‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 8 sur 117 · TABAC. — EMPLOIS THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

TABAC. — EMPLOIS THÉRAPEUTIQUES

leur. De même l’a-t-on encore employé, en cataplasmes, en fomentions ou en fumigations, contre les douleurs du rhumatisme et de la goutte : le danger de ces applications topiques n’est pas compensé par l’utilité du tabac dans ces maladies.

L’action résolutive qu’il exerce sur les muscles de la vie animale a été utilisée contre le tétanos. Des médecins américains, Thomas, Anderson, Hougton, auraient employé ce moyen avec succès : le premier se servait de lavements de fumée de tabac, le secondappliquait des feuilles sur les muscles contracturés et une décoction sur la plaie initiale, le dernier administrait la nicotine, par gouttes, dans une potion, et aurait ainsi atteint le chiffre de trente-six gouttes en quatre jours ; chaque dose produisait le relâchement des muscles, la diminution de la douleur, et provoquait une sueur abondante. Curling, au dire de Gubler, rapporte dix-neuf cas de guérison dus au tabac. Le même moyen pourrait être utilisé contre la dysurie et Tischurie par suite du spasme du col vésical, mais la belladone agit mieux et avec moins de dangers.

Dans le traitement des maladies digestives il semble qu’on s’adresse à l’action inverse que le tabac exerce sur les muscles organiques et qui consiste à les faire se contracter. C’est contre la constipation qu’on a employé les lavements de tabac, moyen dangereux et que Ton peut remplacer par bien d’autres plus innocents en même temps que plus efficaces. Tout au plus conseillerions-nous aux personnes qui ont constaté, sur elles-mêmes, le résultat laxatif de la fumée de tabac, d’utiliser ce moyen et de combattre leur constipation en fumant un cigare ou une pipe. Contre Tiléus, la bernie étranglée, les coliques saturnines, le tabac a été employé ; il serait prudent, ainsi que le conseille Gubler, de lui associer un autre purgatif.

Pavesi a employé les injections de nicotine dans la vessie contre la paralysie de cet organe. Fischer opposait le tabac à l’incontinence d’urine.

Enfin les analogies du tabac et de la belladone ont engagé Trousseau à faire usage du premier dans l’asthme. Le célèbre clinicien raconte comment, en proie à un accès de suffocation, il fut lui-même soulagé en fumant un cigare. G. Sée conseille également cette pratique. Il semblerait que le tabac ne dut avoir ce résultat que chez les personnes qui n’en font point usage habituellement : cependant nous avons observé plusieurs malades qui, atteints de dyspnée occasionnée par une maladie aiguë ou chronique des bronches, ont été soulagés par la fumée du tabac, bien qu’adonnés à l’usage de la plante. Nous avons obtenu le même résultat contre la névrose dite asthme des foins : un de nos amis, atteint de cette affection et non accoutumé au tabac, put calmer ses accès en fumant une cigarette, suivant le conseil que nous lui donnâmes; le traitement arsenical le débarrassa ensuite entièrement de sa névrose périodique.

Les asphyxies, surtout l’asphyxie par submersion, ont été traitées par les lavements de fumée de tabac. Avant de préconiser un moyen qui n’est assurément pas sans danger, encore faudrait-il s’être assuré, par des expériences instituées chez des animaux, qu’il n’est pas inutile.

20 TABAC. — MODES d’admixistratioîs et doses, bibliographie.

Nous arrêterons là la liste des usages médicaux du tabac, ne parlant pas de son emploi contre les hydropisies, les adénopathies, les hémoptysies, la pneumonie, etc. Il offrirait, dans tous ces cas, plus d’inconvénients que d’avantages, tout comme parasiticide (gale, phthiriase, teigne) : Roehrig a indiqué que l’absorption de la nicotine peut se faire par la peau intacte ; on a cité des faits d’intoxication par le tabac appliqué directement sur la peau chez des contrebandiers qui avaient voulu ainsi introduire frauduleusement la substance interdite. D’autres faits ont trait à des feuilles de tabac appliquées, en qualité de topique hémostatique, sur des plaies récentes.

Inutile et dangeureux aussi est le tabac donné contre le strychnisme ; ici, d’ailleurs, en face de l’opinion de Chevers, nous avons les expériences de Hénocque et Meuriot : mesurant la dose toxique de strychnine chez les animaux, ces deux expérimentateurs ont vu la nicotine hâter la mort ou même la déterminer quand la strychnine était insuffisante à le faire.

Modes d’administratiox et doses. — 'On a, autrefois, prescrit des doses beaucoup trop considérables et qui ont occasionné des accidents.

En substance le tabac n’est guère usité que comme sternutatoire.

Pour faire vomir : 25 ou 30 centigrammes (inusité).

L’infusion est donnée en lavement plutôt qu’en potion : 1 à 2 et 4 grammes.

Il vaut mieux commencer par moins que cela, soit 20 à 50 centigrammes, et même indiquer l’espèce de tabac à employer (tabac du Levant à 1 0/0 de nicotine; de l’Alsace 5 0/0 ; du Lot 7 0/0).

La fumée de tabac est prescrite tantôt en aspirations par les voies bronchiques, tantôt en lavement, c’est-à-dire introduite dans le rectum.

La décoction a pu servir à faire des fomentations (10 à 50 grammes par litre d’eau) et les feuilles de tabac ont été appliquées sur la peau en guise de cataplasmes.

La nicotine est inusitée, bien que, ainsi qu’il a été dit, quelques médecins audacieux s’en soient servis. Nous ne conseillerons pas de suivre leur exemple.

