
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sans subir de modifications importantes. Nous ajouterons seulement que les cellules épithéliales sont, dans la région des cônes, plus petites et plus régulières que dans la région épididymaire proprement dite, où on les voit en outre sujettes à un travail de destruction et de régénération beaucoup plus actif.
L’épididyme est donc constitué par des tubes flexueux groupés en lobes et en lobules ; si l’on déroule ces tubes, on voit que leur longueur totale n’est pas inférieure à sept mètres. On constate aussi, en les observant de plus en plus près de la partie inférieure de l’organe, qu’ils augmentent de diamètre et qu’ils deviennent plus rares : ils regagnent donc en dimensions ce qu’ils perdent en nombre, et la circulation des spermatozoïdes ne souffre en rien de ces différences. Finalement deux ou trois de ces grosses circonvolutions tubulaires se confondent en une seule, et ainsi se trouve constitué le canal déférent.
Entre l’épididyme et le canal déférent, vers le bord supérieur du testicule, on distingue, en regardant de près, un petit corps composé de nodules blanchâtres qui, visibles dès la naissance, augmentent jusqu’à l’âge de dix ans environ et s’atrophient ensuite, mais toujours incomplètement. Ces nodules sont formés chacun par un tube de 0,“! à 0,“2 de diamètre, et terminés à leurs deux extrémités par un cul-de-sac. L’ensemble, désigné par Giraldèssous le nom de corps innommé, a été appelé par Kôlliker organe de Giraldès. Ce n’est qu’un vestige du corps de Wolff. Enfin à la partie terminale de l’épididyme est annexé un canal en cæcum, d’abord rectiligne et dirigé de bas en haut, puis flexueux et pelotonné comme un cône. Cet appendice {vas aberrans de Haller ou conduit déférent borgne d’Astley Cooper) a deux centimètres de longueur environ, et se jette dans l’épididyme à une hauteur très-variahle, le plus souvent dans sa portion inférieure, quelquefois dans sa portion moyenne, rarement dans sa portion supérieure. Il peut même faire défaut totalement ; son origine sera expliquée ultérieurement. Qu’il suffise de dire actuellement qu’il est, lui aussi, un reste du corps de Wolff.
Les artères qui se ramifient dans le testicule et dans l’épididyme proviennent de la spermatique et de la déférentielle.
1® La spermatique, branche de l’aorte, émet deux rameaux principaux : Vartère épididymaire et Vartère testiculaire. (A) L’artère épididymaire longe le bord postérieur de l’épididyme, fournit des ramuscules à cet organe et s’épuise à sa partie inférieure ou se termine en s’anastomosant avec la déférentielle au niveau de la queue de l’épididyme. (B) Le rameau testiculaire fournit des ramifications au corps d’Highmore, puis se répand en un réseau à fréquentes anastomoses sur la surface de l’albuginée, et reçoit, dans la profondeur du parenchyme, les artérioles des cloisons interlobaires ou interlobulaires.
2“ La déférentielle d’A. Cooper, branche de la vésicale inférieure ou de l’hémorrhoïdale moyenne ou de l’hypogaslrique, suitle trajet du canal déférent et .s’épuise sur l’épididyme où elle s’anastomose quelquefois avec la branche épididymaire de la spermatique. ,
TESTICULES. — développemeht.
Les artérioles et les capillaires du testicule proprement dit forment un lacis serré, disposé, ainsi qu’il a été dit déjà, sur les lames engainantes du tissu interstitiel, où ils décrivent des sinuosités très-nombreuses.
Les veines ne suivent pas bien exactement le trajet des artères dans la profondeur de l’organe. Les plus superficielles vont se condenser en un gros plexus qui occupe le sommet du testicule. D’autres traversent le corps d’Highmore à sa périphérie et vont ainsi se joindre aux précédentes. Du paquet vasculaire ainsi formé partent les principaux troncs veineux qui constituent le plexus spermatique, au milieu duquel on voit se faufiler l’artère. Les veines sont en avant, l’artère est au milieu, le canal déférent est en arrière. Tout à fait derrière le cordon remonte aussi un petit plexus né de la queue de l’épididyme. Les lymphatiques, admirablement étudiés par Sappey, forment autour des lobes et à la superficie du testicule un réseau d’une richesse exceptionnelle. Ils suivent approximativement la direction générale des veines, et vont se jeter dans les ganglions lombaires.
Les nerfs qui se distribuent au testicule sont rares ; ils proviennent des plexus de l’artère spermatique et du canal déférent, mais on ignore leur terminaison.
