‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 83 sur 117 · THYROÏDE. — DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

THYROÏDE. — DÉVELOPPEMENT

certaine similitude au point de vue de la genèse de la thyroïde : chez les premiers, en effet, le phénomène primordial est la présence d’un diverticule dans l’épithélium pharyngien. Plus tard apparaissent des différences, car chez les mammifères le diverticule ne se détachera pas pour former une vésicule, mais se transformera, par prolifération de ses éléments, en un bourgeon solide, pour se séparer alors seulement de l’épithélium.

On doit donc abandonner l’ancienne hypothèse d’Arnold et de Rathke, qui croyaient que cet organe provenait de la trachée.

Pouvons-nous suivre toujours chez les animaux le développement et la transformation ultérieure de la glande thyroïde, une fois séparée du reste de l’épithélium?

Le rudiment glandulaire s’accroîtrait dans ses diamètres transversaux de façon à former un arc autour de la trachée ; il donnerait naissance à des bourgeons qui à leur tour se dichotomisent et se creusent de cavités. Vers le quinzième jour la glande tout entière placée au devant de la trachée .serait formée d’un cordon cylindrique contourné, muni de prolongements simples en général, élargis en massue à leurs extrémités : ces éléments glandulaires sont en partie solides, en partie pourvus de petites cavités, qu’on trouve surtout dans les extrémités. Ces extrémités pourraient se détacher de façon à former des vésicules indépendantes.

Le développement des bourgeons, les phénomènes de segmentation et la présence des bourgeons épithéliaux solides et de longs cordonnets épithéliaux ramifiés, rappellent ce qui se passe dans les glandes en grappe en voie de développement.

Kôlliker insiste beaucoup sur ces deux points :

1° Qu’il n’y a pas d’anastomose entre les cordons glandulaires, comme le veut Müller;

2° Que la glande forme un tout homogène pendant longtemps sans se diviser en deux glandes.

On ne connaît pas chez l’homme le premier stade du développement de la glande thyroïde. Ilis a vu, chez un embryon de 0,04 millimètres, cet organe sous la forme d’une vésicule épithéliale située dans la région du second arc branchial et au-dessus de l’ébauche des poumons; chez des embryons de 7, 0 à 7,5 millimètres, cette vésicule était bilobée et émettait une espèce de pédoncule allant vers la surface de la langue, toutefois sans l’atteindre. C’est dans le cours du deuxième mois qu’on voit apparaître les vésicules glandulaires, à côté des cordons glandulaires : il a semblé à Kôlliker que ces vésicules, se multipliaient par des bourgeons arrondis qui se détachent ensuite ; avant le septième mois, il est impossible d’observer un réticule quelconque, ou quelque chose d’approchant.

Telle est l’opinion de Kôlliker. Le corps thyroïde est donc un produit du feuillet interne du blastoderme: pour Ch. Robin, au contraire, il proviendrait du feuillet externe du blastoderme, car cet auteur, au lieu de considérer les muqueuses œsophagienne et laryngo-trachéale comme un

dérivé du feuillet blastodermiqne interne, les fait naître de la portion sous-encéphalique du feuillet externe : il y a là une divergence d’opinion que nous tenions à signaler.

Sappey, t. IV, p. 889.

Kôlliker, Embryologie, 10' livraison, p. 909, Pans, 1882.

Physiologie. — Le corps thyroïde existe chez tous les mammifères, et la constance de cette glande dans le règne animal a toujours porté les physiologistes à en rechercher les fonctions. Ces fonctions peuvent êti’e envisagées à deux points de vue :

1“ Au point de vue chimique, les éléments glandulaires intervenant en tant qu’agents modificateurs du sang qui les traversent, que cette action porte sur te plasma ou sur les éléments figurés du sang (rôle hématopoétique).

2“ Au point de vue mécanique.

