REINS. - TROUBLES DE NUTRITION. HYPERTROPHIE
ils sont intacts. Le stroma conjonctif est infiltré de cellules arrondies; et ses travées ont augmenté d’épaisseur. Ce qui ne manque jamais, ce sont les lésions de l’artérite oblitérante, décrites dans ces dernières années par Heubner, comme propres à la syphilis.
F). Atrophie congénitale. — L’atrophie du rein a été rencontrée quelquefois accidentellement chez des nouveau-nés ; quelquefois elle coïncidait avec une petitesse relative de l’artère rénale qui expliquait suffisamment l’arrêt de développement de la glande, ou avec une imperméabilité du canal excréteur. D’autres fois, on n’en découvrait aucune raison apparente.
Symptomatologie. — Quand l’atrophie ne porte que sur un seul rein et que le rein du côté opposé a subi un certain degré d’hypertrophies elle passe généralement inaperçue. On peut dire même que dans les autres formes d’atrophie rénale que nous venons de passer en revue, cette lésion demeure souvent latente, ce qui peut tenir à ce que le cœur s'est hypertrophié pour maintenir l’excrétion de l’urine à un niveau convenable. A une période avancée, on peut rencontrer les principaux symptômes de la néphrite interstitielle atrophique. C’est ce qui a lieu surtout dans les cas de rein sénile.
« Le plus souvent, dit Lancereaux, l’atrophie rénale s’observe chez l’adulte ; elle est accompagnée de la diminution ou de l’oblitération du calibre de l’artère rénale correspondante, ou encore de l’obstruction des canaux excréteurs de l’urine. L’aspect du rein varie alors suivant l’âge ou l’altération a débuté. Lorsqu’elle a lieu dans les premiers temps de la vie, le rein est bosselé comme chez le fœtus, tandis que plus tard, il a les apparences d’un rein normal diminué de volume. Il est enfin, ajoute en terminant ce consciencieux observateur, des circonstances où l’on ne trouve ni dans les vaisseaux, ni dans les bassinets et les calices, ni dans les parties environnantes, de modifications capables d’expliquer le mode de formation de l’atrophie rénale. Il y a lieu d’ attribuer en pareil cas un certain rôle au système nerveux sympathique ; mais jusqu’ici, aucune preuve n’a été donnée à l’appui de cette hypothèse. »
§2. Hypertrophie. — Par hypertrophie du rein il faut comprendre une augmentation de volume de cette glande en rapport avec une suractivité fonctionnelle de ses éléments sécréteurs, et indépendante de toute altération de sa structure normale. Nous excluons donc de ce chapitre l’augmentation de volume du rein liée à l’œdème et à l’hyperhémie de son parenchyme, à la tuméfaction de l’épithélium des canalicules, à l’infiltration de son stroma par des leucocytes, à l’hyperplasie des éléments conjonctifs dans les phases initiales de la néphrite interstitielle. L’hypertrophie rénale, telle que nous venons de la définir, s’observe presque exclusivement lorsque l’un des reins est obligé de subvenir à lui seul aux besoins de la sécrétion urinaire ; ainsi :
a). Dans les cas d’absence congénitale de l’un des reins. « Dans presque tous les cas d’absence congénitale d’un des reins, écrivait Rayer, il y a plus de quarante ans, le rein du côté opposé est notablement augmenté
c) . L’hyperlrophie de l’un des reins s’observe également lorsque, chez un sujet vigoureux, le rein du côté opposé s’est atrophié sous l’influence d’une cause tout à fait locale, d’une compression par exemple ou de l’oblitération du canal excréteur. Ainsi Perl, un élève de Yirchow, a examiné au microscope neuf reins frappés d’hypertrophie vraie à la suite d’une atrophie du rein du côté opposé, déterminée par une hydronéphrose.