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TACHES. — MÉDECINE LÉGALE

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A. GuÈS.

TACHES. — Médecine légale. — L’étude des taches formées par le sang, par le sperme, par le méconium, a été faite précédemment [Voy. ces mots). Mais il est encore d’autres taches dont le médecin légiste est quelquefois appelé à déterminer la nature. Ce sont d’abord celles qui ont une ressemblance extérieure plus ou moins complète avec le sang ou le sperme desséchés ; il ne suffit pas en effet d’avoir établi qu’une tache n’est pas constituée par l’une ou l’autre de ces humeurs, il est toujours bon et quelquefois très-utile pour la Justice de préciser davantage et de reconnaître nettement de quelle substance il s’agit. Ce sont ensuite les taches dont la présence peut révéler un accouchement : elles sont formées, outre le méconium, par de l’épiderme fœtal, de l’enduit sébacé, du liquide amniotique, du colostrum, etc. Les taches de matières fécales, celles produites par les vomissements, font assez souvent aussi l’objet d’expertises. Il peut être très-important de reconnaître sur une arme ou sur un autre objet des fragments de tissu cellulaire sous-cutané, de substance cérébrale, etc. Enfin il peut y avoir intérêt à rechercher sur les vêtements la présence de certaines substances qui attestent le séjour ou le passage d’un inculpé dans un endroit déterminé. On comprend qu’il est impossible de prévoir toutes les questions qui peuvent être posées à l’expert dans cet ordre d’idées ; nous nous bornerons ici à étudier les taches quj font le plus souvent l’objet d’un examen, en faisant remarquer que, quant aux autres, il est rare qu’aucune indication ne soit fournie par les magis trats sur leur nature présumée, et qu’alors, en se procurant la substance

22 TACHES. — hédecixe légale.

soupçonnée, le problème se réduit à un examen comparatif qui permet souvent une solution précise.

La nature des taches en général est quelquefois suffisamment indiquée par leur aspect extérieur, mais, à moins qu’il n’y ait évidence complète, auquel cas l’expert est rarement consulté, les caractères extérieurs peuvent être la cause de graves erreurs, soit parce que l’aspect est normalement presque le même pour certaines substances, par exemple, pour le sperme et pour certains écoulements des organes génitaux, pour le sang et pour les excréments de puce ou de punaise, — soit parce que d’autres substances prennent par le fait de leur dépôt sur certains corps un aspect différent de celui qu’on leur connaît habituellement : c’est ce qui arrive pour le sang et pour le sperme déposés sur certaines étoffes, — soit enfin parce que les caractères extérieurs des taches changent complètement par suite de l’altération de la matière qui les compose. L’analyse chimique a permis d’apporter dans la détermination des taches une précision beaucoup plus grande, mais, comme les taches qui intéressent la médecine légale sont formées surtout de substances organiques, à composition complexe et assez analogue pour plusieurs d’entre elles, comme ces taches n’offrent presque toujours à l’analyse qu’une très-minime quantité de matière, la chimie reste souvent impuissante à donner un diagnostic rigoureux. C’est l’examen microscopique qui permet le plus souvent de résoudre les questions de cette nature ; la plupart des taches en effet contiennent des éléments anatomiques caractéristiques, reconnaissables souvent même après une dessiccation prolongée, et une petite parcelle d’une tache renferme un nombre de ces éléments très-suffisant pour obtenir une préparation démonstrative. Cette méthode d’analyse, relativement très-récente, a apporté dans une partie importante des expertises une précision et une rigueur que l’on serait heureux de posséder dans les autres applications médico-légales. C’est surtout à Ch. Robin que l’on est redevable de cette nouvelle application du microscope; les éléments de cet article nous seront fournis en grande partie par ses nombreuses recherches sur ce sujet, recherches dont la pratique permet d’apprécier chaque jour l’exactitude.

11 va sans dire que l’analyse microscopique des taches ne doit être pratiquée que par des personnes habituées au maniement du microscope ; l’expert qui, pour examiner une tache, croirait pouvoir s’improviser micrographe, s’exposerait aux plus grossières erreurs. Mais ce n’est pas assez de l’éducation technique, il faut y joindre des notions suffisantes d’histologie. Si les taches de sperme, de méconium, peuvent en général être reconnues facilement même sans une bien longue étude antérieure, parce que leurs éléments caractéristiques sont faciles à observer et à reconnaître et toujours assez identiques à eux-mêmes, il est un certain nombre d’autres taches qui exigent une connaissance approfondie des éléments anatomiques sous tous leurs aspects : hématies, leucocytes, cellules épithéliales, etc, 11 est même des circonstances où une compétence toute spéciale est indispensable, quand, par exemple, il s’agit de déterminer exactement

TACHES,' — MÉDECINE LÉGALE

la nature des débris végétaux que l’on trouve dans la matière des vomissements ou le contenu du tube digestif, dans les cas où il y a suspicion d’empoisonnement ou s’il importe de savoir quels ont été les aliments ingérés lors du dernier repas. Les botanistes ont pu dans ces circonstances faire servir très-utilement leurs connaissances histologiques à la découverte de la vérité.

