TONIQUES. — DES AGENTS DE LA MÉDICATION TONIQUE
thie. Il y a aussi, parmi eux, des agents physiques tels que le calorique, la lumière, l’électricité, le magnétisme, etc., qui interviennent à tout autre titre, quoique d’une façon souvent heureuse. Mais nous ne pourrons bien apprécier le rôle de ces moyens pondérables et impondérables qu’après les avoir classés et énumérés. Nous diviserons les névrosthéniques en cinq groupes : 1° les agents impondérables empruntés à la physique ; T les substances douées surtout de propriétés dynamiques ; 5“ les substances agissant par excitation ; 4“ les substances agissant par astringence; 5" enfin les toniques par circonstance.
1“ Le& impondérables de laphijsique. — Ce sont: la chaleur, \ü lumière, l’électricité, le magnétisme. C’est à leur propos que, étant admise la doctrine de la transmutation des forces physiques, on peut entrevoir la force vitale comme susceptible de s’alimenter à la source commune de tous ces mouvements vibratoires. Mais il y a mieux ici que des hypothèses à émettre ; des applications directes de ces puissances ont été faites à l’art de guérir, dans le sens qui nous occupe : nous allons entrer dans quelques détails à ce sujet.
a. Calorique. — 11 existe une grande différence entre le calorique envisagé comme donnant la mesure de l’énergie des actes de la nutrition et le calorique emprunté au dehors et s’appliquant à l’organisme vivant. Dans le premier cas, le corps d'un animal à sang chaud représente un foyer dont le calorique se dépense en mouvements fonctionnels, et dont l’ardeur n’est tempérée que par quelques-unes de ces fonctions créées dans ce but. Si l’on compare à ce cas celui d’un animal à sang froid, on voit tout de suite combien est différente l’énergie vitale, autrement dit la tonicité, dans les deux circonstances.
D’après cela, on doit admettre que le calorique emprunté au dehors est le premier mobile de l’activité de l’animal à température variable. C’est ce calorique qui rappelle à la vie l’animal hibernant, qui éveille le développement de l’œuf fécondé et qui préside jusqu’aux mouvements de la végétation. Dans les conditions pathologiques, il est démontré qu’une température élevée favoiise l’évolution et la cicatrisation des plaies. Aussi l’idée de soumettre ces plaies à une sorte d’incubation a-t-elle été poursuivie avec succès par un homme ingénieux (J. Guyot).
Cependant il faut reconnaître, d’autre part, qu’une température habituellement élevée déprime les forces de l’homme, tandis que le froid lui rend sa vigueur. Jusqu’à un certain point le froid peut être considéré comme touiijue et, par son action constrictive sur le réseau capillaire, il se rapproche beaucoup des astringents. Telles sont les limites dans lesquelles le calorique appartient à notre sujet.
b. Lumière. — La lumière est également nécessaire au jeu régulier de la vie. Nous n’insisterons pas sur une vérité aussi généralement admise, et que les traités d’hygiène rapportent dans tous ses détails; mais nous ne laisserons pas sans le signaler ce fait curieux, et récemment constaté, de l’influence des rayons violets sur la nutrition générale, aussi bien
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quand il s’agit des végétaux que des animaux. Nous ne pouvons que renvoyer au travail de A. Poey sur cette matière.
c. Électricité. — L’électricité est en train de conquérir une grande place en thérapeutique, mais il y a à distinguer. Pour ce qui se rapporte à la question des toniques, il ne peut guère y avoir à mettre en jeu que les courants continus. Les expériences de Legros et Onimus, les faits de Gubler (cités par J. Grancher), ne laissent pas de doute sur le rôle de l’électricité dans les actes de la nutrition totale,. De même, On a vu aux articles Électricité, thérapeutique, t. Xll, p. 518 et suiv. et Muscle, t. XXIIl, p. 532, que l’on pouvait à l’aide du courant continu nourrir en quelque sorte et ramener à leur volume primitif des muscles atrophiés et paralysés, des courants interrompus pouvant avoir un effet tout opposé en procédant par épuisement.
d. Magnétisme. — Les faits acquis sur le présent sujet se rapportent aux effets produits sur la sensibilité locale par l’apposition de barreaux aimantés assez puissants. En cas de paralysie, cette sensibilité serait ranimée ; et d’autres actes intimes, propres à la nutrition et aux mouvements, s’ensuivraient. Mais cette question, née d’hier en quelque sorte, ne semble pas avoir encore de base scientifique suffisante.
Il faut en rapprocher le cas de la métallothérapie, qui offre avec le magnétisme plus d’une analogie. Ce sont toujours des actions de contact et des influences à distance, sans que la substance agissante soit entraînée dans le mouvement fonctionnel. Quel est l’avenir réservé à ces faits? Nous l’ignorons.