Le rôle essentiel de la thyroïde est d’ordre chimique ; malheureusement nos connaissances sur ce point sont encore bornées, et c’est peutêtre en raison de cette ignorance qu’on a attribué au rôle mécanique de la glande une importance prépondérante. Nous suivrons les errements communs, tout en laissant prévoir que ces fonctions mécaniques et providentielles dans l’exposé desquelles on se complaît paraîtront puériles le jour où l’importance hématopoétique ou histo-chimique de la glande (chez l’enfant et chez l’adulte) sera clairement démontrée :

A. Rôle chimique. — Il semble bien établi que, toutes les fois que du sang veineux va pénétrer dans un parenchyme important, il traverse une glande vasculaire sanguine annexée à l’appareil circulatoire : la rate, qui est une dépendance du système porte et précède le foie ; la capsule surrénale est annexée au rein ; enfin la thyroïde et le thymus (enfant) sont traversés par le sang qui se rend au poumon : la glande thyroïde au point de vue physiologique fait donc partie intégrante de l’appareil pulmonaire.

La glande thyroïde est une glande vasculaire sanguine, c’est-à-dire une glande sans conduit excréteur, versant directement son produit dans le sang qui la traverse. Quelle est la nature de ce produit ? Le plasma est-il modifié dans sa composition ? Les éléments figurés du sang dans leur constitution ou leur nombre? Tels sont les termes du problème a résoudre.

Les analyses comparatives du sang qui arrive à la glande par les artères, et du sang qui en revient par les veines, ont conduit les physiologistes à des résultats peut-être discutables, mais à coup sûr intéressants, en ce qui concerne la rate (Béclard, Donné, Kôlliker, Hirt, Vierordt, Malassez et Picard, etc., etc.), le foie (Cl. Bernard, etc.).

Cette méthode expérimentale a été appliquée à la thyroïde par Berthelet : il a comparé le sang de l’artère carotide primitive au sang des veines thyroïdiennes, et à celui de la veine jugulaire interne : voici mis en tableau le résultat de ces analyses :

Eaii . 83,56 '82,61 79>8

Albumine . 9,72 8,25 9,24

Globules . 0,87 8,81 10,92

Fibrine . 0,05 0,33 0,28

Ces analyses tendent à faire admettre que le corps thyroïde peut contribuer à changer la constitution chimique et microscopique du sang, puisqu’à sa sortie de la glande ce fluide perd un peu d’eau et d’albumine et gagne par compensation des globules et delà fibrine, mais il est difficile de préciser la signification de ces légères différences (Colin, Physiologie).

L’examen du contenu des vésicules closes du corps thyroïde (Voy. partie anatomique) n’a conduit jusqu’ici à aucune conclusion au point de vue du rôle de la glande.

La méthode indirecte, c’est-à-dire la recherche des accidents qu’entraînent à leur suite l’ablation du corps thyroïde, ses dégénérescences, n’a pas fourni des résultats plus probants. — A en juger |)ar les altérations de nature que subit le corps thyroïde, lorsque l’individu se trouve dans des conditions hygiéniques défavorables, que ces conditions tiennent au climat, au régime, etc., etc., on ne peut méconnaître que ce corps joue un rôle dans la nutrition, mais à cette induction s’arrête notre savoir.

Il serait d’un certain intérêt de faire l’analyse qualitative du sang chez les individus atteints d’une dégénérescence du corps thyroïde: mais encore que de causes d’erreurs dans ce problème si simplement posé !

L’ablation du corps thyroïde, n’entraînant à sa suite d’autres troubles que ceux qui sont le résultat du traumatisme, ne nous fournit aucune donnée précise : on peut l’enlever sans que les sujets succombent. On a même vu survivre des chiens privés à la fois de la rate et du corps thyroïde.

Faut-il rechercher le rôle du corps thyroïde non chez l’adulte, mais dans les premiers mois de l’existence? Intervient-il en fournissant des principes nécessaires à l’évolution des éléments anatomiques de nos tissus, pendant cette première période ? Hermann a bien avancé dans sa physiologie que « les globules incolores identiques aux cellules de la lymphe se produisaient chez le nouveau-né, très-probablement dans les glandes et follicules lymphatiques, ainsi que dans quelques organes destructeurs assez semblables, le thymus et la glande thyroïde, ainsi que dans la rate, » mais nous sommes toujours en présence d’hypothèses, et ce rôle hématopoétique reste à démontrer.