Il est indispensable que l’expert connaisse les corps étrangers qui se rencontrent d’une façon banale ou accidentelle dans les taches, afin qu’il ne soit pas tenté de leur attribuer une signification qu’ils n’ont pas. Ces corps étrangers sont formés principalement par des grains de poussière constitués par les éléments les plus divers; on y rencontre surtout des corpuscules inorganiques à formes irrégulières , des particules anguleuses et noires de charbon, des fragments de matière colorante (fréquemment bleue), des cristaux divers ; on trouve aussi de nombreux champignons dont on aperçoit soit les spores isolées ou contenues dans leur réceptacle, soit le mycélium entier ; on rencontre souvent aussi dans les préparations une quantité innombrable de bactéries. Dans les liquides provenant de taches recueillies sur le linge, on trouve souvent, entre les fibres du tissu, des grains d’amidon plus ou moins déformés, et aussi des cellules épidermiques provenant de la desquamation de la peau, qui sont de véritables corps étrangers, puisqu’elles n’entrent pas dans la constitution essentielle des taches. Ces cellules, qu’on trouve presque constamment sur le linge qui est resté quelques jours en contact avec le corps, sont aplaties, de forme irrégulièrement arrondie ou ovalaire, dépourvues de noyau, et se colorent uniformément en jaune sous l’action du picrocarmin.

Tous ces corps étrangers sont quelquefois extrêmement abondants ; nonseulement ils masquent les éléments caractéristiques que l’on recherche, maisils peuvent encore être confondus avec eux : c’est ainsi que certaines spores de champignons ont été prises pour des globules sanguins. Une étude préalable des poussières met rapidement à l’abri de pareilles erreurs qu’un histologiste exercé ne commettrait d’ailleurs jamais. Du reste, dans tous les cas où l’expert conserve le moindre doute sur la nature des taches qu’il a examinées, il a la ressource d’une contre-épreuve qui consiste à étudier comparativement la substance qu’il croit avoir déterminée, d’abord à l’état frais, puis après l’avoir soumise autant que possible aux mêmes influences qui ont pu agir sur la tache ; il est rare qu’il n’arrive pas ainsi à dissiper ses doutes ou à les confirmer assez pour ne formuler que des conclusions très-réservées.

La technique spéciale à l’examen microscopique des taches est trèssimple ; quand la matière de la tache peut être enlevée directement, on en place un petit fragment sur la lame porte-objet, et on la délaye dans une goutte d’eau ou d’un liquide approprié, en la dissociant au besoin à l’aide d’aiguilles de verre ou d’acier soigneusement nettoyées ; la propreté dans toutes les manipulations est d’ailleurs absolument de rigueur ; quand la substance peut être recueillie par le raclage, on a recours aux

24 TACHES. — médecine légale.

procédés qui ont été indiqués à propos des taches de sang et de sperme. Un petit nombre de réactifs sont en général suffisants ; comme colorants, le picrocarmin et la solution d’iodure de potassium iodée sont souvent utiles; comme dissociateurs, c’est-à-dire comme liquides permettant d’isoler sans les altérer les éléments organiques, on emploie diverses solutions salines. C’est ainsi que la solution de sulfate de soude à 1020 de densité, ou la solution suivante :

Eau . 100 gr.

Chlorure de sodium . 5

Bichlorure de mercure . 0,5

servent utilement dans les cas assez rares du reste où l’eau pure ne doit pas être employée pour délayer les taches, en raison des déformations qu’elle pourrait faire subir aux éléments.

Nous allons maintenant passer en revue un certain nombre de taches en commençant par celles qui présentent une certaine analogie avec les tache de sang.

Taches de rouille. — Ces taches sont d’un rouge jaunâtre ou d’un jaune d’ocre, le plus souvent ternes et rugueuses, quelquefois cependant un peu vernissées, mais ne présentant pas l’aspect fendillé que revêt souvent le sang desséché sur un corps imperméable. Si l’on dépose une goutte d’acide chlorhydrique sur une tache de rouille, elle prend immédiatement une couleur jaune, en même temps que la rouille se dissout et aisse la surface métallique sous-jacente pai'faitement nette. Si l’on enlève la rouille par grattage, la poudre qu’on obtient est complètement insoluble dans l’eau; placée dans un peu d’acide chlorhydrique, elle s’y dissout en communiquant à l’acide une coloration jaune. Cette solution fournit toutes les réactions des sels ferriques, parmi lesquelles nous rappellerons seulement les deux suivantes, qui suffisent à établir sa nature :

Avec le ferrocyanure de potassium, précipité bleu (bleu de Prusse), soluble dans l’acide oxalique ;

Avec ic tannin, précipité noir.

Ces réactions peuvent être obtenues nettement avec une quantité trèsminime de rouille ; celle-ci étant dissoute dans une goutte d’acide chlorhydrique, on étend la solution avec de l’eau distillée, on dispose une goutte du mélange sur plusieurs lames de verre creusées d’une cellule et l’on ajoute à chacune de ces gouttes l’un des réactifs convenables.

Les caractères qui viennent d’être énumérés permettent de distinguer nettement la rouille des taches de sang. Celles-ci peuvent souvent se reconnaître immédiatement à leur coloration, à leur aspect fendillé et surtout à leur solubilité dans l’eau. Le diagnostic différentiel est facile à compléter rigoureusement, et se tire de la comparaison des caractères déjà énumérés de la rouille et du sang desséché.

