‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 35 (volume 3)Chapitre 89 sur 117 · TONIQUES. - DE LA MÉDICATION' TONIQUE · texte numérisé non relu

TONIQUES. - DE LA MÉDICATION' TONIQUE

hémorrhagies et des sécrétions profiises permet aux forces de se rétablir plus promptement, alors qu’elles étaient compromises par une dangereuse spoliation.

5° Toniques par circonstance. — Nous sommes ainsi amené à envisager la question des toniques sous un aspect assez original, déjà indiqué, du reste, par J. Grancher, dans sa thèse pour l’agrégation. S’il est vrai que l’opportunité d’une médication ressort surtout de la circonstance où elle s’emploie, ou mieux, s’il est évident que la circonstance donne à la médication sa véritable signification, c’est bien dans le cas actuel. Ici l’on voit, par exemple, Vouverture d'un abcès relever au plus vite les forces compromises (Brouardel) ; le mercure ou Viodure de potassium, autrement dit des altérants, combattre l’anémie syphilitique mieux que le fer lui-même (A. Fournier) ; les alcalins rétablir les forces d’un arthritique (Grancher) ; et ainsi de suite. Mais ces faits sont plus connus qu’on ne le croît, au moins dans leur interprétation physiologique (Bordeu). N’est-ce pas l’histoire de Voppressio virium ? alors que chez un pneumonique, le pouls étant petit, concentré, et l’état général indiquant un anéantissement complet des forces apparentes, on voit la saignée, c’est-à-dire une spoliation, rétablir le pouls dans sa plénitude et son ampleur, et reporter la vie du centre à la périphérie. Voilà donc un tonique d’une forme toute nouvelle. Nous avons, ailleurs, traité ce sujet avec les détails qu’il mérite, et donné la clef de ces contradictions thérapeutiques. En somme, l’état tonique, créé et entretenu par un ensemble d’influences extérieures, qu’on appelle pour cela des toniques, constitue pour l’organisme une manière d’être supérieure. Il représente la viè dans toute son expansion, tantôt prête à l’action [in possé), et tantôt en activité {in actu). Il s’apprécie et se mesure de la façon suivante : 1" par l’effort dynamométrique [tonus muscularis) ; 2® par la tension vasculaire [tonus vascularis) ; 3“ par la numération des globules rouges et par leur richesse en hémoglobine ; 4“ enfin par toutes les énergies harmoniques de la vie, dans l’ordre physique, intellectuel et moral.

C’est l’athlète grec, résumant la personnalité humaine dans la plénitude de sa virilité, comme déjà Praxitèle avait réuni dans sa Vénus toutes les beautés de la femme. Tel est le type proposé à l’émulation de l’homme moderne, et auquel il doit tendre par tous les moyens hygiéniques, analeptiques et dynamiques dont il dispose.

III. De la médication tonique. — Le rôle des toniques sera encore mieux compris en nous transportant dans le domaine de la pathologie, car, avons-nous dit, cette classe d’agents thérapeutiques reçoit sa véritable signification des circonstances qui en réclament l’emploi. Étant donné la part que l’élément faiblesse, ou adynamie, prend dans la médecine contemporaine, et abstraction faite de toute idée de système, nous pour vons constituer les quatre groupes suivants, pour les différents cas auxquels s’applique la médication tonique : 1“ V adynamie simple; 2° Y adynamie avec putridité; V adynamie liée à un vice constitutionnel,

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et 4“ enfin V adynamie fausse. Reprenons chacun de ces groupes pour

l’examiner en détail.

1“ Adynamie simple. — Cette forme correspond aux épuisements de couTalescence, par hémorrhagies répétées, par misère physiologique ou mauvais régime, etc. C’est encore, si l’on veut, Vanémie, la chlorose, la consomption, la cachexie franche, le rachitisme, Yathrepsie, etc. Elle se traduit surtout par une grande pauvreté du sang en globules rouges, par de l’amaigrissement et de la faiblesse musculaire, par une certaine pâleur du tégument avec bouffissure, et par l’alanguissement de toutes les fonctions.

Ici, ce sont les toniques analeptiques qui doivent occuper le premier rang pour la réparation. Ils seront aidés par le milieu hygiénique, par l’air, la lumière, et par un agent dynamique essentiel, le fer.

2“ Adynamie avec état infectieux. — L’adynamie vraie des cliniciens trahit le plus souvent un état infectieux du sang : « La résolution des forces radicales, dit Barthez, est ce qui constitue les maladies malignes. » Notre fièvre typhoïde est l’affection qui, de nos jours, sous sa forme adynamique, ou mieux dans sa période adynamique, répond le plus exactement à celte situation : et la putridité en est le principe par excellence, si l’on en juge par l’intensité de la fièvre, mesurée au thermomètre : « Ûmnïs febris, quo magis est callida, eo magis est putrida » (Boerhaave). Il est de fait que l’hyperthermie devient, à l’heure présente, le grand danger des fièvres infectieuses : aussi les toniques, destinés à combattre l’élément adynamique, sont-ils relégués sur le second plan, pour faire place aux réfrigérants. Il est vrai que quelques-uns parmi ces toniques, tel que le sulfate de quinine, remplissent plusieurs indications, entre autres la dernière énoncée, et deviennent, pour les besoins du moment, des antithermiques, soit en resserrant le réseau capillaire, à titre de vaso-moteurs, soit en vertu d’une propriété antiseptique. Le quinquina n’est donc pas déchu comme tonique et fébrifuge, et son principe actif, la quinine, est encore le meilleur moyen que nous ayons pour régler la circulation capillaire dans les états septiques les plus graves. Il partage cette propriété, du reste, avec Yergot de seigle, la digitale, Y aconit, Y eucalyptus, Y alcool, etc., qui sont pourtant loin de l’égaler en puissance.

Z'' Adynamie constitutionnelle. — Ici la faiblesse ne dépend plus d’une cause fugace, comme une matière septique mêlée au sang, mais d’une disposition mauvaise et permanente de l’organisme. Faut-il citer les suppurations chroniques, les flux habituels trop répétés, le diabète, l’albuminurie, les adénopathies, les dégénérescences viscérales, la tuberculose, le cancer, etc.? En un mot, toute cachexie entraîne de soi la débilité générale, la chute des forces, et souvent l’impossibilité de les réparer. Qu’attendre comme énergie, même dans l’ordre moral, d’un individu dont toutes les humeurs sont viciées, et surtout l’humeur centrale, source de toute activité biologique, le sang?

C’est à ce propos que la médication tonique s’est constituée dans

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