‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 65 sur 117 · TÉTANOS. — AMPUTATION · texte numérisé non relu

TÉTANOS. — AMPUTATION

Mais c’est précisément l’opportunité qui fait toute la difficulté de cette méthode : pratiquer une amputation pour un cas très-aigu est jugé inutile; la faire dans un cas chronique, encore plus. Restent dona toujours ces cas subaigus, où la perte d’un membre sera considérée comme une mesure extrême et d’une sécurité douteuse.

A l’époque où Trnka écrivit son traité, Monro et Harisson, White, Plenck, avaient amputé des orteils. Delaroche avait proposé l’amputation de l’avant-bras, mais Larrey a nettement posé les indications de cette thérapeutique. Il fit trois fois l’amputation chez des tétaniques et il eut deux insuccès. L’école de Paris avec Dupuytren, et en Angleterre S. et A. Cooper, ne furent point favorables à cette méthode. Aujourd’hui, à la Société de chirurgie, si l’amputation n’est point mise en première ligne, elle semble cependant ne point placer le malade dans des conditions plus défavorables. Verneuil, sans en être partisan, regrette de ne pas l’avoir employée pour un de ses malades. Friederich [De tetano traumatico, Dissert. Berolini, 1837), sur 220 cas de tétanos, trouvait 24cas de guérison par l’amputation. Monro, Wayte, White, Alexander, Harisson, Heryet, Larrey, Howship, Wagner, Siebold, Valentin, Plenck, ont publié des succès par ce moyen.

En 1836 Curling (Blizard), sur 11 cas d’amputation, comptait 7 guérisons. Poland, rallié à l’opinion d’A. Cooper, ne cite que deux cas d’amputation, 1 mort. Yandell, sur 17 cas, 7 morts. En Italie (1859) ; 3 amputations (Baizeau, Cuvelier), 3 morts. Kretschy, Early, ont obtenu récemment de beaux succès dans des cas désespérés. Early surtout a rapporté le fait d’une amputation faite heureusement au 5” jour d’un tétanos dans une blessure du pied. La morphine, l’atropine, avaient échoué contre la raideur générale. Le lendemain de l’amputation toute trace de tétanos avait disparu [New-York, Med. Journ., août 1874). Rizzoli n’a pas craint dans un cas de tétanos de désarticuler le genou. Spence [the Lancet, 22 avril 1876) déclare au contraire avoir pratiqué sans succès et souvent l’amputation des doigts, l’opération étant faite cependant de bonne heure.

En somme, les statistiques de Curling et Yandell donnent une mortalité de 39 7o) chiffre qui n’est pas trop élevé, si nous le comparons aux résultats de la mortalité dans le traitement médical.

Dans ces dernières années l’attention des chirurgiens a été détournée des moyens précédents par une autre méthode plus simple, qui ne retranche rien et ne coupe même pas les nerfs : nous voulons parler de V élongation nerveuse.

C’est aujourd’hui une opération classique, bien réglée dans tous ses temps : incision, force et direction des tractions. Nous n’avons pas à la décrire dans son manuel opératoire. Nous rappellerons qu’elle fut étudiée expérimentalement, en 1858, par Harlen et Haber, puis par Valentin (1864). En 1871, Schleich s’occupait surtout de la sensibilité des nerfs après leur élongation. Depuis cette époque, tant en France qu’à l’étranger, le nombre des monographies sur l’élongation des nerfs s’est accru

^58 TÉTANOS. — amputation.

et paraît ne pas être arrivé à son terme, car c’est une opération qui

s’applique aujourd’hui à un grand nombre d’affections.

En France, Laborde, Gillette, Quinquaud, Tarchanof, Wiet ont publié sur la partie physiologique et pratique de cette opération des documents qui nous permettent de bien connaître les modifications anatomiques et fonctionnelles consécutives à l’élongation. Elle produit sur certains animaux, outre l’arrêt du courant centripète, quelques troubles trophiques. Le courant moteur ne disparaît qu’après la sensibilité. Laborde insiste avec raison sur la recommandation de ne pratiquer les tractions que dans un sens, sur le bout central et non périphérique, sous peine d’avoir des paralysies musculaires. Les chirurgiens sont plus audacieux dans leurs manœuvres, et ils ont exercé des tractions intenses, avec une énergie dangereuse. Yerneuil comprime le tronc du nerf sur une sonde cannelée, établissant ainsi une véritable interruption traumatique. En somme, la modification produite dans le cordon paraît être une névrite limitée, avec altération de la myéline, et disparition passagère du cylindre axe. Ce n’est pas tout : l’élongation exerce une action directe sur les centres nerveux. Wiet et Laborde, en élongeant le pneumogastrique, ont produit l’injection du bulbe, la sécrétion du sucre, avec troubles circulatoires et hyperémie de la bandelette grise sous-jacente aux pneumogastriques, dans la zone vaso-motrice. Laborde et Mathias Duval ont constaté même, à la suite de ces manœuvres, des troubles du côté du trijumeau et de l’oreille.

Il suffit de signaler ces lésions pour faire comprendre que l’élongation n’est pas une opération d’une innocuité complète, et qu’elle peut avoir quelques retentissements sur la moelle. La traction, même sur les adultes où le tronc nerveux a plus de solidité, doit toujours rester modérée, et ne pas atteindre le maximum d’énergie développé par l’opérateur. Chez les vieillards, la rupture d’un sciatique graisseux peut se produire.

Yogt (1867), Rocher (1876), Eben Watson (1877), Thomas (Tours, 1878), ont élongé des nerfs pour arrêter le tétanos traumatique. Yogt, au 9® jour d’un tétanos, avec écrasement de la main droite, élongea le plexus brachial : le lendemain, le tétanos avait disparu : le malade guérit. Rocher, dans une observation de plaie du gros orteil, fit l’élongation du tibial postérieur derrière la malléole. Ce nerf avait subi des modifications si remarquables qu’on crut avoir découvert un tendon. Il élait plus gros que le nerf poplité, qui fut àsontourmis à nu; il était terne, rouge sombre; le poplité, au contraire, était normal. Dans ce fait encore, le tétanos, qui paraissait avoir débuté par des contractures locales, fut heureusement, de suite, modifié par l’élongation. Les secousses devinrent rares et faibles. Le malade se sentait mieux. Malheureusement le mieux ne se maintint pas et la mort eut lieu. A l’autopsie, le nerf poplité, normal au moment de l’opération, était rouge et gonflé, comme le tibial.

Chauvel recommande d’opérer de bonne heure, d’élonger tous les troncs, et même de revenir sur une 2® élongation, si la première a donné une

Page 1