Mais de ce que des taches sont constituées par de la rouille, on n’est pas en droit d’en conclure qu’elles n’ont pas une origine sanguine. Lorsqu’en effet un objet de fer ou d’acier, taché de sang, est resté dans un

TACHES. — MÉDECINE LÉGALE

milieu humide, il se recouvre au niveau des points contaminés d’une couche de rouille avec laquelle l’alhumine et la matière colorante du sang se combinent si intimement qu’elles deviennent insolubles dans l’eau et perdent toutes leurs propriétés caractéristiques; la rouille ainsi formée ne peut guère être distinguée de celle qui a une autre origine. Lassaigne a étudié expérimentalement cette transformation du sang en rouille ; il a enduit de sang une lame de couteau qu’il a laissée d’abord à l’air libre et sec; au bout de douze heures, le sang se présentait sous l'aspect de taches fendillées, d’une belle couleur rouge transparente, solubles dans l’eau, et offrant les caractères ordinaires des taches sanguines. Il a placé ensuite cette même lame dans un milieu saturé de vapeur d’eau ; les taches se sont d’abord liquéfiées, puis elles ont pris une coloration ocre qui, d’abord sensible sur les bords, s’est étendue bientôt à toute la périphérie ; après six jours, la lame a été remise à l’air libre : les taches se sont desséchées et sont devenues opaques, l’eau dans laquelle la poudre provenant du grattage de ces taches a macéré ne s’est pas colorée en rouge, et ne s’est pas troublée par l’ébullition. L’albumine et la matière colorante s’étaient combinées, dit Lassaigne, à l’oxyde ferrique à l’état naissant et avaient produit avec lui un composé insoluble. On conçoit que, la matière colorante étant insoluble, on ne puisse obtenir avec les taches de sang qui ont suhi cette transformation ni les cristaux d’hémine, ni les caractères spectroscopiques. Il nous est arrivé en effet bien des fois d’examiner des couteaux qui avaient été souillés de sang (ainsi que l’établissaient l’enquête et les aveux du coupable) et de n’y rencontrer que des taches offrant tous les caractères de la rouille, mais aucun de ceux qui permettent de reconnaître le sang. Lors donc qu’on trouve sur un couteau ou tout autre objet de fer ou d’acier des taches formées uniquement par de la rouille, il faut se garder de conclure que cet objet n’a pas été en contact avec du sang ; en pareil cas, la question est à peu près insoluble. Pour tourner la difficulté, Dragendorff conseille défaire bouillir les parties détachées avec une solution étendue de soude; l’oxyde ferrique insoluble restera sur le filtre et le liquide filtré, concentré par l’évaporation à -f 40®, sera dichroïque, précipitera par l’acide azotique et donnera même souvent la raie de l’hématine alcaline. Mais ce procédé, dont nous n’avons pas été à même de contrôler la valeur, exige une quantité relativement considérable de rouille, et paraît par cela même peu praticable. On conçoit que dans certains cas la transformation du sang en rouille soit incomplète, ou que du sang ait été déposé sur un objet déjà rouillé. Ch. Robin a montré qu’en examinant au microscope la poudre obtenue par le raclage d’un mélange de rouille et de sang desséché on peut encore reconnaître ce dernier, grâce à la présence d’hématies ; nous ne savons si avec ce mélange il serait possible d’obtenir les cristaux d’hémine et les raies spectroscopiques.

Taches produites par les excréments de puces, de punaises, de mouches, — Les taches produites par les puces se rencontrent souvent en nombre extrêmement considérable sur les chemises; elles se présen-

TACHES. - MÉDECINE LÉGALE

tent sous forme de macules assez régulièrement arrondies ou ovalaires, de 1/2 à 3 millimètres au plus de diamètre, n’offrant jamais une extrémité nettement et longuement effilée comme les taches qui résultent de la projection d’une gouttelette sanguine. Leur couleur est d’un rouge brun plus ou moins foncé ; elles sont quelquefois recouvertes de petites croûtelles qui sont en général plus rugueuses et moins régulièrement étalées que sur les taches de sang pur. Si l’on découpe quelques-unes de ces taches et qu’on les soumette à l’action de l’eau, on voit ce liquide se colorer promptement en rouge ; la solution donne nettement les raies de l’hémoglobine, et permet d’obtenir facilement des cristaux d’hémine. Quant à l’examen microscopique, voici quels en seraient les résultats, d’après Ch. Robin que nous citons textuellement : « Portées sous le microscope, on voit qu’elles (les parcelles des taches) sont composées d’une matière homogène, amorphe, transparente, incolore, gonflée, puis dissociée ou dissoute par l’eau, tenant empâtés les granules colorants de ces parcelles. Ces granules colorants forment la plus grande masse de la matière de ces taches dans lesquelles ils sont presque contigus ; ils sont d’un brun jaunâtre, les uns à reflets verdâtres, les autres à reflets rougeâtres peu prononcés. Tous réfractent fortement la lumière, et sont brillants au centre, foncés à la circonférence, comme le sont les corps graisseux ; comme leS' granules graisseux aussi ils sont insolubles dans l’acide acétique, et se dissolvent presque tous dans l’alcool chaud et dans l’éther. Quelques petits cristaux en forme d’aiguilles courtes et de composition chimique indéterminée les accompagnent h » Il semblerait d’après cette description si précise, qui a été reproduite sans commentaires par plusieurs auteurs, qu’il est facile de reconnaître les taches de puces par l’examen microscopique. Il s’en faut de beaucoup cependant qu’on obtienne toujours des résultats aussi caractéristiques. Nous avons examiné un grand nombre de ces taches au microscope ; nous avons vu dans les préparations de petites masses d’un jaune rougeâtre, ou d’un brun plus ou moins foncé, suivant leur épaisseur, et au milieu desquelles on distinguait les contours de corpuscules serrés les uns contre les autres, formant une sorte de mosaïque, très-analogue à celle qu’on observe sur les parcelles de sang desséché; nous avons même aperçu quelquefois de véritables globules sanguins isolés et reconnaissables à leur forme circulaire et à leur contour régulièrement dentelé; ces globules aussi bien que les petites masses précédentes se décoloraient plus ou moins rapidement par l’acide acétique. Quant aux autres éléments figurés des préparations, ils étaient représentés par des corpuscules irréguliers, noirs ou brunâtres, n’offrant rien de réellement caractéristique. Nous croyons donc qu’en général il est très-difficile de reconnaître au microscope avec certitude que des taches sont formées par des excréments de puces, et le microscope est cependant le seul moyen d’analyse que l’on puisse invoquer. Dans le plus grand nombre des cas, il est vrai, on reconnaît facile

1. în Briand et Chaudé, Manuel de médecine légale, dixième édition, t. Il, p. 397.

