TONIQUES. — BIBLIOGRAPHIE
son complet épanouissement : ralentir la vitesse de la chute, soutenir l’organisme dans sa lutte contre les causes de destruction, réparer ce qui est réparable : tel est le but à atteindre. C’est le triomphe des préparations ferrugineuses sans nombre, des vins de quinquina les plus raffinés, des agents antidéperditeurs, des moyens d’épargne. Mais, en somme, le résultat est subordonné à la persistance de la cause qui menace l’édifice de la ruine : tant que l’influence pathogénique dominante n’a pas été écartée, la lutte reste inégale et le succès'est douteux. L’abondance de nos ressources contre les états chroniques prouve la grandeur de nos besoins et en même temps l’inanité de nos efforts. C’est le cas ou jamais des toniques de circonstance, puisque le nœud de la question est précisément dans l’obstacle au retour des forces et au rétablissement de l’harmonie fonctionnelle. L’amputation de la jambe pour une tumeur blanche tibio-tarsienne, l’extraction d’un séquestre, la cautérisation du col utérin, etc.,' sont à coup sûr de singuliers corroborants, mais qui vaudront toujours mieux, pour le cas donné, que tous les toniques du monde.
4“ Adynamie fausse. — Connaissant les conditions de cette faiblesse toute d’apparence, l’indication thérapeutique se rapproche beaucoup de celle que comporte la donnée précédente : c’est toujours Yoccasio præceps, mais il y a quelques différences dans l’application. L’excès de force, qui constitue Voppressio virium, sera en général combattu par la saignée, surtout s’il s’agit d’une pneumonie franche; par le débridement, pour un anthrax, un étranglement herniaire, etc. De même Yalgidité, qui représente un autre mode de concentration des forces, réclamera plutôt l’opium, l’alcool, les antispasmodiques, etc., pour reporter, en faisant cesser le spasme vasculaire, la chaleur et la vie du centre à la périphérie. Arrivé au terme de ce travail, nous dirons :
1" Qu’ aujourd’hui plus que jamais il y a une question des toniques ; ‘2° Que cette question repose sur la notion des énergies fonctionnelles, entretenues et sollicitées par des agents extérieurs, qui prennent pour le cas présent le nom particulier de toniques ;
5" Qu’enfin sur cette donnée d’une balance entre la recette et la [dépense, pour le plus grand profit de l’individu, on peut fonder toute une dépendance de la science médicale qu’on appellera, si l’on veut, YEconomie biologique.
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Alfred Luton.
TORTICOLIS {Caput obstipum, collum distortum, cou tors). — Sous le nom de torticolis on comprend une difformité congénitale ou accidentelle caractérisée par une inclinaison vicieuse de la tête, s’accompagnant d’un certain degré de torsion du cou. Cette définition laisse, on le voit, de côté toutes les inclinaisons vicieuses qui, ne se combinant pas avec la rotation, rentrent dans le cadre de la cyphose, de la lordose et de la scoliose ; d’autre .part, elle fait abstraction des causes qui peuvent avoir amené la déviation de la tête, ce qui tient à ce que le torticolis, loin d’être une entité morbide, n’est que le symptôme commun à un grand nombre d’affections. Il existe, en effet, plusieurs variétés de torticolis, que l’on désigne sous le nom de torticolis cutané, osseux, articulaire, musculaire ou musculo-nerveux, ce dernier appartenant en réalité seul au domaine de l’orthopédie. Aussi le présent article sera-t-il consacré exclusivement à cette variété, où l’attitude vicieuse constitue le symptôme essentiel, tandis qu’elle n’est le plus souvent dans les autres formes qu’un épiphénomène sans importance relativement à la gravité des lésions concomitantes.
La théorie du torticolis musculaire repose tout entière sur quelques notions de physiologie normale concernant l’équilibre de la tête sur la colonne vertébrale. Lorsqu’on examine l’extrémité supérieure du squelette humain, on s’aperçoit immédiatement que la tête se trouve dans une position instable, et qu’abandonnée à elle-même elle tomberait en avant sous l’influence de la pesanteur, si elle n’était sur le vivant maintenue par la tonicité des muscles cervicaux. Qu’une lésion quelconque, paralysie, contracture, rétraction, atteigne ces agents actifs de l’équilibre céphalique, et l’on verra la tête subir une déviation correspondant à la nature de la lésion et aux fonctions du muscle atteint, se fléchir, s’étendre, s’incliner latéralement, éprouver un mouvement de rotation sur ellemême, en quelque sorte passivement et par le seul fait du raccourcissement ou de l’allongement musculaire. C’est ce qui arrive précisément dans la variété de torticolis qui nous occupe. Il se présente habituellement sous la forme d’une inclinaison latérale compliquée d’un mouvement de rotation du cou. Cette attitude, à peu près constante, tient à ce que la plupart des muscles cervicaux jouissent de mouvements complexes, et qu’indépendamment de leur mouvement principal ils produisent encore la rotation de la tête. Du reste, leur action pathologique est parfois associée, et c’est alors par une sorte de combinaison morbide qu’ils arrivent à produire l’altitude caractéristique du torticolis.
