TABAC. — ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE
n’est jamais dénuée d’inconvénients, même pour le fumeur, puisqu’elle change complètement les conditions de l’hématose et qu’elle est souvent fort pénible ou impossible à supporter pour les personnes qui ne fument pas ou pour celles qui s’y introduisent brusquement. Toutefois, après cet avis prophylactique, nous reconnaîtrons qu’il faut être indulgent pour les fumeurs endurcis et se borner à leur recommander la modération.
Intoxication aiguë, — Aussi bien que la nicotine, le tabac est un poison et il ne diffère de son alcaloïde que par la moindre intensité de ses effets ; la nicotine peut être mise à côté de l’acide cyanhydrique ou de Taconitine, pour ce qui est de l’énergie et de la rapidité des phénomènes toxiques. L’inhalation de quantités impondérables de nicotine suffit pour donner la mort à un oiseau ; cinq centigrammes tuent un lapin; deux gouttes suffisent pour entraîner, en quelques minutes, la mort d’un chien de moyenne taille (Orfila). Trois milligrammes ont mis la vie de l’homme en danger; sous l’influence de cette dose Dworzak et Heinrich éprouvèrent les accidents suivants : « sensation de brûlure à. la langue et de raclement au pharynx, salivation, puis céphalalgie, vertiges, somnolence, oreille dure, vision indistincte; sentiment d’extrême faiblesse et lipothymies ; oppression respiratoire, visage pâle et décomposé, mains et pieds glacés ; nausées, vomissements, expulsion de flatuosités, ténesme, tremblements des membres et secousses de tout le corps ; spasmes cloniques, surtout des muscles respiratoires ; consécutivement la respiration devient difficile et anxieuse, chaque mouvement respiratoire est composé de secousses rapides, de sorte que l’air pénètre dans la poitrine et en sort, pour ainsi dire, par soubresauts. » Les accidents durent quehjuefois plusieurs jours ; le rétablissement a lieu très lentement; Cl. Bernard a même signalé, à la suite de l’intoxication d’ani maux, la persistance plus ou moins longue de paralysies. Lorsque la dose de nicotine a été considérable, la mort survient en quelques minutes et même en vingt ou trente secondes, au milieu d’une défaillance. Si la quantité a été moindre, tout en étant mortelle, on a observé, chez les animaux, des convulsions violentes, cloniques et toniques, survenant par accès qui se renouvellent à de courts intervalles jusqu’à ce que la mort ait lieu.
Quand c’est le tabac qui a occasionné l’intoxication, la scène est ralentie, quoique encore très-rapide : céphalalgie, vertiges, pâleur de la face, sueurs froides, mouvements difficiles, sensibilité obscurcie avec conscience d’une véritable angoisse; nausées, vomissements inconstants, diarrhée ; accélération, puis ralentissement des battements du cœur et des mouvements respiratoires. Ce sont, en somme, les phénomènes éprouvés lors de l’initiation à la pipe ! Même dans cette circonstance, quoique en général les novices en soient quittes pour une sévère indisposition, on a cité des cas de mort après plusieurs pipes fumées coup sur coup.
, Il existe, dans la science, deux cas de mort par suite de l’emploi cri minel de la nicotine; un homicide et un suicide. Dans le premier