TACHES. — MÉDECIUE LÉGALE.

ment les taches de puces à leur aspect extérieur, à leur forme et à leur disposition ; quand elles sont nombreuses et réparties sur toute oupi’esque toute l’étendue d’üne chemise, par exemple, on ne les confondra pas avec des taches résultant de la projection du sang. Mais, quand il s’agit de taches en très-petit nombre, siégeant en un point où elles peuvent avoir été produites par des éclaboussures de sang liquide, le problème est des plus délicats, car l’analyse seule peut le résoudre et l’on doit compter d’autant moins sur ses résultats qu’on ne dispose que d’une minime quantité de substance. Les difficultés d’une pareille expertise apparaissent bien dans un rapport médico-légal des professeurs Brouardel et YulpianS rapport qui n’a pu aboutir à des conclusions absolument précises. »

Les considérations précédentes s’appliquent aux taches produites par les punaises. Ch. Robin donne la description suivante des préparations microscopiques obtenues avec ces taches : « Cette poussière (provenant des excréments) se montre formée de petites gouttelettes desséchées, variant de volume depuis 0'“”,001 jusqu’à 0“®,010 : elles sont sphériques ou ovoïdes, d’un brun rouge plus clair au centre qu’à la circonférence, qui est moins nettement déterminée. Elles sont isolées, ou en groupes de volume très-variable.... Ces gouttelettes sont accompagnées de cristaux d’un aspect analogue à ceux des éléments organiques : ce sont des lamelles en losange à arêtes très-nettes, isolées ou réunies en faisceaux. Quelques cristaux tendent à prendre la forme prismatique®. »

Enfin les mouches écrasées sur du linge laissent une tache brune assez analogue à une tache de sang. D’après Lassaigne, cette tache se décolore par le chlore et l’acide hypochloreux et prend une teinte spéciale avec les divers acides.

Taches produites par le vin et divers végétaux. — Le vin forme sur le linge des taches violacées qu’un acide faible fait passer au rouge et qu’un alcali ramène au bleu. Ces taches sont rarement confondues avec celles de sang ; elles peuvent l’être plus facilement avec celles produites par certains fruits : cerises, groseilles, framboises, mûres. Lassaigne a étudié les caractères différentiels de ces diverses taches dans un travail qui ne peut être résumé ici, mais dont on trouvera l’indication bibliographique à la fin de cet article.

Le suc de certains végétaux forme des taches pouvant être confondues avec celles de sang. Chevallier a montré ainsi que des taches situées sur la blouse d’un homme soupçonné d’assassinat étaient constituées non par du sang, mais par du suc de pissenlit ; dans une circonstance analogue il prouva que ces taches placées sur le manche d’une cognée étaient produites par la matière colorante qui suinte du bois d’aulne. En pareils cas, l’expert, après avoir constaté l’absence de tous les caractères des taches de sang, est souvent mis sur la voie du diagnostic par

i. In Nouveaux éléments de méd. lég. d’Hofmann, traduct. Lévy, Paris, 1881, p. 776.

TACHES. — MÉDECINE LÉGALE

l’examen microscopique, qui montre des éléments végétaux mélangés à la substance colorante ; ces éléments suffisent quelquefois à un botaniste exercé pour reconnaître la plante dont ils proviennent, un examen comparatif permet du reste le contrôle. La substance de la tache dissoute dans l’alcool ou dans un autre liquide peut aussi offrir une odeur ou une saveur fournissant une indication utile.

Après les taches susceptibles d’être confondues avec celles formées par le sang, nous allons examiner celles qui présentent quelque analogie avec le sperme desséché, ou qui peuvent être soumises à l’examen, dans les cas de viols ou d’attentats à la pudeur.

Taches provenant d'un écoulement muqueux de l’urèthre. — Il n’est pas rare d’observer un écoulement de ce genre qui se produit le plus souvent, sinon toujours, à la suite d’une blennorrhagie ancienne. Les taches qu’il forme sur le linge sont très-analogues par leurs caractères extérieurs à celles de sperme, et ne s’en distinguent guère que par leurs dimensions moindres. Récemment, nous avons été chargé d’examiner un homme inculpé de viol, et dont la chemise portait sur le pan de devant de petites taches arrondies en forme de gouttelettes, d’une couleur légèrement grisâtre et empesant l’étoffe. En comprimant soigneusement le canal de l’urèthre, on faisait sortir par le méat urinaire une très-petite quantité de liquide visqueux, filant et incolore ; cet homme paraissait ignorer complètement l’existence de l’écoulement dont il était atteint; il déclarait avoir contracté une seule blennorrhagie survenue cinq ou six ans auparavant. Les taches de la chemise, examinées au microscope, se montraient constituées presque uniquement par du mucus, c’est-à-dire par une substance incolore, transparente, légèrement striée, et dont les stries étaient rendues plus apparentes par l’action de l’acide acétique ; çà et là, on rencontrait quelques rares leucocytes , mais c’étaient les seuls éléments anatomiques qu’on pût apercevoir dans les diverses préparations.