Étiologie. — Le torticolis musculaire se rencontre dans deux circon-
TORTICOLIS. — ÉTIOLOGIE.
stances différentes, soit à l’état physiologique, soit à l’état pathologique.
Le torticolis physiologique ne présente quelque intérêt que parce qu’il peut à la longue amener une difformité permanente ; il est caractérisé par une inclinaison volontaire ou involontaire de la tête (Bouvier). « Le torticolis volontaire est hahitueliement lié aux divers états de l’âme; le cou concourt, en effet, avec la tête, à l’expression des passions humaines. » Ce fait n’avait point échappé aux anciens moralistes et poètes, car on trouve dans Suétone, Horace, Pei’se, Lucien, Rabelais, des passages qui, décrivant l’attitude de certains personnages historiques ou autres, leur attribuent la. position du torticolis. Ce torticolis est connu sous le nom de torticolis des petits maîtres. Le torticolis involontaire dépend de causes variées qui portent les malades, dans leurs actes, à tenir la tête inclinée d’un côté. Ainsi Mellet, auteur d’un traité d’orthopédie, raconte qu’à l’âge de neuf ans il avait pris instinctivement l’habitude d’incliner la tête vers l’épaule droite, par suite d’une céphalalgie violente, qui n’était calmée que par cette attitude vicieuse. Au bout de deux ans, quand les maux de tête furent diminués, cette position anormale était devenue permanente et il fallut un traitement de longue durée pour en venir à bout. La cause la plus habituelle du torticolis involontaire est l’existence d’une affection oculaire qui porte les malades à pencher la tête pour mieux apercevoir les objets. C’est ce qu’on avait constaté depuis longtemps chez les enfants dont les deux yeux sont de force inégale. Tou' récemment, Cuignet (de Lille) étudiant avec soin les diverses attitudei, qui caractérisent certains groupes d’affections oculaires, a remarqué que la déviation caractéristique du torticolis se produisait surtout sous l’influence de la photophobie ou de la diplopie, et qu’il y avait lieu de décrire un véritable « torticolis oculaire. »
Le torticolis pathologique, qui doit surtout nous arrêter, se rencontre tantôt au moment de la naissance, tantôt plus tard sous l’influence de diverses causes que nous aurons à signaler.
La variété congénitale est rare et son étiologie peu connue. On peut dire cependant que dans certains cas elle est due à une lésion intra-utérine, etque parfois aussi elle reconnaît une origine obstétricale. Endehors de l’hérédité dont l’influence paraît assez bien démontrée par les observations de Dieffenbach et de Vidal de Cassis, on ne peut faire que des suppositions au sujet du développement du torticolis intra-utérin, com.me du reste pour la plupart des difformités congénitales. Trois théories à cet égard se trouvent en présence : 1“ la théorie mécanique, qui explique le torticolis par les pressions anormales subies par le fœtüs dans la matrice (Hippocrate, Ambroise Paré, Cruveilhier, Malgaigne, Dieffenbach, etc.); 2° la théorie musculaire ou musculo-nerveuse, qui voit l’origine de la malformation dans un état pathologique des muscles résultant ordinairement d’une lésion des centi’es nerveux (Rudolphi, Béclard, J. Guérin), quelquefois d’une inflammation des fibres musculaires (Dolbeau); 3° la théorie de l’arrêt de développement, qui admet qu’un côté de la face et de la tête s’est arrêté à un moment donné de son évolution (Bouvier). Il
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nous paraît difficile d’accepter l’une de ces opinions à l’exclusion des autres, et il est fort probable que les différentes causesque nous venons d’énumérer peuvent être invoquées à l’occasion. Quant au torticolis d’origine obstétricale, il serait, d’après Stromeyer et Dieffenbacli, le résultat d’une application maladroite du forceps, qui viendrait contusionner ou déchirer le muscle sterno-mastoïdien. Pour de Saint-Germain, cette explication n’est pas plausible, parce que, dans l’accouchement avec les fers, le muscle précédent ne saurait être intéressé, qu’on les applique d’arrière en avant ou latéralement. Les ruptures du sterno-mastoïdien se produisent néanmoins assez fréquemment pendant l’accouchement, en particulier dans les présentations du siège et des pieds, quand des médecins inexpérimentés exercent des tractions intempestives sur le cou del’enfant, mais elles ne sont jamais suivies de torticolis et l’on ne saurait accepter l’influence invoquée par Stromeyer et Dieffenbach.
