PHYSIOLOGIQUE
(affaire Bocarmé. Ann. d’hyg., 1851), la victime avait la langue, les lèvres, la bouche’, comme cautérisées ; ces parties étaient parsemées de plaques grisâtres sur un fond rouge violacé : l’alcaloïde avait agi topiquement comme un alcali, même sur la peau de la région sous-maxillaire gauche, où l’épiderme était soulevé. Dans le deuxième, les rapporteurs (Fonssagrives et Besnou, Annales d'hygiène, 1861) constatèrent l’absence totale de désordres dans la cavité buccale, odeur empyreuraatique, mais non caractéristique, de l’œsophage et de l’estomac.
Pourquoi ces différences? C’est que, dans le suicide, la déglutition avait été faite rapidement, tandis que la victime du comte de Bocarmé avait résisté; il est probable aussi que le degré de pureté et d’énergie de l’alcaloïde était différent, puisque dans le cas de suicide la fiole qui avait contenu le liquide n’exhalait qu’une forte odeur de souris ou de tabac.
Le traitement de ces accidents aigus doit être énergique et rapide. Il consistera à provoquer le vomissement par la titillation de la luette ; la pompe gastrique devrait être employée, si les vomissements ne se produisaient pas : une sonde œsophagienne ou un tube à lavage de l’estomac conviendraient parfaitement, si on les avait sous la main. Lavements purgatifs énergiques. On a constaté des vomissements et des évacuations alvines toutes les fois que les animaux ont survécu. Pour neutraliser les faibles quantités de nicotine qui peuvent rester dans l’estomac on a recommandé l’emploi du tannin ; on pourrait, à l’aide de la pompe gastrique ou du tube à lavage, en même temps qu’on vide l’estomac, opérer un lavage avec une solution de tannin ou une infusion de café. Quelques gorgées de cette infusion de café suffisent pour faire rapidement disparaître les effets trop prononcés du tabac à fumer {Thérap. contemp., février 1882). La respiration artificielle, les affusions froides sur la tête, les projections d’eau sur le visage, les stimulants diffusibles, les frictions aromatiques, le calorique, seront opposés aux phénomènes consécutifs à l’absorption; en un mot, on combattra, par les moyens appropriés, les symptômes qui se présenteront et mettront la vie du malade en danger. Les diurétiques alcooliques, le vin blanc, sont doublement utiles et comme stimulants et comme éliminateurs ; V. Praag a remarqué que les animaux nicotinisés se rétablissaient plus vite quand ils urinaient copieusement. La nicotine, en effet, ne se décompose pas dans l’organisme, on la retrouve en nature dans tous les organes (estomac, intestin, sang, foie, rate, rein, cerveau) et dans tous les produits de sécrétion (urine, salive), d’après Dragendorff ; elle se conserverait même longtemps dans le cadavre en putréfaction des animaux morts sous son influence (Melsens). Cl. Bernard l’avait déjà dit, puisqu’il signalaitles propriétés toxiques des tissus et du sang d’animaux nicotinisés.
Intoxication chronique. — A côté de cette intoxication aiguë nous devons signaler les phénomènes de l’intoxication chronique. Nous n’entreprendrons pas l’énumération, presque interminable, des méfaits attribués au tabac; rien n’est moins prouvé que la production de cette cohorte de maladies : troubles de la- digestion, de la crase sanguine, de
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18 TABAC. — EMPLOIS THÉRAPEDTIQÜES.
la vue, incertitude de la marche, tremblements, douleurs rachidiennes, céphalalgies, névroses multiples, cachexie, déchéance de l’individu et atteinte portée à l’espèce : car, d’après Ségalas, M. Damourette, Kostial, Jacquemart, Delaunay, le tabac pourrait nuire à l’aptitude procréatrice, et J. Guérin croit que son influence pernicieuse peut aller au delà de l’individu et se transmettre à sa descendance. Beaucoup de ces assertions sont contredites par les médecins des manufactures de tabac et nous croyons qu’elles sont exagérées. Sans aller aussi loin, signalons les dangers que peut entraîner l’abus de cette substance et les maladies qu’on peut équitablement lui attribuer. Ce sont le cancroïde des lèvres, de la dyspepsie, le catarrhe chronique du pharynx et du larynx, l’affaiblissement de la vue, l’amaurose, mais surtout l’angine de poitrine (Gélineau, Beau, Peter), c’est-à-dire une névrose du cœur : cet organe présente de l’irrégularité, de l’inégalité dans ses battements, de véritables palpitations qui s’accompagnent d’étouffements et de douleurs précordiales. On fait disparaître ces troubles en renonçant à l’usage du tabac ou, tout au moins, en le modérant et surtout en ne lumant pas dans une atmosphère confinée. N’oublions pas qu’il y a des animaux rebelles et d’autres très-sensibles aux effets du tabac et qu’il peut en être ainsi des personnes ; N. Guéneau de Mussy a même signalé que la tolérance pouvait diminuer et se perdre avec l’âge.
G. Sée, Bertherand, croient que l’habitude du tabac peut rendre réfractaire, jusqu’à un certain point, à l’action de certains médicaments (chloral, mercuriaux, etc.) en envahissant, occupant à lui seul, accaparant, pour ainsi dire, le système nerveux.
Nous en avons fini avec les dangers du tabac; disons en terminant que, pour les atténuer, le Révillout propose aux fumeurs endurcis de ne se servir que de tabac, dénicotinisé par des lavages successifs à l’eau chaude et à l’eau ammoniacale.
En face de ces inconvénients et pour passer aux emplois thérapeutiques, les partisans du tabac ont vanté ses vertus prophylactiques. Dans diverses épidémies de choléra on a cru voir que les fumeurs, les ouvriers des manufactures, les débitants de tabac, jouissaient d’une certaine immunité.
La manufacture de Lyon aurait été préservée d’une épidémie de fièvre typhoïde, celle de Morlaix d’une épidénie de dysenterie, celle deTonneins d’une épidémie de suette miliaire, et les ouvriers de celle du Havre, bien que vivant dans les conditions ordinaires du paludisme, offriraient très-peu de cas de fièvre intermittente.
Emplois thérapeutiques. — Les emplois thérapeutiques du tabac et de son alcaloïde sont fort restreints ; voici les quelques maladies contre lesquelles on a pu les utiliser.
Le tabac à priser a été conseillé soit comme sternutatoire {Voy. ce mot, t. XXXllI, p. 679), soit contre les céphalalgies coïncidant avec un état de sécheresse de la muqueuse de Schneider. Dans l’odontalgie, la migraine, il suffit parfois de la fumée d’une cigarette pour faire disparaître la dou-