L’étude complète du testicule comporte la description de ses enveloppes. Déjà, dans l’article Scrotusi, t. XXXII, p. 758 etsuiv., les deux tuniques superficielles, c’est-à-dire le scrotum et le dartos, ont fait l’objet d’une analyse minutieuse.il faudrait ici parler des tuniques profondes, la tunique érythroïde, la tunique celluleuse et la tunique vaginale ; mais on ne conçoit bien la disposition de ces enveloppes qu’à la condition d’avoir préalablement étudié le mode de développement et la migration du testicule.
Développemekt. — Ainsi qu’on l’a pu voir dans le courant de l’article Sperme, l’origine embryonnaire du testicule est assez bien connue.
Jusqu’à la neuvième ou la dixième semaine le sexe ne s’est pas encore différencié; l’organe mâle ou l’organe femelle sont représentés par deux petites bandelettes blanches situées à la partie interne des corps de Wolff. Or, les corps de Wolff, appliqués au devant et de chaque côté de la colonne vertébrale, repoussent, au fur et à mesure qu’ils s’accroissent, le revêtement séreux de la cavité pleuro-péritonéale ; donc, dans le principe, l’ovaire ou le testicule, formés seulement par ce petit épaississement cortical du corps de Wolff, sont eux-mêmes recouverts par l’épithélium péritonéal. Il semble même que cet épithélium péritonéal, antérieur en date au corps de Wolff, soit le point de départ d’un bourgeonnement centripète, duquel résulte l’apparition des éléments fondamentaux de l’un ou l’autre sexe, les ovules dans l’ovaire, les spermatoblastes dans le testicule.
La portion de l’épithélium du péritoine qui va proliférer ainsi et donner naissance à un parenchyme spécial a été appelée épithélium germinatif, et c’est Bornhaupt qui l’a décrite le premier. Cependant, Remak et Valentin avaient déjà vu la bandelette nacrée que forment, dans leur
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ensemble, les cellules de l’épithélium germinatif. Parmi ces cellules, il en est un certain nombre qui se distinguent par leurs dimensions plus grandes et une réfringence particulière ; on les a appelées ovules primordiaux. Dans le soulèvement de cellules en pleine activité qui marque le premier stade de formation de l’organe sexuel, il n’est pas très-difficile de les reconnaître. Puis, à mesure que la prolifération augmente et gagne en profondeur, les éléments néoformés faisant corps désormais avec le bourgeon wolffien sont reconnaissables encore dans le tissu même du corps de Wolff. Ainsi, chez la femme, ce sont bien déjà des ovules tels qu’on les verra dans l’âge adulte. Chez le mâle, la différenciation s’établit vers la dixième semaine, et les grosses cellules (ovules primordiaux), ainsi que l’a montré Egli, bourgeonnent sous forme de cordons, qui ne sont autre chose que les futurs canalicules séminifères.
Ainsi, le testicule ne se développe pas, comme le pensaient, récemment encore, la plupart des embryologistes, aux dépens des canaux de AVolff. Il se développe, tout comme l’ovaire, aux dépens de l’épithélium germinatif du pèviiome périwolffien.
Nous verrons un peu plus loin comment s’établit la communication des tubes séminifères avec leurs conduits d’excrétion, c’est-à-dire l’épididyme et le canal déférent. Actuellement, bornons-nous à constater l’indépendance absolue du futur testicule, son isolement du reste des organes en voie de formation, en d’autres termes, ses caractères précoces d! organe d'exception.
Tandis que les glandes se forment par bourgeonnement au niveau même où doit s’ouvrir leur canal excréteur, et l’on pourrait presque dire par un bourgeonnement de leur canal excréteur, préformé, le testicule naît d’un endothélium loin des conduits qui lui serviront plus tard de voies d’excrétion, et sans que ces conduits participent en rien au développement des portions sécrétantes.
Waldeyer cependant a pu croire qu’il n’en était pas ainsi, et que le testicule, ne faisant pas exception aux lois générales de développement des parenchymes glandulaires, avait pour origine un bourgeonnement des tubes de Wolff. 11 y a en effet deux sortes de tubes, branchés sur le canal de Wolff. Les uns, situés inférieurement et plus larges, sont destinés à la fonction urinaire provisoire ; ils disparaissent chez le mâle, et ne sont plus représentés un jour que par l’organe de Giraldès ouparadidyme; les autres, situés plus haut et plus étroits, sont appelés à former les tubes épididymaires. Comme il est très-malaisé de suivre pas à pas le développement et le processus de prolifération de l’épithélium germinatif, on conçoit que l’apparition des tubes séminifères dans cette portion supérieure du corps de Wolff ait été envisagée comme tout à fait indépendante de l’épithélium germinatif et considérée même comme un bourgeonnement des canaux wolffiens. Dans l’esprit de Waldeyer l’appareil sexuel, avant la différenciation des sexes, serait donc toujours hermaphrodite, l’épithélium germinatif servant à la formation de l’ovaire et l’épithélium du corps de Wolff à la formation du testicule et de l’épididyme.
