‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 82 sur 117 · THYROÏDE, — ANATOMIE DD CORPS · texte numérisé non relu

THYROÏDE, — ANATOMIE DD CORPS

les variations de poids, de volume, suivant les âges, trouveront leur place dans l’étude du développement.

Lobes latéraux. — Les lobes latéraux peuvent avoir une hauteur inégale : c’est ainsi que dans un cas le sommet droit remontait jusqu’à la partie moyenne du cartilage thyroïde, tandis que celui du côté gauche répondait au bord inférieur de ce même cartilage.

La base du corps thyroïde peut aussi se rapprocher du sternum.

Ces lobes, au lieu d’être situés sur les parties latérales de la trachée, peuvent basculer, pour ainsi dire, l’un devenir anté-trachéal, l’autre plus profond, dans sa situation normale; dans ce cas-là l’isthme du corps thyroïde est reporté sur les parties latérales de la ti’achée et la direction du grand axe des lobes est changée.

Il y a une inégalité de volume fréquente entre les deux lobes du corps thyroïde, sans que l’on puisse saisir la loi qui préside à ces variations.

Les lobes peuvent être remplacés par une série de petites lobulations qui semblent égarées plus ou moins loin, sans perdre jamais leurs connexions avec la thyroïde, véritables satellites de la glande.

Ce sont là les glandes accessoires, tantôt libres, tantôt reliées par un pédicule de volume variable, et Madelung, qui lésa étudiées avec soin, les divise en supérieures, latérales, inférieures, postérieures et antérieures : elles peuvent être le siège des mêmes altérations que la glande elle-même {goitre accessoire. Verneuil, Archives générales de médecine, 1853, p. 189).

Ainsi donc on trouve dans les lobes thyroïdiens des variétés de siège, de longueur, de direction, de disposition dans la lobulation. On a avancé que chez la femme cette glande était plus développée que chez l’homme ; que chez elle les lobes latéraux faisaient en avant et sur les côtés plus de saillie, ce qui concourrait à diminuer relativement celle du cartilage : mais il y a sur ce point tant de variétés que nous n’oserions nous prononcer.

Isthme. — Il présente des variétés très-fréquentes. La languette glanduleuse transversale a tantôt beaucoup d’étendue et d’épaisseur, tantôt est courte ou extrêmement étroite, ailleurs présente un ou plusieurs tubercules distincts : rarement elle manque ; cependant on a vu deux thyroïdes distinctes (Dict. encyclop. des sciences médicales). La hauteur de l’isthme, de 12 à 14 millimètres (dimension normale), s’élève souvent jusqu’à 18 ou 20 et se réduit souvent à 8, 6, 4. Nous avons déjà signalé la situation latérale de l’isthme.

C’est surtout la pyramide de Lalouette qui a fixé jusqu’ici l’attention •des observateurs, et Sappey, auquel nous empruntons les détails suivants, étudie les variations de ce prolongement dans son existence, dans son origine, dans sa situation et sa direction, dans sa longueur et même dans sa nature.

Dans son existence. — Il n’est pas constant, mais on le rencontre chez la plupart des individus. Meckel dit l’avoir presque toujours

556 THYROÏDE. — propriétés et chractères physiqces.

trouvé, et Morgagni, sur un très-grand nombre de cadavres qu’il a

examinés, ne l’a vu manquer que six fois.

Dans son origine. — 11 naît généralement de l’isthme, quelquefois du point de fusion de l’isthme avec l’un des lobes latéraux, plus rarement de l’un de ces lobes. Dans certains cas exceptionnels, il est complètement indépendant et se présente alors sous la forme d’un cordon qui s’attache par une de ses extrémités au bord inférieur du cartilage thyroïde et par l’autre à l’os hyoïde; ou bien sous l’aspect d’une traînée de granulations située au devant de la membrane cricothyroïdienne : chez un enfant il se composait de six granulations qui avaient à peine le volume d’une lentille et qui ressemblaient à de petits ganglions lymphatiques.

Dans sa direction et sa situation. — Lorsqu’il part de l’isthme, il s’élève plus ou moins verticalement au devant du larynx, en se plaçant ordinairement à gauche de la ligne médiane. Lorsqu’il vient de l’extrémité de l’isthme ou de l’un des lobes latéraux, il suit d’abord une direction oblique pour atteindre le côté gauche du plan médian et devient ensuite plus ou moins vertical.