En résumé, ni la méthode expérimentale directe, ni la méthode expérimentale indirecte, ne nous ont jusqu’ici éclairé sur les fonctions chimiques de la thyroïde. — Cette glande doit, comme ses congénères, modifier le sang qui la traverse (plasma ou éléments figurés), et se rend au poumon, mais il est encore impossible d’indiquer d’une façon précise en quoi consistent ces modifications.

B. Fonctions mécaniques. — La richesse vasculaire artérielle et veineuse du corps thyroïde, ses rapports avec la carotide primitive, ses déplacements passifs liés à ceux de la trachée (Déglutition — Phonation

— Respiration), commandent les phénomènes mécaniques auxquels préside cette glande.

Nous examinerons successivement le corps thyroïde comme :

1" Centre de rétablissement de la circulation entre le système caroti dien et la sous-clavière ;

2" Comme modificateur de la circulation cérébrale, en dehors de tout état congestif pendant la période de développement de l’embryon;

3° Comme réservoir du sang artériel et veineux :

a. En dehors de l’effort ;

h. Pendant l’effort, et secondairement comme agent régulateur de la circulation intra-cérébrale au moment de cet acte ;

4“ Comme cœur cervical et accélérateur passif de la circulation veineuse cervicale;

5° Comme organe congestif directement lié aux actes génitaux (Menstruation — Défloration — Grossesse — Lactation).

1° Bu corps thyroïde considéré comme centre de communication entre les artères carotides et sous-clavières. — Dans l’épaisseur du corps thyroïde, on voit se continuer entre elles par l’intermédiaire des thyroïdiennes : a. les deux sous-clavières ; h. les deux carotides externes; c. la sous-clavière et la carotide du même côté; d. la sous-clavière et la carotide du côté opposé.

Sappey compare d’une façon heureuse ce centre vasculaire ainsi formé au centre vasculaire de la base de l’encéphale : par ces larges communications la diffusion du sang rouge est assui’ée, et on peut supposer l’imperméabilité de l’une de ces trois artères, sans que la circulation des différents organes du cou et de la tête soit compromise (Voy. au sujet de ces anastomoses discutables, l’art. Thyroïdiens {vaisseaux).

2“ Du corps thyroïde considéré comme modificateur de la circulation cérébrale, pendant la période du développement de l'embryon.

Maignien dans un mémoire surtout ingénieux a cherché à établir des rapports entre le corps thyroïde et le développement ainsi que les fonctions de l’encéphale. Suivant cet auteur, les lobes thyroïdiens bridés par des aponévroses résistantes, recouverts par les muscles sous-hyoïdiens, seraient destinés à comprimer les carotides contre la colonne vertébrale et à diminuer ainsi l’afflux du sang vers les parties antérieures de l’encéphale. De leur volume proportionnellement très-considérable pendant la vie intra-utérine il résulte à cette époque une pi’édominance dans la circulation des artères vertébrales, et ainsi un accroissement plus rapide ■et plus complet du cervelet, du bulbe et de lo protubérance.

Chez les mammifères les lobes thyroïdiens restent distincts et sont ■en rapport plus immédiat avec les carotides : aussi les hémisphères cérébraux sont-ils relativement moins développés que le reste de l’encéphale. Chez l’homme au contraire, par suite de la présence de l’isthme, ils se portent davantage en avant et ne compriment les carotides que ■dans certaines circonstances : c’est lorsqu’il doit y avoir prédominance d’action des parties postérieures de l’encéphale, par exemple, dans les

efforts musculaires, le saut, la course, etc., etc. Enfin, et comme complément, Maignien rappelle que chez les crétins, dont le corps thyroïde est hypertrophié ou dégénéré, ces mêmes parties encéphaliques postérieures sont relativement plus considérables que les antérieures, précisément parce que la circulation des vertébrales est -plus active et plus libre que la circulation des carotides.