TESTICULES. — développement.
Les recherches d’Egli ont prouvé que cet hermaphrodisme n’existe pas, du moins si on l’envisage de cette façon. C’est par l’invagination des cellules de l’épithélium germinatif dans le stroma du corps de Wolff que se développent les conduits séminifères (telle est toutefoisî’opinionà laquelle se sont rangés presque unanimement les emhryogénis'tes contemporains). Aussi n’est-ce pas en raison d’une activité prépondérante des tuhes wolffiens ou de l’épithélium germinatif que se manifesteraient les attributs masculins ou féminins dans l’organe sexuel ; c’est en raison d’une aptitude impossible à prévoir de l'ovule 'primitif à faire un testicule ou un ovaire.
Que se passe-t-il pendant ce temps du côté des tubes de Wollf, les futurs conduits épididymaires? Ici la situation est très-facile à concevoir. Un canal cylindrique, dirigé verticalement en dehors du corps de Wolff (canal de Wolff), émet une série de petites branches à peu près parallèles, comme des barbes de plume, et toutes dirigées de dehors en dedans ; elles s’enfoncent dans le corps de Wolff lui-même, allant à la rencontre des tubes testiculaires formés par le bourgeonnement de l’épithélium germinatif. Ainsi c’est le corps de Wollf qui sépare, dans le principe, le testicule proprement dit, de ce qui sera l’épididyme. A mesure que le corps de Wolff s’atrophie, le canal de Wolff se rapproche du testicule et ses tubes collatéraux se mettent plus directement en rapport avec les tubes séminifères. Un moment vient où la soudure s’établit, et alors les canaux wolffiens, continuant à s’accroître, se replient sur eux-mêmes et forment les innombrables circonvolutions épididymaires.
La portion externe du corps de Wolff étant aussi bien que l’interne recouverte d’une lame de péritoine, le canal de Wolff destiné à devenir le canal déférent est, comme le testicule, à demi enveloppé par le revêtement séreux (Foÿ, fig. 15). Seulement, le testicule augmente de volume tandis que le canal de Wolff garde ses dimensions et sa situation première; et comme cette augmentation de volume se fait excentriquement, en proportions égales, le canal de Wolff finit par être recouvert par la partie externe du testicule. Entre celui-ci et le canal de Wolff reste ce-
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pendant un intervalle où s’insinue la séreuse abdominale ; et c’est ainsi, pensons-nous, qu’on peut expliquer l’existence du cul-de-sac vaginal situé derrière le testicule, en avant du corps de l’épididyrae. En haut et en bas l’épididyme adhère de bonne heure au testicule, ce qui fait que la cavité en question ne s’ouvre dans la séreuse que par une fente linéaire, limitée à ses deux extrémités par les éléments fibreux qui unissent le testicule à la tête et à la queue de l’épididyme {Voy. fig. 15).
La réunion du testicule à. l’épididyme se fait tout naturellement par l’abouchement des branches du corps de Wo Iff avec les canaux bourgeonnants de l’épithélium germinatif invaginé. Il n’y a que les branches supérieures du corps de Wolff qui pénètrent jusqu’au testicule ; les branches inférieures s’atrophient, et il n’en reste plus tard que quelques vestiges, condensés sous la forme d’un petit appendice à l’origine du canal déférent et qui porte le nom de vas aberrans.
Tous ces phénomènes s’accomplissent aux environs de la septième ou de la huitième semaine, mais à partir de ce moment les rapports changent sensiblement. D’abord le corps de Wolff diminue à mesure que le testicule et l’épididyme se rapprochent et n’existe plus vers le commencement du troisième mois. Cette sorte de résorption du corps de Wolff doit être également favorable à la formation du repli de la vaginale, puisque la séreuse, allant du canal de Wolff à la surface du testicule, passait au devant de lui. — Le testicule est alors situé au-dessous du rein et à son extrémité inférieure, et l’on voit apparaître déjà le petit faisceau celluleux et musculaire appelé gubemaculum, qui va jouer un rôle si important dans la migration de l’organe vers la région inguinale.