Dans sa longueur. — 11 se termine par un cordon fibreux résistant qui constitue pour le corps thyroïde un quatrième ligament, et qui vient s’attacher tantôt à la partie inférieure du cartilage thyroïde, tantôt à l’échancrure de son bord supérieur ou à la membrane thyro-hyoïdienne, tantôt enfin, et le plus fréquemment même, au corps de l’os hyoïde.

Dans sa forme. — Lorsqu’il se prolonge jusqu’à cet os, sa forme est celle d'un cône très-allongé. Lorsqu’il s’arrête au cartilage thyroïde, il revêt l’aspect d’une languette rectiligne ou sinueuse, plus ou moins aplatie d’avant en arrière. Chez certains individus, il se renfle un peu dans sa partie moyenne, et repré.'sente alors un ellipsoïde très-allongé.

Sappet, Anat., t. IV, p. 502.

Cküveilhiee, Anat. descrip., t. II.

Bodrsiee, De l’intervention chirurg. dans les tumeurs du corps thyroïde (agrég., Paris, 1880). Wentzel Grdber, Wiener Zeitschrift, Band XIX, I, p. 3, 1863.

Bichat, Anat. gêner , 1854.

Veenecil, Goitre acce.ssoire {Areh. gén. de médecine, 1853, p. 189).

Madeldng, Anat. et pathol. des glandes thyroïdes, accessoires {Archiv für klinüche Chirurg.,

Band XXIV, fasc. 1, p. 71).

Propriétés et caractères physiques. Structure. Développement. — Le volume du corps thyroïde varie beaucoup suivant qu’on le considère à l’état sain ou morbide : chez quelques individus on le voit s’atrophier et se réduire à de très-minimes dimensions ; dans la majorité des cas il s’accroît pour rester stationnaire, ou bien il s’accroît indéfiniment et peut alors arriver à ces proportions monstrueuses qui caractérisent certains goîtres (Sappey).

Le poids est en rapport avec son volume, et varie dans les mêmes conditions que celui-ci. Au moment de la naissance il ne dépasse pas 2 grammes. Chez l’adulte il s’élève en moyenne à 22 ou 24 grammes

THYROÏDE. — STUCCIDRE. DÉVELOPPEMENT. 557

Meckel, en le portant à 33 grammes, et Legendre surtout, en l’élevaiit à 50 grammes, l’ont donc exagéré. Lorsque ce corps thyroïde atteint ce dernier poids, il excède ses dimensions ordinaires et doit être considéré comme hypertrophié ou altéré.

Couleur et densité. — Le tissu propre de la thyroïde diffère beaucoup en couleur et en densité : il est souvent rouge et même d’un brun obscur comme la rate, d’autres fois jaunâtre, grisâtre, plus ou moins mollasse ou compacte. Il n’offre aucun état bien constant sous le rapport de sa densité, qui est cependant moins variable que sa couleur.

En prenant des morceaux de thyroïde fraîchement coupés, on éprouve une sensation de viscosité particulière, étrangère au tact des autres glandes, et qui provient évidemment du liquide des vésicules que nous allons étudier.

En versant un acide sur des tranches de thyroïde, elles blanchissent un peu, comme la plupart des autres organes, mais n’offrent rien de particulier.

Résistance à la putréfaction. — Quoique pourvue d’un grand nombre de vaisseaux, la glande thyroïde a moins de sang habituellement dans son système capillaire que le foie, le rein, etc., qui en restent pénétrés après la mort : ce corps au contraire n’en offre que très-peu quand on le coupe par tranches. Il ne rougit qu’une ou deux fois l’eau de macération, qui, rechangée une troisième fois, reste sans être teinte : comme la putréfaction est en général en raison de la quantité de sang qui reste dans les organes après la mort, la thyroïde se pourrit moins facilement que la plupart des autres glandes. Ses tranches désséchées sont friables et grisâtres. Exposées à la coction, elles se crispent d’abord un peu avant l’ébullition, elles durcissent beaucoup en se racornissant, comme presque tous les solides animaux : mais, au lieu de s’amollir ensuite et de redevenir tendres comme les muscles, les tendons, les aponévroses, etc., elles continuent à durcir comme les glandes par une coction prolongée {Encyclop. des Sc. méd.).