Taches formées par un écoulement des parties génitales de la femme. — Ces taches peuvent aussi présenter quelquefois un aspect analogue à celui des taches de sperme ; le plus souvent cependant, en examinant attentivement ces taches, on finit par apercevoir en un ou plusieurs points de leur étendue de petites creûtelles blanches, jaunes ou vertes, qui sont caractéristiques. En général, ces croûtes sonf beaucoup plus abondantes, épaisses, et constituent, avec la couleur jaunâtre ou verdâtre des taches, des caractères qui indiquent immédiatement l’origine de celles-ci. Examinées au microscope, ces taches se montrent constituées presque exclusivement par des cellules éphithéliales pavimenteuses, munies de granulations et d’un noyau se colorant en rouge par le picrocarmin, tandis que le corps de la cellule prend sous l’influence du même réactif une légère teinte jaune. Ces cellules peuvent se présenter sous des formes et des dimensions différentes; on aperçoit quelquefois leur noyau incomplètement divisé en deux par un étranglement, première phase de leur prolifération. Avec elles on rencontre quelques leucocytes,

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ordinairement peu abondants, mais qui constituent quelquefois au contraire la plus grande partie de la substance de la tache.

Taches 'produites par un écoulement blennorrhagique. — L’aspect de ces taches varie suivant la période de l’écoulement; elles sont jaunes, vertes ou d’un blanc grisâtre, elles empèsent plus ou moins fortement les tissus, elles sont quelquefois épaisses et recouvertes de croûtes. Examinées au microscope, elles montrent du mucus, des leucocytes en quantité extrêmement variable, et quelques cellules pavimenteuses provenant du canal de l’urèthre. Cette composition histologique n’a rien d’ahsolument caractéristique, et ne permet pas de reconnaître avec certitude un écoulement blennorrhagique. On comprend cependant que dans certaines circonstances la présence, de taches de ce genre sur la chemise d’un homme puisse établir la réalité d’une blennorrhagie dont la preuve directe fait défaut au moment de l’examen d’un inculpé. 11 n’est pas besoin de dire qu’il est complètement impossible de reconnaître si des taches provenant d’un écoulement des parties génitales de la femme sont ou non de nature blennorrhagique.

Taches formées par les crachats, les mucosités nasales. — Ces taches simulent quelquefois assez bien des taches de sperme. Les crachats étalés avec le pied sur un plancher forment en se desséchant des taches minces, vernissées, blanchâtres, avec des points brillants, rappelant les traînées laissées par les limaçons, aspect qui est également celui des taches de sperme. Nous avons été chargé d’examiner le sol d’une chambre où un viol avait été commis ; la victime, une enfant, déclarait que le coupable avait éjaculé par terre ; on trouvait en effet sur le sol de cette chambre, près du lit, deux carreaux souillés de taches semblables à celles que nous venons de décrire ; nous fîmes desceller ces carreaux et nous les emportâmes, ne doutant pas d’y trouver du sperme : or, l’examen microscopique montra que ces taches étaient formées uniquement par des crachats. — Sur certaines étoffes, les crachats et les mucosités nasales peuvent aussi simuler jusqu’à un certain point des taches de sperme. Dans l’affaire Menesclou, jeune homme qui avait assassiné une enfant sans motifs apparents, on soupçonnait que le meurtre avait été précédé d’actes de pédérastie. Pour éclaircir ces doutes, les vêtements de l’assassin furent soumis à l’examen du professeur Brouardel. Il existait sur le pantalon en velours noir très-usé et extrêmement malpropre plusieurs taches siégeant à la partie supérieure et antéro-interne des cuisses, ayant une forme allongée semblable à la trace d’une goutte qui descend, et une coloration blanche, un aspect luisant, une consistance raide rappelant les caractères du sperme desséché sur des étoffes imperméables: ces taches étaient formées par des mucosités nasales.

L’examen microscopique de ces taches montre du mucus, des leucocytes en nombre très-restreint, ou au contraire extrêmement considérable, des cellules épithéliales prismatiques souvent garnies de leurs cils vibratiles, et enfin quelquefois des cellules épithéliales pavimenteuses provenant des parois de îa bouche et du pharynx.

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Taches d’albumine. — Des taches d’albumine pourraient à la rigueur être prises pour du sperme desséché. On trouvera, en les examinant au microscope, des morceaux d’albumine concrète se présentant sous l’aspect de petites masses plus ou moins épaisses, incolores, transparentes, terminées par des surfaces planes ou courbes formant des angles dièdres saillants ou rentrants, à arêtes très-vives.

Taches d'urine. — L’urine forme sur le linge des taches d’un jaune plus ou moins foncé, d’un aspect analogue sur les deux faces de l’étoffe qu’elles ne raidissent jamais ; leurs contours sont généralement mal indiqués et ne séparent pas nettement la tache de parties voisines non contaminées. Examinées au microscope, ces taches montrent presque toujours un très-grand nombre de bactéries sous forme de bâtonnets d’une longueur moyenne de 0'“”,00S à 0"”“,006 ; mais nous n’y avons jamais rencontré d’autres éléments anatomiques que quelques cellules épidermiques provenant du contact de la peau. Ce caractère négatif, joint à l’aspect extérieur des taches, suffit à les faire reconnaître en général facilement.