2° Toniques dynamiques. — Nous entendons par là des substances qui traversent l’organisme, en s’y modifiant ou non, mais qui laissent comme trace de leur passage un surcroît de force momentané ou durable. Quelques-unes de ces substances exercent un effet total, c’est-à-dire s’adressent à l’ensemble des éléments anatomiques et des fonctions; mais le plus grand nombre ont une action spéciale sur telle ou telle fonction, ou sur telle ou telle partie organique. Conservons cette distinction.
Les dynamiques généraux ont pour type le quinquina, ou pour mieux dire la quinine et ses différents sels. Dans les conditions physiologiques, leur influence se fait à peine sentir, mais l’état morbide révèle l’opportunité de leur rôle. C’est par-dessus tout Vadynamie qu’ils sont destinés à combattre, quelles que soient les circonstances au milieu desquelles apparaît cet élément pathologique. La chute des forces, l'adynamie, est le propre de tout effort prolongé contre un agent pathogéni(]ue qu’il faut détruire ou pousser au dehors, et principalement si cet agent est doué de propriétés septiques. De sorte que l’on peut se demander si la quinine est simplement un fébrifuge, un tonique vaso-moteur, ou bien si elle n’intervient pas en vertu de qualités antidotiques, et comme alexipharmaque. Beaucoup de circonstances de son action plaident en faveur de cette dernière interprétation ; etnous l’avons soutenu d’autre part (1882), avec des développements suffisants et convaincants. De toute fa-
TONIQUES. — DES AGEMTS DE LA MÉDICATION TONIQUE, çon, le résultat total de l’intervention de ce remède est la cessation de la fièvre, le relèvement des forces radicales, et partant un effet tonique.
Si l’on voulait cependant accorder quelque valeur à certains faits, la quinine pourrait presque être invoquée comme analeptique. Car on a constaté dans le sang, à l’état normal, la présence d’une matière fluorescente, à la façon de la quinine elle-même ; matière qui disparaîtrait par l’intoxication paludéenne, et que la quinine serait appelée à suppléer, si elle n’est point elle-même un corps de même nature. Telle est la théorie; elle nous semble trop facile pour être acceptée sans contestation.
Blentionnons rapidement comme pouvant jouer le rôle de dynamiques généraux : le fer, Vergot de seigle, la noix vomique, la digitale, la belladone, V arsenic, V opium 1^), etc. Mais l’action de ces substances s’accuse mieux en se localisant.
Les névrosthéniques spéciaux ont les mêmes moyens d’intervention que les substances dont il vient d’être question, à savoir, l’appareil vasomoteur lui-même, mais en limitant, par une sorte d’affinité élective, leurs effets à telle section déterminée de cet appareil. Ainsi agit Vergot de seigle, qui est par excellence le tonique du système utéro-ovarien, ou mieux de toutes les formations allantoïdiennes, sans que pourtant on puisse contester ses propriétés hémostatiques pour toute autre région du corps. De même, la noix vomique est l’excito-moteur spécial delà moelle épinière ; la digitale est le régulateur de l’acte cardiaque, le quinquina du cœur (Beau) ; la belladone ranime les fibres radiées de l’iris, tandis que la fève de Calabar agit sur les fibres circulaires. Quant au fer, les doutes qui subsistent au sujet de son absorption pourraient bien réduire son influence à une pure action topique sur la muqueuse gastro-intestinale : ce qui le rattacherait définitivement au groupe des toniques astringents. V opium, de son côté, considéré par quelques-uns comme un tonique, lorsqu’il est pris à petites doses, rentrerait plutôt dans les toniques excitants, que nous avons également réservés.
Parmi les toniques spéciaux, il faut mentionner séparément ceux qui agissent immédiatement, et par voie topique, sur la muqueuse gastrointestinale. Il y a là une classe distincte de substances qui ont pour caractère commun Vamertume. Quel rapport peut-il bien exister entre cette propriété organoleptique et un effet tonique pour les voies digestives? Il n’apparaît pas très-clairement; cependant on doit reconnaître que le quinquina, la gentiane, le quassia amara, le Colombo, la noix vomique, etc., sont des stimulants puissants de la fonction stomacale, et en même temps des apéritifs éprouvés. De sorte qu’ils deviennent par ce fait des toniques généraux, quoique d’une façon indirecte. Cependant il ne faudrait pas aller trop loin dans cette voie et conclure toujours de l’amertume à la vertu tonique, car il est des amers, tels que V opium, la mor. phine, V acide picrique, etc., qui sont loin d’être des stomachiques proprement dits.
Le même genre d’action, étendu à l’intestin, avec provocation aux garde’