Strdctdre. — Le corps thyroïde est constitué par une charpente conjonctive de soutien, par des éléments particuliers, considérés par la plupart des auteurs comme des vésicules closes, par un réseau trèsdéveloppé de vaisseaux lymphatiques et sanguins et enfin par des nerfs.

Wharton le premier donna le nom de thyroïdes aux masses glanduleuses qui occupent la partie supérieure de la trachée artère.

Winslow indiqua le prolongement auquel on a donné le nom de pyramide de Lalouette ; ce n’est pas consacrer une injustice que de conserver ce nom, car Lalouette donna la première description détaillée du corps thyroïde.

Desnouettes, Boi’deu, Santorini, Yater, Coschwiz Schmidlmuller, considérèrent la thyroïde comme une glande en grappe, et décrivirent des conduits excréteurs. Morgagni, Haller, Ruisch, Lalouette, combattirent cette erreur.

Les vésicules glandulaires dont Lalouette avait fait mention furent

558 THYROÏDE. — des vésicules thvroïdieskes.

décrites par les histologistes. Comme travaux spéciaux sur le corps thyroïde nous devons signaler la thèse de Legendre, dans laquelle on trouve un historique complet de la question, et le remarquable travail de notre ami et collègue Boéchat, auquel nous allons faire de larges emprunts.

I. Charpente du tissu conjo7ictif. Trame cellulo- fibreuse. — On peut comparer cette charpente conjonctive du corps thyroïde à la capsule de Glisson; à la périphérie elle forme à l’organe tout entier une enveloppe continue, mince, mais très-résistante. De cette enveloppe partent des travées conjonctives, épaisses, qui parcourent la thyroïde en différents sens : elles sont parfois visibles à l’œil nu sous forme de traînées blanchâtres qui circonscrivent des portions plus ou moins volumineuses de l’organe. De ces travées partent dans toutes les directions des prolongements plus minces qui forment un réseau, dans les mailles duquel existent des groupes d’éléments, d’aspect vésiculeux : ce sont là les granulations glandulaires. Le tissu conjonctif va plus loin s’insinuer entre les cavités elles-mêmes et leur constitue une charpente de soutien.

Ces faisceaux de tissu conjonctif sont mélangés de fibres élastiques en assez grande abondance; on y rencontre aussi des amas de tissu adipeux qui le plus souvent existent dans les couches superficielles.

II. Des vésicules thyroïdiennes. — Successivement appelées cellules (Huschke), follicules (Berres), acini (Kolhlrausch), les vésicules ou cavités thyroïdiennes ont été bien étudiées par Boéchat, qui a insisté sur les particularités suivantes :

Ces vésicules ne sont pas remplies par un amas de cellules, mais elles possèdent une membrane épithéliale à une seule couche qui leur forme une enveloppe continue.

Ces cavités ne constituent pas des vésicules closes comme l’admettent la plupart des histologistes : elles communiqueraient largement les unes avec les autres.

Ces cavités, contenues dans les alvéoles de la charpente, n’auraient comme paroi qu’une simple membrane épithéliale. Cette paroi est diversement adossée, sur un grand nombre de points, à la paroi endothéliale des vaisseaux lymphatiques. Pour Ch. Robin et Cadiat, ces vésicules sont closes et possèdent une paroi limitante hyaline distincte du tissu lamineux environnant par son aspect, ses réactions en présence des alcalis et des acides. .

Cette continuité des cellules entre elles, à laquelle il manque une démonstration expérimentale, est regardée comme une apparence par M. le professeur Sappey, qui admet que dans la thyroïde, comme dans les autres glandes vasculaires sanguines, les vésicules sont closes et indépendantes.

Pour Kôlliker, la membrane interne des vésicules serait revêtue d’un épithélium polygonal; d’un épithélium nucléaire sphérique, pour M. Robin.