Taches de matières fécales.- — Il n’est pas très-rare que ces taches soient soumises à l’examen des experts, soit parce qu’elles se trouvent sur des chemises ou d’autres vêtements mélangées de taches de sperme ou d’écoulement des parties génitales, soit parce qu’elles sont prises pour des taches de méconium ou d’autre nature. Ces taches se reconnaissent en général facilement à l’œil nu, elles forment des macules à contours irréguliers ne traversant pas l’étoffe; leur couleur est ordinairement jaune ou brun foncé ; elles sont souvent recouvertes de croûtes. Cependant, quand les taches résultent du contact de matières liquides, elles peuvent être d’un jaune clair, dépourvues de croûtes, et traverser complètement l’étoffe sans changer la consistance de celle-ci. On sait que les matières fécales sont constituées par la bile et d’autres humeurs versées dans l’intestin, et par les résidus de la digestion et des fragments d’aliments ayant traversé le tube digestif en restant plus ou moins intacts. Ces derniers éléments sont faciles à reconnaître au microscope et établissent nettement la nature des taches. Ils sont constitués surtout par des débris végétaux très-variables : trachées plus ou moins complètement déroulées, cellules isolées ou réunies en fragments de tissu, souvent polygonales et à parois épaisses ; on aperçoit fréquemment aussi des poils végétaux unicellulaires. Presque toujours un grand nombre de ces débris sont assez bien conservés pour que, dans le cas où cela aurait de l’importance, un botaniste puisse déterminer de quelle plante ils proviennent. Les éléments animaux sont représentés par des fragments de fibres musculaires, souvent colorés en jaune, et nettement reconnaissables à leur double striation, par des faisceaux de tissu conjonctif, par des cellules adipeuses ou des gouttelettes de graisse à l’état libre, par des parcelles de tissu élastique et quelquefois par de rares cellules épithéliales pavimenteuses provenant des premières voies digestives. Parfois on rencontre des œufs de vers intestinaux ; nous avons même trouvé dans de vieilles taches des oxyures entiers. Ces éléments sont disséminés

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dans la pi'éparation au milieu d’un grand nombre de granulations irrégulières, les plus petites animées du mouvement brownien, — d’une substance jaune grisâtre finement granuleuse, formant des amas irréguliers, semblables à des sortes de nuages, ne donnant que très-incomplétement, et non constamment, les réactions de la matière colorante biliaire, sous l’influence de l’acide azotique, — enfin de divers cristaux parmi lesquels ceux de phosphate ammoniaco-magnésien sont les plus fréquents. Les taches dépourvues de croûtes et constituées par l’imhihition de la partie liquide des matières fécales ne montrent à l’examen microscopique qu’un très-petit nombre des éléments qui viennent d’être mentionnés.

Les matières fécales des enfants à la mamelle se distinguent nettement de celles des adultes par leur aspect et surtout par leur composition. Dans les premiers jours qui suivent la naissance, les fèces, dit Gosse, sont vertes, avec des traînées très-distinctes jaunes, puis elles deviennent jaunâtres et présentent fréquemment des points noirâtres ou vert foncé. Vers le septième jour, elles prennent une couleur jaune vif qui a la plus grande analogie avec celle d’une omelette ; c’est la coloration qu’elles garderont pendant tout l’allaitement, si l’enfant est bien portant; elles sont mélangées de temps en temps de grumeaux blanchâtres dont les dimensions varient de la ^osseur d’une tête d’épingle à celle d’un gros pois.

Les taches ont une coloration plus foncée que les fèces à l’état frais; quand elles renferment des grumeaux, ceux-ci se détachent sous forme de poussière blanchâtre. Examinées au microscope, ces taches montrent des globules de lait iri’éguliers, granuleux, déformés, souvent adhérents et comme fondus entre eux ; d’après Beauregard et Galippe, on y rencontrerait souvent aussi un grand nombre de fines aiguilles cristallines, isolées en formant des masses épineuses, et qui sont constituées par de la matière grasse. Ajoutons que dans les fèces des trois ou quatre premiers jours on rencontre encore les éléments du méconium {Voy. ce mot, t. XXI).

Taches produites par les vomissements. — Les substances vomies sont constituées par des débris d’aliments qui n’ont subi que des modifications souvent très-incomplètes, pouvant être presque uniquement celles causées par la cuisson. Les aliments sont quelquefois rejetés de la bouche avant d’avoir été avalés et n’ayant subi qu’une mastication plus ou moins complète. Nous avons examiné des taches qui se trouvaient sur le devant de la blouse d’un homme étranglé au moment où il mangeait du biscuit; ces taches étaient constituées par de petites masses dures et sèclies d’un blanc grisâtre, adhérant assez fortement à l’étoffe ; placées dans une goutte d’eau, elles se gonflaient notablement, devenaient spongieuses et prenaient une teinte plus nettement blanche. Examinées au microscope, elles se montraient formées exclusivement par des grains d’amidon de blé dont quelques-uns étaient intacts, et le plus grand nombre complètement déformés. La détermination de la nature de ces taches

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confirmait la déposition du témoin, qui déclarait avoir vu la victime manger du biscuit au moment où elle avait été assaillie.

Dans les cas d’empoisonnement présumé par des végétaux, l’examen du contenu de l’estomac offre toujours une grande importance ; des débris même très-minimes de champignons, de diverses plantes toxiques, et notamment de celles qui jouissent de la réputation d’être abortives : Sabine, rue, ergot de seigle, etc., peuvent être reconnus, sinon à l’œil nu, du moins à l’examen microscopique. Dans les cas où cela offre de l’intérêt, on peut quelquefois aussi reconnaître nettement quels ont été les aliments ingérés au dernier repas, et approximativement combien de temps avant la mort celui-ci a été fait. Un rapport médico-légal de Pennetier, de Rouen, dans un cas de ce genre [in Beauregard et Galippe, p. 719), résout avec beaucoup de précision les questions qui avaient été posées.