La compression peut s’exercer du dehors, par l’intermédiaire d’une tumeur, d’un abcès extéi’ieur au rein. Rayer en mentionne des exemples.
d) . Dans ces derniers temps, on a vu l’hypertrophie compensatrice de l’un des reins survenir chez des adultes, à la suite de l’extirpation chirurgicale du rein du côté opposé. Cette opération a été pratiquée pour la première fois avec succès par le chirurgien allemand Simon, chez une
de volume et de poids ; souvent même il pèse à lui seul autant que les deux reins d’un sujet de même âge. Dans ce cas la somme des substances rénales est réunie dans un seul rein, et le calibre de l’artère rénale unique est souvent double de celui d’une artère l’énale ordinaire. L’épaisseur de la substance rénale est aussi très-augmenlée ; enfin le poids de ce rein solitaire, chez un adulte, est de huit à neuf onces, poids double de celui d’un des reins lorsqu’il en existe deux. Cette loi de l’exagération du développement d’un des reins, lorsqu’il est unique, présente rarement des exceptions hors les cas où le volume d’un des reins a pu être diminué par une maladie intercurrente. » Des exemples de cette hypertrophie congénitale des reins ont été signalés depuis par Rayer, Storck, Steiner et Neureuter, par Hertz, par Meschede, enfin par Lancereaux.
ù) . L’hypertrophie rénale se rencontre habituellement chez les sujets dont l’un des reins est resté à un état de développement rudimentaire {Voy. fig. 4).
REINS. - AKOMALIKS DE FORMATION. AGÉNÉSIE RÉNALE. 57
malade affectée d’une fistule urétéro-abdominale. Elle n’a de chance d’aboutir que lorsque l’état général du sujet ne laisse rien à désirer et que le rein restant est intact dans sa structure. Alors on constate que pendant les premiers jours après la néphrotomie, l’excrétion urinaire a diminué d’abondance ; mais peu à peu elle augmente pour de nouveau atteindre son niveau physiologique. Nous renvoyons aux recherches expérimentales de Gravitz et d’Israël pour de plus amples données sur les conditions qui président au développement de ce genre d’hypertrophie rénale, ainsi que sur sa marche et sa nature histologique.
e). On a cité des cas d’hypertrophie absolue congénitale des deux reins, coïncidant avec un développement exagéré des artères rénales {Voy. Rayer, Atlas, pl. XXVII) sans qu’on pût découvrir la cause de cette anomalie.
/). Enfin dans un certain nombre de cas de polyurie simple et de diabète sucré on a trouvé un développement exagéré des deux reins en rapport avec la suractivité fonctionnelle qui leur était imposée.
Des recherches assez nombreuses démontrent que c’est bien d’une hypertrophie dans le vrai sens du mot, c’est-à-dire d’un accroissement en masse de tous les éléments anatomiques de la glande rénale qu’il s’agit en pareils cas. Déjà Rokitansky, dans son traité d’ Anatomie pathologique, affirmait que l’augmentation de volume du rein est due à la fois à une augmentation d’épaisseur des travées conjonctives, à une dilatation des canalicules et à un accroissement du diamètre des cellules épithéliales. Beckmann, Valentin, Rosenstein et tout récemment Gravitz et Israël ont cherché à élucider cette question par la voie expérimentale, ils ont provoqué le développement de l’hypertrophie compensatrice dans l’un des reins par l’extirpation de celui du côté opposé. Les résultats obtenus concordent pour établir que la portion sécrétante du rein, les glomérules, les canaux contournés et, en particulier, leur revêtement épithélial, participent à cette hypertrophie.
XXII. Anomalies de formation. — Les anomalies de formation soritde quatre espèces: l'agénésie rénale ou absence congénitale de l’un et exceptionnellement des deux reins; la symphyse ou fusion des deux reins; le dédoublement d’un rein; l’atrophie et l’hypertrophie congénitales dont il a été question.
§ 1. Agénésie rénale. — L’absence congénitale des deux reins a été rencontrée exclusivement chez des fœtus non viables. On l’a signalée comme étant d’observation fréquente chez les acéphales (Everhard, Gilibert,- Bracq, Heuermann, Buttner, Deleurye, Béclard). Moulon a même rapporté une observation d’absence congénitale des deux reins chez unejeune fille adulte. Ce cas se trouve relaté avec une extrême défiance dans l’ouvrage de Rayer, t. III, p. 761, ainsi que l’observation de Mayer (de Bonn), relative à un fœtus mort-né qui était un remarquable exemple d’absence complète du système urinaire (t. III, p. 758).
