‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 50 sur 117 · TÉTANOS. — HISTORIQUE · texte numérisé non relu

TÉTANOS. — HISTORIQUE

Galien (Comm. ad Hippocrat., Sect. IV, Aph. 57), Arétéc (1. I., G. 16), Cœlius Aurelianus, Celse, avaient aussi parfaitement étudié le tétanos , dans sa symptomatologie et son pronostic. La description d’Arétée est un modèle d’observation clinique ; les auteurs du Compendium de chirurgie\a considèrent, après dix-huit cents ans, comme un tableau d’une vérité inaltérable.

Les auteurs arabes n’ont rien ajouté aux écrivains latins, et il nous faut descendre jusqu’au seizième siècle pour reprendre la série des études sur le tétanos. A. Paré ne nous a laissé que des documents bien incomplets sur le spasme ou la convulsion. Il a décrit cependant les trois variétés hippocratiques ; il sut prédire et guérir l’affection. 1! inventa un instrument pour écarter la mâchoire et doit être considéré comme le propagateur du traitement antiphlogistique par les saignées et la chaleur. « Le malade sera mis en lieu chaud, comme estuves, se donnant de garde de l’exposer incontinent au grand feu ou en bain tiède » (édit. Malgaigne, t. I, p. 446). L’observation de son malade guéri dans l’étable est aussi connue que les axiomes d’Hippocrate.

La chirurgie de Maître Jean Tagault (1640) ne contient que des notions confuses sur le spasme ; il n’emploie même pas le terme de tétanos.

Les guerres du seizième et du dix-septième siècle devaient attirer l’attention sur cette complication des blessures par coup de feu. Bœnnecken ajouta aux trois variétés connues celle du Plcurosthotonos ; mais c’est Trnka de Kr’zowitz qui paraît avoir le premier magistralement étudié ce sujet (1777). L’analyse des symptômes et des formes de la maladie est poussée dans son livre jusqu’à ses dernières limites.

A cette époque, en France, l’Académie de chirurgie ne s’occupe du tétanos, ni dans ses prix, ni dans ses mémoires.

Bajon, chirurgien-major deCayenne(1777), a consacré quelques pages des plus remarquables à cette affection, qui faisait de grands ravages dans la Guyane française.

Alors, la thérapeutique, comme aujourd’hui, était souvent en défaut, et cependant « il y a, disait-il, certainement un nègre qui guérit le tétanos avec quelques plantes du pays. Il guérit même celui qui attaque les adultes. La vérité, qui me sera toujours chère, me fait dire que j’ai été témoin de plusieurs guérisons qu’il a opérées chez des personnes dont j’avais jugé la maladie mortelle». Personne après Bajon ii’a connu le secret du nègre, qui appartenait au gouverneur de l’île. Dazille (1788) conBrmait quelques années plus tard les observations de Bajon.

Bilgerà Strasbourg(1708),Monroà Edimbourg(1783), Clerke en 1791 etBurke en 1794, commençaient cette longue série de dissertations inaugurales qui n’est pas encore terminée à l’époque où nous écrivons. Heurteloup publie en 1793 (Paris) un bon Précis de tétanos des adultes.

En6n, à partir des guerres du premier Empire, nous retrouvons une quantité de travaux sur le tétanos en blessures de guerre.

Larrey, dans ses Mémoires et Campagnes, dans sa Clinique, a consi-

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gné des observations célèbres, devenues la base de tous les travaux ultérieurs.

Dans les guerres d’Allemagne et d’Egypte, il avait rencontré et traité un si grand nombre de tétaniques, qu’il a pu bien saisir les causes, les symptômes préliminaires et les variétés de l’affection. Sa thérapeutique fait encore loi en beaucoup de points, et il est permis de dire qu’après les Aphorismes d’Hippocrate les pages que Larrey nous a laissées forment la partie la plus solide de nos connaissances cliniques sur cette affection.

Les chirurgiens allemands etanglais Bilger (1708), Cothenius, Schmucker, d’une part, Rodney, M. Gregor, Houck, nous ont aussi fourni de précieux documents sur leurs campagnes.

L’école de Paris, avec Dupuytren, Fernel, Sauvage, Boyer, donne à l’étude du tétanos sa forme classique. L’anatomie pathologique découvre dans les autopsies toutes les lésions appréciables à l’œil nu ; la rougeur des nerfs, la congestion des centres nerveux, les ruptures musculaires.

On pourrait appeler cette phase la période clinique du tétanos, à laquelle a succédé de nos jours la période anatomo-physiologique.

La série des mémoires de chirurgie militaire commencée en Afrique avec Baudens, Hutin, Guyon, comprend plus tard les statistiques de Chenu en Crimée, en Italie, puis les travaux allemands relatifs aux guerres des Duchés, d’Autriche et de 1870. — En Angleterre, sur les bords de la Tamise, où le tétanos paraît bien plus fréquent qu’à l’Hôtel-Dieu de Paris, Colles, Poland, Taylor, Yandell, publient des mémoires remarquables sur cette affection.

Mais, en dehors de ces études se rapportant surtout à l’étiologie et à la statistique, une série de recherches faites, dans unautre ordre d’idées, apparaît dans ces vingt dernières années. Rokitansky, Clarke, commencent l’histologie des centres nerveux : question hérissée de difficultés techniques et qui n’est pas encore résolue malgré les examens de Joffroy, Bouchard, Ranvier, Laveran, Michaud, Amidon. Avec eux, Leyden, Charcot et Bouchard, Muron, Béclard, étudient le phénomène si important de l’hyperthermie. Helmholtz, Marey, Ch. Richet, enregistrent le mode de contraction musculaire, et nous donnent le graphique du tétanos vrai et artificiel.

C’est alors que, munie de renseignements physiologiques sur ces points essentiels, la thérapeutique entre en ligne avec les procédés opératoires et les médicaments dont elle connaît d’avance l’action : la névrotomie, l’élongation pour arrêter l’irritation nerveuse partie de la plaie; le chloral, l’éserine, le curare, ayant pour but d’arrêter l’action réflexe et la contracture tonique.

Cependant, après l’engouement de la première heure, après avoir conçu de belles espérances, justifiées, il faut le reconnaître, par quelques succès, le calme paraît s’établir dans l’esprit des promoteurs les plus ardents de ces médications nouvelles. Car il n’y a pas de remède spécifique pour le tétanos ; seulement, dans les différents aspects de la maladie, dans ses va-

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