Des taches qui ■peuvent se produire pendant Vacouchement ou peu de temps après celui-ci. — ■ Ces taches sont formées par le sang ou par les lochies [Voy. Sang), par le méconium, l’enduit sébacé, l’épiderme fœtal [Voy. l’article Méconium, où se trouve la description de ces trois sortes de taches), par le liquide amniotique, le colostrum et enfin le lait.

Taches de liquide amniotique. — • Le liquide amniotique est constitué par de l’eau tenant en solution de 2 à 4 parties pour 100 d’albumine et de sels ; cette composition le rend analogue à du sérum sanguin dilué. Limpide et incolore au commencement de la grossesse, il prend dans les derniers mois une teinte légèrement jaunâtre ou verdâtre, et devient souvent trouble ; «e dernier aspect est dû en grande partie à ce qu’il renferme alors des cellules épithéliales, de l’enduit sébacé qui recouvre le corps du fœtus, et aussi quelques poils du duvet. La présence de ces éléments accessoires constatée au microscope aide beaucoup à reconnaître la nature des taches que forme le liquide amniotique. Ces taches occupent généralement une assez grande étendue ; elles sont d’une couleur grise, légèrement jaunâtre, à bords nettement dessinés et relativement foncées; elles empèsent légèrement l’étoffe. Dans le cas êù l’examen microscopique n’aurait pas montré sur ces taches les éléments accessoires signalés plus haut, elles pourraient à la rigueur être confondues avec des taches de sérum sanguin. Cependant il est rare qu’on trouve des taches constituées par du sérum complètement dépouillé d’hématies ; si l'on conservait des doutes, l’analyse chimique pourrait fournir quelques indications ; les taches de sérum sanguin dissoutes dans une petite quantité d’eau donnent en effet un précipité albumineux qui est beaucoup plus abondant que celui qu’on obtient avec les taches de liquide amniotique traitées de la même façon.

Taches de colostrum. — Le colostrum est d’une couleur blanc jaunâtre, légèrement visqueux ; il contient en suspension des globules de graisse, quelques cellules d’épithélium pavimenteux et, comme élément spécial, des corps arrondis, irréguliers, relativement volumineux (de 0'”‘“,01 à 0“”,05) et granuleux ; ces éléments sont très-abondants dans

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le colostrum des cinq ou six premiers jours qui suivent l’accouchement.

Les taches que forme le colostrum empèsent assez fortement le linge ; elles sont d’une couleur jaunâtre, à bords irréguliers, nettement dessinés et plus foncés que la partie centrale ; quelquefois la tache jaunâtre est entourée d’une zone grise dont les bords sont également bien limités. L’examen microscopique de ces taches montre les éléments qui ont été signalés plus haut. D’après Gosse, l’eau de macération devient légèrement glutineuse quand on y ajoute une petite quantité d’ammoniaque. L’ammoniaque transforme en effet le colostrum pur en une masse glaireuse et épaisse.

Taches de lait. — Les taches de lait sont grises ou très-légèrement jaunâtres; leurs contours sont sinueux, bien indiqués; elles raidissent un peu l’étoffe. L’examen microscopique de ces taches montre les globules laiteux qui ont été décrits à l’article Lait, t. XX.

Taches constituées par des fragments de tissus provenant du corps humain. — Quand des coups ont été portés avec une grande violence â l’aide d’instruments contondants, ils divisent la peau, dilacèrent ou broient les parties sous-jacentes : tissu cellulaire sous-cutané, os, substance cérébrale, et des fragments plus ou moins volumineux de ces tissus restent fréquemment adhérents à l’arme ou sont même projetés à une distance assez grande. On comprend toute l’importance que présente la détermination des taches ainsi formées. Si on les trouve sur une arme appartenant â un inculpé, c’est souvent une preuve décisive de sa culpabilité; leur disposition, le lieu où elles siègent, indiquent quelquefois les particularités du fait, le transport du cadavre de la victime, l’endroit où elle a été frappée ; leur composition peut même permettre de prévoir, avant que le corps de la victime ne soit retrouvé, le siège de la blessure et sa gravité (fragments de substance cérébrale).

Celles de ces taches qu’on observe le plus fréquemment sont formées par du tissu cellulo-adipeux. On les trouve sur les marteaux, cognées, haches, hachettes, etc.; quand on est chargé d’examiner des instruments de cette nature, il importe d’inspecter minutieusement le point où le manche pénètre dans la tête de l’instrument ; des fragments du tissu cellulo-adipeux viennent se coller souvent dans la sorte de rainure qui existe â ce niveau et ne sont pas enlevés facilement par un nettoyage même prolongé. Ces fragments se présentent sous la forme de petites masses rougeâtres ou brunes, parce qu’elles sont presque toujours recouvertes d’un peu de sang; mais, si on les gratte légèrement, on trouve une substance jaunâtre ou jaune grisâtre qui, même lorsqu’elle est très-desséchée, se laisse légèrement aplatir par le doigt, un peu comme de la cire d’abeille. Si l’on place cette substance dans l’eau, elle se gonfle, se ramollit et se laisse étirer en petits filaments. A ces caractères extérieurs on peut déjà présumer la nature de la substance qu’on a sous les yeux, mais l’examen microscopique transforme facilement cette présomption en certitude, car le tissu cellulo-adipeux conserve sa composition histolo-

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