Voilà des vues fort ingénieuses, mais théoriques, auxquelles il manque une démonstration qui tardera probablement à se faire.

5. Du corps tyroïde considéré comme réservoir du sang artériel et veineux : a. en dehors de l’effort; b. pendant l’effort, et secondairement comme agent compressif des carotides et régulateur de la circulation intra-crânienne au moment de cet acte. — Le corps thyroïde peut emmagasiner à un moment donné du sang dont il serait facile d’évaluer la quantité par la méthode directe : aussi Hermann [Eléments de physiologie, troisième partie, chap. xiu, p. 479) n’hésite-t-il pas à dire que les différences de pression du sang que pourrait produire dans le cerveau un changement subit de la position du corps (passage de la position horizontale à la position verticale, par exemple) paraissent être empêchées par la circulation collatérale qui se produit dans la glande thyroïde (Liebermeister). Si le changement de position est trop soudain, il en résulte un étourdissement passager.

Dans un mémoire souvent cité, Félix Guyon a étudié le rôle du corps thyroïde pendant l’effort et a montré que la congestion tyroïdienne produisait l’arrêt de la circulation carotidienne.

Chez les femmes en couches, chez beaucoup de sujets, l’effort détermine la suspension complète du pouls dans toutes les artères de la face et de la tête, où il est perceptible normalement (faciales, coronaires, labiales, occipitales, temporales) ; c’est quelques secondes après le début de l’effort que ce phénomène peut se constater; dans l’effort, il y a chez tous les individus, sinon une disparition complète du pouls temporal, du moins une diminution de la force des pulsations.

Voici l’explication donnée par F. Guyon de cette particularité : « Dans l’état normal, le bord postérieur des deux lobes du corps thyroïde est appliqué sur la face antérieure des deux carotides primives. Ce contact toujours étendu est parfois tellement intime que, d’après la remarque de Sappey, les lobes latéraux de la glande sont creusés d’une gouttière pour recevoir les artères. Or qu’arrive-t-il pendant l’effort? Le sang veineux ne trouvant pas un libre accès dans le cœur s’accumule dans les veines si nombreuses de la glande thyroïde ; celle-ci est alors à l’état d’une véritable éponge imbibée de sang. Comprimée par les muscles profonds du cou contre le plan résistant offert par la trachée, elle est rejetée de chaque côté du bord externe des muscles sternothyroïdiens, et les lobes latéraux, devenus en même temps plus volumineux et plus durs, exercent sur les carotides une compression assez forte pour s’opposer au passage du sang artériel, sinon complètement, du moins assez pour que les pulsations cessent d’être perceptibles dans

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les branches des carotides. Pendant un effort, ie corps thyroïde congestionné par le sang veineux, qui ne peut s’écouler par les veines thyroïdiennes et gagner ainsi le cœur droit, continue à recevoir du sang artériel par les artères thyroïdiennes inférieures. — La vascularité du corps thyroïde assure une libre entrée au sang artériel, alors même que la circulation veineuse est entravée : aussi cet organe considéré au point de vue vasculaire peut être envisagé, pour le cerveau, comme un véritable réservoir de dérivation artériel et veineux.

Ainsi se trouve démontrée la solidarité entre le rôle mécanique du corps thyroïde et la fonction de la respiration. Pendant l’effort, cet organe emmagasine du sang veineux, il continue à recevoir du sang artériel et, comprimant les carotides, il empêche l’arrivée au cerveau, qui est incompressible, d’une trop grande quantité de sang. »

La circulation intra-thyroïdienne est donc étroitement liée à la respiration, et on s’explique aisément les remarques suivantes dues à Magnus et à Lalouette : chez des chiens mis à mort, après une course rapide, ces observateurs ont trouvé le corps thyroïde toujours gorgé de sang; si avant de sacrifier ces animaux on avait laissé la respiration et la circulation revenir à leur état normal, cette turgescence disparaissait.