Contenu des vésicules thyroïdiennes. — A l’état normal ces cavités

THYROÏDE. — DES vésicüles thyboïdiemkes.

sont remplies en partie par un liquide d’apparence visqueuse, au milieu duquel nagent des granulations plus ou moins abondantes : on le rencontre surtout dans les premiers âges de la vie. Plus tard le contenu de ces cavités est formé par ce que l’on a désigné sous le nom de matière colloïde. — Le liquide normal, qui est légèrement filant, présente des reflets jaunâtres. Il est mélangé de cellules, de granulations qui se dissolvent par l’action de la potasse, et de quelques rai’es granulations graisseuses. Par la chaleur,, l’action de l’acide azotique et de l’alcool, on reconnaît qu’il est albumineux (Kôlliker).

Kohlrausch cité par Boéchat a observé nageant dans ce liquide des corps sphériques très-réfringents qu’il a désignés sous le nom àeprotéides, qui ne seraient autre chose que le même liquide à un plus grand degré de concentration. — La matière colloïde qui remplit les alvéoles aurait pour point de départ les protéides qui augmenteraient constamment de volume.

E. Verson dit qu’il a vu sortir des cellules épithéliales des gouttelettes arrondies, hyalines, venant s’accumuler au centre des cavités thyroïdiennes. Souvent les différentes gouttelettes qui forment la masse centrale sont encore unies, par un filament délié, au point d’où elles sont parties.

Ce liquide, d’après C. Robin, renfermerait souvent des sympexions, c’est-à-dire des corpuscules arrondis, transparents et homogènes, caractérisés surtout par leur solidité et leur friabilité : très-souvent aussi on y verrait, d’après le même auteur, d’autres corpuscules de forme ovoïde, d’une teinte opaline ou grisâtre, d’une consistance pulpeuse, que C. Robin a nommés corpuscules albuminoïdes.

Il est probable que les gouttelettes de Verson, les protéides de Kohlrausch, répondent aux sympexions du professeur Robin : quant aux corpuscules albuminoïdes, ils semblent se rattacher à la formation de la matière colloïde dont nous allons dire un mot.

De la matière colloïde. — Elle se rencontre dans le corps thyroïde à tous les âges. — Cette substance est liquide et visqueuse dans le corps thyroïde à l’état frais. Elle a un aspect sirupeux et sa couleur est parfois légèrement jaunâtre ; souvent elle est incolore. — Lorsqu’elle a été coagulée par l’action des réactifs, elle forme dans les cavités du corps thyroïde des masses dures, arrondies, dont les bords sont réguliers ou paraissent déchiquetés. Dans l’intérieur de ces masses, on remarque parfois des lacunes ; enfin, à leur surface, on reconnaît quelquefois l’empreinte des cellules épithéliales qui forme une série d’excavations arrondies et peu profondes, placées les unes à côté des autres.

Avec l’âge, la matière colloïde se développe dans le corps thyroïde : il arrive ainsi une époque où elle remplit toutes les cavités de cet organe, sans qu’il ait cependant dépassé les limites de soii volume physiologique.

Tous les auteurs sont loin d’être d’accord sur la composition chimique de la matière colloïde : on a prétendu que c’était de la matière cornée (Tourtual), de la mucine (Eichwald), de l’albumine devenue insoluble

360 THYROÏDE. — vaisseaux sasguins et lymphatiques.

par excès de chlorure de sodium (Kühne), une modification gélatineuse de l’albumine (Virchow). — Son origine n’est pas mieux connue, et l’on discute encore pour savoir si elle est due à une destruction et à une transformation des cellules des vésicules, ou à une exsudation simple : ce qu’on n’ignore pas, c’est que l’accumulation de la matière colloïde dans certaines vésicules peut dépasser les limites de l’état physiologique, et donner naissance à la forme colloïde du goitre, par un processus qùe nous n’avons pas à examiner ici.

Vaisseaux sanguins et lymphatiques. — Artères. — Les artères thyroïdiennes, dont nous n’avons à faire ici que la terminaison [Voy. art. Thyroïdiennes), sont remarquables par leur nombre et leur volume. Elles sont si nombreuses et si volumineuses que, d’après Liebermeister, leur nombre et leur calibre ne seraient guère inférieurs à ceux de l’encéphale. — ce qui est une exagération. Au nombre de quatre (thyroïdiennes supérieures et inférieures) , elles naissent de la carotide externe et de la sous-clavière, et forment un premier lacis à la surface du corps thyroïde. Les branches de second ordre s’engagent dans son épaisseur et cheminent dans les interstices des lobes, en suivant les prolongements qui naissent de la face interne de l’enveloppe fibreuse; elle donnent des ramifications destinées aux vésicules, sur les parois desquelles elles forment un réseau à mailles fines.