Le torticolis acquis peut, être rattaché à deux ordres de causes: les unes f rappent primitivement les muscles, les autres ne les atteignent que consécutivement à des lésions des parties voisines, ou bien encore à des affections du système nerveux soit central, soit périphérique.
Parmi les causes qui agissent directement sur la fibre musculaire se trouve tout d’abord le traumatisme sous quelque forme qu’il se présente, plaies, chutes, coups sur la région cervicale. Delore en a signalé récemment un bel exemple chez une jeune fille qui avait reçu un violent coup de pierre derrière l’oreille gauche et qui vit se développer, malgré une guérison rapide de la plaie, une déviation considérable de la tête et du cou. D’une façon plus générale, toutes les myosites, qu’elles soient ou non suivies de suppuration, qu’elles soient d’origine traumatique ou spontanée, peuvent donner naissance au torticolis, qui présentera alors une physionomie variable en rapport avec le muscle atteint. Mais la cause la plus fréquente de cette affection est sans contredit l’action prolongée du froid, spécialement du froid humide, qui détermine alors un véritable rhumatisme d’un ou de plusieurs muscles du cou. Quelquefois c’est une contraction prolongée et forcée, une fausse position, qui est l’origine de la déviation; dans un cas relaté par Depaul, un effort considérable en a été la seule cause appréciable. Enfin, nous signalerons encore dans le même ordre d’idées les attitudes vicieuses en quelque sorte physiologiques dont nous avons déjà montré plus haut toute l’importance. La syphilis mérite-t-elle une place dans l’étiologie du torticolis, c’est un point encore discuté malgré les faits favorables de Bouisson et de Salomon. Ainsi de Saint- Germain fait observer que tant d’enfants ont été reconnus indemnes de syphilis qu’il est difficile d’admettre que cette cause soit réellement valable. Il est cependant avéré que l’existence de gommes du sterno-mastoïdién a donné naissance à la déviation caractéristique; aussi, sans vouloir en exagérer l’importance, est-il permis de penser que l’influence de cette maladie constitutionnelle se fait sentir dans des cas exceptionnels.
Le torticolis musculaire consécutif à des lésions des parties voisines reconnaît des causes tellement variées qu’il est difficile d’en donner une
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énumération complète ; on l’a surtout signalé à la suite d’angines et d’adénites cervicales, parfois de lésions beaucoup plus extraordinaires et plus inattendues. Robert a cité un cas de torticolis du sterno-mastoïdien déterminé par une fusée purulente provenant de la fonte tuberculeuse du poumon, fusée, qui s’était produite à la face profonde du muscle et en avait déterminé la contracture. J. Guérin l’a vu se développer sous l’influence de piqûres de sangsues, Delore à la suite de l’application d’un vésicatoire, d’une brûlure par l’eau bouillante, et dans un troisième cas sous l’influence d’un anthrax. Plus fréquemment le torticolis musculaire succède à des lésions articulaires ou osseuses du crâne et de la colonne cervicale ; seulement il importe de faire ici une distinction et de séparer nettement ce qui, dans la déviation, revient aux muscles, et ce qui doit être rapporté aux déplacements mêmes des surfaces articulaires et à l’affaissement des corps vertébraux. Nous reviendrons plus loin sur cette distinction à établir entre le torticolis musculaire et le torticolis articulaire, qui d’ailleurs peuvent se combiner au point de rendre souvent très-difficile l’interprétation des phénomènes pathologiques.
Dans les circonstances précédentes la contracturemusculaire est habituellement le résultat d’une action réflexe. Il en est encore ainsi lorsqu’une tumeur volumineuse venant à déplacer par son poids le centre de gravité de la tête, les muscles du côté opposé se contractent pour rétablir l’équilibre rompu. D’autres fois, c’est une action mécanique qui seule amène la déviation ; c’est ce qui arrive lorsqu’une tumeur soulevant le corps d’un muscle en rapproche les deux extrémités et produit ainsi le même effet que la contraction.