Cette congestion est souvent assez intense pour amener des ruptures vasculaires, et F. Guyon a cité un cas d’apoplexie thyroïdienne survenue chez un homme après un effort violent (Voy. Pathologie).

4“ Du corps thyroïde considéré comme un cœur cervical et accélérateur passif de la circulation veineuse cervicale. — Le corps thyroïde suitia trachée dans les différents mouvements d’élévation, d’abaissement, auxquels elle est soumise pendant les actes de la déglution, de la respiration, de la phonation : c’est surtout au moment du deuxième temps de la déglutition que cette ascension thyroïdienne est manifeste : le corps thyroïde entraîné par l’appareil laryngo-trachéal oscille dans le plan vertical suivant une étendue de 2 à 3 centimètres environ (étendue égale à la distance qui sépare l’os hyoïde du cartilage thyroïde, puisque c’est de cette même hauteur que s’élève pendant le deuxième temps de la déglutition l’appareil laryngo-trachéal). — Or pendant ce déplacement les points d’insertions supérieures des muscles sterno-thyroïdiens s’éloignent des insertions inférieures ou sternales : ces muscles se tendent passivement, et comme ils recouvrent en s’étalant sur lui le corps thyroïde, il en résulte que cette glande doit subir à ce moment une certaine compression ; compression passive, puisque c’est le corps thyroïde qui en s’élevant vient presser contre sa doublure musculaire. 11 se vide alors de l’excès du sang qu’il contient, comme l’éponge mouillée que l’on applique légèrement contre un plan résistant.

Nous croyons donc qu’à chaque mouvement de déglutition ie corps thyroïde laisse échapper un excès du sang veineux, et pour rappeler cette action on pourrait le comparer à un cœur cervical. Mais empressons-nous de faire remarquer que cette expression est encore moins juste dans ce cas qu’elle ne l’était lorsque Beau employa cette compa-

raison pittoresque pour caractériser le rôle de la rate dans la circulation porte : la rate en effet est contractile, peut intervenir d’une façon active dans la circulation, tandis que le corps thyroïde, qui ne renferme aucune fibre musculaire, est absolument passif.

En terminant faisons remarquer que les coudures, les anses serpentines que présentent les artères thyroïdiennes (anses précarotidiennes de BarkovY), sont pour nous le témoignage des mouvements dont le corps thyroïde est le siège. Cette disposition spéciale en rapport avec la mobilité des organes se retrouve dans le système lymphatique , et nous espérons publier prochainement des recherches sur les lymphatiques des organes génitaux externes, qui mettront cette loi en évidence.

5“ Du corps thyroïde considéré comme organe congestif directement lié aux actes génitaux (menstruation, défloration, grossesse, lactation). — Sans considérer avec Meckel la glande thyroïde comme la répétition de la matrice au cou, il est indéniable qu’il existe une certaine relation (sympathie des Anciens) entre le corps thyroïde et les organes génitaux.

Prenons trois actes importants de la vie génitale de la femme, la défloration, la menstruation, la grossesse, et cherchons à pénétrer les sympathies génito-thyroïdiennes.

Il est un fait d’observation presque vulgaire, c’est que les dimensions du cou augmentent chez la femme qui n’est plus vierge. « Les Anciens pensaient, dit Malgaigne, que le cou grossissait chez la femme immédiatement après les premières approches de l’homme, et cette idée s’est conservée dans le peuple jusqu’à nos jours. Ainsi quelques matrones mesurent encore la circonférence du cou d’une jeune mariée le jour et le lendemain des noces. Puis il indique un procédé de mensuration pour reconnaître la virginité . Les physiologistes, continue-t-il, ont dé¬

daigné ces traditions populaires; je dois dire cependant que, sans leur accorder une grande valeur, elles ne sont pas sans quelque fondement. Chez les femmes mariées depuis plusieurs années le cou est certainement plus large, et il m’a paru qu’il s’élargissait surtout par l’effet de la grossesse et de l’accouchement. C’est un sujet de recherches qui ne serait pas sans intérêt » (Malgaigne, Anatomie chirurgicale) .