Les faits authentiques d’absence congénitale d’un seul rein, consignés dans la littérature médicale, atteignent aujourd’hui un chiffre très-respectable. Roberts en a pu réunir 29 cas et, tout récemment, Barrés,
58 REINS. ■ — ANOMALIES DE FORMATION. SÏMPHYSE RÉNALE. R. SURNUMÉRAIRES.
dans sa thèse inaugurale consacrée à l’étude de l’influence de cette anomalie sur la marche et la terminaison des néphrites, en a relaté de nouveaux exemples observés dans les hôpitaux de Paris. Barrés est arrivé à cette conclusion facile à prévoir que l’absence congénitale de l’un des reins aggrave le pronostic de l’inflammation du rein unique restant, et qu’elle favorise l’explosion des accidents urémiques. Une observation trèscurieuse publiée il y a quelques années en Allemagne, par Hachenberg, confirme nettement cette conclusion {Berl. klin. Wochenschr., 1872).
Ajoutons qu’on a pris quelquefois pour une absence congénitale de l’un des reins un vice de développement qui faisait déboucher l’uretère par scs deux extrémités dans la vessie, le rein de ce même côté s’étant soudé à celui du côté opposé.
§11. SvjiPHYSE RÉNALE. — On a publié un grand nombre de cas de fusion des deux reins en un seul ayant la forme d’un fer à cheval placé au-devant de la colonne vertébrale.
Rayer, dans son Traîtédes maladies des reins (t. III, p. 770), en mentionnait une quarantaine d’exemples, dont quelques-uns tirés de son obser-
Fjg. o. — Symphyse réualc.
Deux reins disposés en fer à eheval situés au-devant de la colonne vertébrale. Un des bassinets est considérablement dilaté et distendu par l’urine (Rater, Atlas des maladies des reins).
REINS. - ANOMALIES DE SITUATION. ECTOPIE CONCÉNITALE.
vation personnelle (Foy. fig. 5). D’autres ont été publiés depuis lors, parmi lesquels nous mentionnerons celui de Neufville, relatif à une femme de 25 ans qui succomba à une thrombose des grosses veines intra-abdominales. L’autopsie fit voir que la thrombose était due à la compression exercée sur la veine cave inférieure par un rein unique en fer à cheval, fortement congestionné.
Dans un des trois cas observés par Lancereaux, les deux reins, réunis au niveau de la colonne lombaire, étaient croisés par les deux uretères qui passaient devant leurs extrémités adhérentes. Chacun d’eux avait des artères et des veines ; celles-ci se divisaient en plusieurs branches, dont quelques-unes anastomosées avec les veines lombaires. Dans ce cas, les reins étaient situés plus bas que normalement et rapprochés de la ligne médiane ; mais ils semblaient retournés et changés de côté, comme si le rein droit fut devenu le rein gauche et inversement, et comme si les faces antérieures fussent devenues postérieures. Les uretères, en effet, au lieu d’être placés en arrière, se trouvaient situés en avant de l’artère
Fig. 6. — Symphyse rénale et rein surnuméraire.
Cas de fusion des reins qui diffère du cas représenté fig. 5 en ce que ia partie moyenne du fer à cheral était réellement formé par un troisième rein. Ce refn surnuméraire avait son bassinet distinct dans lequel s’ouvraient plusieurs calices qui se réunissaient inférieurement avec le bassinet du rein gauche ou un seul uretères (Rayek, Atlas des maladies des reins).
60 REINS. - AKOHALIES DE SITUATION. BElîi MOBII.E.
et de la veine et descendaient sur la face antérieure des deux rems réunis.
Kostor a publié l’observation d'une femme qui mourut dans le cours du deuxième mois d'une grossesse, après avoir eu des vomissements incoercibles. A l’autopsie, on trouva un rein unique en fer à cheval avec deux bassinets, et deux uretères comprimés par l’utérus gravide, et avec tous les signes d’une pyélo -néphrite (Koster, 1867).
Von Langenberck, cité par EOsteiii, a vu plusieurs fois des enfants succomber à des accidents cérébraux d’origine urémique, et à leur autopsie il trouva un rein unique en fer à cheval.
§ 111. Reiks sürsüméraires. — Rayer a relevé les exemples les plus curieux de reins surnuméraires, dont deux observés par lui ont été représentés dans l’Atlas annexé à son Traité (PI. XXXIX, fig. 2). Dans l’un de ces cas, les trois reins étaient réunis et disposés en fer à cheval sur la colonne vertébrale.
