THROMBUS. — T. EN GÉNÉRAL. PATHOGÉNIE
C. Bernard, Bouchard affirme qu’il est chimérique de redouter la rupture de veines saines.
Il nous faut donc, par la même occasion, conclure que le thrombus est presque toujours, sinon toujours, le fait des lésions des veines. — Cette opinion est du reste celle de tous les auteurs sans exception, et il suffit de lire leurs descriptions pour s’en convaincre. Velpeau est encore plus affirmatif que les autres, dans le fait doctrinal lui-même, car il refuse le nom de thrombus à tout foyer sanguin ne dépendant pas d’une hémorrhagie veineuse (Velpeau, Dictionnaire en 30 vol.).
Pathogénie, mécanisme. Siège. — Rappelons que le thrombus est spontané ou provoqué. — Le premier est tellement e.xceptionnel, hors l’état de grossesse, que nous y insisterons peu. Nous parlerons d’abord de la 2® variété ou thrombus traumatique.
Ce sont les chocs violents ou les froissements continus, avec attrition des parties profondes qui sont la cause ordinaire des poches sanguines.
Plus la région sera riche en veines, plus celles-ci seront distendues et plus le thrombus se formera rapidement et acquerra de volume.
Les chocs limités détermineront des foyers circonscrits ; les froissements, les pressions, les décollements donneront lieu à des foyers diffus. Suivant les régions différentes, ces différents procédés vulnérants auront lieu de s’exercer. Une chute, qui fait que la région frontale ou sourcilière heurte violemment le sol ou un objet dur, détermine ce qu’on appelle vulgairement la bosse au front; c’est un thrombus. Un coup de poing dans la région de l’œil, un coup de pied dans la région des fesses, etc., produisent le phénomène analogue, le thrombus, par le fait du choc et le mécanisme de V écrasement des parois vasculaires. Prises entre deux corps durs, les parties molles sont dissociées, le tissu conjonctif a ses mailles rompues et les parois des vaisseaux éclatent sous la pression subite qu’elles éprouvent, ou bien encore elles sont compromises dans leur intégrité par le fait de l’amincissement extrême de leurs tuniques qui ne résisteront plus désormais à la tension intérieure. — Tout autre est le processus qui détermine la production du céphalématome des nouveaunés ; nous ne nous y arrêterons pas.
S’agit-il maintenant du thrombus de la verge? C’est par le mécanisme delà distorsion ou de la flexion brusque de cet organe, en voie d’érection, que l’accident se produit.
Les pincements du tégument occasionnés par le maniement de certains instruments à fermeture brusque, celui que détermine en particulier l’usage imprudent de la pince de Liston et que les jeunes chirurgiens connaissent bien, sont tout autant de thrombus minuscules. La tuméfaction et la coloration spéciale, sans compter la douleur, sont leurs symptômes constants.
Au scrotum, aux membres, au tronc, ce sont les froissements, les coups, les chutes, le passage d’un corps pesant, etc. Dans le foyer d’une fracture, c’est le tiraillement, la dilacération, la section des vaisseaux par les fragments.
THROMBUS. - T. EK GÉHÉRAL. PATHOGÉKIE.
Au périnée, c’est presque toujours le même genre de causes : une chute à cheval sur une barre tendue ou un objet anguleux.
.4 la langue, c’est la morsure involontaire dans un accès convulsif, ou provoquée par un coup appliqué violemment sur le maxillaire inférieur.
Enfin, aux parties génitales de la femme, lorsque le thrombus se produit en dehors de la grossesse et de l’accouchement, il succède à des causes analogues aux précédentes ; mais ce n’est pas ici le lieu de nous y arrêter, ayant l’intention d’y revenir plus tard longuement.
Reste maintenant le thrombus spontané, qui peut apparaître en toute région sans cause traumatique locale. Les détails qui vont suivre rendront assez bien compte de cette variété rare»
Nous venons d’exposer le mécanisme grossier de l’accident. Il nous reste à mettre en évidence certaines circonstances de nature à jouer ici le rôle de causes prédisposantes générales. Ce sont : l’état des vaisseaux, l’état des tissus environnants, l’état du sang.
A. État des vaisseaux. — Les veines sont sujettes à diverses maladies dont un résultat assez ordinaire est l’amincissement de leurs parois, la perte ou la diminution de leur tonicité et de leur élasticité ; d’où dilatation et stase. Parfois les tuniques s’épaississent et deviennent plus friables, en tout cas moins rétractiles. — Les varices, avec toutes leurs variétés et toutes leurs complications, sont l’expression ultime de cette sorte de processus. — Nous venons, sans autre détail, d’en dire assez pour montrer quelles conséquences amènera leur rupture dans de semblables conditions. Épanchement rapide et difficulté de l’hémostase. — Celle-ci, en effet, ne s’opérera que lorsque les tissus opposeront une résistance suffisante pour contre-balancer la force, heureusement faible, de la vis a tergo.
A côté de ces altérations trop sensibles pour être méconnues, on ne peut pas omettre de tenir compte de certains états qui ne sont pas, à proprement parler, des étals morbides des parois veineuses, mais qui sont, à coup sûr, une anomalie dangereuse qui les prédispose sensiblement aux mêmes dangers et qui se résume dans l’amincissement extrême de la paroi sans dilatation. Cet amincissement, conséquence habituelle d’états cachectiques ou dyscrasiques multiples, cadre fort souvent avec des conditions pathologiques du sang.
11 n’est pas jusqu’à la position du vaisseau, par rapport à une surface osseuse, qui ne le prédispose plus particulièrement aux traumatismes. Ceci ne saurait mieux s’appliquer qu’aux veines fessières, par rapport à l’ischion, à celles du vagin et de la vulve, par rapport à la branche ascendante du pubis, à celles de la région frontale, etc.
D’autre part, l’état congestif habituel, entretenu par une cause irritative; la sfase augmentée par une compression en amont; l’inflammation de la paroi, sa dégénéresence ; la formation d’un caillot intra-vasculaire, peuvent suffire, sous l’influence d’une augmentation de la tension, survenant sans cause appréciable, à déterminer une rupture suivie d’un thrombus spontané.
B. État des tissus environnants. — La gaine des vaisseaux est leur