Retenons cette opinion de Malgaigne, en ce qui concerne \Si grossesse et l'accouchement : mais il n’est nullement démontré que la défloration seule puisse modifier le volume de la thyroïde. — Nous n’accorderons donc pas d’autre intérêt que celui de la curiosité aux procédés de mensuration du cou pour reconnaître la virginité. — ■ A quelles méprises ne serait-on pas exposé par de telles observations !

Pendant la menstruation, le corps thyroïde présente un gonflement souvent appréciable. Liégeois, dans sa thèse d’agrégation sur l’anatomie et la physiologie des glandes vasculaires sanguines, cite un fait qui lui a été communiqué parChapotin de Saint-Laurent, et dans lequel l’influence de la menstruation sur le développement du corps thyroïde paraît bien évidente : « Chez une Italienne, âgée de trente-six ans, ayant eu cinq en-

570 THYROÏDE. — des fonctions faussement attribuées ad corps t. fants, la thyroïde, notablement hypertrophiée, grossissait deux jours avant l’époque des règles d’une façon manifeste : on constatait le fait en mesurant le cou avec toutes les précautions possibles. Les mamelles augmentaient de volume en même temps que la thyroïde. »

Depuis Démocrite, le gonflement du cou a été donné comme un signe de conception. Nous trouvons dans Gazeaux (p. 448) un court chapitre consacré à l’hypertrophie de la glande thyroïde pendant la grossesse.

« Il n’est pas rare, dit-il, que la glande thyroïde s’hypertrophie pendant la grossesse, en dehors de toute influence endémique. Habituellement cette hypertrophie est peu considérable et ne produit aucune gêne. Quelques femmes cependant se plaignent de voir leur cou grossir et se déformer. Celte augmentation du volume du corps thyroïde diminue quelque peu après l’accouchement, mais il est rare qu’elle disparaisse complètement.

Cette hypertrophie du corps thyroïde chez la femme enceinte peut se compliquer de thyroïdite et se terminer par suppuration (obs. Cazeaux).

Sous l’influence de grossesses répétées cette hypertrophie peut devenir inquiétante, amener des accès de suffocation par compression de la trachée ou des récurrents, nécessiter même l’accouchement prématuré (Guillot, Cazeaux).

Cette congestion physiologique, qui semble s’accentuer avec les mois de la grossesse, atteindra des proportions inquiétantes quand le corps thyroïde est déjà le siège d’un goitre.

Quelle pathogénie est-il raisonnable de donner des phénomènes que nous venons de signaler? Les sympathies de la thyroïde avec l’appareil génital dépendent de la même cause qui fait que les mamelles, le larynx, en ont aussi avec cet appareil, sans qu’on puisse conclure à une donnée précise. L’afflux sanguin qui dès les premières semaines de la grossesse commande le gonflement des seins semble s’exercer aussi sur la glande thyroïdienne. La lactation, en entretenant cette activité circulatoire locale et à distance, peut entretenir l’hypertrophie du corps thyroïde, l’exagérer même, et nous pourrions citer le cas d’une nourrice qui, après une deuxième grossesse et au bout de quatorze mois d’allaitement, fut prise d’accidents de suffocation dus à une hypertrophie delà glande thyroïde, accidents qui amenèrent la mort malgré la trachéotomie.

Des fonctions faussement attribuées au corps thyroïde. — Une connaissance imparfaite de la structure et des connexions anatomiques du corps thyroïde a fait attribuer à cet organe les fonctions les plus singulières.

Tant qu’on n’eut pas démontré l’absence de communications avec la trachée ou le larynx, le corps thyroïde fut successivement considéré comme sécrétant le mucus bronchique [Encydop. des Sciences méd.}, comme le vestige des branchies des poissons, comme se rattachant d’une manière intime à la production de la voix. Pendant longtemps on crut que le corps thyroïde était une glande dont les conduits excréteurs venaient

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