Ces anomalies caractérisées par le déplacement plus ou moins étendu d’un seul ou des deux reins peuvent être congénitales ou acquises. A proprement parler, la première variété d’ectopie rénale devrait rentrer dans le groupe précédent des vices de formation ; mais il nous a paru plus rationnel de réunir en un même chapitre les déplacements congénitaux et accidentels du rein.
XXlll. Anomalies de situation. — § I. Ectopie coxgéxitale. — Le rein en fer à cheval placé au-devant du rachis, mérite de figurer parmi les vices de situation congénitaux des reins.
On a publié ensuite un certain nombre d’observations où l’un des reins descendu dans le bassin avait été pris pour une tumeur de l’ovaire, du rectum, de l’utérus. Ces déplacements s’expliquent par l’extrême mobilité dont jouissent les reins pendant la période embryonnaire.
Les reins ainsi déplacés peuvent être fixés dans leur position vicieuse par des adhérences inflammatoires. Lorsque cette inflammation donne lieu à la formation d’un abcès, la collection purulente peut s’ouvrir dans un oi'gane creux du voisinage. C’est ainsi que Cruveilhier a vu un abcès du rein s’ouvrir dans le rectum. Le rein déplacé peut même devenir une cause de dystocie, comme il arriva dans un cas rapporté par Hohl: il s’agissait d’une femme dont le rein gauche s’était fixé profondément au côté interne du muscle psoas, de façon à gêner le passage de la tête du fœtus au moment d’un accouchement (Foy. p. 61. fig. 7).
§ IL Rein mobile. — On désigne sous le nom de rein mobile, rein flottant, un déplacement avec mobilité anomale du rein échappé de sa gaine cellulo-adipeuse, en vertu d’une sorte de luxation. Cette affection ou plutôt cette infirmité se trouve mentionnée déjà dans les ouvrages de Mesué (1561) et de J. Riolan. Mais son histoire clinique date en réalité de Rayer ; le premier, cet observateur éminent a attiré l’attention des médecins sur la fréquence de ce genre de , déplacement qui aujourd’hui encore, malgré les nombreux travaux parus sur la matière, passe souvent inaperçu au lit du malade.
RELNS. — ANOMALIES DE SITOAÏION.
EIM MOBILE.
• Etiologie et pathogénie. — Tous les auteurs sont d’accord pour admettre que la fréquence du rein mobile est plus grande qu’on ne le suppose généralement. Et en effet, comme nous venons de le dire, la mobilité aiwmale du rein est souvent méconnue dans la pratique. Quelques chiffres puisés dans les relations nécroscopiques et dans les recueils d’observations de certains hôpitaux peuvent nous fournir sur ce pointdes renseignements d’une valeur relative.
Ainsi, d’après Ebstein, sur 5658 autopsies faites à l’hôpital de la Charité de Berlin, on a rencontré 5 fois (1 sur 1732 cas) la mobilité anomale du rein sur le cadavre.
Suivant Rollet, sur 5500 malades de la clinique d’Oppolzer, qui ont été examinés à ce point de vue spécial, il s’en est trouvé 22 avec les signes bien manifestes d’un rein mobile , ce qui donne une proportion de 1 sur 250.
Déjà Rayer avait fait remarquer que la mobi-
* Hein gauche situé dans l’excavation du bassin, à gauche du rectum, et derrière la vessie, qui a été représentée abaissée, pour montrer l’incision des deux uretères. L’uretère du côté gauche est très-court et n’a pas plus de deux pouces de longueur. L’artère rénale naissait de la bifurcation de l’aorte en iliaques primitives; la veine rénale gauche provenait de l’iliaque droite. Une grosse veine, née de la veine cave se rendait, après un assez long trajet, de bas en haut, dans la capsule surrénale gauche. Cette capsule recevait deux artères de l’aorte. Le rein droit, situé à sa place ordinaire, recevait de l’aorte deux artères dont le volume ne surpassait pas de beaucoup celui des artères qui se rendaient à la capsule surrénale gauche ; disposition qui contrastait avec le petit volume de celte capsule comparé à celui du rein du côté opposé (BAVEa, Allas des maladies des reins planche XXXVIII).