Veines. — Les veines, plus volumineuses et plus nombreuses que les artères, naissent au niveau des vésicules, affectant une disposition spéciale sur laquelle Legendre a insisté : d’après cet auteur, après avoir rampé dans le stroma, les veines se terminent brusquement, en donnant naissance à quatre ou cinq branches ; celles-ci, naissant d’un même point, divergent comme les rayons d’une étoile, et leurs terminaisons enveloppent les vésicules.

Arrivées à la surface de l’organe, ces veines se partagent en trois ordres :

1° Les veines thyroïdiennes supérieures naissant par deux racines qui, se réunissent bientôt en un tronc unique, qui aboutit à la jugulaire interne.

2° Les veines thyroïdiennes moyennes, inconstantes, qui, partant de la partie externe des lobes latéraux, passent au devant de la carotide primitive pour se jeter dans la jugulaire interne.

3“ Les veines thyroïdiennes inférieures, distinguées en médianes, au nombre de deux, et latérales, doubles encore, émanent du bord inférieur du corps thyroïde ; les premières se jettent dans le tronc brachio-céphalique veineux du côté gauche, les veines latérales vont rejoindre les veines jugulaires internes dans leur partie terminale (Voy. Veines thyroïdiennes).

Aucune de ces veines ne présente de valvules (Sappey).

Vaisseaux lymphatiques. — Ces vaisseaux, dont l’origine est encore problématique pour le professeur Sappey (5® édition, Anat., p. 510, t. IV), ont fixé d’une manière particulière l’attention de Boéchat.

Pour cet auteur le système lymphatique du corps thyroïde a un déve-

THYROÏDE. — vAissEADs sanguius et lïmphatiqoes. 561

loppement tel, qu’il paraît en former une des parties constituantes les plus considérables.

Par une technique dans le détail de laquelle nous n’avons pas à entrer {injections interstitielles), Boéchata pu arriver à constater dans le corps thyroïde un vaste système de canaux ou de sinus entourant les vésicules : il décrit les travées de ces canaux et montre leurs variétés d’aspect, de volume. « La matière colloïde, remplissant chez l’adulte les alvéoles du corps thyroïde, exei’ce une compression considérable sur ces canaux ; aussi ces derniers sont-ils à peine distincts, et sur une coupe ils ont l’aspect d’une fente étroite : lorsque la gélatine y pénètre, elle comprime à son tour les alvéoles et leur contenu. Aussi voit-on souvent ces derniers n’être plus représentés que par des travées placées au milieu de la masse gélatineuse.... » (Boéchat, 36, loc. cit.)

Boéchat a pu démontrer que ce système de cavités ou de sinus communiquant largement les uns avec les autres, et formant ainsi dans l’organe un vaste réseau caverneux, était tapissé par un endothélium : cet endothélium, après avoir subi l’influence du nitrate d’argent, apparaît sous la forme de lignes noires s’unissant les unes aux autres et limitant des espaces à contours irréguliers qu’on ne saurait mieux comparer qu’aux bords des diverses pièces d’un jeu de patience, etc.

En résumé, pour Boéchat les vaisseaux lymphatiques du corps thyroïde constituent un vaste réseau caverneux contenu dans le stroma de tissu conjonctif qui sert de charpente à cet organe. Ce réseau est formé par des sinus lymphatiques communiquant largement les uns avec les autres. C'est dans ses mailles que se trouvent les cavités thyroïdiennes dont les parois sont accolées, sur un grand nombre de points, à celles des lymphatiques.

Lorsque nous aurons ajouté que les capillaires sanguins sont placés tantôt dans les interstices que laissent les canaux lymphatiques, tantôt dans l’épaisseur des travées de la charpente, on saisira les analogies nombreuses de texture qui existent entre le corps thyroïde et les ganglions lymphatiques : ces rapprochements semblent donner un certain crédit à l’opinion d’après laquelle la thyroïde jouerait un rôle dans la formation des globules blancs chez le nouveau-né.