Les lésions du sytème nerveux sont fréquemment aussi le point de départ du torticolis musculaire : c’est ainsi qu’on l’observe dans la méningite cérébro-spinale, dans l’encéphalite spontanée ou traumatique, dans les tumeurs cérébrales et les affections médullaires. Les lésions du système nerveux périphérique : névrites, névromes, plaies ou piqûres des nerfs , peuvent également y donner naissance ; enfin on l’a signalé sous l’influence des névroses, de l’hystérie, de la chorée, ou bien encore dans la névralgie cervico-faciale.
Le torticolis acquis débute rarement dans la vieillèsse; il est surtout fréquent chez les enfants, où il se montre à la suite des convulsions, tandis que chez l’adulte il se développe généralement sous l’influence du rhumatisme. D’après Grisolle le sexe masculin constitue une cause prédisposante assez puissante, le torticolis dû à l’action du froid étant plus fréquent chez l’homme que chez la femme.
Akatomie pathologique. — Que le torticolis soit congénital ou acquis, les lésions observées dans les muscles sont identiques et relèvent d’une contracture, d’une rétraction ou bien encore d’une paralysie des muscles cervicaux. La contracture, cet état permanent de raccourcissement sans lésion histologique, se rencontre fréquemment dans le torticolis, ainsi qu’on peut s’en assurer sur le vivant à l’aide de la chloroformisation, qui fait cesser momentanément la difformité. Pour peu qu’elle se pro-
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longe, elle fait place à une rétraction véritable, où l’on constate alors une altération de structure des fibres musculaires, qui deviennent blanches, nacrées, fibreuses, et se chargent souvent de graisse. Les muscles cervicaux rétractés deviennent plus courts, plus larges, plus consistants qu’à l’état normal, et résistent aux tractions faites pour les allonger, même pendant le sommeil anesthésique. La transformation scléreuse, d’après Bouvier, s’étend également à leur [gaine, qui participe ainsi à la rétraction du tissu musculaire. Ces diverses particularités rendent compte du cri d’étain que l’on observé en coupant un muscle rétracté et du craquement particulier que l’on perçoit lorsque, le tendon coupé, on cherche à augmenter le redressement de la tête. Quant à la paralysie des muscles cervicaux, elle ne s’observe que dans des cas exceptionnels et sous l’influence de lésions du système nerveux; elle est habituellement suivie d’une rétraction secondaire des muscles antagonistes par suite de leur prépondérance fonctionnelle.
L’agent habituel du torticolis est le sterno-cléido-mastoïdien ; c’est là une vérité que Velpeau, Malgaigne, Vidal (de Cassis), Gaujot, ont admise sans conteste. Un fait très-curieux, c’est que cette affection atteint beaucoup plus fréquemment le sterno-cléido-mastoïdien du côté droit. Dieffenbach sur 37 cas n’a rencontré que 9 fois la contracture du muscle du côté gauche. Bouvier sur 27 cas l’a observée 18 fois à droite et 9 fois seulement du côté opposé. D’autre part, d’après ce dernier auteur, 5 fois sur 4 le faisceau sternal se trouve seul rétracté, tandis que le chef cléidomastoïdien ne l’est isolément que dans des circonstances exceptionnelles. Qu’il en soit ainsi au début de l’affection, la chose est possible, mais il n’en est pas moins vrai que le faisceau claviculaire subit habituellement un raccourcissement d’adaptation par suite de l’inclinaison vicieuse de la tête produite par le faisceau sternal, ce qui, d’après Dubrueil, diminue l’impoi'tance qù’on a voulu attribuer à la dualité de ce muscle. D’une façon plus générale , on peut dire que les lésions du torticolis restent rarement limitées au muscle atteint primitivement ; ses congénères ne tardent pas en effet à subir l’influence de la déviation, et se raccourcissent pour s’adapter à la nouvelle position prise par le squelette. •
Le sterno-cléido-mastoïdien n’est pas le seul muscle qui puisse être frappé ; la plupart des autres muscles cervicaux sont susceptibles d’être lésés, de façon à amener, soit par leur action propre, soit par leur influence combinée, l’attitude du torticolis. On a signalé dans cet ordre d’idées la contracture du trapèze, du splénius, de l’angulaire de l’omoplate, du scalène antérieur, du peaucier; mais ce ne sont là, d’après la plupart des auteurs, que des faits exceptionnels. Delore, au contraire, renversant absolument les propositions de ses devanciers, admet que le torticolis siège 18 fois sur 22 dans les muscles postérieurs de la nuque, 4 fois seulement dans le sterno- mastoïdien. Qu’il en soit ainsi dans le torticolis rhumatismal et dans le torticolis symptomatique, cela est possible, mais il nous paraît inadmissible que le vrai torticolis ou