TÉTANOS. — MÉDICATION GÉNÉRALE
amélioration non permanente. L’état dans lequel Kocher a trouvé le nerf poplité, quelques jours après l’élongation, prouve que cette opération produit une névrite avec intumescence, rougeur du tronc. Toute tentative de traumatisme nouveau serait assurément dangereuse et plutôt adjuvante du tétanos.
Disons encore, comme la physiologie le faisait prévoir, que les suites de l’élongation ne sont pas toujoui's d’une extrême simplicité. E. Watson (Th. Wiet, obs. VI, VII) a constaté après l’élongation du plexus brachial, dans le sommeil chloroformique, des spasmes généraux violents; ils se sont produits dans plusieurs observations au moment du réveil du malade endormi, et ont inspiré de vives inquiétudes au chirurgien. La scène se calme, et le mieux réel de l’opération se déclare. En d’aulres cas, au contraire, cette période de détente ne s’est pas produite, et les contractures générales mortelles ont continué.
Les résultats fournis par l’élongation ne sont pas très-encourageants. Notre collègue Chauvel, dans une Revue critique où il a rassemblé tous les cas publiés jusqu’en juillet 1881, donne la statistique suivante :
8 morts après amélioration. 8 guérisons. 1
8 — sans — [ Élongation.
5 — sans résultat connu. )
2 — 1 — Névrotripsie.
21 morts. guérisons.
soit 70 % de décès.
Médication générale. — En dehors de la médication locale et de la thérapeutique spéciale, il existe une véritable hygiène des tétaniques, applicable à tous les cas traumatiques ou spontanés, aigus ou chroniques. La première de toutes les conditions, celle sur laquelle insistent tous les auteurs, c’est le repos et l’isolement absolu du malade ; précaution trop souvent négligée dans nos ambulances et nos hôpitaux. Le tétanique sera placé dans un cabinet séparé, légèrement chaud, sans bruit, en évitant la moindre excitation qui déterminerait une secousse générale. Renzi, sur trois cas graves, a obtenu deux guérisons par le calme absolu, en éloignant autant que possible toute cause de réflexe, même celle qui pourrait résulter de l’approche des aliments et des boissons. Hansen [Deutsche, med. Zeit.,i. V, p, 250) a remarqué que les mouvements passifs n’amenaient pas de convulsions, tandis que les mouvements volontaires les provoquaient souvent. Les malades seront donc surveillés et servis attentivement. Le passage de la sonde sera pratiqué régulièrement au début, mais le moins souvent possible.
Quelques purgatifs légers, huileux, seront donnés de suite contre la constipation, lors même que le traitement par les laxatifs ne serait pas employé méthodiquement. L’état des voies digestives et de la circulation centrale se trouve amélioré par ces précautions.
L’alimentation légère doit être entretenue dès le début malgré les
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trismus, mais sans cathétérisme œsophagien, et par l’introduction entre
les arcades, et au moyen de théières, d’aliments liquides nutritifs.
Dans tout tétanos, l’étiologie du froid humide peut être retrouvée : la température du cabinet du malade sera constamment entretenue aux environs de 20 à 21 degrés. C’est avec cette condition d’une chaleur permanente humide qu 'Ambroise Paré put guérir un de ses malades placé dans une étable, sous un amas de paille et de fumier. Fournier Pascay rapporte aussi le fait d’un matelot qui pris de tétanos fut descendu à fond de cale pendant le combat. Une transpiration abondante s’établit, et le malade fut sauvé.
En ce sens, les hains de vapeur ont été souvent employés comme mode de traitement régulier du tétanos : ils constituent, pris au lit sans déplacement, l’adjuvant d’un grand nombre de médications, et les succès par cette méthode sont assez fréquents dans les cas chroniques, où les malades les réclament parce qu’ils se se trouvent soulagés par cette atmosphère élevée. Waystaffe et J. Coll en Angleterre sont revenus à ce moyen. Cette méthode des excitants diffusibles et périphériques est peutêtre la plus ancienne dans le traitement qui nous occupe. François employait les sudorifiques, et publia plusieurs observations heureuses (1805). Noël et Nicolas, chirurgiens des guerres de l’Empire, ont vanté l’ammoniaque à l’intérieur. Un instant cet alcali eut la valeur d’un spécifique. Il a été repris en 1866, par Mac Auliffe (thèse); Bertheau {Bull, tli., 1866, t. LXXI) et Cherbonnier {Gaz. hôp., juin 1867) l’administraient à la dose de 18 à 20 gr. par jour.
Les bains chauds agissent de la même façon et sont peut-être plus sédatifs. La mode est de les prolonger aujourd’hui. Dionis des Carrières a guéri deux tétaniques, l’un rhumatismal, l’autre traumatique par les bains tièdes prolongés de 3 à 6 heures. Des rechutes se produisaient, mais elles étaient de nouveau combattues par le séjour dans l’eau. Franzolini (1875) {Gaz. dette scienze med. de Venezia, août) a réussi également avec les bains chauds prolongés associés à d’autres médications.
Leseleuc (Bull, de thérap., 1864, t. LXYI) rapporte trois cas où les bains à 36 et 40 dégrés ont été efficaces. Brachet d’Aix a utilisé avec succès la médication thermale dans un cas où les premiers bains avaient paru aggraver le tétanos. Stutz {Bibl. Germ., t. VI, p. 127) administrait des bains alcalins et donnait l’alcali à l’intérieur. Tanisch pense avoir guéri un tétanique par l’air chaud, l’enveloppement humide du bras et les frictions mercurielles. Verson, à Trieste, enveloppe les enfants atteints de tétanos dans des cataplasmes chands, jusqu’au cou. Leuduer {Un. méd., 1868) a réalisé le bain de vapeur extemporané en plaçant le long du malade quatre vases profonds, enveloppés de linge et remplis à demi de chaux vive (2 guérisons). Poland ne signale que 2 cas, 2 morts, par les bains chauds; mais Yandell, sur 11 cas, donne 8 guérisons (73 "/„). Sous les tropiques, l’hydrothérapie dans le tétanos produit d’excellents effets : Ilillary aux Barbades, Wright à la Jamaïque, Barrère à Cayenne, l’ont employée avec succès.