En effet, du jour où le testicule et l’épididyme se sont mis définitivement en communication, une nouvelle phase commence, au cours de laquelle le testicule va descendre vers le pli de l’aine et contracter de nouveaux rapports avec les organes pelviens. Cette période du développement testiculaire est demeurée obscure à beaucoup d’égards, en dépit des recherches qu’elle a suscitées.
C’est vers la dixième ou onzième semaine qu’on voit le testicule s’écarter du rein. A cette époque il est pourvu déjà d’un prolongement cellulo-musculeux qui, s’insérant à son extrémité inférieure, va se prolonger jusqu’à l’orifice inguinal. Comment s’est développé cet appendice? Est-il né sur place, au voisinage du pôle inférieur du testicule, d’où il se porte ensuite vers le bassin? ou bien, au contraire, provient-il du bord antérieur du pubis, pour remonter jusqu’au testicule et y prendre son insertion supérieure? c’est un problème qui se débat encore.
Ce cordon musculeux, recouvert par un repli du péritoine (Mesorchium de Seiler), s’attache au point de jonction de la queue de l’épididyme avec le testicule, et descend au devant du psoas jusqu’à l’orifice du eanal inguinal où il s’engage. Là, ce cordon se subdivise en trois faisceaux : l’un, médian, pénètre dans la poche scrotale et va se fixer dans sa partie la plus déclive ; les deux autres, latéraux, vont s’attacher
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aux deux côtés du canal inguinal, l’interne à l’épine du pubis et à la gaine du grand droit antérieur de l’abdomen; l’externe à l’arcade crurale et à l’épine iliaque antéro-inférieure (Sappey). La structure de ces trois faisceaux n’est pas la même. Les faisceaux latéraux renferment au milieu d’une gangue celluleuse assez lâche de très-nombreux groupes musculaires à fibres striées; le faisceau médian, au contraire, n’est constitué que par des fibres conjonctives parmi lesquelles il est très difficile de retrouver quelques éléments contractiles. Il en existe cependant, mais leur existence n’est que transitoire : dans l’âge avancé ils dégénèrent.
On ne s’est pas toujours bien entendu sur ce qu’il convient de désigner du nom de gubernaculum testis. La plupart des anatomistes nomment ainsi l’ensemble des trois faisceaux. Toutefois Hunter, à qui l’on doit la plus remarquable étude de cet organe, réservait cette appellation exclusivement au cordon médian, en d’autres termes à la partie ligamenteuse; il appelait même ligament du testicule cette portion médiane et, par opposition au ligament, il désignait comme muscles du testicule les portions latérales. Celles-ci, en effet, innervées par des filets du nerf spermatique externe, sont de véritables muscles. Mais on a mis du temps avant de s’entendre sur leur mode de développement et leurs connexions avec les parties avoisinantes. Voici comment on admet aujourd’hui que les choses se passent.
Le testicule, attiré vers le scrotum par une raison quelconque, suit la direction que lui trace le gubernaculum, c’est-à-dire le cordon celluleux qui s’insère à la partie la plus profonde des bourses. Il pénètre donc dans le canal inguinal, le traverse dans toute sa longueur et le dépasse même. Mais les fibres musculaires des faisceaux latéraux, qui s’insèrent d’une part à l’extrémité inférieure du testicule et d’autre part aux côtés de l’orifice inguinal externe, sont entraînées alors plus bas que leur insertion inférieure ; elles s'e retournent en doigt de gant tout autour du testicule et lui forment une enveloppe charnue, une sorte de bourse à orifice supérieur, ouverte dans le canal inguinal. Cette bourse musculaire formée par les cordons latéraux du gubernaculum testis s’appelle le crémàster, mot synonyme de suspensoir. Or, selon Cloquet, le crémaster ne serait pas un organe préformé, et la migration du testicule isolerait, au moment du passage de l’organe dans le canal, quelques-unes des fibres les plus inférieures du petit oblique. Cette opinion a fait beaucoup d’adeptes, mais elle est tombée en discrédit. Les observations de Hunter étaient en effet parfaitement justes; le musculus testis se porte de bas en haut ; on en a la preuve chez les animaux dont les testicules ne descendent qu’à l’époque du rut.
Quant à la cause de la migration du testicule, elle n’est pas bien claire encore. Il va de soi que l’action de la pesanteur ne peut être invoquée; dans le plus grand nombre des cas, son intervention ne peut qu’être fâcheuse, puisque le fœtus a presque toujours la tête en bas et les jambes en haut. M. Sappey a émis une opinion assez ingénieuse. Tandis