Où se rendent les troncs lymphatiques provenant du corps thyroïde? Pour Sappey les troncs supérieurs pénètrent dans les ganglions situés au devant du larynx, les autres dans les ganglions placés au-dessus de la fourchette sternale. Legendre a trouvé un ganglion, parfois deux, accolés au bord externe des lobes et vers l’angle inférieur du corps thyroïde. Boéchat a eu assez souvent occasion de voir ces ganglions, en particulier l’un d’eux qui est presque constant et qui siège vers la partie inférieure du bord externe du lobe droit.

Voici d’ailleurs, d’après le même auteur, qui a fait de nombreuses injections, la disposition des troncs et des ganglions lymphatiques du corps thyroïde. Ces recherches ont été faites avec des injections au bleu de Prusse, au moyen d’un appareil spécial (thèse citée, p. 40).

HOUV. DICT. HÉD. ET CUIR. XXXV — 36

562 THYROÏDE. — développement.

« La surface du corps thyroïde est recouverte de troncs lymphatiques formant un réseau à mailles assez fines. Du bord supérieur de l’isthme partent de chaque côté de la ligne médiane un à deux vaisseaux qui vont se rendre à un petit ganglion situé en avant ou au-dessus du muscle crico-thyroïdien. (Nous avons nous-même constaté l’existence de ce ganglion.)

« Du sommet des lobes sortent plusieurs lymphatiques (quelquefois six) qui vont, les uns vers un ganglion situé entre la carotide et la veine jugulaire interne au niveau de l’angle supérieur du cartilage thyroïde, les autres vers la paroi latérale et postérieure du pharynx. Quelquefois il y en a qui accompagnent l’artère thyroïdienne supérieure pour se rendre à un ganglion placé derrière le sterno-mastoïdien. On trouve habituellement un paquet de vaisseaux (j’en ai vu jusqu’à sept) qui, partant de l’extrémité inférieure de chaque lobe, aboutissent à plusieurs ganglions situés au devant de la trachée et au-dessous du thymus, mais jamais je n’ai pu pousser l’injection jusque dans le thymus ».

Nerfs. — Le corps thyroïde reçoit des filets nerveux du pneumogastrique et du sympathique. Serres a signalé des rameaux provenant de la branche descendante de l’hypoglosse. Legendre a suivi un certain nombre de filets du récurrent et du laryngé externe se rendant à cet organe. Les branches émanées du grand sympathique sont accolées aux gros vaisseaux. H. Jones, cité par Legendre, aurait suivi des filets de ce nerf jusqu’au voisinage des alvéoles et formant des plexus. Cette opinion mériterait confirmation.

Sapïey, Crdveilhieb, Cadiat, Leçons d’anat. générale, 1878, p. 202.

Bichat, Anatomie générale.

Lalobette, Reeherches anatomiques sur la glande thyroïde. Mémoires de mathématique et de physique présentés à l’Académie royale des Sciences (Savants étrangers, 1730, t. I, p. 159).

Legesdre (E.-Q.), De la thyroïde, thèse de Paris, 1852. On trouve dans cette thèse un tableau bibliographique complet de la question.

O. ' Kohlrausch, Beitrægezur Kenntniss der Schildrüse (Millier’ s Archiv fur Anatomie, 1835, S. 142).

E. Verson, IxiStricker’s üandbuch der Lehre von den Geweben, art. Schilddrüse, 1871, S. 267.

CoKKiL et Raxauer, Manuel d’histologie pathologique, 1869, p. 46.

Frey, Morel (de Nancy), Traité d’histologie.

H. JoxEs, lyroïd gland (Cycloped. of Anat., London, 1830, livraison 39).

P. A. Boécbat, Recherches sur la structure normale du corps thyroïde, thèse de Paris, 1873.

Développement. — C’est à Remak que nous devons les premières recherches sur la glande thyroïde du poulet : elles ont eu pour résultat remarquable de nous démontrer que cet organe naît du pharynx par un bourgeonnement. Ces données ont été confirmées et complétées par Cotte, W. Mueller et A. Seessel, dans leurs points essentiels,

Kôlliker a pu suivre le développement de la thyroïde sur un mammifère (le lapin). Pour cet auteur le premier rudiment de la thyroïde est constitué par un diverticule de la paroi antérieure du pharynx avec épi thélium épaissi. Il y aurait donc entre les mammifères et le poulet une

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